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28 août 2023 1 28 /08 /août /2023 08:52

Albert et Vincent sont amis, et travaillent tous les deux dans un music-hall; Albert (Philippe Noiret) est chef d'orchestre, et Vincent (Jean Rochefort) trompettiste solo, et ils accompagnent des revues du pire chic Parisien... Un jour, une femme vient pour rencontrer Vincent et annonce à Albert qu'elle l'attendra, elle a un gros pistolet... Quelques jours plus tard, elle revient et lui tire dessus. 

Vincent, qui accumule les conquêtes, prend peur, et Albert auquel la mystérieuse inconnue a dit qu'elle souhaitait venger sa soeur, commence à enquêter aurpès des femmes que Vincent a séduites...

Il y a du boulot...

Parfois un film vous marque de façon indélébile parce qu'il est immense, impressionnant, superbe... novateur, révolutionnaire, provoquant... différent, ou très accompli... Et parfois c'est pour un détail de rien du tout. Lors de la quête d'Albert, une vérité se dévoile, un lieu que les deux amis ont fréquenté, soudain, contient la vérité, et on verra un flash-back mais aussi une scène qui s'y déroule.

Et c'est la plage de votre enfance... En l'occurrence, deux d'entre elles, et non des moindres: la plage du Mugel, ses galets et la proximité du cap de lAigle dont la physionomie très particulière évoque en effet un de ces rapaces, et la calanque de Figuerolles, avec un ilôt rocheux qui joue ici un rôle dramatique. Le tout situé dans la ville portuaire de La Ciotat, dans les Bouches-Du-Rhone... Quand on voit ce genre de choses, sans avoir été prévenu, lors de la séance, le film s'imprimera dans la mémoire rien que pour ça.

Car pour le reste, rien de mémorable... Rochefort et Noiret en service commandé, hagards, se demandant probablement ce qu'ils font là... Une accumulation de scènes prétextes à numéro d'actrices (Fanny Cottençon, Marie Dubois, Marie-France Pisier, Jane Birkin, Anna Karina, Tanya Lopert, Sylvie Joly...), et des interruptions par les ballets de music-hall toutes les seins minutes, pardon, toutes les cinq minutes: le fameux bon goût Parisien pour l'absence de costumes de ses danseuses, pendant que dans la pauvre fosse d'orchestre, une dizaine de personnes font semblant d'être un imposant orchestre de variété. Bref, un film de consommation courante qui en 1983 s'evertue à faire semblant de jouer dans la cour des classiques, entre Carnet de Bal et Ah, les belles Bacchantes

A noter pour finir, si certains sont allergiques à la Côte d'Azur, le film propose aussi de jolies scènes Strasbourgeoises...

 

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Published by François Massarelli - dans Pierre Granier-Deferre
27 août 2023 7 27 /08 /août /2023 22:25

Pendant un week-end de pont, Wallace (l'homme de Gromit) réalise qu'il n'y a plus de fromage dans la maison... Cherchant à se rendre pour passer les trois jours dans un endroit où on trouve de ce genre de denrée comestible, il se rappelle que... la lune est faite de fromage. 

Et du coup, il conçoit et construit, avec l'aide de Gromit bien entendu, une fusée, et les deux compères partent immédiatement pour notre satellite...

Ce petit film de 23 minutes est un conte de science-fiction, qui nous montre un univers qui ne peut être qu'Anglais... Chaque petit détail, qu'il soit vestimentaire, ou un élement du mobilier, ou même les objets, semble ne pouvoir exister qu'en Angleterre... ou dans ce film. En tout cas, même si l'animation est encore un peu verte, tout semble exister sous nos yeux...

Bien sûr, le film suivant raffinera la technique, et sera contrairement à celui-ci une production Aardman à 100%. Ici, c'est un film de fin d'études (Nick Park a suivi la formation de la National Film and Television School) qui a pris tellement de temps que la technique du metteur en scène s'est perfectionnée en fin de parcours... Au bout de sept années. Une fois Aardman mis sur le coup, le rythme de production s'est accéléré...

