Bob Clampett? En fait, ce film, tout comme Crazy Cruise sorti la même année, recèle un petit mystère... Qui n'est pas sans solution, on le verra très vite; sans aucune histoire, c'est une promenade à travers l'univers rural, avec des gags liés à des jeux de mots infâmes, prétextes aux gags visuels les plus glorieusement lamentables, avec la voix posée, pédante et ultra-sérieuse d'un vulgarisateur, comme les "travelogues" ou les films didactiques d'un autre temps... Le genre de parodie qui anticipe de quelques années un style qui fera les grandes heures de Mad, ou Pilote par ici, et bien sur on pense à Goscinny, Kurtzmann...
...Et Tex Avery. Tiens, justement, ce type de films, Avery qui ne "sentait" aucun des héros de la WB, s'en était fait une spécialité précisément parce qu'ils lui permettaient de faire rigoureusement ce qu'il voulait: The isle of Pingo Pongo ou Cross country detour en sont de précieux exemples...
. Et justement: on ne reconnait pas la patte de Clampett dans ce film qui lui est pourtant clairement attribué... Les gags sont certes idiots et relatifs au monde des médias de l'époque, ce qu'il faisait couramment (Ici, on aura des allusions aujourd'hui mystérieuses à des émissions de radio, à Eddie Cantor, etc), mais Tex aussi! Et l'animation est d'une grande rigueur, sans ces embardées vers la folie furieuse qui caractérisaient déjà le travail de Clampett en noir et blanc. Donc si on sait que Clampett a effectivement repris l'unité d'Avery au départ de ce dernier, il se peut que Tex soit parti très très précipitamment, et que le travail initial de Clampett ait été justement de finir les films sur le feu. Dont celui-ci, et très probablement Crazy Cruise.
Maintenant, la bonne nouvelle, c'est que peu importe ici qui a été le marmiton: la soupe est bonne.
De même qu'il convient de savoir commencer une carrière, la fin est importante... bien que je ne sache absolument si Hawks savait que ceci serait son dernier film. Il a quand même du voir les signes un peu partout: le cinéma n'en finissait pas de muter dans tous les sens, et les genres populaires tentaient de se raccrocher à tous les wagons possibles et imaginables, pendant que les auteurs laissaient progressivement la place à des jeunes réalisateurs turbulents... Pas de place pour un vieux réalisateur certes indépendant, mais aussi particulièrement marqué à droite, dans le cinéma Américain des années 70... c'est d'autant plus paradoxal que nombreux sont les petits nouveaux qui d'une manière ou d'une autre se réclameront de son cinéma: Eastwood, Bogdanovich, Carpenter, Milius, tous l'ont dit ou fait comprendre à un moment ou à une autre.
Donc Rio Lobo est le dernier film de Hawks, et donc son dernier western et bien sur son dernier auto-plagiat. Pourtant, quiconque s'endormirait avant la deuxième heure aurait bien du mal à retrouver ici les schémas de Rio Bravo et El Dorado: on y vient tardivement. D'abord, il y a un long prologue poussif durant lequel le Colonel Cord McNally (John Wayne) qui commande une unité Nordiste durant la guerre civile, se fait rouler par une troupe sudiste, mais réussit à triompher d'eux et les faire prisonniers. Ils va se lier avec deux d'entre eux, le Capitaine Cordona (Jorge Rovero) et le Sergent Phillips (Chris Mitchum). Et à la fin de la guerre, ils vont s'allier: d'une part les deux sudistes vont aider le vieux colonel à mettre la main sur deux traîtres de son bataillon, et de son côté, le colonel va leur prêter main-forte pour aller se mêler des exactions malhonnêtes d'un propriétaire terrien qui s'est allié à un shérif corrompu, dans le conté où vit le sergent Phillips...
