Pour une fois, Méliès sera la victime dans ce film, de deux compères qui se sont introduits chez lui, et vont en entendant du bruit, se dissimuler... dans la salle de bains, où l'infortuné bourgeois finira par se rendre lui aussi, pour y subir un traitement rude...
Bon, c'est un film pour rien ou en tout cas pas grand chose, dans lequel Méliès, qui faisait souvent confiance à son inspiration, se laisse aller à faire fuiter le style de son grand film précédent (Robert Macaire...) dans une comédie de bien moindre envergure. Et de plus, le cinéaste y confirme une tendance à se vautrer dans la comédie un peu facile...
Diffusé à partir de 1907 mais probablement tourné à la fin de 1906, ce film s'intéresse aux aventures authentiques mais fortement romancées (et passées à la moulinette des délires de Méliès!) du bandit Robert Macaire...
A partir d'une anecdote réelle, dans laquelle les deux bandits partent d'un déjeuner sans payer (à l'inévitable Auberge des Adrets), Méliès imagine une course-poursuite délirante, à pied, à cheval, en voiture, en train, en dirigeable, durant laquelle systématiquement, la maréchaussée en prend pour son grade, car décidément ce polisson de Méliès était fait d'un tissu imperméable à l'amour de l'uniforme...
C'est plaisant, ça ne casse pas des briques, et on sent ici Méliès qui s'efforce de reproduire une certaine verve d'époque, entre la commedia dell'arte et guignol, pour les pauvres pandores qui se font ridiculiser... Et bien sûr, cette première incursion de Macaire au cinéma sera suivie des Aventures de Robert Macaire, mon film préféré de Jean Epstein (1924), superproduction pleine de changements de ton, et de l'inévitable Les enfants du paradis (1945) de Marcel Carné...
Autour d'un strip-club de Toronto, nous faisons la connaissance d'un certain nombre de personnages: Francis (Bruce Greenwood) travaille pour le trésor, et semble tromper son ennui en se rendant au club Exotica, où il est obsédé par la jeune danseuse Christina (Mia Kirshner)... Un jour, il a un geste déplacé, et il est mis dehors sans ménagement; Christina, de son côté, à un lien étrange avec Eric (Elias Koteas), le DJ du club, qui la protège assez agressivement, et l'observe depuis les coulisses, surveillant en particulier ceux avec lesquels elle danse en privé... Thomas (Don McKellar), un zoologue qui trafique des oeufs d'oiseaux rares qu'il fait entrer en contrebande dans le pays, séduit des hommes en les invitant à l'opéra et au ballet. Mais un jour, il séduit un douanier qui lui confisque des oeufs qu'il était en train de faire incuber. Francis qui fait un audit de son magasin lui propose de l'aider si Thomas accepte d'entrer en contact avec Christina et de lui demander pourquoi elle a réagi de façon négative. Enfin, pour couronner le tout, Francis a une étrange relation avec une jeune fille (Sarah Polley) qui vient faire du baby-sitting chez lui, alors qu'il n'y a pas d'enfant...
Le film se pose en énigme, sans explication, en nous livrant de façon assez arbitraire le vécu des personnages en situation, dans une narration qui les met presque accidentellement en contact, parfois directement (Christina et Francis, bien sûr, dont on comprendra assez vite qu'ils se connaissent) et parfois avec une impressionnante dose de subtilité subliminale, par exemple à travers un motif: Francis parle à son beau-frère d'un oiseau, il va ensuite poser une question à Thomas sur l'espèce et on apercevra quelques minutes plus tard Eric, à son pupitre de DJ, un oiseau empaillé à son côté, réplique exacte de celui qu'on a vu. Un costume de collégienne, porté par Christina, s'avèrera aussi être l'une des clés de l'énigme contenue dans le film, et apparaît par bribes lors des passages chez Francis. Enfin, un flash-back unit Eric et Christina lors de leur rencontre, à une battue organisée pour retrouver... pour retrouver qui, ou quoi?
