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4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 17:10

Dans un prologue largement dominé par une narration à coup d'expressions idiomatiques mises en images (préfigurant ainsi le célèbre Symphony in slang) le chat déprimé d'une grande maison lugubre nous explique son état de nerfs: il est traumatisé par... un coucou, le genre cinglé, qui vit dans une pendule. Un coucou, quoi... Le chat résout d'en finir... Souhaitons lui bonne chance, la partie n'est pas gagnée!

Après la première minute largement dévolue aux jeux d'images et de mots, le film devient une fête de mouvements et de gags purement visuels. On ne le reverra jamais, mais cet abominable coucou aux dons inquiétants est digne de rejoindre la galerie illustre des pires emm... de la planète Avery. Le film est un festival de sauvagerie et de violence, qui va par ailleurs beaucoup influencer Friz Freleng pour développer le personnage de Sylvester dans les années 50.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tex Avery
4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 16:05

Alexandre (Philippe Noiret) n'est pas heureux: agriculteur, il possède de la terre, beaucoup de terre, et depuis dix ans qu'il est marié, son épouse "La Grande" (Françoise Brion) le force à travailler dur, sans aucun répit... Lui qui souhaiterait tant s'arrêter un peu, faire la grasse matinée, taquiner le poisson dans le Loir, jouer au billard avec ses copains (Jean Carmet, Pierre Richard), se laisser aller à jouer au foot avec les enfants de l'école du village... et avoir un chien. Il y en a un d'ailleurs, qui lui est réservé chez un voisin (Paul le Person) mais Alexandre attend le bon moment d'en parler à son épouse. Donc Alexandre étouffe et n'en peut plus. Il explose, même, mais rien n'y fait: elle lui impose des corvées tous les jours, d'un claquement de doigts. Y compris de la grimper, c'est dire.

Quand elle meurt (dans un des accidents les moins spectaculaires et les plus économiques de l'histoire du septième art), Alexandre comprend qu'il est enfin libre, il se rend donc dans sa chambre et va devenir un repoussoir pour une partie du village, un modèle pour d'autres...

Cette fable tournée au milieu de 1967 arrive à point nommé... Robert a bien senti les grands changements en cours en cette fin des années 60, même si la France Gââââââââulliste n'est pas encore concernée de façon très marquée... Alexandre n'est pourtant pas un hippie avant l'heure, juste un homme qui souhaite arrêter le cours des choses, et se consacrer au bonheur de l'instant. On remarquera deux choses: d'une part on est loin de l'utopie, car ce que veut Alexandre, c'est être seul, et qu'on lui foute la paix... Quand vient Agathe (Marlène Jobert) qui s'intéresse beaucoup à celui que tous montrent du doigt, il lui arrivera bien de la lutiner... Il y a aura des suiveurs aussi, parmi les copains et jusqu'aux enfants (contrairement à la vaste majorité de la population atterrée devant un agriculteur qui provoque de lui même le manque à gagner!), mais Alexandre n'a qu'un seul but, un bonheur égoïste, et j'en ai peur, parfaitement compréhensible. Là où la fable d'Yves Robert est un rien militante, c'est sans doute dans l'hypothèse de tout arrêter...

Mais ce qui compte dans ce film merveilleusement cotonneux et confortable, loin des furies des émeutes Américaines ou des futures barricades Parisiennes, loin enfin des utopies du Larzac, car je le répète Alexandre ne vit que pour lui seul, c'est que c'est une comédie, une de ces oeuvres au ton particulièrement recherché, qui ont fait tout le prix d'un cinéaste comme Yves Robert. Ici il fait la synthèse du meilleur de sa filmographie: vous y entendrez Paul Le Person traiter Philippe Noiret de "Couille molle" comme les enfants de la Guerre des boutons, et on y retrouvera un peu de l'esprit de Ni vu ni connu. Et avec l'apport de la couleur, qui embellit l'Eure-et-Loir, on a un atout considérable, pour un film qui donne envie d'y vivre! La comédie est rigoureuse, tout en reposant sur un montage et un rythme sûrs; c'est une grande réussite, et un classique à sa façon...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 08:46

Hong Kong, 1962; deux couples viennent s'installer dans la même maison, dans deux appartements voisins. Les uns et les autres sont souvent réunis, et M. Chow (Tony Leung Chiu-Wai) et Mme Chan (Maggie Cheung) sympathisent, en bon voisinage. Mais le rédacteur en chef et la secrétaire s'aperçoivent au bout de quelques temps que leurs conjoints respectifs (qu'on ne verra jamais, sinon en silhouette) les trompent l'un avec l'autre. Devant ce constat, il prennent la décision de tenter de comprendre comment et pourquoi c'est arrivé, jusque dans les moindres répliques ou gestes possibles...

...Mais le film est difficile à résumer, pour des raisons que je développerai plus bas. C'est une oeuvre hors-normes, à bien des points de vue: le film naît assez clairement d'un besoin, pour le Hong-Kongais d'adoption Wong Kar-Wai, de partager son émotion face à la disparition du monde de son enfance; originaire de Shanghai (comme les protagonistes du film, tous "réfugiés" chez Mme Suen pour les Chan ou M. Koo pour les Chow, qui parlent le dialecte de Shanghai quand ils sont entre eux, et qui vivent entre eux), le futur cinéaste a vécu précisément dans une pension de famille du genre de celles fréquentées par les deux principaux protagonistes. Ce qui l'a poussé à chercher l'endroit rêvé, croire le trouver à Hong Kong, tourner un film, puis aller à Bangkok pour tourner un autre film et y trouver un quartier tellement plus proche de ses souvenirs de Hong Kong, qu'il a pris la décision la plus radicale: recommencer et retourner le film de A jusqu'à Z. De son passage à Hong Kong, sans doute reste-t-il des plans... Mais on ne verra aucune différence à l'écran, et le cinéaste a privilégié une mise en scène et une composition rigoureuses et serrées. Pas de caméra en liberté dans des villes de l'an 2000 qui doivent faire semblant d'être Hong Kong dans les années 1960... Donc la priorité va aux plans fixes, et la précision de la mise en scène s'articule autour des acteurs, le plus souvent captés en intérieur, ou dans des ruelles sombres. ...Gorgées de pluie, cela va sans dire: les intempéries sont omniprésentes et vont jouer un rôle crucial dans la vie de M. Chow et Mme Chan... Et Wong Kar-Wai se joue des contraintes (tourner dans de petites pièces exigues, par exemple) en utilisant toutes les ressources à sa disposition, surtout cet admirable ami du metteur en scène, le miroir, et cette autre roue de secours fondamentale, l'escalier.

On suit donc la vie de deux personnes, saisis dans leur travail, et leur intimité, mais une intimité au vu de tous: M. Chow et Mme Chan vivent en effet, le plus souvent seuls car leurs conjoints voyagent (ensemble, bien entendu), dans de minuscules chambres; ils sont d'ailleurs tentés, une fois l'étonnante situation découverte, de se faire aussi discrets que possibles lorsqu'ils se retrouvent pour échanger sur l'aventure des deux autres. Ils ne sont pas amants, mais se comportent comme si... Puis ils deviennent, de plus en plus, intimes dans leur malheur. C'est une question de dosage, mais la grande interrogation du public est en réalité de savoir, devant leurs tentatives de "reconstituer" comme un crime, la stratégie de tromperie de leurs conjoints, jusqu'où elle a été, et quand elle a a changé. Et aussi, en quoi s'est-elle changée exactement? Un moment, Mme Chan rejoint M. Chow dans une chambre d'hôtel, et elle hésite... Mais finalement elle va s'y rendre, et... on l'en verra sortir, calme et résolue: le dialogue entre eux est très raisonnable: "je viendrai vous voir demain, je vous apporterai à manger", ou encore "j'espère que vous allez bien". Mais avant de partir elle lâche un énigmatique "J'espère que nous ne serons pas comme eux"...

M.Chow, rédacteur en chef d'un journal, a envie d'autre chose; ce désir de changer de vie se manifeste dans sa passion pour la fiction populaire. Il ambitionne d'écrire des romans d'arts martiaux et en parle assez rapidement (avant qu'ils ne s'ouvrent de leur "problème commun") à Mme Chan... Celle-ci l'encourage, et ils vont commencer à écrire ensemble, s'inspirant de leur environnement. Lui écrit, elle lui souffle les idées et s'intéresse à la progression de l'écriture... Mais ce qui aurait pu n'être qu'une anecdote charmante, ou couleur locale du film, joue un triple rôle structurel: d'une part cette sous-intrigue apparaît comme un substitut bien pratique de rapprochement pour deux personnes qui n'ont sans doute pas attendu d'avoir le même souci conjugal pour être attirés l'un par l'autre. Ensuite, elle met en valeur la complicité entre eux, dans une situation présentable, car on le voit dans le film, les convenances sont d'une importance capitale. Enfin elle souligne l'importance de la fiction dans leurs deux vies, marquées l'une et l'autre par des scripts: l'un supervise les articles de son journal; l'autre gère l'emploi du temps de son patron, qui lui confie aussi la gestion de sa propre aventure. Ainsi Mme Chan doit-elle fournir les cadeaux (que lui rapporte son mari) de M. Ho aussi bien pour son épouse légitime que pour sa maîtresse... Elle doit parfois aussi véhiculer ou inventer des excuses. Et ce talent pour l'affabulation, va permettre aux deux personnes de partager leur imagination des détails de l'adultère de Mme Chow et M. Chan, dans une scène d'abord énigmatique. 

Mais cette importance de la fiction joue un autre rôle aussi, celui de brouiller les pistes d'une aventure qui ne dit jamais clairement son nom. Car à travers leur recréation de l'adultère des autres, le rapprochement entre Mme Chan et M. Chow est inévitable. La chambre d'hôtel louée par M. Chow est-elle juste un endroit où ils vont pouvoir écrire ensemble (on les voit le faire dans une scène), ou un endroit où ils vont pouvoir imaginer l'adultère? L'imaginer en le détaillant avec des mots ou en le recréant avec des gestes? L'imaginer, ou le vivre? Et si tout ceci n'était qu'un prétexte?

Le film met en exergue avec insistance, l'idée que ce monde sous nos yeux, est un monde disparu, que cette intrigue n'a laissé aucune trace, et que c'est en quelque sorte la marche du monde qui veut ça. C'est pour cela qu'il ressort de In the mood for love l'impression forte d'un kaléidoscope de scènes et de sensations, de possibilités enfin, liées à l'omniprésence dans le film des détails. Parfois un rapprochement entre M. Chow et Mme Chan sera vu par une caméra cachée sous un lit, qui cadre des chaussons abandonnés; parfois c'est un téléphone, qui sonne dans le vide, qui va tout à coup se trouver pris d'un sens plus fort que tout. Et la répétition de motifs est aussi d'une grande importance dans le film. L'un d'entre eux est sans doute le plus célèbre: la première fois, au bout de quelques minutes seulement, on voit Mme Chan évoluer au ralenti, une boîte entre les mains. Elle quitte sa chambre pour aller chercher des nouilles au marché en bas de la maison, et doit donc descendre un escalier. La deuxième fois, Mme Chan descend de nouveau, et en descendant l'escalier croise M. Chow. La troisième fois, celui-ci sera déjà là, l'attendant sans doute: une voisine fera remarquer à quelqu'un que Mme Chan s'habille avec beaucoup de goût pour descendre acheter des nouilles... Cette répétition d'une scène, et ses variations, la musique qui elle reste immuable, tout cela joue un rôle important dans l'énoncé du film. Car cette science du détail, la robe qui emplit l'écran, les bas, les chaussures, le boîte bleue... tous ces éléments visuels se gravent dans la mémoire des spectateurs, et enfoncent le clou: ce n'est pas tant d'histoires qu'on se rappelle, celles-ci finissent par devenir une fiction: c'est d'impressions... odeurs, sons, mais aussi et surtout détails: un vêtement, un lieu, une couleur, une sensation liée à la nourriture (on mange beaucoup dans le film, et on y parle souvent de ce qu'on mange)... L'ensemble du film est ainsi rythmé par les détails.

...Et par la musique: là aussi, la répétition joue un rôle dans l'implantation du souvenir. La musique choisie pour la séquence, qui ne sera pas entendue en entier, est Yumeji's theme, composée par le Japonais Shigeru Umebayashi pour un film de Seijun Suzuki, une valse d'une grande tristesse propulsée par des cordes en pizzicato, et dont la mélodie au violoncelle sera entendue un grand nombre de fois dans le film. Deux chansons de Nat King Cole aussi, aux atmosphères contrastées, chantées en espagnol, et qui fleurent bon les années 60: l'une d'entre elle, Quizas, quizas, quizas, écrite par Osvaldo Farres, répond d'ailleurs semble-t-il à la question: cela a-t-il eu lieu? Peut-être, peut-être, peut-être.

Tous ces scénarios additionnés nous amènent à une conclusion inévitable: si c'est difficile de résumer In the mood for love, c'est parce que, comme le dit le générique, avant et après, c'est une histoire qui n'a eu aucun témoin, pas même nous, et qu'il semble qu'il y en ait plusieurs versions. On le voit d'ailleurs, comme Wong Kar-Wai décidant de reprendre le tournage de son film à zéro, Maggie Cheung et Tony Leung tentent ensemble d'imaginer une séduction du mari et de l'épouse, et s'y reprennent à plusieurs fois. Des fois, on se dit qu'ils ont su rester à l'écart de la tentation, des fois il est inévitable que non. Des fois on se dit que leur rapprochement est un accident, des fois on pense que ça pourrait bien avoir été l'idée depuis le début... Et une fois, on les voit se dire adieu trois fois de suite: Mme Chan fond en larmes, et M. Chow lui dit: ce n'est pas grave, on répétait la scène... 

A la fin, on ne sait sans doute pas totalement ce qu'on a vu, mais on sait qu'on a vu quelque chose: car des éléments objectifs surnagent: M. Chow est parti (seul) pour Singapour, où il travaille, Mme Chan a quitté la pension elle aussi. Elle l'a finalement rachetée... Et elle y vit seule avec son fils unique. M. Chow le sait parce qu'il est revenu un jour, et qu'il est passé devant sa porte: elle a choisi la chambre des Chow pour y vivre. Enfin, M. Chow, à Angkor en 1966 pour y effectuer un reportage sur la visite de De Gaulle au Cambodge, a été au plus profond d'un temple, et y a déposé un secret, à l'abri des regards. Puis, après, plus rien.

 

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Published by François Massarelli - dans Wong Kar-Wai Criterion
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 19:00

Le film Eros (2004) était annoncé comme un événement: la rencontre au sommet de quatre cinéastes, trois (relativement) jeunes loups d'un côté (Steven Soderbergh, Wong Kar-Wai et Pedro Almodovar), et un "maître" de l'autre (Michelangelo Antonioni); le résultat a déçu, d'une part parce que le segment d'Antonioni est un désastre digne des pires téléfilms érotiques des années 90, et d'autre part parce que le film de Soderbergh, assez abscons, a été peu apprécié. Quant à Almodovar, il a été pris par son propre emploi du temps, échappant au naufrage...

Reste ce segment: aux Etats-Unis et dans le reste du monde, c'était le premier chapitre du film, alors qu'en France il a été monté en premier. Wong Kar-Wai est encore auréolé du succès sans précédent de son film In the mood for love, qui a surpris et ravi le monde entier avec son mélange étonnant d'esthétisme et de sentiments nostalgiques. Il en retrouve ici certains ingrédients, pour une histoire certes érotique (c'est le thème de la compilation) mais rarement démonstrative.

Lors de leur première rencontre, un jeune tailleur venu pour porter une robe à une prostituée, est attiré par elle: il vient d'entendre les voix de la jeune femme et de son client pendant son attente, et il est à la fois effarouché et sérieusement émoustillé. Elle l'humilie en lui faisant son affaire avec la main... C'est la première fois qu'il se voient, mais pas la dernière: année après année, le tailleur va s'occuper de sa garde-robe, sans jamais rééditer l'expérience. Au fil du temps, le rapport de classe entre l'inatteignable femme et le jeune apprenti, s'inverse, et il devient de plus en plus clair que pour la femme, l'âge, mais aussi la maladie, sont là. Pourtant le tailleur espère...

C'est un film terrible, moins basé sur les occasions manquées que son illustre prédécesseur (encore, que, "manquées"... ça se discute), que l'inéluctable marche du temps et son effet sur les souvenirs. Le film est court, mais dense, et basé quasi intégralement sur une série de rencontres dans une chronologie disjointe mais claire. le cinéaste filme au plus près des corps, sans jamais s'autoriser à devenir graphique. Tout acte sexuel (sauf un, la caresse inaugurale) est entendu plus que vu, ce qui confirme le caractère sacré qu'a pris cette expérience pour le principal protagoniste. Filmés au plus près de leurs visages, Gong Li et Chang Chen interprètent intégralement leur personnage sur l'étendue de ces années...

Et Wong Kar-Wai enfonce le clou: l'amour passe, mais c'est essentiellement une affaire de souvenirs, de sensations emmagasinées et de perceptions. Et il a une manière totalement unique de le faire savoir...

 

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Published by François Massarelli - dans Wong Kar-Wai
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 18:39

Fulbert Taupin (Robert Hirsch) a du talent: c'est un artiste tellement doué... qu'il en crève la faim. Il fait le tour des cafés où il essaie de placer ses caricatures. Seulement d'une part il ne parvient pas à intéresser grand monde avec son art, mais en plus il est tellement malhabile socialement que quand il gagne de l'argent, il ne peut s'empêcher de le donner à un type qui fait la manche! son talent comme son inaptitude sociale ont été repérées tout de suite par un escroc, le Baron Bullourde (Alberto Closas), qui fait dans la fausse monnaie en compagnie d'une belle, très belle dame, Lucile (Sylvia Koscina)... Grâce au béguin qu'il a pour cette dernière, Fulbert est prêt à tomber dans les pièges du baron, et est engagé pour "décorer leur maison", et incidemment à fournir une matrice pour des billets plus vrais que les vrais, que le baron fait passer pour des fournitures de théâtre...

J'imagine qu'il y avait plusieurs attraits extérieurs au moment de s'atteler à ce film, pour Yves Robert, car il me paraît bien peu personnel... Pour commencer, il lui permet pour la première fois, si on excepte les scènes finales des Copains qui voyaient les sept amis colorer la Seine de rose, c'est la première fois qu'il s'y risque. Il est vrai que le film, situé autour d'un artiste, et en Espagne ensoleillée, s'y prête assez bien, mais le metteur en scène n'a pas poussé trop loin l'extravagance colorée pour autant. Maintenant si Robert Hirsch est plus qu'intéressant dans un rôle décalé et assez proche des goûts de Robert pour la comédie classique (il lui fait même emprunter un gag à Tati, lors d'une séquence située dans les premières minutes), je ne suis pas sûr qu'il s'agisse du bon acteur. Et pour aller plus loin, dans cette histoire souvent délirante, et qui part dans tous les sens, on peine à avoir très envie de le suivre, le paradoxe étant que le héros fait tous les efforts possibles et imaginables pour être exclu de sa propre intrigue...

Si certaines idées fonctionnent dans un premier temps (on doit faire évader le héros car on a besoin de son grand talent, mais lui ne souhaite pas désobéir à ses gardiens, ou encore le périple de Fulbert, en macchabée récalcitrant dans un corbillard), elle tendent à donner des séquences qui traînent en longueur. Pire, une séquence à la Tex Avery (un couloir d'hôtel avec des chambres des deux côtés, dans lesquels s'engouffrent sans arrêt ou en déboulent, les héros de l'histoire) est tellement longue qu'elle en devient pénible... Mais le film trait assez souvent son statut, aussi, de co-production franco-italo-espagnole, avec ces à-côtés inévitables (certains acteurs doublés, la nécessité de satisfaire tout le monde)... Reste un insupportable dragueur collant à l'extrême, interprété par Jean-Pierre Marielle avec sa merveilleuse voix de basse, et Jean Yanne en truand-chauffeur extrêmement Parisien qui donnerait vie à n'importe quelle réplique par son accent de Paname...

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 13:35

Monsieur et Madame divorcent, car Madame a fauté... C'est donc Monsieur qui obtient la garde de l'enfant. Celui-ci ne tarde pas à se languir, d'autant que son papa, un monsieur important, a du travail, et des affaires qui l'attendent. Avec la complicité de sa belle-mère, la maman réussit à voir son fils, et l'enlève... Le père n'a d'autres ressources que de faire appel aux gendarmes.

C'est un petit film, à peine une bobine, qui a bien du faire pleurer dans les salles, le bon public réuni... Devant une situation où le bon droit tel que la très conservatrice Gaumont et le très traditionnel Feuillade le concevaient, triomphera in extremis: donc le divorce, c'est mal, et il faut un papa et une maman, ce qui nous rappelle les idées nauséabondes d'une frange peu ragoûtante de notre actuel fascisme à la française, mais je m'arrête là sur ce terrain.

Car ce qui compte ici ce ne sont pas les idées, mais bien la faculté du cinéma à se glisser dans le quotidien, et tout en préservant une certaine licence poétique de mélodrame (quelques grands gestes et quelques pleurs pur la grande Renée Carl), Feuillade semble ici rôder le style "réaliste" ou à peu près, qu'il utilisera pour sa célèbre série de films "La vie telle qu'elle est" entre 1911 et 1913.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 13:28

C'est donc en 1938 qu'à l'occasion d'une petite fête organisée pour l'anniversaire de Stan Laurel, le monteur du studio (et donc de tous les films du duo le plus célèbre de l'histoire du cinéma qui fait rire) a offert à l'homme du jour une bobine contenant ce petit film, un montage de chutes, qui a du faire bien rire les participants. Aucune des images qu'il contient n'a jamais et montée dans la version définitive d'un film, d'où un certain nombre de différences.

Parfois on a la surprise de toucher au mythe, ainsi voit-on ici un extrait d'un gag inédit de Sons of the desert ou des bribes d'apparition de Tiny Sanford en shériff dans Way out west, alors qu'il a été supprimé du montage final et remplacé; parfois on entendra clairement des gros mots... Et au milieu de ce fatras sans queue ni tête, on verra même la nudité fugace d'une actrice non identifiée, autant le dire tout de suite, le film avait vocation à rester privé!

...Mais plus maintenant. ...Quant à être bon ça c'est une autre histoire. Sérieux s'abstenir.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Laurel & Hardy
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 09:03

La direction du New York Evening Star est en émoi: ils viennent juste de laisser sortir de presse un nouveau numéro avec une fausse nouvelle, un article rédigé par un journaliste qui a oublié de vérifier si les ragots qu'il publiait étaient fondés... Ils ne l'étaient pas, et la victime, la jeune femme de la très bonne société Constance Allenbury (Myrna Loy) a décidé de faire un procès pour l'exemple à hauteur de sept millions de dollars. La mission de Warren Haggerty (Spencer Tracy), le rédacteur en chef, est de trouver un moyen de sauver le journal, sachant que toute négociation directe avec la jeune femme et surtout avec son père (Walter Connolly) est impossible, ce dernier ayant été trop souvent la cible gratuite de leur publication...

La solution viendra finalement d'une idée simple, mais ô combien tordue moralement: mettre dans les jambes de la jeune femme un homme marié afin d'avoir un vrai scandale qui accréditerait les ragots sur elle. C'est à un journaliste sans trop de scrupules, et au compte en banque sérieusement dans le besoin, qu'on fait appel, William Chandler (William Powell); et pour lui confier une épouse, il doit se marier instantanément avec la propre fiancée de Haggerty, Gladys (Jean Harlow)...

Forcément, William Powell et Myrna Loy... Ils sont destinés à finir ensemble, et c'est que le public attend: le film évite une erreur que feront la Warner et Michael Curtiz lorsque Errol Flynn et Olivia de Havilland ne finiront pas en couple! Mais pour parvenir à leurs fins, que de tractations, de situations compliquées et savoureuses... C'est un modèle de comédie, digne représentant de la "screwball comedy" des années trente, mis en scène avec un solide savoir-faire par le vétéran Jack Conway. Bien sûr que le studio a énormément misé sur l'impressionnant casting, mais qui les en blâmera?

La dynamique repose sur quatre duos principalement: Spencer Tracy dans une rivalité agressive avec William Powell, Tracy et Jean Harlow qui sont tous les deux formidables en combinards aguerris (et Jean Harlow, enfin, es excellente, ce qui n'a pas souvent été le cas auparavant!), Powell et Harlow en vrai-faux jeunes mariés apportent une formidable dynamique à l'ensemble, et enfin, le couple romantique Powell-Loy bénéficie du timing impeccable des deux comédiens, et bien sûr du subtil talent comique de l'actrice. Si on ajoute la façon adroite dont tout ce beau monde réussit à jongler avec le scabreux, l'excellence de Walter Connolly, et le talent de William Powell pour la comédie physique, lui qui assume la charge d'un combat homérique contre une truite récalcitrante, on n'aura plus à avouer qu'on est comblé:

On est comblé.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie William Powell
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 08:48

Un hôtel (le Keystone, manifestement) organise dans une petite ville un concours de mode qui doit dépareiller plusieurs candidates, et décider qui est la plus élégante: on a fait appel pour en juger à un grand connaisseur de la beauté, le comte Drewa Blanc (Ben Turpin). Parmi les candidates figurent Marie Prevost et Vivien Oakland, et la pègre locale entend bien que 'leur' candidate gagne... Le maire (Chester Conklin), le détective de l'hôtel (Hank Mann), le chef de la police (Ford Sterling) font tout ce qu'ils peuvent pour éviter que ça ne vire à la catastrophe. Mais compte tenu du casting, ça va être un désastre...

Le film tourne entièrement autour du concept de faire tourner ces vieilles gloires de la comédie, qui ont tous tourné soit pour Mack Sennett de la compagnie Keystone, soit pour Hal Roach, soit pour les deux (et la liste ne s'arrête pas à ceux qui sont déjà cités), un "à la manière de"... Facile à dire, sans doute, mais malgré tous les efforts, c'est plus difficile à faire: la preuve est en images: il ne suffit pas de convoquer Ben Turpin et de lui faire dire des jeux de mots qui tous sont en rapport avec le regard (rappel pour ceux qui ne le connaissent pas, Turpin est un acteur célèbre pour son strabisme hors-concours), pour que ce soit drôle. Il ne suffit pas de multiplier les situations scabreuses et les coups de pied aux fesses... Enfin, certes une bataille de tartes à la crème ça peut être drôle. Mais ça se construit.

Pour finir le film, on aura toujours la ressource de faire intervenir les Keystone Cops. Mais avec des transparences? Ca gâche tout... Bon, on va quand même attribuer quelques points pur l'effort, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 16:23

Voici le dernier film muet d'un metteur en scène (et producteur) qui avait, enfin, tout compris... Asphalt est un accomplissement sans égal dans le cinéma Allemand. Qu'il vienne d'un pionnier aussi aguerri que May, à une époque où les jeunes loups (Dieterle, Pabst et son ancien poulain Lang en tête) régnaient sur la cinématographie Allemande est assez ironique. Le film aussi, jusqu'à un certain point.

L'intrigue s'installe doucement, en prenant son temps, dans un Berlin d'abord capté par des caméras en liberté dans la ville, puis subtilement reconstitué en studio: Albert (Gustav Fröhlich) est un agent de police exemplaire, et Else (Betty Amann) une voleuse talentueuse, qui se sert de sa beauté fatale pour détourner l'attention des bijoutiers qu'elle dérobe. Quand la seconde se fait attraper sur le fait, c'est au premier qu'on fait appel. Else, en pleurs, lui fait pitié, et il accepte de l'accompagner chez elle pour qu'elle aille y chercher ses papiers. C'est évidemment un prétexte pour temporise et le séduire, ce qui ne manque pas d'arriver...

Le lendemain, d'un côté le jeune homme a des remords de ne pas avoir fait son devoir. La jeune femme, elle fait face à un sentiment inattendu: elle est amoureuse... Lorsque Albert revient avec la ferme intention de reprendre ses esprits, ils sont tous deux confrontés à la réalité: ils sont mordus. C'est le moment que choisit un amant de la jeune femme, un voleur international (Hans Adalbert Von Schlettow), pour faire irruption: ça va mal finir!

Je disais plus haut que Joe May a tout compris: car sans jamais se plier aux règles étouffantes du Kammerspiel, Joe May laisse les images de Gunther Rittau (toutes d'un superbe clair-obscur comme seul le cinéma de ces merveilleuses dernières années du muet savait le traiter) raconter son intrigue. Il laisse aussi les acteurs vivre au mieux leur trajectoire et obtient de ses interprètes une impressionnante véracité émotionnelle. Il privilégie aussi les plans rapprochés et les gros plans et adopte un montage rapide, d'une clarté absolue. C'est un modèle de narration qui ne prend jamais son temps, mais ne dévie jamais de son but. Et comme on est en Allemagne, cette sombre histoire qui va se terminer dans un commissariat de police est évidemment l'occasion pour un destin tragique de se jouer de ses personnages...

...Non sans avoir accumulé les scènes de bravoure, souvent vécus à hauteur du point de vue de Betty Amann, dont la beauté particulière et le style ont été inspirés par Louise Brooks, mais inspirera aussi au-delà du film, d'autres actrices: qu'on pense à Dita Parlo, par exemple. La scène de l'arrestation, avec Gustav Fröhlich presque méconnaissable (sans le maquillage, difficile de retrouver le visage poupin du Freder dans Metropolis), est un modèle de suspense dévoyé: on sait que la voleuse est coupable, on a peut quand même que ses accusateurs en découvrent la preuve, dont nous savons nous, où elle se trouve... Et si la scène de la confrontation finale est du grand art, il y a aussi une scène de séduction dans laquelle la caméra se place au plus près des corps, et sans aucun accomplissement douteux, sans jamais outrepasser les limites du bon goût, Joe May nous livre une scène de séduction à forte teneur érotique, grâce au jeu tout en précision de Betty Amann, dans le rôle d'une femme qui prend le pouvoir sans se rendre compte qu'elle va tomber amoureuse...

Bref: c'est un chef d'oeuvre!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Joe May 1929 **