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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 09:09

Don Miguel Farrel (Forrest Stanley) revient en Californie après avoir participé à la première guerre mondiale... Mais quand il revient, sa famille et son ranch ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes... La propriété est désormais dans les mains d'un banquier agressif de l'est, qui s'apprête à la revendre à un riche Japonais (Warner Oland), et celui-ci a des méthodes malhonnêtes pour arriver à ses fins. Miguel Farrel va donc devoir ruser... Heureusement, le banquier a une fille (Marjorie Daw), qui se range du coté de Miguel, et celui-ci peut aussi compter sur ses fidèles collaborateurs, pour atteindre son but: rassembler 300 000 dollars afin de racheter son ranch avant qu'il ne tombe, horreur, dans les mains de spéculateurs Japonais...

On ne fait pas toujours ce qu'on veut... Prenez un cinéaste en 1922, par exemple: quelles que soient ses aspirations, un contrat c'est un contrat, et celui qui liait Frank Borzage à la Cosmopolitan de William Randolph Hearst ne faisait pas exception à la règle. Donc après une poignée de films effectuée en toute (relative) liberté par le metteur en scène, en accord avec ses aspirations, disons, spirituelles, il lui a fallu obéir à une injonction, et réaliser un film non pas selon son coeur, mais bien conformément aux volontés du patron, qui visait probablement la fonction de gouverneur de Californie... D'où un profond sentiment de malaise devant un film qui montre ouvertement l'hostilité vis-à-vis des Asiatiques (d'ailleurs tous rangés dans le même sac, puisqu'un Chinois se fait traiter de "Jap" sans que personne n'objecte) comme un comportement normal et noble, et démontre, manigances à l'appui, que les "Japs" en veulent aux terres de Californie, et c'est une abomination de les laisser faire... Par ailleurs, les français ne sont pas mieux lotis: un immigré local est présenté comme un lâche, veule, et un mauvais payeur...

Borzage fait donc contre mauvaise fortune son travail, et rend parfois ce film imposé, disons, distrayant, en demandant à Forrest Stanley une énergie impressionnante. Il se souvient aussi du western de ses années 10, et s'inspire de ces montagnes arides et de ses plaines pour mêler poursuites en voiture et cavalcades à dos de quadrupèdes. S'il égratigne les immigrés asiatiques, le film est relativement généreux vis-à-vis des hispaniques, afin probablement de flatter l'électorat local: comme beaucoup de vieilles familles Californiennes, Miguel Farrel est donc d'origine Espagnole et Catholique, ce qui ne l'empêche pas de se comporter en bon capitaliste courageux et malin à la fin du film.

Bref: distrayant, mais franchement mineur dans la filmographie d'un réalisateur qui nous a beaucoup donné d'oeuvres si différentes et meilleures que celle-ci... Quant à Hearst, il a fini par renoncer. Tout ça pour ça!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Frank Borzage Western
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 17:00

Mary Stevens (Kay Francis) et Donald Andrews (Lyle Talbot) ont affronté ensemble la fac de médecine, et ils sortent diplômés en même temps, et ouvrent un cabinet au même moment, en compagnie d'une infirmière commune, Glenda (Farrell). Mais... Très vite il apparaît que si Donald a pris leur relation pour de l'amitié, ce n'est pas du tout le cas de Mary, qui doit s'effacer lorsque son petit ami fricote, puis se marie, avec la fille (Thelma Todd) d'un politicien. Ce qui va apporter beaucoup d'opportunités au jeune homme, et des ennuis avec la justice aussi. Après quelques temps, les deux médecins doivent se rendre à l'évidence: le mariage est un fiasco, ils s'aiment et tout irait pour le mieux si la machine politique de son beau-père acceptait de lâcher Don. Mary, qui est enceinte à l'insu de Don, décide de s'effacer et part pour l'Europe avec Glenda le temps que la situation s'éclaircisse.

A l'opposé d'un Curtiz, Lloyd Bacon utilise son étonnant talent de metteur en scène afin de faire faire des économies au studio. Il n'y a pas, chez lui, de grande envolées spectaculaires, juste une solide efficacité narrative, mais il arrive qu'il s'en dégage une certaine austérité. Par exemple, Bacon va à l'essentiel et ne s'encombre pas d'ambiguités inutiles, perdant parfois des occasions... Kay Francis doit affronter aussi souvent que possible une hostilité presque burlesque du monde entier (et de sa patientèle) à l'égard des femmes médecins, par exemple, jusqu'à ce qu'un jour, pouf! ça a disparu... Glenda ne semble exister que pour son travail, voire pour Mary, mis elle la soutient dans un constant abandon d'elle-même... Et si vous voulez mon avis, ce Don, il n'est pas du plus fiable... 