C'est intéressant de constater qu'au final le film évoque dans les grandes lignes de se concentrer sur ce qui est supposé être le nerf de la guerre dans le business du strip-tease: le sexe. Pas de sexe, ou plutôt plus de sexe pour Christina et Eric qui sont séparés, et la jeune femme semble même avoir refait sa vie avec la patronne (Arsinée Khanjian)... qui attend un bébé d'Eric, c'est effectivement compliqué! On craint une entourloupe, voire des tendances pédophiles, chez Francis, mais son problème est ailleurs: sa relation avec la jeune Tracey semble dénuée de toute équivoque, et son obsession pour la strip-teaseuse habillée en écolière est bien plus profonde qu'il n'y paraît... Enfin, Thomas tente des approches pour séduire des hommes, mais n'y réussit qu'une fois... et ce sera une mauvaise pioche! Ironiquement, le strip-club devient le reflet d'une société qui est passée par le sexe, mais n'a pas pu s'y attarder, et cherche une échappatoire dans le souvenir, la recréation, et des fantasmes vides... Un film en forme de passage dans des vies brisées qui semble ne prendre de sens que les unes en fonction des autres...
8 personnages, liés par divers éléments (la copine de..., le frère de..., la marraine de...) vivent un certain nombre de crises liées plus ou moins les unes aux autres: un couple se sépare, non parce qu'ils ne s'aiment plus, mais parce que Monsieur est en garde à vue pour corruption; la maman célibataire de deux grands enfants qui n'arrive plus à jongler avec ses revenus, doit subir la mauvaise nouvelle de sa fille de 17 ans qui lui annonce être enceinte... d'un étudiant dont le père trompe allègrement sa compagne, qui est aussi sa patronne... Etc, etc, etc...
Comme toujours dans ce genre de film, il y a à boire et à a manger: les deux jeunes qui vont (peut-être) être parents, par exemple, sonnent totalement faux et on a parfois le sentiment que cette partie de l'intrigue a été ajoutée pour gonfler un peu le film. De même on se débarrasse d'eux avant la fin. Le personnage de Charlotte Rampling, mariée à Jacques Dutronc, est irritant en dame de la haute société qui voit tout par l'unique petit bout de sa très sélect lorgnette...
Les plus attachants sont sans contexte, d'une part, Karin Viard en mère débordée, toujours avec un train de retard, mais dont la naïveté et le franc-parler donnent parfois de merveilleux résultats dans les dialogues et le rythme du film... Et d'autre part Jean-Paul Rouve en minable tellement veule, menteur et à côté de la plaque, qu'il se grille en permanence quand il trompe son amie (Carole Bouquet, redoutable et profondément antipathique en patronne New Age adepte du véganisme), et part tellement en cacahuète qu'il en devient littéralement paranoïaque. En même temps, il n'a pas tout à fait tort, puisqu'il est suivi en permanence par l'ex-époux de Carole Bouquet, incarné par Michel Blanc.
...Michel Blanc, qui a décidé ici d'imaginer une suite pour ses personnages d'un autre film (que je n'ai pas vu). Cette suite s'imposait-elle? En tant que suite, je ne saurais le dire. En tant que film... non.
On a si souvent en tête les démons étranges et bondissants, les personnages et situations farfelues des films les plus connus de Méliès, qu'on est parfois surpris devant une inspiration changeante, variée, et qui se souciait d''explorer tous les genres de contes, histoires et autres narrations. Le meilleur exemple reste à n'en pas douter le film "militant" de L'affaire Dreyfus vue par un Georges Méliès indigné et qui avait des années avant la résolution de l'affaire, pris parti et donné sa version des faits en se basant sur les articles et l'actualité!
Mais sans aller jusqu'à cet exemple célèbre entre tous, le conteur de Montreuil se faisait un plaisir de revisiter absolument tous les répertoires, et ses films colorés jouaient toujours une autre partition que le réalisme factuel, mais aussi souvent, s'éloignaient de la tendance au burlesque: c'est le cas notamment de cette Fée Carabosse qui commence comme un film à trucs: un troubadour vient consulter la fée (en réalité une vieille sorcière) qui lui prédit la rencontre d'une jeune et jolie femme prisonnière d'un château. Elle lui donne un talisman qui lui permettra de la sauver.. L'illusion passe par l'insert dans une séquence, de l'image de la jeune femme dans le cadre géant mais vide d'un tableau. Sauf que la séquence se termine par le départ du troubadour qui au moment de payer, n'a laissé à la sorcière qu'un sac rempli de sable, en lieu et place des espèces sonnantes et trébuchantes qu'elle attendait.
Ce qui pourrait déboucher sur une course poursuite à la Méliès va en fait prendre un autre chemin, le troubadour (suivi à une distance moyenne de la fée très en colère, bien entendu) se déplaçant dans des lieux extrêmement lugubres, dans lesquels on reconnaît une Bretagne légendaire et très glauque: des menhirs, des dolmens, mais aussi des abbayes désertes, des ruines inhospitalières... Dans ses moments les plus sombres, le film nous montre de façon toujours graphique (avec ces décors peints et ce mélange entre des murs en volume et d'autres peints, qui "font" l'esthétique des films Méliès) un univers finalement assez noir, dans lequel sur la fin Méliès acteur incarnera les forces du bien... Un film très curieux, en somme...
Bien qu'il soit souvent présenté sous le titre L'Hallucination d'un alchimiste et daté à 1897, ce film en est un autre, et daté de 1906. Il est d'ailleurs très élaboré, même si ces deux minutes sont situées comme souvent dans un décor unique, elles font intervenir un grand nombre d'effets, d'illusions et de techniques visant à élargir le vocabulaire fantastique... Et surtout, il est en couleurs.
Un alchimiste s'endort près d'une cornue, et les sortilèges se multiplient; un serpent se matérialise puis se transforme en bouffon. D'autres fééries et personnages merveilleux ou inquiétants sont générés par la cornue...
Intéressant: pour ce film qui accumule les trésors d'invention (avec surimpression, fondu et autres arrêts de caméra), de constater qu'il nous montre un alchimiste, soit plus ou moins un magicien, qui s'endort et rêve de choses incroyables...
Mais le film reste notable pour cette petite énigme énervante que je signalais plus haut, qui nous donne en particulier à voir une erreur des restaurateurs: Lobster a sorti un coffret-somme des oeuvres de Méliès, dans lequel figurait ce film sous ce titre et attribué à 1906. Il était en noir et blanc, ce qui diminuait considérablement son intérêt, Méliès l'ayant clairement conçu pour la couleur. Lors de la parution en 2008 d'un DVD de complément, le film en couleurs a été inclus, mais sous le titre L'Hallucination d'un alchimiste, de 1897. Un film que nombre d'historiens considèrent aujourd'hui encore comme perdu... Comme quoi on peut être à la pointe des restaurations patrimoniales et faire des erreurs, mais c'est d'autant plus cocasse que Lobster a précisément sorti les "deux" films, sans manifestement se rendre compte de la méprise. On les pardonne, au vu du coffret monumental qu'ils nous ont donné...
L'inventeur Crackford reçoit la visite d'un alchimiste, Alcofribas (George Méliès) qui lui vend des pilules qui lui permettront de voyager instantanément et sans effort... Mais le magicien mystérieux n'est autre que le Diable, et Crackford et son fidèle valet ne sont pas au bout de leurs surprises...
C'est un film assez long et ambitieux, surtout dans sa restauration la plus récente qui est basée sur une copie partiellement colorée, assemblée à partir de fragments dont beaucoup sont tirés de copies 35 mm. L'intrigue est essentiellement un prétexte à trucs et gags, qui se déroulent sur un certain nombre de tableaux et Méliès y recycle beaucoup de ses dispositifs théâtraux qu'il avait testés sur scène, et qu'il utilise pour nourrir ses illusions: à ce titre le film est spectaculaire, avec des scènes qui toutes passent par une construction similaire: Crackford et son valet arrivent dans un endroit, et tout se passe bien jusqu'à ce qu'un événement spectaculaire, loufoque ou burlesque ne vienne tout gâcher, et à partir de là tout devient n'importe quoi...
Pourtant, même si le film semble être un catalogue de délires à la Méliès, il est une adaptation d'une féerie de 1839, Les Pilules du diable. Et si le film, comme tant de Méliès longs, ne tient pas forcément la distance, il a au moins le mérite d'accumuler les changements de ton, et de montrer (surtout dans cette belle copie) le sens du détail qu'un examen parfois un peu trop distancié de l'oeuvre du maître nous fait oublier: la façon dont un détail de décor, une petite lune, semble tout à coup assumer une vie propre dans un plan compliqué qui a fait l'objet de plusieurs surimpressions, par exemple. Méliès demandait beaucoup à ses acteurs en troupe, ça n'empêchait pas des petites choses d'arriver, qui sont partie intégrante de son univers.
Et pour finir, le pauvre Crackford finit quand même littéralement sur la broche, et ça c'est quand même gonflé... La fin est le triomphe du mal dans toute sa splendeur, par un auteur qui a décidément envie de ne surtout pas faire comme tout le monde!
La principale raison qui pousse Méliès à rester le plus souvent possible en studio est qu'il ne peut rien laisser au hasard, et les effets spéciaux qu'il utilise reposent en particulier sur une maîtrise absolue de l'espace. Ici, il a besoin de cet espace sombre au milieu du plan, qu'il va ensuite aménager au gré des tours de magie de l'illusionniste qui en est le principal protagoniste... Il va donc se servir de ce fond noir pour faire apparaître une femme spectrale, puis de part et d'autre des deux piédestaux, des "bulles" qui ne sont autres que des têtes de femmes...
Histoire de rester dans le ton, avant de disparaître, il va à son tour se changer en bulle de savon. Ca ne sort pas du thème...
Confirmant une inspiration populaire et même assez vulgaire, ce film commence par l'arrivée d'un voyageur de commerce fin saoul à son hôtel, où le personnel a décidé de lui jouer un bon tour: profitant de ce qu'il est sorti de sa chambre pour aller se soulager, ce que le film rendrait presque explicite tant la gestuelle, et la présence d'une pancarte (WC à l'étage) sont clairs sur ce point, ils vont placer dans son lit un mannequin. A la fin, le pauvre homme est chahuté par tout l'hôtel, client(e)s comme personnel... Puis il explose.
Oui, il explose: peut-être que Méliès aussi, qui avait tourné un film entier sur du comique de situation... Donc en guise de résolution, la porte de sortie qu'il offre à son héros est un vieux truc coutumier de son cinéma, le fait de faire exploser le protagoniste, après tout, n'est rien dans la mesure où le bon goût a lui aussi explosé en vol!
Plus sérieusement, dans le film le champ est pour une fois coupé en deux dans le sens de la hauteur, avec un couloir de l'hôtel à gauche et la chambre à droite. Au fond du couloir, le fameux escalier qui mène aux commodités. A gauche, deux portes qui ne s'ouvriront que vers la fin, dont une qui laissera apparaître une jeune femme particulièrement court vêtue. Là encore, on sent ici comme une volonté de se situer dans la comédie à son versant le plus salace...
Seules 25 secondes subsistent de ce film, dans lequel Méliès nous montre une séance de Guignol: voyez le photogramme ci-dessus, à gauche, le petit théâtre, à droite les enfants... En apparence, rien de plus, et si on tient compte de la disposition du proscénium, tout se passe comme si Méliès régressait e retournant à un niveau qui se situerait en dessous des frères Lumière!
Mais bon, c'est à ça que sert l'histoire du cinéma, à rectifier le tir parfois... Car la disposition dans le plan s'explique très bien, l'espace apparemment inutilisé au centre servira fort bien pour accueillir les effets spéciaux, et le titre est assez clair: cette séance de guignol va donc déboucher sur l'anarchie puisque les marionnettes vont sortir du cadre et se taper dessus au sein du public, du moins dans le film tel qu'il n'est plus...
Jusqu'à ce qu'on retrouve une copie plus complète.