Et c'est là que les vieilles tambouilles ressortent: autour de Wayne, juste parmi les justes, on retrouve une troupe de bras cassés, avec beaucoup de femmes dont certaines tiennent un discours féministe, tel que Hawks le voyait (Exactement le même que celui des hommes), un vieux porté sur la boisson (Cette fois c'est Jack Elam), un bellâtre (Cordona est d'origine Louisianaise et Mexicaine, donc il drague à tout va), un dentiste rapide de la tenaille... Tout ce petit monde passe son temps à soutenir des sièges et à balancer des bourre-pifs à une troupe ennemie, comme au bon vieux temps de Rio Bravo, et on boit environ une bouteille de whisky frelaté toutes les dix minutes. La partie consacrée au conflit fratricide est hallucinante de stupidité (En gros, c'est un peu de sport dans les bois, et beaucoup de chevalerie, et non un conflit grave de civilisation impliquant de l'esclavage!): les hommes y passent en une minute trente d'ennemis à meilleurs amis du monde... Hawks tente bien de rafraîchit la situation en faisant de ceux qui sont supposés faire la loi les méchants, et en multipliant les personnages féminins, plus une scène de nudité gratuite à la mode 1970, mais on patine, on patine... Hawks aurait-il dû prendre sa retraite? Ce film n'ajoute rien à sa légende, et est constamment mou du genou. Quant à Wayne, il fait vingt-cinq ans de plus que son âge, et c'est pathétique.
Dans une Allemagne de pacotille, un jeune homme doit obligatoirement se marier afin de satisfaire son oncle qui craint de disparaître en ne laissant aucun espoir d'héritier à l'horizon. Comme c'est une irréversible andouille (mais alors, vraiment), il se "marie" avec une poupée grandeur nature. Sauf que chez le fabricant, ce jour-là, un assistant du patron a cassé la poupée promise; afinde gagner du temps, la fille du patron va donc le temps d'une longue journée, "jouer" la poupée, et provoquer beaucoup d'émois...
Le déguisement, sous toutes ses formes, et le jeu à être quelqu'un d'autre, voilà des thèmes Lubitschiens fréquents. Mais ici, le metteur en scène s'amuse à multiplier les niveaux: une femme joue à être une poupée qui joue à être une femme... Tout ça va permettre à un homme effrayé de tout y compris de son ombre, de trouver l'amour, l'âme soeur, voire tout simplement de... devenir un homme.
Et ça permet aussi à une "poupée" grandeur nature, une vraie femme pourtant, de sortir dans le monde pour un voyage initiatique dont elle reste maîtresse, comme Ossi Oswalda menait déjà le jeu dans Ich möchte kein Mann sein...
Et puis, comment ne pas s'émouvoir de voir cette mise en scène qui met délibérément l'accent sur le factice, depuis cette ouverture durant laquelle Lubitsch soi-même plante le décor d'une maison de poupées? Les arbres en carton-pâte, les toiles peintes, tout l'univers du film semble renvoyer à une esthétique liée autant au théâtre qu'à l'enfance, et fait encore mieux ressortir l'ineptie du benêt dont Ossi Oswalda, impeccable comme d'habitude, va inexplicablement tomber amoureuse.
Miranda (Phoebe Nicholls), et ses deux filles Hester (Lu Corfield) et Rose (Nat Luurtsema), attendent en effet la mort: celle de son père (Michael Poole), et donc du grand-père des deux filles. Mais la situation est compliquée: pour l'occasion, Miranda s'est installée dans la caravane de son père, en pleine campagne, et les deux filles l'ont rejointe pour une cohabitation dans un espace particulièrement restreint: il y a des étincelles en perspective... D'autant que Miranda est particulièrement fatiguée d'avoir du mettre sa vie entre parenthèses pour s'occuper de son père pendant huit ans, qu'Hester a fini par constater que sa vie sentimentale était un désastre total, et que Rose est l'éternelle mouton noir de la famille, oui, mais ça ne l'a au moins pas empêchée de réussir: ses romans cochons se vendent très bien... Et par-dessus le marché, le grand-père tarde vraiment à passer de vie à trépas, mais il est impossible de lui faire dire où il a planqué ses économies!
