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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 17:27

Le premier mystère, c'est que Lucas, qui avait terminé le tournage de son troisième long métrage en 1978 complètement épuisé (il portait à l'époque le titre de Star Wars, et en France d'ailleurs, c'était La guerre des étoiles, me glisse à l'oreille mon excellent cousin), et avait donc ensuite délégué le rôle de réalisateur à deux techniciens aguerris, Irvin Kershner et Richard Marquand. Car le tournage d'un film requiert un dialogue permanent, une remise en jeu de ce qu'on doit faire dans l'oeuvre, qui dépend AUSSI des autres, les acteurs notamment mais pas que. Et Lucas en 1978 ne voulait pas y retourner... 20 ans plus tard, est-ce pour essayer de garder le contrôle vaille que vaille, au risque de courir au choc frontal avec ses acteurs, qu'il a décidé de refaire le job? Il lui en cuira, puisque le metteur en scène finira par abandonner de plus en plus de ce qui fait la matrice tangible d'un épisode de Star Wars: les acteurs, et donc les personnages, mais aussi les vaisseaux, armements et décors auxquels on croyait parce qu'ils étaient au moins un peu vrais. Ils le sont de moins en moins dans ce film, et le seront encore moins voire plus du tout dans les suivants...

Et le deuxième mystère, au moment d'imaginer un prequel comme on dit à toute cette histoire, c'est que le maître d'oeuvre a semble-t-il perdu tout sens des réalités, à moins qu'il n'ait été pris entre son propre délire mégalomaniaque (je crée un monde, ah ah!!) et une demande du distributeur d'actualiser tout ça: car on a l'impression que Lucas croit dur comme fer qu'il est en train d'accomplir l'acte fondateur de Star Wars. Or il n'en est rien: tout, absolument tout dans The phantom menace, est lié à ces trois films mythiques, qu'ils aient été refaits, trahis, amoindris ou changés n'y fera rien. Et lorsqu'il ajoute à ces péripéties attendues (sabre laser, baston, poursuites dans les canyons, hyperespace) des causeries mi-yoga mi-yoda sur les Midi-Chloriens, c'est tellement ridicule qu'on en tombe de son siège. Car la force version Menace Fantôme, ça devient du prêchi et du prêcha de patronage, version catéchisme numérique. 

Alors oui, c'est du Star Wars, dans lequel une idée intéressante (voir le monde d'avant la trilogie aussi coloré que le monde de Star Wars est aride) débouche sur un constat: on sait comment tout ça va finir, et on n'avait absolument pas besoin de ces trois films pour nous le raconter, surtout qu'Annakin Skywalker, futur Darth Vader (pour les trois du fond qui ne l'avaient pas encore capté) est interprété ici par un petit garçon qui n'est pas, mais alors vraiment pas, à la hauteur. Et le message, c'est probablement que Annakin est devenu méchant parce qu'on la privé de sa maman?

Bon, je râle, je râle, mais il y a ici des qualités: une certaine naïveté qui a le bon goût de ne pas passer QUE par les dialogues les plus cons des années 90, des poursuites dans les canyons, quelques créatures aquatiques rigolotes, et Natalie Portman bien que son intervention soit un peu gâchée par une manipulation arbitraire des spectateurs et des personnages.

Manque de pot, il y a aussi Darth Maul, un méchant d'un vide forcément intersidéral, qui n'existe que pour nous faire patienter jusqu'à la fin du film, et aussi, il y a... Jar Jar et ses Gungans. Et ça, c'est vraiment terrible...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Star Wars George Lucas
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 17:09

Charley bricole, invente, et ne fait que ça. Et sa belle-famille s'inquiète, pensez: il a été jusqu'à inventer une souricière à guillotine (qui fait bien rigoler les souris, on en a la preuve à l'image), et planche actuellement sur une invention vitale, qui est d'ailleurs une commande d'un monsieur tout à fait comme il faut: un système pour débarrasser les peaux de banane de leur facteur glissant...

C'est particulièrement n'importe quoi: le film est entièrement situé dans la maison de l'inventeur, et on plaint son épouse. Comme dans Hot Water, le conflit naît ici de l'irruption d'une belle-famille hostile, et Bowers maintient l'intérêt par le sérieux imperturbable qu'il affiche en toute circonstance, envers et contre tout y compris l'inutilité glorieuse des objets qu'il invente.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Charley Bowers Muet
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 16:57

Je ne suis pas tout à fait sûr qu'il faille créditer ce film à Garbagni, mais celui-ci était le co-réalisateur de l'acteur Georges Vinter sur de nombreux films de Nick Winter... le très populaire personnage d'une série de courts métrages Pathé était une création de l'acteur, bien évidemment inspiré par l'Anglo-Saxon Nick Carter, héros cinématographique d'une série de films Eclair dont certains auraient été réalisés par Jasset. 

Mais dans ce film en tout cas, il est question de parodie, et Vinter se moque assez ouvertement de son personnage sentencieux, qui trouve une solution en faisant le malin, mais... se plante en beauté!

On a volé la Joconde: on en informe le conservateur du musée du Louvre, qui prend d'ailleurs un temps infini à s'habiller, et Nick Winter arrive sur les lieux, trouve des indices, suit la piste, en arrive à la conclusion que c'est le conservateur qui a volé le fameux tableau. Sur ces entrefaites, alors que personne ne fait attention à lui, le vrai voleur (un petit monsieur rigolard à très longue barbe) arrive sur les lieux, raccroche la Joconde, et prend le tableau d'à côté: il s'était trompé car il était myope...

Deux choses à dire sur ce petit film: d'une part, il est contemporain du vrai vol du tableau, qui a eu lieu en août 1911 et ne sera pas résolu avant 1913. le film pourrait donc bien avoir été influencé par l'actualité brûlante... Et ce film fait partie d'une collection peu banale, celle des oeuvres commentées par Kafka dans ses écrits, privés comme publics. Et il y derrière cette histoire de voleurs multiples un je-ne-sais-quoi de Kafka, en effet, mais... pour rire.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 11:14

Amarilly Jenkins (Mary Pickford) vit de ce que d'aucuns considèrent comme le mauvais côté de San Francisco, avec sa famille Irlandaise: elle a quatre frères, ceux qui sont adultes sont devenus policiers, et ceux qui ne le sont pas encore sont plus ou moins des voyous... La mère (Kate Price) est une fière lavandière, fille de lavandière et si Amarilly veut bien suivre la lignée, mère de lavandière. Une famille simple, saine, qui vit sa petite vie tranquille loin des soucis, et en plus Amarilly a un petit ami, le barman Terry (William Scott). Jusqu'au jour où, à l faveur d'une bagarre qui a éclaté alors qu'il s'encanaillait, Amarilly ramène à la maison le beau dandy Gordon Philips (Norman Kerry), un oisif qui est doté d'une famille qui est tout le contraire de celle d'Amarilly. A partir du moment où la jeune femme est entrée dans la vie de Gordon et de sa riche famille, ceux-ci se mettent en tête de l'élever socialement et humainement, si possible...

Marshall Neilan et Mary Pickford, avec ce scénario insubmersible de Frances Marion, visent la comédie tout de suite, et ils ont raison!: l'énergie déployée par tous les acteurs, Pickford en tête, pour mettre en valeur les qualités humaines et la vie profondément enthousiaste des Jenkins, ne peuvent aller que dans ce sens. Du coup le film se joue de coups de théâtre qui en d'autres circonstances auraient pu tourner au drame, et la rencontre entre les Jenkins et la richesse va devenir, pour la famille Irlandaise, juste une expérience burlesque. Dans le contexte cinématographique éminemment édifiant de la fin des années, c'est une excellente idée, et c'est assez novateur.

Le film, durant vingt minutes, nous promène d'ailleurs dune famille à l'autre avec un montage parallèle discret, nous permettant d'avoir fait notre choix au moment où Norman Kerry et Mary Pickford se rejoignent. Le choix de l'acteur est excellent, car il n'a pas son pareil pour jouer à la fois une fripouille et un type sympathique... Et il extrêmement crédible en fêtard. La bonne humeur générale, la vivacité de la production, l'abattage de Pickford, rien n'est raté dans ce joli film, l'un des derniers de l'actrice pour Artcraft avant la création de sa compagnie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1918 Marshall Neilan Muet Comédie Mary Pickford *
28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 15:28

Le Charleston est sans doute l'une des obsessions les plus folles des années 20: cette danse foncièrement joyeuse et délirante, après tout, s'explique très bien dans un pays qui était en proie à une vague d'optimisme sans précédent, et qui allait d'ailleurs le payer très cher... Mais c'était aussi une façon pour le très grand public d'appréhender et de participer au développement du jazz, qui reste tellement indissociable de la période qu'on l'a appelée The jazz age...

La comédie ne pouvait que s'en emparer, et à l'instar de l'autre Charley, Chase, Bowers a donc conçu cette comédie pour se moquer gentiment, non seulement des maniaques du Charleston, de cette mode qui consistait effectivement à organiser des concours un peu partout, mais aussi des pères-la-pudeur invétérés qui voyaient dans la danse comme dans toutes les occasions de s'amuser, le spectre de l'immoralité... 

Alors que le garçon de ferme (Bowers, le seul acteur identifié) se passionne pour le charleston, le fermier organise des réunions avec ses voisins pour organiser la riposte contre cette danse. Charley envisage pour sa part d'apprendre à danser à la perfection, afin de gagner une coupe, un prix, et tant qu'à faire la main de la mystérieuse Senorita De Coy. ...Ce qui n'arrange pas les affaires de la fille de la ferme, qui est amoureuse de lui.

Toute la première partie est consacrée au désastre que consiste l'obsession de danser du héros, qui a acheté une méthode, et passe son temps à tracer des pas à la craie dans toute la maison. La deuxième partie est plus intéressante, et nous y voyons le géniale bricoleur inventer des chaussures qui dansent toutes seules, qui vont bien évidemment occasionner leur lot d'ennuis. Une sous-intrigue, consacrée à la jeune fille de la maison, est l'occasion pour Bowers de se vautrer dans le douteux, puisque la jeune actrice est très enrobée, et ses efforts pour danser font bien sûr bouger les meubles... Pas du meilleur goût, mais le personnage aura sa revanche.

On voit ici les limites du style de Bowers, qui développe pour ses films des trésors d'invention en animation, mais reste attaché à un burlesque assez rétrograde. ...Pour ne pas dire rustique.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers
27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 17:06

Avec ce film, Cukor s'installe fermement dans l'organisation de la MGM, et se voit confier un film d'une extraordinaire importance... C'est son troisième film pour le studio, mais il s'est précédemment (Dinner at eight) montré digne de la confiance de Mayer... Et il va devenir incontournable pour les adaptations littéraires prestigieuses (Little women, pour la RKO en 1933). Et c'est bien de ça qu'il s'agit, car toutes proportions gardées, ce que David Selznick, producteur du film, veut obtenir avec son Copperfield, c'est la crème de l'adaptation de Dickens. D'où l'impression évidente que l'on n'a pas lésiné sur les moyens...

Et sur les stars, cela va sans dire: si Copperfield adulte est un inconnu (Frank Lawton), le personnage enfant est interprété par Freddie Bartholomew, déjà un vétéran à l'âge de 10 ans, il a participé en Grande-Bretagne à 4 films, et son interprétation est formidable. Autour de lui, on reconnaîtra Maureen O'Sullivan, Edna May Oliver, Lewis Stone, Elizabeth Allan, Una O'Connor, Basil Rathbone, Roland Young et bien sûr W.C. Fields, dans le rôle de la sympathique fripouille Wilkins Micawber...

On connaît l'intrigue, cette histoire d'un orphelin qui grandit dans l'adversité pour prendre la revanche sur la vie grâce à l'affection d'une poignée d'amis, et qui va laver par sa rigueur et sa morale (sans parler de son indécrottable sentimentalisme) le sentiment de péché laissé par le mariage de son père avec une jeune femme que sa famille n'approuvait pas... Comme on est chez Dickens, le sadisme des contrariétés qui s'accumulent (mort des êtres aimés les uns à la suite des autres, misère, difficultés de tous ordres) ne s'arrête qu'avec le mot fin, mais qu'importe: ce qui est réussi dans le film, comme dans le livre, c'est cette accumulation de personnages qui prennent paradoxalement leur vérité dans l'excès de leur caractérisation. Certains sont tellement fabuleux qu'ils valent à eux seuls le prix du ticket (et c'est un passe familial...): Edna May Oliver, impétueuse tante un rien rigoureuse, qui va devenir plus tendre au fur et à mesure, est d'ailleurs la première personne qu'on verra dans le film, et bénéficie d'une accélération inattendue du défilement de la pellicule; Fields est à son aise dans le rôle ambigu mais foncièrement sympathique de Micawber; Lionel Barrymore interprète un vieux pêcheur comme quelqu'un qui l'a fait toute sa vie, ce qui n'est pas loin de la vérité; enfin, on appréciera à sa juste valeur Roland Young si souvent préposé aux nobles anglais sans histoires, qui joue ici le maître hypocrite Uriah Heep, avec génie...

Cukor continue à imprimer sa marque, parfois bavarde mais quand les dialogues son excellents, on rend les armes...

 

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Published by François Massarelli - dans George Cukor
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 17:21

De grands films consacrés au premier conflit mondial sont sortis dès 1930...

Dans celui-ci, deux frères, Anglais (hum...), les Rutledge, sont en vacances avec leur ami Karl (James Darrow) chez lui, en Allemagne, quand l'un d'entre eux, le coureur Monte (Ben Lyon) a une aventure qui tourne mal: il est en plein rendez-vous amoureux avec l'épouse d'un général à monocle quand celui-ci débarque. Monte prend hâtivement la poudre d'escampette, et c'est son frère Roy (James Hall) le raisonnable, qui devra se battre en duel à sa place...

Quand ils reviennent à Oxford, pas de chance: la guerre est déclarée. Mais avant de partir, l'un par devoir, l'autre par désoeuvrement (je schématise), ils vont tous les deux tourner autour de la belle Helen (Jean Harlow), fille de la bonne société Britannique (Hum! Hum!): Roy va se croire son fiancé, mais cette fois c'est Monte qui va remplacer l'autre.

Puis ils font la guerre, les avions, tout ça... Gestes héroïques, prison, sacrifice, etc. A la fin les alliés gagnent.

Howard Hughes a commencé son film en 1927, après la sortie de Wings, ce qui n'a pourtant pas empêché l'ombrageux producteur d'attaquer Warner en justice quand ils ont sorti The dawn patrol. Le film a eu un nombre inquiétant de réalisateur crédités: Marshall Neilan, débarqué après quatre semaines, Luther Reed, dont je ne sais pas s'il a eu le temps de tourner quoi que ce soit avant d'être viré sous un prétexte quelconque, puis Edmund Goulding, mais c'est finalement Hughes qui a fini le film, trois années après le début du tournage, et des centaines de rejet de prises. James Whale était en charge de la direction des dialogues et de leur authenticité (mais pas de l'accent, manifestement, ni de l'intelligence des dialogues), et le film fait appel à des techniques qui sont remarquablement à cheval entre le muet et le parlant: certaines scènes tournées avant la décision de se doter de dialogues, ont été ensuite synchronisées de manière plus ou moins adroite, les scènes dialoguées en Allemand ont été dotées d'intertitres pour la traduction, et trois systèmes de couleurs ont été employés: des teintes comme au plus beau temps du muet, le procédé Multicolor (mais le film a été tiré sur support technicolor) pour une série de scènes bavardes situées vers le début, et le procédé Handshiegl pour les flammes dans des séquences de haute voltige.

Oui, parce que ce film qui est assez crétin de bout en bout n'existe que pour permettre l'existence de deux ou trois scènes tournées à grands frais, dans les airs, par des as de la grande guerre: il y a d'ailleurs eu des morts, chuchote-t-on. Ces scènes sont à la fois techniquement spectaculaires et dramatiquement assez plates...

Il y a aussi, malgré tout, quelques aspects qui intriguent: le duel en ombres chinoises, l'utilisation discrète et occasionnelle d'un procédé d'écran large (bien modeste si on le compare au formidable procédé "Grandeur" utilisé par la Fox dans The Big Trail la même année)... 

Mais comme je le disais, s'il y a eu des films formidables dès 1930 pour parler de la première guerre mondiale. L'un d'entre eux était All quiet on the western front, de Lewis Milestone, et sinon il y a aussi eu Westfront 1918 de G.W. Pabst. Bref: celui-ci, de très loin, ne fait pas, mais alors pas du tout partie de la liste. 

 

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Pre-code James Whale Technicolor Criterion
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 09:20

Le film avait tout pour être un désastre, voire pour ne jamais être fini, c'est en réalité un miracle... Deux stars, qui n'ont jamais joué ensemble, et dont les méthodes de travail comme l'hygiène de vie, ne pouvaient pas être plus différentes; un metteur en scène spécialiste de la guérilla filmique, que ce soit à Hollywood ou ailleurs, mais dont la tendance à cochonner ses films est plus que légendaire, sans parler de son hygiène de vie à lui aussi! un producteur controversé, une équipe prise sur deux continents et la majorité des extérieurs filmés sur un troisième... N'en jetez plus! 

Je pense que ce qui a attiré le producteur Sam Spiegel, le réalisateur John Huston et le scénariste James Agee dans le film, c'est précisément le bizarre de l'aventure: une histoire d'amour entre deux personnes d'âge mur, ayant vécu dans dux mondes que tout sépare, et qui se retrouvent l'un avec l'autre à la faveur d'aventures plus qu'improbables. Mais c'est précisément l'essence des bons films... Y compris s'ils sont tournés en studio, mais Huston a amené Bogart et Hepburn au Zaïre pour son film... Et ça se voit!

En 1914, dans une petite colonie Britannique, un pasteur (Robert Morley) et sa soeur Rose (Katharine Hepburn) se sont installés dans une petite mission, où ils répandent la bonne parole Méthodiste... Mais les Allemands menacent: comme le leur apprend le Canadien Charlie Allnut (Humphrey Bogart), un marin qui les ravitaille en bateau, la guerre est déclarée, et les soldats de Guillaume II qui tiennent les colonies Allemandes en Afrique pourraient bien se croire obligés de venir attaquer. Et c'est précisément ce qui arrive: les Allemands vont un raid, tue, brûlent le village et s'en vont après avoir frappé le pasteur. Celui-ci, sous le choc, décède quelques heures plus tard, et Charlie revient pour emmener la missionnaire... Celle-ci, qui va être obligée de cohabiter avec le très rustique batelier, va concevoir un plan afin de reprendre du poil de la bête et "faire son travail" pariotique: utiliser le bateau de Charlie, l'African Queen, pour faire un travail de sabotage sur un bateau Allemand. la cohabitation entre les deux vieux solitaires commence...

Et c'est merveilleux, car Huston, qui savait occasionnellement réussir un film, a parfaitement compris le parti qu'il pouvait tirer de ces personnages en filmant à leur hauteur, avec une petite préférence pour le point de vue de Rose, la vieille fille qui s'était enterrée avec son frère, un raté (de son propre aveu...) dont la rigueur cachait à peine l'amertume d'une vie d'échec... Un échec que Rose, toujours comme il faut, peine à cacher elle aussi. c'est donc à travers les yeux de la novice que nous verrons cette aventure, mais aussi parfois à travers ceux de Charlie Allnut, un homme ni instruit ni sophistiqué, dont Bogart fait un vrai gamin, et le compose avec un humour et une tendresse qu'il a rarement réussi à atteindre. L'histoire d'amour entre eux n'est ni saugrenue ni ironique, elle est juste, attendue, et forte. Et les épreuves du tournage (au fait qu'on se rassure, les sangsues sont fausses) ont cimenté le film: une fois qu'on commence à le regarder, impossible de détourner les yeux...

En plus, la beauté naturelle des paysages, et le Technicolor certes fonctionnel plutôt que flamboyant (pour Jack Cardiff, c'était des couleurs presque laides, et il estimait n'avoir fait aucun effort particulier au contraire de ses contributions aux oeuvres de Powell par exemple) viennent contribuer à cette harmonie. Comment ne pas s'intéresser à cette aventure frissonnante pour deux oubliés, qui vont improviser avec un patriotisme inattendu une réplique musclée à leur façon, pour faire leur devoir en pleine guerre? 

Et le pire, c'est que le film n'est devenu une comédie qu'avec l'interprétation de ses stars... Qui de plus, restent pour 80% les seuls humains visibles du film. Bref, une prouesse, en même temps qu'une histoire irrésistible.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 16:21

Dans le futur, une brèche s'ouvre dans le Pacifique entre nous (les humains) et les "infra-terrestres", une race sur-évoluée de monstres qui prennent une sale habitude: celle de monter à la surface, et de tout casser. Une riposte est trouvée: des robots géants, pilotés par des groupes d'humains connectés entre eux, vont se battre et même mettre la pâtée aux sales bêtes. 

Sauf que les sales bêtes évoluent, et que les gouvernements des pays limitrophes de la zone ont de moins en moins confiance en des quipes de rangers indisciplinés, et dont les dernières missions ont été catastrophiques. Jusqu'au jour où un ancien responsable de ces missions se rebelle et relance la machine, au sein d'une organisation sur-entraînée...

J'ai moi aussi beaucoup ri en relisant ce résumé, qui est affligeant: ça sonne comme un film de 37e zone, comme une refonte de tout ce qui peut se faire dans le domaine de l'action bête et brutale (beau double pléonasme), du film de science-fiction testostéroné, du succédané de jeu vidéo, et du dessin animé Japonais tourné à 12 images par secondes... Sauf que c'est idiot si on fait la bêtise d'y croire: car les films de Guillermo Del Toro portent en surface leur dose de ce qu'on appelle en Anglais "Suspension of disbelief" (le moment où on cesse d'avoir conscience d'être en face d'une fiction, et on se laisse aller à croire), et ils affichent la couleur en donnant le choix au spectateur. 

Vous pouvez donc choisir et en bon amateur de jeux vidéos vous jeter à corps perdu dans un film qui va vite, ou prendre un peu de distance et apprécier l'humour codifié et détourné. Reste qu'il y a les monstres et les robots, et là, rien à faire, c'est épouvantablement laid. Tant pis, parce que par ailleurs, le sens de gigantisme qui se dégage de ces créatures en proie les unes aux autres, eh bien, est hallucinant... En attendant un autre film de Guillermo Del Toro, un grand cette fois, on peut tout à fait s'abandonner à cette sympathique petite chose.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Guillermo del Toro
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 16:09

Dans ce court métrage de deux bobines, on assiste à peu d'invention, beaucoup d'animation: je m'explique... Bowers adorait faire reposer ses films sur une invention de son personnage, mais ici il a laissé libre cours à son imagination pour explorer son univers autrement. Tout au plus assiste-t-on à d'étranges greffes, mais le film glisse joyeusement vers le grand n'importe quoi, totalement assumé bien sûr...

Au départ, nous assistons à une rencontre entre les membres d'un club de menteurs. Ils s'échangent les anecdotes, et sachant que la première présentée concerne l'introduction d'une quarantaine d'éléphants, on se doute que le taux de mensonges va être haut. Néanmoins un membre est insatisfait, au prétexte que "tous ces mensonges pourraient être vrais!". Sortant, il rencontre Charley, qui va lui raconter une authentiquement invraisemblable (mais invraisemblablement authentique) histoire à dormir debout...

Chaque histoire, aussi idiote soit-elle (et elles le sont...) donne lieu à une illustration, bien sûr, c'est le plaisir de ce film. Et l'histoire de Bowers, dans laquelle il utilise des greffes d'arbres à chat pour dératiser une maison où on en est réduit à chasser les rongeurs à coups de balais ("alors que ce serait si pratique d'utiliser un aspirateur"), est de loin la plus glorieusement stupide de toutes... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charley Bowers