Hunter (Haley Bennett) est l'épouse de Richie (Austin Stowell) un jeune homme qui monte, fils à papa, papa qui lui a d'ailleurs payé une immense baraque qui surplombe l'Hudson... Hunter, qui joue son rôle (elle va avoir un enfant, la lignée est donc assurée), s'ennuie à mourir et commence à développer un trouble alimentaire particulièrement gênant, le Pica: elle ingère volontairement des objets qui ne sont pas, mais alors pas du tout faits pour l'être: une bille. Une pile. Et... un poinçon... La famille s'inquiète, et agit en conséquence, et pendant ce temps, Hunter qui voit une psy (payée par beau-papa évidemment) commence à remettre en cause non seulement sa légitimité domestique, mais également son ascendance: elle est, révèle--t-elle lors d'une séance, le produit d'un viol...
Swallow, soit "avaler"... Il est des exemples de films dans lesquels le détachement émotionnel, la froideur, servent clairement le propos. Je pense par exemple à certains films de Kubrick, voire à des films Victoriens (Picnic at Hanging Rock, évidemment)... Mais ici, non. Difficile de dépasser le stade du dérangement devant ce qu'on nous présente comme une comédie grinçante, mais qui n'a que le cadre pour répondre aux canons de ce genre. Admettons par contre que ce soit fort grinçant!
On peut au moins applaudir la prestation des acteurs, dont Haley Bennett, et Elizabeth Marvel qui joue la belle-mère: une brave femme, mais qui tient son rang et qu'il est probable qu'Hunter ne souhaite pas suivre dans son comportement. Une scène, aussi, retient l'attention par sa cruauté: Hunter, en rémission, participe "en bonne maîtresse de maison" à une fête d'anniversaire pour Richie car on aura compris que tout tourne autour de lui. Elle y apprend que tous les invités sans exception savent ce qui ne va pas chez elle...
La vie, les tourments de Norma Jean Baker, dite Marilyn Monroe (Ana de Armas), depuis des rapports compliqués avec une mère mentalement instable, rendue encore plus imprévisible par la frustration de l'absence d'un mystérieux père pour sa fille, jusqu'à une overdose fatale... En passant par des casting répugnants, des mariages ratés (dont un avec le dramaturge Arthur Miller, interprété par Adrien Brody), des aventures improbables et des tournages de plus en plus compliqués...
Le film n'est pas un biopic, pas du tout même. Les lieux de la jeunesse, par exemple, ont été changés, et on a assez clairement choisi dans la vie et la carrière de l'actrice, même si, et ce n'est pas banal, Ana de Armas met clairement ses pas dans la riche filmographie de la star (en réinventant parfois avec l'aide d'incrustations numériques, des scènes de All about Eve, Niagara ou de Some like it hot!... Elle le fait avec un certain aplomb, et après un petit temps, on la suivrait sans peine...
...si le film n'était pas doté d'un défaut absolument rédhibitoire: l'esthétique y prend totalement le pas sur tout le reste, étouffant parfois les prestations des acteurs (et non des moindres, voir plus haut), et provoquant l'impression que le film n'est qu'une collection d'anecdotes reliées vaguement les unes aux autres, et ayant comme point commun la présence de Marilyn Monroe... Le résultat ressemble à s'y méprendre à une playlist Youtube de clips disjoints, avec Monroe, le comble du ratage étant une séance de fellation avec Kennedy, qui au-delà de la gène qu'elle procure, fait comme le film: elle va droit dans le mur en choisissant d'aller au plus direct, au plus simple, au plus facile. Dommage, car Ana de Armas s'est dépensée sans compter, mais le fait est qu'elle devient presque accessoire dans cette collection de poses travaillées dans le plus chic et le plus ennuyeux des styles. Et sinon, il ne suffit pas d'accumuler les images dans tous les sens pour faire Citizen Kane: on le savait, mais peut-être Andrew Dominik n'était-il pas au courant...
C'est l'anniversaire d'Antoine (Albert Dupontel): il a 42 ans, est publicitaire, marié, père de famille... et manifestement ne tourne pas rond: il fait un scandale pendant une séance de pitch à son agence, et après avoir été odieux avec un marchand de yaourt qui fait la fine bouche devant tout ce que l'agence propose, il laisse tout en plan et annonce à son partenaire qu'il lui vend ses parts... Il déjeune avec une belle jeune femme, et il est clair qu'ils ont un petit secret tous les deux. Une amie de Cécile, l'épouse d'Antoine, les voit...
Le soir, après avoir été absolument abominable avec sa belle-mère, il rentre chez lui où Cécile lui fait une scène monumentale, avant de lui annoncer que le lendemain, il y aura une petite fête-surprise pour son anniversaire: il s'y déchaîne, décochant flèche après flèche, méchanceté sur méchanceté, envers ses amis. Même ses enfants ne s'en sortent pas indemnes... Puis il disparaît, file vers Cherbourg et prend le ferry pour l'Irlande, afin de régler ses comptes avec son père absent...
Au départ, on se dirige vers une comédie méchante, aigre, violente et profondément satirique, avec un personnage qui d'un côté ne tourne pas rond, clairement, et de l'autre ne rate aucune occasion d'être franc... De la franchise qui laisse par terre! Mais on sent très vite qu'il y a quelque chose, en effet, qui ne va pas: ainsi, ses dénégations par rapport au soupçon d'adultère (la colère de Cécile, en réalité, paraît totalement justifiée) ont des accents de sincérité. Et son comportement avec ses amis est tellement direct qu'on se demande bien ce qui pourrait le pousser à nier!
Mais le film est du début, presque jusqu'à la fin, un trompe-l'oeil, le récit d'une stratégie calculée d'un sacrifice. Je ne dévoile pas, mais honnêtement, on s'en doute assez vite. Ce qui n'enlève rien au film, qui en 84 minutes ne sous laisse pas le temps de respirer, et est structuré comme il sied aux films de Jean Becker par des éclairs de bonne vie, pour ceux qui aiment (le vin, par exemple, il y a des gens qui aiment, pour un fois je ne vais pas en dégoûter les autres!), avec la pêche, la nourriture qui tient parfois lieu d'unique lien de tendresse entre deux personnes qui ne parviennent pas à se parler...
Et surtout, il y a un acteur exceptionnel, qui tient tout le film avec sa pudeur, son air mystérieux, qui cache un immense tendre derrière un masque de salaud, en jouant constamment sur des transgressions assumées: on arrive à aimer Dupontel, y compris quand il est grinçant avec ses enfants, quand il est odieux avec sa belle-mère (il faut dire que...), ou encore dans une cave, avec une amie qu'il traite comme une moins que rien...
Mais derrière l'intrigue qui file vers une révélation à la fin du film, se cache aussi l'histoire d'un homme qui tout à coup peut s'affranchir des codes sociaux, peut dire leur fait aux amis, aux parents, à son épouse, et peut enfin se permettre de dire tout le mal qu'il pense du yaourt qu'il est supposé vendre. Quel que soit la fin, ça fait aussi du bien, non? C'est le paradoxe de ce film à la fois sensible, et méchant, aigre, violent et profondément satirique!
Vers 1860, une famille bourgeoise arrive sur les bords d'une rivière qui aurait pu être la Seine, pour passer, le titre est clair, "un dimanche à la campagne"... Au programme, manger chez le Père Poulain (Jean Renoir), faire de l'escarpolette, pêcher, se coucher dans l'herbe et attendre tranquillement que la journée passe... Mais si pour M. Dufour (Gabriello) et son commis Anatole (Paul Temps), le principal intérêt de la journée est la perspective de pêcher, pour Madame Dufour (Jane Marken) dont les sens sont très éveillés, es deux veaux messieurs qui lui proposent, à elle et à sa fille Henriette (Sylvia Bataille), un tour en barque, sont nettement plus séduisants... Madame Dufour se retrouve donc en yole avec Rodolphe (Jacques Brunius), et Henriette avec Henri (Georges Darnoux)... Nous les suivons, alors que le jeune homme se lance, clairement, dans la séduction de la jeune femme...
