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15 août 2022 1 15 /08 /août /2022 09:59

A la prison de Sugamo, huit années après la fin de la guerre, des prisonniers Japonais sont tassés dans une cellule: ils sont considérés comme des "criminels de guerre deuxième et troisième catégorie", des sous-officiers et des simples soldats qui ont juste obéi aux ordres absurdes durant la guerre... Ils vivent, à l'écart d'une société qui les a oubliés.

Ce film est resté trois années durant sur les étagères, à attendre le moment idéal: la production ne voulait pas énerver les forces d'occupation Américaines, qui sont effectivement présentes. Kobayashi livre dans ce troisième long métrage son premier plaidoyer critique contre la guerre et le militarisme, et es cibles sont à la fois l'état-major impérial, et les occupants occidentaux. Et le réalisateur a la dent dure... Sa thèse est on ne peut plus claire: les prisonniers paient pour d'autres, qui eux se la coulent douce... Il utilise ses personnages de prisonniers avec des méthodes éprouvées: chaque individu a ses caractéristiques, et le groupe fonctionne en harmonie puisque ensemble, ils sont plus forts... Mais individuellement, ils vont tous permettre au film d'explorer diverses pistes: la corruption des puissants, et la misère de la classe ouvrière, symbolisée par me destin de cette famille dont la fille très pure deviendra une prostituée, la faute des anciens officiers, devenus patrons ou pontes de l'industrie... La charge est lourde, mais le film possède une certaine énergie du désespoir.

Et le style, pas encore aussi précis, profite ici d'une certaine tendance à la guérilla cinématographique: Kobayashi n'arrondit pas les angles et n'essaie pas de rendre son film plus poli ou moins abrupt. Donc ça pique un peu, la post-synchronisation est assez hasardeuse et l'interprétation des personnages non-Japonais est un peu bancale (surtout quand les Américains sont interprétés par des occidentaux qui manifestement ne parlent pas vraiment l'anglais), mais c'est une introduction idéale au cinéma en colère et généreux de Kobayashi.

 

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Published by François Massarelli - dans Masaki Kobayashi Criterion
14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 13:42

Un chien jaloux de sa position chez ses maîtres mène une vie infernale au pauvre chat qui devient facilement le bouc émissaire de son mauvais esprit...

C'est un film notable par son refus du cliché le plus souvent émis: contrairement à un film comme Les 101 Dalmatiens, par exemple, il ne nous montre pas le chat comme un être maléfiqu et le chien comme un animal angélique, mais bien le contraire...

Sinon, c'est aussi un film qui arrive à la fin de la première partie de la carrière de Jones, qui avait un graphisme superbe à l'époque, avant de s'égarer dans une recherche de la stylisation angulaire... C'est donc fort beau. 

 

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Animation Looney Tunes
14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 13:36

Le film s'intéresse uniquement aux enseignes en néon et autres lumières intrusives de la vie citadine en 1942, en s'adonnant à moult jeux de mots et autres visualisations loufoques...

Ca fait partie de ces courts métrages géniaux et irracontables, dans lesquels les équipes de Leon Schlesinger se faisaient plaisir sans pour autant s'obliger à suivre ou animer un héros... Des films hautement inventifs, dont Tex Avery et Bob Clampett étaient les maîtres. On attendait moins Freleng sur ce terrain, mais il s'en sort très bien... C'est très rythmé, très musical, sans l'ombre d'une goutte de bons sentiments.

 

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Looney Tunes Animation
14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 13:31

Une oiselle qui en a plus qu'assez de couver son unique oeuf le confie au gentil éléphant Horton, qui est un peu simplet... Mais il n'a qu'une parole, y compris quand la corvée va durer 51 semaines...

On n'attendait pas l'excentrique sauvage Clampett aux commandes d'une adaptation assez respectueuse d'un conte. Mais il a totalement fait sien le coté délirant et l'arrière-plan ironique de l'histoire du Dr Seuss, qui fustige les hypocrites. Et il l'a fait en beauté, avec son équipe rodée et des animateurs tous plus fous furieux qu'il ne l'était lui-même...

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Published by François Massarelli - dans Bob Clampett Looney Tunes Animation
12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 13:18

Bernie Lootz (William H. Macy) est un malchanceux chronique, ce qui lui garantit un emploi à Vegas. C'est que son patron, Shelly (Alec Baldwin), qui tient un casino  (c'est donc un mafioso malhonnête et sans scrupules) à Las Vegas, fonctionne un peu à l'ancienne, il l'emploie donc comme "cooler", pour tempérer par sa malchance les possibilités de gain autour de lui! ...Et ça marche. 

Bernie a repéré la nouvelle serveuse, Natalie (Maria Bello), et ils commencent à se voir en dehors du travail. Bernie n'en revient pas: elle s'intéresse à lui, et très vite ils deviennent inséparables. Quand elle lui avoue ses sentiments, Bernie devient chanceux... Ce qui n'est pas du tout du goût de Shelly, qui a justement payé Natalie pour maintenir son "cooler" en l'état... 

Sous des dehors qui tiennent autant de la comédie que du film noir, cette histoire de chance et de malchance, de loyauté et d'amour, de tricherie et de sentiments, est un conte. Pour commencer ce conte repose sur l'un des mythes les plus établis de l'humanité, avec l'astrologie et la religion: le concept de chance... Manifestement, dans cette histoire, ça existe... 

C'est l'occasion pour nous de visiter le monde d'un casino à Vegas depuis les coulisses, et bien entendu, c'est absolument sordide. Alec Baldwin est formidable en patron "à l'ancienne", qui repose sur la superstition, demande de la loyauté à ses employés, mais est capable d'une part de se débarrasser d'un chanteur lessivé en lui forçant une overdose, et d'autre part se débarrasse de ceux qu'il soupçonne d'avoir triché pour gagner, en les massacrant à coups de marteau...

Le principal atout d'un film qui joue à nous faire peu à la fin, avec des retournements de situation (qui sabotent d'ailleurs l'effet de la fin, devenue insipide) est une histoire d'amour improbable entre deux personnages, et comme ils sont interprétés par William Macy et Maria Bello, forcément, on suit.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 19:17

C'est la guerre, et il faut se méfier des vantards et des distraits, qui comme Eddie Bracken en soldat qui téléphone à sa petite amie, finissent par en dire trop alors que forcément, et en tous lieux, des oreilles ennemies sont à l'écoute...

C'est un court métrage, un des premiers efforts de la collaboration entre l'industrie du cinéma et le gouvernement Américain, pour installer une forme de propagande saine. Comme on le sait, des gens aussi divers que Frank Capra (Why we fight), John Ford (The Battle of Midway), les studios Disney (Der Fuehrer's face), les studios Schlesinger, dont Bob Clampett, Friz Freleng (Bugs Bunny Nips the Nips) ou Chuck Jones (Private SNAFU), et même Tex Avery à la MGM (Blitz Wolf) ont tous participé, et ont apporté leur pierre à l'édifice impressionnant d'une communication nationale dans le but d'unifier l'Amérique derrière l'effort de guerre...

On y retrouve donc Eddie Bracken, mais aussi Walter Huston en officier sérieux, qui prête sa dignité à un personnage qui apporte un éclairage rigoureux, didactique et austère à l'exercice. Mais occasionnellement, l'efficacité narrative et une envie de s'amuser un peu avec le caractère du personnage d'Eddie Bracken, nous rappellent qui a écrit le scénario. 

...et, peut-être, réalisé le film. Mais ce n'est pas si sûr.

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Published by François Massarelli - dans Preston Sturges
9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 18:10

Des années avant de réaliser une trilogie de variations sur le thème de la chasse, Chuck Jones avait repris la bonne vieille situation popularisée longtemps avant lui par Tex Avery et Bob Clampett. Il en fait un court métrage de transition dans lequel Daffy Duck prend le pouvoir, le Daffy d'avant la normalisation/affadissement des années 50.

Et Elmer Fudd, de chasseur, se retrouve en boxeur malgré lui, aux prises avec une armée de canards, pendant qu'un chien mal assuré essaie en vain de lui apporter un soutien symbolique. On est, en quelque sorte, en plein cauchemar...

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Chuck Jones Animation
9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 18:04

Un chien se fait abandonner sur une aire d'autoroute... Et immédiatement, se met en quête d'un nouveau maître. Il tombe sur Porky Pig, qui va vite découvrir que l'animal est absolument insupportable...

Ne vous laissez pas attraper par la première phrase du résumé qui précède: ce film n'est en rien un plaidoyer. Il est même particulièrement politiquement incorrect, montrant un animal rigoureusement infect, qui va épuiser les nerfs d'un des personnages les plus gentils et patients de toute l'histoire du dessin animé.

Ce chien affreux est un personnage qui s'avère vite épuisant, mais il est notable que pour une fois, le cliché du gentil chien si souvent illustré est mis à mal...

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Published by François Massarelli - dans Animation Chuck Jones Looney Tunes
7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 17:23

Porky Pig vient d'acheter une maison, où il compte bien s'installer en compagnie de son chat Sylvester. Autant Porky est content de son achat, une maison gothique à souhait, à laquelle on n'accède bien entendu que pendant une nuit lugubre, autant le chat n'est pas rassuré. Et les souris, qui se sont organisées quasiment en société secrète, sont déterminées à les faire fuir. Mais ça ne marche que sur le pauvre chat, qui passe la pire nuit de son existence...

Certains courts métrages d'animation Warner sont tout dans l'animation, mais il n'est pas rare qu'à l'inverse les films de Chuck Jones soient tout entiers dans les personnages: c'est l'un d'eux, avec une belle division entre un optimiste qui voit tout en rose, et un pessimiste qui bien sûr a toujours raison. Le parcours imposé au pauvre chat tournera bien évidemment au tour de force graphique, et le tout sans que le chat ne prononce une seule parole. C'était avant que Friz Freleng et Mel Blanc (pour la voix) ne reprennent définitivement le personnage pour en donner une version très affadie. Ici, c'est du velours...

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Chuck Jones
7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 11:44

Suzanne Vale est actrice, et lors d'un tournage, elle rate une prise importante, lors du tournage d'un plan-séquence, ce qui agace fortement le metteur en scène: il sait qu'elle abuse des substances les plus diverses... Mais Suzanne continue, jusqu'à ce qu'un amant d'un soir ne la dépose aux urgences, l'estomac plein de somnifères. La mère de la jeune femme, l'actrice légendaire Doris Mann, décide de s'en mêler: et c'est bien ça le problème, car comment voulez-vous que celle qui a gâché la vie de sa fille en étant son poison constant, puisse foire quoi que ce soit pour l'aider à se sortir des travers dans lesquels elle l'a toujours poussée?

C'est une comédie, dans laquelle un sujet particulièrement grave est évoqué, et le script n'est pas dû à n'importe qui, puisque c'est Carrie Fisher qui en est l'auteure; or, on sait que sa mère était Debie Reynolds, qu'il n'est pas bien difficile à reconnaître dans la composition magistrale de Shirley MacLaine, et Fisher elle-même a eu une sérieuse histoire de dépendance (s) à tout ce qui se boit, se fume, s'injecte, se sniffe ou s'avale... Mais on pourrait aussi lire ici un plaidoyer plus large, qui s'inspirerait de Joan Craword et sa fille, ou bien sûr de Marlene Dietrich et Maria Riva.

Le portrait d'un certain aspect pas toujours connu d'Hollywood, et celui d'une vision surréaliste de la maternité est traité au vitriol avec la vision d'une incroyable bête de scène incapable de laisser sa fille vivre par elle-même. Ca aurait pu être exceptionnel. Je reste décidément gêné par la mise en scène de Mike Nichols, et son obsession de mêler le "kitchen sink drama" (globalement, des gens qui s'engueulent) et la comédie, en multipliant les plans-séquences. Meryl Streep en fait trop, ce qui n'est pas rare chez elle. Reste la prestation parfaite d'une actrice de légende, qui n'hésite pas à se présenter au naturel ( si ce n'est pire qu'au naturel) sans rien perdre ni de son génie ni de son extraordinaire charme. 

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Published by François Massarelli - dans Comédie