Le titre est intéressant, linguistiquement parlant: l'utilisation du présent simple y confère à la phrase une possibilité d'être un commentaire hors du temps, comme si la vie de ces trois personnages se résumait à leur attente de la mort! juste un indice de plus qui fait penche le film vers la comédie. Pourtant ce n'est pas de la comédie méchante. L'humour y est certes un peu noir par endroits, mais tout passe par une interprétation splendide et des caractères bien campés...
Ce film, l'avant-dernier de Hawks, illustre parfaitement un adage typiquement Hawksien: quand les personnages sont bons et que l'alchimie entre eux est parfaite, pourquoi ne pas les reprendre? Et du même coup, pourquoi d'ailleurs ne pas reprendre la même trame, les mêmes enjeux? Donc de Rio Bravo, on passe à El Dorado. De là à faire deux bons films, toutefois, ce n'est évidemment pas gagné. Et pourtant...
Cole Thornton (John Wayne), un homme à la gâchette sûre, un professionnel mais doué de moralité, a un rendez-vous pour un travail: il doit porter son flingue et son savoir-faire au service de Bart Jason, un gros bonnet du conté d'El Dorado. Mais le shérif dudit conté, J. P. Harrah (Robert Mitchum), qui est un vieux copain à lui, ne l'entend pas de cette oreille: il sait que Jason entend faire main basse sur les terres de ses voisins, des éleveurs tranquilles, les Mac Donald. Décidé à refuser l'offre, Thornton voit Jason, mais en revenant à El Dorado il est attaqué par un des jeunes Mac Donald. En légitime défense, il le tue, et ramène son corps dans sa famille. Le père de la victime comprend, mais pas sa soeur, l'impétueuse Joey (Michele Carey): elle tire à son tour sur Thornton, et sans pour autant le tuer, lui loge une balle près de la colonne vertébrale...
Quelques temps plus tard, Thornton apprend que Jason n'a plus face à lui qu'un shérif alcoolique et bon à rien: avec l'aide de "Mississippi" (James Caan), un jeune aventurier rencontré sur sa route, il revient pour prêter main-forte à son copain...
Tout ce qui précède est assez éloigné, finalement, de Rio Bravo, mais ce n'est que le prologue. On reviendra immanquablement aux figures imposées: un shérif, peu d'aide, des gens qui se targuent d'être des pros, des innocents et des "civils" qui passent leur temps à se mêler de ce qui ne les regarde pas, et un vieux bras cassé qui parle trop mais qui abat du boulot: Walter Brennan marchait à la dynamite, pour Arthur Hunnicutt ce sera l'arc et les flèches. En lieu et place de Ricky Nelson, James Caan est un "bleu" très convaincant, dont le chapeau déclenche bien des commentaires. On ajoute aussi, par rapport à Rio Bravo, des chevauchées dans une nature rassurante et fortement ciné-génique! Mais si Hawks a décidé d'inverser le shérif et son copain, c'est quand même Mitchum qui sera l'alcoolique auquel il faut venir en aide: pas question de refiler une telle tare à John Wayne!
Ce dernier est ralenti par sa blessure, ce qui sert tout le monde: ça ajoute un brin de suspense, et ça permet à l'acteur de ralentir le rythme d'une façon convaincante, car l'âge et la santé fragile sont là... Les convictions aussi d'ailleurs, car durant le siège inévitable, en fin de film, les échanges portent autour d'un discours sécuritaire bien à droite, qui est probablement celui de tous les protagonistes: Mitchum, Hawks, Wayne et Caan ne s'en sont jamais cachés.
