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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 09:40

Catherine Aigroz vient de perdre son compagnon: suite à une action musclée de la police, l'ennemi public numéro 1 a en effet été abattu en gare de Montargis par une moche matinée d'hiver. Et Catherine est enceinte, et arrivée à terme... La naissance, sous le contrôle de l'assistance publique, est pour la jeune femme un traumatisme, et pour être clair, elle n'a pas l'intention de garder l'enfant. Mais très vite, les visites se succèdent: un commissaire de police (Maurice Biraud) vient pour lui secouer les puces, puis les rivaux de son Pierrot-La-Veine, tous ces braves gens n'ont qu'une idée: faire main basse sur le butin de Pierrot, et se doutent qu'elle sait. 

Oui, elle sait, mais elle est déterminée à ne rien dire, et quand elle sort enfin de l'assistance, avec son petit et aussi avec sa copine Marité (Anouk Ferjac), et son fils, c'est suivie de près par deux bandes de caïds armés jusque aux dents que Catherine prend la route de l'arrière-pays Niçois, pour y retrouver l'argent: elle sait qu'il est quelque part dans la propriété que Pierrot avait acheté. Mais... où exactement?

Cette histoire, concoctée par Marcel Jullian notamment, d'après un roman noir de Jean Amila au nom évocateur de Langes radieux, commence comme un film noir méthodique, assez sec, avec une voix off calme et sans passion aucune. Le ton est plutôt froid et dramatique, et le destin de Catherine ne prête pas à la rigolade; l'illusion continue assez longtemps, en particulier avec les interventions de Renée Saint-Cyr en médecin responsable de Catherine à l'Assistance publique: moraliste, bourgeoise, mais mère poule, car comme d'habitude Lautner sait parfaitement quel rôle confier à sa maman... On peut voir aussi dans le portrait du commissaire Verdier, par Biraud, un rôle de dur à cuire qui tranche sur les interprétations de minable ou de cave qui étaient sa spécialité. Verdier sait ce qu'il veut et quand il montre les dents dans sa première scène, il impressionne... Pourtant c'est une comédie, et elle ne va pas tarder à virer au baroque...

Pour ça, il fallait à Lautner une exposition, une vraie, et surtout il fallait un voyage: quand Catherine et Marité vont en Provence, ça change tout, et on quitte la grisaille pour un petit coin de solitude et de nature, où la présence de gangsters armés jusqu'au dents va gentiment jurer avec la quiétude des lieux, les aspirations évidentes des deux femmes à prendre du bon temps, et le voisin plus que farfelu interprété par Paul Préboist. Et le film se métamorphose intégralement, Lautner se lâche, Fellous s'amuse comme un gamin à filmer des gangsters dans la nature en fête, et ma foi tout ceci n'est plus tout à fait un film de gangsters...

Continuant son jeu avec les codes et les genres, Lautner (Continuant sa collaboration avec Michel Audiard qui est plutôt inspiré) restructure la "guerre" telle que Lino Ventura et ses copains l'avaient vécue dans Ne nous fâchons pas (A ce propos, un porte-clé à l'effigie du héros de ce dernier film est parfaitement visible dans une scène) et la filme comme un western: une baraque isolée, deux femmes retranchées, un caïd passé plus ou moins de leur côté et qui coucherait bien avec les deux (Henri Garcin en mode Burt Lancaster), et des bâtons dans les roues: il faut impérativement nourrir les deux enfants toutes les trois heures, et ça ne facilité pas le maniement des armes; et en prime, Paul Préboist est un poids mort qui fait furieusement penser à un Walter Brennan en mode Rio Bravo provençal... la dynamite en moins, les dents (pourries) en plus! Et l'arrivée des gangsters, le siège, les fusillades, l'apprentissage du maniement des armes, le décompte mortuaire... C'est règlement de comptes à Nice-Corral, et Lautner, Darc, André Pousse (Arrivée grandiose de l'acteur dans un rôle sublime de parrain de la pègre, après un tout petit rôle dans Ne nous fâchons pas), sont tous dans leur élément!

Que dire d'autre? Mireille Darc est celle qui permet à Lautner d'opérer un tel virage au sein d'une seul et même film, et il n'y aurait sans doute pas eu moyen de tenter cette expérience sans elle. Femme idéale dans le moyen La grande sauterelle, elle devient une femme d'action, qui a un vrai parcours (il lui faudra faire son deuil, puis accepter d'être mère) et qui est le centre d'une intrigue certes fort exagérée, mais qui grâce à son exposition méthodique, tient fort bien la route. Le ton choisi est constamment sur la brèche, et si j'excepte les clowneries de Préboist (Qui en fait des tonnes, je l'accorde), on reste finalement dans le raisonnable. Et au final, en dépit de la menace permanente représentée par la bande d'André Pousse, des remarques sexistes proférées par un homosexuel avéré (Amidou est excellent mais bien sûr le rôle est une faite de goût: autre temps, autres moeurs), et de l'aide apportée par un rouleur de mécaniques, ce sont bien deux femmes qui triompheront des hommes. 

Donc pas de raison de faire la fine bouche, bien au contraire. La critique Française reste pourtant bien mitigée sur ce film... tant pis pour eux.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir Comédie Michel Audiard
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 09:40

Carl, un voleur (Hardy Kruger) en cavale, parce qu'il a un contrat sur sa tête, se réfugie au Liban. Il n'a rien sur lui, et contemple un avenir plus qu'incertain quand soudain il retrouve un bon copain, Alfred (Maurice Biraud). Un minable, mais gentil, Alfred lui propose un partenariat sur un coup un peu foireux: s'attaquer à un joueur compulsif qui perd tous les soirs, mais "finira bien par gagner"! Et ce sir-là, il faudra juste être présent, et l'enlever avec tout son argent. Bref, un coup minable, mais comme Alfred paie, Carl laisse faire. L'attente commence, mais elle va souvent être interrompue, parce que Carl est distrait: il a vu une fille (Mireille Darc) qui traîne autour de l'hôtel, et qui lui a tapé dans l'oeil. La distraction va bientôt prendre toute la place...

Juste après Ne nous fâchons pas, Lautner poursuit son expérimentation autour des genres, en effectuant le mélange cette fois du film noir et d'une certaine idée très 1966-1967 de la comédie sentimentale, le tout mâtiné d'un soupçon de comédie de gangsters, mais délayée et débarrassée de tout l'absurde que le metteur en scène y a injecté (Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas) en bonne intelligence avec son complice Michel Audiard: bref, cette Grande Sauterelle est à tous points de vue à la croisée des chemins, d'autant que Lautner y réunit, pour travailler au script, Veha Katcha (Qui avait écrit Galia) et Michel Audiard (Qu'on ne présente plus): sa face sérieuse et "sociologique", et sa face "noir-pour-rire avec vue sur le box-office... Il ajoute à ça un casting composé exclusivement d'acteurs qui jusqu'à présent, toutes proportions gardées, n'ont été que des seconds rôles, à l'exception bien sur de sa star de Galia: Mireille Darc. 

La Grande Sauterelle déçoit.

Parce que Lautner, qui ne veut pas rester enfermé dans la parodie de films de gangsters, mais garde quand même un goût certain pour le polar qu'il peut toujours détourner, a cette fois choisi de rester à l'écart de ses effets comiques, et qu'il semble éviter par tous les moyens ce qu'on attend justement de lui. Ce qui sera plutôt réussi dans Le Pacha, par exemple, est ici bien frustrant, et il a beau styliser avec bon goût (Mais souvent trop de retenue) les allers et venues de son héros paradoxal, on s'ennuie souvent, et longtemps. Comme tous les films de Lautner des années 60, en plus, La Grande Sauterelle est une capsule temporelle, et tous ces gens se vautrent dès qu'ils s'agit de caricaturer le mode de vie "hippie", auquel soyons franc ce petit monde bien Parisien qui passe malgré tout six mois de l'année sur la Côte d'Azur, ne comprend pas grand chose...

Restent quelques moments, quelques répliques (C'est Georges Géret qui ouvre le bal: "Ce que tu peux être con! T'es même pas con, t'es bête. Tu vas pas au cinoche, tu lis pas, tu sais rien. Si ça se trouve, t'as même pas de cerveau. Quand on te regarde par dessus, on doit voir tes dents."), des personnages touchants (Biraud, Francis Blanche), et des moments de noir stylisé, comme cette séquence qui exploite la tension entre Carl et son poursuivant qui l'a retrouvé au Liban: en plein soleil, sur un quai, en quatre plans, Lautner joue avec la perspective, la profondeur de champ, et s'amuse. Nous aussi... Un peu.

Ca a du se sentir, parce que Fleur d'oseille, qui viendra juste après, commence là encore de façon assez sérieuse, avant de bifurquer plein tube vers le bizarre, pour ne pas dire le baroque. Comme quoi...

