Des années après la série de courts métrages muets qu'il avait co-réalisés pour la compagnie Educational, Bowers restait un animateur dans l'âme, et finalement assez proche de Ladislas Starewicz: ce film formidable le prouve, y compris dans une version muette, puisque la bande-son a disparu... Au passage, il y a un conflit sur la date, puisque les gens de chez Lobster datent ce film de 1933, et les autres filmographies le placent en 1940... il est vrai que les personnages (et certains gags) seront repris dans le film Wild oysters en 1940.
Donc, le film est en volume avec des marionnettes dessinées par Bowers, qui sont tellement plus séduisantes que les animaux empaillés utilisés par Starewicz... Il raconte un conflit larvé entre un chien et une famille de rongeurs qui vivent dans la même maison. Je n'ai pas la moindre idée de ce que les dialogues peuvent bien raconter, et tant pis: il y a un sens du détail, une vie dans ces marionnettes, qui vaut le voyage... Et comme dans tous ses films, Bowers a un don pour l'utilisation d'objets récupérés qui soulignent leur statut, comme un pied de nez envoyé à tous les professionnels du cinéma qui sont moins rigolos que lui...
Dans l'un de ses premiers courts métrages parlants, Bowers semble recycler du matériel... Invité à la radio pour raconter une histoire incroyable, le bricoleur satisfait pleinement son auditoire avec une histoire à dormir debout... Plusieurs, en fait, qui culminent dans sa rencontre avec un oiseau mangeur de métal, avec lequel il va finir par tenter de s'associer pour lui faire pondre des voitures...
Nulle surprise donc que André Breton, grand manitou intransigeant du surréalisme, ait proféré l'une de ses nombreuses imprécations ridicules au sujet de ce court métrage; mais l'enthousiasme des surréalistes ne peut que se justifier, devant un film certes mal foutu, dont les séquences animées sont un peu gâchées par une bande-son maladroite, mais qui est une pure suite d'association d'idées toutes plus loufoques les unes que les autres.
Avec ce film, le premier dans lequel il a son nom propre de Pepe le pew, le personnage est un peu plus lui-même que dans Odor-able Kitty, mais la formule magique pour le faire apparaître reste la même, a un détail près: si un animal se déguise malencontreusement en putois, ce qui attire immédiatement le dragueur le plus obstiné des deux hémisphères, cette fois ce n'est pas un chat, mais un chihuahua... Un chien tellement nu qu'il a besoin d'un manteau, sans compter qu'il se trouve ridicule. En piquant un manteau à sa patronne, il se confectionne donc... un déguisement de putois!
Et en parlant de putois, si le personnage irrésistiblement irritant parle de nouveau avec un fort accent à la française, et pique des pans entiers de dialogue au film précédent, dont des phrases à la syntaxe massacrée qui sont devenues des étendards ("We shall make such beautiful musics together", "I'm looking somewhere for you", etc), Pepe ne parle pas encore avec la voix de Charles Boyer. Mais ça viendra!
Ce film produit par Pandro S. Berman pour la RKO était un projet très cher au coeur de Cukor, et en dépit de l'implication forte (et souvent constructive) de Berman, il y a contrôlé l'essentiel. C'est un classique, mais il n'en a pas toujours été ainsi, puisque ce fut aussi le plus grand désastre de la carrière de sa star principale, et que le film a failli faire beaucoup de mal non seulement à Kate Hepburn, mais aussi à Cary Grant et à Cukor lui-même, qui a ensuite eu une assez longue période à réaliser des films en exclusivité pour la MGM, sans doute pour expier sa faute!
Henry Scarlett et sa fille Sylvia, deux Anglais bohèmes (Edmund Gwenn et Katharine Hepburn) qui vivent à Marseille doivent rentrer en Angleterre pour vivre, car si la maman de Sylvia récemment décédée les faisait vivre, Henry et ses combines ont plutôt tendance à n'amener que des ennuis. Pour brouiller les pistes (Henry doit de l'argent, et risque la prison), Sylvia se déguise en homme, et sera désormais Sylvester. Sur le bateau, Henry se vante auprès d'un passager cockney un brin envahissant mais amical, Jimmy Monkley (Cary Grant), de passer de la dentelle en douce: il est dénoncé par Monkley, une combine qui lui permet de passer de la marchandise en contrebande sans se faire attraper puisqu'il collabore avec la police. Néanmoins, Henry et "Sylvester" vont quand même faire affaire avec lui, et les trois se lancent dans une série d'escroqueries minables...
Cukor, après tout, sortait d'une adaptation plus que réussie de Dickens, et l'esprit de l'écrivain Anglais ne l'avait pas tout à fait quitté! Il s'est lancé avec passion dans cette étrange comédie, à nulle autre pareille... Le ton est souvent léger, énergique même grâce à l'alchimie entre Cary Grant (dont c'est à mon avis le premier vrai rôle de comédie, et il s'en satisfait très bien!) et Katharine Hepburn. Le décor (les routes de campagne d'une Angleterre de pacotille, principalement, et ses bords de mer filmés sur le Pacifique) est inhabituel, les personnages (ces escrocs à la petite semaine qui s'amusent à devenir de pires comédiens) tout est différent... mais évidemment, ce qui l'emporte aujourd'hui, ce sont les lectures qu'on peut faire de ce qui arrive à Sylvia-Sylvester, de ce costume qui va finalement lui faire prendre conscience de sa féminité, et de la façon dont les hommes qui l'entourent accepteront au final son changement de sexe sans sourciller.
Un petit frisson d'interdit, léger mais tenace, flotte sur ce film, aux changements de ton particulièrement notables: commençant comme un mélodrame à la limite de la parodie (Patrick Brion avance l'hypothèse que le prologue qui parle de la mort de Mrs Scarlett ait été imposé par la production, et Cukor n'était pas content), le film se mue en comédie picaresque, avant de bifurquer, après un passage dramatique, vers un marivaudage salutaire qui n'est pas sans annoncer le genre balbutiant de la screwball comedy...
Camille de Morlhon a la dangereuse réputation d'être un faiseur, à la chaîne, de films vite faits mal faits qui sacrifiaient à tous les pires clichés des genres populaires, mais on ne voit pas ses films à l'exception de quelques projections à la Cinémathèque, qui par l'entremise de l'historienne Renée Lichtig, passionnée et regrettée, a restauré tout un pan de son oeuvre... La Broyeuse de Coeurs est disponible sur un ensemble de DVD peu banals, puisqu'ils sont entièrement consacrés à ces films que Franz Kafka a commentés dans des correspondances privées et autres journaux intimes.
Pierre (Pierre Magnier) et Marthe (Clémence Liceney) s'aiment et vont se marier, mais lors d'une réunion de son cercle, il rencontre la fascinante Ida Bianca (Léontine Massart), chanteuse et artiste. C'est le coup de foudre... Il utilise les prétextes les plus classiques pour ne pas honorer ses rendez-vous avec sa fiancée, et celle-ci le prend en flagrant délit: attablé à un café en compagnie de la chanteuse... Marthe, le coeur brisé, est guettée par la tuberculose, et part se refaire une santé dans les Pyrénées, mais elle croise Pierre et Ida qui sont en panne sur la route de l'Espagne... Et Ida rencontre un autre homme, un toréador: voila que ça la reprend...
On est en plein mélodrame classique, avec un jeu souvent ampoulé... Je ne sais pas si tout ce petit monde prend très au sérieux cette histoire dont on a par ailleurs gommé certains aspects scandaleux, puisque Pierre et Marthe ne sont pas encore mariés. Du coup, l'adultère n'en est pas tout à fait un... Quelques passages surnagent, dont des échanges enflammés de regards entre Magnier et Massart, ou encore le voyage aux Pyrénées, qui permet à Morlhon de photographier de magnifiques paysages... Sinon, il s'inspire directement du cinéma Italien et de ses actrices passionnées, en présentant le numéro de music-hall de la chanteuse, accompagnée de surimpressions de flammes...
La publicité le proclamait: "encore meilleur que There it is"... Ce qu'il va falloir croire sur parole faute de pouvoir juger sur pièces; non que le film n'existe plus, il a été retrouvé en 2008 et restauré, mais c'est uniquement la deuxième bobine qui a pu faire l'objet d'une restitution, et les données qui manquent (environ 10 minutes) nous empêchent d'appréhender l'intrigue de façon claire...
En effet, quand la deuxième bobine commence, Charley Bowers concierge d'un hôtel qu'il a partiellement mécanisé, est en grande conversation avec une huître.
Littéralement.
Le reste de l'intrigue concerne principalement le fait que l'animal en question, ainsi que ses copains (oui, elle sont toutes en colonie, c'est un cas probablement unique dans l'histoire du cinéma) sont effrayés par un individu qui se présente comme un fou homicide (très grand, armé de hachoirs et de très gros couteaux, le doute est assez peu tangible) qu'elles appellent un morse, et dont on ne se débarrasse pas comme ça: il est doté de la même ubiquité que Droopy...
Bon, bien sûr, tout ceci est un rêve, mais quand même... Whoozit, hélas, est le dernier des films muets conservés de Charley Bowers.
Seule la deuxième bobine de ce film de court métrage est parvenue jusqu'à nous, soit la moitié. Cela nous laisse dans l'obligation de deviner l'intrigue, qi sans surprise est hautement farfelue: un client ombrageux se rend dans un restaurant à la ferme dans un but unique: déguster un oeuf d'autruche. Ca tombe bien, puisque Cleo, une autruche, travaille justement dans cette ferme. Tout devrait donc aller tout seul, sauf que... Le garçon de ferme qui est en charge de la nourriture de l'autruche est Charley Bowers. On peut donc lui faire confiance pour faire preuve d'inventivité quand on ne le lui demande surtout pas...
C'est presque un inventaire à la Prévert: une autruche, du ciment, un oeuf trop dur, une naissance d'autruche en costume, etc... Le film reste obscur même si on en possède la fin (qui est salement amochée par les traces de décomposition, par contre), et une fois de plus l'acteur Bowers (mais cette fois plus encore que d'habitude) disparaît derrière ses animations...
Charley Bowers sort un peu plus de sa routine, mais cette fois ça donne une merveille: d'autant que le film nous est parvenu dans une copie Anglo-saxonne, donc dotée d'intertitres authentiques. Et le film est dominé par l'humour graphique de Bowers...
Dans la maison des Frisbie, un esprit frappeur frappe: un petit monsieur, chauve et très moustachu, qui cache un regard énigmatique derrière de très grosses lunettes, effraie tout le monde; alors on décide de faire appel à... Scotland Yard! Car les Ecossais sont sans doute les seuls à pouvoir prendre une maison hantée au sérieux... Donc, à Scotland Yard, qui est effectivement un Yard situé en pleine Ecosse, et rempli de détectives en kilt, on prend effectivement la chose au sérieux, et en mains, et on envoie Charley, un détective en kilt accompagné d'une puce savante elle aussi en kilt, et le reste est indescriptible...
Certes, on a droit au gag inévitable autour de l'avarice du détective, mais ce qui compte, c'est cette maison dans laquelle un pépé fou furieux se promène en trottinette, et qui effraie tout le monde sans parler de sa manie d'enlever les gens et de les passer par de mystérieuses trappes. Dans ce sommet de n'importe quoi, on apprend finalement que tout le monde est fou, et on en vient à douter de la santé de notre détective,
Nous y voilà: je peux faire court, la preuve: cette Attaque des clones toute en politique et en traîtrises est le point le plus bas, le film le plus mauvais de toute la saga Star Wars, et à mon sens celui qui prouve à la foi l'inutilité de toute cette deuxième trilogie en même temps que l'erreur de George Lucas d'avoir voulu reprendre le contrôle intégral sur la paternité de l'histoire en se remettant à contrecoeur à la réalisation.
Mais je vais quand même développer un peu: d'autant qu'on peut quand même expliquer un peu par des facteurs extérieurs la malédiction qui pèse sur ce deuxième épisode. Bien sûr que The empire strikes back est le meilleur moment de toute cette histoire, et c'était un deuxième épisode. Mais il semble que quoi qu'il advienne l'histoire ne puisse se répéter: The last Jedi, de Rian Johnson, a ses qualités (lui, au moins...), mais c'est bien moins excitant que The force awakens. Le premier de ces deuxièmes épisodes (vous suivez toujours?) avait pour avantage d'être le film par lequel naissait véritablement la trilogie initiale de Star Wars; après un premier film qui avait rempli sa mission et les tiroirs-caisses d'un certain nombre de personnes, la décision d'étendre la saga avait été prise par Lucas, et non comme il le prétend aujourd'hui avant. L'enthousiasme, les moyens, et la créativité d'un monde à inventer ont fait le reste...
Alors que ce deuxième deuxième épisode se contente mollement de mettre ses pas dans ce qu'on sait déjà, en faisant semblant de mettre un peu de mystère: hum, qui est ce mystérieux Sidious? hum, pourquoi le chancelier Palpatine s'intéresse-t-il à Anakin Skywalker? hum, ce dernier aurait-il des pulsions meurtrières? ...Et l'enquête menée par Obi-Wan Kenobi ne présente aucun intérêt, sans parler de l'ennui que ses recherches occasionnent: d'une part parce que je suis désolé mais je trouve Ewan McGregor épouvantable dans le rôle, mais aussi les dialogues brillent par leur nullité ("viens, R2, nous allons prendre une collation bien méritée") comme d'ailleurs sur tout le film ("Oh, regardez là-bas!" "Ca alors, mais c'est le comte Dooku!"). Encore une fois, c'est vrai que parcourir Star Wars (les vrais films, soit les trois premiers et je ne parle pas de ces épisodes 1, 45, 59 à la noix mais des films de 1978, 1980 et 1982) donne envie d'en savoir un peu plus sur les personnages, mais justement, c'est à ça que sert ce merveilleux outil qu'est l'imagination... Découvrir un Yoda virevoltant qui joue du sabre laser comme d'autres du bâton de majorette, qui plus est en images de synthèse, ça n'était pas dans ma bucket list. Au passage, il me semblait que dans le monde de George Lucas, les manieurs de sabre frimeurs avaient toujours à craindre le côté laconique et expéditif des vrais héros, qu'ils aient ou non un fouet.
L'imagination, parlons-en: il en faut beaucoup pour accepter que Anakin Skywalker soit ce gamin de douze ans, grandi un peu vite, capricieux, bête, colérique et sans aucun relief. Un personnage, ça se travaille, et Lucas qui en a créé de nombreux dans sa longue carrière, le sait bien. mais ici, tout se passe comme s'il avait juste décidé que cet acteur inadéquat au possible serait Darth Vader, et qu'on n'avait qu'à l'accepter parce que c'est lui le chef de Star Wars. Et les moments ridicules de s'enchaîner, l'un des points culminants de cette gêne occasionnée par le film reste quand même ce moment où Padmé (Natalie Portman) dit à Anakin qu'elle l'aime. Lui n'y croit pas... Eh bien moi non plus.
Bon, Padmé, souvent gâchée par les effets spéciaux dus à l'obsession du metteur en scène d'un univers tout numérique, est au moins un point positif, un personnage complexe et intéressant, mais qui pâlit en raison de son emploi tous azimuts (Reine, puis Sénatrice, jeune femme, mais elle a vécu, elle est une politicienne, mais hop elle soubresaute pour échapper à la mort dans une usine mécanisée où elle est prise au piège), et comme le reste, on finit par ne plus y croire non plus. Pas plus qu'on ne saura apprécier ces Jedi qui se battent comme on mesure sa quéquette, en jugeant leurs opposants par un examen approfondi de 12 secondes de maniement du sabre laser. Où une saga qui avait une vraie classe rejoint définitivement les jeux vidéo qu'elle a engendrée dans la médiocrité et la bêtise crasse.
Pas de grande invention délirante dans ce film, qui utilise l'animation dans le but de faire avancer l'histoire: Bowers courtise une jeune femme dont le père refuse catégoriquement qu'elle se marie à une personne qui ne serait pas un policier... Il sait donc ce qui lui reste à faire: s'engager. Mis ce ne sera pas de tout repos, puisqu'il est trop petit (la solution va être un grand moment de torture canine que je vous laisse découvrir), et qu'il est assez franchement inapte, ce qu'il prouve avec une série de gaffes particulièrement graves.
Et justement, ces gaffes: on aime, chez les personnages développés par nos acteurs de comédie, qu'ils soient décalés, rêveurs, naïfs même. Mais bêtes? Pas vraiment... Et ici Bowers, à court d'inspiration peut-être (sans parler d'n costume dans les premières scènes qui ressemble dangereusement à celui de Langdon) s'est quand même laissé aller.