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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 17:26

Une femme (Frances McDormand) est en colère: sa fille est décédée dans des circonstances tragiques, sept mois auparavant, torturée, violée puis immolée... Le crime a eu lieu en plein air, et pas loin de sa maison. Mais aucun suspect n'a été arrêté, et l'enquête, confiée à la toute petite brigade d'Ebbing, le petit village à côté, est au point mort. C'est dans cette ambiance de désespoir quant à la justice due à sa fille que Mildred, qui élevait seule ses deux grands enfants, décide de faire quelque chose: elle va louer les trois panneaux publicitaires désaffectés à deux pas de sa maison, sur le pré où sa fille a subi son calvaire, pour exprimer une année durant ses interrogations et son dégoût par rapport au crime... En grandes lettres, visibles et lisibles par tous, trois messages rappellent le cruel destin d'Angela, puis interrogent nommément le chef de la police locale, William Willoughby (Woody Harrelson). Personne ne mesure encore l'agitation qui va s'emparer de la petite communauté...

C'est la plume trempée dans le vitriol que Martin McDonagh a écrit son scénario, ainsi que ses dialogues: j'ajoute cette précision, parce que les scénaristes-dialoguistes qui font attention à la moindre virgule sont devenus rares dans le cinéma du monde entier. Je veux parler de ces auteurs à la Billy Wilder, qui avec ses partenaires successifs (Charles Brackett, Izzy Diamond...) écrivait un dialogue à ne plus toucher. Car aujourd'hui tous les metteurs en scène ont fini par considérer le dialogue comme étant à définir sur place lors du tournage avec les acteurs. Pas McDonagh, chaque mot, chaque effet est pesé, et pensé en fonction d'un interprète bien précis. Et clairement il les aime, puisqu'il ne les lâche plus... Ici, on retrouve Woody Harrelson, Sam Rockwell, Abbie Cornish... 

Mais concernant le vitriol, je pense qu'il n'y aura pas besoin de plus d'explication, quand j'aurai dit que le film dont vous pouvez lire un peu plus haut le synopsis est une comédie. Ou une dramédie, encore un mot à la mode, mais qui cette fois a l'avantage de vouloir dire quelque chose. C'est que chaque scène dramatique est ponctuée d'authentiques rires du public, que chaque gag (et il y en a!) est accompagné d'un rappel du drame, chaque annonce sérieuse assortie d'une anecdote absurde.

Dans le film, tourné en permanence à hauteur d'acteurs, avec une tendance de la mise en scène à s'effacer (une preuve d'efficacité), on est suspendu aux actions de ces personnages formidables: Frances McDormand compose une extraordinaire femme en colère, qui vit comme ses concitoyens, fort modestement, mais qui est consumée de l'intérieur par son drame; et si elle n'a pas la langue dans sa poche, elle n'est pas non plus du genre à rester inactive; Woody Harrelson, accent sudiste 100% authentique en bandoulière, interprète quant à lui un shériff juste, mais qui a été dépassé par les événements inhabituels dans un telle petite ville. Et surtout, il est mourant, atteint d'un cancer inopérable, et tout le monde le sait; de son côté, son adjoint, le turbulent Jason Dixon (Sam Rockwell) est un pur produit de la culture Sudiste, un de ces personnages qu'on aurait appelé White trash en d'autres temps, que sa mère a biberonné avec les idées du KKK dans sa tendre enfance... Personnage important, pourtant et pas que pour sa violence presqu'enfantine (il rejoint Ray de In Bruges, et d'ailleurs il y a un lien avec ce film sous la forme d'une allusion discrète à Don't look now, le film de Nicolas Roeg): lui qui bénéficie d'un spectaculaire plan-séquence, va effectuer un trajet vers une forme intéressante de rédemption. Et puis d'autres, bien d'autres, qui vivent une audacieuse comédie humaine sous nos yeux, où le rire s'étrangle entre les sanglots. Tous ces êtres font face à la noirceur du destin, sans réussir à rompre leur impressionnante solitude: quand on vous dit que c'est drôle...