Mais c'est comme ça qu'il en va de ces petits films Warner dont le ton, le rythme et l'abattage des acteurs reste un plaisir constant... Y compris quand il est question comme ici, d'assumer un adultère et une grossesse hors extra-maritale, ou de confronter le public à la mort tragique d'un enfant, voire à la possibilité du suicide: oui, Kay Francis souffre dans le film. On est en droit de penser qu'elle en fait trop, je l'ai lu ici ou là... Pas pour moi.

 

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Published by François Massarelli - dans Lloyd Bacon Pre-code
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 16:48

Le "Calgary stampede" est une occasion Canadienne pour les cavaliers de l'ouest de faire la démonstration de leurs prouesses sous la forme d'un rodéo géant, avec prix à la clé. Le genre de chose que Dan Malloy (Hoot Gibson) ne voudrait rater pour rien au monde... Sauf qu'il est accusé du meurtre du père de sa petite amie. A tort, bien entendu... déjouant les pièges des enquêteurs de la police montée, Dan se cache dans une exploitation et dissimule ses talents en attendant son heure...

C'est un tout petit film, l'un de ceux dont on peut dire que le fait même qu'il ait survécu est son plus grand mérite... Hoot Gibson, déjà un vétéran du western, et un authentique cavalier doué, n'a pas le charisme tranquille et paradoxal qui était celui d'Harry Carey et que John Wayne allait bientôt reprendre, il n'a pas non plus le côté grand gaillard positif de Tom Mix, ou la noirceur inquiète de William Hart, pas plus que la jeunesse débrouillarde et un brin immature de Gary Cooper.

Et pourtant, bizarrement, ça marche! Blaché, un vétéran lui aussi, dont c'est le dernier film, savait tirer parti d'un décor, et se fait plaisir dans la première partie avec un autre type de stampede, une ruée de bisons... Il sait aussi mener un film d'un point à un autre et profite évidemment du petit suspense de la dernière partie: Dan participera-t-il aux réjouissances du Stampede, révélant ainsi son identité, ou continuera-t-il à se cacher?

 

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Published by François Massarelli - dans Western Muet 1925 **
2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 16:32

"Doc"McCoy (Steve McQueen) voudrait bien sortir de la prison du Texas où il croupit... Il demande à son épouse (Ali McGraw), qui en a assez de l'attendre, depuis quatre ans, de répondre de manière favorable à une proposition malhonnête d'un notable corrompu (Ben Johnson), qui promet de le faire libérer si il s'engage à participer à une affaire de braquage avec lui. Dans un premier temps, tout paraît idyllique, et puis... Tout va mal: le casse vire au dramatique avec la mort d'un garde abattu par un complice, McCoy et son épouse se rendent compte que les sommes promises ne sont pas au rendez-vous, et qu'ils sont tombés dans un piège grossier, un complice tente de tuer Doc mais celui-ci tire le premier... sauf qu'il n'a pas réussi à le tuer. Et par-dessus le marché, Doc se rend compte que les arguments déployés par son épouse au moment d'obtenir sa libération incluaient aussi le service à la personne: il y a de quoi s'énerver...

Le film, après un début à la Peckinpah, avec une savante et assez virtuose salade de montage, se recarde sur l'essentiel: son intrigue, dans laquelle tout pas de côté à des conséquences, et comme nous sommes, en temps presque réel, mis au courant de toutes les actions de tous les personnages, ç crée une adhésion assez irrésistible. Peckinpah profite de cette première incursion dans le film noir pour le repeindre aux couleurs du western, avec quand même une prédilection pour le rouge. Toutes ses obsessions personnelles y passent, depuis une certaines fascination pour les glandes mammaires, jusqu'à la représentation en triple exemplaire de la violence, en passant par un bestiaire permanent (qu'on n'a pas besoin d'attendre, puisque le générique s'ouvre sur des images d'animaux...).

Mais le film appartient autant à Steve McQueen (et Ali McGraw), qui mène la danse avec une certaine assurance... Y compris quand le scénario propulse les deux infortunés McCoy sur un tas d'ordures. Il faut, parfois, souffrir...

