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Une femme (Frances McDormand) est en colère: sa fille est décédée dans des circonstances tragiques, sept mois auparavant, torturée, violée puis immolée... Le crime a eu lieu en plein air, et pas loin de sa maison. Mais aucun suspect n'a été arrêté, et l'enquête, confiée à la toute petite brigade d'Ebbing, le petit village à côté, est au point mort. C'est dans cette ambiance de désespoir quant à la justice due à sa fille que Mildred, qui élevait seule ses deux grands enfants, décide de faire quelque chose: elle va louer les trois panneaux publicitaires désaffectés à deux pas de sa maison, sur le pré où sa fille a subi son calvaire, pour exprimer une année durant ses interrogations et son dégoût par rapport au crime... En grandes lettres, visibles et lisibles par tous, trois messages rappellent le cruel destin d'Angela, puis interrogent nommément le chef de la police locale, William Willoughby (Woody Harrelson). Personne ne mesure encore l'agitation qui va s'emparer de la petite communauté...
C'est la plume trempée dans le vitriol que Martin McDonagh a écrit son scénario, ainsi que ses dialogues: j'ajoute cette précision, parce que les scénaristes-dialoguistes qui font attention à la moindre virgule sont devenus rares dans le cinéma du monde entier. Je veux parler de ces auteurs à la Billy Wilder, qui avec ses partenaires successifs (Charles Brackett, Izzy Diamond...) écrivait un dialogue à ne plus toucher. Car aujourd'hui tous les metteurs en scène ont fini par considérer le dialogue comme étant à définir sur place lors du tournage avec les acteurs. Pas McDonagh, chaque mot, chaque effet est pesé, et pensé en fonction d'un interprète bien précis. Et clairement il les aime, puisqu'il ne les lâche plus... Ici, on retrouve Woody Harrelson, Sam Rockwell, Abbie Cornish...
Mais concernant le vitriol, je pense qu'il n'y aura pas besoin de plus d'explication, quand j'aurai dit que le film dont vous pouvez lire un peu plus haut le synopsis est une comédie. Ou une dramédie, encore un mot à la mode, mais qui cette fois a l'avantage de vouloir dire quelque chose. C'est que chaque scène dramatique est ponctuée d'authentiques rires du public, que chaque gag (et il y en a!) est accompagné d'un rappel du drame, chaque annonce sérieuse assortie d'une anecdote absurde.
Dans le film, tourné en permanence à hauteur d'acteurs, avec une tendance de la mise en scène à s'effacer (une preuve d'efficacité), on est suspendu aux actions de ces personnages formidables: Frances McDormand compose une extraordinaire femme en colère, qui vit comme ses concitoyens, fort modestement, mais qui est consumée de l'intérieur par son drame; et si elle n'a pas la langue dans sa poche, elle n'est pas non plus du genre à rester inactive; Woody Harrelson, accent sudiste 100% authentique en bandoulière, interprète quant à lui un shériff juste, mais qui a été dépassé par les événements inhabituels dans un telle petite ville. Et surtout, il est mourant, atteint d'un cancer inopérable, et tout le monde le sait; de son côté, son adjoint, le turbulent Jason Dixon (Sam Rockwell) est un pur produit de la culture Sudiste, un de ces personnages qu'on aurait appelé White trash en d'autres temps, que sa mère a biberonné avec les idées du KKK dans sa tendre enfance... Personnage important, pourtant et pas que pour sa violence presqu'enfantine (il rejoint Ray de In Bruges, et d'ailleurs il y a un lien avec ce film sous la forme d'une allusion discrète à Don't look now, le film de Nicolas Roeg): lui qui bénéficie d'un spectaculaire plan-séquence, va effectuer un trajet vers une forme intéressante de rédemption. Et puis d'autres, bien d'autres, qui vivent une audacieuse comédie humaine sous nos yeux, où le rire s'étrangle entre les sanglots. Tous ces êtres font face à la noirceur du destin, sans réussir à rompre leur impressionnante solitude: quand on vous dit que c'est drôle...
Cette comédie dramatique de la vengeance, vengeance qui ne s'accomplira pas, d'ailleurs, où on confond Oscar Wilde et Shakespeare, est un authentique chef d'oeuvre. Un film qui, en moins méchant cependant, mérite de rejoindre au panthéon l'inoubliable Fargo des frères Coen.
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