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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 10:57

Avec ce film très ambitieux, et assez long, Klapisch sacrifie à la vogue du film choral... à sa façon, bien sûr: il relate à travers quelques jours les histoires d'une dizaine de personnages, avec plus ou moins des liens entre eux, et le fait en variant les modes, de la comédie de moeurs légère au drame. Et tout, bien sûr, renvoie constamment à Paris, la capitale vue à travers les yeux fascinés de Romain Duris, malade et craignant de devoir tout quitter un rien prématurément, de Fabrice Luchini en professeur d'Histoire à la Sorbonne, ayant consacré sa vie à l'histoire de la ville, ou de Kingsley Kum Abang, un Camerounais qui passe le film entier à tenter d'arriver sur le sol Français avant de rejoindre la ville de ses rêves...

Pierre (Romain Duris) est danseur, mais pour lui, c'est fini: il est cardiaque, et les médecins sont inquiets quant à ses chances de survivre. Il lui faudra à plus ou moins court terme une transplantation... En attendant, il s'organise avec sa soeur Elise (Juliette Binoche) pour essayer de gérer l'instant. Elise est seule avec ses trois enfants, et Pierre ne comprend pas comment elle se débrouille pour rester seule. Les prétendants ne manquent pas, mais celui qui a le plus de chances, c'est Jean, le vendeur de fruits et légumes (Albert Dupontel) qu'elle voit souvent au marché, et dont la fille est copine avec la sienne. Mais Jean a un souci: il est séparé depuis quelque temps de Caroline (Julie Ferrier), la mère de sa fille, mais elle continue à travailler avec lui et son associé (Zinedine Soualem) au marché. Et la cohabitation est d'autant plus difficile que Caroline se laisse draguer facilement.

Les Verneuil viennent de perdre leur père: Roland (Fabrice Luchini) est historien, et Philippe (François Cluzet) est architecte. L'un raconte le Paris historique, et l'autre transforme le Paris d'aujourd'hui. Mais ils ont des soucis et des doutes: Roland est en plein questionnement, et ressent en plus une attirance pour une étudiante, Laetitia (Mélanie Laurent)... Quant à Philippe, lui et son épouse Mélanie (Judith El Zein) attendent un enfant, et Philippe lui aussi doute aussi bien de ses capacités d'architecte "normal", que de sa future paternité...

Etc etc etc... Chaque situation entraînant des ramifications, bien sûr, et comme d'habitude avec ce genre de film (Et avec ce metteur en scène très productif), on admirera les monteurs qui ont réussi à rendre tout ceci cohérent, fluide et très lisible. Klapisch a délibérément choisi de nous montrer des êtres en rupture, en deuil, dans le doute ou à l'approche de la mort... Qui vont s'efforcer de trouver en eux, ou dans leurs vies respectives et mutuelles, le moyen de s'accrocher. C'est peu de dire que c'est un cliché, que ça a été fait des dizaines de fois... y compris sur des méditations autour de la capitale (Duvivier est passé par là), mais le pire c'est que ça marche toujours, y compris dans ce film. Il y a une poésie urbaine (Et une séquence éblouissante d'effets spéciaux dans un segment consacré à François Cluzet), des décrochages délicats, des personnages qu'on a envie de suivre. Des moments de comédie même, à commencer par l'odieuse boulangère raciste incarnée par Karine Viard...

Mais toutes ces histoires sont accompagnées du fil rouge de ce migrant (Même si le terme n'existait pas encore sous sa forme actuelle) qui tente de rejoindre la France parce qu'au fin fond du Cameroun, il rêve de Paris. Il porte en lui une bonne part de la misère de tous ces gens, dont Pierre (Qui répète à qui veut, ou ne veut pas l'entendre, qu'il "va crever") pense qu'il feraient mieux de cesser de se plaindre, et de vivre.

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Published by François Massarelli - dans Cédric Klapisch Albert Dupontel
23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:54

On entre dans ce film par la vision d'une maison de poupées, puis la caméra nous révèle la chambre où on la trouve, en particulier une procession de jouets, des animaux aux tailles dépareillées alignés dans une étrange procession... On est dans la chambre de Briony, 13 ans, une jeune fille fantasque (Saoirse Ronan) qui écrit. Elle met la dernière main à sa première pièce, dont elle espère pouvoir diriger la première interprétation le soir même, car dans la maison des Tallis, arrivent trois cousins: Lola (Juno Temple), qui est un peu plus âgée qu'elle, et ses deux jumeaux de frères, qui sont bien turbulents.

A cette occasion estivale, toute la famille se réunit dans la luxueuse demeure familiale, et un dîner est organisé le soir même, comme pour fêter le retour au bercail de Leon (Patrick Kennedy), le grand frère. Celui-ci amène un ami, un fils à papa un rien snob (Benedict Cumberbatch), l'héritier d'un chocolatier très en vue. Mais un autre sera invité lors de cette soirée, Robbie Turner (James McAvoy), le fils de la gouvernante. M. Tallis l'a pris sous son aile et lui a financé ses études en échange de travaux occasionnels (...et quotidiens) sur la propriété. Il a grandi avec les enfants Tallis mais surtout avec Cecilia (Keira Knightley), la grande soeur de Briony.

Cecilia est d'ailleurs prise entre deux comportements: ignorer Robbie, comme sied à son rang, ou bien continuer à le fréquenter et afficher de la complicité avec lui... Lors des premiers moments du film, dans cette demeure qui ressemble d'ailleurs fort à la maison de poupées du début, Briony va voir un incident qui aura des conséquences néfastes sur bien des personnages. Nous aussi allons le voir, deux fois: Briony avait vu Robbie, près du luxueux bassin qui est situé devant la résidence. Rejoint par Cecilia, les deux parlaient, quand soudain Briony a vu Cecilia, manifestement en colère, se déshabiller... pour plonger dans le bassin, et ressortir, ruisselante et en chemise, et planter là son ami qui ne savait clairement pas où se mettre. Briony, instinctivement, pense que Robbie a fait quelque chose. Tout de suite après nous allons voir plus en détail le déroulement des événements, et nous apercevoir qu'il s'est bien passé quelque chose, mais qu'en aucun cas Robbie n'a poussé Cecilia à faire son plongeon dans le bassin... Cecilia a cherché un prétexte pour approcher le jeune homme, et dans leur conversation, celui-ci a cassé et fait tomber les morceaux d'un vase de luxe qu'elle portait dans le bassin. Cecilia s'est donc déshabillée afin de récupérer les fragments du vase. Avait-elle calculé que par le théorème du T-shirt mouillé, il en résulterait pour le jeune homme une irrésistible vision? Quoi qu'il en soit, après leur entrevue  il est rentré chez lui et avant de se préparer pour le dîner, a écrit une lettre d'excuses à Cecilia...

Cette répétition d'un événement, sous deux points de vue différents, celui de Briony et le nôtre, installe donc une illustration à la fois du conflit de classes, qui perdure dans le film jusque dans ses moindres recoins, et qui est si typique de l'Angleterre des années 30, mais aussi du fait que nous sommes, pour une large part du film, les témoins de l'imagination fantasque de Briony. C'est donc une excellente idée que d'avoir confié le rôle de la jeune femme à Saoirse Ronan, qui sait jouer dans un territoire intermédiaire, entre la petite peste capricieuse, et la naïveté adolescente, le rôle d'une personne qui décidément a trop d'imagination... Les deux autres parties du rôle la voient grandir (Romola Garaï) puis vieillir (Vanessa Redgrave).

Le reste de la soirée va encore, à trois reprises, être modelé à partir de l'imagination fertile de Briony: en écrivant sa lettre à Cecilia, Robbie s'emmêle les pinceaux, et recommence sa missive sans succès. Au bout d'un moment, il se lâche et écrit quelques lignes, sur un mode explicite et pornographique... Ce qui le fait bien rire, mais surtout ça l'a défoulé: du coup le message qu'il écrit juste après est le bon! Excuses ciselées, mais aussi des allusions claires mais pas excessives à ses sentiments pour elle. Une fois le message écrit, Robbie s'habille, et se prépare à partir. Il prend une lettre, la met dans une enveloppe, part, et confie l'enveloppe à Briony pour que celle-ci la donne à Cecilia...

Maintenant, si on voulait que tout se passe bien pour les personnages, il est à peu près sûr que le message serait le bon. Voire que Briony ne le lirait pas... Mais d'une part Briony va le lire, et d'autre part, bien sûr il s'agit du message porno, qui est non seulement très salé, mais aussi, et Cecilia le prendra comme tel, fortement sincère. Il en résultera une scène d'amour dans la bibliothèque, qui aura un témoin malencontreux: Briony, bien sûr. Et enfin, Briony qui a vu sa cousine Lola en pleine nuit, juste après qu'elle ait été violée (Par qui? On le saura à la fin du film, j'y reviendrai), accusera Robbie: après tout, c'est une bonne occasion, pense-t-elle, de se débarrasser de celui qui fait du trucs pas catholiques à sa soeur, et de plus, au cas où on n'aurait pas encore compris, Briony n'est pas douée que d'une imagination fertile: elle est très jalouse.

Le reste du film est conditionné par ce prologue brillant, dans lequel Joe Wright conditionne tout à l'imagination d'une jeune fille déjà attirée par l'écriture. Mais cette fois, elle a trouvé, involontairement, le moyen de donner du corps à ce qu'elle imagine. Non content de soumettre sa mise en scène à cette notion de point de vue et d'imagination, Joe Wright fait preuve dans toute cette partie d'une verve visuelle impressionnante...

Le reste du film est situé en pleine guerre mondiale, et nous assistons au calvaire de Robbie, engagé coincé sur les plages à proximité de Dunkerque, qui rêve de retourner en Angleterre, car il a revu Cecilia qui n'a jamais cru en sa culpabilité, et souhaite reprendre avec lui là où ils s'étaient arrêtés dans leur relation. Cecilia, souhaitant couper les ponts avec sa famille, est devenue infirmière. Quant à Briony, rongée par le remords, elle a elle aussi commencé à travailler en tant qu'infirmière. Et elle cherche à contacter sa soeur et tout faire pour tenter de réparer le mal qu'elle a fait...

C'est brillant là encore, avec des morceaux de bravoure de la part d'un cinéaste qui revendique sa part d'héritage de David Lean: il accomplit un tour de force avec la reconstitution de Londres en plein Blitz, et surtout Dunkerque, la fameuse bataille controversée de la Guerre-éclair, fait l'objet d'un plan-séquence hallucinant; on n'oubliera pas non plus les pérégrinations de trois soldats Anglais dans la Somme dévastée qui rappellent le sublime "La condition de l'homme" de Masaki Kobayashi. Rien que ça... Bref, ce film passionné est bien plus qu'un film de luxe avec des rôles en or pour stars en devenir (Qui sont tous brillants de bout en bout, à propos): c'est un exercice de style dans lequel le cinéaste nous montre l'art et l'imagination comme rempart contre l'horreur et l'injustice, tout en faisant se joindre deux imaginations fertiles: celle d'une enfant, et celle d'une dame trop âgée. Mais il a aussi beaucoup situé son film sur un terrain "social", en nous montrant les filles Tallis obsédées par leur "rang", et la différence de leurs petites personnes avec le fils de la gouvernante, mêle adoubé par leur père. Et ironiquement, quand on voit vers la fin du film une dernière confrontation entre Cecilia et Robbie d'une part, et Briony qui avoue son mensonge, celle-ci se rend compte que tout ce temps, les deux amoureux sans se concerter avaient cru que le coupable du viol était Dannie (Alfie Allen), un domestique de la propriété Tallis que personne ne regarde quand on s'adresse à lui: il n'est personne...

Haut la main, le meilleur film de Wright, facilement.

 

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Published by François Massarelli - dans Joe Wright Saoirse Ronan
22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 18:06

Ce film est probablement la première des douze comédies effectuées, par Stan Laurel et le producteur Joe Rock pour le compte de Universal. Les avis sont partagés, mais le fait est qu'on y retrouve beaucoup de l'esprit de Laurel, dans une liberté qui m'a l'air à peu près totale, pour le meilleur, et sinon le pire, en tout cas le quelque peu embarrassant: il me suffira de dire que ce film est situé à Chinatown pour sa plus grande partie, pour qu'on entrevoie le fait qu'il est loin d'être politiquement correct!

Et ce dès le début: dans une famille d'Anglo-Saxons, le frère aîné supporte mal son petit frère (Stan Laurel) et pour se débarrasser de lui, le cache dans un paquet de linge sale... Qu'un blanchisseur Chinois vient chercher. Flash-forward vingt ans plus tard: Laurel, nommé Sum Sap ("Crétin lambda") est devenu un blanchisseur émérite. Le problème, c'est que parmi ses clients figure Sum Ting Wong (Hum!), le parrain local de la mafia Asiatique...

Mais que c'est idiot! Et tous les clichés les plus atroces y passent avec une telle régularité, une telle rigueur, que ça a quelque chose de grandiose! On notera que la production joue un jeu risqué: à la fin du film (Ne me demandez pas pourquoi), Laurel, donc un Anglo-Saxon camouflé en Chinois, va épouser Lili (Julie Leonard, semble-t-il), une jeune femme de Chinatown; selon le script, écrit par Tay Garnett, elle aussi est Anglo-Saxonne. Sauf que pas du tout, ou alors son maquillage est admirable... Non que je m'en émeuve personnellement, non: c'est juste que l'homo Americanus de 1924 est pointilleusement crétin sur un point: le mélange des races, qu'il appelle ça. Laurel, lui, n'a pas l'air très regardant: il a tout compris!

Bref, le film est un sommet de bêtise, dans lequel on retrouve de toute façon du début à la fin des gags qui sont du pur Laurel, et pour certains ils annoncent des grands moments de Brats, ou Berth marks, entre autres...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy
22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 17:56

Ce film fait partie des derniers courts métrages de 1923-24 réalisés chez Roach avec laurel, Finlayson, Ena Gregory, etc... Et ce n'est pas le plus raisonnable, loin de là. C'est une parodie, une fois de plus, de tout un genre, avec une narration qui s'amuse autour des romans de Anthony Hope (Le générique annonce très sérieusement que le film est "une suite de Le prisonnier de Zebra"...). Mais on est bien loin de l'atmosphère digne du film de Rex Ingram sorti en 1922!

Stan Laurel interprète le double rôle du roi du pays imaginaire où ses passent ces fadaises, et de Rudolph Razz, un playboy amoureux de la Reine (Mae Laurel); James Finlayson est Rupert le conspirateur en chef (Rappel, dans The prisoner of Zenda, c'était... Ramon Novarro!). C'est profondément idiot, et les gags sont du pur Laurel: chaque situation est poussée au maximum, sans ménager les chevaux. On peut noter, une fois de plus, une série de vexations que doit souffrir Madame Laurel: ces deux-là avaient manifestement des comptes à régler...

Quand à "Percy" Pembroke, il est probable qu'il s'est convenablement entendu avec la star du film, pour le suivre dans sa prochaine aventure: en quittant Hal Roach, Laurel allait tourner une douzaine de films en vedette pour Joe Rock, dont plus de la moitié allaient être réalisés par Pembroke.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy
21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 09:09

Dans la pléthore des films et séries Marvel, je ne sais pas pour vous, mais j'avoue avoir de moins en moins de patience. Ce qui était une bonne idée sur la base d'un film par an, tourne à la fois à la mauvaise manie, et au chantage commercial: en substance, venez voir nos films et prenez des notes car sinon vous n'y comprendrez plus rien. Un film, quel que soit son contexte, et sa participation à une série ou un ensemble, doit tenir tout seul. Je réclame le droit de voir L'empire contre-attaque sans avoir vu Star Wars, sans être obligé d'aller voir Le Retour du Jedi... Ce qu'il est impossible de faire avec Avengers, age of Ultron, par exemple. Mais ça, les frères Russo l'ont semble-t-il bien compris, qui jettent ça et là des balises immédiatement compréhensibles, et du coup la narration du film est fluide. C'est un excellent point...

Pourtant ça commence (De mon point de vue du moins) assez mal: une scène de castagne et grosse baston, en pleine rue, à Lagos, qui vire à l'accident bête: les Avengers, déjà sous le feu des critiques, ont effectué une intervention avec dommages collatéraux... Ce qui nous amène dès le départ au thème principal du film: toute action a ses conséquences, alors vivre une vie de super-héros, ça laisse des traces. L'affaire "Ultron" a déjà fait des dégâts, mais Lagos est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Les Nations-Unies posent un ultimatum aux Avengers, qui vont devoir passer sous contrôle, afin d'éviter toute conséquences de leur impulsivité. Le groupe est sérieusement divisé en deux factions, on devrait d'ailleurs dire trois: un certain nombre d'entre eux (Dont les particulièrement incontrôlables Bruce Banner et Thor) sont dans la nature... Les deux groupes qui sont en désaccord sur la proposition des politiques sont menés par une forte tête: autour de Tony Stark, qui regrette encore amèrement l'affaire Ultron dont il se sent responsable, les super-héros prêts à suivre les Nations-Unies sur leur proposition de contrôle. Autour de Captain America, ceux qui en revanche n'en attendent rien de bon...

Et les deux groupes vont se déchirer, suite à un attentat qui n'est rien d'autre qu'une manipulation: tout porte à croire qu'il a été perpétré par "Bucky" Barnes, un ancien ami du Captain, mais celui-ci en doute, et va se mettre dans l'illégalité en venant en aide à son ancien copain...

Voilà du nouveau, et plutôt intéressant: le Captain, anciennement le symbole du patriotisme à l'ancienne, celui qui ne pose pas de questions les yeux rivés sur la bannière étoilée, est désormais envahi par le doute. Et il va questionner ses valeurs... Sinon, le fait de mettre face à face pour une confrontation musclée mais jamais privée d'humour les deux personnages principaux, apporte beaucoup d'avantages au film, et en particulier une vraie lisibilité. Encore un bon point: chacun des deux camps va faire appel à des nouvelles recrues pour pallier à la division; si Captain America réussit à s'adjoindre les services de Scott Lang (Ant-Man), Tony Stark va lui former un jeûnot qui vit à New York chez sa tante, et s'est tricoté un costume dans le plus grand secret. C'est ainsi que Marvel lance le nouveau reboot de Spider-Man (Il y a tellement de reboots de Spider-man que chaque film semble être le premier). Ces deux apports fonctionnent à merveille...

Le film est entre les mains de deux metteurs en scènes qui savent doser l'action (Même si celle-ci, adaptée à cette ère de jeux vidéos, va décidément trop vite pour moi) et les autres scènes, gardent les acteurs (Y compris Downey, et ça il faut le faire, la diva ayant déjà fortement plombé les deux pires films du cycle) fermement sous contrôle, et réussissent à montrer intelligemment le thème principal. C'est d'ailleurs l'occasion en or de lancer Spider-man, dont toute la saga et toute l'ambiguïté du personnage repose précisément sur la même notion: les conséquences. Un super-héros met le monde qu'il veut sauver en danger (En sauvant Captain America, Wanda provoque une explosion d'un building et la mort de dizaines de personnes). Un super-héros n' pas le droit à la tranquillité (Clint Hawkeye doit abandonner sa retraite). Un super-héros n'a pas la possibilité d'une vie de famille (Spider-man demande à Tony Stark de laisser sa tante en dehors de sa vie)... Et tout le film passe, fluide, de fil en aiguille et de conséquence en conséquence. Pari réussi... Avant le prochain, car ces gens ne s'arrêtent jamais.

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Published by François Massarelli - dans Marvel Science-fiction
19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 20:55

Un roman de Daphné Du Maurier, un décor grandiose du Sud de l'Angleterre, des costumes du XIXe siècle, des acteurs Britanniques ou sachant parfaitement adopter l'accent... On se dit qu'on sera en terrain tranquille, que ce sera du gâteau, et puis... c'est tranquille, ça oui. Il y a des réminiscences de Rebecca, Du Maurier oblige. Et une énigme... Mais quand je dis que c'est tranquille, il faut comprendre que c'est, en réalité, profondément, absolument, irrémédiablement ennuyeux. 

Philip Ashley (Sam Claflin) a été recueilli par son cousin, qui l'a élevé, jusqu'à lui permettre de devenir un beau jeune homme, prêt à lui succéder quand il aura 25 ans. Mais le cousin Ambroise, qui a des problèmes de santé, doit partir pour l'Italie au climat plus clément. Deux lettres vont jeter le trouble: dans la première, Ambroise annonce être amoureux d'une jeune Anglo-Italienne, et il va se marier. Dans la deuxième, il déclare être persuadé que son épouse veut sa mort et fomente un complot avec les médecins qui s'occupent de lui. Philip voit rouge et part pour l'Italie, ou un homme lui annonce le décès de son cousin. L'épouse, elle, est partie... De retour en Angleterre, Philip se prépare à accueillir sa "cousine", car il est persuadé qu'elle a tué Ambroise afin de faire main basse sur ses propriétés. A l'arrivée de "la Cousine Rachel" (Rachel Weisz), pourtant, les choses ne se dérouleront pas comme prévu...

Bon, je vous le dis tout de suite et de toute façon on s'en doute très vite: il va y avoir du fricotage entre la digne et louche veuve quadragénaire certes mais fort bien conservée, et le jeune homme qui va abandonner ses idées de vengeance en très peu de temps, juste le temps pour un non-bègue d'articuler "Rachel Weisz". Mais ce qui compte, c'est l'énigme... et c'est bien là le problème: le metteur en scène, persuadé de mettre ses pas dans ceux d'Hitchcock, n'a pu s'empêcher de rendre son film aussi lourdingue que possible, en poussant tout le monde à haïr Rachel... Mais on n'aime pas beaucoup Philip non plus. Rachel Weisz joue trop sa partition de psychopathe, et tout ça est, je le répète, d'un mortel ennui avec ces balayages constants de la caméra, une sale manie qui gâche bien des films.

Non, finalement, je ne le conseille absolument pas, donc ça ne me dérange pas de vous en narrer la fin: le SEUL avantage du film, c'est que le metteur en scène a choisi de ne pas donner la clé de l'énigme, un acte de courage le plus souvent qui renvoie à Hitchcock avec The birds, ou à Peter Weir avec Picnic at Hanging Rock. Mais dans ce cas, pourquoi avoir tant souligné, aussi bien la folie paranoïaque du personnage principal, que l'obsession des tisanes (qu'on soupçonne empoisonnées) de Rachel? Bref, 109 minutes sans conséquences.

Restez sous la pluie.

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Published by François Massarelli - dans Navets
19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 09:10

Jamais deux sans trois... le héros de L'auberge espagnole et Les poupées Russes Xavier Rousseau (Romain Duris) revient, la quarantaine est là et a fait son oeuvre: rien ne va plus avec sa compagne Wendy (Kelly Reilly), avec laquelle il a eu deux enfants. Elle a rencontré un autre homme et part pour New York... avec les enfants. Xavier, dont la carrière d'écrivain semblait enfin se mettre en route, décide de la suivre, et de s'installer aux Etats-Unis pour de bon. Parallèlement, Isabelle (Cécile de France) et sa nouvelle compagne, qui sont également parties vers la même destination, ont obtenu la collaboration de Xavier pour faire un enfant. Entre le combat judiciaire avec Wendy, l'organisation de la nouvelle vie de famille d'Isabelle, et les visites assez fréquentes de Martine (Audrey Tautou), l'ex-petite amie jamais tout à fait partie, il y aura du sport... tant et si bien que ça va être difficile de trouver du temps pour écrire.

Et c'est précisément là que le lien avec les deux films précédents se rompt: L'auberge Espagnole et Les poupées Russes tiraient leur sel d'une narration qui provenait justement de cette difficulté à écrire, mais qui trahissait quand même des idées à foison, aussi bien pour Klapisch que pour Xavier. Ici, la narration est plus classique, plus rangée... Ca part sans doute d'une volonté de coller à la quarantaine! Essentiellement, les séquences durant lesquelles Xavier discute via Skype avec son éditeur (Dominique Besnehard) sont surtout là pur établir qu'en dépit de ce qu'il lui raconte, il n'écrira pas une ligne valable!

Mais le film reste un plaisir, parce que les personnages qui restent (Il en manque quand même un certain nombre) en valent la peine, et parce que le ton reste à la bonne humeur. On aime Xavier et ses plans idiots, on aime Martine, qui a quand même une idée derrière la tête, et surtout on aime Isabelle qui a elle toute seule assume le côté le plus rock 'n roll de la bande... On aime même Wendy, dont le rôle n'est pas facile: c'est elle la méchante...

Même si Klapisch a choisi d'être raisonnable, on sent comme une certaine jubilation à filmer à New York, et il profite de la situation, mine de rien, pour nous asséner des plans de toute beauté, dans des plans qui ont été tournés dans de vrais appartements... Et il se lâche dans Chinatown, où il retrouve une poésie proche de celle de Paris: le titre, bien sur, est justifié une fois de plus dans cette trilogie. Le "casse-tête Chinois" est casse-tête parce que la situation de Xavier est inextricable, mais il est Chinois parce que l'une des solutions pour lui, afin de rester aux Etats-Unis, est un mariage blanc avec une jeune Chinoise, une opportunité qui est fournie suite à un accident inattendu...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Cédric Klapisch
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 09:19

Dans l'espace, personne ne s'attend à ce qu'un vaisseau destiné à se rendre sur une planète lointaine, avec 2000 colons à bord et tout l'équipement nécessaire pour créer les conditions d'une vie durable, y parvienne. Pourquoi? Parce qu'Alien. C'est donc à ce scénario qu'on est confronté pour la nouvelle (Et troisième) incursion de Scott sur ce terrain.

Et Alien: Covenant est à la fois un prequel, et une suite. Situé 18 années avant les événements contenus dans le film Alien (1979), il commence un nouveau cycle qui va je suppose se charger de donner aux obsédés de la mythologie Alien des éléments de réponse, dont je pense qu'ils ne serviront d'ailleurs absolument à rien, quant aux questions nombreuses qu'on est supposés se poser sur les créatures dangereuses et leur raison d'être... Et il est aussi la suite plus ou moins directe de Prometheus.

Le prologue renvoie d'ailleurs explicitement à ce dernier: on voit Peter Weyland (Guy Pearce), jeune, qui discute lors de ses préparatifs de la mission Prometheus avec l'androïde qu'il vient de créer, David (Michael Fassbender). La conversation porte sur ce qui sera le sujet essentiel du film, la création, vue sous l'angle obsessionnel. On le sait quand on a vu Prometheus: c'est en effet la marotte de Weyland... Ca va devenir celle de David. 

Fast forward vers 2104: le Covenant, un vaisseau de la compagnie Weyland-Yutani est en route pour une planète lointaine afin d'y terraformer l'environnement, et d'y créer une colonie. L'équipage est composé d'une quinzaine de baroudeurs, hommes et femmes, qui quittent tout, et donc sont venus en couple. Sinon, le vaisseau contient 2000 colons et un nombre imposant d'embryons... Tout le monde est en pleine cryogénisation mais Mother, l'ordinateur de bord, réveille la troupe: il va y avoir un problème créé par une éruption stellaire, durant lequel des membres d'équipage vont être tués. Parmi eux, le capitaine de l'expédition (James Franco), compagnon du premier officier Daniels (Katherine Waterston)... C'est donc au second, Oram (Billy Crudup) que le commandement échoit. Et l'équipage, avant de retourner pour un sommeil de plusieurs années, reçoivent un message humain qui provient d'une planète toute proche... Oram décide, contre l'avis de Daniels, d'aller y faire un tour et d'en évaluer le potentiel, pour voit si on ne pourrait pas gagner plusieurs années de voyage dans l'espace... C'est une très mauvaise idée, mais elle fait partie de ces idées stupides qui font l'histoire de la science-fiction: "si je construisais un robot presque humain pour me venger de mon meilleur ami tout en faisant renaître la femme de ma vie?", "Ce monolithe nous pousse à aller aux confins de l'espace, allons-y", ou encore "Cette planète me semble épouvantablement hostile, je suis sûr qu'elle recèle des dangers hallucinants, donc allons-y"... Si les personnages de ces films ne commettaient pas ces erreurs funestes, on s'amuserait moins.