Le film est incomplet, non qu'il y manque quoi que ce soit qui ait été tourné: il a tout simplement été laissé inachevé par les circonstances: d'une part, Renoir qui ne souhaitait pas réaliser un film très long (il a toujours dit qu'il le considérait comme l'affaire de trois quarts d'heure tout au plus) avait prévu un plan de tournage assez court, et d'autre part les conditions météorologiques, avec une vague de pluies très insistantes au mois de juillet, ont considérablement ralenti le tournage, dont seuls les extérieurs ont pu être tournés. De plus, au mois d'août, Renoir entamait la réalisation des Bas-Fonds, avec Louis Jouvet et Jean Gabin... Les derniers plans tournés au mois d'août l'ont été sous la direction du premier assistant Jacques Becker, qui a toujours refusé d'en revendiquer la paternité, estimant les avoir tournés selon les instructions expresses de Renoir. Le film n'a été monté qu'en 1946, alors que le réalisateur était aux Etats-Unis, et on peut déceler comme une certaine impatience de la part du réalisateur dans le petit film de présentation qu'il avait tourné pour lé télévision française dans les années 60, à propos de ce film qui lui a probablement échappé, et dont il ne pouvait pas à 100% revendiquer la propriété...
Et pourtant c'est un film totalement Renoirien, l'un des ses joyaux. J'ai souvent été déçu (pour ne pas dire très agacé) par le metteur en scène, et la propension d'une certaine frange de la critique à en faire une sorte de dieu indiscutable du cinéma Français, mais ici, c'est toute la saveur de son cinéma qui se fait jour: ses influences impressionnistes, évidemment, quand on est le fils d'Auguste Renoir, ça devient inévitable, même si entre Nana (1926) et ce film, il y eut pas ou peu d'occasions de le rappeler... Le cadre très XIXe siècle, aussi, qui vient bien sûr de la nouvelle de Maupassant, mais qui réussissait si bien à l'auteur de French Cancan...
Le ton naturaliste, Maupassant oblige, est renforcé par le fait que Renoir, qui a ici utilisé des décors intégralement existants, qu'ils aient été arrangés ou construits (mais je penche pour la première solution), était un admirateur d'Erich Von Stroheim... Dans ce conte noir où la séduction mène à l'amour, l'amour au péché, le péché au regret et le regret au malheur, où Sylvia Bataille éblouit l'écran de sa beauté et Jane Marken de sa coquinerie (face à ce pauvre balourd de Gabriello), Renoir a beau convoquer des faunes (le jeu érotique de Brunius qui tente de séduire Madame Dufour!), on débouche sur la tragédie du mariage arrangé, sur l'enfer d'une femme qui n'a pas eu son mot à dire avant d'épouser...
Un con.
...Bref, si j'ose dire: en quarante minutes, et en dépit des manques de l'intrigue, résumés hâtivement par des intertitres de circonstances, Renoir a réussi un concentré de son cinéma, lyrique, baigné de nature (les images de pluie, du coup sans aucune tricherie, la beauté solaire du noir et blanc en bord de rivière), qui nous montre un instantané qui vire du salace aux larmes... Tout comme le film de Borzage The river, dont il manque le début, le milieu et la fin mais qui est étrangement parfait en l'état, Une partie de campagne est en dépit de son inachèvement un joyau de son auteur, quelles qu'en soient les éventuelles scories (le jeu du type qui joue le père Poulain est vraiment atroce, mais pourquoi Renoir engageait-il parfois cet acteur qui gâchait ses films?)... Cette belle histoire d'un couple qui cède au désir et engendre les regrets est toujours aussi actuelle.
Avec ce film, Méliès retourne aux longs sujets, à la narration de longue haleine et bien sûr à un budget conséquent... il y utilise 20 minutes en soignant ses effets, et en convoquant beaucoup de figurants. Pourtant, on s'y sent à l'étroit... Il est vrai qu'aucune copie complète n'avait survécu, et celle qui a été reconstituée a été assemblée à partir de plusieurs sources très disparates.
L'intrigue repose sur le souhait d'un prince désargenté qui souhaiterait se marier avec la fille du rajah, contre bien sûr l'avis de la famille! Mille et une péripéties, Méliès oblige, permettent des attractions délirantes, de palais enluminé (quand les couleurs ne font pas défaut) en caverne sombre avec des squelettes: on ne se refait pas. Le film est long, je le disais, c'est même l'un des plus longs de son auteur avec 20 minutes et plus, comme Le Voyage à travers l'impossible...
Amusons-nous aussi du boniment, qui est selon toute vraisemblance écrit par Méliès lui-même, lui garantissant une absence totale de sérieux... Car dans ce conte d'inspiration Arabe, on y signale que des Brahmines (soit des disciples de Brahma, soit un Dieu Hindou) y fricotent avec des prêtres bouddhistes...
Deux gentilhommes (dont Georges Méliès lui-même) font danser des lilliputiens, qui sortent en fait d'un jeu de cartes. A la fin de la danse, ils leur font réintégrer les cadres de leurs cartes respectives...
Le film n'est pas complet à ma connaissance. Serge Bromberg, dans le coffret-somme paru dans la collection Lobster, en présente un fragment de 50 secondes, auquel manque probablement le début, soit la mise en contexte... Le trucage majeur, ici, est celui qui consiste à incruster dans l'image, sans fond noir, des personnages filmés à une différente échelle, et pour une fois ça se voit vraiment. Cela est-il du à un ratage, ou au fait qu'on n'a pas ici de mise en contexte, justement?
Un magicien (bon, faut-il le dire? c'est Méliès, bien sûr), aidé de deux assistants, fait grossir un dé magique, le fait tourner, puis en fait sortir une jeune femme qu'il enferme dans un coffret... Il y met le feu, et elle réapparaît tel le Phénix...
Le film est incomplet et n'a pas survécu dans de très bonne conditions. Une fois de plus, on peut toujours se dire qu'on a de la chance, au moins, d'en posséder ne serait-ce qu'un fragment d'une copie...
Maintenant, en voyant Méliès continuer à recycler des tours de magie, et y faire paraître des Cartes vivantes, ou ce dé magique, ou retourner dans les auberges pour y perturber le bourgeois avec un Diable noir... On peut quand même se dire qu'il tourne un peu en rond.
Avec ce tout petit film, qui reprend l'idée si courante dans son oeuvre d'un bouleversement d'un intérieur bourgeois par des circonstances surnaturelles, Méliès abat ses cartes: rien ne l'intéresse plus, finalement, que ces perturbations, rendues plus étonnantes et délirantes encore par l'utilisation d'effets spéciaux....
Mais le diable dont il est question ici n'est pas contrairement à ce qui apparaît dans tant de ses films, LE diable, ou même Méphisto, juste une créature foncièrement farceuse, qui manifeste sa joie de vivre en emm... copieusement les braves gens! Un contorsionniste (on en voit un dans tant de films de Méliès, dont bien sûr Le Voyage dans la Lune, s'agit-il du même?) a été employé pour jouer la bête, qui s'en donne à coeur joie, en maillot noir, d'un genre que Feuillade recyclera pour (dés)habiller Musidora et ses mystérieux Vampires en 1915...
Avec ce petit film, Georges Méliès s'exerce avec sa batterie d'effets spéciaux, sur l'un des éléments les plus importants du métier de prestidigitateur: les cartes... Il les fait vivre, en utilisant un ensemble d'effets traditionnels chez lui, de l'arrêt de caméra, à l'utilisation d'un fond noir, en passant par la surimpression.
L'occasion pour moi, sans doute, de regretter que sa tendance à mêler les dessins, si distinctifs, et les acteurs, tourne toujours à l'avantage des premiers. Quand un roi de coeur arrive et tente par tous les moyens de ressembler à la carte correspondante, avec sa fausse barbe, commet voulez-vous qu'on ne soit pas déçu?
Pour finir, bien sûr, on regrette que le film n'existe pas dans une copie couleurs d'origine...
Ce qui est sans doute le dernier film de 1904 pour Méliès, est franchement décevant. C'est une fois de plus un film autour d'une fausse expérience de prestidigitation, recréée dans le studio de Montreuil, et Méliès se laisse aller à une série de danses interminables, qui montrent clairement l'auteur se contenter de chercher à imprimer de la pellicule.
Et ironiquement, bien sûr, on en a retrouvé une copie en couleurs... Ce qui est ironique quand on pense aux copies médiocres de certains chefs d'oeuvre!