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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 16:29

Jamais comme tout le monde! Non content d'avoir mis le monde du cinéma à ses pieds en 1989 avec Sex, lies, and videotape, d'avoir mis tout le monde d'accord contre lui avec Kafka et King of the hill, il avait ensuite tenté une incursion remarquée dans le film noir, avec Underneath en 1995, puis sorti un improbable mais réjouissant film fourre-tout avec lequel il a encore rencontré l'incompréhension générale, le superbe (ou pas) Schizopolis... Je passe sur Gray's anatomy, un film consacré au comédien Spalding Gray, que je n'ai pas vu. C'est à ce moment que se situe Out of sight, à nouveau un film noir, mais passé par le filtre de la comédie, et adaptation d'Elmore Leonard, à un moment où c'est justement la mode: Danny de Vito, qui a produit le Get Shorty! de Barry Sonnenfeld adapté aussi de Leonard, est de nouveau derrière ce nouvel opus. L'heure est donc à la parodie, mais Soderbergh n'en oublie pas son goût pour l'expérimentation. Et puis pour en finir avec ce préambule, le film est aussi pour lui l'occasion, d'une part, de travailler pour la première fois avec George Clooney, Don Cheadle et Luis Guzman, mais aussi de rencontrer le succès planétaire.

Jack Foley (Clooney) s'est évadé de prison grace à son copain (et collègue braqueur de banques)  "Buddy" (Ving Rhames). Leur but: s'incruster dans un braquage de luxe dont ils savent qu'il va se produire à Detroit, et qui implique un certain nombre de leurs anciens co-détenus. Mais un grain de sable va apparaitre, lorsqu'au moment de s'évader les deux truands sont obligés de s'emparer d'une jeune femme avec un gros flingue qui passait par là: l'inspectrice Karen Sisco (Jennifer Lopez, impeccable!!). Contre toute attente, Karen et Jack tombent instantanément amoureux, ce que bien évidemment pas un des deux n'admettra...

 

Les morceaux de choix ne manquent pas, depuis l'évasion de jack assortie d'un passage à deux dans un coffre à disserter sur Bonnie and Clyde, jusqu'à la superbe séquence de braquage par deux équipes qui ont fait une alliance fragile, et qui n'ont ni les mêmes méthodes, ni les mêmes buts. Soderbergh et ses acteurs s'amusent, ce qui n'empêche pas le metteur en scène de livrer de superbes séquences de vie en prison, avec ses économies parallèles et ses dangers inattendus, ni de montrer un Detroit défiguré par la crise, au son de la musique des Isley Brothers, une vieille gloire locale. La musique du film, confiée au DJ David Holmes, est d'ailleurs une réelle source de bonheur. Et les caractères sont parfaitement campés par des acteurs tous impeccables, avec en particulier Don Cheadle en truand psychopathe étrangement raisonnable.

On notera aussi un bouleversement de la chronologie qui ajoute à la première partie un soupçon de suspense probablement imprévu: pourquoi Jack Foley sort-il en colère de cet immeuble, et jette-t-il sa cravate avant d'improviser à mains nues un braquage de banque? Un moment fort, déstabilisant, qui fait plus pour installer le personnage que toutes les méthodes Stanislavskiennes imaginables; bien sur, la réponse sera donnée dans un flash-back. Et puis, il y a ce moment durant lequel Foley et Sisco se retrouvent enfin, dans ce qu'ils appellent un 'temps mort', réussissant enfin à vivre, aussi brièvement et intensément que possible, leur amour interdit. Un moment magique, rêvé, ou vécu? Le doute passe parfois, même si la fin nous apporte un élément de réponse. la renaissance de Soderbergh passe par ce film, sans lequel il n'y aurait eu ni Traffic, ni Erin Brokovich, ni Ocean's 11.

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir Comédie George Clooney
9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 11:58

Three comrades est l'un des films les plus connus et reconnus aujourd'hui sur l'ensemble de la carrière de Frank Borzage. C'est bien sur une conjonction exceptionnelle de talents, autour d'une oeuvre adaptée d'un roman de Erich Maria Remarque, l'auteur du déja très célébré A l'ouest, rien de nouveau. F. Scott Fitzgerald a participé au scénario, la production est signée de Joseph L. Mankiewicz, et la MGM a confié à Borzage le soin de diriger Robert Taylor, Franchot Tone, Robert Young et Margaret Sullavan, qui croise donc le chemin du metteur en scène pour une troisième fois... Et de tout cela va sortir un film superbe, qui reprend les réflexions de Borzage sur les lendemains de la première guerre mondiale en offrant une nouvelle vision des coulisses de la montée du nazisme, comme il l'avait fait en particulier dans son impressionnant drame No greater Glory. Mais cette fois-ci, Borzage n'est plus autant dans la métaphore, aussi subtile soit-elle: les armes se feront bientôt entendre en Europe, et le metteur en scène ajoute à sa diatribe anti-guerre un portrait de la vie de tous les jours dans un Berlin ou les factions d'idéologies contradictoires commencent à élever la voix les unes contre les autres, préparant la montée des nazis...

 

Pourtant l'essentiel du film se déroule à l'écart de la politique: trois soldats Allemands démobilisés profitent de leur retour à la vie civile pour se construire un avenir: ils ouvrent un atelier de réparations. Gottfried Lenz (Robert Young) est l'idéaliste de la bande, qui consacre un peu de son temps libre à l'activisme de gauche; Otto Koster (Franchot Tone) est le plus raisonnable des trois, celui qui incarne à plusieurs reprises le renoncement pragmatique (Lorsqu'il décide faire sauter son avion, compagnon d'infortune pendant la guerre, au début du film, par exemple), mais qui sait aussi prendre des décisions dangereuses par amitié (Venger un ami disparu, ou prendre le volant et battre des records de vitesse au péril de a vie pour sauver une jeune femme en danger); enfin Erich Lohkamp (Robert Taylor), désabusé au début du film, devient le plus rêveur, le plus optimiste: il est amoureux. En effet, les "trois camarades" ont rencontré une jeune femme, Patricia (Margaret Sullavan) protégée par un homme riche, Franz Brauer (Lionel Atwill) et dont les idées sont assez représentatives du type de fuite Nationaliste et revancharde  en avant qui amènera Hitler au pouvoir. Malgré la désapprobation de celui-ci, Patricia et Erich s'aiment, se marient (Un mariage de fortune, improvisé dans un café...)... mais Erich découvre bien vite ce que lui a caché sa jeune épouse, bien qu'elle l'ait révélé à Otto et Gottfried: elle est atteinte de tuberculose, et la situation empire...

 

Il y a urgence, nous dit le metteur en scène. Patricia, amie et confidente, amante d'un et presque des Trois Camarades, est une source de bonheur et de liberté bien fragile. Elle est la vie, comme nous le révèle un final magnifique qui reprend des éléments de la fin sublime de A farewell to arms, avec un même sacrifice... De leur côté, les "trois camarades" si complémentaires représentent un peu les trois facettes d'un seul et même homme, une sorte de jeune Allemand trahi par l'irruption d'une guerre dont il ne voulait pas, mais dans laquelle il a été amené à faire son devoir, par la montée des périls, ensuite, par le sentiment de perte des valeurs, de la sécurité, du bonheur, et bien sur par l'approche de la mort. Le film réussit à rester de façon remarquable dans une narration classique, en dépit de sa teneur allégorique, et on a envie d'applaudir lorsque deux des "trois camarades" s'en vont vers l'Amérique disent-ils, accompagnés des silhouettes de leurs amis disparus: inoubliable image...

L'Allemagne de 1920 est chez Borzage un avant-gout de celle qu'il montrera dans The mortal Storm quelques mois plus tard, ajoutant une nouvelle pierre à un édifice rare à Hollywood en ces années troubles: des films non seulement conscients du danger qui se tramait, mais en plus parfaitement admirables sur leur seul mérite cinématographique, avec ce dosage si subtil et si caractéristique des oeuvres de Borzage de peinture des inquiétudes associées à la poésie des amours vécues malgré tout: malgré la mort, malgré la haine, et malgré la guerre ou la tuberculose, amour incarné ici par une splendide Margaret Sullavan.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 17:31

Oubliez les ragots: Titanic n'est pas, n'a jamais été film consacré à une histoire d'amour impossible. Non, Jack et Rose, ce n'est que le glaçage du gros, beau et bon gâteau: alors, oui, un nommé Jack Dawson (Leonardo DiCaprio) est vu dans le film secourant une jeune femme de la bonne société, Rose (Kate Winslet), qui s'apprête à se jeter par dessus-bord, par exaspération devant la bêtise de sa classe, et le destin de femme mariée qu'elle se prépare. Ils s'aiment, ne se quittent plus, et ça fait des vagues. A la fin, elle choisit de rester avec lui jusqu'au bout, et il meurt. Pas elle, et heureusement, elle est donc là pour raconter l'histoire aux chasseurs de trésors menés par Bill Paxton, plongeurs spécialistes et passionnés du Titanic, comme James Cameron.

Par ailleurs, le film est un peu l'histoire inéluctable d'un passage de flambeau: pensez, les gens qui pour la plupart sont morts lors du naufrage (1500 sur 2200) partaient aux Etats-Unis, lors d'un pic d'immigration, qui rendait la situation inéluctable: l'Amérique était le nouveau monde, un phare regardé par toute l'humanité sans même qu'elle le sache encore. Huit ans et une guerre sanglante plus tard, elle serait la première puissance mondiale. Lorsque le flash-back de ce film commence, on est presqu'encore au XIXe siècle. Pas à la fin, sous la pluie battante, lorsque Rose voit la Statue de Liberté, éternel symbole de vie qui recommence... alors le film, avec son paquebot compartimenté par un système de classes très étanches, ressemble bien à un plaidoyer pour un monde meilleur. Sauf que le plaidoyer est inutile, puisque le monde meilleur en question, nous sommes supposés y vivre. Donc...

Non, oubliez tout ça: Titanic, c'est tout simplement l'histoire d'un bateau qui rencontre un iceberg, et qui coule contre toute attente: pensez: il devait être insubmersible. Alors devant l'accumulation d'erreurs, d'historiques invraisemblances et autres vices de forme (pas assez de bateaux de sauvetage, tous les canots lâchés en mer alors qu'on n'avait pas fini de les remplir, et les conditions de sauvetage qui n'étaient pas les mêmes suivant les conditions sociales des personnes...), devant la façon dont cette fois-ci la catastrophe a été vue, et racontée ensuite par tant de témoins, dans l'esprit d'un James Cameron, il était inévitable qu'un film voie le jour, si possible avec des précautions pour donner l'envie à tout un chacun de le voir: une histoire d'amour simple et prenante, amabilité oratoire qui va permettre à chacun de rentrer en douceur dans l'histoire. Un flash-back avec un petit mystère à la clé: qu'est-il advenu de ce McGuffin*, le fameux diamant que recherchent les gens du bateau au début du film?

Cameron, en réalisant un film qui détaille de l'intérieur le naufrage, saisi dans toute sa véracité physique, avec un sens phénoménal du détail, et un timing impeccable, n'a rien laissé de côté: les "grands de ce monde" qui ont participé au naufrage, qu'ils y aient survécu (Molly Brown, Bruce Ismay), ou qu'ils y aient péri (John Jacob Astor, Benjamin Guggenheim), du capitaine très ressemblant, ou encore de certaines anecdotes rapportées par plusieurs témoins. Mais on sent que ce qui a fasciné le metteur en scène, c'est le défi de faire voir la façon dont le bateau s'est rempli d'eau, puis enfoncé, puis démantelé avant de sombrer, dans les moindres détails, d'ailleurs expliqués dans le prologue avant que Cameron laisse la parole à Gloria Stuart, qui joue Rose à l'âge de 101 ans, Gloria Stuart désormais condamnée à ce que chaque mention d'elle (que ce soit pour ce film, ou pour ses adorables rôles dans les films de la Universal des années 30) soit pour dire "la vieille dame du Titanic"...

Malgré tout, c'est ce qui fait le prix du film, et ce qui le marque comme une oeuvre d'obédience classique, cet équilibre entre romance certes simpliste, mais aimable, détails historiques, et physiques d'un naufrage toujours aussi hallucinant un siècle plus tard... Qu'une fois de plus Cameron nous emmène dans l'eau, après y avoir déchainé des piranhas (Pirahnas 2, the spawn), après y avoir installé quelques Aliens, voire après y avoir opéré une rencontre du troisième type (The abyss), on en redemande, surtout qu'il y a dans ce film une scène qui renvoie directement à Terminator. Cherchez bien.

*McGuffin: en langage Hitchcockien, l'objet qui va permettre aux héros d'un film d'avoir une motivation: le Graal dans Indiana Jones, ou des microfilms pour un film d'espionnage.

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Glou!
4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 10:50

Le premier film de David Fincher est un paradoxe particulièrement intéressant: troisième film d'une franchise à succès, dont les deux metteurs en scène précédents avaient été engagés pour leur faits d'armes respectifs (Le visuellement superbe film The Duellists de Ridley Scott, et la réussite de Terminator malgré son petit budget pour James Cameron), ce nouvel opus a échoué dans les mains d'un metteur en scène débutant, ou du moins qui n'avait jamais réalisé que des clips vidéos et des publicités... Mais Fincher n'était pas le premier choix, loin de là. Renny Harlin, réalisateur de films d'action, devait à l'origine être à la barre (On l'a donc échappé belle), et le futur réalisateur David Twohy a ensuite été désigné par la production pour travailler sur un script, avant que le flambeau n'échoue enfin dans les mains de... Vincent Ward. Celui-ci, beaucoup plus un auteur-réalisateur de la trempe de Scott ou Cameron que ne pouvait l'être ce pauvre Harlin, est aujourd'hui responsable de la direction prise par le projet, qui voit Ripley échouer sur une planète-monastère, amenant avec elle son lot de problèmes, à commencer par une cargaison inattendue: un alien!! Le projet de Ward allait loin, très loin, et son histoire est à la base du film tel qu'on le connait aujourd'hui... Pourtant, ce ne sera pas le film de Ward. Les décideurs de Brandywine productions, propriétaires heureux de la franchise, après de nombreux scripts et faux départs, ont du trouver un nouvel artiste, et c'est sans doute en désespoir de cause qu'ils ont fait appel à un débutant, se disant sans doute qu'il serait plus facile à contrôler. On le voit, d'une part toutes les conditions étaient réunies pour faire du film le désastre commercial qu'il a effectivement été, et dautre part Fincher a commencé sa carrière avec un tournage particulièrement compliqué, dont il n'était pas à l'origine. Et pourtant le film porte indéniablement sa marque.

A l'idée de voir Ripley finir sa dérive dans l'espace, entamée à la fin de Aliens, sur une planète habitée par des hommes extrêmement religieux, la production a décidé d'ajouter un élément du concept de la version de David Twohy: le fait que cette petite planète, "terra-formée" afin de devenir une prison, ait fini par laisser les forçats en liberté, et qu'is aient continué à vivre sur ce monde hostile, plus ou moins supervisés par la compagnie Weyland-Yutani. Ainsi, Ripley arrive-t-elle dans un endroit ou elle sera la seule femme, habité par des violeurs à l'équilibre instable qui n'ont trouvé comme seul lien vis-à-vis de l'humanité qu'une religion fabriquée par leurs soins, très stricte, et sous le guide de Dillon (Charles Dutton), l'un des plus sages parmi les prisonniers. Vite, Ripley, qui a appris la mort du caporal Hicks et de la petite Newt, les deux autres survivants du désastre de Aliens, échappés avec elle de la planète, va sympathiser avec un médecin au passé douteux (Charles Dance), constater l'équilibre précaire dans lequel vivent les ex-prisonniers, et comme d'habitude faire face à un alien, avec un ingrédient inattendu, mais spectaculaire: elle porte une reine en elle, et donc pour le public il devient assez clair, très vite, qu'elle va mourir...

Les contraintes liées à la saga Alien sont ici respectées, bien sur: Ripley doit faire face à une incrédulité bien compréhensible, de la part notament des hommes de la compagnie Weyland-Yutani (Le gardien-chef Andrews interprété par Brian Glover, et son adjoint Aaron - Ralph Brown-, surnommé 85 en raison de son QI), mais aussi des homme de la colonie pénitentiaire. A cela s'ajoute l'hostilité manifestée par ces hommes qui se sont déshabitué des femmes, et bien sur les manoeuvres à distance de la colonie, qui sait non seulement qu'il y a un alien sur la planète, mais aussi que Ripley est infectée. On sait que la compagnie Weyland-Yutani est intressée depuis toujours par l'idée de posséder un alien afin d'assoir ce qui ressemble bien à une domination de l'humanité et de l'espace. L'alien, dans la version d'origine de Fincher, est né d'une vache, ce qui fait de lui un quadrupède: le film confirme que les aliens ont une morphologie héritée du malheureux "hôte" qui les accueille avant leur naissance... Sinon, Fincher choisit de prendre le contrepied du film de Cameron en retournant à l'économie d'Alien, et on verra assez peu les bestioles dans la première partie du film, même si Fincher se plait à alterner les plans extrêmement courts des créatures avec les aspects plus traditionnels de l'intrigue, notamment les conversations nécessaires mais parfois un peu redondantes: ainsi la naissance de l'alien d'une vache, ou encore la mort de Murphy, la première découverte de cadavre qui confirmera à Ripley qu'elle n'est pas arrivée seule... Le mode d'action du film dans sa deuxième partie reste un cocktail enivrant et claustrophobique de suspense, d'action, de course contre la mort et d'héroïsme délirant, Dillon et Ripley s'efforçant avec l'aide de tous les forçats d'attirer la bête via des conduits qu'il faut fermer au fur et à mesure, vers une gigantesque cuve ou elle sera noyée sous le plomb fondu...

