Dans un village du Sud-Ouest des Etats-Unis, Pete (Mack Sennett) est marié à une charmante donzelle (hum... Roscoe Arbuckle) mais est totalement obsédé par la voisine (Phyllis Allen), au point d'avoir creusé un trou dans la palissade qui sépare les deux maisons! ...ce que le voisin (Ford Sterling) a vu, et ça l'énerve, du coup, il se poursuivent en multipliant les coups de feu et les baffes...
Ce monument de non-subtilité est un film vaguement improvisé à Tijuana, comme Sennett pouvait en impressionner des kilomètres, pour profiter de ses séjours avec sa troupe! Il dure à peine 6 minutes, et il se borne à épuiser tous les gags possibles et imaginables, les plus crus seront les bienvenus, de la situation!
Arbuckle est ici cantonné à un rôle très ingrat, dont il s'acquitte de bonne grâce, celui d'une matrone qui prend beaucoup de place. Ford Sterling et Mack Sennett rivalisent des pires grimaces possibles, et à mon avis, c'est Sterling qui gagne!
Un fier-à-bras (Roscoe Arbuckle) a installé dans sa petite ville de l'ouet une réputation solide de tireur d'élite. Un de ses copains, efféminé, est persuadé que cette réputation est infondée et lui monte un bateau en se faisant passer pour un bandit...
Nous sommes aux temps héroïques des débuts de la Keystone Film Company, quand Mack Sennett était encore (du moins officiellement) le principal réalisateur des films qu'il produisait, et qu'il testait ses acteurs, qui tous allaient devenir plus ou moins des stars de la comédie burlesque... Le film a été tourné à Tijuana, pour profiter d'un décor naturel et tourner dans une atmosphère authentique...
...Mais on est vraiment en pleine jungle boueuse de la proto-comédie, avec un seul acteur qui tire son épingle du jeu, laissant voir derrière la balourdise et le côté particulièrement néandertalien de l'intrigue, un réel potentiel en tant qu'acteur. Je veux bien sûr parler de Roscoe Arbuckle, qui joue avec génie de son surpoids, et qui crève l'écran...
E.V. Marshall, que tout le monde surnomme Marsh (Tom Tryon), entretient une relation avec Paulie Nevins (Carol Ohmart), l'épouse de son patron. Ce dernier (James Gregory) est un homme violent et imprévisible, qui passe sa jalousie en accès de rage sur sa femme. Marsh enjoint à cette dernière de le quitter, mais elle refuse car elle a pris goût à l'aisance matérielle... Lors d'un rendez-vous, ils ont entendu une conversation entre trois mystérieux hommes, qui planifiaient un vol de bijoux spectaculaire! Paulie va décider de s'en mêler et de voler le butin aux voleurs...
On pourrait s'arrêter là, tant l'intrigue installée à partir de ces ingrédients suffit à elle seule à faire un film. Et puis, si on enlève le mari colérique, on est assez proche du scénario de Double indemnity, de Billy Wilder qui est non seulement le seul film noir de son auteur, mais aussi un chef d'oeuvre et un modèle du genre!
Mais l'histoire, concoctée avec l'aide de Frank Tashlin, l'ancien réalisateur-animateur de la Warner, ne s'arrête pas là, et contient une forte dose d'ironie mordante. Ces personnages sont maudits, on le comprendra très vite, et si le spectateur est très vite amené à prendre le parti de Marsh et à se défier de la belle Paulie, celle-ci doit également compter sur un mari qui ne se laissera pas faire, et qui ne va pas rester dans son coin: lors de la nuit du vol, il suit les amants pour les confronter et dans la pagaille, il est tué.
Qui a tué? Peu importe, en l'occurrence. Car même si c'est une balle perdue, Marsh et Paulie sont tout autant des victimes que lui, et vont devoir faire face à une enquête... Une enquête dans laquelle Marsh va découvrir qu'il a suivi la mauvaise personne en tombant amoureux de Paulie, et que pendant ce temps, la secrétaire de son patron (Jody Lawrence) est prête à tous les sacrifices pour lui!
Bref, ça se complique, et plus ça se complique, plus tout le monde est dans la panade. Suivant, à l'envers, le principe d'Hitchcock (plus le méchant est réussi, meilleur est le film), les scénaristes ont aussi créé des personnages de flics intègres mais assez ordinaires, tout comme Edward G. Robinson d'ailleurs dans Double indemnity, décidément on y revient!
Dans le film, son premier film noir depuis The breaking point, Curtiz trouve très vite ses marques, dans une mise en scène qui se concentre constamment sur le destin mal parti des deux protagonistes, et la mécanique implacable qui va les broyer. On est dans un territoire à la Thérèse Raquin, du coup: à partir du moment où les deux amants mettent le doigt dans la mécanique du crime, ils sont foutus et leur histoire ne tiendra pas le choc; on reproche beaucoup à Curtiz, c'est le cas du biographe Alan K. Rode, d'avoir choisi dans ce film personnel des acteurs inconnus, mais il me semble que ce choix renforce l'ironie et la délicieuse plongée vers les abîmes de la noirceur. Là encore, ce qu'avait imposé Wilder à ses stars, c'était l'ordinaire, la vulgarité même... Ici, Curtiz joue à fond sur le manque de glamour des parfaits inconnus qu'il dirige.
Avec un bémol: on sent bien qu'il a tout fait pour mettre en valeur sa star féminine, Carol Ohmart, qui joue de sa séduction en femme fatale, et... ça ne marche pas. D'autant que les seconds rôles en imposent, et apportent dans le film une vie, un tonus qui renforce encore le côté ironique: il faut voir ce que Elaine Stritch, qui joue le rôle de la bonne copine qui n'a rien compris à rien, apporte à une actrice comme Ohmart, à laquelle Curtiz a probablement donné l'instruction d'être aussi proche de Patricia Neal (dans Breaking point) que possible...
Mais avec son inimitable style flamboyant, ses jeux de mouvements à la précision diabolique, le goût pour un noir et blanc d'une incroyable beauté (les scènes nocturnes) ses ombres, une fois de plus, la vedette du film, c'est Curtiz lui-même!
Le dernier des films conservés de Méliès pour l'année 1905 est un conte en couleurs... Dont les couleurs ont été conservées, ce qui est assez rare. Tout part d'une nouvelle de Washington Irving, l'auteur du Sleepy Hollow original... Dans une veine "fantastique pour rire" assez similaire, Rip Van Winkle est un personnage haut en couleurs qui doit fuir la foule qui se lance à ses trousses, et qui va s'endormir et se réveiller 20 ans plus tard...
Méliès utilise, comme d'habitude, l'écran d'abord et avant tout comme une scène de théâtre, limitant hélas la portée cinématographique de son court métrage. Mais il s'y adonne à des effets immédiats ou discrets, qui donnent effectivement l'impression d'assister à de la magie en vrai. Il a rajouté quelques touches personnelles, comme un idiot du village (c'est d'un goût... autre temps, autres moeurs, comme chacun sait!) et surtout un serpent qui va lui permettre de s'adonner à quelques trucages intéressants.
On a longtemps cru le film intégrale perdu, et la version actuelle, rescapée et qui dure près de quinze minutes, est toujours amputée du début. La copie généralement disponible est dotée d'intertitres ajoutés évidemment après coup (et dont le style renvoie probablement aux années 10), mais il est plus intéressant de constater que Méliès avait aussi procédé à l'insert de titres narratifs, sous la forme de panneaux dessinés dans le plus pur style Méliès, et intégrés dans les plans. Une révolution, pour quelqu'un qui n'a quasiment jamais dévié de son amour inconditionnel pour une narration orale.
Une scène de la vie de tous les jours, ou presque: suite à une dispute entre un home et une femme, dans la rue, un groupe de voyous (on disait, rappelons-le, des Apaches à l'époque) mène la vie dure à un vieil homme qui a tenté de s'interposer...
Au-delà de l'intrigue qui n'a ni queue ni tête, et du décor Parisien avec ses Apaches, on remarquera que ce film anticipe un eu sur une certaine frange populiste du cinéma muet qui situera ses comédies (souvent anarchiques, et celle-ci l'est particulièrement) ainsi que ses films mystérieux (Gaumont et les films de Feuillade) sur le pavé Parisien...
Un fragment de l'Odyssée: Ulysse, désireux de revoir Calpyso, revient sur son île, mais il va devoir se frotter au cyclope géant Polyphème...
Ce dernier est bien sûr l'occasion pour Méliès de mélanger les effets spéciaux, fond noir, travelling, surimpression, fondu. Le trucage de la main du cyclope qui sort de la grotte est nettement plus effectif que celui de la tête, dont le contour est trop transparent... Néanmoins Méliès essaie tout, du music hall jusqu'aux mythes fondateurs... Dans lesquels il se donne le beau rôle, puisqu'il est l'interprète d'Ulysse.
Le Roi Léopold de Belgique visite la France, et il veut se rendre de Paris à Monte-Carlo en deux heures seulement. Un constructeur automobile lui assure pouvoir le lui permettre, et ils partent, avec l'ingénieur et inventeur comme chauffeur... Sur la route, les badauds se massent, mais c'est une mauvaise idée, car l'entreprise est dangereuse, à plus forte raison pour les potentielles victimes collatérales...
Le film prend acte de la nouvelle donne à la Star-Film, où Méliès souhaite plus de rythme, plus de péripéties, et utiliser comme d'habitude les toiles peintes, décors et "machinerie" en carton et multiplier aussi les personnages. Il donne à son Roi Léopold une forte présence à l'écran, et s'amuse comme un fou à accumuler les accidents, tous plus délirants les uns que les autres...
Ce n'est sans doute pas son meilleur film, mais on y sent une certaine irresponsabilité joviale qui fait paradoxalement plaisir...
Un magicien (devinez qui il est) fait apparaître des costumes du XVIIIe siècle d'un coffre en verre, et ils se transforment en un couple, qui prennent ensuite place dans une chaise à porteurs. Il les fait échanger leurs places...
Méliès se répète un peu, en essayant toujours un peu de varier les contextes... Mais s'il réussit bien sûr à combiner les effets spéciaux et à tromper son public en multipliant notamment les personnages, il base tout ici sur le pouvoir de ses effets spéciaux. Pourtant, à la Star-Film, l'accent est de plus en plus mis sur les histoires et la comédie... pas dans ce film.
Un pianiste qui ne parvient pas à composer s'endort, et il est visité par les Muses... Qui l'inspirent tant et si bien que ça vire à la bacchanale, voire au festival! Mais c'est un rêve...
Partir de rien ou presque pour construire un monde complètement cohérent dans son incohérence, en quelques minutes, c'est le pari de ce film, qui part donc de l'anecdote du musicien bon à rien comme d'un prétexte à marier canaillerie (les danseuses plus moins court vêtues) et grandiloquence (les figures des Muses qui entourent le pianiste)...
Les effets spéciaux sont utilisés ici à des fins oniriques, burlesques, mais surtout pour provoquer la débauche de moyens, la danse, les fausses statues, etc... Méliès s'amuse et surtout il cherche une nouvelle voie comique qui lui permette de laisser libre cours à son imagination et à ses moyens techniques.
La vie tumultueuse de Lenny Bruce, considéré comme l'inventeur et le principal propagateur de cet art si typiquement Américain qu'on appelle le StandUp. Dustin Hoffman incarne le comédien (notons qu'au passage le terme de comedian en Anglais n'est pas simplement un équivalent de "acteur"... ), entre le moment où il perce enfin, au début des années 60, et la fin de sa vie en 1966, lorsque entre deux procès pour obscénité, il est découvert mort d'une overdose dans sa maison...
Tout ici est affaire de parti-pris... Le tournage a été effectué en noir et blanc, et le chef-opérateur Bruce Surtees a tout fait pour accentuer les noirs, et créer de beaux contrastes. On est presque devant une esthétique de film noir... Le film est structuré d'une bien étrange façon, car d'un côté, une version "moderne" de Bruce (Dustin Hoffman barbu) commente tout ce qu'il a vécu, et apporte un commentaire éclairé et parfois un contrepoint ironique à ce qui nous est montré, en ordre chronologique. Un autre contrepoint est offert par un ensemble d'interviews de ceux qui ont compté dans la vie du showman, ou plutôt de ceux pour qui il a vraiment compté: sa mère, son épouse Honey, et son manager... Ils aident à y voir et accompagnent la destinée du héros.
Ils offrent aussi un miroir déformant, perturbant, sur la corruption entière d'un société dont le comédien traquait toutes les turpitudes dans ses spectacles, y démontrant constamment l'absurdité en se faisant constamment arrêter pour des motifs futiles: le plus souvent, pour avoir dit des gros mots en public! Le fait est qu'on voit bien que Bruce était en avance sur son temps, vilipendant la politique Américaine, l'hypocrisie face au langage et à la sexualité, les doubles discours de la politique, de la justice et de la police, et attaquant parfois son public pour démontrer l'absurdité des propos racistes aux Etats-Unis...
C'est un film étonnant, dont la caméra est toujours en train de scruter un public qu'on croirait réel, tant il est fasciné par la prestation de Bruce. Nous, c'est celle de Dustin Hoffman, qui gagne ici un peu plus les galons de monstre sacré auquel il aurait tort de ne pas prétendre... On sera par contre un peu décontenancé par le peu d'effort pour nous faire gober qu'on est bien dans les années 60. Mais Bob Fosse, obsédé du détail juste, savait ce qu'il faisait, et je pense qu'il a voulu signifier, en nous montrant des années 60 dont les citoyens sont habillés et coiffés comme en 1974, la justesse pérenne du message de Lenny Bruce.
Pour ceux qui souhaiteraient avoir une version plus "réaliste" du comédien, je vous invite à fouiller dans la très belle série The marvelous Mrs Maisel, dont l'héroïne "fréquente" Bruce (y compris de façon biblique, dans la saison 4) mais surtout a calqué son propre parcours de standup-comédienne sur celui de son mentor-malgré-lui.
En attendant, ...Dustin Hoffman!! Faut-il en dire plus?