 

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Published by François Massarelli - dans Sam Peckinpah Noir
1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 09:08

Le troisième film de Billy Wilder prend, en terme de genre, le contrepied du film précédent ; il inaugure une série de films « sérieux », dont bien sûr aujourd’hui il nous sera aisé de juger de leur apport à divers thèmes chers à Wilder : la fascination engendrée par certains êtres exceptionnels, qu’on retrouvera dans Sunset Bd, Fedora, voire dans Double indemnity et The private life of Sherlock Holmes également. La dissimulation, le déguisement sont ici encore présents, avec en plus de ce qui était exploré dans The major and the minor une situation plus complexe : tout le monde ou presque ment, et tout le monde ou presque va se brûler à ce petit jeu. Mais l’un des intérêts principaux du film est de présenter les premières armes de Wilder dans le film noir.

Oui, je sais ce n’est pas un film noir à la base; on le rangera plutôt dans la vaste catégorie des films de guerre, sous-genre « Après Casablanca »: J.J. Bramble (Franchot Tone), tankiste seul rescapé d’une bataille, se retrouve en plein désert, survivant de justesse. Il se réfugie à demi-inconscient dans un petit hôtel tenu par Farid (Akim Tamiroff) et la bonne française Mouche (Anne Baxter), lorsque l’avant-garde d'une colonne Allemande s’introduit dans l’hôtel et commence à s’installer ; Farid et Mouche font passer Bramble pour leur maitre d’hôtel, Davos, qui est mort dans un éboulement : on apprend très vite que Davos était en fait un espion, ce qui va obliger Bramble à jouer un jeu dangereux auprès d’un officier Allemand bien dans la tradition, le lieutenant Schwegler (Peter Van Eyck), mais surtout auprès de Erwin Rommel (Erich Von Stroheim).
 
Une fois définis ces cinq personnages, il suffit d’ajouter un général Italien, et on a tous les acteurs du film : le cœur de l'intrigue est un huis-clos, ce que l’exposition, qui montre le lent périple de Bramble dans les sables du désert rehausse d’ailleurs : il y a un petit coté voyage au bout de soi-même dans ces huit minutes, qui servent d’introduction à un passage de l’autre coté du miroir pour le soldat Britannique : il se rend, sans le savoir, à Rommel-Land… Et il partira à la recherche d’un McGuffin d’importance (pour lui et ses supérieurs), les fameuses « cinq tombes » du titre Anglais…

Rommel: la fascination exercée sur tout ce petit monde par le Maréchal est un écho de celle ressentie durant cette époque dans le monde, qui aurait aimé faire de Rommel un adversaire à Hitler. Voir à ce sujet le film intéressant de Henry Hathaway, qui avec l’aide de James Mason fait de Rommel un martyr. Ici, guerre oblige, on a un Rommel plus menaçant, mais toujours aussi exceptionnel, d’autant qu’il est copieusement servi par l’une des rares incursions de Stroheim dans un studio Américain prestigieux en ces années de vaches maigres: il s’en donne à cœur joie. Rommel fascine donc, depuis Farid qui est un lâche de carnaval, jusqu’à Mouche qui croit voir en le maréchal une porte de sortie pour « son » problème : son petit frère, prisonnier des Allemands. Schwegler n’est pas comme Rommel, mais il le craint, comme en témoignent ses efforts pour tenir secrètes ses tractations avec Mouche. Le Général Sebastiano, histrion qui menace pour un oui ou pour un nom de se plaindre à Mussolini, se tait dès qu’on prononce le nom de Rommel… Enfin, Bramble, comme Mouche, identifie Rommel à une porte de sortie, mais d’une façon plus militaire : dans un premier temps, il envisage (il n’est pas officier…) de le tuer, puis se ravise après avoir conversé avec un prisonnier Britannique, qui lui conseille de jouer à fond la carte Davos pour fournir des renseignements. Mais approcher Rommel, du coup, devient son objectif… Qu’il atteindra sans coup férir, lorsqu’il se rendra compte que le Maréchal, imbu de lui-même, n’aime rien tant qu’à se répandre en détails sur sa vie, et son œuvre… Il suffira à Bramble de recoller les morceaux. On le voit, ici, tous les protagonistes principaux du huis clos, sauf Rommel, poursuivent un but : Schwegler, on le comprend rapidement, cherche à coucher avec Mouche; Mouche cherche à utiliser les Allemands afin de faire libérer son frère, et Bramble cherche à utiliser Rommel contre lui-même, en court-circuitant les plans de Mouche s’il le faut… Dans cet hôtel qu’on ne quitte jamais, tous ces gens qui s’observent, toutes ces occasions de développer du suspense, comment s’étonner que Wilder se soit fait la main sur les ficelles du film noir, en compagnie de John Seitz ? La stylisation est déjà partout, et la scène ironique la plus gonflée voit une scène de bagarre se résoudre hors champ, pendant que la caméra immobile cadre en gros plan une lampe allumée, tombée des mains d’un des protagonistes: Défense d’y voir…