...Et alors? C'est le mythe du western, cette vieille idée que la loi sur la Frontière dépend d'abord des hommes avant de dépendre de la collectivité, que la loi n'est bonne qu'à s'appliquer, elle ne venge pas et elle ne débarrasse pas nécessairement des putois. Non, croyez-moi, on ne fait pas de gros fun qui tâche avec un western de gauche, parce que c'est purement et simplement de ça qu'il s'agit: du fun. Mission, en ce qui me concerne, accomplie: certes, El Dorado n'est pas Rio Bravo, mais... ce n'est pas Rio Lobo non plus.
Un film qui commence, et.. ah tiens non, en fait il ne commence pas: il n'est pas encore fait. La cause? Le script, refusé par la commission de censure, qui a objecté à toutes les provocations. la faute en incombe non à l'un (Henri Crémieux) des deux scénaristes, un provocateur obsédé par la noirceur et le glauque, mais plutôt à la mésentente entre lui et son partenaire (Louis Seigner), nettement plus raisonnable... Nous allons assister à leur remise des compteurs à zéro, et le film, de scène en scène, dans deux directions bien différentes, va se dérouler sous nos yeux: l'histoire d'Henriette (Dany Robin), née le jour de sa propre fête, qui est aussi la fête nationale; ce 14 juillet, la jeune femme envisage de passer la journée avec son fiancé Robert (Michel Roux), qui est photographe pour la presse, mais évidemment il a des obligations (plus ou moins, hum) professionnelles; et elle rencontre Marcel (Michel Auclair), pardon Maurice, un mauvais garçon au coeur d'or pour l'un des scénaristes, et... un assassin anarchiste et fou pour l'autre...
Je ne sais pas si Duvivier et Jeanson, les deux scénaristes de ce film, se sont auto-caricaturés en ce couple maudit de scribouillards qui ont manifestement leurs habitudes: ils écrivent en villégiature, accompagnés d'une scripte, Nicole (Micheline Francey), et de deux femmes anonymes dont je doute qu'elles soient leurs épouses légitimes, et qui dans l'ensemble ne servent pas à grand chose... Tout ce petit monde partage bien évidemment la même suite d'un hôtel à la bonne franquette. En tout cas Duvivier ne s'épargne pas, les scènes "noires" du film étant souvent une auto-parodie, mais en un peu trop poussé à mon goût (Cette manie de pencher la caméra pour faire croire qu'on joue sur le style... enfin.). Il nous donne aussi un clin d'oeil à Don Camillo, dans l'une des premières scènes... Mais si Seigner triomphe de son partenaire, le résultat n'est pas pour autant un film à l'eau de rose: Henriette et Robert vont passer par des expériences qui risquent de marquer leur couple de façon durable. Enfin, Duvivier et Jeanson par le biais de leurs scénaristes commentent tout: 'un des auteurs hurle à l'approche d'une troupe de filles dénudées, mais il n'empêche que nous les voyons bel et bien, dans la scène située dans le cabaret qui répond au nom admirable de "Le cochon qui sommeille"! D'ailleurs à chaque fois que Crémieux se fait reprendre pour une de ses idées sordides par Seigner, Duvivier nous montre la scène à ne pas faire...
Cela étant dit, et étant admis que le film est à mon humble avis trop long, le constant parasitage de l'action par les allers et retours des deux scénaristes, le franc-parler de Jeanson, la frimousse de Dany Robin, excellente et l'incroyable présence de Michel Auclair, le Paris de Duvivier, et bien sûr Montmartre, font que cette comédie franchement unique en son genre (Il y a eu un remake, à propos) nous manquait, depuis qu'une sombre histoire compliquée de droits nous en avait privé. Elle est de retour, tant mieux!
Ruth Rose, qui écrivit le scénario pour ce film, savait de toute façon qu'on ne pourrait absolument pas rivaliser avec King Kong, donc tant qu'à faire, le script louche ostensiblement vers la comédie et le léger...
...Ce qui n'empêche: c'est lourd, très lourd! Carl Denham (Robert Armstrong) a des ennuis, et pour cause. Il est techniquement responsable aux yeux de tous de la destruction d'une partie de New York, et il fait face à la menace quotidienne de se voir signifier des dizaines de procès. Il s'embarque sur le Venture en compagnie du fidèle Capitaine Englehorn: les deux vieux copains ont forcément des choses à se dire...
C'est là, soit dès le début, que ce film commence à se vautrer. Si le développement du personnage de Denham a pu réjouir Robert Armstrong qui y trouvait un terrain plus propice à son talent, a-t-on vraiment envie de voir l'aventurier à la pipe rentré chez lui, faisant face à des menaces financières? Non.
Les deux compères végètent à l'autre bout du monde quand ils retrouvent un ancien compagnon, une fripouille qui leur parle du trésor de Skull Island, un bon prétexte pour y retourner, et... Ils y vont.
Il y a aussi une fille (Helen Mack), qui va, devinez, devinez, tomber amoureuse de Denham; des indigènes pas très contents de les retrouver; des dinosaures animés par Willis O'Brien; la musique de Max Steiner, forcément évocatrice, et... le fils de Kong. Bien sûr, lui aussi est animé par Willis O'Brien, mais il est également animé de bonnes intentions. C'est un genre de Casimir, en moins cruel et en plus gentil, voire encore plus couillon: il s'occupe souvent en comptant ses doigts. Quand il ne montre pas (Aux dirigeants de la RKO, peut-être?) celui du milieu avec insistance...
O'Brien, Delgado et leur équipe ont du travailler sur l'animation en un temps record (Et ça se voit!). Ruth Rose a du travailler sur le script assez vite. Le découpage n'a pas du prendre longtemps à s'établir: à ce titre, la scène de "révélation" de l'existence du jeune Kong est la plus minable des scènes de ce genres qu'il m'ait été donné de voir. A 69 minutes, le film se débrouille malgré tout pour présenter de nombreuses scènes de pur remplissage. Cooper n'a pas signé le film, c'est un signe... Et je pense que Shoedsack a du se boucher le nez.
C'est, pour résumer, un film totalement, irrémédiablement Kong.
Ce court métrage est l'une des premières incursions "professionnelles" de Willis O'Brien dans le cinéma; bien sur, il y fait ce qu'il fera toujours: animer en stop-motion (c'est-à-dire en image par image, comme on dit en Français) des bestioles de trente centimètres de hauteur pour nous faire croire que nous voyons d'immenses monstres... Car O'Brien n'est venu à l'animation, dont il va devenir un génie, que parce qu'il rêvait de voir des dinosaures, sa véritable passion et sa vraie obsession.
Donc l'intrigue de ce court métrage lui donne le prétexte de placer ses bestioles: un écrivain sommé par ses deux neveux de leur raconter une histoire de monstres, imagine une randonnée en montagne qui dégénère en rencontre du type Jurassique... L'histoire n'a aucun intérêt, la partie "live-action" non plus, ce qui nous intéresse, c'est bien sûr l'arrivée des dinosaures...
Et celle-ci nous déçoit: les scènes sont bien courtes, et bien sur, six ans avant l'achèvement de The lost world, il semble difficile à O'Brien et Dawley de tenter de combiner la présence de dinosaures en image par image, et acteurs filmés en temps réel; et surtout, les deux réalisateurs se sont battus autour du film pour écarter l'autre des honneurs; au final, on ne sait même pas si les plans d'animation qui se trouvent dans le film sont vraiment tous l'oeuvre de Willis O'Brien!
Il y a quand même une scène qui s'impose, la rencontre (inévitable, elle figure au cahier des charges de tous les films de dinosaures) entre un T-Rex, assez réaliste si on prend en compte l'état des connaissances à l'époque, et un tricératops pas content du tout. Les choix d'angles, le peu de distance de la caméra, sont assez efficaces et étonnants.
Il ne reste sans doute pas grand chose des oeuvres de Harry O. Hoyt, un réalisateur fécond, et qui est resté actif de 1916 à 1951. Et je serais assez étonné qu'il y ait beaucoup de monde qui s'en émeuve... Cela dit, il est au moins crédité de façon avantageuse au générique d'un film majeur, un seul, mais de taille. Pourtant The lost world, adaptation coûteuse et enthousiaste d'un roman connu de Arthur Conan Doyle, et dont la production a demandé trois années de travail, est généralement reconnue surtout pour être la première oeuvre importante qui a mis en valeur le talent de Willis O'Brien pour l'animation "stop-motion"...
Le professeur Challenger (Wallace Beery) souhaite financer une expédition en Amérique du Sud afin d'y retrouver l'explorateur Maple White: celui-ci, avant de disparaître en pleine jungle, a eu le temps de consigner sur un carnet sa découverte: il a vu, sur un haut plateau d'un endroit très reculé, des dinosaures qui ont échappé à l'extinction... Son carnet, retrouvé par des membres de son expédition, a été ramené à Londres, et serait la seule maigre preuve de l'existence de reptiles préhistoriques.
Le problème c'est qu'en dépit de la réputation de White, personne ne croit Challenger. Et surtout le professeur est irascible, impétueux, et tellement borné... pourtant il va se créer une expédition autour de lui: Paula White (Bessie Love), la fille de l'infortuné professeur; le professeur Summerlee (Arthur Hoyt), un spécialiste des coléoptères, dépêché par l'académie des sciences afin de prouver que Challenger n'est qu'un charlatan, Sir John Roxton (Lewis Stone), chasseur et ami de Challenger, attiré à la fois par l'opportunité de chasser du très gros gibier, mais aussi par la nécessité de protéger la belle Paula. Enfin Ed Malone (Lloyd Hughes), un journaliste, a décidé de se joindre à l'expédition afin de vivre une aventure: une condition imposée par sa petite amie qui souhaite en faire un homme avant d'accepter le mariage... D'autres personnes, Austin (Francis Finch-Smiles) et Zambo (Jules Cowles) sont également de la partie, même s'ils sont surtout là pour ajouter de l'humour vaguement ethnique, signe d'un autre temps...
Les trois années de confection ont surtout été dictées par la nécessité de tourner, image après image, les séquences très planifiées de Willis O'Brien, dont la fascination légendaire pour les bestioles disparues a tout bonnement créé la vocation. Il est intéressant de constater que les scènes tournées par O'Brien et son assistant Marcel Delgado (C'était leur première collaboration, mais ils allaient travailler ensemble quelques années plus tard sur un projet encore plus prestigieux) varient grandement en qualité: et pour cause, les deux hommes, engagés dans une production de longue haleine, y ont littéralement raffiné leur art de jour en jour. Et c'est constamment impressionnant, tant leur technique leur permet de créer des "poupées" dotées de vie, aux détails impressionnants. Ils n'oublient généralement pas grand chose, et surtout pas les petits trucs anatomiques apparemment inutiles, mais qui ajoutent de la véracité (un ventre qui bouge au rythme d'une respiration, la queue d'un reptile qui semble vivre sa propre vie, etc...), et ils vont tout faire pour planifier un maximum de plans composites en intelligence avec l'équipe de Hoyt.
Ce dernier, en charge de la partie 'live-action', fait un travail soigné, sans grande invention au niveau des caméras, mais qui profite pleinement de la qualité de la distribution. Le script de son côté adapte Conan Doyle sans trop le trahir... Sauf les stéréotypes raciaux: le personnage de Zambo, le noir, devient un insupportable crétin qui roue les yeux en permanence, et en prime est joué par un blanc! Quant à cette pauvre Paula White, elle est un catalogue des conventions sexistes sur les héroïnes, Bessie Love n'a d'ailleurs jamais caché le peu de cas qu'elle faisait de ce rôle...
Pourtant avec toutes ces scories, et les moments d'une grande naïveté, il y a derrière cette improbable aventure un humour et un second degré inévitable, qui font que le charme opère malgré tout: The lost world est dans la même catégorie, en dehors du temps, que Tarzan et bien sur King Kong. Ce dernier film doit énormément à celui-ci: l'équipe d'animation tout d'abord, qui va apporter au projet de Cooper et Shoedsack tout le savoir-faire acquis sur le film de Hoyt, en le raffinant encore; le parfum de l'aventure brute, et une trame pas si éloignée: dans les deux films, on ramène une bestiole dans notre "monde civilisé", et dans les deux films, ça ne se passe pas vraiment bien.
Pour finir, si on peut voir The lost world aujourd'hui dans une version décente, c'est essentiellement à un travail acharné d'une équipe de restauration menée par Serge Bromberg de Lobster films. Leur travail est formidable, et grâce à eux, nous avons nous aussi eu accès à un monde perdu...
Christian Fellous travaille dans la termite. D'ailleurs, il n'a pas son pareil pour déceler des termites dans une charpente, là où le client un peu âgé n'aurait a priori rien vu... De là à imaginer qu'il magouille un peu pour forcer la vente, il n'y a qu'un pas. Noceur, assez désagréable, il a assez jalousement construit sa vie, entre son divorce et les jours négociés avec sa fille unique Vanessa, son travail, et ses soirées très très arrosées, qui se finissent généralement par des coucheries pas trop glorieuses. Et son mal-être est probablement lié à celui de son père Kader qui a travaillé et milité toute sa vie pour s'imposer malgré ses origines Algériennes, et celui de son frère qui lui est au bord du suicide depuis le départ de son épouse. Bref, tout n'est pas rose, mais Christian lui a au moins réussi à se construire une carapace, et en plus il a un vrai trésor: sa fille, qui fait partie d'une troupe de majorettes. Elle aime ça, elle est douée, il la gâte...
...Et c'est de là que viendront deux opportunités. D'une part parmi les copines de Vanessa, il y a Alizée et sa maman célibataire, d'une espèce rare: elle est enceinte de quatre mois, et le rapprochement avec Christian va vite être inévitable. D'autre part, Vanessa travaille d'arrache-pied, comme toutes les majorettes, pour un triathlon de l'été qui va mobiliser toute la municipalité de Montauban, et l'équipe d'aviron a besoin d'un rameur. Un rôle que peut jouer Christian, sans problème... Bref, la vie prend une tournure plus belle, il se met à faire les bons choix.
C'est là qu'une plainte de client victime de vente forcée vient tout gâcher...
Le choix de Sami Bouajila pour interpréter Christian, le fait de proposer à Zinedine Soualem le rôle de son frère (Il y est génial, et sans jamais forcer, comme d'habitude), et de nommer le père Kader (C'est Daniel Prévost), tout va dans une direction que pourtant Rabaté ne souligne qu'en une seule occasion. Mais il y a du racisme dans la soudaine volte-face d'une ville entière, qui commençait à aimer son rameur providentiel, mais déteste volontiers le petit escroc, pourtant pas bien méchant... Il le dit lui même à Christine (Isabelle Carré), la maman d'Alizée, pourtant: "je ne suis pas un homme bien". Mais Christian a surtout du mal à accepter de s'ouvrir vers les autres. le film nous montre le parcours d'un homme qui commence à aimer d'être aimé...
Et le film nous promène à travers cette histoire mi-quotidienne, mi-triste, maintenant la comédie par un écheveau austère de répliques, situations en demi-teintes. Le drame, en fait, n'est jamais loin. C'est la farce qui triomphera, dans une scène inattendue, en forme d'épiphanie et d'auto-sacrifice... Et qui manque presque sa cible. Car Rabaté, qui maintenait une atmosphère cocasse avec son papy veuf qui découvrait les joies de la transgression dans Les petits ruisseaux, et modernisait la comédie à la Tati avec une bonne dose d'absurde dans Ni à vendre ni à louer, est ici bien avare de rires... Et honnêtement, son personnage de râleur impénitent, il mériterait parfois un bon coup de pied quelque part, non?