Et de toute façon, Daniels (qui est l'héroïne, ce qui maintient la tradition, de Ripley à Daniels en passant par Shaw) n'est pas celle qui peut prendre la décision. C'est donc avec sa désapprobation totale que le très hésitant commandant du vaisseau lance une expédition de reconnaissance sur la planète inconnue: dans l'espace, personne ne vous entend vous mordre les doigts...

Bien sur qu'il va y avoir des problèmes, qui font d'ailleurs écho à ceux du films Alien: arrêt imprévu, transmission inconnue, problèmes de leadership, exploration assortie d'infection par un organisme étranger, puis retour sur le vaisseau... Ca rappelle des souvenirs, mais les proportions ne sont pas les mêmes: l'épisode sur la planète occupe une large proportion de l'intrigue, et c'est là que les membres d'équipage vont rencontrer... David. Ce qui va créer un choc, en particulier pour Walter, qui est l'androïde de la mission Covenant: c'est un "petit frère" de David, avec une différence notable: le premier modèle était trop indépendant, et les nouveaux modèles ont été mis à jour afin de la ramener un peu moins... Quoi qu'il en soit, David est le seul "rescapé" de la mission Prometheus, et il vient au secours des membres de l'équipage du Covenant, qui ont fait la découverte, fatale pour certaine d'entre eux, d'une espèce animale qui s'infiltre par un contact entre un être vivant et des "oeufs" posés au sol, avant de "pondre" dans le corps, une bestiole qui se libère en tuant son hôte, puis massacre tout ce qui passe à sa portée. 

Je sais, la description qui précède était probablement inutile, mais... ce n'est pas la créature de Giger. C'était l'un des points les plus troublants du film Prometheus, qui justifiait sans doute le fait que le titre ne contenait pas le nom de la saga! Et d'ailleurs, le premier titre de travail de ce nouveau film était Prometheus 2... Justement, le film va éclaircir sur un certain nombre de points le lien entre Prometheus et Alien, en montrant le cheminement de ces aliens différents de ceux qu'on a connus depuis 1979, et la créature "finie". En installant une barrière à mon humble avis infranchissable entre Alien (Ridley Scott, 1979), et Aliens (James Cameron, 1985). Ca ne colle plus... Pour faire court, une réplique de David m'a mis la puce à l'oreille: "Ils sont en attente de mère"... Les aliens de ce film, des xénomorphes parfaitement formés, n'ont pas besoin de la "mère", ou de la "reine", cette créature imaginée par les concepteurs du film de Cameron, et qui était déjà incompatible avec certaines scènes contenues dans une première version abandonnée (Mais tournée, et même montrée dans une édition spéciale sortie en 2005 sur un DVD) du film de 1979. Est-ce à dire que Ridley Scott, revenu sur la franchise qu'il a créé en 1979, a décidé d'effacer les trois films qui suivront, et leur mythologie? Ce faisant il met aussi à mal le sien aussi.

Pourquoi pas? Ce n'est que du cinéma...

Et le film, comme Prometheus, parle de création, et on revient justement à la création de la créature, littéralement. Voulue, planifiée, orchestrée comme on crée un film. Une mise en abyme, donc, qui s'amuse même à égrener ça et là des allusions au film fondateur, non seulement dans sa structure mais aussi de façon plus explicite: des citations de la musique de Jerry Goldsmith, le petit oiseau en plastique qui orne la cuisine, et des dessins de Giger retrouvés dans les affaires de David. Mais si vous voulez mon avis, l'ingénieur Scott s'amuse aussi beaucoup à dézinguer toute tentation de sérieux derrière tout ça, tout en se choisissant une cible imposante: le Créateur avec un grand C! En voyant Peter Weyland qui frissonne de plaisir en observant la créature parfaite (et si blonde) interpréter du Wagner au piano, avec ce David qui contemple la providentielle arrivée d'humains qui vont enfin l'aider (malgré eux) à accomplir un projet démesuré, l'acte de création est ici moqué, et je pense qu'il faut pour y prendre tout le plaisir prévu, une bonne dose d'humour pour apprécier ce film. Ce n'est pas une critique en soi, loin de là...

Sinon, Scott s'est amusé, et a fait ce qu'il sait si bien faire: construire des univers jusque dans leurs moindres recoins, puis il a mis des gens en danger en faisant monter graduellement la sauce du suspense, dégagé les personnages inutiles, isolé celle qu'on doit suivre... Le film est 2017-compatible, c'est à dire qu'il va vite (Très, trop vite même parfois), qu'il frappe fort, et qu'il doit apparaître à son consommateur moyen comme un produit de consommation courante... Mais il est un peu plus, donc. Si je pense que c'est une erreur de vouloir donner aux fans de la franchise des solutions qui n'auront pour seul effet que de rendre caduques les merveilleuses questions sans réponse qui font justement le sel du premier film, au moins Scott se réaffirme-t-il en créateur en chef de ces histoires de bestiole qui fait peur, en s'amusant comme il ne l'avait encore jamais fait, à explorer toutes les combinaisons de scènes terrifiantes: dans un champ de blé, sur une planète, et dans une douche. Bref, il s'amuse. Et nous aussi, alors... Peu importe finalement que ce nouveau film ne puisse nous fournir qu'une fraction du plaisir du premier film, qui reste et restera longtemps ce qu'il est.

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 17:14

Kikuko (Setsuko Hara) vit avec son mari Shuichi (Ken Uehara) chez ses beaux-parents: ils n'ont pas d'enfants, et le mari boit, découche, et d'une manière générale affiche vis-à-vis de son épouse un mépris de plus en plus encombrant. Les parents, qui ne sont pas dupes, n'ont pas la même façon de réagir à la crise: la mère (Teruko Nagaoka) tend à relativiser, et à se dire que si Shuichi s'est détourné de Kikuko, c'est probablement que celle-ci n'a pas su gérer la crise... Mais le père (So Yamamura) , lui, prend ouvertement le parti de la jeune femme, et va essayer de l'aider à sa façon, en agissant sur la vie de son fils. Mais l'arrivée de Fusako (Chieko Nakakita) , la soeur de Shuichi, qui vient de quitter son mari avec ses deux enfants et a décidé de retourner au domicile parental, va souligner un peu plus le déséquilibre...

