Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 09:31
She wore a yellow ribbon (John Ford, 1949)

On repart donc à Monument Valley, pour l'un des films centraux de l'oeuvre de John Ford, un nouveau western avec John Wayne, encore une fois (la quatrième) situé à Monument Valley, et comme Fort Apache tourné l'année précédente, une histoire située dans le quotidien de la Cavalerie. Fort Apache était inspiré de la bataille fameuse de Little Big Horn, cet affrontement dans lequel Custer avait entraîné tout un régiment, dont Ford montrait le mécanisme fatal dans son film. Ce nouveau chapitre de l'histoire (Ou des histoires pour être plus juste) de la Cavalerie commence justement en pleine actualité, en 1876 au moment ou la nouvelle de la défaite spectaculaire de Custer et du 7e de Cavalerie se répand sur la Frontière. Dans un petit fort, on assiste à des mouvements de troupe des tribus Indiennes Kiowa, Arapaho, Cheyenne et Comanche qui mettent de côté leurs différences, et on craint une nouvelle attaque sur l'armée. Le fort étant aux premières loges, le risque est grand. Et justement, le Major Allshard (George O'Brien) commandant le fort est doublement inquiet. Il fait d'une pierre deux coups, il charge son second le Capitaine Nathan Brittles (John Wayne) de patrouiller pour observer les indiens, et leurs trafics avec des contrebandiers qui leurs fournissent les armes, tout en véhiculant deux femmes que le commandant du fort souhaite éloigner de l'éventuel théâtre des opérations: sa propre épouse (Mildred Natwick), et sa nièce (Joanne Dru). Pour Brittles, la période est particulière: il est à cinq jours de la retraite. Une retraite bien méritée pour ce vieux soldat qui prépare activement sa succession en couvant les trois jeunes loups les plus brillants de sa troupe, interprétés par Ben Johnson, John Agar et Harry Carey Jr, mais veut-il vraiment prendre sa retraite? Et surtout, les circonstances vont-elles vraiment le lui permettre?

La patrouille, le risque de guerre Indienne, l'ombre de Little Big Horn... tout ça n'est finalement que prétexte, voire contexte. Une façon comme une autre d'amener les deux véritables sujets du film: la vie quotidienne d'un poste avancé de l'armée Américaine, sur la frontière, dans le territoires qui ne sont plus tout à fait des terres à prendre, mais pas encore des états de l'Union. Cette vie tourne autour d'une certaine dose de discipline, mais tempérée de bon sens: une scène montre Nathan passer sa colère de devoir transporter des civiles dans une mission dangereuse en faisant une réclamation en bonne et due forme, sous les yeux de son supérieur hiérarchique, cible de sa diatribe mais qui lui corrige impassiblement ses fautes, avec une certaine tendresse... L'atmosphère de camaraderie, de solidarité masculine, éclate au grand jour dans l'une des scènes les plus simplement poignantes de tout le cinéma Fordien, lorsque le matin de sa retraite, Brittles voit face à lui toute la troupe, impeccablement rangée, avec un cadeau pour lui... Et la façon dont Nathan couve son soldat préféré (Ben Johnson), le sergent Tyree (Bien que Brittles ait été un soldat du Nord, et Tyree soit du Sud), ou encore l'impayable et sempiternel sergent Quincannon, vieille baderne Irlandaise et alcoolique, interprété comme de juste par Victor McLaglen, tout va dans cette même direction de montrer des hommes unis dans et par l'adversité, dans laquelle la discipline et les éventuelles sanctions ne sont finalement que des pudeurs d'homme. Tous ces gens meurent d'envie de s'embrasser à la moindre occasion... Et pas loin, les Indiens qui se massent en l'attente d'une éventuelle bataille ne sont pas beaucoup plus menaçants. Oui, le danger est là, mais une scène montre Brottles qui va repérer les lieux, et deviser avec le chef Pony-That-Walks (Chief Big Tree) comme on retrouve un vieux camarade. Les deux hommes philosophent au sujet de la vieillesse, leur lot commun...

Avec son troisième film de long métrage en couleurs, Ford a trouvé la palette juste, et ce film est d'une beauté plastique impressionnante, avec des effets de brume et d'orage (Rajouté en post-production!), des crépuscules d'un rouge très vif, et comme toujours chez Ford cet oeil de peintre qui sait tirer parti de n'importe quel environnement pour créer des images inoubliables: Cette façon de faire contraster les rochers gigantesques de Monument Valley, et la petitesse des cavaliers en contrebas, ces jeux de couleurs inspirés de Frederick Remington, qui mettent en scène des Indiens sur le sentier de la guerre, certains d'entre eux d'ailleurs authentiques, car Ford a, en cette période, un carnet d'adresses impressionnant... Il n'oublie pas non plus de continuer à nous montrer ces hommes qui visitent la tombe d'une femme qu'ils ont aimée, comme dans Young Mr Lincoln, une figure courante dans le cinéma Fordien, et qui parfois s'étende à d'autres liens familiaux (Dans My Darling Clementine, Fonda-Earp visite la tombe de son jeune frère). La mort fait partie de la vie de ces soldats, aussi bien dans l'exercice de leur métier, que dans leur vie privée... Elégie à un soldat sur le départ, réflexion désabusée mais tendre sur le crépuscule d'un homme, et l'héroïsme quotidien des obscurs et des sans-grade, ce film est le plus beau des trois films de Cavalerie inspirés de James Warner Bellah, haut la main.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 16:05

Ne confondons pas JFK et ce Nixon, qui vient cinq années après: JFK N'est pas la biographie de Kennedy, qui est à la fois le grand absent, et le principal sujet du film, à travers l'enquête du procureur Jim Garrison autour de son assassinat. Nixon, lui, est bien un film biographique, qui se concentre essentiellement mais pas que sur les années de présidence de celui qu'on a appelé "Tricky Dick" (Richard le Tordu), un surnom qui lui allait comme un gant! Nixon est donc joué par Anthony Hopkins, qui est magistral, on n'y reviendra donc pas.

Le film épouse, comme c'est devenu la règle pour se genre de films, une structure qui n'a rien de linéaire. Ca commence par le Watergate, puis on a la réaction de Nixon et de son entourage à cette fameuse affaire lamentable d'espionnage politique (que je rappellerai brièvement dans le paragraphe suivant), avant que la chronologie n'explose au gré de flash-backs initiés par des conversations, des résurgences de souvenirs, et autres. Le film se suit malgré tout asse bien, et traite de beaucoup de thèmes qui permettent de dresser un portrait fascinant du personnage: l'enfance pauvre, dans un foyer tenu par un père entreprenant mais malchanceux, en Californie, et l'influence envahissante d'une mère Quaker (Mary Steenburgen); l'adolescence, marquée par la mort de deux de ses frères, de tuberculose, et par le rejet de ses camarades, au sport, à l'école et à l'université: Nixon était trop pauvre... Puis le mariage avec Pat (Interprétée à l'age mur par Joan Allen, et elle est fantastique elle aussi), et enfin la carrière politique évoquée à travers les coups tortueux (Nixon en chevalier blanc de l'anti-communisme auprès de McCarthy), en coups d'éclat (La vice-présidence avec Eisenhower), en ratages sublimes (la campagne de 1960), en traversées du désert (de 1962 à 1968), puis les sollicitations de l'extrême-droite, la mort de Bobby Kennedy et la présidentielle de 1968. mais le plus gros sera bien sur consacré à a présidence en tant que telle, et l'obsession pour Nixon de se faire aimer, tut en affirmant haut et fort ses droits absolus en tant que président ("Un président, ça bombarde qui ça veut, quand ça veut", dit-il à propos du Cambodge...). Tout au long du film, pourtant, un fantôme: celui de JFK, devenu en quelque sorte le modèle ou repoussoir favori de Nixon, le président auquel on ne passe rien: Kennedy, au contraire, était celui auquel on passait tout...

