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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 16:46

Ceci est le sixième et dernier de ceux réalisés par Neilan pour le compte de Mary Pickford, et il est aussi la première production personnelle de l'actrice, distribué comme les deux suivants par First National avant que Pickford ne fasse distribuer ses longs métrages par United Artists. Il est évident que le film est conçu dès le départ comme une oeuvre très importante, et aussi bien la star que le metteur en scène vont s'y déchaîner...

Jerusha "Judy" Abbott ne s'appelle ainsi que parce qu'il fallait bien lui trouver un nom. Elle est une enfant trouvée, placée dans l'orphelinat de John Grier, un bienfaiteur qui comme tous les bienfaiteurs, se lave un peu les mains des conditions dans lesquelles les enfants dont il finance l'éducation, sont pris en charge: l'orphelinat est un enfer, où la fantaisie et l'inventivité de la petite Judy (Mary Pickford) entrent en conflit avec l'autorité discutable des gérants du lieu... Mais quand elle approche des dix-huit ans, une des âmes charitables qui ont investi dans l'asile réussit à décider un mécène de financer des études pour elle, car elle la trouve brillante... Judy se trouve donc confrontée au grand monde, mais aussi... à l'amour: entre le jeune play-boy un peu immature, Jimmy McBride (Marshall Neilan) et le séduisant mais un peu plus âgé Jarvis Pendleton (Mahlon Hamilton), quel sera l'heureux élu? Et Judy réussira-t-elle à aller au-delà de sa condition d'orpheline pour se marier? Et surtout, qui est 'Daddy-Long-legs', comme elle a surnommé le mystérieux bienfaiteur qui semble refuser de la rencontrer mais la soutient dans ses études?

Ces questions, bien sûr, trouveront toutes des réponses dans ce très joli film, où Pickford a tout fait pour qu'on s'y trouve autant dans une atmosphère de comédie, qu'une intrigue mélodramatique. L'actrice a en effet fait le pari de jouer toutes les scènes de la première moitié comme une enfant, faisant passer la dureté (châtiments corporels, menaces lourdes de conséquences sur les enfants, et même la mort d'un petit dans les bras de la jeune fille) derrière l'énergie phénoménale de la star.

Et cette extravagance qui semble profiter de l'indépendance de la jeune actrice, paie en permanence. On comprend pourquoi elle a confié la mise en scène à Neilan, avec lequel elle s'était si bien entendue pour cinq films consécutifs à a compagnie Artcraft, et qui tranchait sur les autres réalisateurs: Tourneur et DeMille étaient sans doute moins enclins à l'écouter, alors que le style visuel et le type de direction de Neilan s'adaptent totalement à l'univers que cherche à créer l'actrice: dès le départ, le choix de prendre son temps dans une série de vignettes qui installent les deux mondes (les privilégiés et les malchanceux), puis la façon dont la mise en scène se met en permanence au diapason du personnage de Judy, donnent au final un film absolument formidable.

...Et l'un des rares où Pickford peut se voir vraiment évoluer, en passant de l'enfance espiègle, à l'âge adulte, en changeant son personnage avec subtilité de séquence en séquence. Elle s'y révèle, décidément, une actrice exceptionnelle. Elle reviendra, pour un film nettement moins enjoué, à ce type de personnage de "grande soeur" des orphelins, avec l'admirable Sparrows de William Beaudine, tourné en 1926.

 

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet Mary Pickford Marshall Neilan Comédie *
19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 16:36

Avec ce film, Chuck Jones commence à utiliser son personnage de Pepe à des fins d'expérimentation: Maurice Noble, le décorateur qui commençait à la même époque à déformer le désert du fameux Coyote, y travaille à ses décors Parisiens stylisés, pendant que l'animateur Abe Levitow y installe des personnages qui eux aussi tranchent de façon impressionnante sur les habitudes de la Warner...

Mais pour le reste le script du évidemment à Michael Maltese ne diffère pas des habitudes: un personnage (ici, une chatte sauvage échappée d'un stand de l'exposition universelle de 1900) se retrouve affublée (ici volontairement, afin d'échapper à ses poursuivants) de peinture blanche et noire... et poursuivie par les avances bien lourdingues de Pepe le putois incorrigible. Le français parlé par la bête est plus massacré encore, et le plaisir, bien sûr, reste entier!

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Chuck Jones Animation
19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 12:24

Pollack était un touche-à-tout, qui parfois touchait aussi au génie. Ce film en est une curieuse illustration, et si on va ici aller à l'encontre des critiques, plus attirés concernant le réalisateur par ses oeuvres sociales , noires ou formellement innovantes, (They shoot horses, don't they?, Three days of the condor). Il était aussi foncièrement attaché à une vision épique et romanesque du cinéma. Après A passage to India, le dernier film de David Lean, on peut dire que Out of Africa et le film Empire of the sun de Spielberg, représentaient un peu la relève de Lean, cinéaste Britannique de l'épopée...

1913... On suit donc les aventures de Karen Dinesen Von Blixen (Meryl Streep), Baronne par son mariage avec le noble fauché Bror Von Blixen (Klaus Maria Brandauer). La Danoise et le Suédois s'étaient mariés sans amour, mais par amitié, et ont en quelque sorte scellé leur alliance par une association économique: Bror fournirait les idées (une ferme laitière au Kenya) et Karen l'argent. Une aventure qui va vite bifurquer, puisque finalement ils vont se lancer dans la culture du café: une très mauvaise idée.

Si Bror est déjà habitué à l'Afrique, ce n'est pas le cas de Karen qui va se prendre la majesté et l'exotisme de l'endroit en pleine poire... Sauf que le mot "exotisme" est peut-être un peu déplacé: c'est elle qui dénote. Dès son premier contact avec la colonie, d'ailleurs: elle ose entrer dans le bar du club, entièrement réservé à la gent masculine. Mais Karen, pour toutes ses maladresses initiales (vouloir participer à l'effort colonial et évangélique, pour commencer, considérer les locaux avec défiance, ensuite), va quand même tomber amoureuse du pays, et y vivre la plus belle des histoires d'amour, avec l'aventurier Denys Finch-Hatton (Robert Redford)...

Un héritage flagrant de Lawrence of Arabia saute aux yeux: Pollack pose de suite ses conditions aux spectateurs; à eux de se laisser embarquer, dans une narration qui va couvrir plusieurs années sans pour autant se sentir obligée de nous éclairer. Après un court prologue, nous sommes en 1913, et à part pour une minute ou deux, le film entier sera situé en Afrique, y compris pour un interlude durant lequel Karen nous explique qu'elle est retournée au Danemark pour soigner sa syphilis, mais l'image nous montre ses affaires Africaines qui continuent sans elle... Et Pollack, dans son film, se situe fermement au premier degré, laissant le spectateur se gorger d'images sublimes.

Certes, le film est un somptueux portrait de femme, basé évidemment sur les écrits de Karen Blixen (qui a quand même utilisé un pseudonyme masculinisé, Isak Dinesen, pour les publier), et dans lequel le parcours de Karen devient un reflet du parcours vers la liberté et le libre arbitre, de la femme en général, à cette même époque. Et l'amour de Karen et Denys, qui est l'alliance entre deux libertés parfois conflictuelles (Karen voudrait se lier en permanence à Denys, qui refuse justement d'appartenir à quelqu'un) est absolu, et lié à un appétit pour la beauté, les sensations, et l'art noble: car si Finch-Hatton aime se fondre dans la nature Africaine, c'est au son du fameux Concerto pour clarinette de Mozart.

Et puis à travers le personnage de Karen, qui se confronte aux cultures des gens qu'elle rencontre (au point de se faire d'authentiques amis de ses "administrés" et employés, dont la tribu des Kikuyus), Pollack nous montre un visage inédit du colonialisme, teinté d'un humanisme qui est à prendre en exemple. Féminisme, humanisme, deux éléments essentiels d'un siècle en devenir: ce n'est pas rien. A travers ce film, nous voyons une humanité qui avance, et se confronte à des révolutions qui me semblent, à moi, bien plus importantes que cette fichue prétendue nécessité absolue d'évangéliser, manifestée par les occidentaux de toutes origines dès qu'ils débarquaient en Afrique ou ailleurs: d'un côté, l'émancipation des femmes, et de l'autre une anecdote autour d'un ami de Finch-Hatton, qui vit maritalement avec une de des servantes noires.

Mais quand même, tout le film est un plaisir qui marche à fond, parce que le cinéaste a su capter cet élément essentiel du septième art, qui est celui de la contemplation, et de l'abandon du spectateur à la sensation. Sensation, évidemment, de bien-être infini, qui est transmise par ces longues séquences des paysages Africains, dont il me semble que Pollack a partagé sans se freiner la fascination de son héroïne. On oubliera donc les menus aspects énervants du film (l'accent Américain de l'aventurier Anglais, celui irritant de l'héroïne... cette manie des films Hollywoodiens des "Nous afons les moyens te fous faire parler", en quelque sorte), pour se laisser aller à ce poème certes un brin académique... Par académie je parle ici de celle des Oscars qui s'est déchaînée en décernant sept statuettes au film, mais quand c'est réussi, que voulez-vous... On se laisse, totalement, faire.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Sydney Pollack
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 14:08

Les deux enfants du titre, un garçon d'une dizaine d'années et une jeune adolescente presque femme, s'allient à un noble et son épouse qui ont eu par un marin qu'ils emploient que le Capitaine Grant, disparu en mer, serait toujours vivant: une bouteille a été trouvée, avec un message mystérieux dedans. Aidés d'un scientifique un peu excentrique, ils vont parcourir la Cordillère des Andes, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande à la recherche du marin disparu...

En quatre bobines, les aventuriers imaginés par Jules Verne, sorte de panel idéal pour une aventure tous publics, et sans arrières-pensées, passent à la moulinette de toutes les péripéties, Jasset ne se privant pas d'un de ses péchés mignons, le suspense avec un train. Bien sûr, la vision de l'aventure un peu naïve, tout comme celle, odieuse, des Aborigènes, appartiennent à leur époque...

Ce film, qui est du autant à Jasset qu'au scénariste Michel Verne, le fils, illustre la façon de faire du cinéaste quand il se laissait aller à la fantaisie, sans passer par ses histoires de bandits internationaux. Ca bouge, ça part dans tous les sens et ça fait montre d'une vitalité cinématographique permanente, avec du suspense cela va sans dire. Le film, comme le roman, se résout dans un retournement des plus mélodramatiques, sans un gramme de crédibilité... Au moins il se finit bien!

Par contre c'est l'une des dernières oeuvres de Jasset, mort cette même année. Le film n'est sorti qu'en 1914, et est attribué à Jasset et l'acteur Henry Roussel, qui a très certainement pris le relais et fini le film à la place de son auteur d'origine.

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Published by François Massarelli - dans 1913 Muet Victorin-Hyppolite Jasset Eclair
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 14:04

On le dit souvent, Jasset est le précurseur du feuilleton, et avant Louis Feuillade, il a beaucoup fait pour à la fois créer un univers spécifique de l'intrigue policière à rebondissements, et fidéliser les spectateurs autour de séries qui eurent un énorme succès: Les aventures de Nick Carter d'abord, qui eut un énorme succès dans le monde entier (et c'est d'ailleurs grâce à a qu'on en possède aujourd'hui des copies), puis Zigomar et enfin Protéa. Le premier est un détective à l'ancienne: intelligent, travaillant en étroite collaboration non seulement avec la police mais aussi avec la presse, il a pignon sur rue, et est connu et craint de tous les bandits. Le deuxième, plus baroque, est son pendant malhonnête, un super-héros du crime... Enfin Protéa est une justicière dont Jasset n'aura le temps que d'esquisser les contours...

Ce film, l'un des derniers longs métrages de son auteur, est un cross-over entre les deux premiers personnages, en même temps que la conclusion aux aventures de Zigomar: sans nul doute, la censure Franaise très pointilleuse à l'époque, ne devait pas apprécier que le personnage principal d'une série de films soit un voleur quasiment intouchable, et a demandé à Eclair d'y mettre bon ordre. Le film est incomplet aujourd'hui, et difficile à résumer autrement qu'en précisant que Nick Carter et Zigomar se font une guerre sans merci, et d'escarmouche en piège, l'un d'entre eux finit par gagner...

C'est totalement délirant, hautement improbable, et les idées (qui seront d'ailleurs piquées par d'autres, en priorité bien sûr Louis Feuillade et Fritz Lang) vont chercher très loin: la toute première scène finit au bout d'une minute par une explosion spectaculaire dans laquelle un ennemi de Zigomar est mis hors d'état de nuire, justifiant l'intervention extérieure du héros d'un autre film! Et sinon, quand Zigomar tend un piège, il n'y va pas par quatre chemins: il tente d'assassiner son rival avec un...

...Piano.

Et Jasset (qui clairement ne prend absolument pas son film au sérieux) va jusqu'à utiliser l'animation image par image pour donner vie à une idée grotesque: lors d'une descente de police, Zigomar n'a qu'à appuyer sur un bouton pour donner à son tripot clandestin l'allure d'une digne salle de concert... Un type de substitution dont Fritz Lang se souviendra... Il se rappellera aussi du suicide spectaculaire en prison, le tout pour son Dr Mabuse der Spieler, en 1922.

Maintenant, on aimerait voir les autres films réalisés par Jasset dans le genre, avant que la censure ne s'en mêle et le somme de mettre son immense talent au bénéfice de l'unique bienséance avec ce film, qui contient toutefois, on s'en doute, sa dose de péripéties tournées dans le Sud (Marseille, Nice, Toulon) et son quota de morts violentes...

 

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Published by François Massarelli - dans 1912 Muet Eclair Victorin-Hyppolite Jasset
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 14:00

Tourné à la toute fin de sa vie, Balaoo est l'un des plus étranges films de Jasset, dont les films d'aventures et policiers ne manquaient pourtant que rarement d'une dimension baroque, voire inquiétante. Pour commencer, c'est une adaptation de Gaston Leroux, qui n'était pas le plus raisonnable des auteurs! Mais avec cette fable comique d'un genre à part, qui est prise très au sérieux par Jasset et ses interprètes, le réalisateur semble faire tout simplement le portrait d'une humanité aliénée...

Pour commencer, Balaoo le personnage est un singe-homme, plus qu'un homme-singe. Et je vus assure qu'il n'a rien d'un Tarzan! Il serait même beaucoup plus proche du monstre de Frankenstein. Venu en Europe à la demande de M. Coriolis, un vieux savant, il est 'transformé en homme' à la faveur d'un procédé 'connu de lui seul', nous dit un intertitre: Jasset ne s'embarrasse pas d'explications, et a une histoire à raconter, pas un exposé scientifique... Puis il est habillé, nourri (et fait de menus travaux sans noblesse). Mais il obéit à un sale type qui profite de lui, et qui convoite la fille de son bienfaiteur, et là, ça ne va plus... Frustré, il devient un vrai diable, semant la terreur dans tout le pays. Sévèrement grondé, il part semer la terreur en Suisse...

Alors, humain, ou pas humain? C'est intéressant de constater que quand sa «créature» s'enfuit, l'homme qui l'a relégué au rang d'animal cherche à le récupérer, et feuillette les journaux à la recherche d'indices qui seraient plutôt dans la catégorie des faits divers! De son côté, Balaoo est un animal élevé en homme: il vole des œufs dans les poulaillers, mais... les déguste avec du sel! Mais dans la nature, il est un vrai acrobate et se rit du vertige...

Le film est incomplet, seule une bobine a survécu, et il n'est pas sûr qu'on en ait la fin. Abîmée par le séjour dans la glace (on a retrouvé Balaoo à Dawson City), la pellicule n'est pas des plus aisées à regarder, mais d'autres fragments d'une copie Française ont aussi été retrouvés: c'est un film qui a le ton de la comédie dans sa situation et son intrigue, mais dont le jeu des acteurs est résolument fait de tension dramatique. Jasset a demandé à tous ses interprètes le plus grand sérieux, ce qui fait à mon sens le prix de cet étrange film qui dépasse le cadre de la pochade (on imagine le chaos boueux qu'en aurait fait un George Monca ou un Jean Durand...) pour aborder celui de la fable ironique.

 

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Published by François Massarelli - dans Victorin-Hyppolite Jasset Muet Comédie Eclair
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 13:56

Ce très court métrage (environ 4 minutes en l'état) est la preuve que, comme Feuillade par exemple à la compagnie Gaumont, Victorin-Hyppolite Jasset, metteur en scène principal de la compagnie Eclair, faisait un peu de tout. S'il est surtout connu pour ses séries policiers et d'aventures, un domaine dont il fut le précurseur incontesté, il a aussi tâté du drame plus classique, et comme ici, de la comédie...

Un vagabond très à l'aise se débarrasse d'encombrantes dames qui essaient de le faire partir de leur village, en les escamotant dans un sac mystérieux qui ne le quitte jamais: il est fort pratique, puisque le bonhomme l'utilise pour s'évader de la prison où l'ont enfermé deux gendarmes...

C'est un film à trucs, dont l'essentiel de la technique repose sur le montage très planifié, et l'utilisation de truquages à la Méliès. Le jeu des acteurs aussi, du reste, s'inspire de ce type de films, et le vagabond nous prend souvent à témoins... Le film repose beaucoup, dans son intrigue et le jeu exagéré des acteurs, sur la tradition populaire. Sans parler des gendarmes en bicorne, on serait presque chez Guignol! Mais l'utilisation de décors naturels (même si les intérieurs sont de toute évidence en carton-pâte) tranche sur les productions de la Star-Films. Ces quatre minutes vite passées ne sont sans doute pas la meilleure introduction à Jasset...

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Published by François Massarelli - dans Victorin Jasset Eclair Comédie Muet
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 12:30

Le capitaine Delord et la jeune mademoiselle de Breteuil s'aiment, et vont se marier... sauf que le jeune militaire est gravement blessé, ce qui va entraîner la fin de leurs fiançailles. Vingt années plus tard, la jeune femme est devenue la veuve d'un comte, et leur fils Raoul se lance dans la vie: il est reporter, et écrit un article très critique sur le vieux général Delord... Celui-ci voit rouge et décide de provoquer le jeune paltoquet en duel, ignorant qu'il s'agit du fils de son ancienne bonne amie... Celle-ci va devoir intervenir.

S'il s'agit d'un mélodrame poids lourd, voir le résumé, ce petit film d'une bobine, encore un survivant miraculé du studio Eclair, est plein de qualités. Et pour commencer, il est fort bien interprété, dans une mise en scène qui varie entre un sens du raccourci (qui est assez courant semble-t-il chez Jasset) et une tendance à laisser les émotions s'exprimer. De plus, il se situe à part des tendances contemporaines du cinéma naissant (notamment chez Gaumont) à développer un point de vue assez réactionnaire. Ici, le metteur en scène donne finalement le meilleur rôle à ce jeune reporter qui accepte à cotre-coeur de se battre en duel, pour défendre l'honneur de la presse. Le statut du héros blessé dans sa jeunesse, vieille baderne dans son âge mur, est bien moins enviable...

Ensuite, le metteur en scène aime à utiliser la profondeur de champ et réussit à masquer les illusions théâtrales en évitant les entrées à gauche et à droite. Les premières scènes qui voient le capitaine Delord arriver au fond de la pièce (et il vient de dehors, la luminosité du fond en fait foi) ou encore la formidable scène de duel où le point de vue de Raoul, le fils, nous est donné par le biais de l'arrivée au fond de l'écran de son rival, sont autant d'occasions pour Jasset de faire un cinéma totalement différent, et qui justifie pleinement son enviable réputation de grand précurseur.

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Published by François Massarelli - dans Victorin-Hyppolite Jasset Muet Eclair
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 12:25

C'est un petit film, ramassé sur les deux tiers d'une bobine, mais ses qualités sont évidentes, et jouent sur deux tableaux: d'un côté, un don incroyable pour installer en très peu de moyens, toute une atmosphère, et de l'autre un talent de conteur qui se paie le luxe de mobiliser cinq personnages, et de créer un suspense dense en jouant constamment sur le point de vue...

C'est le soir, un cafetier va fermer, et il ne prête pas attention aux deux hommes qui viennent d'arriver pour boire chez lui: ils sont au premier plan, et pendant qu'il s'affaire à mettre son café en ordre, et monte et descend à la cave, les deux malfaiteurs eux n'en manquent pas une miette et échafaudent un plan. Puis ils quittent apparemment les lieux, quand deux gendarmes habitués des lieux arrivent: ils prennent un dernier verre puis s'en vont. Quand ils sont partis et que le cafetier ferme boutique, les deux hommes reviennent, l'assomment et vont à la cave pour le mettre à l'abri avant de tout dévaliser... Mais les gendarmes reviennent, et s'installent pour manger!

Le café est le lieu unique, dont nous verrons trois décors: la salle principale, la chambre du patron, brièvement, et surtout la cave, le lieu où le suspense est à son comble: d'abord parce que c'est l'endroit, sombre et à l'écart, où le cafetier, nous le savons, risque la mort; et ensuite parce que paradoxalement, le premier point de vue qui ait été développé étant le leur, nous sommes amenés à partager l'anxiété des malfaiteurs quand ceux-ci se rendent compte que des gendarmes viennent d''arriver dans le café, et plus encore quand l'un d'entre eux se rend dans la cave...

La morale reprend ses droits quand le cafetier se réveille, seul dans la cave et que des inserts de l'activité des bandits dans son café, nous renseignent sur le fait que le point de vue a changé: nous sommes désormais aux côtés du patron, et la morale sera sauve à la fin de ces dix minutes...

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Published by François Massarelli - dans Victorin-Hyppolite Jasset Muet Eclair
18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 12:20

Ce tout petit film est un exemple du ton résolument différent des productions Eclair, surtout quand on les compare à la bourgeoise compagnie Gaumont... Un couple qui habite une très grosse maison est heureux jusqu'au jour où, blessée au visage, madame devient totalement aveugle. Aidée par son mari, elle tient le choc, mais se désespère... Heureusement, une amie vient la visiter. ...Heureusement? Disons que la cécité empêchera l'épouse de voir littéralement son mari, comme nous en faisons l'expérience, tomber totalement sous le charme de l'amie... Et les deux amants vont donc littéralement mener leur idylle coupable sous les yeux de l'épouse qui ne le saura pas... Jusqu'à ce qu'un docteur bien intentionné lui rende la vue.

C'est donc cruel, méchamment ironique, et très rapide: le film se finit en une bobine, et va à l'essentiel. Au-delà de l'anecdote mélodramatique sans grand relief, ce film non signé est intéressant parce qu'il va sérieusement au devant des difficultés: dans le cinéma des années 10, comment indiquer la cécité en ne passant que par le jeu des acteurs? Et comment faire passer le point de vue d'une personne aveugle?

Mêm avec le jeu très excessif des acteurs, ce petit film anonyme s'en sort bien...

 

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Published by François Massarelli - dans Eclair Muet