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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 17:43

1943: nous assistons à tout un remue-ménage, avec des soldats Britanniques en pleine agitation, qui se dépèchent d'aller à Londres en camion et envahissent les bains publics ou se prélassent des officiers d'un autre siècle. Ils se saisissent en particulier d'un homme, le Brigadier-Général Clive Wynne-Candy, à la bedaine intraitable avec une moustache de morse, qui ne les comprend pas: bien sur, il y a des manoeuvres, et il est au courant, mais pourquoi ont-ils devancé l'appel, alors que 'la guerre commence à minuit', que les dites manoeuvres, dont le vieil ours est partiellement responsable en tant qu'instructeur du "Home guard", ne sont pas supposées avoir déja commencé? Le jeune officier responsable de la tricherie, qui a été au passage particulièrement efficace, se défend en expliquant qu'avec les méthodes des nazis, il vaut mieux couper court au fair-play militaire, et agir en un éclair... Clive Candy se souvient alors du temps durant lequel, jeune officier récemment décoré de la Victoria Cross, il avait lui aussi désobéi, afin de faire valoir des idées qu'il estimait de la toute première importance. Il se remémore son séjour à Berlin en 1902, au cours duquel il avait du se battre en duel, l'amitié avec son "ennemi", le fringant Theodor Kretschmar-Schuldorff (Anton Walbrook) mais aussi la rencontre avec celle qu'il allait chevaleresquement laisser à son ami, la belle Edith Hunter (Deborah Kerr). Il se rappelle aussi de sa maladroite naïveté en pleine fin de la première guerre mondiale (Affirmant le 10 novembre 1918 que la guerre en avait encore pour bien longtemps), de sa rencontre avec Barbara, le sosie de Edith, avec laquelle il s'était marié, puis d'autres rencontres avec Theodor, devenu un réfugié suite à l'avancée des nazis. A chaque fois, un peu plus vieux, un peu plus décalé, il se comporte un peu plus en "Colonel Blimp", l'image même de la vieille baderne colonialiste et anachronique, sans jamais n'être que ridicule. Interprété par Roger Livesey, c'est un homme terriblement attachant. Nous assistons bien à un peu de sa vie, mais de sa mort, il ne sera pas vraiment question, même si on l'imagine, à la fin du film, relativement imminente...

Film de propagande? C'était, pourtant, l'intention. Mais Michael Powell et son complice Emeric Pressburger sont comme toujours des originaux, et ont choisi de prendre jusqu'à un certain point le contrepied des petites habitudes, et font un film dans lequel l'Angleterre, la bonne vieille dame, s'en prend plein la figure. Certes, avec tendresse, mais il faut remarquer le onmbre de fois ou ce pauvre Clive Candy se trompe: a Edith Hunter, jeune femme éprise d'indépendance, qui a été chercher en allemagne ce qu'elle ne peut pas trouver en Angleterre, soit une certaine liberté (Elle souhaite travailler, et un poste de gouvernante est plus facile à trouvber dans un pays étranger), il tient un discours paternaliste qui s'ignore; à Theo, qui a plus que lui la capacité à comprendre le fond des choses en matière de changements idéologiques, il assure en 1919 que l'Allemagne vaincue se relèvera sans aucun souci de ses ruines... Clive Candy, mu en toutes circonstances par des idées d'un autre siècle, mélangées à un esprit chevaleresque et fair-play sans aucune mesure avec l'évolution du monde au cours du vingtième siècle, est donc la cible principale de ce film sur le temps qui passe. Et Roger Livesey, aidé par un beau travail de maquillage et un métier à toute épreuve, fait passer le personnage de ses 25 ans à ses 70, sans aucun problème...

Ce qui permet de suivre et d'aimer ce personnage perdu dans un siècle qu'il ne comprend pas (A un américain, coincé en plein front, il tient un discours ahurissant, disant à quel point la façon dont se déroulent les combats démontre que cette nouvelle guerre est un conflit d'amateurs par comparaison avec la guerre des Boers!), c'est le refus de tout dogmatisme dans ce qui est après tout une démonstration, du fait du temps qui passe, des esprits qui changent... Aussi décalé soit-il (En tout contexte), on aime le général Candy; ses méthodes surrannées et son conservatisme aveugle cachent aussi un coeur d'or et des valeurs humanistes réelles. C'est ça aussi la réalité de la vieille Angleterre, nous disent en substance les auteurs: non, la Grande-Bretagne ne pourra pas gagner la guerre en se comportant avec les nazis comme avec les ennemis du siècle dernier, mais ça ne remet rien en cause dans le fait qu'on l'aime, ou qu'on en adopte l'essence même d'une idéologie décente et démocratique...

Dans l'ombre du Général Candy, nous voyons en 1902, 1920 et 1943 trois femmes: Edith, qui assistera aux mésaventures des deux "frères ennemis" Theo et Clive, et aura sans doute à un moment à choisir entre les deux; Barbara, repérée le 10 novembre 1918 dans un couvent ou le général s'est réfugié pour manger, et qu'il va ensuite traquer jusqu'au Yorkshire, pour finir par se marier avec elle; enfin, Angela dite "Johnny", une jeune auxiliaire féminine que le vieux général va se choisir comme chauffeur, lorsqu'il la verra, un nouveau sosie de la belle Edith pour les vieux jours (Même si la relation restera platonique) du vieux soldat. Pour ces trois femmes, Powell a choisi la belle Deborah Kerr pour incarner un idéal féminin systématiquement en avance sur le pauvre Clive: suffragette et motivée par un idéal de libération féminine en 1902, douce et aimante, mais plus futée que son mari pour comprendre ce qui se déroule autour d'eux (Lorsque Clive fait un discours totalement décalé à sa future belle-famille, Barbara apporte avec tendresse son soutien à son mari, dont elle sait qu'il ne souhaitait pas se rendre ridicule) en 1920, et enfin toujours jeune et à la fois loyale et progressiste en 1943: Angela et d'accord sur le fond avec les jeunes soldats qui renvoient l'Angleterre de toujours au placard, mais elle garde son soutien pour le vieil homme. Cet ange gardien (Theo, lui, l'a compris quand il apprend le nom de la dernière Deborah Kerr dans le film) a peut-être été motivé dans le script par le refus de Michael Powell de "vieillir" la belle actrice (Dont il était amoureux) à la façon dont il va changer Walbrook et Livesey. Quoi qu'il en soit, sa participation est l'un des points forts de ce chef d'oeuvre...

Enfin amené à tourner un film en couleurs arès sa participation à l'épique The thief of bagdad, qui lui avait ouvert les yeux, Powell se laisse emporter: mais ces 163 minutes sont malgré tout un régal permanent, non seulement pour les yeux charmés par ce bon vieux Technicolor, mais aussi parce que la mise en scène y est fantastique, avec des idées partout, du rythme (Les premières scènes si déstabilisantes, avec cette bande-son ironique qui mélange les styles musicaux), et des moyens toujours novateurs de faire passer le temps: pour montrer les 12 ans entre le retour de Berlin de Candy et l'arrivée de la guerre mondiale, Powell nous montre une pièce (que nous avons vue) dont les murs se garnissent de têtes d'animaux que l'impétueux militaire a été massacrer dans quelque colonie afin de s'occuper. La première de sces séquences se termine par l'apparition dans cette même pièce d'un casque à pointe... C'est Jack Cardiff, qui n'était qu'assistant caméraman, qui s'est chargé de ces plans. La scène cruciale du duel, dont on assiste à tous les préparatifs, nous est cachée par la caméra qui s'en va dehors auprès des amis de Clive, afin de nous épargner justement la "scène à faire"...

Après des films de propagande superbes et toujours un peu décalés (49th parallel, One of our aircraft is missing), Blimp était un cri du coeur de la part de deux hommes qui avaient envie comme Chaplin de faire un sermon qui prêche pour une certaine idée de la vie, contre les nazis et autres barbares de tout poil, mais plutôt qu'une sèche communication orale, ils ont choisi d'en faire un extravagant film aux couleurs magnifiques, traversé par l'amour, l'amitié et la décence d'un homme. qu'importe qu'il ait eu tort sur toute la ligne... Ils ont aussi, grâce au merveilleux personnage de Theo, donner à entendre un plaidoyer pour la démocratie, prononcé en toute logique pour qui connait bien l'oeuvre de Powell, par un Allemand! Ce film inclassable qui fut invisible pendant si longtemps, insuccès oblige, avant sa redécouverte dans les années 90 (Grâce à, who else, Martin Scorsese) peut aujourd'hui être vu dans un blu-ray qui est bien l'une des sept merveilles du monde. Justice rendue à un chef d'oeuvre...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion Deborah Kerr
1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:33

Sur l'île de Hirta, les habitants s'interrogent: faut-il partir, pour échapper à une misère qui rend toute vie autarcique impossible sur ce rocher éloigné des côtes nord de l'Ecosse, ou faut-il coûte que coûte rester afin de maintenir les traditions ancestrales vivantes? Lors d'une confrontation entre ces deux options, représentées par deux amis, un drame va se jouer qui va être le signe avant-coureur d'un exil forcé.

Avec le soutien du producteur Américain Joe Rock, Michael Powell quitte avec ce film étonnant le cadre dans lequel il évoluait depuis le début des années 30, celui des "Quota quickies", des films vite faits pour remplir les quotas de film Britanniques projetés dans les cinémas du Royaume-Uni. S'il est indéniable que nombreux d'entre eux, films policiers ou d'aventures pour la plupart, sont réellement intéressants, il est assez symptomatique que le réalisateur considérait ce film comme une sorte d'acte de naissance: d'une part, il est magnifique, et d'autre part, c'est déja du très grand Michael Powell, qui prend un genre, ici le "faux documentaire" noble, sous influence de Flaherty (Un genre qui a toujours reçu en Grande-Bretagne les bonnes grâces de la critique, qui vouaient le plus souvent Hitchcock à l'enfer...), pour en faire tout autre chose, une sorte de requiem pour une civilisation disparue, ou pas très bien portante, celle des habitants des îles Hébrides. 

Inspiré par l'évacuation des derniers habitants d'une île Ecossaise, St-Kilda, Powell se rend sur place, et avec le soutien de la population locale, accomplit un film qui montre les derniers jours de présence humaine sur une île condamnée à l'extinction. Powell, qui retournera en Ecosse quelques années après (I know where I'm going) , réussit avec ce film une oeuvre troublante, dans laquelle l'équilibre entre la fiction (Ces acteurs, Nial McGinnis, John Laurie et Finlay Currie, allaient tous revenir dans au moins un de ses films) et le naturalisme documentaire est complété par le lyrisme des plans de paysages: ces falaises dans la brume... Comme Michael Powell sait déjà ce qu'il veut faire, et qu'il se refuse à la facilité, il fait du seul "méchant" de l'histoire, le trop rigoriste John Laurie en traditionaliste aveugle et ombrageux, un homme motivé par des valeurs qui le dépassent, prêt contre toute attente à s'ouvrir le moment venu, et à montrer une richesse de coeur inattendue. Et puis, Powell s'est symboliquement mis en scène en touriste riche qui fait escale en compagnie d'un des protagonistes du film, et entend ensuite celui-ci raconter la tragédie, qui de fait prend d'emblée une dimension bien plus mythique que naturaliste... Un grand film, riche en possibilités complètement nouvelles, aussi bien du reste pour le cinéma Britannique que pour l'ensemble du septième art.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 09:59

Dans la première moitié du XIXe siècle, un petit garçon orphelin de son père Français grandit à Paris, avec sa maman d'origine Anglaise, et auprès d'une autre famille Franco-Anglaise. Le petit Gogo (Pierre) est donc le compagnon de jeu de la petite Mimsey (Mary), jusqu'au jour ou la mort de sa mère provoque l'arivée d'un oncle (Douglas Dumbrille) sévère et sec, qui le ramène manu militari en Grande-Bretagne, le rebaptise Peter Ibbetson du nom de sa mère. Adulte (Gary Cooper),  il va devenir architecte. Il n'est pas spécialement attiré par les femmes, obsédé par la petite fille qu'il a quitté étant enfant. Lors d'un séjour à paris, il a une aventure avec une jeune Anglaise (Ida Lupino), mais ne peut se résoudre à oublier Mimsey; il se rend d'ailleurs sur les lieux abandonnés de son enfance. de retour au pays, il doit honorer une commande, le cabinet d'architecte devant remettre à neuf des écuries pour le compte du duc et de la duchesse de Towers (Ann Harding), dans le Yorkshire. Une fois sur place, il se dispute de façon répétée avec la maitresse de maison, sous la surveillance d'abord bienveillante du duc, mais ils réalisent bien vite tous les trois que la relation entre Mary et Peter a évolué vers un amour fou et impossible. D'autant que Mary est bien la petite fille de sa jeunesse...

 

On n'attendait pas vraiment le viril et musclé Henry Hathaway sur ce terrain... sur ces terrains devrait-on dire, car Peter Ibbetson est décidément un film riche, qui entremêle beaucoup de genres, et le fait bien. Film sentimental, sur l'amour fou, qui fit d'ailleurs délirer les surréalistes lors de la sortie Parisienne du film, évocation brillante et atmosphérique d'un passé lointain, film fantastique enfin lorsque les amants séparés par les circonstances commencent à se rejoindre pour de vrai en rêve... L'histoire de George du Maurier aurait pu dévier vers le n'importe quoi, au lieu de quoi la sensibilité manifestée par Hathaway et la confiance accordée aux acteurs (Cooper et Harding en tête, bien sur) vont l'emporter, accompagnés d'une photo d'une infinie délicatesse, dans laquelle la lumière sera le seul ingrédient utilisé pour départager la réalité (déja brumeuse) des séquences oniriques, abordées aussi frontalement que possible. Pourtant le metteur en scène prend constamment le soin de mettre une distance entre le public et l'action, de ne pas s'approcher de trop près, comme pour signifier l'absolue délicatesse de ce qui se trame sous nos yeux. L'effet est de nous persuader effectivement que ce qui se joue sous notre regard est bien une manifestation absolue d'amour fou... Peter Ibbetson est un film unique en son genre.

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway Gary Cooper
18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 20:47

Ca tient à peu de choses, une réputation... et puis quelques fois, ça ne passe pas les frontières.

Le sixième film de la saga James Bond, par exemple, s'il est considéré outre-Atlantique et outre-Manche comme l'un des meilleurs films toutes époques confondues par certains (fans et collaborateurs de la série), est considéré en France comme l'un des pires films.

Honnêtement, ça ne tient à mon sens qu'à un facteur qui joue, sans doute en sa défaveur: Sean Connery absent, il a fallu le remplacer par un acteur novice, qui n'avait pas l'approbation unanime des créateurs de la série, et qui n'a jamais transformé l'essai en tournant un second film.

Du coup, on ne sait pas quoi faire de ce grand dadais qui, clairement, n'est pas Sean Connery, ni Roger Moore, ni les autres. Pourtant, George Lazenby, c'est à mon humble avis une présence, un corps, un physique plus massif, d'ailleurs annonciateur de Daniel Craig, et le fait est que sa forte présence physique constamment soulignée dans un script dont on a enlevé tous ces gadgets ridicules qui encombraient déjà les Bond à cette époque, contraste efficacement avec une période de doute: Bond tombe amoureux, se fait virer de son enquête, menace de démissionner, et parle de tout lâcher par amour... Sean Connery l'aurait-il fait? Quoiqu'il en soit, Lazenby, Bond d'un jour, s'adresse à la caméra à la fin de la sempiternelle introduction du film, et le dit "Tout ceci serait-il arrivé à l'autre?"

Le film joue souvent sur l'essoufflement, l'équivoque, jusqu'à ces scènes qui voient un Bond efféminé, qui débarque dans une institution ou douze jeunes femmes (Dont Joanna Lumley) vont tester sa virilité dans une conversation truffée d'innuendos, jusqu'à ce que...  

L'intrigue resserrée (totalement fidèle à Ian Fleming pour une fois) prend un dangereux contrepied sur les petites habitudes: Bond est en vacances, et tombe par hasard sur celle qui va devenir la femme de sa vie; il va aussi par hasard se retrouver à nouveau sur la piste de Blofeld (Telly Savalas), le chef du S.P.E.C.T.R.E., dont il va une fois de plus contrecarrer les plans. Mais l'insistance sur les vacances, les loisirs de Bond, est non seulement une occasion de fouiller un peu plus avant dans le personnage, c'est aussi le moment de révéler ses failles, son doute, son moi profond. D'ailleurs, cette histoire, plus longue qu'à l'accoutumée, laissera des traces, sous la forme du souvenir vivace d'une femme, celle qu'il aura épousée, et qu'il tentera de venger dans un prologue musclé à Diamonds are forever (Avec le retour de Sean Connery), une ouverture foutraque à For your eyes only (Réalisé par John Glen, monteur, réalisateur de seconde équipe ici, et fervent admirateur de ce film; interprété par Roger Moore), et une scène de visite amère au cimetière dans Licence to kill (De John Glen à nouveau, et avec Timothy Dalton). La romance entre Bond et la belle Teresa-Tracy n'aurait sans doute pas été si réussie si le personnage n'avait été interprété par la formidable Diana Rigg: Bond a réussi à trouver l'ame-soeur...

Non seulement elle est une grande actrice confirmée, mais après son rôle dans la série The avengers, elle a prouvé qu'elle sait se battre! car le film n'est pas exempt de ces exploits particuliers qu'on attend d'un bon Bond: les scènes d'action prennent leur temps à venir, mais elles dépassent tout ce qui a été fait avant, et défrichent un impressionnant territoire, en particulier les séquences tournées en pleines Alpes suisses.

D'autres exploits, inévitables en ce terrain, feront grincer des dents par les temps qui courent, néanmoins ces conquêtes féminines à répétition font tellement partie intégrante d'une panoplie qu'il me semble impossible à prendre au sérieux, d'une part... Et d'autre part le rôle particulier joué par Tracy/Diana Rigg la fait anticiper sur les plus débrouillardes partenaires des années 90 et au-delà. Tracy n'est en riren une potiche, ni une conquête facile...

La photographie est constamment superbe, et surtout la lisibilité inhabituelle de ces cascades (Ski, Bobsleigh, voiture dans la neige, attaque d'un pic de montagne à même la glace...) laisse souvent pantois. Le film inaugure un rapport exalté entre Bond et les montagnes, qu'il ne va plus jamais se contenter de regarder de loin.

Bref, si effectivement George Lazenby n'est pas un Bond habituel, il faut dire qu'il a su payer de sa personne, et si la production l'a souvent relégué au second plan, il incarne malgré tout un Bond mémorable, de par ses doutes, mais aussi sa présence minérale, son flegme et la sensualité particulière de sa voix... Pour moi, ce Bond là est le meilleur, tant l'acteur que le film.

 

En guise de post-scriptum, dans ce film, une petite apparition qui fait chaud au coeur: une dame commente le passage éclair de Diana Rigg devant une table de jeu, au casino, alors que celle-ci vient d'être "sauvée "par une intervention de Lazenby-Bond: c'est une grande dame en effet, l'actrice Bessie Love, rescapée du cinéma muet. Ca fait plaisir.

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Published by François Massarelli - dans Bond
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 16:45

Dans l'impressionnante série de films réalisés par Wellman à la Warner, celui-ci fait partie de la catégorie des réflexions sociales contemporaines; sous la direction du réalisateur de The public enemy, ces films étaient particulièrement intéressants. Star witness fait aussi partie d'un ensemble de films des années 30, de Lloyd (The cat's paw) à Capra (Mr Smith goes to Washington), en passant par DeMille (This day and age) et Brabin (Beast of the city) ou Lang (Fury) qui exploraient des voies parallèles à la démocratie en ces temps troublés...

 

Un crime a lieu en pleine soirée, dans la rue, sous les yeux d'une famille réunie pour prendre son repas. Plus grave, le gangster responsable du meurtre et son gang s'introduisent chez les Leeds, et les menacent de représailles s'ils parlent. Le procureur Whitlock (Walter Huston) est décidé à les faire témoigner, et ils acceptent, jusqu'au jour ou le père de famille est enlevé et tabassé, puis c'est au tour de l'un des garçons du foyer, le jeune Donny, d'être kidnappé... la famille prend peur, et à l'exception du grand-père (Chic Sale), un ancien de la guerre de Sécession, ils prennet la décision de céder à la menace... Whitlock essaie de les faire changer d'avis.

