Ce film est à la fois assez routinier dans son traitement d'une histoire qui était tellement utilisée dans le dessin animé qu'on ne voit pas ce qu'il y avait de nouveau à dire (Un héros valeureux, à la force malingre de ses bras à peine musclés, s'attaque à un géant aux moyens industriels... et triomphe), et passionnant dans la mise en scène qui joue de tous les aspects de la vitesse et de la puissance: Porky est le propriétaire d'une ligne de chemin de fer à l'ancienne, donc d'une abominable loco pourrie, et doit faire face à l'impressionnante concurrence des machines modernes. une course est organisée... Et c'est quand même le chemin de fer moderne qui gagne Tashlin ayant délibérément laissé le rythme du film épouser celui, ultra-rapide, du train aérodynamique.
"Un soir de rafle", donc, Georget, un marin démobilisé (Albert Préjean) rencontre une jeune femme, Mariette (Anabella) qu'il prend pour une prostituée, mais qui est en fait une chanteuse de music-hall, et une femme à la vertu irréprochable de surcroît. Ils sont amoureux, ils sortent, et se rendent un jour à une fête foraine, où pour répondre à une provocation, Georget se bat sur un ring de boxe, et... gagne haut la main. Le boxeur défait lui propose de l'entraîner et en deux temps trois mouvements, Georget devient champion de France.
Et c'est là que les ennuis commencent, car les honneurs de la victoire attirent manifestement les gens infréquentables. Dont une femme... Georget et Mariette se séparent, mais dans l'ombre,la jeune femme ne cesse pas de l'aimer...
Autant je déconseille vivement le visionnage du film Ma cousine de Varsovie, de Carmine Gallone, autant je pense qu'avec Un soir de rafle, on a devant soi une très grande surprise. La réunion d'une certain nombre de talents, en fait: le scénario est dû entre autres à Henri Decoin, et adapté et mis en dialogue (Et ça se sent, cette fois) par Clouzot qui était particulièrement inspiré. Il est probablement responsable du découpage aussi, Gallone étant connu pour être un tâcheron qui enchaîne les tournages... ce qui ne l'empêchait pas de réussir un film, car ici la mise en scène est impeccable!
Gallone sait plonger dans le public s'il le faut, et la caméra se promène absolument partout. Le montage aussi est inventif, et le script a la très bonne idée de créer dans le cadre des matches de boxe les conditions d'un suspense, qui ne passe pas trop par des plans de bagarre: il fallait garder Préjean vivant, quand même. C'est la réaction du public qui donne le ton ici, comme dans The ring de Hitchcock! le film partage souvent avec le metteur en scène Anglais cette tendresse pour le public populaire des salles de sport et de spectacle, qu'on voit bien dans les films Britanniques du maître. Mais "le public", parfois, c'est Annabella dont le beau visage d'ancienne actrice du muet est bien mis à profit du début à la fin du film: on a eu le bon goût de ne pas la surcharger de dialogue. Même Préjean réussit à limiter ses "Oh ben mon vieux, tu parles, c'est pas un problème, t'sais" irritants, au minimum! Et est-ce une illusion, une sur-interprétation, ou l'auteur futur de Quai des orfèvres aurait-il glissé dans ce film une sorte de romance homosexuelle de contrebande entre Préjean et son manager, Constant Rémy? Il me semble qu'il est possible d'isoler leur dialogue et de systématiquement lui donner un autre sens. Clouzot raffinait son art, et mettait ici pour le meilleur son talent au service des autres... en attendant son tour, patiemment.
Comme Porky and Gabby, ce film est une réalisation de Ub Iwerks, créateur de Mickey, des Silly symphonies, qui travaillait souvent pour un patron ingrat (Appelons-le Walt), près de ses sous, et qui n'a jamais réalisé un film de sa vie. Donc une sorte d'escapade pour le metteur en scène qui à nouveau, dirige l'animation de Chuck Jones et Bob Clampett... Et ce nouveau court métrage est bien meilleur que son prédécesseur...
D'abord, il y a une idée, certes, mais elle est bonne: Porky, aux prises avec un sale gosse qui a décidé de lui en faire baver, est le gérant d'une station service qui sera, après ces sept minutes, uniquement un souvenir...
Ensuite, les dialogues (qui étaient particulièrement irritants dans Porky and gabby) sont limités au strict minimum, et force reste à l'animation. Et animer un sale gosse qui fait des grimaces dans le dos, qui est capricieux comme pas deux, et le mettre face à cette victime facile qu'est ce pauvre porcin, c'était quand même un peu facile, mais... il FALLAIT le faire!
Reste que l'immortel auteur des Silly symphonies venant courir le cachet au pays des Merrie melodies et des Looney tunes, c'est assez piquant.
Une ville Américaine décide de ses lancer dans de grands travaux, et d'ériger un hôtel de ville digne de ce nom. On prend contact avec les deux seules entreprises de construction de la ville, afin de les mettre en concurrence sur le projet: Porky Pig et Dirty Diggs... Lorsque les deux patrons donnent exactement le même devis (L'un des deux a triché...), il est donc décidé de les faire travailler en parallèle, côte à côte, sur deux hôtels de ville. Le premier à finir emportera le marché...
L'introduction est rapide et même modèle, faisant en prime l'économie d'une autre scène qui installerait les personnages, puisque le comportement des deux "constructeurs" est très clair; ensuite, c'est l'escalade souvent absurde des moyens de construction, et l'entraide affichée par Porky Pig et ses copains vont, bien sûr l'emporter. Ainsi, non seulement le film est intrinsèquement bon, il est en prime assez Rooseveltien!
Ub Iwerks était parfois sérieusement fâché avec son patron (Et supposé ami) Walt Disney, oh, pour des broutilles: cette manie sans doute de "signer" de son logo absolument tous les films de la firme en oubliant souvent, voire systématiquement, de créditer les auteurs des films, cette assurance dans le mensonge (La création de Mickey Mouse, par exemple), faisaient qu'un authentique artiste comme Iwerks, auquel on doit beaucoup, mais alors beaucoup, finissait toujours par se fâcher. Donc avec ce film i fait une entrée chez les concurrents, et emploie même pour animer son film deux pointures de chez Schlesinger: Jones et Clampett, pas moins...
Mais Porky and Gabby n'est pas autre chose qu'un bouche-trou, quel que soit le génie établi d'Iwerks, l'auteur de The skeleton dance, quels que soient les savoir-faire respectifs de ses deux animateurs-vedettes. L'histoire, réduite à presque rien, ne présente pas d'enjeu: Porky et sa chèvre irascible Gabby vont camper, et la nature s'en mêle, les ennuis s'accumulent, jusqu'au moment où la seule solution est de partir... L'animation est bonne mais les personnages manquent de substance, et la bande-son est vampirisée par du jazz en boîte, rien à voir donc avec ce que fera Stalling quand il se laissera aller... Ub Iwerks fera essentiellement trois tours de piste avant de repartir, et on ne se souviendra pas vraiment de lui.
Après quelques films un tantinet routiniers, voici le réveil spectaculaire de Frank Tashlin! Porky est amoureux, et on se demande bien pourquoi, tant l'élue de son coeur est peu attachante. Le seul argulent qui lui fait ouvrir sa porte à son prétendant est le fait qu'il a amené des friandises. Et elle est flanquée en permanence d'un chien, un Pékinois de la pire espèce... Tentant de se suicider, Porky a des hallucinations, il voit son avenir avec Petunia... Et ça va heureusement lui ouvrir les yeux.
Au début, Tashlin abat le quatrième mur en nous présentant, avant le générique, la petite nouvelle, Petunia Pig. Celle-ci reviendra, mais pas souvent, tant elle a un caractère de... heu... Cochon. Mais le film est formidable, alliant la rapidité de l'action avec un graphisme de plus en plus maîtrisé. C'est drôle, impertinent, et assez grinçant, quand même...
Pas assez détaillé? Bon: disons que ce film est typique d'une certaine production française, à l'époque de l'arrivée du parlant, quand il fallait absolument faire passer le plus de dialogue possible au cinéma, et qu'on s'est résolu à simplement transposer les succès boulevardiers à l'écran. Malgré les efforts de l'adaptateur-dialoguiste (Limités, puisqu'on y reprend par ailleurs quasi in extenso une pièce de théâtre) pour sortir de l'environnement confiné de la pièce, ce film est d'un ennui mortel, et le doit à plusieurs facteurs: le style 'ciel mon mari' n'a d'intérêt que chez Lubitsch parce que lui n'a jamais oublié de faire du cinéma. Ici, c'est indigent. Carmine Gallone parle-t-il le français? J'en doute au vu des erreurs et auto-corrections que se permettent les acteurs dans ce film, et surtout on ne comprend pas un traître mot de ce que dit Elvire Popesco du début à la fin du film, ce qui est en réalité une prouesse: elle jouait le rôle au théâtre depuis 8 ans...
Enfin le personnage principal est interprété par l'un des plus mauvais acteurs que j'aie vus... A tel point que je n'ai même pas envie d'aller chercher son nom.
Bref: le seul intérêt (relatif) de ce film est d'avoir été le baptême du feu de Clouzot au cinéma. Vous le trouverez peut-être ça et là dans une ou deux scènes... C'est bien peu.
A en croire les premières scènes, avec ce rythme sacralisé, calculé et entièrement basé sur la démarche de père tranquille de Jean Gabin (Moi, mes hommes, mes femmes, mes potes, mon resto, mes soirées), on aurait presque l'impression d'assister à un de ces films qui jouent sur l'ambiguïté de la vie de gangster: parce que ces messieurs les hommes ont quand même la belle vie, non? On sort, on drague, la fidélité n'a pas l'air d'être si importante, on vit toute une vie parallèle aux caves, en somme. Et on fait des affaires avec efficacité et savoir-vivre...
Max (Gabin) et son meilleur pote Riton (Son ami, à la vie à la mort, certains disent même son compagnon la nuance est importante mais je ne relèverai pas - il est interprété par René Dary) viennent en douce de faire un coup fumant et ils laissent aller le temps que ça s'oublie: 50 briques à eux deux, et douze lingots qui attendent bien gentiment dans un coffre d'une voiture, quelque part dans paris. Personne d'autre qu'eux ne le sait, et dès que ça se sera calmé ils empocheront le magot et raccrocheront.
Sauf que non: Non, la vie ne sera pas tranquille pour eux, et non, ils ne raccrocheront pas, parce que Riton, c'est un sentimental, et il a parlé à sa petite amie Josy (Jeanne Moreau)... Et Josy, elle connaît d'autres hommes, dont le Gangster Angelo (Lino Ventura), l'étoile montante du trafic de cocaïne, un domaine par trop moderne auquel Max ne connaît, lui, pas grand chose... Et Angelo ayant les dents qui rayent le parquet, il ne va pas se laisser arrêter par les convenances...
Un requiem, encore, comme celui "pour un con" de Lautner et Audiard, mais tourné dans un style aussi épuré que possible, sans fioriture aucune. Le dialogue est fleuri, ça oui, mais totalement authentique, j'hésite à écrire 'fonctionnel' tant ça pourrait paraître insultant: ça ne l'est pas, les hommes et les femmes parlent ici un argot authentique, mais surtout complètement naturel. Et personne ne la ramène, jamais. Le code l'interdit, d'une part. Et d'autre part, on comprend très vite que l'enjeu, dans ce monde codifié dont les codes sont de moins en moins respectés, c'est tout bonnement la survie. Certains, d'ailleurs, ne survivront pas. Ceux qui resteront devront alors faire bonne figure... Et repartir de zéro.
C'est magnifique. Pas un gramme de glamour, pas un milligramme de graisse, Touchez pas au grisbi est en France le film définitif sur le sujet, digne de figurer à côté de Scarface (De Hawks, bien sur, pas la version Coca-cola de Brian de Palma), ou Public Enemy. C'est aussi un des rares grands films de Gabin une fois la guerre passée (Soyons juste, aux côtés de French Cancan, L'air de Paris, Voici le temps des assassins, ou même Le pacha cité plus haut) et en prime l'un des rares très gros succès de Becker.
La corrida, cet étrange passe-temps qui prend un peu trop souvent le prétexte de se battre contre un animal qui ne vous a rien fait pour ne pas suffisamment massacrer de toreros (le seul intérêt, c'est quand cet abruti en pyjama à paillettes se fait détruire par le bovin, non?) a souvent inspiré les cartoons, et Tex Avery y reviendra avec Droopy quelques années plus tard. Mais en attendant, c'est Porky Pig qui s'y colle, sauf qu'il y vient par un stratagème: il avait arrangé avec des copains déguisés en taureau! Le problème c'est qu'il vont d'abord boire, et manquer le rendez-vous, Porky affrontant finalement un authentique toro...
Si Porky Pig (Comme d'habitude) manque totalement de substance, on appréciera un taureau plein de santé, drôle, vif et qui plus est il va survivre, ce qui dans ce soit-disant sport est suffisamment rare pour être mentionné...
Ce n'est pas tant par son intrigue, son rythme ou sa mise en scène que ce film de Tashlin se distingue. Il raconte une course délirante dans lequel Porky Pig se distingue par le tacot abominable qu'il conduit. Mais il est plus notable par cette habitude qu'avaient les animateurs de croquer les grands d'Hollywood dans leurs films! Et il n'y a aucune motivation réelle pour que Laurel et Hardy, W.C. Fields, Chaplin ou Charles Laughton, si ce n'est que le grand challenger s'appelle Borax Karoff...