Le Watergate, si vous voulez vous épargner une recherche sur internet, est donc cette lamentable affaire de "plombiers" à la solde du Parti Républicain qui ont été arrêtés alors qu'ils posaient des micros au siège du Parti Démocrate (Dans un immeuble de Washington appelé "Watergate Building", d'où le nom de l'affaire), en vue des élections de 1972. Très vite, la question de l'implication du président dans l'affaire a été soulevée, en particulier par Woodward et Bernstein, les journalistes du Washington Post qui ont probablement plus fait avancer l'enquête que n'importe qui... Et au final, la classe politique s'apprêtant à voter un impeachment, c'est à dire une destitution partielle, et une mise à disposition de la justice pour Nixon pour parjure, celui-ci a été contraint de démissionner en 1974.

Pour revenir au film, ce n'est pas un portrait de Nixon, d'une certaine manière, le bonhomme ayant été plus ou moins jugé par l'histoire, la télévision, et aujourd'hui la mort, comme le rappelle le réalisateur dans un épilogue qui voit le seul président à avoir été contraint de démissionner enterré en grandes pompes, accompagné dans sa dernière demeure par rien moins que cinq de ses successeurs: Gerald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan, George H. Bush et Bill Clinton... Nixon est pourtant le héros objectif et paradoxal du film, victime d'une malédiction personnelle, car peu sur de lui et mal à l'aise en de nombreuses circonstances: à force de ne pas être aimé, la recherche de la popularité est devenue, nous dit le film, une obsession personnelle pour Nixon, qui plus est hanté par la haute figure morale de sa maman Quaker rigoriste!

Non, le film est plus un portrait du pouvoir, réalisé par un cinéaste fiévreux, qui tente de faire passer sa passion par la mise en scène. Comme d'habitude avec Stone, c'est énorme, parfois exagéré, mais aussi foisonnant et inspiré. Le film est lus maîtrisé, moins délirant que pouvait l'être JFK. Peut-être que le fait d'avoir exorcisé tout son fiel avec Natural born killers avant de faire ce film a servi! Toutes les techniques de montage subjectif, de truquages sensoriels, les différences de pellicule pour brouiller es pistes entre images authentiques et reconstitution, mais aussi des techniques parfois très anciennes (des fondus à la Griffith, et des fondus-enchaînés à la Eisenstein!) sont utilisés au service d'une narration fleuve sur 213 minutes... Et c'est passionnant, bien sur. Stone règle ses comptes avec un président sous lequel il a servi au Vietnam avant de déchanter, mais le portrait est beaucoup plus nuancé que son W, qui tirait à boulets rouges sur l'affreux George W. Bush, à la fin de son mandat qui plus est!

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Oliver Stone
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 19:52
3 godfathers (John Ford, 1948)

C'est après l'échec public retentissant de leur première production en commun, The fugitive (Objectivement, l'un des pires films de Ford, adapté de Graham Greene) que Merian Cooper et Ford ont renchéri avec un film clairement taillé pour le succès, un conte de Noël déjà tourné une fois à la MGM par Chester Morris... Ford disait souvent que Marked men (1919) qu'il avait tourné avec Harry Carey, était aussi une version de la même histoire, mais le film étant perdu, on pourra juste le croire sur parole, ce qui n'est jamais garanti! Le deal avec la MGM, après l'aventure du flop précédent, était une bonne affaire, et le film (Dédié au passage, à Harry Carey, décédé quelques mois plus tôt) ressemble quand même beaucoup à du sur-mesure pour le box-office. De fait, c'est un classique, sur lequel je ne peux pas m'empêcher d'avoir deux avis...

Rappelons l'histoire: trois hommes (John Wayne, Harry Carey Jr et Pedro Armendariz) arrivent dans la sympathique petite ville de Welcome Arizona, et conversent quelques minutes avec le shériff (Ward Bond) et son épouse (Mae Marsh) avant de se tuer sur la banque et de la dévaliser. En fuite, ils se précipitent dans le désert, qu'ils envisagent de traverser en allant d'un point d'eau à l'autre... mais la malchance les poursuit, l'eau vient à manquer bien vite, es chevaux s'enfuient, et l'un d'entre eux (Harry Carey Jr) est sérieusement blessé. Ils trouvent un chariot, dans lequel une femme (Mildred Natwick) enceinte, agonisante, va donner vie en leur présence à un garçon. Ils décident de le suver, même s'ils doivent tous mourir pour ça...

Donc d'un côté, un conte fortement teinté de Christianisme pour cous d'écoles, dans lequel "trois parrains" vont se donner à fond pour un enfant, rachetant du même coup tous leurs péchés, même si cela ne semble pas du tout être l'intention! Un conte simpliste, fait de bons sentiments, de coïncidences et de miracles téléphonés...

De l'autre, c'est un film de John Ford, certes pas forcément de la meilleure eau, mais on sent qu'il a aimé tourner cette histoire, et que ses acteurs l'ont aussi apprécié. On aime toujours voir John Wayne en baroudeur du désert de l'ouest, on sent que ce n'est jamais un rôle de composition. De même, Ward Bond en shériff bourru est fantastique, et le Technicolor rutilant (C'est le deuxième film de Ford en couleurs après Drums along the Mohawk), vu par son oeil unique mais légendaire fait merveille avec les teintes du désert et la nuit d'un bleu pâle inattendu, mais si esthétique... Alors on se laisse gentiment aller, bien entendu...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:33

Rares sont les films adaptés d'une oeuvre littéraire considérable et qui parviennent à ce degré de perfection. La première erreur serait bien sur de croire comme le font régulièrement les béotiens (Et de nombreux anglo-saxons) que le film est un film de Steinbeck. L'auteur n'a été que consultant sur la production. Il serait aussi idiot de s'imaginer, comme les tenants de la littérature le font régulièrement, que le film est moindre, par rapport au livre. Le Ford est pour moi aussi important que le Steinbeck. Enfin, non, l'oeuvre n'a en aucun cas été trahie, amoindrie, édulcorée. C'est la parfaite traduction, dans la style des studios, d'une profonde indignation: celle de Steinbeck, oui, un peu bien sur. Mais surtout celle de John Ford. C'est d'autant plus paradoxal que le metteur en scène est venu au projet par demande de Darryl F. Zanuck, celui-ci n'ayant découvert le roman qu'à la faveur d'une rumeur: on racontait partout qu'alors que tous les studios avaient boycotté purement et simplement l'adaptation de l'énorme succès de librairie qu'était le roman, Zanuck mettait en chantier une sulfureuse version pour la Fox. le dirigeant du studio, qui n'avait même pas entendu parler du roman, s'est procuré une copie, a jugé l'histoire passionnante, et... a demandé au metteur en scène le plus prestigieux qui soit, John Ford, de le mettre en scène.

Tom Joad (Henry Fonda) revient chez lui après quatre années à l'ombre. Condamné à sept ans de prison pour homicide, il a été libéré pour bonne conduite. Ce qui ne l'empêche pas de s'emporter après un camionneur un peu trop curieux qui le harcèle de questions après l'avoir pris en stop... Mais sa famille habite en Oklahoma, en plein dust bowl, donc les choses ont bien changé depuis son départ. Toutes les familles qui ne sont pas parties, ou n'ont pas été expropriées de façon musclée, crèvent la faim, et les Joad sont sur le point de partir à leur tour... Toute la famille, les deux parents, les grands-parents, les enfants et même quelques autres (La mari d'une des soeurs, et Jim Casy (John Carradine), l'ancien prêcheur qui questionne sa foi) partent vers la Californie, là où on a besoin de main d'oeuvre, là ou la vie sera forcément plus belle... Tous n'arriveront pas au terme du voyage, et en Californie, on déchantera très vite...

"To see how the other half lives", est une expression qui désigne une curiosité culturelle, qui divise d'une certaine façon les gens en deux: car oui, bien des gens liront un livre, ou un article de journal, ou verront un film, dans le souci de s'intéresser à l'autre, de voir comment il (elle) vit. Mais combien seront intéressés par la vie des gens qui sont moins bien lotis? C'est ce qui fait bien souvent du cinéma classique un art du luxe, encouragé par des patrons de studios qui jurent leurs grands dieux que leur clientèle ne souhaite pas qu'on lui parle de la vie des pauvres gens, et qu'ils préfèrent un spectacle qui les fasse s'évader plutôt que de leur montrer la vie des défavorisés. Il y a eu, ben sur, surtout au début des années , des peintures de la misère dans le cinéma Américain, chez Wellman, par exemple. Mais la misère, c'est surtout dans la comédie qu'elle se montre... A ce titre, ce film est phénoménal: adapté du roman à succès, certes, mais qu'on brûlait dans certains comtés, et qui montrait sans la travestir la condition des "Okies", ces paysans venus en Oklahoma pour profiter du rêve Américain, et qui furent brisés par le détonnant mélange de l'agriculture intensive d'une part, et de la sécheresse d'autre part, The grapes of wrath ne pouvait bien sur plaire ni à l'intelligentsia de droite, qui s'est déchaîné aussi bien contre le film que contre le livre, ni aux patrons des studios, parce que ce film ne pouvait être que communiste (Ce qu'il n'est absolument pas, du reste, pas plus que Ford ni que Steinbeck). A ce titre, le choix par Zanuck de mettre le film en chantier est un véritable acte de courage, et une fois de plus, il avait parfaitement raison...

En choisissant une intrigue plus resserrée autour de l'histoire des Joad, sans se livrer à toutes les digressions qui racontent l'atmosphère de crise de l'Amérique entière, Nunnally Johnson fournit un script en or à Ford, qui va faire son film probablement le plus ouvertement progressiste: mais on le sait, depuis le début des années, Ford a le coeur à gauche. De là à le considérer comme un communiste, il y a un pas qu'on en peut pas raisonnablement franchir... Le film est d'ailleurs très clairement inscrit dans la ligne Rooseveltienne, en prenant fait et cause pour le New Deal et ses camps de travail à visage humain, centres d'entraide qui permettent aux gens déclassés de se refaire, et qui permettent un vrai retour à la vie, car les gens que nous voyons dans ce film ne sont pas des gens qui ont vocation à créer des manière permanente des phalanstères fouriéristes! ce sont des travailleurs dépossédés, qui pour reprendre pied s'unissent, mais ont vocation, une fois la crise finie, à repartir sur leurs propres bases. Comme dans le roman, par contre, l'opposition à ces associations de travailleurs existe dans le film, et on voit comment les autorités locales encouragent les forces de l'ordre à tenter de casser ces initiatives d'entraide comme on briserait une grève. On verra aussi dans le film de quelle façon des associations sans scrupules, et autres exploitants agricoles, ont trouvé dans l'extrême misère des Okies une main d'oeuvre à exploiter jusqu'à ce qu'elle crève! Autant de vérités qui ne sont pas souvent représentées au cinéma...

Mais c'est du Ford, chimiquement pur. Qu'il ait été de gauche (Le Ford des années 30 était un démocrate pur jus, à l'esprit rebelle hérité de sa culture Irlandaise) ou de droite (Le Ford d'après la guerre prendra ses distances publiquement avec les idéaux "progressistes", tout en continuant à y adhérer via ses films...), Ford était de toute façon un indigné, qui comme Capra (Sérieusement à droite, lui) aimait les gens, surtout quand ils se regroupent pour faire front contre l'adversité. Tant de films de Ford nous parlent justement de ce voyage métaphorique ou physique dans une contrée hostile, celui-ci ne fait évidemment pas exception. Le lyrisme Fordien est à son niveau le plus paradoxal, ici, car le metteur en scène nous raconte des histoires qui se situent sur les routes arides et moches de l'ouest des années 30, on n'y verra pas Monument Valley... L'indignation devant ces miséreux, devant les conditions dans lesquelles ils sont dépossédés de leurs terres, devant les conditions hallucinantes dans lesquelles ils sont amenés à survivre, voilà ce qui motive la mise en scène du film... Et rares sont les films qui montrent deux heures durant des acteurs Holywoodiens en haillons. Et pour finir sur ce point, Ford est ici présent à travers le personnage de Ma Joad (Jane Darwell) qui comme d'autres mères avant, et après elle, porte sur ses épaules toute la misère, sinon du monde, en tout cas de son monde à elle. Une figure Fordienne à part entière...

Mais quel sens du cadrage! quelle composition! Et avec Greg Toland à la caméra, Ford utilise avec génie l'ombre (Une famille, après le passage des bulldozers sur ses terres, n'est vue qu'à travers les ombres de ses membres sur le sol tout sec), la lumière (la scène durant laquelle, dans une cabane abandonnée, Joad et Casy rerouvent l'un des voisins (John Qualen) qui refuse de partir, donne l'impression d'avoir été tournée à la bougie!); certaines scènes clé sont tournées de préférence au soir pour profiter de l'ombre étendue, et il en ressort une luminosité très particulières. Bien sur, la direction d'acteurs est parfaite, dans des scènes qui ont le plus souvent été prises une ou deux fois afin de préserver le naturel. Dans une scène mythique, Jane Darwell et Fonda ont trouvé en une prise le ton absolument juste. L'éternel cabotin John Carradine trouve en Jim Casy (J. C.!!) le rôle de sa vie, celui d'un homme qui a perdu foi en dieu, mais réaffirme sa foi en l'homme pour qui il se sacrifie...D'ailleurs, Ford retrouve, autour de Fonda, toute sa troupe, de Charley Grapewin à O. Z. Whitehead, Mae Marsh, John Qualen, Russel Simpson, Ward Bond...

Bien sur, Tom Joad, Henry Fonda, est l'élément qui retiendra le plus l'attention. Il possède tout ce qui est nécessaire pour le personnage; sa jeunesse, mais sans être juvénile. C'est un homme qui a vécu, suffisamment pour pour voir avoir l'autorité ou la menace nécessaire quand le besoin s'en fait sentir. Il sait montrer mieux que quiconque (Sauf peut-être John Wayne!) la retenue des sentiments trop forts pour pouvoir convenablement être exprimés. Il incarne, grâce à ce fameux monologue qui aurait du être le point d'orgue du film, l'esprit même de la résilience sociale, de l'humanité qui refuse de plier quand elle souffre. Tout ça, c'est Fonda, c'est Tom Joad, et Steinbeck a d'ailleurs toujours dit à quel point il retrouvait son Tom Joad en Henry Fonda...

En illustrant superbement le roman, et en fournissant de façon inédite des images des expériences humanistes du New deal, ce film est une somme, aboutissement à la fois de la branche "rooseveltienne" du cinéma Américain, dont il est le meilleur représentant, et de la branche la plus réaliste et a plus progressiste du cinéma de John Ford, celui d'avant les doutes. L'année suivante, Ford allait tourner un film raté, Tobacco Road, dans lequel la misère sociale devenait la cible de la comédie maladroite. La preuve que le grand metteur en scène, y compris dans ces riches années, n'était pas toujours infaillible...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans John Ford
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 12:08

Bien que saupoudré de références à Shakespeare, ce court métrage est probablement l'un des plus indigents proposés dans le cycle de Bugs Bunny jusqu'à présent, et inaugure mal de la suite: on n'a pas vraiment envie de voir les suivants, en réalité... Il paraîtrait facile d'en incomber la faute à son metteur en scène, l'ancien assistant de Chuck Jones devenu metteur en scène à part entière. Non, on pourrait finalement rejeter la faite sur Jones lui-même, créateur de l'abominable sorcière Hazel. Bref, encore un film pour rien.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 12:00

Voilà une belle rareté: un flm de Bugs Bunny dans lequel aucun mot n'est prononcé. On peut toujours dire que ce n'était pas la peine de mobiliser l'un des héros de dessin animé les plus bavards si c'était pour qu'il ne dise rien, mais il fallait aussi un maître de la pantomime et du déguisement pour ce film, et le résultat donne raison aux auteurs: Bugs Bunny, chef d'orchestre sérieux et auquel on ne la fait pas, donne un concert, et emporté par l'élan artistique, interprète intensément toutes les oeuvres qu'il conduit... à plus forte raison parce qu'une mouche l'importune en permanence.

C'est brillant, enlevé et surprenant. Le film n'a qu'un défaut: le design toujours plus laid du personnage de Bunny, encore qu'il soit un peu plus traditionnel ici que dans Hare-way to the stars. On notera que pour une fois Jones partage son crédit avec son assistant Abe Lewitow, celui-ci fera bientôt partie des nouveaux metteurs en scène qui s'essayeront à rendre la relève des trois vétérans dans les mois qui viennent... Avant que le studio ne cesse de s'embêter à faire de nouveaux films.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Animation Bugs Bunny Looney Tunes
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:49

Ce solide exercice de style met aux prises Bugs Bunny dans un moyen-âge rigolo, inspiré des contes de la table ronde, avec le "Chevalier noir". Sous ce surnom menaçant, se cache en réalité un tout petit chevalier, qui chevauche d'ailleurs non pas un cheval, mais bien un dragon, et et dont le système pileux roux ne risque pas de passer inaperçu...

Bugs est le fou du roi Arthur, le seul à ne pas avoir tenté de s'attaquer au chevalier qui a subtilisé, non le Graal, mais une épée chantante. C'est glorieusement idiot, et avec Yosemite Sam (Car c'était lui! Au passage, le seul des chevaliers du film à ne pas feindre un abominable accent Britannique), on tient une fois de plus une image qui va se transformer en icône: celle d'un tout petit homme en armure juché sur un dragon tout vert...

Par contre l'épée chantante, cible de toutes les convoitises, est un bien étrange objet, d'une totale inutilité sur l'ensemble de ce court métrage... 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes Friz Freleng
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:41

Le retour de Marvin le martien, toujours aussi lunaire, si j'ose dire, s'opère à partir d'une intrigue toute bête: inconscient du fait qu'une fusée s'apprêtant à décoller est installée juste au dessous de son terrier, Bugs mal réveillé quitte son domicile et se retrouve dans un véhicule en partance pour l'espace... Avant de faire halte sur une sorte de base spatiale, tenue par Marvin, qui prend la décision de faire exploser la terre parce qu'elle lui bloque la belle vue sur Vénus...

C'est amusant, bien sur, même si je vais encore râler parce que Jones a cochonné encore plus le design de Bugs Bunny, de plus en plus carré. C'est malgré tout un bon court métrage, qui est empreint de cette vision plus saugrenue que baroque de l'espace que Chuck Jones allait encore plus explorer dans d'étranges dessins animés dans les années 60, dont des Tom et Jerry absolument repoussants...

En attendant, on appréciera l'invention pour ce dessin animé des Martiens-minute: il faut juste ajouter de l'eau...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 10:00

Après l'excellent Helpmates, on baisse d’un cran, avec un film mal fichu dont le manque d’unité est accentué par l’histoire peu banale de sa production: après avoir fini le court en deux bobines, Laurel et Roach ont pris la décision de couper toute la première bobine, de faire de la deuxième le début du film et d’en tourner une autre afin d’avoir deux bobines en tout; cela explique pourquoi le manque d’unité est flagrant: deux marins en escale trouvent à se loger dans un petit hôtel plus que miteux, tenu par un odieux personnage (Walter Long) qui passe son temps à martyriser sa bonne (Jacqueline Wells), avant de décider de l’épouser : il demande à Laurel et Hardy d’être ses témoins.

La deuxième partie du film, après la disparition pure et simple de la jeune femme, et une course poursuite non résolue entre les deux héros et le tortionnaire, les voit s’engager dans un match de boxe arrangé entre Laurel et … Walter Long, filmé sans aucune imagination, contrairement à la première bobine de The battle of the century. Un film pour pas grand-chose, donc.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Comédie Pre-code
27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 15:21

Ce film est l'avant-avant dernier long métrage de Mikio Naruse, et en apparence il est dans un premier temps très éloigné de l'univers du metteur en scène: en effet, un crime a été commis, et la police enquête. L'entourage de la victime apprend ce que tout le monde soupçonnait plus ou moins: l'épouse de Sugimoto le trompait, et un de ses amants l'a tuée. Mais qui, et pourquoi?

...On le saura assez tôt. D'ailleurs, "qui?" n'est pas une question qu'on se pose très longtemps. Le film commence par la vision d'un homme très distrait, qui semble errer sans but dans la ville. Isao Tashiro (Keiju Kobayashi) va s'installer dans un café, où le rejoint par hasard son ami Sugimoto (Tatsuya Mihashi). Celui-ci tente de joindre son épouse, sans succès. Quand le toujours aussi maussade et absent Tashiro rentre chez lui, auprès de son épouse Masako (Michiyo Aratama), il dit à sa famille ce qu'il vient d'apprendre: Sugimoto a été contacté, il est arrivé un accident à son épouse. Le lendemain, ils en savent un peu plus: elle a été assassinée dans des circonstances particulièrement sordides... Mais Tashiro n'en sait-il pas un peu plus?

Le crime va agir en révélateur, et l'enquête va bien vite disparaître au profit de l'interrogation a posteriori, des remises en cause, et d'une sorte de catharsis généralisée: Isao Tashiro remet en question son appartenance à la société, et ne peut vivre avec un secret auquel il a lui-même du mal à croire, Masako souhaite éviter un scandale qui aurait des répercussions sur la vie de ses enfants, et Sugimoto se demande si la mort de son épouse, qu'il n'a pas su garder auprès de lui, ne serait pas le signe d'un nouveau départ. Dans ce film, la crise de la quarantaine prend un aspect profondément douloureux, dont l'élément déclencheur est Saruyi Sugimoto (Akiko Wakabayashi), une perverse mangeuse d'hommes qui a semble-t-il tout fait pour se faire tuer... A l'heure des profonds changements de la société Japonaise, souligner ce fait tend à montrer que ce film est très conservateur, mais c'est aussi, et surtout, une figure de mélodrame, car le vrai drame dans ce film ne se joue pas chez les Sugimoto, mais bien chez les Tashiro. Le visage impassible de détachement de l'époux meurtrier, celui interrogateur de l'épouse dévouée sont les éléments que Naruse choisit de placer en pivot de ses compositions, dans des plans qui tous nous annoncent le drame. Même avec un film mal foutu, et un peu tricheur sur les bords (cette enquête qui sert de déclencheur, et qui ne va nulle part!), Naruse reste un cinéaste du tourment, un esthète de la remise en question, qui sait installer comme personne une atmosphère de regrets et de fin de la fête...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse