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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 23:21

Au début de ce film, un couple manifestement amoureux sort d'une cabane isolée en pleine campagne enneigée, en Suède. Ils sont attaqués par un tueur, et l'homme réagit en éliminant le tireur. La femme, interloquée, est également éliminée assez froidement par son compagnon, qui lui a demandé d'aller chercher du secours, ainsi, il ne voit pas son regard lorsqu'il la tue. L'homme, c'est un tueur interprété par George Clooney, auquel ses employeurs vont reprocher son sentimentalisme, et sa manie de s'attacher... Il est malgré cela engagé en Italie pour un job, dans lequel il est assuré de ne pas tuer, il doit juste fournir une arme. Parallèlement, il fait deux rencontres déterminantes, dans le village des Abruzzes ou il séjourne: un curé avec lequel il converse de temps à autre de pêché et de repentir, et une jeune prostituée, Clara, dont il tombe amoureux. Mais qui doit donc être la cible de la jeune tueuse aux yeux d'acier qui lui a commandité l'arme?

Le suspense lié à la dernière question fait l'objet d'une lente, très lente montée du doute, qui est un des facteurs qui accrochent sérieusement le spectateur de ce film crépusculaire, face au parcours semé de regrets et de souvenirs amers de ce tueur aspirant à vivre autrement. La beauté du paysage, la nature apaisante, sont des trompe l'oeil: on croit être au paradis, mais on est plutôt dans une sorte de purgatoire, ou de limbes, ce qui est amplifié bien sur par les discussions très à demi-mots avec le curé. Le tueur pense avoir trouvé la rédemption avec Clara, mais la mort rôde... Un motif très naïf, mais assez joli, parcourt ce film très esthétique: un papillon est tatoué dans le dos de notre tueur, qui est si épris de changement. Lors de leur conversation, le héros et sa "cliente" vont voir se poser un papillon; le héros signale que celui-ci est une espèce menacée... le papillon-métaphore revient de temps à autre, dans ce film Melvillien sur le crépuscule d'un homme. Mais la mort rôde décidément à tous les niveaux, puisque lorsque le héros regarde la télévision, le tueur incarné par Henry Fonda dans Once upon a time in the west se rappelle à son bon souvenir. Finalement, ce film trompeur et lent est un western crépusculaire, lui aussi...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir George Clooney
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 16:22

Un jeune homme de l'Indiana (Eric Linden) désire se rendre à New York ou il espère trouver bonheur, frissons et prospérité... il y est attendu par son cousin, Gibboney (Walter Catlett), qui lui promet monts et merveilles, mais qui est en réalité un parasite professionnel, un vantard qui vit aux dépens des autres, surtout quand ils viennent de loin, qu'ils sont naïfs, et qu'ils ont récemment fait un héritage! Bref, "Bud" va se faire avoir, mais il va aussi rencontrer l'amour, en la personne de Vida (Joan Blondell), une "chorus girl" désoeuvrée qui est elle aussi "montée" de sa cambrousse jusqu'à New York quelques années auparavant... Mais quand la première soirée passée en ville dégénère en beuverie, puis en meurtre, rien ne va plus pour le jeune naïf...

Ce n'est bien sur ni Little Caesar, ni Three on a match! Mais Big city blues fait partie de cette incroyable période durant laquelle la Warner sortait en un rien de temps des films qui reflètent bien leur époque, celle des "Gold diggers", des bootleggers, des films essentiellement urbains qui jouent avec la censure... La ville y est montrée à la fois comme repoussante et fascinante, oposée à la vieille Amérique rurale et rigoureuse des années 10, et de Griffith. Un repoussoir fascinant qui ne nous présente pas seulement la belle Joan Blondell à l'aube de sa carrière, parce qu'on y voit aussi Humphrey Bogart à ses débuts pour le studio!

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Published by François Massarelli - dans Mervyn Le Roy Pre-code
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:40

A Calvados, dans les Caraïbes, on vit un peu dans l'ombre des exploits légendaires du pirate mystérieux Mack, le Macoco noir! Si mystérieux qu'il a disparu des radars depuis quelques années, et que nul n'a jamais percé sa réelle identité; Manuela Alva (Judy Garland), plus que les autres jeunes femmes, en rêve nuit et jour, d'une façon plus romantique qu'autre chose, et elle aspire au grand frisson avec cet homme idéal un brin pas orthodoxe... Orpheline, elle apprend pourtant que sa tante Inèz (Gladys Cooper) a négocié derrière son dos un mariage arrangé avec le maire, Don Pedro. Elle n'est pas franchement réjouie à l'idée, d'autant que ce potentat qui a beaucoup voyagé (Walter Slezak) a justement décidé qu'il ne quitterait plus la petite ville, et Manuela se sent donc condamnée... Lors d'un déplacement, elle rencontre un jeune homme qui la trouble, l'acteur Serafin (Gene Kelly); celui-ci est tombé amoureux d'elle, et va la suivre, et lors d'une représentation théâtrale, va apprendre qu'elle est amoureuse du pirate. Il va donc trouver le moyen de s'introduire chez elle, et de devenir pour elle le Grand Macoco... Mais QUI est le grand Macoco, au fait?

Sous son intrigue délicieusement classique, sous des dehors exubérants de comédie musicale avec pour cette fois un fort accent sur le mot comédie, ce qui n'est pas si courant dans un domaine parfois assez convenu, le film cache des trésors de contrebande, comme dit Martin Scorsese... Une fois de plus, Judy Garland interprète une jeune femme coincée à la fin de l'adolescence, dont l'esprit va prendre un peu d'avance sur sa vie de femme: dans Meet me in St Louis, elle se voyait déjà mariée, mais dans The pirate elle s'imagine enlevée par un pirate que d'aucuns jugent sanguinaire. Mais Manuela, elle, pense que Macoco la traiterait "Comme une reine"... c'est à travers une séance d'hypnose qu'elle va faire sa révélation, comme si elle ne l'avait jamais admis de vive voix, et le personnage incarné par Gene Kelly va agir comme un déclencheur: grâce à lui, la jeune femme va oser donner corps à ses rêves, et c'est tout naturellement qu'elle va céder à ses avances, après une période raisonnable de protestation, et une ou deux chamailleries...

A travers son amour délirant pour la figure légendaire du pirate, c'est de passion dont Manuela rêve, de complicité et d'amour aussi. Probablement un peu de sexe, même si le cadre rigide du code oblige nos cinéastes à traiter le sujet en sous main (...Plutôt que par-dessus la jambe!!). Cette dimension se révèle à nous par la biais d'un ballet impeccable dans lequel Manuela voit Serafin en Macoco, portant le même costume que Douglas Fairbanks dans The black pirate, dompter des femmes lascives, dans une nuit rouge... Superbe séquence onirique, tournée en studio, ce qui se voit: c'est l'une des attractions les plus étranges de ce film, qui ne cache jamais totalement sa dimension factice. Minnelli assume ce côté faux et le souligne en permanence, car il est après tout beaucoup question de dissimulation, de fausse identité, de percer u être à jour dans le film... Plus que tout, c'est le théâtre, vecteur amoureux de la complicité entre Serafin et Manuela, qui va agir dans le bon sens pour faire triompher la vérité: Manuela et Serafin utilisent donc le faux pou révéler le vrai!

Le style de Minnelli fait merveille, combiné avec l'énergie fabuleuse de Gene Kelly. L'un chorégraphie des ballets qui partent dans tous les sens, et l'autre incorpore de façon parfaite ces élans difficiles à capter, dans une mise en scène qui donne l'impression d'un souffle ininterrompu. Il fallait une science du montage, un don pour le rythme et une sacrée discipline aux deux hommes pour réussir leur coup! Et il fallait de l'humour aussi, car Gene Kelly a ici pris la direction qui est le plus souvent la sienne, dans ces merveilles qu'il a chorégraphiées: la danse nous fait rire, sans jamais qu'on se moque totalement des personnages. J'ai par ailleurs cité Fairbanks, mais on verra aussi des allusions à Laurel et Hardy... la morale du film, d'ailleurs, est incarnée par la chanson (De Cole Porter, comme toutes celles du film) Be a clown... Tout un programme! Bref, on l'aura compris, ce film exubérant vaut le détour...

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli Gene Kelly Musical Danse
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 18:32

C'est l'un des derniers films muets, ceux qui ont plus ou moins fait de la résistance, après l'installation du parlant, et la reconversion de la plupart des salle de cinéma au nouveau médium. Le film intègre d'ailleurs une dimension sonore, à travers une scène de prologue durant laquelle l'un des protagonistes fait une petite introduction au film, un peu de la même façon que Douglas Fairbanks dans The iron mask en 1929... Pourtant difficile de comparer ce film sur la vie des Amérindiens avec, disons, City lights ou Modern times de Chaplin, deux films muets également tardifs, mais qui militaient pour cette forme d'art héritée de la pantomime... The silent enemy est un film muet parce qu'il a été tourné dans des conditions extrêmes, un peu à la manière d'un documentaire. Ce qu'il n'est absolument pas.

Il s'agit essentiellement d'une recréation avec des acteurs natifs de la vie des Ojibways une tribu de la baie d'Hudson au nord de l''état de New York. C'est en Ontario que HP carver a tourné ses images, en plein hiver, avec des acteurs trouvés dans une réserve, et la plupart d'entre eux n'avaient pas connaissance de l'existence du cinéma. Le résultat est plus que remarquable: le film est très émouvant... Mais pas vraiment documentaire: il suit une ligne largement tributaire du mélodrame, avec une intrigue très conventionnelle. Tout va bien, dans la tribu, et Baluk l'home fort se verrait bien épouser la fille du chef, ce que celle-ci ne détesterait pas... Mais Dagwan l'homme-médecine a des vues sur la petite, et il ne décolère pas de voir un chasseur à l'excellente réputation lui souffler la jeune femme. Il complote donc pour mettre dans la tête de la tribu le fait que l'avenir sera sombre, et que les chasseurs n'ont pas bien fait leur travail. Son influence grandit, et l'hiver approche...

Bien sur c'est cousu de fil blanc, la lutte entre le bon Baluk et le mauvais Dagwan va prendre toute la place, et ça va bien se finir... Mais les images hallucinantes, des Indiens en transhumance, dans la neige (Des congères de 80 centimètres), les chasses spectaculaires, la beauté de la nature, tout ce lyrisme l'emporte inévitablement... Gros succès pour la Paramount, le film est devenu à sa façon un classique.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930 **
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:59

Un deuxième film adapté de l'oeuvre de John Green, l'auteur adulé de quatre romans attachants, qui ont tous fait un carton en librairie... Carton du reste justifié. L'écrivain, très actif sur la toile, a dores et déjà pris les devants, et s'occupe de superviser le devenir cinématographique de ses livres, on n'est après tout jamais si bien servi que par soi-même... Difficile ici de retrouver la relative réussite de The fault in our stars, avec ce qui reste pour moi le moins bon des quatre romans, le troisième, dont le titre a été lourdement traduit par La face cachée de Margo... Il concerne l'histoire d'un ado arrivé à une période importante pour tout américain, celle d'un rite de passage primordial, le prom. C'est la fin du lycée, pour certains, la fin symbolique de l'enfance, et cette grande occasion festive est aussi le moment ou on va laisser libre cours à son romantisme pour les uns, sa libido pour les autres... Mais Quentin (Nate Wolff) s'en fout: il est considéré comme un loser par ses camarades, et ne cherche pas d'autre compagnie que celle de deux de ses amis aussi mal vus que lui. La faute en incombe à sa jolie voisine, dont il est amoureux depuis 11 ans; un jour, leur complicité s'est soudainement effacée, et elle est devenue une jeune fille ultra populaire, et l'a ignoré pendant de nombreuses années. Jusqu'au jour, ou plutôt la nuit, ou Quentin a vu Margo (Cara Delevingne) s'introduire dans sa chambre en pleine nuit pour lui demander de l'aide dans une mission de vengeance sur ses amis qui l'ont trahie. Quentin voit l'espoir renaître, pour apprendre le lendemain que Margo a disparu. A quelques jours du bal, Quentin demande à son tour à ses amis de l'aider à la retrouver, car Margo n'est pas du genre à disparaître sans laisser des indices...

D'aucuns diront que c'est un fond de commerce, mais on retrouve ici une intrigue à la Green: il y est souvent question de "celle qu'on n'a pas eue", avec une large dose d'excentricité parfois embarrassante du personnage principal, due à la frustration justement. Green prend pour héros des laissés pour compte qui vont à leur façon accomplir les rites de passage qui semblent si faciles pour les autres, les "normaux", mais en les distordant un peu. Mais ce qui passe bien dans les romans est parfois embarrassant en raison d'un calibrage intensif, avec moments musicaux mal foutus, et des acteurs... adéquats, sans plus, pour la plupart d'entre eux. On y perd en poésie, et aussi on y perd en crédibilité puisque l'une des actrices, au nom par ailleurs imprononçable, est insupportable. Le problème c'est qu'elle joue Margo.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 23:29

Be big possède un défaut, et de taille. Bien sur, il repose sur une mécanique classique, avec un voyage idyllique prévu pour les deux couples Laurel et Hardy, mais lorsque les amis de nos deux compères les invitent à une bringue en leur honneur, sous couvert de retrouvailles d’un club de chasse, ils doivent mentir en prétendant que Hardy est malade afin de laisser les épouses partir et vaquer à leurs propres occupations. Là ou le bât blesse, c’est que la suite donne lieu à une situation, et une seule : Hardy a mis les bottes de Laurel, et réciproquement. S’il est facile à Stan d’enlever les bottes de son ami, celui-ci est en revanche bel et bien coincé… Pendant 20 minutes de film. Lorsque les épouses (Anita Garvin et Isabelle Keith) reviennent, avec deux énormes fusils, on respire enfin!

Les versions Française (Les Carottiers) et Espagnole (Las Calaveras) de ce film sont en fait une compilation de Be big et Laughin’ gravy, un court métrage ultérieur signé de James Horne. Les deux films mis bout à bout font environ 60 minutes, et j’en reparlerai au sujet de Laughin’ gravy, justement. Sinon, saluons une dernière participation de Anita Garvin à un film court de Laurel et Hardy. Elle y incarne une Mme Laurel, cassante avec Stan, et plus gentille avec Ollie... Le film, crédité sur la copie à Jame Horne (pourquoi,) est en fait une réalisation de James Parrott, la dernière avant que Horne ne prenne le relais pour une série de plusieurs films, justement...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Hal Roach
8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 23:21

Conçu et sorti pendant la lente maturation du premier long métrage, ce film qui recycle Duck soup est un chef d’œuvre, irrésistible et parfait: on sent l’équipe rassurée par la limite de temps imposée par les trois bobines. Ici, pas de remplissage, et le film marche entièrement au diapason de sa première scène: Le colonel Wilberforce Buckshot (James Finlayson) quitte son opulente maison, en laissant les clés au majordome, et à la bonne, qui s’empressent dès que le propriétaire est parti de prendre la poudre d’escampette. La caméra se déplace alors vers la droite, et on aperçoit les deux vagabonds Laurel et Hardy qui sont poursuivis par un policier: pas de temps mort, en moins d’une minute, le cadre et la motivation sont établies.

Réfugiés chez Finlayson, Hardy vont devoir incarner le colonel Buckshot (Hardy) et à la fois le majordome Hives et sa sœur jumelle Agnes (Laurel) lorsque deux locataires potentiels vont arriver, incarnés par Thelma Todd et Charles Gerrard. Pour finir, le titre fait allusion à une phrase tirée de Pardon us, qui reviendra désormais souvent, mais légèrement différente: It's another NICE mess you've gotten me into (Tu m'as à nouveau mis dans une situation délicate), généralement prononcée par Hardy, mais pas exclusivement: Laurel le reconnaitra d'ailleurs au moins une fois: Well, it's another nice mess I've gotten you into.

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Laurel & Hardy
8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 15:29

Le premier long métrage de Laurel et Hardy est sorti en aout 1931. Il a été conçu sur une période relativement longue (le script a été commencé en mai 1930, et les dernières prises de vue datent de décembre 1930), a fait l’objet d’un travail prudent, qui a bénéficié de l’attention concentrée de tous ceux qui y ont participé, de Laurel & Hardy eux-mêmes, mais surtout Laurel, à Hal Roach, en passant par le metteur en scène, James Parrott, qui ne fera aucun autre long métrage avec le duo. Il faut dire que depuis Why worry, en 1923, Roach n’avait pas produit de long métrage comique, ayant laissé Lloyd faire cavalier seul justement afin de continuer à se concentrer sur les courts métrages, la véritable spécialité du studio; c’est dire si ce film est important: de son succès va découler l’avenir du studio.

La réticence de Roach à produire des longs métrages s’explique par le fait qu’à l’époque peu de comédiens ont réellement percé dans le format, à part Chaplin. Mais même Chaplin, à ce moment, a considérablement ralenti ses activités. En 1931 Lloyd s’apprête à descendre lentement mais surement aux enfers du film médiocre, puis à disparaître. Keaton, depuis The general et son semi-échec (Public, s’entend), est lessivé, et ses films MGM ne sont pas à la hauteur de sa réputation. Quant à Langdon, ses 6 films indépendants réalisés pour la First National l’ont coulé. L’analyse de Roach (et Laurel) peut donc raisonnablement s’expliquer une fois rappelé ce contexte. Pourtant, si il ne s’agit ni d’un grand film, ni d’un grand Laurel et Hardy, Pardon us est bougrement sympathique. D’une part, il repose sur une situation qui leur sied bien, avec nos compères qui vont en prison, pour avoir ingénument vendu le produit de leur distillerie clandestine, et se retrouvent au milieu de la jungle des bagnes, deux enfants parmi les loups. D'autre part, il recycle intelligemment quelques situations bien menées, dont le problème de dentisterie de Leave’em laughing, sans le recours à du gaz hilarant ; sinon, il recycle aussi par le biais de la parodie les passages obligés du film de 1930 Big House, ainsi que son décor. Il y a aussi du neuf, en particulier un running gag à la fois ultra-primitif et totalement hilarant: Laurel a donc un problème de dent, qui le fait siffler fort malencontreusement à chaque parole qu’il prononce, mais c’est tellement évident que Laurel force le bruit (Vraiment grossier) que cela ajoute une bonne pincée de second degré à l’ensemble.

Le principal défaut du film, c’est probablement le fait que, suite à l’indécision qui a parfois présidé à son élaboration (le mois entier de re-takes en témoigne), certaines scènes s’intègrent mal à l’ensemble, ou sont trop longues : le passage ou Laurel et Hardy, en blackface, s’intègrent à un groupe de travailleurs noirs dans le sud, sent l’esclavagisme à plein nez. D'autres scènes, aujourd'hui réintégrées, ont été retirées du montage final à sa sortie en 1931 : le final, au cours duquel Laurel et Hardy sauvent héroïquement la fille du directeur de la prison d’un destin fatal (Se faire violer par Walter Long) et d’un incendie n’était peut-être pas très dans la norme du duo, elle a pourtant été réintégrée dans les copies actuellement disponibles. Et le film a été un succès, changeant pour toujours la destinée du duo...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Comédie James Parrott
7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 16:01