Fragilité du quotidien, environnement familial, un Japon en paix, mais dont les tourments intérieurs se manifestent dans la cellule familiale, c'est l'univers habituel de Naruse, qui sonde ici une détresse féminine avec une rare acuité, avec tendresse mais sans pitié pour autant. L'enjeu du film n'est pas le retour de l'amour pour les deux héros, mais la liberté de la jeune femme. Les efforts du beau-père portent évidemment vers un rapprochement, puisqu'il manoeuvre pour que son fils arrête ses aventures, mais il se rend vite compte qu'à se mêler de ce qui ne le regarde pas, il provoque des situations inattendues, et qui portent préjudice à d'autres... En particulier quand il rencontre la maîtresse de Shuichi, juste après que celui-ci l'ait quittée: la jeune femme est enceinte... Subtilement, Naruse introduit des personnages qui prouvent qu'il y a une évolution au Japon, comme la secrétaire du vieil homme, qui va mener son enquête autour de Shuichi, afin d'aider le vieil homme dans son entreprise. Elle est, d'ailleurs, habillée à l'occidentale, contrairement à Kukiko.

Le portrait est double, celui d'une femme admirable, et d'un homme qui va porter vers elle des efforts moraux au chevaleresque certes vieillot, mais il est si gentil... La fin montre la façon dont il va accepter, à la fin, sa rébellion jusque dans ses inévitables conséquences, c'est-à-dire qu'il sait très bien qu'elle va quitter son mari. Mais il l'accepte... Ce que pas beaucoup d'hommes de cet âge auraient accepté, sans doute... Magnifique histoire de femme, cette histoire cruelle n'est finalement pas exempte d'une certaine forme d'optimisme!

Cela étant dit, le cinéaste et don légendaire pessimisme reprennent malgré tout leurs droits, par le biais d'une structure complexe d'une part, dans laquelle la fuite inexorable du temps se fait sentir par un émiettement d'anecdotes et de points de vue (souvent celui de femmes, du reste: la mère de Shuichi, puis Fusako, sa soeur, puis la fille de celle-ci mais aussi les nombreuses femmes qui participent aux épisodes consacrés à l'adultère); et surtout le fil rouge du film reste cette certitude que derrière l'histoire de la tristesse d'une femme négligée, une autre histoire secrète, celle de l'affection grandissante et vouée à l'échec d'une femme pour son beau-père, se cache, manquant de se révéler au grand jour dans l'ultime scène. 

 

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 08:45

Avec le succès phénoménal du premier film, il était inévitable qu'une suite fasse son apparition. Contrairement à la loi du genre, qui généralement voue les suites à répéter inutilement les mérites d'un premier film, ou à n'en être qu'un pâle reflet, ici, le deuxième film est un joyau, qui complète, précise le premier, et... triomphe d'un écueil particulièrement important: toute la lente construction du film de Woody Van Dyke pour amener le spectateur vers Tarzan (Johnny Weissmuller) et son univers, en environ trente minutes d'un suspense parfaitement maîtrisé, est ici remplacée par des digressions savantes...

Tout commence pourtant exactement de la même façon: la base de feu James Parker, ce trading post où le père de Jane (Maureen O'Sullivan) effectuait des échanges avec les tribus indigènes, est à nouveau le théâtre de la préparation d'une expédition vers le cimetière des éléphants, menée cette fois par Harry (Neil Hamilton), l'ami des Paker qui a survécu à la première aventure, et avait promis à Jane et Tarzan de revenir... Il souhaite bien sur récupérer de l'ivoire, mais aussi ramener la jeune femme dont il est amoureux. Et il va falloir faire vite, car une autre expédition qui elle aussi convoite l'ivoire est déjà en partance... Cette fois, Harry est accompagné de guerriers indigènes, et flanqué de Martin (Paul Cavanagh), un ami Londonien, un aventurier de la pire espèce qui ne reculera devant aucune bassesse pour mettre la main sur l'ivoire... ou Jane, d'ailleurs. Quand je dis que "tout commence exactement de la même façon" c'est à prendre littéralement: le premier plan des deux films est le même, celui de porteurs avançant, des défenses gigantesques sur l'épaule. Car si Tarzan and his mate repose énormément sur la présence de stock-shots ramenés par Van Dyke de son tournage en Afrique pour Trader Horn, les réserves commencent à s'épuiser, et ce film recyclera pas mal d'images déjà vues...

Après, ma foi, l'histoire ne passera pas par des stades très révolutionnaires: Harry et Martin vont donc se mettre en danger dans la jungle en cherchant à atteindre la célèbre passe Mutia, qui est tabou, être sauvés par Tarzan, revoir Jane, essayer de la persuader de revenir en lui donnant des échantillons de ce qu'elle n'a plus (Robes, parfums, bas de soie, phonographe); puis ils vont se mettre en quête de l'ivoire, pendant que Martin va attenter à la vie de Tarzan afin de pousser Jane à les suivre... Tout ça finira dans une lutte sanglante contre une tribu de sadiques, avec des lions et des éléphants partout... La routine. 

