Deux femmes dont la vie part en déconfiture totale vont échanger leurs demeures respectives le temps d'une petite période de vacances: Amanda (Cameron Diaz), qui confectionne des bandes-annonces à L.A., va donc s'installer dans un petit cottage du Sud de la campagne proche de Londres. La propriétaire de la maison en question, Iris (Kate Winslet), qui est rédactrice chez un éditeur, va en revanche s'installer dans la demeure immense de l'Américaine pour quelques jours...
Les deux ont du mal à gérer leurs aventures sentimentales et vont bien sûr rencontrer l'amour avec un grand A (Respectivement Jude Law et Jack Black), cela va sans dire...
On peut tout simplement se passer de ce genre de film. Pourquoi pas après tout? Il ne sert pas à grand chose, ne prouve rien, n'avance aucune hypothèse sur le sens de la vie et repose même sur des clichés éculés et des comportements stéréotypés... Comme 100% des films d'action, d'ailleurs.
A la vérité, il est remarquable pour son casting, ses performances (Eli Wallach en scénariste du troisième âge qu'on persuade d'assister à une célébration de sa carrière), et la qualité visuelle indéniable de l'ensemble. On aboutit à un feel-good movie, ce qui n'est déjà pas si mal!
Lors des premiers temps de la solution finale, un officier S.S. (Ulrich Tukur) est amené à participer malgré lui en fournissant des ingrédients de préparation du gaz Zyklon B, qu'il croit destiné à une politique d'assainissement et d'hygiène des eaux en Pologne. Dans un camp, il est invité à voir par lui-même les conséquences de son action. Profondément choqué, il décide de mener une action pour enrayer la machinerie qu'il a contribué à mettre en route... il va trouver peu d'aide, mais Riccardo Fontana, un prêtre jésuite (Matthieu Kassovitz) d'une famille Italienne proche du pape Pie XII va l'assister dans sa tâche...
L'un est historique, le lieutenant Kurt Gerstein qui avait rejoint la S.S. par idéalisme (il croyait dur comme fer à la fois aux théories raciales de Hitler, et que le but des nazis était d'écarter les juifs de la société, pas de les éliminer froidement) qui va effectivement batailler contre la solution finale, et laisser un témoignage crucial au début de la période de "dénazification"; l'autre, le père Riccardo Fontana, est fictif, ajouté à la première version de cette histoire, The Deputy (Le vicaire), une pièce Anglophone de Rolf Hochuth. Le jeune prêtre apporte un élément important, en soulignant la complexité de la situation pour les églises chrétiennes durant la seconde guerre mondiale dans les cercles qui gravitaient autour du fascisme et du nazisme... Au départ, ce sont les protestants Allemands qui vont s'émouvoir du sort réservé aux handicapés mentaux dans le Reich, et justement Gerstein a perdu sa nièce dans des circonstances tragiques: amenée à un institut et euthanasiée avec une centaine d'autres... Ce qui n'était évidemment pas la version officielle. Mais devant l'acharnement de Gerstein pour enrayer la solution finale, les églises vont hésiter: un pasteur lui fait comprendre que les handicapés pour lesquels il s'était mobilisé, au moins n'étaient pas juifs...
Avec la Vatican, ce sera plus compliqué, le Sains siège étant tiraillé entre un soupçon de compassion bien chrétienne, et beaucoup de politique; on rappelle souvent le manque coupable de réactivité d'Eugenio Maria Giuseppe Pacelli dit Pie XII pour intervenir auprès des autorités et empêcher le massacre, mais il semble que les atermoiements de la hiérarchie aient été motivés par une volonté de ne pas déprimer les catholiques qui se prenaient déjà des bombes sur la tête en Allemagne et en Autriche! Tout le film, ainsi, montre des gens de tous bords se couvrant les fesses, se lavant les mains, y compris des officiers Allemands zélés qui diront à qui veut les entendre que Hitler est fou, qu'il va trop loin, mais que voulez-vous un ordre est un ordre.
