La bonne Rosalie est tellement fatiguée qu'elle en agace ses maîtres: ils lui conseillent de se coucher. Mais elle ne se réveille pas... Et on doit donc, pour lutter contre son mal, employer les grands moyens!
...Et les grands moyens sont méthodiques, en effet. D'abord, le maître et la maîtresse tentent la voix, mais sans succès. Ils font venir toute la maisonnée pour secouer le lit, faire du bruit, beaucoup de bruit... C'est d'ailleurs intéressant de constater que c'est au moins la deuxième fois (après Rosalie et son phonographe) que Bosetti, dans cette série de courts métrages, intègre des gags sonores dans du cinéma muet!
Sinon, quant à avoir si elle se réveillera, eh bien... Le film est privé de sa fin.
Rosalie (Sarah Duhamel), donc, emménage dans un nouvel appartement, et décide de tout installer elle-même. Quand je dis 'tout installer', il s'agit essentiellement de mobilier décoratif (par exemple, les tableaux), et fonctionnel (par un exemple, un lustre). Mais les nombreux trous occasionnés par l'opération vont déclencher des problèmes...
La logique imperturbable de ce film est entièrement basée sur la foi d'un personnage dans ce qu'elle fait, alors que nous voyons bien qu'elle déclenche des catastrophes: un meuble trop lourd provoque un trou dans le plancher, et la destruction de la salle de bain des voisins d'en dessous; un crochet au mur occasionnera une percée de l'alimentation en eau, et le bouquet, c'est ce gigantesque crochet utilisé pour accrocher un lustre: il signera la fin du plafond... Logique implacable, la mécanique burlesque est en plein rendement.
Voyant un spectacle dans lequel un illusionniste (ou, pour être plus exact, un magicien cette fois) utilise un parapluie qui a le pouvoir de déclencher des pluies d'objets hétéroclites, Zoé s'en empare et sème la pagaille...
Après Zoé a la main malheureuse, ceci est le deuxième film de la série des Zoé qui nous soit parvenus…
Au-delà de la prestation toujours énergique de l’étonnante Little Chrysia, le film vaut pour un détail typique des films de Bosetti : il adorait placer dans ses films un dispositif, soit technique, soit absurde, qui déclenchait des catastrophes. Il s’est amusé, pour quatre minutes de cinéma glorieusement idiot… On connaît Bosetti pour sa rigueur dans le grand n'importe quoi, et de fait contrairement à un Jean Durand, il ne va pas se laisser aller à se contenter de mener à une poursuite, par exemple... Non, ça va un tantinet plus loin, et généralement avec un sens de l'absurde aussi rigoureux qu'improbable.
Le comique de Roméo Bosetti, que ce soit chez Lux, chez Pathé, chez Gaumont ou n'importe quelle compagnie, c'est tout d'abord une affaire de mécanique, mais pas celle du ressort comique, ou de la structure d'un film ou que sais-je. Non, dans ses films les plus intéressants, il y a une technologie, un objet qui va être mis en route, et qui va soudain ouvrir la porte à l'absurde et même au merveilleux. Et c'est exactement ce qui se passe dans celui-ci, dont l'héroïne est la populaire Sarah Duhamel dans le rôle récurrent de Rosalie...
Rosalie, donc, reçoit un colis mystérieux, et il 'agit d'un... phonographe! elle en est ravie, et le met en route: les meubles se mettent à danser.... Elle décide donc d'en faire profiter toute la maisonnée!
C'est donc sur un glissement de l'intrigue du quotidien vers le loufoque assumé que ce film se construit, et en l'état il ne possède pas de résolution puisque la fin est perdue. Mais ce n'est pas grave, les nombreuses séquences de fonctionnement du phonographe, et de l'effet qu'il fait sur les gens qui participent malgré eux à un ballet filmé image par image, est sans prix...
Une bonne, Zoé (Little Chrysia), est tellement maladroite qu’elle déclenche catastrophe sur catastrophe au grand dam de ses maîtres.
