Jones ne perd pas de temps à installer le McGuffin traditionnel de la chatte malencontreusement repeinte, et ensuite, Penelope et Pepe seront seuls au monde dans un cartoon notable par ses ruptures de rythme, un rait commun à tous les films de Chuck Jones. Une bonne portion du film se passe sous l'eau, inspirant au putois un aveu inattendu: les putois, dit-il, on l'habitude de se retenir de respirer... Enfin, les deux "tourtereaux finiront ensemble sur une île entièrement cernée d'une plage, en forme de coeur, où ils se poursuivront jusqu'à épuisement. Comme dirait l'autre, "c'est la guerre!"
Pour échapper à une horde de chiens, une chatte a une idée brillante: se peindre une bande blanche sur le dos... Faut-il, à partir de là, préciser qu'elle va devenir la cible des intentions obsessionnelles d'un putois amoureux, et que la langue française va copieusement souffrir?
L'équipe de Chuck Jones se fait plaisir en poussant la stylisation de façon de plus en plus radicale, et Maurice Noble va jusqu'à tenter les arbres transparents... Sinon, un gagman s'est fait plaisir en inscrivant sur une vitrine 'Jean Valjean, Candlestiques et Bread'....
Ce film de court métrage est le deuxième de la série Mickey Mouse produit en Technicolor trois bandes. On sait que Disney avait l'exclusivité de ce procédé jusqu'à cette année 1935 précisément, et ne l'utilisait que sur les films de la série Silly Symphonies. Mais The band concert déjà réalisé par Wilfred Jackson en 1935, qui était d'ailleurs un remake d'un ancien film en noir et blanc, était une révélation en même temps qu'un chef d'oeuvre. Une réussite dure à suivre, d'ailleurs...
C'est pourtant assez réussi. Plus routinier dans sa seconde partie toutefois: Mickey et Pluto s'occupent de leur jardin comme on part à la chasse: Mickey porte son vaporisateur de produit insecticide comme on tient un fusil, et Pluto se met en arrêt en bon chien de chasse, devant des fruits et légumes infestés d'insectes... Derrière le gag d'assimilation, un constat: l'équipe de Disney ne laisse aucune occasion de surprendre et de réinterpréter la nature de côté; et en plus ils le font si bien...
Mais après un passage époustouflant, où les bestioles doivent s'enfuir puis se réorganisent (notons que du coup c'est Mickey le méchant), le film devient un peu plus attendu, lorsque Mickey s'asperge de son propre produit et perd conscience, devenant en rêve minuscule à son tour. Ca reste drôle, a occasionne de fabuleux gags (Mickey coincé sur un ver de met à imiter la démarche de Chaplin, un gag que je ne pourrais pas vous décrire plus explicitement, il faut le voir), mais c'est le sempiternel "Mickey contre les monstres" qui virait au procédé, aussi efficace soit-il: pas de variations vertigineuses sur la tempête ici, comme dans The band concert...
Ce qui est bien avec les studios Disney (je parle ici spécifiquement de la partie animation, la VRAIE), c'est qu'ils n'avaient pas abandonné leurs vedettes, les reprenant a besoin, et les mettant au goût du jour apparemment sans qu'il y ait besoin d'un effort particulier. Et la politique de sorties des années 80 et 90 avait au moins l'avantage de laisser de la place aux moyens métrages, celui-ci par exemple a été distribué en première partie du pas vraiment mémorable The rescuers down under...
La formule est simple, a déjà été testée sur Mickey's Christmas Carol, et sera à nouveau appliquée sur The three musketeers: on prend une histoire connue, et on l'adapte de manière à ce qu'elle corresponde au format relativement court en donnant au maximum la vedette aux "stars" Disney: Mickey, Goofy, Pluto, Donald, Peg-leg Pete. Et le résultat est un petit film très soigné, à l'animation réussie, et qui bouge tout le temps puisque ça doit durer 24 minutes...
L'histoire de Mark Twain permet en prime à Mickey Mouse de jouer un double rôle, et on accepte facilement ce procédé, tellement le design de cette toute petite souris nous apparaît comme l'évidence même.
L'angoisse de la page blanche est-il un sujet approprié pour une oeuvre narrative? C'est une superbe mise en abyme en perspective, quand on y pense, qui peut bien sûr tourner à vide. C'est un peu le risque que prend Dupontel en faisant de son deuxième film une méditation burlesque, et incendiaire, sur la terreur de la deuxième oeuvre!
Darius (Dupontel), auteur dramatique, vient juste de triompher avec sa première pièce Détresse intime, quand il doit s'arrêter, et prendre le large pour six mois: désespérément alcoolique; complètement à côté de la plaque, il se met au vert, et revient six mois plus tard, guéri à Paris. Il a juste oublié son engagement auprès de Pierre, le directeur du théâtre (Nicolas Marié), de lui livrer une autre pièce. A son retour, il a deux jours, et pas la moindre idée. Surtout qu'il faut bien avouer qu'il n'a déjà aucun souvenir d'avoir écrit la première, qui s'était semble-t-il écrite toute seule dans une sorte de stupeur alcoolique... Sous la surveillance affectueuse de Victor (Philippe Urchan), son voisin un peu trop collant et attentionné, et sous la pression méfiante exercée par sa vedette Chloé Duval (Claude Perron), Darius tente de se mettre au travail...
L'auteur a chargé la barque, et les vingt-cinq premières minutes du film, paradoxalement, sont les plus difficiles à passer... C'est qu'on n'en sait sans doute pas suffisamment sur Darius pour vraiment s'investir dans ce qui ressemble au départ à une fable kafkaïenne. Une fois les tentatives délirantes amenées (Chloé en vient à penser que Darius trouve l'inspiration dans le fait de tuer les chats, alors il s'exécute), la comédie noire et provocante prend fermement le dessus. Le résultat final, réflexion artistique au vitriol mêlée d'un commentaire narquois sur le rapport entre créateur et public, et tant qu'à faire le créateur et Dieu, est sinon emballant, au moins distrayant.
Et puis non seulement dans son film il tue les chats (ce qui est mal dans la réalité, cela va sans dire) mais en prime il se lance dans un chapitre anti-Bretons inattendu, et qu'il faut bien sûr prendre au second degré. Ce qui occasionne une phrase qui en contexte fait du bruit: "Kenavo, les bouseux!"
Dupontel, par ailleurs, y affirme sa dette envers des créateurs qui l'ont inspiré, et qui tranchent clairement sur l'ordinaire du cinéma Français: en réalisant un film qui visuellement (entre rêve-cauchemar et réalité, entre raison et folie) se situe dans la lignée du style de Terry Gilliam, il en profite pour ajouter à son équipe de choc (les comédiens Claude Perron, Michel Vuillermoz, Dominique Bettenfeld, Philippe Urchan et Nicolas Marié sont très souvent là) la présence de Terry Jones dans le rôle de Dieu.
Après The tales of Hoffmann, ce film (lointainement) adapté de l'opérette Die Fledermaus de Richard Strauss est la deuxième incursion de Powell (et Pressburger) dans la musique, cette fois avec un Cinemascope glorieux pour compléter le superbe Technicolor auquel les Archers nous ont habitués... Et c'est, sinon un échec (à ce stade d'étrangeté, je pense qu'il n'y a pas lieu de considérer le film comme un échec: il est bien tel qu'ils l'ont voulu!), en tout cas une sérieuse déception...
Parce que le contexte d'une après-guerre étrange, à Vienne, qui réussit tant au Wilder de A foreign Affair et One, two, three (Situés, eux, à Berlin) débouche sur une confusion certaine, dans cette intrigue où l'on se perd dès la deuxième minute: Anton Walbrook y est Flake, un maître d'hôtel qui se venge d'une bonne farce qu'on lui a faite: il s'est réveillé dans les bras d'une statue Soviétique, fin saoul, et affublé du'n masque de chauve-souris... Sa vengeance touchera un peu tous les camps qui se sont invités à rester à Vienne après la défaite d'Hitler: les Américains, les Anglais, les Russes et les Français.
Comme dans leur adaptation d'Offenbach, les cinéastes ont privilégié le jeu sur le chant, et donc ils ont invité des acteurs, dont Ludmilla Tcherina, Mel Ferrer, Michael Redgrave, ou Dennis Price, qui ne sont pas nécessairement des chanteurs, quitte à les doubler. L'opéra a été dépoussiéré, non seulement dans ses décors, sa situation et ses costumes, mais aussi dans son texte. Le Cinemascope, utilisé pour la première fois par les deux partenaires dans un long métrage, a donné lieu à quelques scènes intéressantes qui sont tout en largeur... Et puis voilà: quelles que soient la fantaisie des deux excentriques cinéastes, les prouesses, les efforts notables vers la comédie, on s'ennuie ferme.
On prend les mêmes et on recommence: un chat déguisé en putois rencontre une fois de plus le serial lover Pepe, et va l'avoir sur le dos sur tout un cartoon et plus si affinités... C'est un film routinier, mais qui possède une mise en route notable par son originalité. Il est vrai que le principe qui consiste systématiquement à faire se rencontre un putois et un chat déguisé n'a pas attendu longtemps pour être répétitif...
Donc ici, ce qui mène à cette rencontre est très élaboré: dans les alpes, un petit monsieur se rend chez le poissonnier, pour acheter une toute petite sardine. Revenu chez lui, il l'accroche à une canne à pèche, et agite le poisson au-dessus de Fifi, jeune chatte noire et blanche, et l'attire chez lui. Là, il lui peint le dos, et se rend avec elle à la banque, où il la laisse faire son effet: croyant voir un putois, tout le personnel et toute la clientèle vident les lieux, et le cambrioleur n'a plus qu'à vider les caisses...
...le reste est la routine: rencontre, come with me to the casbah, poursuite.
Un studio Parisien de cinéma, en 1913, s'apprête à lancer une production animalière, et le metteur en scène bat le rappel des troupes: il lui manque un putois "sans le pew". L'accessoiriste trouve une solution que n'importe qui ayant vu au moins un film du putois Pepe, saura anticiper: il peint le dos d'une chatte qui, la pauvre, n'a rien demandé à personne. Sur ces entrefaites, arrive un vrai putois, donc "avec le pew", qui cherche à rencontrer Torma Nalmadge... Je vous laisse deviner la suite.
Jones fait de nouveau confiance à Maurice Noble (pour les décors) et Abe Levitow (dont le dessin très particulier, et volontiers anguleux, est la clé de l'animation de ce film), et ça se voit... C'est le plus avant-gardiste à ce stade de la carrière de Jones. Et sinon, bien sûr, Pepe restera toujours Pepe! Un ingrédient intéressant du film,outre le massacre réjouissant et absolu de la belle langue de Jean-Marie Bigard et Désiré Landru, est le fait que le film étant situé à l'époque du muet, les auteurs se sont certes déchaînés, mais il l'ont fait avec une certaine culture...
Avec un film comme celui-ci, sans doute nous faut-il apprendre à aller au-delà des superlatifs, des raccourcis hâtifs et galvaudés, mais aussi d'une certaine tendance actuelle, dangereuse et inquiétante, au révisionnisme, bref, de tout ce qui environne le film le plus important de Selznick. Et on va d'ailleurs commencer par dire qu'on se fout comme de l'an 40, comme on dit, que cette fresque délirante de 3 heures et cinquante minutes ait obtenu l'Oscar du meilleur film pour l'année 1939, entre autres hochets: ça fait un paquet de temps qu'on sait bien que ce n'est pas ça qui fait un bon film. La preuve? ...cette même année, il y avait aussi Stagecoach de John Ford, et pourtant on ne lui a pas donné la statuette...
Non, on va juger le film sur pièces: un film difficile à attribuer, pour commencer, puisque le tournage a commencé, en 1938, par des plans qui sont dans le film, mais qui ont été tournés avant que les acteurs aient été engagés, et avant l'arrivée d'un réalisateur. Et quel réalisateur, d'ailleurs? On sait que George Cukor a commencé le film, ce qui déplaisait à Clark Gable, donc il a fallu le remplacer par Victor Fleming. Mais au moment où Cukor a été congédié, Fleming était occupé par un boulot prenant (finir sa participation à The Wizard of Oz!) donc l'intérim a été assuré par Sam Wood pour trois semaines, avant que Fleming puisse faire son entrée sur le plateau. Alors dans ces conditions, pourquoi lui attribuer le film? Eh bien, d'une part parce que c'est un crédit officiel; ensuite parce qu'ayant fini le film, il est celui qui l'a porté sur les fonds baptismaux; enfin, parce qu'il est évident (historiquement comme devant le film fini) qu'il en a dirigé une portion significative... Remarquez, il est estimé que Cukor aurait tourné à peu près 35 ou 40% du film tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Si on en attribue 50% à Fleming, il reste 15% à partager entre Wood, Selznick et quiconque a mis la main à la pâte, on connait la propension du producteur pour diviser le travail dans l'intérêt d'un film... Et puis le résultat, portant aussi bien la marque de Cukor que celle de Fleming, est sans doute la meilleure des justifications: c'est un chef d'oeuvre, non?
En 1860, sur la plantation des O'Hara, les esprits sont chauffés: d'un côté la jeune Scarlett ne rêve que d'amourettes avec son beau voisin Ashley Wilkes (en dépit des rumeurs alarmantes d'un mariage qui s'effectuerait entre ce dernier et sa cousine Melanie), pendant que les hommes ne parlent que de l'inévitable guerre qui s'annonce... Très vite, les choses se précipitent, et une civilisation construite sur la dureté de l'esclavage et la douceur de la météo, s'apprête à être emportée par le vent, pendant que Scarlett O'Hara va devenir adulte en faisant toujours bien attention à mettre ses affaires et sa survie devant tout: les convenances, le bien-être des autres, et la politique... Se mariant trois fois, toujours avec la pensée de moins en moins secrète qu'un jour Ashley pourrait bien être l'heureux élu...
C'est bien plus que l'histoire d'un égoïsme, car ce qui tient le spectateur en haleine durant quatre heures ou presque, est plutôt la confrontation entre les êtres, qui vont tous par deux dans des combinaisons différentes: Scarlett et Ashley, son amoureux tellement idéalisé qu'il ne sait plus très bien lui-même où il en est, Scarlett et son ennemie intime Melanie qui semble autant digne et honorable que Scarlett est frivole, et enfin - et surtout, devrait-on dire - Scarlett la terrienne et Rhett Butler le visionnaire, qui vont finir par s'allier, et même s'aimer... Mais pas en même temps. Le film est une époustouflante galerie de portraits, certes centrée autour de la figure flamboyante de Scarlett O'Hara, une héroïne fascinante parce qu'elle n'est pas forcément de celles qu'on aime, mais ses motivations sont claires, et tangibles: un trait du film qui le rapproche des séries d'aujourd'hui...
Et parmi ces personnages qui ont tous le temps d'exister (la liste serait longue, mais allez voir le film, vous verrez) et qui sont servis par des prestations de l'un des plus beaux castings de l'histoire du cinéma (Vivien Leigh, Leslie Howard, Clark Gable, Hattie McDaniel, Thomas Mitchell, Harry Davenport, Jane Darwell, Ward Bond, Laura Hope Crews...), il y a une prestation que je trouve absolument essentielle, et qui donne probablement tout son sens au film: Olivia de Havilland, "prêtée" par Warner à Selznick, savait-elle qu'elle avait le meilleur rôle du film? Celui de la douce, tendre, sage, fidèle Melanie, parangon du sacrifice et femme modèle, qui sert du début à la fin de repoussoir, de défouloir, de contre-exemple à cette peste égocentrique de Scarlett O'Hara. Choisissant de la jouer d'une façon frontale, Miss de Havilland dont on connaît le talent, et qui a quelques années plus tard donné toute la mesure de son grand art en se spécialisant dans les rôles ambigus, a joué Melanie de manière à ce qu'elle offre plusieurs grilles de lectures. Derrière la façade (brave, religieuse, fidèle à son mari, dévouée à la cause du Sud comme à sa belle-soeur, allant jusqu'à prendre la défense de cette dernière quand le tout Atlanta se met à exploser en rumeurs, par ailleurs fondées, sur elle et Ashley), il y a plusieurs Melanie possibles. Fière, se sachant gagnante quand elle garde son sang-froid, victorieuse par KO sur l'intrigante Scarlett quant à l'opinion publique? Melanie en femme du Sud a appris la valeur de cacher ses sentiments profonds, elle partira en demandant, de façon, là encore, ambiguë, à Scarlett, de faire attention aussi bien à Ashley qu'à Rhett... Rhett, qui a passé le film a chanter les louanges de Melanie, et dont la maîtresse Belle Watling ne jure d'ailleurs que par Melanie Hamilton Wilkes. Loin de moi l'idée de vouloir nécessairement faire passer Olivia de Havilland devant Vivien Leigh, dont la prestation est mémorable, mais je suis juste en train d'émettre une préférence.
Mais comme je le disais, cette histoire tient la route en effet, grâce aussi à une intrigue historique, une tourmente qui était du genre à inspirer le cinéma: quels qu'en soient les réalisateurs, le film accumule les séquences qui sont autant d'exploits, dans un souffle constamment renouvelé: la construction en deux parties est d'ailleurs exemplaire, et nous permet de prendre du plaisir à tant de grands moments... Plastiquement, c'est aussi une fête, qui a fait dire à beaucoup d'ignares que la couleur avait été inventée en 1939! Une intrigue qui rappelons-le, est basée sur une guerre fameuse pour sa pyrotechnie, et le nombre de ses morts, ce qu'un plan célèbre entre tous nous rappelle opportunément, un plan qu'on peut sans aucun problème attribuer à Selznick lui-même: venue à Atlanta pour chercher le Dr Meade, car Melanie va accoucher, Scarlett se retrouve au milieu d'un mouroir, jonché de soldats blessés, mourants ou morts: la caméra recule et s'élève, jusqu'à cadrer un drapeau Sudiste bien mal en point...
Et c'est là qu'il va falloir taper du poing: certes, on tiquera dans ce film, sur le comportement de toutes ces feignasses de blancs du Sud devant ceux qu'ils appellent les "Darkies", mais force est de constater que le film joue la carte d'un recentrage surtout si on en croit la réputation de racisme délirant de Margaret Mitchell, auteure du roman adapté. Ca et là, des allusions à un comportement décent (Ashley parle du fait qu'il aurait de toute façon affranchi les esclaves en prenant possession du domaine de ses parents, même sans la victoire du Nord), des personnages qui offrent une perspective au-delà de l'esclavage (Mammy, interprétée par la géniale Hattie McDaniel), et replacent les rapports entre maîtres et esclaves dans un contexte moins marqué. Bien sûr, que c'est un petit arrangement avec la vérité, mais le fait est que le film n'est pas une leçon d'histoire. De la même manière, s'il est évident pour la personne informée que la réunion de Sudistes qui se lancent à un moment dans une expédition punitive a tout d'une allusion au KKK pour qui sait lire entre les lignes, il n'en reste pas moins que dans le film, les Sudistes en question en ont après les blancs nordistes.
Dans ces conditions, on ne peut déplorer (surtout dans le climat actuel, où le premier Donald Trump venu, ou le premier Eric Zemmour, ou Renaud Camus, ou Michel Onfray, la liste serait longue, peut se permettre d'aller sur les médias dire des horreurs qui sont autant d'appels à la haine), que le film subisse aujourd'hui une mise à l'index, ayant été déprogrammé pour son racisme supposé. Je pense que si on met Gone with the wind à la poubelle, il va falloir élargir le dépotoir, parce qu'il va y avoir du déchet! C'est en phase avec une époque où l'homo sapiens admet qu'il ne connaît ni son histoire, ni son patrimoine culturel... C'est grave, et c'est bien sûr à rapprocher de récentes censures concernant Lillian Gish ou encore Buster Keaton: ce dernier avait représenté dans un rêve de The playhouse un numéro de music hall qui le voyait se représenter en blackface, selon les règles du music hall de 1922. Le film a lui aussi été déprogrammé pour son contenu politiquement incorrect! Quant à Miss Gish, une décision a été prise de retirer son nom du frontispice d'un cinéma, en raison de son appartenance au casting de The Birth of a Nation, film certes raciste (et d'ailleurs, Miss Gish, que je vénère en tant qu'artiste, était elle-même franchement très rétrograde sur les questions ethniques, mais ce n'est pas une raison)... La seule solution pour pouvoir sereinement affronter le futur est de connaître le passé, ses artefacts, bref, notre histoire. Et Gone with the wind, film phénomène, en fait partie à 100%... Et quel plaisir il nous donne, ce film de 80 ans!
Ca commence un peu comme dans Thugs with dirty mugs, de Tex Avery: la "Last National Bank" vient d'être dévalisée... Le bandit, toutefois, s'enfuit en voiture et va se planquer. Il serait passé complètement inaperçu, si un démarcheur à domicile n'était venu pour placer sa camelote chez lui. Un certain Daffy Duck, et dans son métier, il est l'un des pires: l'un de ceux qui vendent de tout, et ne vous lâcheront absolument jamais... Bref: la lutte est inégale, et le bandit dangereux... va souffrir.
C'est un régal, tant par une animation toute en rondeur (alors que celle des concurrents directs de Davis avait tendance à s'affiner), et aussi par le ton délibérément foutraque de l'ensemble. Davis, contrairement à Freleng, Jones et McKimson, qui avaient affadi le personnage de canard créé par Clampett et Avery au point d'en faire un insupportable geignard malchanceux, retourne à la puissance loufoque de Daffy Duck, et s'en amuse en nous conviant à la fiesta.