Costa-Gavras qui a si souvent confronté dans ses films les comportements humains individuels face aux tyrannies, a choisi de commencer son film par une séquence située en 1936: un orateur juif à la société des nations est venu pour alerter l'opinion internationale face aux persécutions subies par les juifs en Allemagne, et se tire une balle dans la tête: cette idée du sacrifice ultime est en réalité un thème majeur du film, renvoyant à l'imagerie chrétienne, et qui nécessitait une représentation directe à travers un personnage. Au sacrifice représenté par Gerstein qui du début à la fin se met en danger ainsi que sa famille, pour tenter d'enrayer l'horreur, et face au refus de la hiérarchie Vaticane de s'engager formellement, le jeune jésuite va lui aussi ajouter un sacrifice, qui sera spectaculaire. A la fin, le metteur en scène qui a adopté le ton de la chronique, nous montre un monde qui se libèrera, oui, mais dans le chaos, et dans lequel le retour à la normale sera difficile, comme peut en témoigner le nombre de fois où l'on voit Gerstein empêcher son fils de 6 ou sept ans de faire le salut hitlérien! Egalement, la fin est sans appel: il sera facile pour les criminels d'hier de devenir les acteurs de demain. Ce qui nous permet de mieux apprécier, justement, le sacrifice d'un Gerstein ou d'un Fontana.
Ce dernier film de la série "Of tomorrow" occupe une place à part dans la série, parce qu'il s'occupe d'un domaine finalement bien moins novateur, en apparence, que les trois autres (dans l'ordre, House, puis Car et enfin T.V.). Le futurisme ici est affaire de science et de génétique, puisqu'une bonne part du film se consacre essentiellement aux croisements possibles entre animaux... Prétextes à gags bien sûr, mais aussi à jeux de mots, tous glorieusement plus lamentables les uns que les autres...
Soyons juste, on y trouvera aussi des incubateurs modernes et des machines à trier les oeufs. Mais il semblerait que le sujet ait été assez rapidement abandonné par l'équipe.
Le troisième film de la série de pseudocumentaires de Tex Avery s'intéresse à un domine particulier, qui le fascinait... La télévision, qu'il ressentait probablement comme une menace sur son métier (ce en quoi il avait parfaitement raison) est en effet omniprésente à partir de la fin des années 40 dans ses courts métrages. Ici, il lui fait un sort en imaginant de quelle façon les concepteurs d'écrans vont adapter les téléviseurs à l'avenir et en particulier à la personnalité des membres de la famille...
Il a donc conçu la maison comme s'organisant autour de la télévision dans le futur, et chaque situation renvoie aux stéréotypes de l'époque, comme ce téléviseur à plusieurs écrans qui montre des programmes différents selon les publics visés... Comme toujours dans ces documenteurs il exagère avec méthode, montrant ses gags avec autant de clarté que possible pendant qu'un narrateur impassible fait l'article avec enthousiasme. Et bien évidemment il va se débrouiller pour décliner les images de western qui sont pour lui toujours associées à ce média, qui il est vrai montrait à l'époque aux garnements des fusillades durant toute la journée aux chères têtes blondes.
Après le pseudo-visionnaire The house of tomorrow qui imaginait es débordements hilarants des architectes dans le futur cosy et tiède qu'on envisageait dans les années 50, Avery continue sur sa lancée avec le deuxième film de la série (sur 4): à nouveau, c'est un faux documentaire promotionnel qui part de toutes les figures imposées de la famille, de la vie quotidienne, et va jusqu'à imaginer des voitures "ethniques" qui bien entendu donnent lieu à des gags douteux, glorieusement douteux!
Et le film va assez loin pour nous rendre compte d'une certaine vérité, notamment quand il imagine des voitures équipées d'un système qui rend impossible toute échappatoire pour le piéton, victime potentielle des chauffards: un modèle prévoir d'ailleurs un plancher vitré pour que le chauffeur du véhicule puisse voir la victime...
C'est un film qui s'intéresse à un sujet souvent évoqué au cinéma, et souvent traité par les cinémas Français, Italiens, et Américains, sous un jour très boulevardier, propice à toutes les vulgarités: le démon de midi... Etienne Dorsay (Jean Rochefort) est un fonctionnaire d'un ministère, installé, efficace, respecté: pas un rigolo, donc. Marié à une femme qu'il adore, Marthe (Danièle Delorme), et père de deux adolescentes, il n'est pas du genre à faire n'importe quoi, jusqu'à ce jour où, dans un parking, il a vu Charlotte (Annie Duperey). Passant sur une bouche d'aération à la façon de Marilyn, elle fait voler sa robe... et revient sur ses pas pour danser, ignorant qu'elle vient d'être vue, et qu'elle a charmé les yeux d'un quadragénaire qui n'en revient pas. Le film va nous conter la désastreuse équipée de Dorsay pour non seulement rencontrer la jeune femme, mais aussi avoir une relation avec elle: déni, mensonges, échafaudage de plans tous plus lamentables les uns que les autres... Jean Rochefort est parfait dans le rôle du séducteur malgré lui, qui n'avait pas prévu de se remettre en selle. La duplicité, le mensonge du bonhomme qui s'apprête à tromper sa femme, deviennent des sources de gags y compris quand le cavalier émérite Jean Rochefort incarne un homme qui tente de se réconcilier avec l'art de l'équitation, et est nullissime!
Sinon, le film est aussi une chronique de l'amitié, et on sait que Yves Robert a depuis longtemps souhaité montrer l'amitié, les Copains pour reprendre le titre d'un de ces premiers films dans lesquels il a esquissé une telle thématique: c'est vrai qu'avec Jean-Loup Dabadie, ils ont su trouver le ton pour peindre une sorte de famille, de fratrie sous la forme d'une bande d'amis-pou-la-vie, unis par leur pratique du tennis, mais pas que. Partageant les bons moments surtout mais aussi les mauvais... Daniel (Claude Brasseur), énigmatique garagiste qui cache même à ses copains ce qui en 1976 est encore une fêlure, son homosexualité; Simon (Guy Bedos), le médecin pied-noir flanqué d'une mère envahissante (Marthe Villalonga) et qui lui pourrit la vie... ce dont il n'aurait pas vraiment besoin tant ce médecin hypochondriaque et pessimiste fait ça très bien tout seul; enfin, Bouly (Victor Lanoux), le costaud du groupe, est marié et coureur, ce qui va lui apporter bien des ennuis. Dans un premier temps, Etienne hésite à partager son tourment avec eux, mais ils finiront par devenir complices, de la même manière qu'ils feront corps pour soutenir Bouly dans les conséquences désastreuses de ses frasques.
A ce sujet, d'ailleurs, il est frappant de voir à quel point les acteurs, le metteur en scène et le scénariste ont su créer des personnages parfaitement viables, de chair et d'os, qu'on jurerait avoir rencontrés. Lanoux n'avait pas la tâche facile, lui qui incarne un macho dragueur qui trompe sa femme comme on s'attelle à un sport extrême... Il réussit pourtant, au-delà de la vulgarité satisfaite du bonhomme (le T-shirt moulant "bizoo-bizoo" sur pantalon patte d'eph!) à être touchant... Ils le sont tous, et on applaudira la façon dont les auteurs du film ont réussi à faire de la comédie fine avec les tourments familiaux du médecin juif pied-noir affublé d'une mère qui l'empêche de respirer, ou de leur subtilité pour évoquer la vie compliquée de Daniel, l'un des premiers gays du cinéma français à échapper à la caricature et au bon mot. Bref, non seulement les personnages existent, mais on croit aussi dur comme fer en leur amitié, ce qui au passage justifiera une suite!
Sinon, bien sûr, le film offrira aussi bien un arc narratif fini à la désastreuse aventure d'Etienne auprès de Charlotte (qui ne s'appelle d'ailleurs pas Charlotte!), et permettra aussi à Danièle Delorme, pour sa première vraie apparition dans un film de son mari, d'être plus qu'un personnage stéréotypé de femme légitime qui doit faire face à l'infidélité de son mari: elle incarne une jeune quadragénaire qui prend la décision de reprendre des études de droit, et se frotte au mode qui l'entoure. Si on passera sur l'omniprésence des étudiants aux cheveux longs qui envahissent son salon, on peut quand même se réjouir de la lamentable aventure de Lucien, le copain des filles Dorsay, tombé amoureux de leur mère et qui la poursuit d'une assiduité pathétique: Christophe Bourseiller la joue à la Droopy, c'est déjà drôle, mais la façon dont elle réagit accentue encore l'aspect vaguement minable de la mésaventure d'Etienne.
Le choix narratif de laisser Etienne nous raconter sa vie, avec une certaine ironie à l'égard de lui-même, n'empêche pas le film de respirer ailleurs, et de faire le bonheur de ses spectateurs par des quiproquos dont le personnage n'a de toute façon pas connaissance: il n'avait par exemple absolument pas repéré le manège de Lucien, par exemple, pas plus qu'il n'avait vu l'effet qu'il fait sur Mme Espéranza (Martine Sarcey), une collaboratrice qui croit qu'il veut la séduire suite à une méprise... Ces éléments contribuent à la richesse du film et surtout à l'excellence de la comédie. Car comme le formidable 10 de Blake Edwards (qui lui doit beaucoup), Un éléphant ça trompe énormément n'est pas qu'un film réussi sur la lamentable tentation, c'et aussi et surtout une comédie de concours, un chef d'oeuvre de son réalisateur et du cinéma français des années 70; en ce qui me concerne, l'effet madeleine est là et bien là, et on ne peut qu'avoir envie d'en revoir aussi la suite, le fort bien nommé Nous irons tous au paradis.
Nicolas Philibert (Jean-Paul Belmondo) est parti de France avant la Révolution, et a réussi aux Amériques... Prêt à se marier avec la fille de son principal collaborateur et employeur, il doit rendre des comptes: il est déjà marié, en France... Il doit donc partir sur le champ, retrouver son épouse (Marlène Jobert), très volage et attirée par les nobles, et divorcer, ce qui est rendu possible par les lois de la république...
Une fois arrivé, Nicolas Philibert commence à courir dans tous les sens, d'un camp (les révolutionnaires) à l'autre (la réaction) mais ne s'arrêtera jamais; c'est d'une part le principe du film, mais aussi une sorte de profession de foi de Jean-Paul Rappeneau. Tout y est basé sur l'idée de mouvement, celui d'un homme pressé qui va découvrir que le lien qui l'unissait à son épouse est toujours vivace... Une belle idée.
Mais juste une idée, car si le film est rythmé, forcément, peuplé d'acteurs qu'on a plaisir à revoir (Michel Auclair et Pierre Brasseur, par exemple, ou encore Julien Guiomar formidable, Patrick Préjean en Royaliste militant), et de séquences basées sur de savoureux quiproquos, l'ensemble manque justement de moments qui permettrait aux personnages d'exister au-delà de cette perpétuelle agitation. D'ailleurs la seule motivation qui soit donnée aux personnages principaux, est une prophétie qui prédisait un avenir de princesse à la jeune femme (d'où son obsession de fricoter avec les nobles), et franchement, dans ces circonstances, qu'est-ce qui a bien pu faire qu'on les marie, ces deux-là?
Six mois après The counterfeit cat, Avery sort un autre film mettant en scène le bouledogue Spike aux prises avec un chat malhonnête. Celui-ci a pourtant eu un cri du coeur assez compréhensible, ayant écrit "I hate dogs" sur une palissade. Pour se débarrasser du chien, et lui jouer un mauvais tour, le chat va donc se servir d'un gadget inventé pour les besoins du film, un "projecteur de voix" pour ventriloque lui permettant de faire miauler n'importe quel objet du voisinage... Voici donc Spike parti chercher des chats qui n'existent pas, et des ennuis bien réels...
C'est l'animation classique, le style encore rond et hyper-lisible de l'âge d'or, et on sent l'équipe à l'aise. Il n'y a d'ailleurs aucun dialogue, et aucun besoin d'en ajouter! Pourquoi la "série" Spike a-t-elle été arrêtée à ces deux films, je ne sais pas, en tout cas, le personnage du gros bouledogue profitait sans doute plus d'être un faire-valoir de Droopy, ou peut-être qu'Avery ne se sentait pas inspiré. Allez savoir. En tout cas il y a dans ce film quelques-uns des plus beaux moments de réaction d'un chat qui puissent être, généralement hirsutes et spectaculaires...
Un chat a faim, et on sait à quel point ça peut faire un bon point de départ pour un dessin animé... Car il y a un oiseau dans les environs. Le problème, c'est que dans la même maison, il y a aussi un chien, vous savez, ce mammifère qui sent mauvais et qui prend toute la place en faisant beaucoup de bruit... Et qui n'aime pas les chats. Spike le chien a pour mission d'empêcher le félin de venir se servir à manger dans la cage, mais a l'autorisation de jouer avec son voisin... Le chat a entendu la maîtresse, et va donc se déguiser: pour ça, il, eh bien, arrache donc le scalp du chien voisin, et s'introduit sur les lieux en faisant semblant d'aboyer...
Il y aura donc un gag récurrent: le chat déguisé en chien tente une approche pour essayer d'attraper le canari, mais le chien arrive et pour s'en débarrasser, il sort un os de nulle part, et le gros chien rendu fou de joie n'a plus qu'une obsession: enterrer la chose... et la hache de guerre.
Par ailleurs, dans ce film où les animaux sont souvent très près les uns des autres, on constate que les uns et les autres s'attrapent beaucoup, par la langue notamment! On y touche, voire arrache les dents des autres animaux... Ce qui vient ajouter un peu plus de sauvagerie à un tableau rendu déjà assez noir par l'idée d'arracher la coiffe d'un chien en début de film! Bref, on est bien chez Avery, ce qu'a compris le canari: quand on s'approche d'un peu trop près, lui aussi est capable de se défendre... avec les crocs. Non mais! Il y aura un autre film de Spike avec un chat similaire, The ventriloquist cat...
Une comédie? Du bout des lèvres... Nicolas Montei (Marcello Mastroianni) est Italien vivant en France, et il est comédien. Acteur serait plus juste, car le mot "comédien" désigne une personne qui fait vivre un personnage, alors que Nicolas, lui, handicapé par son accent, va de petit job en petit job, des "panouilles" comme on disait alors: le matin, il double des dessins animés, l'après-midi il tourne un docu-fiction dans lequel il incarne un personnage du XVIIIe siècle, furtivement; le soir, il apparaît au théâtre, le temps de se faire tuer à la fin d'un acte, puis il file avec son copain Clément (Jean Rochefort) pour un numéro de duo illusionniste dans un cabaret à strip-tease... Bref, il vit et fait son métier, mais le plaisir n'y est plus.
Dans la vie non plus, d'ailleurs: coincé entre un mariage fini mais qui s'éternise, avec deux enfants qui sont à l'affût de toutes les occasions de garder leur père, et un ménage avec une compagne (Françoise Fabian), qui bat de l'aile, puisqu'elle lui reproche sa trop grande proximité avec l'autre (Carla Gravina), celle qui aurait du disparaître de sa vie... En attendant, c'est Clément qui s'en va: il va travailler dans le privé, puisqu'on lui propose un job bien payé dans la publicité chez Panzani...
Le titre est assez clair, Robert avec son complice Jean-Loup Dabadie s'adressent ici avec tendresse aux obscurs, aux sans-grade, aux sans-plaisir du métier. Qui sont parfois, aussi, des sans-le-sou: après leur prestation nocturne, Clément et Nicolas doivent parfois mendier pour obtenir leur cachet, et ça ne marche pas toujours. Je le disais, la comédie est douce-amère, et le propos sombre. Bien sûr que c'est une profession, mais elle n'est pas rose, et le public n'aide pas: ainsi, on reconnaît Nicolas Montei, mais on ne sait pas pourquoi. Quand il signe un autographe, c'est à tout hasard... Et les autres, les gens installés, n'aident pas vraiment, ainsi un metteur en scène du docu-fiction (Xavier Gélin) traite-t-il Nicolas qui arrive en retard de "salaud", ou un metteur en scène de théâtre (Yves Robert) pour sa part, se défoule sur une actrice, qui, il est vrai, n'est pas terrible, terrible... Les acteurs "installés", eux, n'ont aucun regard pour ces troufions du métier.
C'est une grande réussite, car Yves Robert n'a pour autant rien changé à sa façon de faire, ses séquences dominées par la tendresse entre les personnages, la complicité du public acquise au pauvre Nicolas y compris quand il tente une manipulation un rien hypocrite pour se placer auprès de sa maîtresse après avoir échoué auprès de son épouse! et le réalisateur se passe parfois de mots pour conter certains passages de son film, comme une énigmatique rencontre de Nicolas avec une femme qu'on n'identifie pas encore, vie à travers une vitre, sans paroles... Nicolas semble vivre à part des autres une aventure qui risque de le détruire et ses amis et famille avec, et ce n'est pourtant pas faute de l'aimer, comme le prouve en permanence le personnage grave de Françoise Fabian...
Ce n'est sans doute pas encore le grand film-sur-les-copains que Robert et Dabadie rêvent de faire, mais il ne tardera pas, d'autant qu'ils ont enfin trouvé leur interprète: il est dans ce film, et ce n'est pas Mastroianni. En attendant, on peut déguster ce petit film délicat, il est touchant et il vise juste.