Pourtant je le disais plus haut, ce film prolonge et complète le premier film de manière très efficace: d'une part, il précise avec le personnage d'Harry, beaucoup plus humaniste que son copain Martin, que le colonialisme invétéré de ces Britanniques à sang plus ou moins froid, peut être tempéré: Harry ne considère pas ses porteurs et autres collaborateurs noirs comme des commodités, et c'est souvent souligné... D'autre part, le film éclaire d'un jour nouveau ce qui était en filigrane du premier film: la relation totalement sexuée, librement assumée, de Jane et de Tarzan, dont on ne fait pas mystère ici. Et du coup, ce film qui arrive à la toute fin de la période pré-code, porte en lui une franchise telle qu'il ne passera jamais à l'époque, sous la forme qu'on connaît aujourd'hui, les portes de la salle de montage! Quiconque a vu le film saura de quoi il retourne: trois scènes enchaînées, qui font monter la température d'une façon inédite... D'abord, après les retrouvailles avec Jane, les deux explorateurs la tentent avec des robes, l'occasion pour Jane de se changer, et d'offrir un strip-tease en ombres chinoises, d'une rare efficacité. Puis, l'arrivée de Tarzan troublé qui n'a jamais vu Jane en robe du soir, se conclut lorsqu'il attrape Jane et l'emporte précipitamment dans leur habitation. Nous les retrouvons les lendemain, Jane n'a plus la robe, et tout porte à croire que la nuit a été torride. La conversation est claire aussi: Tarzan dit bonjour dans un anglais très hésitant à celle qu'il appelle sa femme. Puis, comme chacun le sait sans doute, les deux amoureux vont prendre un bain long et sensuel, pour lequel Maureen O'Sullivan est doublée par la championne de natation Josephine McKim; cette séquence a été l'objet d'une planification particulière, puisque trois versions ont été tournées: celle qu'on peut voir, une version en bikini de la jungle, et une version "topless"... 

Autre point sur lequel Tarzan and his mate symbolise à lui tout seul cette période d'audaces et d'attaques frontales de la pudibonderie et de la censure, le sadisme profond dont les scénaristes ont fait preuve dans la peinture des rapports compliqués entre l'expédition de Harry et Martin, et les indigènes locaux: on fait la connaissance des Gabonis, cette peuplade fictive qui massacre, puis mange ses victimes, amenés dans une scène à la montée de tension particulièrement forte. A la fin, une autre tribu de fêlés s'amuse à supplicier ses victimes en les donnant à bouffer aux lions... Bon, on ne va pas se mentir, c'est toute une galerie de fantasmes délirants sur l'Afrique qui passe dans ces scènes ridicules... Mais aussi indissociables de ces films! D'ailleurs, les Gabonis reviendront, devenus la tribu sauvage "générique" des Tarzan MGM... Ces images naïves, témoins d'une époque révolue à laquelle on parlait encore de "races", ont fini paradoxalement par symboliser, dans l'esprit du spectateur en mal de frisson, l'esprit même de l'aventure, avec ses dangers et ses peurs primales... Tant d'écueils dont Tarzan, entre tous, ne peut que triompher.

La structure du film, qui est le plus long des six, est dominée par la première heure, celle qui comporte toutes les audaces sensuelles. Le reste est surtout l'occasion de mener à son terme le mythe du cimetière des éléphants, et de montrer comment une fois de plus, Tarzan et sa compagne deviendront une bonne fois pour toutes, seuls au monde, et à mon avis très fiers de l'être. Tout cela repose sur une intrigue assez bien menée, mais aussi sur une tendance à répéter les scènes de mise en danger de Jane. Et à ce titre, il faudra quand même qu'on s'y intéresse: franchement, moi qui n'ai jamais été un grand fan du cri de Tarzan-Weissmuller, je suis effondré à chaque fois que j'entends la version féminine, qui est l'une des pires fautes de goût des années 30! 

Pour le reste, terminons sur une énigme: qui a mis en scène ce film, par ailleurs fort bien mené? Le crédit original et officiel est celui de Cedric Gibbons, dont c'est d'ailleurs l'unique film. Le décorateur en chef de la MGM (qui était en réalité en charge du département décoration, pas forcément décorateur: son titre lui garantissait un crédit, quoi qu'il fasse: du golf, du macramé, ou... de la déco) a été placé là afin de gérer ce qui était un travail de patchwork et d'effets spéciaux. Des historiens ont affirmé que l'idée du bain avait été inspirée du visionnage nerveux du film Bird of Paradise de King Vidor, par Gibbons dont l'épouse d'alors Dolores Del Rio batifolait dans les mers du sud en compagnie de Joel McCrea, seulement armée d'un tout petit, petit string... D'autres équipes complétaient son travail, en particulier celle, nous dit-on, de Jack Conway, ce qui fait qu'aujourd'hui le film est crédité officiellement (Mais pas sur les copies) à Gibbons et Conway. Et pour couronner le tout, Maureen O'Sullivan a toujours affirmé qu'elle a plus vu le réalisateur des séquences d'animaux, James MCKay, sur ce tournage et le suivant (Soit Tarzan Escapes, un film au tournage encore plus compliqué, officiellement crédité à Richard Thorpe!), que Gibbons et Conway! Bref, un tournage complexe, qui débouche sur un morcellement des équipes. On a souvent vu ça à la MGM, mais le résultat a rarement été aussi bon. Au vu de la complexité du tournage, Tarzan and his mate est un miracle.

Et en plus, il est distrayant: une fois accepté l'idée qu'après la première heure, on perd un peu en efficacité avec les tribulations exaspérantes et répétitives de Cheetah, on passe quand même du bon temps, dans le délire sadique des séquences finales, et dans l'apothéose de destruction menée par les éléphants: personne n'en réchappera! Sauf Tarzan et Jane, bien sur.

Bref: plaisir coupable, rêverie kitsch, nostalgie de l'enfance ou réflexion naïve mais bien menée sur l'état de nature, on trouvera son compte dans ce film, qui mérite bien sa place au sommet du cycle de six films de Tarzan tournés à la MGM!

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Ungawa Mettons-nous tous tout nus