Cette comédie dramatique de la vengeance, vengeance qui ne s'accomplira pas, d'ailleurs, où on confond Oscar Wilde et Shakespeare, est un authentique chef d'oeuvre. Un film qui, en moins méchant cependant, mérite de rejoindre au panthéon l'inoubliable Fargo des frères Coen.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin McDonagh Comédie
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 12:14

Marla Grayson (Rosamund Pike) est tuteure légale. C'est son métier, et elle le fait avec efficacité, et on peut même dire qu'elle a un réseau: un juge qui lui fait confiance, des médecins qui intercèdent chaudement en sa faveur, et des dirigeants de maison de retraite qui sont prêts à faire une place à ses "clients" potentiels... Et quand les gens sont pris en charge, sous son contrôle, ils ne reviennent pas, donc Marla a tout le loisir de se saisir de tout ce qu'elle peut prendre chez eux, et sur leurs comptes en banque.

Immoral? Bien sûr! 

Illégal? Pas tant qu'on ne pourra pas le prouver!

Donc les affaires marchent et la dame assume avec satisfaction sa version à elle du rêve Américain, jusqu'à ce qu'elle prenne en charge Jennifer Peterson (Dianne Wiest), une vieille dame sans famille, sans relation, dont un médecin vient de repérer une petite faille dans la santé. Pas grand chose, juste une petite fatigue du cerveau... mais suffisamment pour que Marla s'engouffre dans la brêche avec sa méthode infaillible: avec l'appui d'un médecin, une séance extraordinaire de justice va statuer sur la détresse de la personne, et la spécialiste du tutorat légal va être immédiatement nommée, et le tour est joué. 

Le problème, c'est que Mme Peterson n'est pas à proprement parler sans relations. C'est juste qu'elles sont secrètes, comme il s'agit de la mafia russe, et en particulier d'un redoutable bandit (Peter Dinklage), qui est officiellement mort. Le reste du film est assez simple: entre les mafieux Russes armés jusqu'aux dents et la tuteure légale, qui va manger l'autre?

C'est noir, très noir, et la cible de la comédie est effectivement un système légal assez réaliste, dans lequel l'état et la justice s'en remettent au privé pour gérer les situations de grande détresse liées à l'âge. dans ces conditions, quiconque parvient en effet à choisir ses pupilles parmi les plus solvables a la possibilité d'en faire un pactole, et Marla Grayson (c'est elle, au fait, qui parle de rêve Américain) a trouvé sa voie, tout simplement... C'est en effet profondément immoral, et il est intéressant de voir de quelle façon et avec quelle efficacité Marla Grayson et sa compagne Frances (Elza Gonzalez) vont faire face à des bandits prêts à tout, en particulier Dinklage qui n'a pas son pareil pour inspirer la crainte en se contenant de bouger un sourcil...

Car dans le film, tout est dans le détail, et en particulier pour sa protagoniste principale. Rosamund Pike, comme le disent tous les commentateurs du film, nous rappelle un peu son personnage de Gone girl, mais pas que: car l'héroïne du film de Fincher se révélait à nous de multiples façons, en dévoilant facette après facette, angle d'approche après angle d'approche. Alors que dès qu'on a vu Marla, quelque part on sait: cette tenue impeccable, cette robe droite rouge pétant, cette coiffure raide tellement ordonnée qu'on a l'impression que chaque cheveu obéit aveuglément à sa maîtresse... En toute circonstance, elle est la maîtresse du jeu, sauf quand on touche à Frances... C'est d'ailleurs l'un des points faibles du film, on a du mal à croire que Marla baisse sa garde à ce point! Elle qui, sortant d'une tentative de noyade, se rend à une station service, y achète un sweat-shirt et se change sur place sous l'oeil médusé du gérant, ou qui attend bien patiemment qu'un homme qu'elle a mis hors d'état de nuire se réveille à l'hôpital, en exhibant en gros plan des talons tellement pointus qu'on vérifie l'agencement des coussins pour protéger ses arrières... Bref: mais qu'est-ce qu'ils imaginaient, les Russes?

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 12:05

Les films Metro de Stan Laurel sont de deux catégories: des scripts originaux qui mettent Stan, souvent employé dans un travail bien défini, aux prises avec la vie en général, et les films comme celui-ci ou Mud and Sand, qui parodient les succès du moment... Au moment où sortait When knights were cold, When Knighthood was in flower était encore exploité dans les cinémas, et son gros succès était dans toutes les mémoires...

Il manque la première bobine de ce film, qui exploite en un seul court métrage toutes les possibilités du film médiéval, dans un geste parodique sans honte ni remords. Des années avant de célèbres noix de coco sensées symboliser la motion équestre, Laurel et ses ennemis chevauchent des chevaux de pantomime du début à la fin, et le film est irrémédiablement et glorieusement idiot. A ce niveau, c'est du militantisme...

Sinon un plan rapide nous montre une danseuse anachronique, qui n'est autre que la première madame Laurel, revenue d'une séparation pour veiller aux affaires de son mari... contre le gré de celui-ci. Et ça, ce n'est pas du cinéma...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 11:57

C'est l'un des plus connus parmi les films produits avec Stan Laurel par Anderson et distribués par Metro, car il a été publié de multiples fois, pas toujours en entier. De fait, on comprend pourquoi: en entier, il est assez peu glorieux...

Laurel y incarne un représentant, qui vend des livres sur Napoléon au porte à porte... Dans le cadre de ses activités, il rencontre beaucoup de monde, des gens comme il faut et d'autres un peu moins. Il tombe sur une scène domestique navrante: un propriétaire veut expulser une jeune femme adorable, et qui aurait bien besoin d'un chevalier qui puisse voler à son secours...

Comme elle n'a que Laurel, elle est bien mal partie.

Notons que si le titre nous donne à penser que ce type qui sonne de porte en porte pour vous refiler de la camelote est la "pest" en question (un mot qui désigne ici un parasite), le générique nous informe qu'il s'agit en fait d'une vieille dame gâteuse qui poursuit Stan de sa vindicte, notamment quand il arrive en haut d'un escalier infernal, qui ressemble beaucoup mais n'est pas celui utilisé par Laurel et Hardy dans The music box...

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Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Comédie
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 11:49

On n'est pas trop sûr de la date de confection de ce film distribué par Metro: G. M. Anderson croyait en Stan Laurel probablement plus que Laurel lui-même, et lui laissait carte blanche, et les films qu'ils ont faits ensemble entre 1920 et 1922 (peut-être même plus tôt, la confusion règne) ne plaisaient pas énormément à leur distributeur, qui les a distillés sur plusieurs années...

Laurel est un jardinier, qui travaille dans une propriété adjacente à une belle maison bourgeoise, où un groupe d'escrocs vont essayer de s'imposer: l'un d'entre eux va prendre le prétexte d'une soirée pour se servir dans les poches du maître de maison, où un luxueux collier de perles se niche... Mais Laurel va (totalement involontairement) faire capoter les plans...

C'est plaisant, et on voit bien l'idée de Laurel: monter un univers de mélodrame classique, dans lequel il lâche son personnage d'innocent, pour des gags absurdes. C'est dommage que le film, comme beaucoup de cette série, soit incomplet: il en manque le dénouement. On assiste ici, surtout, à une partie de billard qui dégénère...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 15:37

On appelait ce genre de films les race movies, des oeuvres entièrement interprétées par des acteurs Afro-Américains, pour être projetées devant des public intégralement noirs... La plupart de ces films ont une médiocre réputation, et beaucoup ont été faits sur un budget ridicule, et ça se voit.

Pas avec celui-ci: c'est même une exception en son genre... Le film a bénéficié d'un soin aussi bien dans la direction d'acteurs, les éclairages et le montage, qui en font un pur produit de son temps, soit la fin du muet, au moment où les dernières grandes leçons du cinéma Européen finissaient par intégrer la façon de faire de la plupart des studios. Par contre si The scar of shame est un film soigné dans sa réalisation, il reste un mélodrame assorti d'une solide leçon de morale, répétée par plusieurs personnages-clé...

Dans une pension de famille respectable, deux hommes cohabitent: un est corrompu, l'autre pas. Ils vont graviter autour de la même femme, une enfant élevée par un beau-père violent et alcoolique. L'un va essayer d'en faire une prostituée, l'autre une respectable musicienne... Mais les dés sont pipés, car la jeune femme n'a pas eu la chance de naître dans une famille qui lui aurait donné non seulement l'envie mais aussi les moyens d'assumer ses ambitions de bonne morale...

Divisé en trois actes, le film a un scénario qui aurait pu être celui d'un film Griffith de 1911! On y sent les tendances habituelles de ces films qui projettent (consciemment ou non, il ne m'appartient pas de le savoir) les préjugés de la société à travers ces personnages noirs, donc le plus corrompu de tous les personnages est privé de maquillage blafard, et les stéréotypes culturels abondent, dans une volonté d'édifier parfois gênante. Pourtant, on a ici accès à un tissu social qui était représenté aussi chez Oscar Micheaux, et qui était presque une société parallèle, avec ses propres règles de vie dans un environnement qui leur était systématiquement hostile... Cette réalité est diffuse en l'absence des blancs, qui sont totalement exclus de ces films, mais elle est bien là.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 **
23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 12:59

Un an avant le rapprochement de Laurel et Hardy, ce dernier continue à jouer les utilités, mais il est de plus en plus proche de devenir une vedette à part entière; ici, la star officielle est Glenn Tryon, mais d'une part le casting tient plus de ce qu'on appelait un all-star, avec Hardy et Martha Sleeper pour compléter, et d'autre part le rôle de Tryon a été considérablement raboté dans les copies qui survivent, tirées d'une version d'une bobine effectuée une fois Hardy devenu célèbre...

Tryon a un métier qui ne le remplit pas de satisfactions: il est le responsable de la garderie d'un grand magasin. Et il a horreur des enfants... Quand une cliente décide de se séparer de son fils (!!!!!), elle le lui laisse, car c'est son métier! Il s'en débarrasse, et apprend plus tard que le petit a été adopté par ses voisins (Hardy et Sleeper), qui viennent tout juste de se marier...

On passera sur l'improbabilité phénoménale du film, ce qui compte dans ce qu'il en reste, c'est Hardy: la façon dont il compose un personnage à l'écart de tout ce qu'on lui demandait de jouer à l'époque (c'est-à-dire des gros, et si possible des bien méchants), avec sa délicatesse et sa timidité... il est touchant en père-par-hasard, aussi attentionné que gaffeur. Hardy avait la réputation d'être le plus doux des hommes... Eh bien ça se voit. Quant à Martha Sleeper, elle est comme d'habitude, c'est-à-dire brillante avec un timing parfait...

 

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Comédie Muet
23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 12:50

Dans Wandering papas, on est confronté à une situation particulière: un film avec Hardy mais sans Laurel... Réalisé par Laurel. C'en était fini de sa carrière d'acteur, et il avait demandé à Roach d'intégrer l'équipe des metteurs en scène. Il a à peu près tout fait, y compris un long métrage... Mais s'il était un réalisateur aguerri, ça n'a pas empêché Roach de faire de nouveau appel à lui, en 1927, pour combler un vide, face justement à Oliver Hardy: comme on dit, le reste, c'est de l'histoire!

...Mais pas ce film-ci, un court métrage de deux bobines dans lequel Roach et Laurel expérimentent avec un nouveau comédien, Clyde Cook, qui est tout sauf convaincant. Il est le cuisinier d'un chantier, situé à côté de la baraque d'un ermite, qui veille jalousement sur la vertu de sa fille; par ailleurs, l'un des ouvriers, apparemment affable mais il faut se méfier de l'eau qui dort, est le jovial Hardy... Il faut avoir vu ce dernier opérer un très personnel partage de crêpes! Crêpes qui s'avèrent littéralement explosives!

 

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 09:25

Une rivalité ancestrale entre deux familles dans les collines: c'est un scénario classique, que Keaton réutilisera dans son deuxième long métrage Our hospitality... Larry Semon est l'un des membres d'une des deux familles, qui est par ailleurs amoureux d'une fille de l'autre famille. Mais cet aspect de l'intrigue ne va pas très loin, car comme souvent à cette époque, le comédien jette son intrigue avant le milieu de la deuxième bobine pour se concentrer sur un enchaînement de poursuites...

Elles impliquent d'une part deux ours, souvent doublés par des comédiens (et ça se voit!), et outre Semon lui-même, un autre personnage, qui ressemble à s'y méprendre à un simple passant auquel on a ajouté du temps de présence au fur et à mesure du tournage! C'est Stan Laurel, et bien qu'il soit plus ou moins étranger à l'intrigue, il finit le film à égalité avec le metteur en scène, poursuivi par un ours... C'est le deuxième de trois courts métrages réalisés par Semon avec Laurel.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Larry Semon Muet Comédie
21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 09:31

C'était une suite inévitable, compte tenu de l'imposant succès d'Un éléphant, ça trompe énormément. Mais le bon goût de Dabadie scénariste et de Robert réalisateur a permis que cette redite soit non seulement bien menée mais plus encore: c'est un film assez différent du premier...

Un éléphant, ça trompe énormément est centré sur Etienne (Jean Rochefort) mais cette fois les trois copains (Claude Brasseur, Victor Lanoux et Guy Bedos) sont autant mis en valeur, dans une comédie de moeurs qui va au-delà de la simple évocation du démon de midi... Et malgré ça la chronique ne dégénère pas en une série de vignettes, car les personnages eux-mêmes, mais aussi leurs liens, sont suffisamment forts pour fédérer l'intérêt. Robert (et Danièle Delorme) qui avait eu des scrupules à donner une suite au Grand blond (suite qui lui est clairement inférieure, du reste) n'a eu aucun mal à produire ici une suite non seulement d'intérêt égal, mais aussi un film finalement assez différent...

L'amitié est le prétexte qui pousse les quatre amis à se rendre co-propriétaires d'une petite maison de banlieue, qui s'avèrera inexplicablement bon marché jusqu'au jour où ils découvrent, à la faveur de la reprise des activités d'un aéroport après une longue grève, que leur petit paradis est invivable quand les avions passent au dessus toutes les trente secondes... Bouly (Lanoux) gère tant bien que mal une situation d'amour libre pendant qu'il tente d'accepter son divorce; Simon (Bedos) de débat entre ses amis, ses amours et ses emm... aurait dit Aznavour, ou plutôt son insupportable mère étouffante (Marthe Villalonga); Daniel (Brasseur) se cherche, entre ses conquêtes masculines, et un amour inattendu pour une patronne qui a quinze ans de plus que lui (Lanoux: elle a des heures de vol): et pourtant, comme quand il s'agissait de montrer Daniel assumant son homosexualité dans le film précédent, le traitement de cette anecdote est d'une grande délicatesse; avant la fin du film, il y aura une mémorable engueulade entre les quatre, un mariage qui ne se fera pas, et un décès.

Bref, on n'est pas épargné par ce qui fait la vie, et les aventures d'Etienne continuent à se dérouler autour de ses déboires conjugaux, donnant d'ailleurs naissance à l'aspect le plus critiquable du film, une sorte de parodie récurrente des aventures de l'inspecteur Clouseau de Peter Sellers et Blake Edwards, dont Rochefort adopte l'imper et le feutre... Car Etienne est tout à coup confronté au soupçon sur la vie de Marthe, son épouse (Danièle Delorme)... et en menant son enquête, il va envoyer à cette dernière des signaux qu'elle interprétera de travers. Etienne est également le narrateur du film, avec une tendance à embellir le récit, qui contraste avec l'aspect souvent désastreux de ses initiatives. Mais comme il le dit lui-même, "Vous qui pénétrez dans mon coeur, ne faites pas attention au désordre..."

Mais ce n'est pas cette intrigue boulevardière qui fait le sel du film, loin de là: ici, c'est le tissu d'amitié et de vie tangible de réalité et de petits riens, de voitures estampillées 70s (des R16, cette fois) et de jeans larges, qui tissent un instantané formidable de ce qu'est la vie des gens. Le film est de ceux après lequel courent les auteurs de comédie du quotidien, ou de films qui sombrent plus ou moins dans le drame, que ce soit les Bronzés, ou Les Petits mouchoirs, on ne compte pas les films qui doivent tout à ce diptyque de Dabadie et Robert. Aucun ne les égale, bien sûr. 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert