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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 16:49

Réalisé entre Dorothy et Sodome et Gommorhe, ce film est sans doute l'un des meilleurs, sinon LE meilleur, des films muets Européens du futur réalisateur de Casablanca. Ce qui ne l'empêche pas d'être un sacré méli-mélo, avec accent sur le mélo, avec rebondissements, morale à tiroirs, etc...

Maud (Lucy Doraine) est une jeune femme recueillie par un vieil avare, l'industriel Racton: celui-ci a un lien vague de parenté avec la jeune femme, mais il l'utilise comme sa bonne à tout faire... par bonté. Racton souhaite marier sa fille avec le fils d'un concurrent pour "marier" les deux usines! mais le grain de sable proviendra bien sûr du fait que le fiancé putatif préfèrera Maud à la fort disgracieuse héritière. Maud, bien sûr, se fait chasser sans ménagements. Elle retourne dans sa famille et va devoir gagner de l'argent pour trois: elle, sa mère, et un bon à rien de frère, alcoolique et malhonnête. Celui-ci va aller jusqu'à commettre un meurtre: pour Maud, c'est la spirale de la déchéance qui commence...

Outre les péripéties toutes plus grosses les unes que les autres (ce qui est, selon la tradition établie par les Danois, parfaitement assumé), on remarquera d'une part que la mise en scène musclée de Curtiz repose déjà beaucoup sur le mouvement. Tout va très vite, et il se fait plaisir en mettant en scène un accident ferroviaire hallucinant, pour lequel il met évidemment ses personnages en danger dans un train en flammes... Et ce sont de vraies flammes! Ca bouge tout le temps, c'est du plus haut distrayant. Et son sens de la composition est déjà très impressionnant, sans parler de son futur péché mignon, les ombres, qui apparaissent ici: il n'avait pas son pareil pour utiliser l'art des ombres chinoises pour amener des effets de toute beauté.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz 1921 Muet
9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 16:43

Un commissaire de police donne une mission à eux de ses agents: Henderson et son collègue vont devoir se grimer en femmes pour les besoins d'une enquête. ce qui va tourner au vinaigre, d'une part quand l'un des deux se fait draguer avec insistance, et l'autre va devoir expliquer à son épouse ignorante des faits pourquoi il y a les affaires d'une autre dans sa penderie...

C'est un petit film, et il me semble que si les pudeurs contemporaines ont du se sentir atteintes, on y évite bien des pièges. C'est gentiment drôle et tout revient à l'ordre au final... Comme dans The cousins of Sherlock Holmes de la même année, on remarquera que les hommes grimés en femme évitent par tous les moyens l'excès de ridicule. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy Comédie
9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 16:36

Des détectives plus ou moins sous-doués soupçonnent un homme honnête et innocent d'être le bandit Jim Spike, qui il est vrai, lui ressemble comme deux gouttes d'eau... L'innocent a l'idée de se grimer en femme pour échapper à ses poursuivants, mais d'une part ça ne marche pas, et d'autre part, pendant ce temps sa fiancée se fait aborder par le vrai Spike...

Le principal ressort de cette petite comédie (également appelée Cousins of Sherlocko, probablement dans le but d'échapper à la main leste de Conan Doyle qui faisait des procès à tour de bras) est le travestissement, qu'on retrouvera dans Officer Henderson. La petite entreprise de la Solax fonctionne à plein régime et le film est assez plaisant: plus sophistiqué, en tout cas, que les productions Keystone contemporaines.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 17:49

A Dôle, dans le Jura, Francis Bergeade (Michel Serrault), dirigeant d'une PME, affronte une grève de ses employées. Elles font des lunettes, mais de toilette, et le marché semble en crise... Par-dessus le marché, bien qu'il vive avec elles, il est en froid avec sa fille qui s'apprête à se marier, et avec son épouse (Sabine Azéma) qui le prend de haut. De très haut... Bref, il n'y a qu'avec son copain Gérard (Eddy Mitchell) qu'il se sent bien. Mais lors d'une sortie des deux amis au restaurant, Francis plonge la tête dans ses rognons... C'est un malaise vagal, mais clairement il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. 

Lors d'une émission de télévision (une vaste connerie, mais dans la mesure où c'est, je me cite, "une émission de télévision", forcément...), une famille du Sud-Ouest se présente: le père de famille a disparu corps et biens en 1967, pourrait-on le retrouver... Francis se voit, sur la photo d'époque diffusée à la télévision... Est-il vraiment Francis Bergeade, industriel Franc-Comtois, ou est-il Michel Thivart, agriculteur disparu de Condom (Gers), et époux de la belle Dolores (Carmen Maura)?