D’une part, l’influence de Bécassine a-t-elle pesé sur ce film, dans lequel une petite bonne caricaturale porte bien ostensiblement l’habit et la coiffe traditionnelle des Bretonnes ? les récits de Pichon ayant été publiés dès 1905, ce serait en effet tout à fait possible…
D’autre part c’est un cas d’école : pendant des années, on a eu connaissance de cette série de films, Zoé, dont certains étaient réalisés par Bosetti (on n’a aucun renseignement sur celui-ci), mais sans avoir de copie disponible. Il en subsisterait donc deux, et on reconnaît en Zoé Little Chrysia, qui interprétait Léontine chez Lux…
Gisèle (actrice inconnue) voyage en train pour rejoindre sa famille, en compagnie d’un chaperon (Little Chrysia). La jeune femme, descendue à une gare pour acheter à manger, voit partir le train sans elle… Elle décide de continuer sa route à pied, et en chemin rencontre une famille gitane, avec laquelle elle finit par décider de se rendre au château familial…
Tout est dans la confrontation entre deux communautés, et dans l’idée que Gisèle, en invitant ses hôtes à l’accompagner au château, a effectué une action de pure transgression, ce que le film nous montre de façon fort ambigue: alors que Gisèle, une fois arrivé, et ses invités prennent le thé, le père de famille reste au fond et manifeste son hostilité, permettant au spectateur de choisir son camp, j’imagine…
Dans une famille nombreuse (on n’a pas de mention du lieu, mais ce pourrait être dans un coin reculé et campagnard du Kentucky), on fait connaissance du fils adoptif… Celui-ci (Bobby Harron) n’est pas logé à la même enseigne que les autres, et en particulier, un de ses frères (Elmer Booth) le lui fait bien sentir. Et surtout, le jeune fils adopté fait tout pour rester dans le droit chemin…Mais son frère va être arrêté pour délinquance, et jeté au bagne : en s’évadant il n’aura de cesse que de retrouver son frère adoptif pour se venger de lui.
C’est un film notable sans doute plus pour de menues qualités que pour une réussite générale : plus supervisé par Griffith que vraiment réalisé par lui, il ne se fait pas remarquer par sa mise en scène, mais lus par l’atmosphère, la justesse des costumes et du jeu des acteurs, en particulier bien sûr Harron et Booth, l’un et l’autre très bons dans leurs rôles antagonistes.
C’est, symboliquement, le dernier film Biograph en une bobine, et le dernier court métrage de Griffith, qui à l’époque tentait de tourner un film de long métrage (Judith of Bethulia) au nez et à la barbe des patrons de la Biograph, qui ne voulaient pas se lancer dans cette aventure…
Comme un écho à The sealed room, un drame à la Poe qui se situait dans une Europe d'avant la Renaissance, vient ce film nettement plus élaboré, qui est intéressant à plus d'un titre, par sa production, ses acteurs, et les thèmes et gimmicks Griffithiens qu'il contient...
Un noble (Henry Walthall) vient de se marier, c'est la passion... mais il lui fait partir à la guerre. Il laisse sa jeune épousée (Marion Leonard) derrière lui, sous la responsabilité de son cousin, mais celui-ci convoite un bijou nuptial que le couple a dissimulé: profitant de l'absence du maître de maison, il fait pression sur la jeune femme pour qu'elle révèle la cachette du rubis... Un jeune messager est en route pour alerter le mari, mais arrivera-t-il à temps?
Les acteurs, pour commencer, sont intéressants par leur nombre, car même s'il s'agit d'un film d'une bobine (ici, 16 minutes), Griffith qui a une troupe entière à sa disposition peut bénéficier d'une importante distribution et ne s'en prive pas. Contrairement à The sealed room situé dans un décor unique, et hâtivement assemblé, ici, il y a un château, probablement trouvé dans une demeure extravagante, bien que pas tourné en Californie (c'est dans le New Jersey, du côté de Fort Lee). Et une jeune actrice n'était pas du tout contente d'apparaître en collants d'homme, et l'a fait savoir: Mary Pickford prête son énergie au jeune page qui doit prévenir son maître de la traîtrise du cousin.
On a donc ici un amour trahi, un départ à la guerre, un soupçon de non-consommation nuptiale (comme dans Intolerance), un objet, forcément rouge, et convoité par un salopard sans scrupules, et qui symbolise l'hymen, une tentative de forcer une porte close, souvent assimilable à un viol, un suicide (comme dans The Birth of a Nation) pour échapper à un sort "pire que la mort", et enfin une course contre la montre... Tout ça en 16 minutes.
Mme Jones (Florence Lawrence) est contente: nouvellement mariée, elle vient de tester une recette de cookies, et elle fait goûter sa production à son mari (John Cumpson)... Qui les trouve absolument dégoûtants, et se rend précipitamment à son travail pour échapper à la suite de la fournée... Il est promoteur de spectacles, et un grand nombre d'artistes passent par son bureau... justement, son épouse enhardie par ce qu'elle croit être un succès, vient distribuer des cookies, dont les effets seront désastreux...
C'est un film attachant, basé sur un gag et un seul, mais monté en sauce par la troupe de Griffith. La comédie ne vole pas haut, mais l'énergie pour la véhiculer est plaisante à voir, et le rythme du film est, du coup, assez enlevé...
Je parlais de la troupe: ils sont nombreux, justement, et il y a quelques personnages historiques: Mack Sennett pour commencer, qui assume un rôle secondaire (il fait partie des histrions, un rôle qui lui sied); Owen Moore, Dorothy Bernard, Linda Arvidson, tous liés à Griffith et/ou à l'histoire du cinéma... Et puis dans un rôle stoïque, Jeanie McPherson!
...Et une débutante, dans son tout premier rôle pour Griffith: Mary Pickford. Elle n'est que figurante, mais on la repère de suite...
Florian Amidon est un jeune homme bien sous tous rapports, mais sans aucun relief, un employé de bureau tellement effrayé de tout, qu'il n'aspire à rien. Surtout pas à séduire les femmes, car elles lui font peur! Pourtant, il lui arrive une mésaventure peu banale: alors qu'il attend un train, il est assommé par deux bandits... Quand il se réveille, cinq années ont passé, il est dans un compartiment de train, et il ne reconnaît rien de ses affaires, vêtements, etc... Pire, une fois descendu du train, on l'accueille dans une petite ville où on l'appelle Mr Brassfield, et où tout le monde le connaît...
Surtout les dames!
Pour comprendre ce qui lui est arrivé il demande de l'aide à une voyante-hypnotiseuse, qui va lui révéler sa double personnalité: car sous Florian Amidon se cache un homme d'affaires peu scrupuleux, coureur, malhonnête et aux aspirations politiques. Les amis de Florian, déterminés à l'aider, lui demandent de mener à bien les affaires de Brassfield...
C'est le deuxième film de Fairbanks, réalisé à la Triangle, peu de temps après que Griffith l'ait fait venir pour interpréter des comédies. Le premier, The lamb, avait été modelé sur le rôle qui l'avait vu triompher à Broadway, mais globalement le studio ne savait absolument pas quoi faire de lui! D'où un film assez franchement foutraque, dans lequel l'acteur s'amuse quand même un peu à interpréter deux rôles en un... Il y aura des traces de ce film dans la carrière future de l'acteur, puisqu'il reviendra périodiquement aux rôles de grande nouille, que ce soit dans The mollycoddle (1920) ou dans le rôle de l'efféminé Diego Vega dans The Mark of Zorro...
Christy Cabanne n'a jamais été à proprement parler un réalisateur fascinant, et on sent bien qu'ici il n'y a pas une énergie phénoménale aux commandes de ce petit film fort sympathique, mais aux limites du compréhensible parfois...