Mais la sortie d'une version plus longue du film il y a quelques années, a mis en lumière ce qui manquait dans la version courte sortie en 1992, sorte de film à suspense extrêmement bien ficelé, sans beaucoup plus: durant les premières attaques de monstre, un des prisonniers, Golic, se serait persuadé qu'il s'agissait du diable, d'un dragon rédempteur qu'il fallait aider. De simple couleur locale, la religion des hommes de cette planète, devenait un élément moteur du film, et la justification d'un comportement auto-destructeur in fine non seulement pour le détenu Golic, fou et victime du rejet par les autres, mais aussi de la compagnie Weyland-Yutani. Le choix délirant des prisonniers de vénérer un seul dieu, ou dans le cas de Golic un seul diable, finit aussi par annuler toute prétention à la vérité dans le parcours religieux, un acte particulièrement courageux pour un film Américain. Et on peut relier l'histoire de Golic et celle de "John Doe", le meurtrier anonyme de Seven, l'un et l'autre fascinés par le mal jusqu'au sacrifice... Le film porte aussi d'autres traits dont Fincher va devenir coutumier, un aspect glauque qu'on retrouveras Seven et dans The game, une noirceur totale, un univers cloisonné, un refus du compromis habituel sous la forme d'un happy ending de circonstance... Ce réalisateur bien vert, qu'on imaginait aisément contrôler, a réussi à faire avaler à Sigourney Weaver qu'il lui fallait mourir à la fin du film, et qu'elle devait aussi se faire raser la tête: pas mal pour un débutant.

Quoi qu'il en soit, c'est une version de compromis qui sortir en 1992, réduite du tiers environ, et débarrassée de la sous-intrigue de Golic, entre autres. Fincher éjecté, le film subira quelques retouches, mais on peut aujourd'hui en voir les contours dans la "version de travail" plus proches des intentions du réalisateur, avec ses qualités (Un incomparable talent dans l'installation d'une atmosphère, dont on peut penser que les producteurs de Seven s'en souviendront) et ses défauts (Le choix de passer par des effets numériques pas encore totalement au point). Non seulement le film, bien qu'il ait été un échec commercial, m'apparait comme le deuxième meilleur film de toute la saga derrière le premier Alien de Ridley Scott, mais il confirme la naissance d'un grand réalisateur, qui nous a rarement déçu depuis.

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Published by François Massarelli - dans David Fincher
2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 09:37

Entièrement ou presque situé de nuit, Lilly Turner est un de ces mélodrames-coups de poing que Wellman tournait presqu'en dormant lors de son passage à la Warner dans les années 30. Il conte les mésaventures d'une femme mariée (Ruth Chatterton), du moins le croit-elle, à un prestidigitateur minable, qui prend la fuite quelques jours avant d'accoucher de leur enfant. Elle apprend donc qu'il était bigame, et ne le reverra plus... Dave, un bonimenteur alcoolique (Frank McHugh), se marie avec elle, puis l'assiste. Elle accouche d'un enfant mort-né, puis ils retournent travailler dans le circuit minable de foires et des "medicine shows". toujours mariés, bien que ce ne soit que pour la galerie, ils travaillent enfin pour le "docteur" McGill (Guy Kibbee), mais la encore le drame va se précipiter: alors que Lilly tombe amoureuse d'un ingénieur musclé (George Brent) qui fait le taxi pour survivre, un autre tas de muscles, l'"homme fort" Fritz (Robert Barrat), va littéralement tomber fou de désir...

 

La crise: comme toujours dans ces petits films, elle est partout, cachée derrière les habits usagés du mélodrame. Ruth Chatterton joue un personnage qui semble avoir relativement accepté son destin minable, sauf devant l'amour: elle exprime de façon très claire son désir pour George Brent, et va jusqu'à mentir pour essayer de l'amener dans son lit; elle n'est d'ailleurs pas la seule, puisque l'épouse du "docteur" (Marjorie gateson) va essayer aussi... Le désir n'est pas, dans ce film, l'apanage des femmes: Dave souffre en silence, pendant que le reste des hommes présents essaient tous de coucher avec Lilly. Certains, d'ailleurs, y parviendront: le film, parfait exemple de la période pré-code, est un démenti cinglant à l'impression d'un cinéma Américain asexué, et pourtant, il dépeint surtout une période difficile, de perte des repères en pleine crise, durant laquelle le moindre espoir à court terme devient une richesse convoitée. L'interprétation est sanss fautes, le rythme ne faiblit pas, et s'il est certain que la copie (Passée au Cinéma de inuit de France 3) était par trop noire, l'atmosphère poisseuse convient finalement idéalement au sujet...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:56

Que faut-il attendre, à l'époque des écrans plats, de la cinéphilie jetable et des effets spéciaux qui doivent prendre toute la place, d'un film d'action comme celui-ci? Après tout, Marvel, c'est non seulement le royaume du super-héros unidimensionnel, de Captain America et de ces pauvres quatre fantastiques... Oui, mais c'est aussi le Spider-Man de Sam Raimi, apparu dans trois superbes films; c'est aussi un film splendide, parfait mélange de film d'action escapiste et de parcours rédemptoire d'un personnage fascinant, Iron Man. Bon, de fait, on n'a pas très envie de voir le Thor de Kenneth Branagh, ou de revoir l'indigent Iron Man 2. Mais de toute façon, The Avengers est un passage obligé: à la façon dont Brandywine Productions a toujours privilégié les auteurs (Ridley Scott, James Cameron, David Fincher, Jean-Pierre Jeunet) pour les films de la franchise Alien, il a été fait appel ici à un indéniable petit génie qui a fait ses preuves à la télévision, est son propre scénariste, et est totalement à son aise avec l'univers pulp de la bande dessinée telle que Marvel l'affectionne... Et c'est heureux: ce film est un pur bonheur.

 

 

Le script repose sur une idée simple: la terre devient la proie d'un demi-dieu venu d'Asgard, une autre dimension; Loki, frère du super-héros Thor, a décidé de réduire les humains en esclavage, en s'appropriant une matière-macGuffin qui va permettre d'ouvrir un portail par lequel s'engouffreront toutes les créatures diaboliques d'une armée de monstres. Il faut donc l'en empêcher, une mission qui sera confiée à l'agence S.H.I.E.L.D, de Nick Fury: charge à Fury (Samuel Jackson) de convaincre les super-héros avec lesquels il travaille, Iron Man (Robert Downey Jr), Captain America, congelé et récupéré des années 40 (Chris Evans), Black Widow (Scarlett Johansson) et Hulk (Mark Ruffalo), ainsi que Thor (Chris Hemsworth) qui a un contentieux avec son petit frère... le plus dur ne sera pas de vaincre les abominables monstres, mais bien de discipliner tous ces gens afin de travailler ensemble...

La famille, Whedon connait; depuis toujours, il ne parle pas tant de lutte contre les vampires (Buffy), contre le mal (Angel), contre la dictature intergalactique (Firefly, Serenity), ou contre une police corrompue (Dollhouse); non, ce qu'il raconte de série en série, ou de film en film, c'est la fragilité et la nécessité de la famille unie, aussi dysfonctionnelle soit-elle. Et dans chaque famille, chacun à son rôle à jouer, fut-il lié à l'idée de perdre toute raison (Hulk, qui comme Angel, est à son plus destructeur quand il est aussi à son plus efficace). Et la famille, en plus, a ses dangers internes (Mésentente, jalousie, malentendus, complexes) et externes (On cherche toujours à la monitorer, et ici, Nick Fury n'est pas plus le patron que ne l'était Angel dans sa série, ou Giles dans Buffy: un conseil d'administration un peu trop technocratique et pragmatique semble privilégier des compromis inacceptables aux solutions plus spectaculaires des héros du film).

Doté de héros qu'il n'a pas créés, Whedon passe à son péché mignon, la peinture de caractères; toute l'action passe très bien, parce qu'on a privilégié ici les personnages sur le reste; et les sujets qui normalement devraient fâcher sont ici pris frontalement: oui, Captain America est vaguement ridicule, et un peu coincé avec ses manières et ses jurons (Son of a gun!!) des années 40, et face à Iron Man, il semble has-been. Thor est incroyable de premier degré, avec son petit marteau, et ce pauvre Banner a beau être très dangereux, ce n'est rien qu'un petit scientifique mal fagoté... Mais plutôt que de se réfugier dans le conflit d'egos, les super-héros réussissent à se trouver des terrains d'entente, puisque après tout ils font leur boulot, le font bien, et ne se prennent jamais trop au sérieux. Leur travail après tout, c'est de combattre l'apocalypse, donc ils le font. Il y a un petit côté Hawksien chez Whedon, qui renvoie ici autant à Buffy sauvant le monde une fois par semaine, qu'à John T. Chance, qui répète dans Rio Bravo à qui veut l'entendre qu'après tout, ce n'est que son boulot...

Ajoutons que si les effets spéciaux sont à la mesure des enjeux (Ce qui n'a rien de surprenant, après tout c'était déjà le cas dans tous les films de George Méliès), et que la production a eu les coudées franches grâce au succès de certains des films précédents, le scénario de Whedon accumule les gags superbes, les dialogues ciselés, et surtout que le metteur en scène s'est efforcé de tourner à hauteur d'humain, en ne négligeant jamais d'adapter sa mise en scène et ses plans à ses personnages: vous verrez, le style change de façon certaine d'un héros à l'autre... On admettra qu'il est évident que dans ce film le héros est la super-star Robert Downey Jr, mais cela n'empêche pas Whedon de nous intéresser au touchant Bruce Banner (Hulk), ou de montrer en Natacha Romanoff une digne cousine de Buffy, Echo, River Tam et toutes ces sublimes héroïnes qui ont émaillé ses séries. On en redemande, donc... Et on espère être aussi agréablement surpris par son prochain film, une adaptation inattendue de Much Ado About Nothing avec des acteurs récurrents de ses séries, Nathan Fillion, Alexis Denisof, Amy Acker, ou Sean Maher...

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Science-fiction Marvel
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:02

Donc, A dandy in aspic est le dernier film de Mann, d'ailleurs décédé avant sa complétion. Le reste du tournage a été dirigé par Laurence Harvey, sa vedette, qui n'en était pas à son coup d'essai, puisqu'il avait dirigé The ceremony en 1963. le film est typique d'un certain style hâché et inpiré des nouvelles vagues internationales, tout en étant un film d'espionnage tout en atmosphère...

 

George Eberlin, agent Britannique, est chargé de démasquer un agent double, qui répond (en Russe) au nom de Krasnevin, responsable depuis quelques années de la mort d'un certin nombre de Britanniques. la tache va être compliquée, puisque Eberlin n'a pas la confiance de tous ses supérieurs, puisqu'on lui assigne comme collaborateur un insupportable dragueur, Prentiss, puisqu'il rencontre fréquemment Caroline, une jolie et insouciante photographe qui lui permet de ne pas garder la tête trop encombrée de bêtises mais le distrait un peu trop, et surtout parce que Krasnevin, c'est lui...

 

Les agents sont fatigués, dans ce film, désireux en particulier de 'retourner chez eux', à en croire Krasnevin-Eberlin (Laurence Harvey), qui croit trouver en Caroline (Mia Farrow) un peu plus que le repos du guerrier. Car c'est la guerre, comme le fait remarquer un personnage, même si on ne sait plus vraiment pour quoi on se bat; la faillite des idéologies, le règne de Judas: les conversations entre espions ennemis, notamment entre Lionel Stander et Tom Courtenay, respectivement Russe et Britannique, sont riches de considérations quasi-philosophiques sur le sujet. Reste que pour le héros, ou anti-héros, l'ombrageux espion, après des années d'infiltration de l'intelligence Britannique, le "chez soi" est bien difficile à définir. Le film ressemble à s'y méprendre à une chute annoncée, doublée de mort inévitable, pour un espion pris dans la tourmente de sa propre duplicté, victime de tous, y compris de lui-même; un héros d'Anthony Mann qui est, en quelque sorte, passé de l'autre coté de la montagne, là ou il aurait du atteindre son but. Un film noir, très noir...

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Published by François Massarelli - dans Anthony Mann
27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 18:53

Marizza fait partie des films réalisés par Murnau avant Nosferatu; c'est aussi un précurseur de ses films dits "paysans", de Der Brennende Acker à City girl, films dont beaucoup hélas sont perdus. C'est justement le cas de ce long métrage situé entre Der gang in die Nacht (1920, le plus ancien des films conservés de Murnau) et le plus connu Schloss Vogelöd (1921): seule une bobine du film a pu être récupérée, sauvée de la décomposition d'une copie Italienne du film, et restaurée récemment. C'est à la fois une découverte majeure et une solide déception, mais il fallait s'y attendre: avant Nosferatu, Murnau se cherche, et surtout, il ne travaille pas encore pour la UFA... donc les films sont tournés dans des conditions extravagantes, et les scripts sont marqués par une similitude louche avec des oeuvres littéraires (Dr Jekyll & Mr Hyde pour Der Januskopf, Dracula pour Nosferatu) ou cinématographiques (Satanas, 1919, dont seul un fragment encore plus court a survécu, est un démarquage d' Intolerance, ou des Pages arrachées du livre de Satan de Dreyer)... Marizza possède quant à lui une certaine touche "Carmenienne" qui est bien en évidence dans cette première bobine, dans laquelle on soupçonne des traces d'un raccourcissement du film tellement il se passe de choses: une vieille femme envoie la sauvageonne Marizza faire les yeux doux aux douaniers afin de laisser les contrebandiers travailler en paix, un douanier moustachu un brin grotesque fait une cour plus que poussée à la jeune femme qui séduit également un homme de la ville...

Les personnages sont souvent grotesques, Murnau établissant des contrastes marqués entre les gens de la ville, et les campagnards, sales, maquillés à outrance... Mais le cinéaste plante sa caméra dans la nature, et on sent qu'il est déja motivé par la composition de ses plans, avec une inscription déja forte des personnages dans le cadre des maisons ou il situe son action. N'empêche! on voit ici un amateurisme, une impression d'archaïsme très prononcée... Mais on peut au moins noter que l'actrice principale Tzwetta Tzatschewa a sans doute motivé Murnau plus que ses compagnons, et elle dégage de fait un certain érotisme qui restera rare dans l'oeuvre de Murnau. Déception donc, pour un film qu'on aimerait quand même voir dans son entier, mais les chances pour qu'une des quatre autres bobines fassent surface de la même façon restent hélas bien minces... Tout comme les chances de voir ou revoir Der Knabe in Blau (1919), Tout Satanas (1919), Der Bucklige und die Tänzerin (1920), Der Januskopf (1920), Abend... Nacht... Morgen (1920), Die Austreibung (1923) ou The four devils (1928)... Et pour ces deux derniers, tout concourt à faire penser que la perte est immense.

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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1921 Film perdu
21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 17:17

L'image d'Epinal de ce film, c'est bien sûr cette bêtise souvent répétée que Ford, supposé avoir tant massacré d'Indiens durant sa longue et fructueuse carrière de metteur en scène, aurait tenté de racheter son âme de vieil Irlandais en produisant et réalisant ce film pro-Indien au crépuscule de sa vie... C'est réducteur, pour ne pas dire faux: d'une part, Ford a depuis les années 20 toujours considéré les peuplades d'Américains natifs comme des civilisations à part entière, même s'il a occasionnellement sacrifié à quelques clichés (le bon sauvage tout juste évangélisé dans Drums along the Mohawks, les Apaches sanguinaires de Stagecoach, qui soit dit en passant sont surtout sanguinaires hors champ, etc); il a dès 1955, à travers The Searchers, opposé deux jusqu'au boutismes, celui des Comanches d'une part, maraudeurs, violeurs et assassins vus du point de vue de John Wayne, et celui d'Ethan Edwards et des autres Blancs racistes, qui vont jusqu'à étudier les us et coutumes des Indiens afin de profaner les dépouilles mortelles...

Cheyenne Autumn par ailleurs a beau prendre en effet fait et cause pour les Cheyennes et contre l'Armée, les éleveurs, les groupes Humains sous toutes leurs formes, et le gouvernement aveugle, il n'en reste pas moins un film bricolé à partir de nombreux évènements historiques compilés, dont en particulier la fameuse "trail of tears" (la piste des larmes) des années 1830, lorsque le gouvernement des Etats-Unis s'est approprié des territoires entiers de nations Indiennes, en déplaçant contre leur gré les tribus vers d'autres terres. Le film est également rempli de ces tricheries de convenance dont Ford s'est fait la spécialité, et une large part de l'errance des Cheyennes qui y est décrite prend place... à Monument Valley, comme d'habitude. Enfin, le film est interprété par des acteurs d'origine Hispanique (Dolores Del rio, Sal Mineo, Gilbert Roland) et par quelques acteurs de second plan d'origine Navajo (Dont on sait qu'une tribu a accueilli solennellement Ford en son sein)... Pas de Cheyennes dans le film! Je ne m'en plains pas, le cinéma, surtout classique, se satisfaisant pleinement de ces petits arrangements avec la vérité historique. Reste que le film n'est pas le mea culpa souvent décrit... juste une réactualisation liée à une atmosphère des années 60 propice à ce genre d'interogations...

1878: Un parti de Cheyennes attend depuis longtemps que des émissaires du gouvernement Américain les accompagnent vers de nouvelles terres, qu'ont promis au groupement de leurs tribus. Sauf que, d'un millier environ, les maladies ont fait baisser leur nombre à moins de 300. ils prennent donc la décision de partir vers leurs terres d'origine, contre l'avis du Capitaine Thomas Archer (Richard Widmark), le chef de la garnison qui les surveille, ainsi que l'avis d'une institutrice Quaker, Deborah Wright (Caroll Baker). Alors que les Indiens partent, la jeune enseignante les accompagne, alors qu'Archer part à leur poursuite. c'est le début d'un périple à travers de nombreux états, durant lequel les Cheyennes vont se diviser, et les Blancs vont globalement montrer surtout une indécrottable hostilité à leur égard...

En 1878, soit après Little Big Horn (la fameuse bataille durant laquelle une colaition de tribus de plaines a mis une pâtée bien méritée au 7e de cavalerie de George Armstrong Custer), la fin des guerres Indiennes est déjà là. Il reste surtout des escarmouches, et quelques petites échauffourées, mais l'essentiel est passé. Désormais, les "affaires indiennes" sont gérées au sein du gouvernement, et la préoccupation autour du "danger" représenté par les populations natives n'a plus lieu d'être. On assiste bien à une sorte de baroud d'honneur dans le film, mais généralement, dans ces épisodes, le point de vue est bien celui des Cheyennes.

Impossible en revanche de fédérer à partir de ce film une véritable conscience de l'Amérique Blanche: le gouvernement ne comprend rien, l'armée se réfugie derrière des ordres, aussi inhumains soient-ils (Ce qui débouche sur un massacre lors d'un épisode situé dans la deuxième partie du film); les cow-boys Texans rencontrés en chemin par deux Cheyennes affamés qui leur demandent à manger prennent du plaisir à en tuer, puis scalper un, avant de répandre le bruit d'une attaque imminente d'une tribu assoifée de sang; à ce titre, l'épisode situé à Dodge City tourne à la farce cruelle, avec James Stewart en Wyatt Earp obsédé par une partie de cartes inachevée: toute la ville se met à courir dans tous les sens, sans savoir vraiment quoi faire, sans qu'un seul Indien ait fait son apparition. Un soldat, le lieutenant Scott (Patrick Wayne), se laisse emporter par la vengeance contre les Indiens, au lieu de réfléchir humainement à leur condition... Les seuls à s'en tirer à bon compte sont ceux qui laissent leur conscience agir: Lorsque Archer, excédé devant le traitement réservé aux Cheyennes pour lesquels il a du respect, décide de désobéir et d'aller porter l'affaire devant le ministre des affaires Indiennes (Eward G. Robinson), celui-ci lui avoue d'ailleurs ne rien comprendre à l'affaire, et décide enfin de venir sur place afin de traiter la chose comme il convient... La seule personne a avoir toujours fait ce qu'il fallait est miss Wright. elle sera une inspiration pour Archer qui en est amoureux, mais un autre personnage sera déterminant: le sergent Wichowski (Mike Mazurki), originaire de Pologne, et qui dresse un parallèle frappant entre le traitement des Polonais sous l'occupation Russe, et celui des Indiens dans l'Amérique de 1878... Toujours cette conscience immigrante de l'Amérique, si chère à John Ford, qui a toujours trouvé le ton juste à ce niveau. 

Le film est long, très long: c'est le plus long de son auteur, et il bénéficie du traitement emphatique des Roadshows typiques aux années 60, avec prologue et entr'acte (il est donc ce que j'appelle un filmouth, espèce disparue des années 60). Il en existe des versions raccourcies, privées de la grosse comédie de Dodge City, ce qui n'enlève rien au propos du film; il est intéressant de noter qu'on y trouve quand même non seulement James Stewart (Un Wyatt Earp à contre-emploi de celui de son ami Henry Fonda dans My darling Clementine!), mais aussi Arthur Kennedy et John Carradine... Mais cet épisode est long, inutile, et un peu lourd, au regard de l'austérité de l'ensemble.

Ford, pour une fois, s'oblige (Ou a été forcé?) à utiliser le Panavision, en 70 mm, et de fait son sens de la composition n'a pas à en souffrir. Il en résulte une beauté picturale particulièrement marquée dans les épisodes situés à monument Valley, mais aussi une certaine lenteur, y compris pour un film de Ford. Mais la composition picturale, largement inspiré de toiles d'époques, et l'utilisation des décors, de la lumière, de la neige etc... Sont une fois de plus une source de plaisir Fordien. Cette nouvelle histoire d'un groupe humain en proie à une fuite en avant, participant ainsi de la geste Américaine chère à John Ford, est bien celle d'un groupe de Cheyennes, et non d'un groupe de blancs. Mais l'un des défauts majeurs du film, c'est d'avoir sans doute trop morcelé les intrigues. L'heure est, encore une fois, à une certaine dimension romanesque, et les sous-intrigues du film finissent par être trop nombreuses. Toutefois, l'une d'entre elles, celle du chef qui voit d'un mauvais oeil sa fille fricoter avec un jeune guerrier qui ne lui plait pas, ajoute une coda tragique au film, après la réconciliation d'usage... sage décision, tant on n'aurait pas compris que le film se termine sur une décision unilatérale du gouvernement Américain de traiter les peuplades indigènes avec humanisme, suivie d'effets. Ce n'aurait pas été très sage historiquement parlant...

La réputation du filmest mitigée, et on peut le comprendre. C'est un film de compromis, avec une surprenante modernité dans son humanisme, et une technique qui hasite entre le légendaire takent du metteur en scène pour la composition, et sa tout aussi légendaire tendance à bacler en faisant passer son refus de faire une deusième prie pour de l'efficacité. On tique donc devant une digression indigne (malgré James Stewart) et des transparences ratées dans les dernières séquences, mais l'intérêt réel du film, sa façon de donner enfin le point de vue de ceux qui ont toujours été traités en tant qu'antagonistes dans tant de films, continue paradoxalement à lui donner un statut particulier...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Filmouth
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 17:50

Vous vous souvenez peut-être du film de Preston Sturges, Sullivan's travels, sorti en 1941: Joel McCrea y interprétait un metteur en scène de comédie, soudain lassé de son statut d'amuseur, pris par l'envie de créer une oeuvre à la signification sociale ambitieuse, et qui dans ce but se laçait dans un voyage incognito à travers l'Amérique. Le titre du film qu'il souhaitait tourner et ne ferait bien sûr jamais était justement O Brother, where art thou?. Les deux frères Coen lui rendent ici un hommage appuyé, en mélangeant comme ils en ont l'habitude plusieurs ingrédients, genres et idées structurelles. Ce qui reste un film controversé par des fans qui estiment qu'il manque de coffre est aussi une comédie lumineuse, marquée non seulement par une reconstitution du Sud des Etats-Unis durant la Dépression, mais aussi par l'inspiration de L'Odyssée dont il est sans rire une adaptation...

Mississippi, 1937: Ulysses Everett McGill (George Clooney), Pete Hogwallop (John Turturro) et Delmar O'Donnell (Tim Blake Nelson) s'évadent du "chain gang", le fameux bagne à ciel ouvert si répandu dans le sud. Ils ont pour but de récupérer un butin, amassé soi-disant par Everett avant d'être enfermé en prison, et qui est situé au milieu d'une vallée qui va être noyée sous les eaux d'un barrage construit dans le cadre des grands traveaux ordonnés par Roosevelt. En vérité, Everett a embobiné ses copains, puisqu'il ne s'évade que dans le but de récupérer son épouse (Holly Hunter) avant que celle-ci ne se remarie avec un autre...

En chemin, les trois hommes croisent la route d'un certain nombre de personnages bien dans la manière du Sud, participent à leur façon à une campagne électorale, perturbent un rassemblement du Ku-Klux-Klan, échappent au Diable à plusieurs reprises, et enregistrent un disque à succès sous le nom improvisé de Soggy Bottom Boys...

Le Cyclope, Ulysse, Penelope et leurs sept filles, les sirènes... les renvois à Homère (D'ailleurs présent dans le patronyme du candidat réformateur au poste de gouverneur et grand dragon du KKK, Homer Stokes) ne manquent pas, et structurent le film qui est un vrai voyage, avec ses dangers, ses étapes, ses pleins et ses déliés. Le Mississippi rural et pauvre, majoritairement blanc, y est vu sous tous ses angles, et rien que pour ça, le film vaut clairement le détour. Mais il s'inscrit aussi dans un hommage aux films de l'époque, vus à travers une séance de cinéma largement inspirée par une anecdote du film de Sturges. Et la musique locale, folklore sudiste parfois teinté de gospel et de blues, parfois plus tourné vers la country, donne lieu à des passages totalement irréalistes, le rally du KKK en tête. Pourtant, dans cette société qui essaie (Ségrégation, KKK) de refuser le multiculturalisme, passe comme une atmosphère de mélange irrésistible, incarné justement par la musique, notamment la magnifique interprétation glorieusemeent doublée de la chanson A man of constant sorrow, par les Soggy Bottom Boys, un groupe 'intégré' avant l'heure: guitariste noir, chanteurs blancs.

Les personnages, pas vraiment intelligents (Clooney l'a toujours dit, lorsqu'il interprète un film pour les Coen, il y est forcément une andouille...) sont attachants, à plus forte raison lorsqu'ils imposent une sorte de progrès social d'intégration en s'affichant avec un guitariste noir (Chris Thomas King), qui a d'ailleurs vendu son âme au diable. On se dit bien sûr qu'en 1937, aucun Sudiste n'aurait fait comme eux, mais quelle importance? On est au cinéma, et comme le démontrait Sturges, l'esentiel c'est que force reste à la comédie. A ce titre, la saga drôlatique et inutile de trois hommes qui vont réaliser une certaine forme de rêve américain sans vraiment l'avoir cherché est un bien bel hommage à cet esprit hérité d'un grand homme de cinéma.

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen George Clooney