Si Wilder et Stroheim font de Rommel un « méchant » fascinant, ils n’oublient pas de l’humaniser, en le faisant notamment prendre la défense de Schwegler après sa mort (« Il avait 23 ans ! ») et en le faisant refuser le marché de Mouche, afin de ne pas profiter d’elle. C’est un homme régi par une ligne de conduite, un code d’honneur, plus que par des passions, mais sa rigidité le condamne à rester en dehors de l’affection franche et nette qu’on ressentira par exemple pour James Mason, ou bien sur pour le Capitaine Renaud dans Casablanca. Il y a malgré tout une scène après 30 minutes de film, durant laquelle Wilder tarde volontiers à nous révéler le visage de celui autour duquel tourne le film, et il permet à Stroheim de jouer avec sa nuque… Cette fascination qui fait de Rommel le centre du film se ressent d'autant plus qu'aucun des trois autres personnages principaux n'est foncièrement sympathique, même si tous leurs motifs s'expliquent, ils sont tous très petits face à Rommel, au-dessus des mortels, comme Holmes, voire comme Lindbergh, mais d'une façon littérale pour ce dernier!

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La Paramount se devait, comme tous les studios, de donner un nouveau visage au film de propagande. Mais Five Graves to Cairo (Adapté d’une piève de Lajos Biro) n’est en rien assimilable au film de Curtiz: les moyens ont peut-être manqué, et les agendas différents du studio et des deux co-scénaristes, le manque d’acteurs de premiers plans (si on se place, hélas, en terme de box-office, s’entend, ils sont en effet tous très bons), tout concourt à faire de ce film une œuvre mineurs, mais souvent stimulante; Wilder ne s’y trompe pas, qui continue à affuter ses crayons : le dialogue est constamment brillant, et certaines situations résonneront jusqu’à la fin de sa carrière : comment ne pas penser à Gabrielle Valladon (The private life of Sherlock Holmes), en voyant Mouche, et surtout en apprenant après les faits son cruel destin? Le petit monde de Wilder, avec ses petites gens en marge de l’intrigue, s’accommode bien de la présence de deux personnages qui vont égayer de leurs petites clowneries le film, plutôt sombre : Sebastiano et Farid servent ici surtout à ça… Ses petits cailloux narratifs servent le suspense, et sont notamment incarnés par la plaque d’identité de Bramble (vue en gros plan à la cinquième minute) et surtout le pied-bot de Davos, qui se révèlera un indice pour Schwegler, et non pour Bramble.
Voilà, en attendant une œuvre magistrale, comment le grand Billy Wilder se faisait les dents en 1942. On peut imaginer bien pire exercice, en vérité…
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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 16:14

Samson (Victor Mature), un Hébreu qui vit avec son peuple sous la domination constante des Philistins, annonce à ses parents qu'il va épouser une notable (Angela Lansbury) appartenant à ces derniers. Mais l'accueil des occupants vis-à-vis du berger est au mieux moqueur, voire méprisant... Lors de la bagarre qui s'en suit, la fiancée est tuée. Dalila (Hedy Lamarr), la petite soeur éconduite, décide de venger sa famille et de livrer Samson, en le séduisant d'abord...

14 ans! Il a fallu que Cecil B. DeMille attende quatorze ans à mûrir ce film avant de pouvoir le faire... Car normalement, c'était la production suivante après Cleopatra (1934). Mais pour tout un tas de raisons, la guerre en premier lieu, et d'autres obligations moins onéreuses et plus lucratives (notamment une série de westerns), ça n'a pas pu être fait.

Et c'est pourquoi je suis plus que surpris, qu'un cinéaste qui a aidé à définir Hollywood dans les premiers temps, un pionnier qui a montré le chemin (parmi les sommités qui ont subi son influence, je me contenterai de citer Lubitsch, Gance, L'Herbier et Chaplin, ce dernier ayant été bouleversé par The Whispering Chorus), puisse mûrir un film pendant quatorze années... et tourner ça.

Il n'y a rien dans ce film, rien que du carton-pâte aussi bien dans les décors que dans les interprétations de la plupart des acteurs, je mets George Sanders de côté, car même avec le pire dialogue possible, et le film se pose d'emblée en candidat pour ce diplôme spécifique, il reste un génie! Pour le reste, circulez, il n'y a rien à voir. 

...A moins de souhaiter entendre un dignitaire Philistin proférer, dans la scène finale, un "je n'ai jamais vu de clown aussi drôle" pour blesser Samson, avec un fort accent de l'Oklahoma.

Le film a eu un énorme succès. Sans plus de commentaire, donc.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille
31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 12:01

Comment juger un film comme celui-ci? Disons que, comme tous les films de la saga, mais à des degrés bien différents, Moonraker est totalement tributaire de son contexte: d'un côté, les genres cinématographiques sont dominés par la science-fiction post- Star wars; de l'autre, le film précédent a été un triomphe, que la production va vouloir retrouver coûte que coûte. De là à penser qu'il y a eu précipitation, c'est évident. De là à admettre que toutes les interventions de Jaws, l'homme-dents (Richard Kiel) qui passe son temps à apparaître sans la moindre logique, sont purement motivées par le fait qu'il a été très apprécié du public (incidemment, la production a tout prévu puisqu'on apprend à la fin qu'il n'est pas mort, des fois que)... 

Les faits: une navette spatiale de type Moonraker a disparu parce que le constructeur a décidé d'implanter une race de seigneurs sur terre, c'est ce que j'ai trouvé de plus court comme résumé...

Quelques séquences sportives, beaucoup de gags et pas des plus fins, de la drague option beauferie généralisée, une tendance de la mode à faire dans le sérieusement laid (c'est 1979, que voulez-vous), des allusions plus ou moins fines à des films de l'époque (le carillon de Close encounters, pas une mais trois fois) et quarante minutes dans l'espace qui sont aussi mal foutues que, au hasard, The adventurers de Lewis Gilbert. Ceci explique cela...

Devant tant de bon goût accumulé, je n'ai pas résisté à ressortir une affiche d'époque. C'est cruel, mais ça en valait la peine...

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Published by François Massarelli - dans Navets Science-fiction Bond
31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 09:13

Dans l'Angleterre de 1790, un mariage va être célébré; un jeune officier essaie bien de l'empêcher, car il aime la jeune épousée, lady Margery (Mary Astor), mais on fait vite comprendre au capitaine Brummel (John Barrymore) que c'est peine perdue. Pire, la mariée elle-même participe au découragement. Revenu de tout, il décide de se rendre indispensable au Prince de Galles, puis devient le prince de la mode, des apparences et le séducteur des grandes dames de la cour...

La même année que Kean, de Volkoff, avec lequel il partage un certain nombre d'aspects, ce film a été une prestigieuse production de la Warner, qui cherchait désespérément à jouer dans la cour des grands... Avec John Barrymore, un réalisateur aguerri, une armée d'acteurs et de figurants, un script qui appelait la sophistication sur tous les fronts (interprétation, décors, costumes, éclairages...), ça donnait sans doute très bien sur le papier. Et de fait, c'est soigné, très soigné. Pas un détail qui vient perturber la représentation des moeurs de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle, pas un accroc, et... pas un seul moment où l'ennui poli devant tant d'affectation ne sera perturbé. 

 

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Published by François Massarelli - dans John Barrymore Muet 1924 *
28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 16:17

Trois réalisateurs, dont un seul est crédité: le signe qu'une fois de plus il y a de l'embrouille au -delà de la passe de Mutia... Le même problème que pour Tarzan and his mate, en fait, à savoir une incapacité de la production à faire des choix clairs et à confier le film au bon réalisateur... On y revient plus bas, dans la mesure où il n'y a pas grand chose à dire sur le film.

