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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 10:24

Recréation du détail d'une bataille située pendant le conflit de 1870-1871: les derniers moments d'une troupe d'héroïques soldats dans une maison en ruines, réduits à tirer leurs dernières cartouches sous le feu nourri des canons Prussiens...

Le film de guerre n'a pas attendu très longtemps avant de faire son apparition, dans tous les pays. Méliès, qui cherche autant à tout tenter qu'à nourrir copieusement son catalogue de films, ne l'a pas ignoré; il a fait comme tout le monde, à l'époque: représenter la guerre revenait nécessairement à prendre parti. Et puis le souvenir de ce conflit, de la défaite vécue comme une monumentale humiliation, de la perte de l'Alsace et de la Lorraine, tout dans ce conflit reculé exacerbait le souvenir revanchard et nationaliste. Mais s'il prend clairement le parti de se limiter au point de vue des soldats français, Méliès s'en tient justement à leur expérience, et nous montre en une minute une vision assez noble de l'héroïsme, sans délire nationaliste, juste un moment poignant.

Ce qui tranche évidemment avec le côté bondissant, joyeux et lunaire du reste de son oeuvre... Il se tiendra bientôt à l'écart de ces sujets, compliqués  mettre en place, mais ici, il utilise d'une façon très maîtrisée des artifices de scène (notamment en terme d'explosions) qui montrent que pour lui, les moyens habituellement réservés à la féérie pouvaient aussi tenter une approche plus sobre et réaliste. Mais les soldats mourants, ici, meurent dans une maison en ruines de carton-pâte, impossible de ne pas le voir... Incidemment, le film n'est pas le seul tourné en 1897, à s'attacher à la représentation de la guerre.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 09:03

1953: Méliès est mort depuis 15 ans. des voix off racontent son histoire: le théâtre Robert-Houdin, un spectacle à son image, fait d'illusions savamment distillées, d'artifices increvables, de projection aussi de ses dessins; la découverte en 1895 au Grand Café de 'invention des frères Lumière, qui refusent de lui vendre un dispositif de cinématographe; puis Méliès se confectionne sa propre caméra et se lance dans le tournage de films toujours plus étonnants; la fin de sa carrière avant la guerre, évoquée après les réussites les plus flagrantes de son oeuvre, sa dépression qui le poussa à détruire ses films; sa redécouverte à l Gare Montparnasse en 1928, devenu marchand de jouets, et enfin sa mort après une vie modeste, à l'ombre d'une pension pour artistes, en compagnie de sa femme Jehanne d'Alcy.

C'est André, le fils du magicien, qui joue le rôle de son père... Il ne lui ressemble pas, d'ailleurs. Mais qu'importe, le film ne se comporte pas comme une fiction, plus une évocation, à laquelle sont associés trois personnages-clé: Marie-Georges Méliès, la petite fille, qui fournit des voix off. François Lallement, ancien collaborateur technique et artistique du maître, commente les trucages et les extraits de films (et se reconnaît aussi à l'écran en jeune officier à moustache dans Le Voyage dans la Lune). Enfin, Jehanne d'Alcy (1865 - 1956) elle-même tient son propre rôle, se tenant derrière son mari (joué donc par son fils) dans leur modeste dernière demeure, et se rendant au cimetière à la fin du film...

Car cette évocation d'un fervent admirateur de Méliès et des premiers temps du cinéma (Franju vouait aussi un culte à Feuillade, auquel il rendit hommage en refaisant Judex) n'est pas que tournée vers les aspects les plus flamboyants de la personnalité exubérante du premier de tous les cinéastes narratifs. L'histoire de Méliès a toujours été triste, faite de mauvais choix, de malchance, et de mauvais timing, en plus d'oubli, autant que de génie, de prédisposition, de facultés créatrices unique et trop en avance... Le film le trahit sans cesse, dès les premiers plans qui captent une pluie insistante d'un maussade jour d'automne avant de nous montrer l'appartement des Méliès: au mur, les différences de couleur d'un papier peint défraîchi trahissent les tableaux qu'il a fallu vendre pour survivre... 

Mais ce qu'on retiendra, c'est cette malice de Méliès, qui apparaît tant dans ses films. C'est la description respectueuse et experte des trucages qui s'accomplissent sous nos yeux, par quelqu'un qui était là pour témoigner de leur invention. C'est le cinéma de Méliès, même réduit à peau de chagrin (il restait très peu de films en 1953, et on ne les avait pas encore vraiment restaurés), qui garde son entêtante santé, sa bonne humeur communicative et sa patte éminemment graphique, tant d'années après.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Franju Méliès
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 11:41

Il s'en passe, des choses, sur les toits... Evidemment, quiconque a vu les films burlesques Pathé et Gaumont de la première décennie du XXe siècle, et les Vitagraph qui les copiaient aux Etats-Unis, sait de quoi il retourne: le fait d'imaginer que là-haut, au-dessus de nos têtes, pendant que nous vivons nos petites vies, toute une faune s'agite, vole, kidnappe, s'échappe et poursuit, pour notre plus grand plaisir de spectateurs un peu naïfs.

Ce film reproduit un décor qui est cette fois bien différent des châteaux, manoirs, scènes de théâtre et autres laboratoires fantastiques auxquels Méliès nous a habitués. C'est donc sur les toits, logiquement, qu'il situe les tribulations réduites à une minute de ce film, qui inaugure tout un pan du genre de comédie qui fera les beaux jours des futures séances populaires: deux "apaches" (ou criminels, mais le terme d'Apache était celui utilisé à l'époque) font les quatre cent coups sur les toits et trouent face à eux un gendarme déterminé à faire son devoir au péril de sa vie...

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 11:32

Ce film fait forcément écho au fameux Manoir du Diable de Méliès, mais il lui est surtout comparable sur un point précis: Méliès y introduit de nouveau la personnalité du Diable, dans une scène qui voit un homme entrer en compagnie d'un ami dans un château, où il sera confronté à des apparitions fantastiques... Mais le film est beaucoup plus court, réduit même à l'essentiel.

Le fait est qu'il existe aussi dans des copies plus belles que ce qu'on connaît aujourd'hui de son prédécesseur, et Méliès y a introduit une dose de couleurs, en colorant le personnage du candide... la seule couleur utilisée est d'ailleurs le rouge, ce qui va tellement bien à Méliès! Sinon, il reprend aussi le bon vieux gag du squelette qui se substitue à un humain, comme au bon vieux temps de ses scène d'illusionnisme... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 10:26

La nuit avait pourtant bien commencé... Alors qu'il dort, un homme rêve qu'une jolie femme à demi-dévêtue (à la mode 1896) se tient, souriante, sur son lit... Mais elle se transforme en un joueur de banjo, ce qui est surprenant à plus forte raison quand il commence à danser sur le lit. Les transformations suivantes ne vont pas s'arranger, quand l'homme attaque le danseur, il se transforme en Pierrot, qui s'échappe de la pièce par une fenêtre auparavant invisible. Pour finir, l'homme est "attaqué" par une lune grimaçante, bientôt rejointe par les trois autres apparitions précédentes... Tout a une fin même les cauchemars: il se réveille.

C'est désormais une routine établie, Méliès explore toutes les possibilités de faire apparaître, disparaître et de transformer ses protagonistes. Il va au bout de son anecdote, et s'amuse beaucoup en poussant le jeu à son paroxysme d'exagération. Notons ici un détail qui a souvent été souligné: un détail de l'anatomie du personnage principal est rayé, littéralement sur la copie. Il est en chemise de nuit, avec un caleçon long, mais les censeurs ont souhaité rendre sa mise moins explicite, peut-être que le caleçon de Méliès était trop moulant...

Des spectateurs (https://www.nitrateville.com/viewtopic.php?t=11226) ont spéculé sur le fait que cette censure (le fait de rayer la pellicule pour censurer les détails était courant à l'époque) puisse dissimuler le fait que Méliès ait exhibé son petit Méphisto. Il était en avance, mais quand même..

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 10:07

Dans un manoir lugubre, une chauve souris se transforme en Méphistophélès (Méliès lui-même, dans son rôle favori), qui va d'un grand chaudron faire apparaître des créatures inquiétantes. Mais deux personnes surviennent, qui ont eu l'idée saugrenue de venir explorer le château... Ils vont devoir se défendre contre les sortilèges...

Avec ce film, Méliès passe clairement à la vitesse supérieure, et dépasse spectaculairement la simple anecdote narrative: son intrigue est structurée, avec une première partie pédagogique, qui agit presque comme un boniment, annonçant la couleur des fééries et autres bizarreries qui s'annoncent. Et après cette introduction, nous pouvons anticiper que les deux personnes extérieures qui arrivent au manoir vont vraiment devoir souffrir...

Le film est situé dans un décor unique, mais fait usage de façon systématique du truquage préféré de Méliès, qui lui permet de faire apparaître et de transformer les personnages à sa guise. On est ici plus devant un prolongement narratif du spectacle théâtral d'illusions de Méliès (qui reprend d'ailleurs la trame d'un authentique spectacle, Les spectres et le Manoir du Diable, dont le film utilise les costumes et accessoires. Reste qu'avec ce film, Méliès découvre le pouvoir onirique et inquiétant de l'illusion cinématographique. Il se saisit aussi de diverses figures qui n'auront de sens qu'en tant que raccourcis cinématographiques: le fait par exemple de se débarrasser de Méphisto, à la fin, en utilisant une croix, est une facilité narrative bien pratique, et on sait que Méliès n'était pas du tout religieux... 

Pour finir, ce film a été longtemps invisible et perdu. Les copies en circulation sont issues d'une source en particulièrement mauvais état... Mais il existe bel et bien.

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet Boo!!
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 09:31

Avant d'aborder ce film, rappelons une anecdote célèbre, et bien sûr invérifiable: c'est en essayant un appareil de prises de vues qu'il avait lui même confectionné, les Lumière ayant décliné de lui en vendre un, que Méliès avait trouvé par hasard un truquage qu'il allait ensuite exploiter avec gourmandise dans la plupart de ses films: il tournait une scène en pleine rue, et les véhicules passaient sous son objectif; la caméra s'étant coincée puis décoincée durant la prise, il avait découvert au développement que la jonction entre la première partie (avant l'incident) et la deuxième (après) était parfaite et sans bavures, donnant l'illusion qu'un véhicule s'était changé en un autre, comme par magie.

Le mot n'est pas choisi au hasard, Méliès était illusionniste, et son art consistait à faire croire aux spectateurs que la magie existait. Quoi de plus pratique dans ces conditions, qu'un dispositif visuel qui permettait justement d'obtenir de façon spectaculaire cet effet d'illusion, de suspension de l'incrédulité, sur laquelle toute fiction repose? 

Cet escamotage est en 1896 l'ingrédient le plus prisé d'un spectacle d'illusionnisme, ce moment où l'on fait croire au public qu'on a fait disparaître quelqu'un, en l'occurrence une dame. Le titre a une double fonction, puisqu'il donne d'une part l'illusion (décidément) d'une scène prise sur le vif, dans un lieu aisément identifiable, et d'autre part il offre une petite dose de publicité bienvenue, ce qui n'est pas la première fois chez Méliès (voir à ce sujet le film Défense d'afficher) ni la dernière (il aura même des contrats ponctuels de publicité afin de prévenir les fins de mois difficile).

Le film se présente donc comme une scène située clairement dans un théâtre, et Méliès est l'illusionniste et maître de cérémonie. La dame qui va se faire escamoter est sa future compagne Jehanne d'Alcy, et je ne connais pas le nom du squelette... Le film, aujourd'hui, ne fait sans doute plus illusion puisqu'il est très facile de déceler la jonction avec un ralentissement de l'image. Peu importe: ce film est le premier à utiliser l'effet spécial détaillé plus haut sciemment, ou du moins le plus ancien qui ait été conservé.

 

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 09:18

Un mur sur lequel est indiqué l'interdiction d'afficher, est gardé vaillamment par une sentinelle... Mais deux colleurs d'affiche trompent sa vigilance et viennent coller une affiche qui vante le prochain spectacle du théâtre Robert Houdin. Un officier surgit et passe un savon au militaire qui s'est fait berner...

L'anecdote est courte et en apparence assez anodine. C'est la dynamique de la bonne farce qui est ici utilisée à des fins cinématographiques, un peu comme si L'arroseur Arrosé des Frères Lumière était soudain transposé dans un Guignol, puisqu'il y a un peu de la dynamique entre la fripouille et le gendarme dans cette histoire de deux colleurs d'affiches facétieux qui bernent un pauvre type en uniforme...

Mais on peut aller plus loin, et constater qu'en nous racontant cette histoire d'une façon simple et frontale (un plan, un décor, quatre personnages et une situation qui sont clairement identifiés) le réalisateur (un mot qui n'existait pas encore, je le rappelle) laisse le spectateur à ses propres interprétations, ses propres conclusions. En nous montrant un brave cerbère berné par deux hommes qui sont payés pour faire un travail, il se glisse un tantinet dans une posture qui permet de retrouver un aspect de la lutte des classes. En 1896, la Commune a 25 ans, et l'autorité est sans doute encore très clairement associée à la répression sanglante qui avait suivi. Méliès, dont les sympathies politiques allaient généralement vers la gauche, nous fait ici une charge politique subliminale.

Et en passant, il en profite pour glisser avec malice une publicité pour son établissement, ce qui nous rappelle qu'à l'époque de ces premiers films, Méliès est d'abord et avant tout le directeur du théâtre Robert Houdin, les activités cinématographiques en étant un vague prolongement. Ce qui ne durera pas.

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Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 09:08

Un homme (George Méliès) se couche pour ce qui aurait pu être une bonne nuit, mais... il va devoir affronter une énorme araignée qui fait l'assaut de son lit.

Méliès avait vu dans le Cinématographe des frères Lumière bien plus que ce qu'ils en avaient fait, et pour cause: eux étaient marchands de pellicule, lui était un artiste. Graphiste, homme de théâtre, prestidigitateur, il concevait naturellement le cinéma selon des codes visuels, et comme devant passer par une narration. Là où les opérateurs de chez Lumière tentaient de capter la vie, George Méliès lui créait de toutes pièces des univers... 

Ce film des premiers temps (dans le catalogue il porte le numéro 15) est un exemple assez court mais indicatif du style Méliès: un décor, une situation, des artifices en carton (l'araignée, probablement dessinée de la main du maître), une composition en fonction d'un proscenium, et un jeu d'acteur aussi exagéré que possible: dans ses activités au théâtre Robert Houdin dont il était le directeur, Méliès avait remarqué qu'il fallait sur-jouer pour toucher tout le public, et avait instinctivement déduit qu'au cinéma, il le fallait deux fois plus afin de pallier à la distance accrue par l'absence de son.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 08:53

Le titre semble tout nous dire, ou presque: trois gentlemen à la mode de la fin du XIXe siècle partagent un bon moment en jouant aux cartes. C'est la même situation qu'un film Lumière que Méliès avait vu, puisqu'il était présent lors de la célèbre première présentation du Cinématographe au Grand Café à Paris. Mais cette Partie de cartes (Lumière) avait eu une descendance "interne", puisque les opérateurs Lumière ont également pondu une Partie d'écarté, qui s'approche de ce film, en allant un peu plus loin que la simple représentation de messieurs jouant ensemble: l'un d'entre eux sert à boire de façon joviale, et un serveur du café où ils se tiennent réagit et rit avec eux. 

La version Méliès, tournée en famille (Georgette Méliès, la fille, y fait une apparition, et l'un des joueurs est le frère de Georges, Gaston, celui qui tentera d'exporter les établissements Méliès aux Etats-Unis) va plus loin en installant dès le départ une narration: pendant le jeu de cartes, une enfant apporte à Méliès un journal, qu'il parcourt. Il y trouve matière à étonnement, et partage avec grandiloquence sa trouvaille. De l'anecdote initiale, on passe à de la truculence: le jeu est exagéré, certes, mais ça donne l'impression d'assister à la vie. De façon inattendue, ce film est pour moi le plus réaliste de toute la production Méliès... C'est aussi, dit-on, le tout premier.

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Published by François Massarelli - dans Méliès Muet