On le saura, et on le saura très vite... Car ce film n'est pas une sombre enquête autour de la disparition mystérieuse d'un homme, mais une comédie qui va nous montrer un homme qui revit en se découvrant une porte de sortie, à la vie terrible qu'il mène. Alors on va le dire tout de suite, le film sortirait aujourd'hui, je pense qu'il se prendrait une volée de bois vert, pour des raisons diverses et variées tournant autour d'un féminisme bien éloigné des préoccupations de Chatilliez et de sa scénariste Florence Quentin. Mais ce que le film accomplit, et son dialogue aussi particulièrement, c'est de nous transporter dans un monde où Sabine Azéma est vraiment une emmerdeuse, une vraie...

Il y a des incohérences dans le film, mais à travers ses acteurs et actrices, Chatilliez transcende l'écueil. Et à travers les dialogues là encore, car c'est sinon d'une grande justesse, un grand bonheur. Et la palme du couteau suisse revient à cet acteur fabuleux qui fait tout, mais alors tout passer dans un éclat de rire permanent: Eddy Mitchell, dont c'est sans doute le plus beau rôle de tous les temps...

Car ce qui compte avec ce film, c'est cette illusion de bonheur qui nous est montrée, comme une halte salutaire, au milieu de tous ces gens qui, si on écoute bien, n'ont que des platitudes à dire, mais ils le disent avec l'accent, et une évidente humanité. Ca repose, et ça ressemble un peu à une madeleine. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 17:33

La Hongrie est passée par bien des vicissitudes entre le début du XXe siècle et les années 20 (et au-delà, du reste...), soit durant la période de formation du futur Michael Curtiz. Tourné durant les années post-première guerre mondiale, pendant le mandat chaotique de Bela Kun, ce court film de propagande se met au service d'une idéologie socialisante dans laquelle on a du mal à reconnaître le cinéaste, mais il est vrai qu'il était le plus en vue des réalisateurs Hongrois, et qu'il devait sans doute déjà songer à l'exil. Les troubles politiques, et les changements de régime nombreux dans cette période chaotique suite à la débâcle, vont pousser le jeune réalisateur à son premier départ, qui allait le meer en Autriche.

 

Le film, illustration d'un poème d'inspiration proto-communiste, qui est un portrait à peine déguisé du héros national, est donc à prendre comme un exercice de style, l'un des plus anciens qui nous soient abordables. le jeu des lumières et de l'ombre, et le goût pour la représentation de la nuit ne doivent pas nous tromper, si les personnages s'enflamment pour des idées, des idéaux, le metteur en scène est déjà ce pessimiste invétéré que nous connaissons si bien grâce à sa période Américaine.

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Published by François Massarelli - dans Muet Michael Curtiz
7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 17:14

Avant de partir pour l'Autriche, d'où il s'embarquerait pour une carrière fabuleuse à Hollywood, Mihaly Kertesz (de son vrai nom, Emmanuel dit Mano Kaminer) a quasiment été assimilé à la production Hongroise de films... Réalisateur des oeuvres les plus ambitieuses, sans doute, mais ça reste hypothétique puisque tant d'oeuvres ont disparu. Il en resterait, manifestement, une poignée; j'en ai recensé quatre, réalisés entre 1914 (A tolonc) et 1919 (le court métrage de propagande Jon Az Ocsem). L'un d'entre eux n'existe plus que sous la forme d'un fragment privé de son contexte...

Mais le film est intéressant, même réduit à sa plus simple expression, en trois pauvres petites minutes... Par exemple, l'art de l'ombre et de la lumière ici, la façon de capter les intérieurs, la composition, sont en droite ligne d'un forte influence Danoise: on sait que Curtiz, pour apprendre son art, a eu le culot de faire le voyage jusqu'à Copenhague et de s'inviter sur le plateau d'August Blom! Et à la fin de l'extrait, il filme une scène folklorique durant laquelle son acteur fétiche Victor Varconi est au milieu d'une foule impressionnante, et déjà, l'art de Curtiz explose quand il s'agit de manier les foules... Pour le reste, on se perd en conjectures devant ce sombre drame doublement muet.

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Michael Curtiz Muet
6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 17:39

Le film est un "film long" de Solax, donc produit par Alice Guy: c'est, en deux bobines, une première tentative de sortir de la tradition des courts métrages de moins de quinze minutes. Il emprunte autant à la tradition du mélodrame Américain, qu'à Dickens, et en particulier, à Oliver Twist...

Un couple d'Américains riches fait de la charité un hobby important. Mais ils se font rouler dans la farine par un autre bourgeois qui sous couvert d'aider les pauvres, est en fait le chef d'une bande de malfaiteurs qui entraînent les enfants à voler. Le jeune Oliver, qui vient d'arriver dans la bande, est aussi le souffre-douleur...

Le terme "sewer" désigne l'égout, à double sens: d'un côté, les bandits qui vivent dans la misère mais se complaisent dans le rime, et de l'autre le cheminement par les égouts, par lesquels le héros va s'en sortir, dans une longue séquence très soignée. Je ne sais pas dans quelle mesure ce n'est pas un film d'Alice Guy; elle en est au moins désignée comme chef de la production (je doute qu'elle ait pu être étrangère à quoi que ce soit qui soit sorti des studios Solax...). Le film est soigné, mais il est hélas incomplet... Comme les films en deux bobines de Griffith sortis la même année, c'est un jalon essentiel dans l'inéluctable évolution du cinéma Américain vers le long métrage...

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Published by François Massarelli - dans 1912 Muet Alice Guy **
6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 17:32

Ce film, c'est l'illustration absolue de la morale cinématographique dominante: il nous montre une grève qui dégénère... Si les grévistes sont d'honnêtes gens, ils ont été manipulés par un sale type, un agitateur professionnel qui a la bombe facile. Tous les clichés possibles et imaginables d'une histoire de grève dans un film en 1912 sont là, bien sûr, et... C'est irrésistible! Un genre à part entière, quoi, comme le western ou le mélodrame: le film de gréviste.

Quant à Madame Alice Guy, elle se fait plaisir avec un incendie à suspense qui est fort bien mené: le meneur des grévistes s'invite chez le héros, jette négligemment une cigarette allumée, et s'en va. Il n'y avait pas d'intention de nuire (il n'était là que pour enseigner l'art de jeter une bombe) mais le mal est fait: dans la scène qui suivra c'est la brave patron qui sauvera l'épouse et la fille...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 17:27

Un homme (Darwin Karr) souhaite épouser sa petite amie (Blanche Cornwall), une actrice... Le mot qui fâche, donc ses parents s'y opposent. Il va donc devoir s'exiler de la famille et de l'aisance qu'il a connue... Une seule solution pour s'en sortir quand son épouse se fait virer du théâtre qui l'emploie: un cambriolage. Comme on est en plein mélo, il souhaite dérober l'argent de son propre père qui va ainsi comprendre le côté dramatique de la situation...

Un coup à droite, un coup à gauche, comme Griffith finalement: y compris au sein d'un même film, Alice Guy accuse les pères-la-pudeur, tout en les ménageant: certes, les parents du héros sont de prudes puritains qui n'ont rien compris... mais quand ils se ravisent, l'épouse n'a-t-elle pas cessé ses activités théâtrales pour devenir mère? Un honnête petit court métrage, bien prévisible...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 17:22

Une esthétique 1967 particulièrement affirmée, c’est ce qui saute aux yeux durant un générique déroutant : un homme découpe des fragments de photo dans des magazines de mode français ou Anglo-saxon, le point de départ d’une obsession affirmée pour les pays qui ne sont pas l’Espagne…

Julian (Jose Luis Lopez Vasquez) est cardiologue, célibataire. Il rencontre l’épouse d’un ami d’enfance, Pablo (Alfredo Mayo) : Elena (Geraldine Chaplin) est blonde, anglo-saxonne semble-t-il encore que ce ne soit pas très clair ; et surtout elle ressemble à s’y méprendre à une jeune femme qu’il a vue (ou rêvée) dans son passé ; elle était blonde, et frappait avec énergie sur un tambour durant une fête de village. Julian est amoureux, le dit à la jeune femme et celle-ci va, tout en jouant au chat et à la souris avec lui, se faire un plaisir de le rejeter… Parallèlement, Julian a bien vu que son assistante au cabinet, l’infirmière Ana (Geraldine Chaplin aussi), bien que brune, ressemble énormément à Elena. Il la séduit…

Le film est placé sous un double patronage cinématographique: Bunuel d’un côté, dont les récits teintés de surréalisme auraient bien profité d’une obsession comme celle de Julian, et la présence de deux sosies opposés pour le désir d’un homme est là aussi bien dans sa manière… Saura a dédié son film à Luis Bunuel, ce n’est donc pas un hasard. Sinon, la situation (un homme amoureux refait une femme qui ressemble vaguement à l’objet inatteignable de son désir, afin de la refaçonner au plus près de l’être aimée) renvoie assez clairement à Vertigo, donc Hitchcock, dans son versant le plus malsain, est aussi un modèle évident. Julian, qui est obsédé par chaque aspect de la femme qu'il aime ou croit aimer, au point de s'aveugler devant l'humiliation qu'il subit en permanence, est un dangereux obsédé qui renvoie le personnage de James Stewart dans le film de 1958, dans les cordes...

Mais la principale clé du film est bien sûr le Franquisme, vu ici à travers la fascination malsaine d’un homme pour un modèle impossible à atteindre, et bien évidemment basé sur un fantasme des pays étrangers, ceux qui à l’écart du fascisme Espagnol ont pu rester libres… Donc le film est malsain, certes, mais il est surtout gonflé…

 

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Published by François Massarelli - dans Carlos Saura