A grand day out, c'est la découverte gourmande des possiblités d'expression du cinéma par un surdoué qui avait déjà une bonne connaissance du septoème art... en tant que spectateur. Dans ce qui aurait pu n'être qu'un film pour enfants de plus, on trouve en effet un sens du merveilleux, un sens du grandiose même, qui s'est forgé au contact de grands films du genre. On imagine le jeune Nick Park se gaver de films de SF des années 50, voire des films de Spielberg des années 70. Après tout, l'année qui le vit commencer ce court métrage, E.T. est sorti.

Mais derrière la Science-Fiction, genre traité avec respect par Park, on devine une image tendre de la Grande-Bretagne d'alors, ses week-ends de pont privés de magains et de pubs, ses machines à alimenter en pièces, ses improbables accessoires de cuisines,  omme cet alien lunaire qui ressemble à une cuisinière à gaz... Et puis ses maniaques un peu dingo, comme ce brave Wallace, inventeur décalé et flanqué d'un chien plus intelligent que lui, et surtout Wallace est un fromageophile, tendance ceinture noire; moi qui suis violemment et irrémédiablement tyrophobe, ça me réjouirait presque!

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman Animation Nick Park
27 août 2023 7 27 /08 /août /2023 08:24

Mae Doyle (Barbara Stanwyck) revient à Monterey après avoir un à un brisé ses rêves de vivre à New York: elle a vécu l'amour avec un homme, mais il était marié à une autre, elle a épuisé toutes ses chances. Elle s'installe chez son frère Joe (Keith Andes), en dépit de la réticence de ce dernier, et sympathise avec sa petite amie Peggy (Marilyn Monroe); elle commence à fréquenter Jerry D'Amato (Paul Douglas), un patron de pêche local qui lui propose le mariage: c'est un homme bon, équilibrié, mais d'un manque cruel de sophistication... Elle fait aussi la connaissance d'Earl (Robert Ryan), un projectionniste, dont les idées arrêtées sur les femmes l'irritent...

Le film commence par présenter des vues documentaires du port de Monterey à l'heure àù la flotille de pêche rentre... Les oiseaux, les phoques, tous sont tout à coup motivés, attirés irrésistiblement par les bateaux qui reviennent, remplis de poisson...

Le titre français, "le démon s'éveille la nuit", est probablement un rien en dehors du coup mais a au moins l'avantage de montrer un aspect essentiel du film: la nature humaine, dans laquelle semble en effet couver un démon, des passions, et de nombreuses possibilités de drame et de violence. Le retour de Mae Doyle au pays va bouleverser les choses, et un ordre naturel fragile va s'en trouver fragilisé sur la zone portuaire de Monterey...

En rentrant au pays, Mae doit savoir qu'il lui faudra trouver un appui, mais elle a pris goût à un autre type de vie, et ses choix sont, finalement, restreints... Deux hommes sont ouvertement attirés par elle: Paul Douglas joue avec la sobriété tranquille qui le caractérise Jerry, l'homme simple, bon, mais rangé; il n'a pas un gramme de prétention, mais pas de sophistication non plus, et ses habitudes sont pour elle d'un ennui... Mais il est plus "sûr" que le sera jamais l'autre prétendant, interprété par Robert Ryan, qui est marié à une chanteuse, toujours partie en tournée... Mais s'il est lui aussi assez brut de décoffrage, son personnage représente quand même une possibilité de passion... Evidemment, les deux hommes sont amis et passent beaucoup de temps ensemble, y compris une fois que Mae a accepté la proposition de Jerry...

Dès l'arrivée de Mae, Lang n'a pas grand chose à faire pour qu'on comprenne que le drame couve, que la violence viendra, et que derrière le gentil couple un peu gnan-gnan de son frère et de Peggy, se profile peut-être une histoire plus dramatique que les chamailleries de deux jeunes adultes à peine sortis de l'adolescence; pourtant c'est évidemment de Mae, Jerry et Earl que viendra le drame, en particulier quand on verra que Mae, empêchée de dormir par la présence de Earl dans sa maison (fin saoul, il s'est écroulé la veille et Jerry l'a installé dans la chambre d'amis), délaisse le lit conjugal où Jerry dort du sommeil du juste, pour regarder les vagues s'écraser sur les rochers depuis sa fenêtre... Et quand Earl, à peine déssoûlé, se lève pour prendre un peti déjeuner en sa compagnie, elle va devoir lutter. Et à côté de Earl et Mae, du conflit entre responsabilité (Mae vient d'avoir un bébé) et désir, c'est Peggy qui vient leur annoncer qu'elle va se marier... Dans ces scènes,le désir est d'autant plus incarné que Lang joue du corps à demi visible de Robert Ryan. Si Earl avoue son désir, le film nous indique clairement qu'il n'est pas le seul à en souffrir...

La révélation de l'aventure entre Earl et Mae, de façon ironique, viendra de l'oncle de Jerry, Vince (J. Carroll Naish), qui est pourtant en apparence totalement gâteux... La dévotion, l'incroyable amour aveugle de Jerry pour son épouse en devient une abominable farce. Mais sa colère, une fois qu'elle se manifestera, agira aussi en révélateur de toute le frustration accumulée par Mae: son manque de passion pour Jerry, son impatience avec son côté totalement ordinaire, et son incapacité à l'aimer...

Bref, un film noir dans lequel Lang pour une fois n'examine pas la nature humaine au milieu des dangers, de l'aventure, ou du crime... Le mal est en soi, caché dans la nature d'une personne qui a cru pouvoir partir de chez elle et est condamnée à revenir...Le conflit humain ici est entre le désir, la passion, l'animalité (selon les mots de Jerry), et la responsabilité (Earl: prend le bébé avec toi; Mae: c'est son enfant à lui aussi), la raison, le confort... ennuyeux mais sécurisant. Et ce qui n'améliore pas les choses, les deux options, sont, finalement, légitimes chacune à sa façon.

C'est dnc un film à part dans le cycle des oeuvres Amér icaines de Fritz lang, entre une atmosphère proche de ses films criminels, et une radiographie de difficultés existentielles. Confronté à tant de choix contradictoires dans sa vie, sans doute Lang a-t-il immédiatement vu ce qu'il pouvait en faire... Et le résultat, cru et naturaliste, est un film âpre et dur...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir Barbara Stanwyck
26 août 2023 6 26 /08 /août /2023 22:45

Ca devait arriver: à force de collectionner les Oscars, de sortir de leur studio des films qui mettaient tout le monde d'accord et qui à chaque première télévisée battaient des records d'audience en Grande-Bretagne, et se vendaient fort bien à l'international, il était inébitable qu'un conglomérat Hollywoodien s'y intéresse... Tout en étant co-produit par Pathé (ce qui garantissait une sortie Française tonitruante), le film est essentiellement le fruit d'un accord entre Aardman et Dreamworks, qui se rêvait alors en concurrent de Disney...

J'ai l'air de parler gros sous, comme ça, mais à la vérité, c'est bien une commande industrielle ferme d'un film de long métrage qui a été faite à Aardman, un studio qui n'en a jamais fait (et a parfois développé un court métrage en 7 années, c'est le cas pour A grand day out par exemple, et il ne dure "que" 22 minutes), par un studio qui peinait à exister en tant que vivier artistique consacré à l'animation. Je vais d'ailleurs le dire ici, Dreamworks, si on enlève Aardman, c'est un zéro pointé sur l'animation. La preuve? leur plus gros succès est un navet d'une absolue laideur et à la vulgarité revendiquée (oui, je parle de Shrek, profitez ce ne sera pas souvent)... Donc maintenant qu'on a établi qu'avec ce film, Aardman jouait dans la cour des grands et était attendu au tournant sur toute la planète, on va pouvoir parler des choses sérieuses...

Dans la ferme des Tweedy, on élève des poules, pour les oeufs; menée d'une main de fer par Mme Tweedy (Miranda Richardson), l'affaire la laisse pourtant insatisfaite. Elle rêve de plus grand... De leur côté les poules n'ont pas grand chose à faire que de rêver: leur ferme ressemble à s'y méprendre à un camp de prisonniers de guerre échappé de The great escape, de John Sturges... Pourtant un groupe d'intrépides (ou d'inconscientes) tente parfois l'aventure, sous l'impulsion de Ginger (Julia Sawahla) et Mac (Lynn Ferguson), mais à chaque fois ça rate, et Ginger en finit par irriter Mr Tweedy (Tony Haygarth)qui passe sur elle la colère et la frustration d'être martyrisé par son épouse... 

A force de ratages, Ginger perd la confiance des autres, quand soudain, venu de nulle part, un coq vient, qu'elle a vu voler... Les poules hébergent donc Rocky (Mel Gibson) pensant qu'il va leur apprendre à voler... Il faut faire vite car Mme Tweedy a décidé de transformer l'activité de la ferme: désormais, en lieu et place des oeufs, les tweedy produiront... des tourtes au poulet.

C'est une merveille, évidemment, qui est basée sur une histoire imaginée par Lord et Park, et qui a été confiée à un scénariste chevronné, spécialiste des contributions au dessin animé, avec à son palmarès du bon (The iron giant, de Brad Bird) et... du moins bon, qu'on taira pudiquement... Mais l'histoire originale, telle qu'elle se retrouve à l'écran avec sa touche éminemment Anglaise et son bon goût cinématographique, reste un vrai bijou, et il n'est pas difficile d'y retrouver l'univers et l'esthétique de Nick Park, et le timing impeccable de Peter Lord... Car cette histoire rurale qui se rêve industrielle, ces tourtes au poulet, ces accents, ces acteurs et actrices (j'en ai déjà cité et non des moindres, mais rajoutons-en une couche: Jane Horrocks, Imelda Staunton, Timothy Spall et Phil Daniels...

Reste qu'on a deux absents de marque... Oui, on peut se demander comment il se fait qu'en se lançant dans leur premier long métrage, les studios Aardman n'aient pas pris la décision d'en faire une histoire de Wallace et Gromit. Mais il est probable qu'un film comme Chicken Run serait plus facile à imposer dans un premier temps, et cette décision a permis à Nick Park de bénéficier de plus de temps pour préparer son passage au long métrage avec ses deux héros. Le résultat?

Deux chefs d'oeuvre... Celui-ci, avec son parfum de vieux film d'aventure, ses personnages et sa mise en scène, ses loufoqueries et son timing, et The curse of the Were-rabbit, qui est vraiment une merveille. Donc on ne va décidément pas se plaindre...

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman Nick Park Animation
26 août 2023 6 26 /08 /août /2023 16:46

Retourner sur ses pas, se remettre dans la peau d'une sorte de soi-même en plus jeune, et s'amuser de mélanger son art tel qu'il est maintenant (gros moyens, CGI, direction d'acteurs) avec ce qu'on aurait fait à une autre époque... en matière de méta-cinéma, Ready player one est un auto-pastiche, un "à la manière de" parfaitement assumé. Cela s'imposait-il?

...Pourquoi pas, à une époque où le type de situation qui nous est montrée dans ce conte (le monde est tellement glauque qu'on préfère "vivre" dans un univers parallèle) devient pour beaucoup une réalité, Spielberg peut à nouveau confronter la science-fiction au monde actuel, comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises. Mais qui s'attendrait à une fable pleine de sens en sera pour ses frais: RPO, adapté d'un best-seller écrit par un fan de tout ce qui vient des années 80 et donc incidemment des films dirigés ou produits par Steven Spielberg, c'est avant tout de la rigolade, du pur plaisir... 

Et je le dis haut et fort: pour réussir à me faire comprendre un film situé dans l'univers des jeux vidéo, et ne jamais me perdre, il fallait un sacré métier, donc je confirme une nouvelle fois: Spielberg connait son affaire. Ce n'est pas un scoop... Mais à travers ce film en forme de gros bonbon de plaisir, qui déroule une histoire assez classique (et très disneyienne) de jeunes un peu décalés qui vont s'imposer dans le vrai monde grâce à ce qu'il se passe dans leur univers virtuel, Spielberg nous livre aussi des autoportraits, inattendus: d'un côté, il se réinvente en créateur paradoxal (dont le destin réel est un easter egg à lui tout seul) qui se tient à l'écart du monde, dont il a raté l'examen d'entrée: fonder une famille. Le bon vieux complexe de Spielberg dans les années 70-80, et qui revient périodiquement dans ses films. Et il se montre aussi en petit adolescent surdoué mais socialement incapable, qui va réussir sa vie en creux dans le monde du jeu vidéo...

Et tout ça en mettant un point d'honneur à ne jamais s'auto-citer: car il y a de tout dans le film: du Zemeckis, du Star Wars, du Kong, des Looney Tunes... mais à part un T-Rex, rien qui puisse remonter à Tonton Steve. Si ce n'est, bien sûr, à travers deux trois trucs structurels, comme ces écrans explicatifs qui remontent tout droit à Minority Report...

Voilà, je m'étais dit en voyant ce film parfaitement plaisant, mais vide de sens, et totalement accompli et oblitéré dans le plaisir facile qu'on y prend, qu'il n'y aurait strictement rien à en dire. J'avais un peu tort, puisque je viens d'y consacrer quelques lignes. Maintenant, je le redis, je doute qu'il contienne le secret de l'univers, même bien caché: c'est seulement l'histoire d'une société qui s'est oubliée dans le fait de se vautrer dans du virtuel qui n'a rien d'une réalité, et qui réapprend au fur et à mesure à remettre les pieds sur terre.

Mieux, c'est une étape de plus dans un parcours singulier, qui a poussé le metteur en scène à constamment innover, marquer dans son parcours et dans l'histoire du cinéma des étapes essentielles, techniques, narratives, structurelles et thématiques, sans jamais y perdre son âme, ni la possibilité en passant de réaliser des Munich, ou des Lincoln. Et tant que c'est lui qui réalise ces étapes, pourquoi s'en priver?

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
26 août 2023 6 26 /08 /août /2023 08:59

Dans une zone mi-rurale, mi-industrielle, et autour de quelques décharges, vivent un groupe de sans-abris, d'origines diverses, qui ont appris à ne plus utiliser la parole, car certains d'entre eux parlent sans doute des langues différentes...

Ils se livrent à de petits trafics, notamment en récupérant les métaux (dont le cuivre) surles installations urbaines. Forcément, ça émeut les autres gens. Une équipe de police, sous la direction intraitable d'un inspecteur maniaque, les pistent avec une efficacité relative...

C'est sous une influence double, celle de Jacques Tati à cause de l'option de se séparer du langage (même les forces de police ont cessé de communiquer verbalement ici), et celle d'Akira Kurosawa (on pense à l'étrange Dodes' Ka-Den, de 1970, et son cortège de déclassés qui vivent ensemble à l'écart) que Pascal Rabaté a tourné son quatrième film. Comme Ni à vendre ni à louer suivait Les Petits Ruisseaux en proposant un grand écart stylistique, ici on ne retrouvera absolument pas le style de Du goudron et des plumes, la quasi-comédie grinçante qui a précédé...

Je ne sais pas si c'est une comédie... C'en est une dans la mesure où par exemple Modern times, de Chaplin, ou même son film Limelight en étaient. Mais le fond dramatique reste constamment à l'esprit; Rabaté, ses acteurs, et ses spectateurs savent parfaitement que ce qui nous est montré ici est un reflet de la vérité.

Chacun des protagonistes parmi la petite communauté semble avoir composé un personnage patrfaitement vivant, avec ses particularités, ses capacités, ses aspirations et même ses défauts: il y a une matriarche (Yolande Moreau) qui règle beaucoup de problème avec une vieille pétoire, et qui est dotée d'une évidente autorité morale et affective sur ce petit monde; un bricolaur de génie (Gustave Kervern), qui apporte beaucoup à la communauté, et dont le destin fera basculer le film dans une nouvelle dimension; des amoureux ou en tout cas deux personnes qui s'attirent (Soazig Ségalou et Romain Francisco), un tandem d'inséparables débrouillards qui sont de tous les mauvais coups (Charles Schneider et Vincent Martin) et deux jumeaux fouineurs (Les frères Prince)...

L'enquête progressera quand même, d'ailleurs à cause d'un objet inattendu que deux amoureux écervelés utilisent pour un signe des temps: ils font un selfie (mais pourquoi??????) avec au fond de la scène, un délit en passe d'être commis, qui va donc permettre à l'inspecteur maniaque d'avancer! A propos, c'est François Morel, dans son registre pointilleux (comme dans Ni à vendre ni à louer, donc) qui incarne l'inspecteur...

C'est sans doute en partie à cause de la fameuse sortie particulièrement malheureuse, même si elle restait privée, de François Hollande, que le film s'appelle ainsi. Mais les Anglo-saxons ont préféré baptiser le film The voiceless, car il s'agissait pour Rabaté de donner une voix à ce gens qui vivent à-côté, ou plutôt survivent à côté... Qui pour survivre, sont condamnés à enfreindre la loi, et ici le font avec énergie et humour, d'où cette impression de comédie. Mais ce n'est pas une comédie, on se le rappellera dans les dernières vingt minutes, qui ont le bon goût de changer de trajectoire sans jamais changer de poésie. La façon dont l'auteur et ses acteurs, qui semblent tous avoir assumé une grande part de la mise en scène (car c'est ainsi que la comédie physique et sans paroles fonctionne: vous n'imaginez pas qu'on pouvait dire à Jacques Tati Buster Keaton, Harold Lloyd ou Stan Laurel quoi faire, quand même?) représentent ces héros de la zone est garantie sans une once de misérabilisme, et donne effectivement une voix, parfois inconfortable, à ses protagonistes. A l'inverse de Jean-Pierre Jeunet qui dans Micmacs à Tire-Larigot avait décidé de doter ses gens qui vivaient en parallèle de la société de particularités langagières (dont Omar Sy qui égrénait les proverbes toute la journée), Pascal Rabaté évite de verser dans l'humour verbal. 

Tout ça donne un film parfois âpre à suivre, mais constamment inventif, et finalement, en dépit de la comédie et de la loufoquerie (un canard gonflable géant, des fornications de poupées gonflables entre elles, qui d'ailleurs s'avèrent productives, des adultes d'un certain âge qui prennent un bain dans un étang, avec des bouées comme des gamins, et un jeu du chat et de la souris très visuel avec la police, comme dans cette scène nocturne, où Morel est observé par un des sans-abri, mais ne le repère jamais...) très douloureux. C'est sans doute que Rabaté a visé juste. Mais le film n'a pas marché, c'est le moins qu'on puisse dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Pascal Rabaté Comédie
25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 18:58

La seule fois qu'une série animée impliquant Wallace et Gromit a été produite chez Aardman, sans que Nick park (au travail à l'époque sur ce qui deviendra le splendide film The Curse of the Were-Rabbit), cette série de dix courtes vignettes de deux à quatre minutes prend pour base l'obsession de Wallace pour l'invention, dont Gromit est constamment le cobaye et la victime...

A chaque fois, l'idée est simple: pour effectuer des démarches sans histoires de la vie quotidienne, wallace cherche des solutions compliquées inutilement, et ça tourne au désastre, le plus souvent en démontrant la supériorité évidente de Gromit sur son homme. Par exemple, le Snowmanotron est une machine à créer des bonhommes de neige; le Tellyscope un dispositif compliqué et idiot qui est supposé remplacer une modeste télécommande (on notera que le choix de programmes est connoté: soit "The cheese files", soit un film sur des pingouins maléfiques), le Soccamatic une machine à envoyer des tirs au but pour l'entrainement de goal de Gromit, etc...

Avec ces deux personnages, et la voix de Peter Sallis, il semble bien que le bonheur soit assuré... Ces petits films de rien du tout sont brillants, et il est dommage qu'ils ne soient pas aussi connus que les films plus substantiels...

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman Animation
25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 18:48

On en sera peut-être étonné, ce fut mon cas, mais à l'origine, Nick Park ne faisait pas partie de Aardman Animations, le petit studio de Bristol qui avait commencé à se faire connaitre avec quelques clips et autres publicités... Ce film est une commande honorée par Park qui souhaitait sans doute remercier Aardman pour leur aide précieuse: il était en train de réaliser (depuis 1982...) un court métrage d'animation avec deux personnages inconnus, qui l'inspiraient, et en lui prêtant main-forte, le studio était en train de lui permettre d'envisager de le finir enfin. Ce qui arriva cette même année...

Creature comforts est un petit bijou d'animation qui montre (en particulier quand on le compare aux autres films de Aardman à la même époque) ce qui a séduit les équipes de Peter Lord, l'un des patrons de Aardman à l'époque: des personnages de plasticine qui sont non seulement beaux à voir, mais aussi animés de façon réaliste, fluide et dynamique, un sens du rythme, et une synchronisation entre marionnette et voix qui donne l'impression d'assister à une conversation d'êtres vivants... 

Le film montre un certain nombre d'animaux du zoo qui sont interviewés sur leurs conditions de vie, et parlent librement: des bestioles de tous âges et de tous poils... C'est irrésistible, ça obtiendra un Oscar bien mérité, le premier d'une longue série, et ce sera décliné ensuite en publicités et et série télévisée...

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman Nick Park Animation
25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 18:40

C'est un conte médiéval, raconté presque sans une parole... Deux jumeaux sont nés dans un château, mais un maraudeur s'introduit pour les prendre, et ne réussit qu'à en emmener un seul. Sur la route, il le perd et s'enfuit sans demander son reste. Le petit est sauvé par... un cochon.

Les deux jumeaux grandissent à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, l'un en oisif dans son château, l'autre en trimant aux côtés de son copain le cochon... Mais quand la guerre se déclare, l'un va se trouver obligé de se battre pour l'autre alors que l'autre, pendant que "ses gens" se battent pour lui, va se défiler...

Reste l'inévitable question: quand vont-ils se rendre compte qu'ils sont frères?

Dans un Disney, ce erait pertinent, mais ici, si quelqu'un s'en aperçoit effectivement, ça ne joue pas en la faveur de la réputation de celui des deux qui a de la richesse... Le film joue souvent sur des split-screens, avec une certaine adresse, et se terminera malgré tout par une morale, mais ce ne sera pas "et ils vécurent riches et en bonne harmonie"...

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Published by François Massarelli - dans Aardman Animation
25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 18:31

En apparence, un programme typique de ce que la BBC a toujours su concocter pour les pré-scolaires: deux personnages fantaisistes, aux noms volontairement courts et simples, et une voix de narratrice qui énonce clairement et simplifie pour la compréhension des petits l'action qui est présentée à l'écran.

Sauf que l'action en question, c'est une rivalité vicieuse entre les deux bestioles, ce qui donne parfois des moments de grand décalage: "mais qu'est-ce que Pib a derrière son dos? Pog aimerait bien le savoir... Mais oui, c'est bien un baquet d'acide sulphurique!! Les coups, les horions et bosses sont de plus en plus violents au fur et à mesure du déroulement du film...

Je dois admettre que mon moment préféré implique un tapis de fakir avec de très gros clous. ...Ou comment des animateurs inspirés (les équipes de Aardman, donc) peuvent se permettre de rouler dans la farine le "style BBC"... Par contre la fin en forme de sortie de fiction ne me semblait pas forcément du plus grand intérêt...

 

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Published by François Massarelli - dans Aardman Animation