Réalisé à la toute fin du muet, ce film First National est un curieux anachronisme... le britannique Lloyd y exalte la légende de lady Hamilton et du héros Horatio Nelson, le mythique vainqueur de Trafalgar, dans la situation politique compliquée du tournant du XIXe siècle. Emma Hamilton (Corinne Griffith), une roturière devenue lady par la grâce d'un échange pas vraiment humaniste entre son amant (Ian Keith) qui tout à coup avait des pudeurs de collégien, et l'oncle (H. B. Warner) peu regardant de celui-ci, a rencontré l'amiral Nelson (Victor Varconi), et le courant a passé tout de suite entre ces deux-là, jusqu'au moment ou il faut à Lady Hamilton, dont le mari est devenu ambassadeur de la Grande-Bretagne auprès de la couronne de Naples, généralement fidèle à la France, choisir entre taire les élans de son coeur, et laisser la nature faire son oeuvre... Rien de scandaleux pourtant, le film reste sagement chaste, même si la turbulente star tend à loucher du côté des actrices délurées, plus que de celui des Lillian Gish ou Mary Pickford.

C'est un film anachronique parce que Lloyd a peu évolué durant les années 20, et en cette dernière année du muet, les derniers films à sortir sans dialogue ont au moins une fluidité de la caméra que ce film ne démontre jamais. Pas de quoi se plaindre trop longuement, du reste, le spectacle est soigné, et les séquences oscillent entre un ton de comédie (Les séquences d'ouverture qui jouent sur le choc entre l'aristocratie, et l'arrivée tonitruante de Emma et de sa mère interprétée par Marie Dressler) et la gravité solennelle des scènes qui représentent l'idylle étrange et mythologique entre Emma Hamilton et Horatio Nelson, empreintes d'une présence de la mort, à travers l'évolution physique de Nelson, qui revient de ses batailles toujours plus abîmé, et bien sur à travers l'incarnation inattendue du pouvoir de l'empire Brtannique en ce couple adultère...

Mais surtout, le film est formidable dans ses scènes maritimes, un sujet qui inspirait, on s'en doute bien, le futur metteur en scène de l'admirable Mutiny on the Bounty... Il y avait de la matière, et ces plans et séquences transcendant l'impression d'académisme poli qui se dégage des scènes, disons, plus "diplomatiques"...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1929 *
5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 18:22

A New York, une jeune femme qui travaille dans un grand magasin, Mary Turner (Norma Talmadge) est accusée de vol. Son procès aurait pu prendre une tournure plus clémente, mais le patron veut faire un exemple, et il fait pression sur les juges pour que la peine soit exemplaire. Elle va donc purger une peine de 3 ans, et quand elle en sort, c'est déterminée à faire payer ceux qui l'ont mise en prison, sans écouter sa version des faits. Sitôt sortie, elle rencontre d'ailleurs une jeune femme qui lui avoue avoir mis les objets volées dans son casier afin de se disculper. Elle échafaude pourtant un plan simple pour sa vengeance, en prenant le parti de ne faire que des actions légales... Elle va rester, comme le dit le titre original, "dans le cadre de la loi"...

Un grand sujet social, un film de huit bobines bien remplies, on imagine aisément le metteur en scène de Oliver Twist ou de A tale of two cities s'emporter pour faire une épopée sociale un brin didactique, mais on sent bien dans ce film, sans pour autant spéculer qu'il y ait eu le moindre conflit entre eux, que le patron n'est pas Lloyd, mais bien sa star, la grande "tragédienne de l'écran" pour reprendre la formule qu'on lui appliquait alors. Cette production First National est en effet chapeautée par Joe Schenck, le mari de Norma Talmadge, et si on a probablement engagé Lloyd pour son indéniable talent, le film reste très sage du début à la fin. Et bien sur, plutôt que de se lancer, ou même d'asséner, un message de tolérance, le film dévie vers le mélodrame. Avec talent...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1923 *