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir Michel Audiard
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:16

Trois éléments vont présider à l'existence de ce film: d'une part, Tati voit bien que sa bête noire, le progrès, est en train de gagner, et que la déshumanisation qui l'amusait en 1958, qui gagnait du terrain en 1966, est désormais accomplie. Bref, il y a des machines partout, et elles prennent toute la place! Ensuite, le metteur en scène a besoin de se refaire, parce que son film Playtime l'a mis sur la paille, et pour de bon. Ensuite, il serait temps, pense-t-il, que ce M. Hulot passe la main, prenne sa retraite. Il n'en peut plus de M. Hulot...

Et ça se voit, car contrairement à son voeu, Tati ne parvient pas à se débarrasser du personnage: commercialement, il se doute que Trafic ne sera pas viable si le public ne peut pas au moins retrouver son personnage fétiche, le dernier lien du metteur en scène avec un public qui l'a déserté, effarouché par son étrange film/jeu de piste Playtime.

La firme Altra, une entreprise de modeste taille, est très fière de participer à une rencontre internationale, un salon de l'auto à Amsterdam. Ils vont y présenter un modèle révolutionnaire de camionnette-tente, qu'ils ont baptisé "Camping-car", et toute la troupe se prépare: une voiture amène le décor du stand, un camion apporte le "camping-car", et enfin la "Public-relations" du groupe, une jeune Américaine flanquée d'un tout petit chien, voyage dans une minuscule voiture décapotable. La première voiture arrive à temps dans la capitale Néerlandaise, et installe le décor, mais... les autres n'arriveront jamais à temps. 

Notons que le dessinateur des plans, qui accompagne le modèle à l'intérieur du camion, n'est autre que M. Hulot...

A côté de ces péripéties, on a un certain nombre de fils rouges, car on sait que Tati, qu'on accuse souvent à tort de ne pas structurer ses films, a un penchant pour ce genre de progression parallèle: le petit chien, en lui-même, est un fil rouge, car on voit bien qu'il est partagé entre suivre sa maîtresse, et vivre sa propre vie! la jeune Américaine est intéressante à suivre aussi, car bien qu'elle ait une voiture absolument minuscule, elle change de toilette environ une dizaine de fois, et vit littéralement dans son véhicule avec lequel d'ailleurs elle se faufile partout. Enfin, durant tout ce temps, on assiste par endroits au triomphe absolu du progrès, à travers les postes de télévision qui sont en marche durant le film, et retransmettent le direct du premier contact humain avec la lune. Donc à la fin du film,on pourra toujours dire que c'est la faute à Neil Armstrong, et pas à M. Hulot, parce que les employés d'Altra, passionnés par l'émission, laissent filer le temps...

Mais on verra quand même le "salon" d'Amsterdam: il est lui aussi un fil rouge et nous rappelle un peu, par son accumulation de voitures et de gens, parce qu'il est souvent filmé en contre-plongée, l'univers de Playtime. Tati s'amuse comme lui seul le faisait: il filme de très loin les préparatifs de techniciens (tous en imperméable beige, tiens!) qui placent des fils pour délimiter les stands, et se trouvent à interpréter un étrange ballet en levant méticuleusement les pieds pour passer d'un stand à l'autre; il nous montre avec bonheur les curieuses musiques interprétées dans le salon de l'auto par les visiteurs qui ouvrent et referment portières et coffres; et il insiste sur son thème favori, en nous montrant que le décor du stand Altra est inspiré par le camping et la vie au grand air: c'est donc un faux paysage de forêt, avec un magnétophone qui gazouille. Ce qui n'empêchera pas le patron et le seul technicien qui sera là à temps de se perdre "dans les bois"!

Le reste est dévolu au voyage, aux avaries, aux accidents, aux passages en force à la douane, aux réparations chez les garagistes de plusieurs pays. Comme d'habitude chez Tati on parle, on parle, mais tout le monde s'en fout et personne ne s'écoute... Mais les gags visuels inspirés par le monde de l'automobile sont très nombreux: de la vision d'un concerto pour doigts dans le nez, à un carambolage qui ne fera heureusement aucune victime, mais se résout en cascades légèrement surréalistes (Avec la fameuse VW "Coccinelle" rouge qui "poursuit" une roue comme pour la dévorer, une des séquences les plus connues du film): on ne manque pas de gags ni d'occasion de rire dans le film...

...Mais le rire se grippe. Tati/Hulot est vieux, encore plus à part que d'habitude. Il se fait virer à la fin du film, oui mais pourquoi? Il n'est pas plus responsable qu'un autre. D'ailleurs il fait bien peu: dans son film, Tati montre Hulot qui arrive le plus souvent après la bataille, s'agite en vain, et au final n'a plus aucune incidence sur le monde qu'il croit habiter... La fin du film nous montre un paysage de voitures, sous la pluie, dans lequel quelques rares humains se fraient un chemin: on les voit bien, ils portent tous des parapluies noirs. 

Au moment de prendre sa retraite, au moins Hulot a une satisfaction: contrairement à tout ce qui s'est passé auparavant dans sa carrière, il a, semble-t-il, conquis la jeune personne qui a voyagé avec lui. Comment? 

Mystère... Mais soyons heureux pour lui.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 13:57

Les années 30, dans l'image que nous renvoient notamment le cinéma et d'autres médias (à commencer par Les Aventures de Tintin) sont une période dans laquelle on va beaucoup chercher un exutoire aux tracasseries dans le sport. Ajoutons à cela le développement de la radio et du cinéma, et on a une source pour ce tout petit film de René Clément, qui doit énormément à son principal interprète: Jaques Tati a en effet écrit le scénario... 

Dans une cour de ferme, un boxeur s'entraîne, et épuise ses partenaires les uns après les autres... un employé de la ferme (Jacques Tati), un doux rêveur, va être "engagé" pour l'occasion, et participer à un match qui dégénère, en compagnie d'un facteur et de deux coqs, le tout sous l'oeil malicieux d'un groupe d'enfants.

Alors que les boxeurs s'entraînent, on aperçoit Tati pour la première fois; il est en pleine occupation sérieuse, puisqu'il joue avec des enfants! Et justement il "joue" un boxeur, interviewé par un gamin et filmé par la même occasion par un ustensile qui ressemble vaguement à une caméra. Dès ses premières apparitions cinématographiques, Tati se place donc résolument du côté des petits, à l'écart... Et son garçon de ferme, bien sur, n'est pas d'une efficacité redoutable: il a déjà la tête ailleurs. Remarquez, sur le ring, ce n'est pas non plus très impressionnant! "Roger", finalement, ne connaît rien à la boxe, et doit faire comme 15 ans plus tard M. Hulot avec le tennis: trouver des raccourcis afin d'avancer!

Le film, un petit court burlesque de 11 minutes, doit beaucoup aux comiques Américains, et le match de boxe présente des réminiscences de Stan Laurel et de Chaplin. mais arrêtons-nous quelques instants sur le personnage qui ouvre et clôt le film: ce n'est ni un fermier ni un boxeur, mais un facteur (Max Martel). Il arrive et donne au manager du boxeur le message qu'il attendait, permettant d'amener l'intrigue ou ce qui en tient lieu, et il reprend sa tournée à la fin du film, suivi des yeux par les gamins, dont un qui le "filme"... Prémonitoire.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 17:00

The Bride's play est situé en Irlande, Marion Davies y est donc brune et... ce flm n'est pas une comédie, ce qui va nous permettre de tester la véracité d'une fameuse légende de l'histoire du cinéma muet Américain, en rapport bien sûr avec l'infâme (mais jouissif, hélas) portrait à charge de l'actrice à travers Citizen Kane...

En Irlande, donc, dans une petite localité du bord de mer, vivent un père qui va bientôt devenir riche, et sa fille, la belle Aileen (Marion Davies). Celle-ci est en pension, où la nuit venue elle lit avec ses camarades des livres interdits: les recueils de poésie sentimentale que toutes les jeunes femmes s'arrachent, écrites par un auteur à succès de Dublin, Bulmer Meade (Carl Miller). Mais quand son père meurt elle revient au pays, et a la surprise de voir le poète, justement en villégiature dans son village. Ils vont se rencontrer, et l'incorrigible séducteur va faire une victime de plus, au grand désespoir du châtelain local, un ami de longue date de la famille d'Aileen, qui l'aurait bien prise sous son aile, et qui se doute de l'amoralité du bellâtre...

Bref: ceci est un mélodrame, dont le choix de le situer en Irlande s'explique par le recours à un procédé qui semble revenir souvent dans les films de Davies: il y est fait référence à une coutume de mariage, qui donne son titre au film, et dont un exemple du douzième siècle nous est montré dans l'avant-dernière bobine. Une occasion pour Marion Davies de se montrer en costume ancien, et au milieu d'une centaine de figurants... Hearst adorait ça, et préférait en effet ce type de drame, à la comédie qu'il jugeait vulgaire!

Et le résultat, c'est que Marion Davies, engoncée dans un rôle qui ne lui permet pas de faire la preuve de son talent exceptionnel et physique, n'est pas vraiment terrible, dans un film qui n'est pas très bon non plus, mis en scène sans grande imagination... Mais mis en image avec un soin en revanche remarquable. Mais on donne raison à tous ceux qui opposent Hearst et Davies, le premier désireux de faire de sa maîtresse une diva tragique, la deuxième soucieuse de dériver le plus possible vers la comédie... Mais pas spécialement aidée par la réalisation très plate de Terwilliger, elle n'y est pas parvenue!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Marion Davies *
9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 16:32

A Ste-Sévère sur Indre, une fête foraine se prépare. La vie de la journée va s'organiser autour de ses stands, ses flonflons et ses forains, d'autant que ceux-ci vont profiter allègrement du café situé juste à côté de leurs baraques. Parmi les locaux, on s'intéresse surtout à François, le facteur (Jacques Tati), un vrai rigolo celui-ci. Mais la fête foraine va lui apporter son lot de doute, en effet il va y voir (en contrebande, il n'a pas payé sa place) un documentaire sur les nouvelles méthodes des Postes Américaines... qui lui donne des complexes: est-il si efficace qu'il le croit? Les forains vont bien s'amuser à le guider pour "améliorer son rendement".

Fred Orain, le producteur du film, croyait en Tati et avait bien vu la réussite de son court métrage L'école des facteurs (1946), dont ce film est la prolongation: même personnage, et finalement un peu la même mission: aller plus vite. Dans le court c'est à partir d'une consigne venue d'en haut, dans le long c'est une lubie due essentiellement à une consommation de Cognac un peu trop assidue. Le film s'est donc tourné dans le petit village du sud de l'Indre, par Tati assisté de son ami Henri Marquet. Le choix du village est déterminant, car une fois sur place, les deux complices ont ajouté beaucoup d'éléments qui dépendent justement de cette place des fêtes centrales, et de son café, son boucher, etc... Contrairement à L'école des facteurs, il y a beaucoup plus qu'un seul personnage dans Jour de fête. François le facteur n'arrive qu'au bout de dix minutes, durant lesquelles Tati nous fait visiter son coin de paradis aux allures de village éternel, coincé dans un monde à part...

...un monde à part dont le facteur est l'un des "notables", en quelque sorte, dans le sens où tout le monde le connaît: d'ailleurs son manque d'efficacité, du à une certaine tendance à la distraction, reste un sujet de rigolade généralisé, qui va pousser les deux forains (Paul Frankeur et Guy Decomble) à se payer, relativement gentiment, sa tête, et bien sur à la saouler copieusement. Mais François est aussi débrouillard, organisé, et a parfois une impressionnante capacité d'adaptation: ce qui fait de lui un personnage bien différent de Hulot, en effet. Il est de plus très franchouillard, ce qui est accentué par une bande-son à la limite du collage surréaliste ("Ben mon vieux, il est pas bien çui-là mon vieux!").

Au-delà de son personnage, Tati s'intéresse à un choc culturel inattendu, entre un petit village Français aussi pittoresque que possible (Et dont la version originale du film, tournée en 1947, montre beaucoup des habitants dans leur propre rôle), et un hypothétique progrès, discuté par tous, et qui leur donne de leur pauvre facteur une image dégradée... Le même sujet, en somme, que dans Mon Oncle, ou dans Playtime dans lesquels Tati nous montre la lutte inégale entre le passé et le futurisme à tout prix... Mais dans Jour de fête, le cinéaste est bien moins soucieux de cet excès du progrès, qu'il ne le sera plus tard; pour l'heure, il s'est fixé deux objectifs: capter avec tendresse l'indolence d'un village à l'heure de la sieste, et y lâcher un électron libre dont on va pouvoir tirer des gags. Car dans l'esprit de Fred Orain comme dans celui de Jacques Tati, la confection d'un film de comédie burlesque (J'ose le dire, c'est tellement approprié: à l'Américaine!) relève de la mission sacrée. A ce titre, le film est un événement exceptionnel dans l'histoire du cinéma Français. Après, les nombreuses extases de m'as-tu-vus du microcosme cinématographique Français (L'Herbier, Gaudare, Trufo) qui y ont vu de la nouvelle vague ou du néo-réalisme, on s'en fout: quelle importance d'ailleurs? Jour de fête est important justement parce qu'il s'agit d'un long métrage comique: on y rigole, avec sagesse.

Je ne reviens pas sur l'histoire tumultueuse du film, ses trois versions (Une en noir et blanc, car la version tournée en Thomsoncolor refusait de se laisser tirer; une en noir et blanc avec ajout de séquences tournées en 1961 pour justifier des inserts de couleurs; la version couleurs du film, enfin tirée en 1994), mais je vais profiter de cet espace pour dire à quel point je pense que Tati était un grand cinéaste de l'image ET DU SON. Mais surtout pas de la parole... Ajoutées en post-synchronisation, les répliques de tous ces gens sont parfois abominables à entendre, sans parler de l'accent rustique, le genre agricole, qui est forcé jusqu'à en devenir irritant. Tati, lui, s'en foutait comme de l'an 40. le public, finalement, aussi, qui a fait au film un triomphe dès sa sortie...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 18:46

Le titre (Affligeant, mais tellement classique) nous l'indique: après la Bretagne (Le Monocle noir, 1962), et la Corse (L'oeil du Monocle, 1963), Georges Lautner emporte ses troupes vers Hong-Kong et Macao, et les extérieurs ne trompent pas: c'est de l'authentique.

Ce troisième et dernier film de la série n'en finit pas de s'éloigner encore plus du raisonnable, mais on reste une fois de plus le postérieur entre non pas deux, mais trois chaises: une intrigue due au "Colonel" Rémy, et aussi incompréhensible (Et inutile, du reste) que les précédentes; un personnage joué par un acteur excentrique qui profite de toutes les occasions de faire l'andouille (Tout en restant froidement impassible), et est furieusement contagieux, entraînant dans son sillage non seulement Robert Dalban, mais aussi Marcel Dalio et même Barbara Steele, qui versent eux aussi dans la rigolade et e grand n'importe quoi; et enfin, les envies d'un metteur en scène qui a envie de s'amuser avec la caméra, et ne perd pas une occasion d'égratigner la logique et les codes: Meurisse en gros plan s'adresse directement à la caméra pour souligner l'improbabilité d'une tuerie baroque à laquelle il vient de se livrer, un dîner drogué vire à une sorte de ballet tiré d'un West Side Story Chinois et psychédélique et Meurisse, Dalban et Dalio chantent un "J'irai revoir ma Normandie" sur une scène Chinoise, dans une scène qui poussera quand même plus d'un spectateur à se gratter l'occiput d'un index songeur...

C'est que si Lautner saute en marche dans le train des productions exotiques d'espionnage en se rendant à l'autre bout du monde (Il en ramène de nombreuses vues documentaires dans les rues, qu'il a intégrées au montage), s'il s'amuse avec son intrigue et avec ses personnages, se payant d'ailleurs le luxe de nous offrir une apparition inattendue de Lino Ventura (En écho à celle de Meurisse dans Les Tontons Flingueurs), il n'en reste pas moins qu'il devait quand même en avoir un peu marre de son Commandant Dromard, de ses intrigues à la mord-moi-le-monocle concoctées par un Colonel Rémy à la manque, et il devait rêver de passer à des films qui lui permettraient de se lâcher, mais vraiment. Soit, dans l'ordre, Les Barbouzes, puis Ne nous fâchons pas... Grâce au succès des Tontons Flingueurs et de son association miraculeuse avec Michel Audiard, il pouvait y aller...

Dont acte.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner
6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 15:35

Les films avec Marion Davies ne sont sans doute pas des révolutions cinématographiques, et ont d'ailleurs une réputation assez peu enviable, au regard de l'histoire du cinéma muet Américain... Et c'est bien dommage! Ce film de 1922 est un conte de fées, qui aurait pu être interprété comme un mélodrame (On pense parfois à la première partie de Way down east, et il se peut que ce ne soit pas involontaire), mais on a (sagement) choisi la voie de la comédie à la place. L'histoire compliquée du couple Hearst (Magnat de la presse et producteur) et de sa maîtresse Marion (Actrice dans les films qu'il produisait avec son studio Cosmopolitan) est connue, et on sait qu'il la souhaitait tragédienne dans des oeuvres épiques, alors qu'elle aimait tant interpréter des comédies...

Prudence Cole a été élevée par ses deux tantes dans la petite localité de Pottsville, dans la plus pure tradition Quaker. Rigueur, pas de distraction, des vêtements aussi tristes que dépassés, pas de sorties.... ce qui n'empêche pas de rêver: elle souhaite revoir un ami d'enfance dont la famille habite à quelques pas, et qui lui a promis un jour d'être son chevalier servant. Mais quand elle revoit Henry (Hallam Cooley), celui-ci a bien changé: il fréquente la bonne société, et les oisifs... mais Prudence s'accroche à ses rêves de petite fille, et elle réussit à obtenir de ses tantes de visiter Henry et sa famille dans leur environnement, sur la côte, dans une station balnéaire extrêmement huppée. Prudence Cole, avec ses robes du siècle d'avant, et sa naïveté, va avoir les plus grandes difficultés à s'adapter à cette ambiance. Mais afin de conquérir Henry, elle va trouver l'aide précieuse de Cheyne Rovein (Forrest Stanley), un peintre qui la voit instantanément comme différente des autres, et qui va s'attacher en lui créant des vêtements, à révéler au monde la beauté intérieure de la jeune femme.

La réalisation de Vignola est impeccable, sans aucune fioriture certes, mais constamment à hauteur de personnages. La direction d'acteurs est toujours très bien dosée, et on a parfois le sentiment que la comédie, sans avoir été plaquée sur le conte de fées, a été savamment distillée (Probablement afin de ne pas effaroucher Hearst!)... du coup il me semble bien difficile de faire la fine bouche devant ce film qui combine la "formule" Marion Davies (Une jeune femme qui possède bien des atouts mais qui est "différente", et souvent cachée, soit par les convenances, soit par les vêtements), avec une saine critique de la bonne société Californienne et ses "sang-bleus" oisifs, massés au bord de la piscine... Une scène formidable occupe un large terrain, au milieu du film, et concerne la "transformation" de Prudence de chrysalide en papillon: ça prend la forme d'une saynète de théâtre, mise en scène et aux costumes imaginés par Rovein. la séquence est superbe, et relance complètement le film dans une nouvelle direction. On comprend que la Paramount et la Cosmopolitan aient donné leur feu vert, ensuite, à l'ambitieux et très réussi When Knighthood was in flower.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1922 Marion Davies Robert Vignola *
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 15:46

Comme Wings avait été réalisé par un Wellman motivé, et seul maître à bord, en réaction contre tout ce qui lui avait été confié auparavant, Beggars of life prend par bien des côtés le contre-pied de son film de 1927 qui allait d'ailleurs obtenir l'Oscar du meilleur film... Mais tout en allant sur bien des points à l'opposé de sa superproduction épique, Beggars of life est du pur Wellman, un grand film dont le metteur en scène avouait plus tard qu'il le considérait comme son muet préféré... Sorti en 1928, il était partiellement parlant (Il devait sans doute présenter une ou deux scènes de dialogue), mais seules des copies muettes ont survécu.

Jim (Richard Arlen), un vagabond, marche dans la campagne, entre deux trains. Son but: rejoindre le Canada, pour entamer une nouvelle vie... Mais à court terme, son but serait plutôt de manger un petit déjeuner. Et en passant devant une modeste maison, il voit un homme immobile et attablé: su la table, un petit déjeuner encore fumant. Il frappe, mais l'homme ne répond pas. Il entre, toujours rien: l'homme est mort, et celle qui l'a tué fait soudain du bruit: c'est Nancy (Louise Brooks), une jeune femme qui a abattu son "père adoptif", en vérité un vieux cochon, et elle se prépare à s'enfuir, déguisée en homme. Les deux décident de faire un bout de chemin ensemble...

Les affiches du film mettaient clairement en vedette un troisième acteur, Wallace Beery, qui joue le rôle d' Oklahoma Red, un autre vagabond, influent et respecté. Il va disputer Nancy à Jim, avant de se rendre à l'évidence: ces deux-là s'aiment, autant les protéger... En attendant, la route est semée d'embûches: les trains sur lesquels on trouve parfois refuge, les autres "voyageurs" qui ne sont pas toujours commodes, et la police qui ne tarde pas à savoir que la jeune meurtrière qu'ils cherchent s'est déguisée en jeune homme...

Le film est une plongée sans trop de concessions (si on excepte le sentimentalisme pur jus de l'intrigue amoureuse, d'ailleurs soulignée par une autre complicité fascinante, entre un homme malade et un vagabond noir qui est à 100% à son service) dans le monde de "la route", celle d'avant la Crise de 1929, celle des miséreux et des aventuriers déchus qui tentent à leur façon de participer au rêve Américain; un monde dans lequel la police, les gens qui possèdent, les braves gens, sont des ennemis... Wellman, sans faire trop d'effets, nous trimbale à la suite de ses "hoboes", et son sens du rythme, son sens de la composition, son montage et une caméra austère mais sûre d'elle-même, nous donne à voir un film qui est certes austère, mais totalement prenant. Sa direction d'acteurs ne souffre d'aucune faille dans ce film: Arlen, tout en retenue, force juste ce qu'il fait sa fragilité sombre; Wallace Beery est sans doute à son meilleur, même si c'est sans doute à lui qu'incombe le rôle le plus galvaudé avec son vagabond au grand coeur. 

Enfin Louise Brooks (Qui sera critiquée pour un rôle qui "ne met pas en valeur sa plastique", les gens sont parfois vraiment des goujats) est formidable en très jeune femme qui ne sait pas exactement ce qu'elle veut, mais qui sait bien ce qu'elle ne veut pas. Et cette féminité que des critiques stupides ont cherché en vain, est précisément l'un des enjeux du film, qui va offrir à son personnage une renaissance par la route... Ce film dans lequel les gens marchent du début à la fin, ou sautent sur les trains, est un compagnon (de route) d'autres errances, d'autres films de Wellman qui nous intéressent aux à-côtés de cette belle démocratie parfois ingrate: Safe in hell, Wild boys of the road, Heroes for sale, The star Witness, Call of the wild, ou encore Westward the women...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman 1928 Louise Brooks
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 16:06

Succès oblige... Toutefois, on ne prend pas exactement les mêmes et on ne recommence pas tout à fait... Si l'équipe, au fond, présente une certaine continuité (Jacques Robert au scénario, Maurice Fellous à la photo et bien sûr Lautner à la réalisation), seuls Paul Meurisse et la femme fatale Elga Andersen reviennent pour cette suite. Et à la Bretagne essentiellement nocturne qui servait de cadre au premier film, Lautner a substitué cette fois ci le sud de la Corse. Ce qui renforce l'impression d'être dans un film encore plus personnel de Lautner, car soyons juste: il l'aimait, sa Méditerranée!

Lautner, justement, fait ici quelque chose d'inattendu: il interprète un officier SS dans un prologue qui donne le ton; en apparence sérieuse, cette introduction est du grand n'importe quoi, et ne fait que nous embrouiller. Et le film part aussi dans cette direction, autour d'un hypothétique trésor caché par une troupe de soldats nazis tous décimés, sauf un... Qui est courtisé par tous les gouvernements de la planète. Pour la France, c'est le commandant Dromard, désormais accompagné d'un fidèle soldat, le sergent Poussin (Robert Dalban qui entamait une lonue collaboration avec Lautner, après leur premier film commun, inévitablement Le monocle noir). Sinon, il y a des Russes, des Anglais, des... des quoi, d'ailleurs? Tout le monde s'allie avec tout le monde, tout le temps, et bien tous ces gens se doublent et se descendent les uns à la suite des autres. Il y a Maurice Biraud, en intellectuel (Parfois assis, mais il lui arrive aussi de marcher, voire de nager) dépassé par les événements, alors qu'à un point il est le seul à connaître la cachette du trésor... Et il y a de purs moments déconnatoires dans lesquels l'impassibilité de Paul Meurisse ne fait qu'envenimer l'impression grandissante d'un film totalement loufoque: il faut avoir vu l'immense acteur shakespearien se livrer avec tant de rigueur à un twist endiablé. Il faut aussi voir de quelle façon Lautner dépense son énergie pour mettre au point une mort violente aussi baroque que possible: cette fois, c'est à travers un filtre de couleur et le bras gauche d'un contrebassiste qu'on essaie de tuer quelqu'un. Sic.

Je suis sûr que ce pauvre Colonel Rémy (Ancien résistant, créateur du personnage, un homme qui a probablement autant d'humour que le militaire moyen) n'a rien vu venir quand il a écrit un argument pour ce film! Un peu longuet toutefois, ce deuxième "Monocle" consacre le style "policier détourné" du premier, en allant encore un peu plus vers la parodie. On sait ce qu'il y a au bout de ce cheminement... Le terminus des prétentieux.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner