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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:53

Reprenant le fil de ses grands sujets (avec narration obligatoire), Méliès s'attaque à un fait divers sanglant, qui a défrayé la chronique nous dit-on: des bandits ont incendié une ferme, et la police a donné l'assaut sur leur repaire. Ils se sont enfuis, et seul le chef a survécu. Arrêté par la police, il est exécuté...

On se rappelle un peu de L'histoire d'un crime de Ferdinand Zecca, qu'on a souvent accusé d'ailleurs de plagier Méliès. Mais cette fois ce sera impossible, d'une part  parce que le film de Zecca, probablement sous double inspiration (Méliès pour le principe de narration cinématographique, et Hugo pour le titre et une certaine tendance au militantisme) est sorti en 1901; d'autre part le film de Méliès repose pour sa part sur un autre type de sensationnalisme: là où Zecca faisait tout reposer sur la réflexion du condamné, et l'approche de l'exécution saisie dans tout le symbole de son drame, Méliès semble tout faire pour exciter son auditoire. Le bonimenteur et montreur d'ours n'était jamais très loin chez Georges Méliès...

Et de fait, si le film repose sur une utilisation de tournages en extérieurs, ce qui est une bouffée d'air frais dans son cinéma, Méliès n'est pas un militant, comme il avait pu l'être en son temps pour son Affaire Dreyfus par exemple. Ici, il serait plutôt en train de préparer son public à saliver un peu en attendant la séquence à effet spécial que tout le monde souhaite: l'exécution par la guillotine. Celle est, si j'ose dire, parfaitement exécutée! ...Et c'est vrai que ce film a été tourné avec comme motivation principale d'épater le bourgeois, et... de montrer le "décollement" dénoncé en 1981 par Robert Badinter.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:43

Sur un mur rempli d'affiches, deux colleurs déposent une nouvelle image. Une fois qu'ils sont partis (et en faisant attention à la patrouille occasionnelle de deux agents qui veillent à l'ordre établi), les personnages sur les publicités s'animent et commencent à se retrouver les uns avec les autres... 

C'est un tout petit film, qui nous rappelle un certain nombre d'aspects de l'oeuvre de Méliès; d'une part, il repose sur des effets spéciaux cette fois choisis et peu nombreux: des arrêts de caméra, pour passer de la représentation des affiches à des images des personnages qui s'y animent; ensuite, une incrustation, probablement avec un cache, de trois peintres (une allusion évidente à la publicité pour Ripolin)...

D'autre part, il nous présente le chaos d'une situation comme étant un évident trouble à l'ordre public, comme en témoignent les deux pandores. Dans ces cas-là, Méliès est toujours du côté des trouble-fêtes, et il le prouve une fois de plus.

Ensuite, il y a là-dedans une certaine coquinerie, à travers la représentation de ces fausses affiches de femme décoiffées au boudoir, dans les "affiches" montrées. Une coquinerie qui chez Méliès n'allait jamais bien loin...

Enfin, le film repose sur une solide connaissance graphique, celle d'un auteur non seulement prestidigitateur, non seulement cinéaste mais aussi dessinateur de presse et publicitaire. Et il s'est bien amusé à détourner les marques et slogans, en "extrait de bidoche Poirot", "Tripaulin", ou bien sûr l'ineffable "Quinquina au caca o", avec son o fermement séparé du reste du mot!

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:36

Trois personnes travaillent dans la rue à la fabrication de matelas, et ils sont situés juste à côté d'un débit de boissons. Ils prennent une pause, et pendant ce temps un vagabond éméché arrive, et s'installe dans un matelas confortable qui n'a pas encore été cousu. Quand les ouvriers reviennent, l'une d'entre eux achève le matelas... Qui désormais est doté d'une vie propre et va semer la panique et la désolation dans la rue et chez le marchand de vins (qui s'appelle, dans une tentative rare de franchise alcoolique, "Vinasse")...

Ce n'est pas un grand film du tout, et on constate que la mécanique utilisée est plutôt celle, imitée des films des autres, du burlesque et du gag à tout prix, et de plus le gag en question est systématiquement d'assez mauvais goût. Mais par dessus le marché le film se termine par une invitation à boire, donnée par un type tellement maquillé en poivrot qu'il en devient répugnant... Quand Méliès quitte son terrain de jeux à ce point (pas un seul effet spécial), on se dit que la lassitude s'installe...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 09:27

Egalement appelé The Luny Musician (une orthographe due à Méliès lui-même, ou en tout cas à quelqu'un de la Star-films), ce film est une comédie à trucs, dans laquelle en un seul plan, un musicien doit faire face à des caprices à répétition de ses instruments... et des lois de la physique.

Car les instruments, mais aussi le mobilier et les pupitres n'obéissent plus, et grandissent, rapetissent, apparaissent et disparaissent au gré de leur humeur. La dextérité de effets spéciaux est comme d'habitude bluffante, et ce film représente sans doute un exemple de la maîtrise impressionnante de Méliès en matière d'animation des objets...

Intéressant, d'ailleurs, de constater qu'aucun photogramme du film ne peut le représenter, tant il est ici question de transformation, et d'instabilité de la matière et des objets. Toute photo arrêtant par définition un mouvement dans l'espace, elle ne peut rendre compte de ce qu'est le film.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 17:16

En Pologne en 1939, l'armée Allemande avance, au grand dam de la population. Dans la famille Szpilman, des Juifs de Varsovie, on accueille la nouvelle de la déclaration de guerre par les Anglais et les Français avec une grande satisfaction. Quelques mois plus tard, le pays s'enfonce dans l'occupation et les lois raciales commencent à se révéler...

Dans la famille, les parents, les quatre enfants, vont devoir faire face à la nouvelle donne comme les autres membres de la communauté: forcés d'arrêter leurs carrières, de porter un brassard distinctifs, soumis aux caprices de l'occupant puis forcés de quitter leur maison pour se rendre dans le ghetto de Varsovie créé en 1940: l'idée pour les nazis était de créer un laboratoire pour le reste de l'Europe, de séparer les juifs du reste de la population. Mais très vite ce n'est pas suffisant: nous voyons les incursions intempestives de soldats Allemands, les rafles, les exécutions sommaires...

Une résistance s'organise, et le principal personnage, Wladislaw Szpilman (Adrien Brody), voudrait participer... mais comment? Il n'est que pianiste: comme lui dit un ami, les musiciens, vous ne pouvez pas participer à ça vous feriez trop de bruit... 

Ce que va vivre Szpilman, c'est pourtant une étonnante survie, qu'il a raconté dans un livre adapté par Roman Polanski précisément parce qu'il lui a permis de raconter le Ghetto de Varsovie, et la suite des événements (le ghetto a été fermé en mai 1943, suite à une insurrection spectaculaire d'un mois, qui était plus un baroud d'honneur qu'une tentative de prendre le dessus) à hauteur de témoin, et surtout à hauteur d'homme. Car dans ce film où on nous parle de la manie qu'ont certains imbéciles de vouloir ranger les hommes en fonction de leurs supposées différence, l'histoire qui nous est contée n'est pas seulement la survie d'un témoin, hallucinante, à travers les anecdotes de sa drôle de vie sous la menace, mais surtout la façon dont, face à la disparition de la décence et de l'humanité, une certaine résilience est toujours possible...

Mais ça passe par une profonde amertume, devant les traitements subis par la communauté Juive dans le film, ballotée, maltraitée, chacun des individus étant constamment sélectionné: pour un travail décent dans le ghetto, puis pour un travail tout court, puis soit pour survivre ou partir "loin vers l'Est" (donc vers Treblinka, notamment)... Puis nous voyons grâce aux yeux d'un homme qui peu à peu perd presque toute son humanité, l'histoire se jouer, cruelle, sordide, et finalement la vie se figer. Un plan, un seul, semble résumer tout le film, celui d'un homme qui saute au mur pour fuir, et se retrouve de l'autre côté, dans un quartier qui autrefois était celui d'une ville: plus que des ruines... Steven Spielberg s'en souviendra pour The war of the worlds, lorsque après s'être cachés, Tom Cruise et Dakota Fanning découvrent la terre refaçonnée par le désastre apporté par les extra-terrestres...

Le choix d'avoir rigoureusement laissé le point de vue d'un homme qui se cache nous donner les événements dans leur chronologie hasardeuse, et dans leur terrifiant morcellement, est sans doute l'un des deux actes cruciaux de la mise en scène de ce film, l'autre étant bien évidemment de confier le rôle principal à Adrien Brody, masque hallucinant d'être humain amené à se retrancher au plus profond de lui-même au coeur d'un monde qu'il ne comprend plus. 

Le film est noir, et représente à mes yeux un témoignage puissant contre la barbarie, avec ses moments étonnants, et ses quelques haltes: quand un couple aide Szpilman, par exemple... ou quand un officier anonyme (Thomas Kretschmann) ému par son interprétation au piano (Brody, affamé, hagard, déboussolé, jouant des touches comme il jouerait sa vie) va lui permettre tout bonnement de rester en vie. Parce qu'il voulait se garder une garantie à l'approche des Russes, ou par simple décence et humanité? Nous pouvons nous faire une opinion en voyant le film, mais ce sera celle de chacun d'entre nous. 

En attendant, opinion ou pas, le film est une étape essentielle du devoir de mémoire de ce siècle dernier qui n'en finit pas de révéler sa noirceur, et dont nous constatons chaque jour que le danger de revenir aux mêmes comportements est toujours bien présent. Bref, un chef d'oeuvre engagé, dont la décence et l'humanisme sont à l'épreuve des balles.

 

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Published by François Massarelli - dans Roman Polanski
15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 11:49

Ce film est en deux parties et totalise 10 minutes. Actuellement, il est disponible dans une copie incomplète, sans ses couleurs et sans boniment, ce qui gène le visionnage, pour qui ne connaît pas l'intrigue... Méliès étant en 1906 toujours aussi déterminé à se passer d'intertitres explicatifs, il va falloir se contenter de ce qu'on trouve sur Internet!

Jack est donc un ramoneur, un garçon kidnappé qu'on a placé dans ce travail. Il rêve d'un séjour dans une maison enchantée au milieu des fées et de ballets tous plus extravagants les uns que les autres, mais se réveille et doit retourner à la dure réalité. Lors de son travail, il découvre un trésor, et décide de s'enfuir avec...

La première partie (actuelle) est donc celle du rêve, et j'imagine que Méliès avait aussi monté une partie qui mettait le personnage en contexte, et bien sûr je ne l'imagine pas se passant des péripéties de l'enlèvement! La partie du rêve est d'une veine classique chez Méliès, et le fait de voir le film commencer par ces ballets et autres effets spéciaux, tournés dans le studio de Montreuil, déséquilibre complètement l'impression que le film fait sur le spectateur. 

Mais la deuxième partie plus mouvementée est étonnante: non par sa qualité car ça reste très moyen, mais parce que Méliès et ses acteurs ont tourné en extérieurs... Il est difficile ici d'éviter de penser que Méliès tente une nouvelle inspiration en suivant les nouvelles comédies de chez Pathé, Gaumont, Eclair, Eclipse, Hepworth ou Vitagraph...

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:56

Ce film est, à nouveau, une comédie dans laquelle le chaos viendra du jeu des acteurs et de la situation: un couple marié se fait tirer le portrait chez le photographe, et un assistant de l'artiste fait tomber l'appareil de prise de vues, qui va déclencher des catastrophes en série dans la rue...

Comme Le Tripot Clandestin, ce film contient une histoire dénuée d'effets spéciaux, dans laquelle le cinéma est utilisé à des fins burlesques. Un peu à la façon des films Pathé contemporains. Difficile d'y retrouver la patte de Méliès, surtout qu'une transition s'effectue entre les deux plans du film, sans l e fondu habituel prisé par le maître...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:51

Un inventeur, exalté d'avoir inventé un dirigeable, s'endort... Dans ses rêves, il est visité par des singes, puis sa demeure est détruite, il voit son dirigeable s'envoler, accompagné de figures féminines mythologiques, avant que la rencontre avec une boule de feu ne le fasse exploser!

Ce film, sauvegardé par les bons soins du EYE film Institute, a survécu avec ses couleurs, et c'est tant mieux. Reste que c'est un peu frustrant, car avec un tel sujet et un tel titre on s'attendrait de la part de Méliès à un feu d'artifice d'inventions... Cela étant, on y retrouve Méliès, en inventeur à la fois génial (du moins potentiellement) et un peu cintré aussi, et son personnage de vieil excentrique a aussi un côté Faustien, du coup, on lui pardonne. D'autant qu'on lui pardonne tout...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:40

Dans un tripot clandestin, le jeu bat son plein, quand un guetteur avertit d'un raid de la police Parisienne! Les joueurs et les croupiers s'agitent et transforment en quelques secondes la place en une boutique de mode... Le raid échoue, et le jeu reprend. Mais lors d'une nouvelle alerte, les joueurs s'enfuient, et laissent le champ libre aux forces de l'ordre qui se mettent à jouer à leur tour...

C'est un film inhabituel, qui semble prendre acte des nouveaux atours de la comédie cinématographique naissante. Le trucage, si on peut parler de trucage, est réduit à un décor en carton qui simule soit le tripot, soit la boutique... Le jeu est raisonnable, et la plupart des protagonistes se fondent totalement dans le décor!

Ca ressemble fort à un film sur lequel Méliès aurait un peu lâché prise, et il est vrai qu'à cette époque, il commence à déléguer la production de comédies à ses assistants. Et sinon, Max Linder a probablement vu le film, qui la inspiré pour un gag de Be my wife en 1921...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:29

Quel étrange film... Un drame westernien, situé en plein Arizona, et avec un shérif valeureux, interprété par... Roscoe Arbuckle, dans un rôle à peine teinté de comédie. Et pour couronner le tout, le film a été son plus grand succès critique, avant d'être retiré de la circulation pour cause de scandale...

Jack Payson trahit son meilleur ami, Dick, qui est parti faire fortune en laissant sa petite amie Echo derrière lui, car il veut faire fortune pour l'épouser. Jack dit à Echo que Dick est mort, tué par les Indiens... Quand a lieu le mariage, Dick revient et comprend en regardant par la fenêtre, il disparaît sans laisser de traces. 

Dans le cadre d'une enquête, le Shérif Slim (Roscoe Arbuckle) est aiguillé vers son ami Jack par un témoin plus que louche, et avant de se rendre à la police, Jack révèle la vérité à Echo... Puis il s'enfuit pour retrouver Dick, poursuivi par Slim et un posse imposant, ainsi qu'une troupe de renégats menée par le témoin qui souhaite se débarrasser de Jack!

Ouf, pas simple, tout ça... Tout se passe comme si le scénario de Tom Forman (futur réalisateur de Shadows avec Lon Chaney, et d'ailleurs il joue un rôle important ici) essayait d'accumuler autour de la star désignée Rocsoe Arbuckle toutes les péripéties western possibles et imaginables! Et on finit par ne plus trop s'intéresser à l'histoire, mais plutôt à la façon dont Arbuckle semble s'installer presque en contrebande dans le rôle d'un shérif efficace et valeureux, extrêmement bon camarade mais très malheureux en amour. Sinon, il y un indien qui fait, à un moment, une cascade tellement spectaculaire qu'on jurerait qu'il s'agit de Buster Keaton.

 

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Published by François Massarelli - dans Roscoe Arbuckle 1920 Muet Western Comédie **