Celui-ci commence par un retour en arrière; à nouveau, l'intrigue partira de la promesse d'un safari, puisque la famille de Jane souhaite la faire revenir. Plus précisément, ses deux cousins, Rita (Benita Hume) et Eric (William Henry), qui ont l'air aussi à leur place dans la jungle que Johnny Weissmüller le serait en habit vert à l'académie française... Ils demandent de  l'aide auprès d'un chasseur-businessman, Fry (John Buckler), qui les conduit en espérant pouvoir ramener Tarzan dans une cage. En 17 minutes, cette fois, le tour est joué, et on entend le fameux cri! 

Le reste est assez routinier, et bien sûr, on ne peut pas y échapper: oui, les TarzanJane s'embourgeoisent, puisque de petite hutte ils sont passés à grosse maison avec ascenseur, et sinon Jane a appris à coudre en utilisant de plus larges bandes de peau que pour son dernier film! Car le Code est là et Joseph Breen, censeur en chef, veille au grain (de peau).

Mais le film a subi des soucis assez simples: le scénario a changé plusieurs fois en cours de route et le film aussi. D'une part parmi les décisions abandonnées, il y avait une volonté initiale de tuer tout le monde, sauf Tarzan et Jane; ensuite, une séquence située vers la fin voyait le safari affronter des créatures fantastiques (des grosses chauve-souris) dans une grotte infestée de marécages: la grotte subsiste, mais la séquence ne contient plus que son début et sa fin. Si certains (98% des porteurs Africains, et le méchant bien entendu) y passent, les gentils Anglais sont accompagnés jusqu'aux confins du territoire de Tarzan et gentiment renvoyés à Londres...

Si les Gabonis ne les attrapent pas! Car Jane, c'est acquis, ne veut pas du tout partir, c'est évident et donc quand le safari repart c'est sans la protection de Tarzan. Le film, entre autres égarements, nous montre une vision idyllique, et d'ailleurs un peu trop rose de leur vie de couple... Une vie sans enjeu: Tarzan sait tout, voit tout, protège contre tout... Difficile donc de faire un film qui soit autre que fade dans ces conditions.

Et comme il a été coupé, sévèrement dit-on, et qu'il est bien court, le film s'est vu complété par... des réemplois, des redites, et des séquences quasiment intégrales, notamment de Tarzan and his mate (les Gabonis). La séquence de baignade ayant été coupée un peu partout dans le film de 1934, elle est ici rejouée, mais habillée, avec la même Josephine McKim, et la même chorégraphie. Et les transparences, pour certaines, sont une reprise des mêmes fonds...

Voilà qui n'explique pas, mais qui illustre la panade durant laquelle James McKay, puis John Farrow (qui a toujours dit avoir fini le film) et enfin Richard Thorpe (qu'a-t-il tourné? Mystère... En tout cas son absence totale de style est omniprésente) ont été amené à prendre la barre d'un film qui a bien failli s'appeler The capture of Tarzan, et qui aurait tout aussi bien pu s'appeler Tarzan lays an egg

Mais le pire est à venir: trois fois.

 

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Published by François Massarelli - dans Ungawa Richard Thorpe
28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 10:56

Historien du cinéma, écrivain, Bernard Eisenschitz a passé une grande partie de sa vie professionnelle (et pas que) autour de L'Atalante, le chef d'oeuvre paradoxal de Jean Vigo: paradoxal à plus d'un titre, puisque le cinéaste n'était plus de ce monde au moment où le film a pu être montré, parce que come pour beaucoup de chefs d'oeuvre, l'état même du film, ce qu'il est pour de bon, n'a jamais vraiment été établi, et paradoxal enfin dans la mesure où le film n'était pas un désir de Vigo, plus une commande de ses producteurs... Une commande dans laquelle le metteur en scène allait littéralement jeter son dernier souffle.

C'est donc des rushes nombreux, conservés miraculeusement et accumulés à la Cinémathèque Française, que Bernard Eisenschitz a monté un film de 70 minutes, qui retrace, montre, commente et complète l'histoire du film de 1934: dans ces images, des gestes, des sons aussi, des propositions de montage, des tentations finalement abandonnées, et ici ou là, l'image émouvante de Vigo, amaigri, mais déterminé, fixé sur sa pellicule comme un fantôme. L'image des amis aussi, Eisenschitz nous montre par exemple les copains du groupe Octobre, dont on reconnaît Jacques B. Brunius, parmi les figurants... 

Paradoxal, enfin: complément d'un film auquel il n'ajoute rien, mais peut permettre de nous expliquer à quel point L'Atalante est un beau film.

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire Jean Vigo