Un théâtre présente une revue de music hall: on va alterner entre les coulisses et la scène, en suivant principalement trois personnages; le régisseur, une grosse brute (Oliver Hardy), l'accessoiriste, une personnage lunaire (Larry Semon) et l'actrice principale de la revue (Lucille Carlisle)... De temps à autre, le film se promène dans le public où certaines personnes se distinguent.
Tiens, une fois de plus le modèle de Chaplin est évident, mais je n'aurai aucun scrupule à le dire: ce The show est nettement plus intéressant que le film éponyme de Chaplin, auquel il pique sans vergogne l'idée d'interpréter un certain nombre de personnages en plus de son accessoiriste. Le Chaplin était il est vrai largement basé sur les souvenirs de music hall anglais de son auteur, et il a été tourné en 1915, autrement dit une éternité avant celui-ci.
Cette fois encore on peut exprimer des doutes sur l'opportunité pour Semon d'interpréter le personnage principal, et la structure manque encore une fois de colonne vertébrale, mais il y a une troublante envie de faire du cinéma, ici: le film, très ambitieux, prend son temps pour installer le décor, filmé dans l'ouverture depuis le public. Et le final (qui est un rêve) est spectaculaire, avec un certain nombre de gags et de cascades spectaculaires liées à un train! C'est sans doute à la fois un des meilleurs films de son auteur, en même temps qu'un témoignage sans appel sur les raisons qui précipiteront sa chute: son comique extravagant devait coûter cher, très cher...
Reste à rappeler ce qui est une obsession pour Larry Semon: les gags "colorés"... Qui consistent le plus souvent à souligner de façon embarrassante les différences de couleur entre acteurs blancs et noirs, ces derniers étant cantonnés bien entendu dans les rôles subalternes; ici, c'est d'une part une camériste noire qui se retrouve blanchie par de la poudre de maquillage, et sinon le public se voit transformé en une troupe de Al Jolson par un accident qui implique de la suie. Autre temps... etc.
Dans une boulangerie-pâtisserie modèle, la visite du grand patron tourne au cauchemar, car tout s'emballe: les employés (...pas tous) s'avèrent des escrocs qui tentent de partir avec la caisse, un autre employé (Larry Semon) déclenche catastrophe sur catastrophe, et des animaux de tous poils (Souris, chat, mais aussi un singe capucin, très prisé à Hollywood) flanquent la pagaille...
En dépit d'une certaine longueur, le film partage avec la plupart des courts de Larry Semon une structure assez molle: un lieu, des gags durant 17 minutes puis un grand final avec si possible poursuite spectaculaire... Ca se laisse voir, le personnage de Hardy est spectaculairement mis en valeur, et les intertitres se débrouillent pour placer tous les jeux de mots possibles et imaginables avec dough (pâte), crust (croûte) et bread (pain)...
Dans une rue particulièrement mal famée, des gens vivent à l'écart des braves gens, sous la coupe d'une brute épaisse (Oliver Hardy). Les propriétaires de leurs logements tentent de récupérer les loyers, mais en vain: il y a comme un esprit de résistance, auquel participent les épouses et les enfants... Un vagabond (Larry Semon) est alors engagé en dernier recours, alors qu'une jeune femme qui venait dans la cadre d'une opération de charité se retrouve coincée sur place...
Comment ne pas penser à Easy street de Chaplin? On ne peut pas: il est évident que le film, ses enjeux et ses ingrédients "dramatiques" en viennent tout droit. Cela dit, bien sûr, Larry Semon n'est pas Chaplin et ne prétend absolument pas l'être, même si selon toute probabilité le film a été tourné dans le même décor. S'il en reprend le point de départ en changeant le métier de son héros, il ne va pas non plus s'efforcer d'épurer le résultat final comme l'a fait Chaplin, et il va partir à la recherche de gags dans tous les sens...
C'est le paradoxe de Semon: ses films, réalisés à l'époque pour la vénérable et poussiéreuse compagnie Vitagraph, sont généralement dotés d'un budget conséquent, et sont longs (celui-ci tutoie la demi-heure à une époque où les courts métrages s'efforcent de rester autour de vingt minutes), et donnent l'impression d'avoir un fort budget... Mais l'auteur se vautre et se complait dans une inspiration aussi souvent basique et terre-à-terre que possible. Son héros est sympathique, mais soyons franc: l'intérêt réside essentiellement dans la formidable personnalité de son méchant. Alors dans les moments où Hardy disparaît de l'écran, l'intérêt s'émousse...
Deux jeunes hommes (Billy West et Oliver Hardy) convoitent la même femme (Ethelyn Gibson) qui n'arrive pas à se décider... Les efforts de l'un et de l'autre vont vite tourner au vinaigre, et ça va devenir assez violent...
...mais aussi convenablement loufoque: ce petit film parfaitement conservé est un vrai bonheur, et si on ne lui en a jamais vraiment voulu d'avoir façonné son début de carrière à l'imitation de celle de Chaplin au point d'en adopter l'apparence, on se réjouit de voir Billy West abandonner le plagiat, et se concentrer sur sa vraie force comique personnelle. Avec sa petite taille, et son invention asse poétique, son personnage complète admirablement celui, plus volcanique, de Hardy... La deuxième bobine en particulier est un trésor de gags, tous plus idiots (donc sublimes) les uns que les autres.
Un jeune homme (Charley Chase) veut se marier avec une jeune femme (Rosemary Theby) qui ne demande que ça... Mais le père (Oliver Hardy) ne veut pas. Comme elle a un jumeau et que ce dernier a indiqué qu'il allait revenir à la maison, les deux amoureux décident de profiter de l'occasion: on fait passer la jeune femme pour son frère, elle peut sortir de la maison, et les deux tourtereaux vont se marier...
La situation est du pur Chase, et s'accepte d'autant que le comédien, également metteur en scène, a choisi de traiter le film avec un certain réalisme des personnages. Il fait un pas en avant vers le style qui sera celui des films Roach sous son impulsion: des situations grotesques rendues plausibles et plus percutantes par le refus d'exagérer, et par le fait de privilégier l'embarras sur les autres ressorts comiques...
En prime, le film s'accomplit grâce à un rebondissement des plus loufoques: le père avisant sa fille, croyant voir son fils, lui propose de faire une petite farce, en se déguisant en sa soeur (donc en elle-même; vous suivez?), et de prétendre à un mariage... qui sera en fait un vrai!
Un vagabond (Billy West) tente de s'infiltrer dans un bar, où il est constamment repoussé par le garçon (Oliver Hardy)... Puis il flirte avec une jeune femme (Ethelyn Gibson), ce qui irrite un rival (Leo White); pour résoudre leur querelle, les deux hommes vont s'affronter dans un match de boxe...
Ca commence par une impression de déjà-vu fortement prononcée, et en fait on a l'impression que le décor reprend celui de Caught in a cabaret; puis le film bifurque vers The Champion. Bref, on est vraiment dans l'obsession de Billy West et de ses patrons pour Chaplin... L'acteur, d'ailleurs, fait presque illusion durant la première bobine...
Cela étant, une fois accepté le postulat de plagiat, on passe quand même un bon moment, d'autant que Billy West finit toujours par marquer ces faux Chaplin de sa personnalité, et qu'il est fort bien entouré. Quant à la mécanique de précision qui est ici à l'oeuvre, inutile de dire que c'est du grand art, Parrott (Charley Chase) étant aux commandes...
Julie Powell (Amy Adams) cherche un sens à sa vie: elle écrit mais ne finit jamais ses projets, et quant à les faire publier... en attendant son heure, elle travaille à un centre de gestion humaine des suites du 11 septembre 2001. Passionnée de cuisine Française, elle trouve une idée pour accomplir son rêve d'écriture: cuisiner en 365 jours plus de 500 recettes proposées par Julia Child, une Américaine qui a séjourné en France durant les années 50, et qui a réussi à transmettre son savoir-faire dans un best-seller...
Parallèlement, nous assistons à l'arrivée de Julia Child (Meryl Streep) et de son mari Paul (Stanley Tucci) à Paris, dans les années 50, puis la naissance d'une passion pour la cuisine...
C'est une vraie fausse bonne idée: cette histoire vraie (ces deux histoires vraies), reliées, ne font pas une comédie, tant ça manque d'enjeu. Certes, Julie se bat contre elle-même, c'est à dire des moulins, et Julia doit elle aussi affronter un certain nombre de murs, mais on voit assez rapidement où ça va; et malgré le talent d'Amy Adams, on s'ennuie ferme devant un film qui alterne l'émotion facile et les scènes convenues.
...Et puis Meryl Streep: la grande dame du cinéma Américain n'est pas infaillible: la preuve, son accent ici, sa gestuelle, on a purement et simplement envie qu'elle se taise enfin. Et ça, ça vous pourrit un film comme un rien.
(Notez que si vous avez l'habitude de voir les films en version doublée (mais pourquoi??????), vous n'entendrez sans doute pas la différence: le doublage, c'est toujours nul.
En réponse au serial La main qui étreint, la Gaumont a donc produit cet étonnant film, entièrement dû à l'esprit farceur de Jacques Feyder, le futur réalisateur de L'Atlantide, des Nouveaux Messieurs et de La Kermesse Héroïque... Et le film, clairement, n'a pas grand chose à voir avec toutes ces oeuvres prestigieuses.
D'ailleurs, il n'a pas grand chose à voir avec quoi que ce soit! c'est un indescriptible mic-mac de scènes pour rire, par des acteurs qui se prennent pas au sérieux, avec des intertitres aussi stupides que possible... Je mentirais si je disais qu'il y a beaucoup à glaner dedans, mais on se laissera aller à l'indulgence, ce serait-ce que pour ses deux dernières bobines, le dénouement (oui, au fait, c'est un film à épisodes!) dans lequel on révèle que le chef des gangsters n'est autre que... qu'un célèbre comédien burlesque (imité par Georges Biscot avec une moustache, et le bougre se débrouille plutôt pas mal), qui va piquer sans vergogne sa fiancée au héros, et en plus l'épouser en juste noce avec une bande de bras cassés dans lesquels on reconnaîtra Musidora en Irma Vep, et Marcel Levesque en Oscar-Cloud Mazamette...
Je ne vais pas, en dépit d'une forte envie, céder à la facilité qui consisterait en un jeu autour de l'expression "grand souffle", je vais me contenter d'écrire que ce film en manque, justement, cruellement. Et comme le "Grand souffle" en question est celui du patriotisme (cette maladie étrange qui consiste à croire que son pays vaut qu'on meure pour lui), si en vigueur en cette saison 1915-1916, on se doute que l'oeuvrette est un peu pale.
Madame Jeanne Duroc (Musidora) arrive en Provence et elle est secourue lors d'un problème, par un voyou (René Navarre) qui empêche ses collègues de lui faire du mal. Reconnaissante, elle promet à la mère du jeune homme de le faire revenir dans le droit chemin.
...et le droit chemin, c'est celui des tranchées! On assiste donc, dans un film que Ravel tourne dans de glorieux paysages qu'il peine à utiliser, à l'insistance d'une femme vertueuse pour que l'homme qu'elle aime aille se faire flinguer! Cruel destin, que celui d'un couple dans un mélo crétin. Reste le plaisir de voir Musidora en pré-Irma Vep, qui donne la réplique à René Navarre, post-Fantômas!
Mademoiselle Musi (Musidora) est une fervente lectrice des exploits des Vampires, d’après les célèbres films de Louis Feuillade mettant en scène Irma Vep interprétée par... Musidora. Une fois qu’on sera prêt à accepter ce postulat, on regardera d’un œil parfois distrait ce film de moyen métrage, dans lequel Louis Feuillade trouve un ton moins farcesque à la comédie, un peu à l’imitation des œuvres de Léonce Perret:
Lagourdette (Marcel Levesque) courtise Melle Musi, et en l’entendant vanter les exploits de sa bande de criminels favoris, il prend la décision qui s’impose: il va lui montrer que lui aussi peut commettre des crimes… Et pour faire semblant, il propose à ses domestiques de jouer les victimes innocentes, un stratagème qui se retournera contre lui. Car si la jeune femme est fantasque, elle n’est pas sotte pour autant…
Je parlais de Léonce Perret, c’était sans doute l’inspiration pour Feuillade. Mais en terme de comédie et de marivaudage, les deux metteurs en scène ne jouent pas dans la même catégorie. Feuillade était certes plus à l’aise dans les drames baroques, les séries policières et les films sentimentaux, sans oublier les drames patriotiques, passage obligé de l’époque...
Mais il est assez plaisant de voir Musidora en complicité avec Levesque, son ennemi juré dans Les Vampires, dans un film qui ressemble beaucoup à un produit dérivé sans doute sans grande importance.