 

Le film se situe dans un milieu qui n'a rien d'aisé, dans une famille ou tout n'est pas rose. Par exemple, le père est inquiet quant à l'avenir de son grand fils, qui a quitté l'école mais ne cherche pas de travail; le grand-père, un vieux soiffard et pique-assiette, fait le mur de la maison de retraite pour venir sincruster à table... Le père travaille, et essaie de faire passer ses messages sur l'éthique à ses enfants, mais cela ne va pas toujours dans le bon sens. Bref, nous dit Wellman, des gens comme tout le monde. Il explore ensuite, avec le style coup de poing qui le caractérise, de montrer non seuleemnt le fonctionnement de la loi, mais aussi ses limites, et il nous montre le gangstérisme au plus près. on sait avec quelle efficacité il en était capable... a ce titre, Star witness est beaucoup plus direct que Public enemy, qui passait par de nombreuses ellispes. Là, c'est directement en pleine figure que la violence frappe: le père passé à tabac par exemple passe un très mauvais quart d'heure, et le traitement réservé à Donny ne fait aucune doute. On comprend de fait l'intransigeance du procureur interprété par Huston...

La loi, nous dit wellman, est absolue, mais a aussi besoin du citoyen. Il prone assez clairement une intransigeance totale, plaide au passage (mais ce n'est pas une surprise en ces temps lointains, hélas) pour une peine de mort considérée d'ailleurs comme une évidence par tous les protagonistes; il passe aussi par une réflexion parallèle à celle qu'il développera sur les anciens combattants dans Heroes for Sale, avec le personnage du grand-père, un héros à la fin, mais qui doit quand même rejoindre la maison de retraite sise tout prèt d'un cimetière militaire... mais surtout il dépeint comme Lang avant lui l'atmosphère particulière d'une époque, sans prendre de gants. et rien que pour ça, on lui pardonnera son réquisitoire musclé, parce qu'il est difficile de résister à Wild Bill...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 09:25

Ce film est longtemps resté invisible, de la volonté même de son créateur principal, à savoir bien sur Harold Lloyd, qui s'était passionné pour un roman publié dans le Saturday Evening Post, écrit par Clarence Budington Kelland. De fait, il a tenté l'impossible, avec la complicité de son collaborateur des années de gloire, Sam Taylor: adapter un roman d'une part, relativement éloigné de son style, tout en y insérant d'autre part un personnage qu'il puisse jouer, et son univers habituel, fait d'un choc entre une version de Harold et le reste du monde... Pour surprenant qu'il soit, le film reste une grande date par son ambition et le coup de poker qu'il représentait. Mais ce fut un échec commercial, en même temps qu'une occasion particulièrement douloureuse pour Lloyd de se prendre une volée de bois vert critique, ce qui explique sans doute pourquoi le film est resté si longtemps à l'écart des réseaux de diffusion...

Ezekiel (non, pas Harold!) Cobb, le fils d'un missionnaire qui a grandi en Chine, revient brièvement aux USA, à Stockport sa ville natale, dans le but d'y trouver une femme qui accepte de le suivre et de se marier avec lui, afin de retourner à la mission en y fondant une famille. Une fois arrivé, il tente de prendre contact avec un révérend suposé l'accueillir pour le temps de son séjour, mais il arive trop tard, le vieil homme venant juste de succomber. Il était candidat réformiste aux élections municipales, et le parti qui le sponsorisait réussit à persuader Ezekiel de se présenter à sa place, en l'assurant que ce serait symbolique puisqu'il ne peut en aucun cas assurer sa propre élection. Croyant participer à une entreprise de représentation démocratique, Ezekiel change la donne en se battant avec le maire sortant corrompu, Morgan, et va se faire malencontreusement élire. Le problème, c'est qu'il découvre qu'il n'était qu'un pion, un faux candidat présent pour donner l'illusion de la démocratie, et faciliter l'élection de Morgan. Une fois élu, il prend la décision de vraiment faire le travail de maire...

Ezekiel est une variation sur les benêts habituels, allant partout dans la région distribuer des leçons de philosophie dont tout le monde se fout éperdument, citées directement à la source: le livre de chevet du missionnaire est en effet un recueil de citations de Ling Po, un poète Chinois. Il a aussi une manie, à chaque fois qu'un rendez-vous important doit être assuré, il s'efforce de se rendre chez son ami Tien Wang, à Chinatown, pour y prendre le thé... Une gentille caricature, qui joue à la fois sur les clichés de politesse et de sagesse des Chinois, et sur une peu banale affinité entre l'occidental Lloyd et les pas si caricaturaux personnages chinois. Du reste, le morceau de bravoure dans le film est le baroud d'honneur de Cobb, qui va perdre suite à une supercherie son poste de maire et qui tente le tout pour le tout, en se lançant dans une manipulation, aux dépens de tous y compris de ses appuis et du public, qui consiste à faire croire que le problème de la corruption et du gangstérisme qui gangrène la ville, représenté par la machine politique de Morgan, va être éradiqué en arrêtant tous les bandits et en leur coupant la tête...

De fait, mis au pied du mur, Cobb se comporte sciemment en dictateur pour un jour, l'idée étant bien sur de penser au bien commun. On n'est pas si éloigné d'une vision d'un Capra, qui voit Smith prendre le pouvoir sur le sénat dans Mr Smith goes to Washington, contre la machine politique qui l'a mis au pouvoir...

Le film est assez long, à 102 minutes, et a sans doute été monté de façon très serrée, pour y incorporer le plus possible de scènes qui tournent autour du combat politique de Cobb. Mais il y a des gags, et une intrigue sentimentale, bien entendu, qui va permettre à Lloyd de montrer un changement sensible dans le personnage de Cobb, qui va bénéficier du soutien d'Una Merkel. La gouaille de l'actrice, identifiée grâce à ses films Warner comme partie intégrante du cinéma de ces années pré-code, contraste évidemment fortement avec les habituelles oies blanches des films de Lloyd... Tout le film, d'ailleurs, est plus adulte que d'habitude...

On comprend la rareté du film, qui reste par enddroits maladroits, avec un personnage trop caricatural, qui de plus ne fait plus vraiment 25 ans. Mais le courage de la remise en question de Lloyd, et sa volonté de tenter par tous les moyens un renouvellement de son cinéma, forcent au moins le respect. Le film, précurseur des grands films politiques de capra, dont il adopte d'ailleurs l'urgence dans les dernières bobines, vaut bien plus que sa réputation...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Pre-code Sam Taylor
11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:06

Trois ans après, la banlieue des Diaboliques est le siège d'un film colorié en noir, que Clouzot commence en nous faisant le portrait au vitriol d'un médiocre, le Docteur Malic (Gérard Séty). Psychiatre, il dirige sa clinique, mais celle-ci a connu des jours meilleurs. L'argent ne rentre plus, et on y soigne juste deux malades: un toxicomane en très mauvais état (Louis Seigner), et une jeune femme (Véra Clouzot), muette à la suite d'un traumatisme qui ne nous sera jamais expliqué. Le docteur en a assez de végéter, et passe de plus en plus de temps au bistrot tous les soirs. Jusqu'au moment où un étrange Américain (Paul Carpenter) lui propose un marché: il lui faut accueillir un client, un dénommé Alex, et ne pas poser de questions, même lorsque se produiront des événements inattendus, tels que les remplacements imprévus de personnel. En échange de ces services, Malic recevra cinq millions de Dollars... Fin saoul, il accepte, mais dès le lendemain ne s'y retrouve plus: tout le personnel (en fait une infirmière et une cuisinière) a été remplacé, et une étrange "amicale d'ocarinistes" de Bagnolet a élu domicile au tabac du coin, dont le barman a lui aussi été remplacé pendant la nuit. De plus, un mystérieux Américain (Sam Jaffe) et l'aimable Monsieur Kaminsky (Peter Ustinov) font leur apparition dans la clinique...

"Clouzot a fait Kafka dans sa culotte", disait à propos de ce film Henri Jeanson. La critique est sévère, et globalement injustifiée. Mais le fait est que le film de Clouzot tourne en rond pour cause d'un nihilisme cynique et un rien trop appuyé. On retrouve au début du film le Clouzot des grands jours, qui dépeint sans forcer le trait l'univers minable du pauvre Malic (On jurerait que ce pauvre Séty a été choisi en raison de sa médiocrité): une conversation de bistrot sur les politiques qui oublient leurs promesses une fois élu, le penchant évident du docteur pour la bouteille, son seul pilier... Et les débuts du passage désastreux du héros dans l'espionnage, auquel il ne comprend rien sont excitants, mais le film bifurque vite vers le vide, avec une certaine maestria: les espions sont tous aussi déboussolés que Malic, ne sachant pas pour qui ils travaillent, un beau jour, tous les gens qui ont côtoyé Malic dans sa vie de tous les jours se révèlent plus au courant que lui dans une mystérieuse et inattendue réunion dans une salle de classe (Sous la direction de Jean Brochard, un fidèle parmi les fidèles). On croise même l'élève Moinet des Diaboliques, qui a un peu grandi et est désormais lui aussi membre du complot, et un chauffeur de taxi interprété par Larquey qui pourrait bien être le vieux taximan de Quai des orfèvres avec 10 ans de plus... Un espion est assassiné hors champ, un autre exécuté par le biais de la bande-son. Le bruit est prégnant (Un simple téléphone qui sonne se charge d'une diabolique signification), mais aussi le silence, dans ce film ponctué des apparitions touchantes de la seule personne qui semble accorder le moindre crédit à Malic, la muette Lucie. On s'y retrouve finalement très bien, alors où se situe le problème?

Le problème, c'est tout simplement qu'on a besoin de les aimer un peu, les personnages! Hitchcock qui deux ans plus tard réalisera lui aussi un film sur les mésaventures d'un homme enrôlé malgré lui, et à l'aveuglette encore, dans une intrigue d'espionnage, ne s'y trompera pas. Ici, les personnages qui mènent une vie dure à Malic sont tous sympathiques, y compris Curd Jürgens en "Alex", le mystérieux personnage autour duquel tout ce petit monde s'agite; même le chef Russe pourtant impitoyable est interprété avec affabilité et humour par Peter Ustinov... Non, seul Malic est une andouille totale, dont on peut dire sans trop se tromper qu'on a une longueur d'avance sur lui en tout: voilà où se situe le problème de ce film. Et pourtant, il a une vie intérieure, et au-delà de son supposé alcoolisme, on peut par exemple constater que ce docteur désabusé a vraiment pour la petite Lucie des attentions particulières... C'est bien peu pourtant, et Clouzot allait se rattraper après cet échec commercial retentissant (Jeanson n'a pas été tendre, mais le public non plus!), en tournant un film de nouveau très noir, mais n'anticipons pas...

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 16:15

Sorti en 1930, ce film a bénéficié d'une bande-son, mais pas de dialogue. ce qui fait que s'il a bien été un échec, ce n'est pas en raison de la déception qu'il cause, mais tout simplement parce qu'il était muet, ce qui n'était pas de très bon augure à cette époque du tout-parlant, tout-chantant... Quittant la société des films historiques, il emportait avec lui son héroïne du Joueur d'échecs, Edith Jehanne, et reprenait avec son nouveau film la formule du film d'aventures baigné d'histoire, en restant dans une intrigue liée à la Russie. Mais le film fait reposer beaucoup de son argument sur une histoire d'amour, qui nécessitait des acteurs à la hauteur...

 

La Grande Catherine est devenue l'impératrice redoutée de toute la Russie, mais une poignée de fidèles de l'ancien régime rêvent de faire revenir à la vie politique la fille de l'impératrice Elizabeth, qui est entrée au couvent. celle-ci refuse, mais le comte Chouvalov va rencontrer son sosie Tarakanova, une jeune tzigane à la naissance mystérieuse, qu'il va aisément convaincre qu'elle est la fille cachée de l'impératrice. Catherine envoie pour enlever la jeune femme, qui lui fait de l'ombre en prétendant au trône, le comte Orloff. celui-ci, justement, a déja croisé la route de la jeune Tzigane, et ne s'en est pas remis.

 

Les interprètes témoignent d'une volonté de Bernard d'ouvrir son cinéma à toute l'Europe: Olaf Fjord est le comte Orloff, et le comte Chouvanov est interprété par le grand Rudolf Klein-Rogge, nettement plus nuancé ici que chez Fritz Lang. Edith Jehanne joue le rôle double de Tarakanova et de la jeune Elizabeth, et on voit aussi Antonin Artaud en jeune gitan épris de l'héroïne. La Grande Catherine, déja présente dans Le Joueur d'échecs sous les traits de Marcelle Dullin, est ici interprétée par Paule Andrale.

Après l'intrigue musclée et fougueuse de son film précédent, Bernard fait ici respirer le spectateur en concentrant son film sur les personnages d'Orloff et Tarakanova, une fois de plus des amoureux de deux groupes ennemis, comme dans Le Miracle des Loups. Il soigne sa mise en scène, en particulier ses mouvements d'appareils, et sait décidément s'entourer: Jean Perrier aux décors, et Boris Bilinsky, artiste protéïforme, à la création des costumes, font un très beau travail... Mais on peine à s'intéresser autant à cette histoire, romancée mais à la base authentique, qu'au joueur d'échecs... Si la lente agonie de Tarakanova réfugiée au couvent de son "double" est l'occasion pour Raymond Bernard de nous montrer la délicatesse dont il savait faire preuve, on n'est pas aussi enthousiaste devant cette histoire d'amour, dont les personnages n'arrivent pas à nous entrainer derrière eux. C'est dommage, tant on apprécie les efforts de ce metteur en scène pour faire un cinéma différent (A l'instar d'un Gance ou des films Albatros), ce qu'il parvient ici à accomplir par moments.

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Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Bernard 1929 *
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 17:15

A nouveau produit par la Société des Films Historiques, Le joueur d'échecs fait donc suite dans la carrière de Raymond Bernard au Miracle des loups, et on se réjouit de voir un film habité par la fougue et l'ingéniosité, ainsi qu'un scénario superbement construit, à nouveau par Bernard et Jean-José Frappa. Les interprètes en sont excellents, et on ne regrette pas de passer deux heures et quart en compagnie de ce film, qui dès son introduction, se passe sur un plan dynamique plutôt que didactique (En lieu et place donc des leçons d'histoire un tantinet nationalistes du Miracle des Loups): En pleine occupation Russe de la Pologne, des soldats Russes passent, la nuit dans une ville aux rues désertes de Lithuanie, et une femme qui était seule dehors se fait tuer par l'un des soldats. Pendant ce temps, dans une résidence cossue, les partisans de l'indépendance se retrouvent et chantent ensemble des hymnes, jusqu'à ce que l'une d'entre eux donne l'alarme, en entendant les bruits des sabots des chevaux Russes. Une brillante exposition qui paradoxalement met l'accent sur le son (chants, bruits de sabots), tout en utilisant montage alterné avec assurance, et reste éminemment visuelle: un tour de force.

On apprend ainsi à connaître un grand nombre de personnages dans une intrigue qui a été installée avec clarté dans un pays occupé, dont l'enjeu sera bien sur la résistance des uns face aux autres. Les résistants sont en particulier Boleslas Vorowski (Pierre Blanchar), son amie Sophie Novinska (Edith Jehanne), symbole même de la résistance, mais dont les origines mystérieuses vont apporter un petit plus à la deuxième partie. Moins impliqué en raison de son âge, le baron Kempelen (Charles Dullin), qui fabrique des automates, est l'un des rares à connaître le secret de Sophie. Du coté Russe, on fera la connaissance de l'impératrice Catherine, pas moins (Marcelle Dullin), mais aussi de Serge Oblomoff (Pierre Batcheff), meilleur ami de Boleslas en dépit de leurs différences, et son ordonnance Roubenko (Armand Bernard), qui fournit un peu de comédie, et enfin le major Nicolaieff, véritable méchant de l'intrigue joué par Camille Bert.

Les aventures de Boleslas et de ses amis, qui le dissimuleront dans un automate afin de le faire passer la frontière, mais seront retenus bien malgré eux à la cour de Russie, sont parsemées de moments de bravoure, dans lesquels un nationalisme relativement léger s'installe: la scène au cours de laquelle Sophie vit à distance une bataille malheureuse pour son camp, et tente de conjurer le désespoir en chantant à tue-tête au piano un air martial, imaginant aussitôt la victoire comme devant un écran en cinémascope, a été souvent relevée par Kevin Brownlow comme l'un des meilleurs exemples de ce que les Français pouvaient avoir de fougue cinématographique communicative. Une autre scène formidable nous montre  la fin de l'automate joueur d'échecs, qui donne son titre au film, fusillé sur ordre de Catherine, et dont on n'est pas sur qu'il n'y ait personne de dissimulé à l'intérieur, une séquence haute en couleurs, elle-même alternée avec une scène lugubre qui voit Nicolaieff s'introduire chez Kempelen, et déclencher pour son malheur des pièges imaginés par l'étrange Baron...

Bref, c'est un grand film d'aventures, qui réussit à maintenir le spectateur en haleine pendant plus de deux heures sans faillir. une réussite qui en appelait d'autres, mais à la fin du muet les prétentions du cinéma français allaient se voir drastiquement réduites hélas. Raison de plus pour se pencher sur ce réjouissant spectacle.

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Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Bernard 1926 *
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 16:57

La réalisation du miracle des Loups était motivée par une volonté de confectionner des films historiques de qualité, parce que selon la production, aucun studio au monde ne le faisait vraiment... ce qui sera bien sûr démenti par toute personne qui voit ce film après avoir vu des films contemporains Américains, en passant; mais c'est assez typique de l'époque, durant laquelle chaque cinématographie semblait céder à une aveuglement nationaliste aussi inévitable que stupide. Et de toutes façons, Le Miracle des Loups n'est pas sans qualités, et si le film souffre de ne pas être tout à fait à la hauteur de ses ambitions, certaines scènes-clés démontrent la faculté de Raymond Bernard à s'investir dans un projet de mise en scène épique et audacieuse.

Le film raconte la rivalité entre Louis XI (Charles Dullin), héritier du trône de France à la mort de Charles VII, et son cousin Charles de Bourgogne dit "le téméraire" (Jean-Emile Vanni-Marcoux), prétendant au trône lui aussi, et que ses amis cherchent à imposer par la force. Au milieu de ce conflit, se situent deux personnages d'amoureux, Jeanne Fouquet (Yvonne Sergyl) qui fait partie d'une famille légitimiste, et Robert Cottereau (Romuald Joubé), un partisan de Charles le Téméraire. Les deux amoureux vont-ils pouvoir se retrouver et se marier, et le pays trouver la stabilité?

Le héros de ce film? Difficile à décréter... D'une certaine façon, Bernard suit la méthode Griffith des Deux orphelines, qui choisit de traiter de l'Histoire en racontant des éléments de fiction. Par moments, le personnage principal est donc Jeanne Fouquet (Dite 'Hachette', un personnage héroïque souvent cité dans l'histoire, mais dont on n'est pas sur qu'elle ne soit pas une invention des légendes populaires), par moment le Louis XI de Charles Dullin prend toute la place, mais le personnage de Charles est aussi intéressant, pas aussi unidimensionnel qu'on aurait pu le craindre...

Le film souffre d'une première partie d'exposition un peu longuette, mais l'intrigue prend vie durant les scènes de bataille particulièrement impressionnantes, filmées au coeur même de l'action, et bien sûr durant l'épisode du 'miracle' proprement dit, qui utilise avec un certain savoir-faire le montage parallèle: Louis XI est prisonnier de Charles, qui attend un document que doivent lui apporter Jeanne et son père. ceux-ci sont rejoints par des sbires qui assassinent le père, mais Jeanne est sauvée par une meute de loups qui se jettent sur les Bourguignons (là encore, le réalisme sanglant de la scène est à noter). et puis le siège de Beauvais est l'occasion d'admirer les remparts de... Carcassonne.

La deuxième heure achève de consacrer le film, et on sent que Bernard, qui venait rappelons-le de la comédie, s'est trouvé en chemin une vocation de metteur en scène de spectacles épiques. Et son sens pictural est impressionnant, sans parler de sa facilité apparente à triompher d'une scène aussi riche et chargée en éléments que celle d'une fête au cours de laquelle les destins de tous les personnages se scellent: on y suit Louis XI qui a invité son ennemi préféré, et on y assiste à un spectacle (un "mystère") qui reconstitue un épisode fantastique de la Bible, on y voit aussi le public, incarné par Armand Bernard (aucun rapport avec Raymond, si ce n'est qu'ils ont souvent travaillé ensemble) , qui est complètement transporté par le théâtre; enfin, on y assiste aussi aux tractations et autres manigances de Charles le téméraire et de Monsieur de Chateauneuf, son sbire (Gaston Modot), pendant que Romuald Joubé et Yvonne Sergyl roucoulent: le tout fonctionne et tient la route sans aucun problème!

A des années-lumière, aussi bien des drames bourgeois ampoulés qui formaient le tout-venant de la production cinématographique Française, que des extravagances joyeuses des Russes de l'Albatros, Ivan Mosjoukine en tête, ce film mérite donc bien qu'on s'y attarde, avant de passer au grandiose film qui a suivi, l'excellent Joueur d'échecs.

Edith Jehanne dans un tout petit rôle: c'est elle qui sera la vedette des deux films suivants de Raymond Bernard...

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Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Bernard 1924 *