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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 10:12

Ceci est le deuxième et dernier film de Langdon réalisé par Frank Capra, l'homme qui prétendra toute sa vie avoir "fait" Langdon. Nous n'allons pas revenir ici sur l'histoire, le fait est désormais avéré: immense cinéaste, Capra était aussi un affabulateur de génie, comme d'autres grands: qu'on pense à Walsh, menteur et farceur; Ford qui brouillait les pistes au point de prétendre avoir été cowboy en Arizona; Lang et sa version de sa propre fuite d'Allemagne... Donc, une fois The strong man achevé, Langdon aussi bien que Capra se sont senti pousser des ailes: le film était un succès, leur ambition avait payé, et il pouvaient remettre le couvert; l'ennui était que chacun des deux s'atribuait les mérites de ce qui était avant tout une collaboration, et que la brouille allait se préciser; Langdon était le patron, et à la suite du tournage, il a écarté Capra de son équipe, jugeant le temps venu de prendre sa destinée en mains. Le film devrait s'en ressentir, mais pas du tout: C'est un film tout à fait typique de ce que Langdon pouvait réussir dans ses meilleurs moments, qui revient à des thèmes proches de ses courts métrages, et qui oppose une fois de plus la ville corruptrice à l'Amérique profonde, comme les trois-quarts des films muets Américains semble-t-il, mais dans une bulle burlesque moins caricaturale que dans The strong man.

 

Harry est un grand garçon, qui rêve toute la journée de romance, alimentant ses fantaisies de livres puisés à la bibliothèque locale. Toute sa jeune vie, ses parents l'ont gentiment couvé, persuadés qu'il se marierait automatiquement l'age venu avec la petite voisine, Priscilla (Priscilla Bonner, la jeune aveugle de The strong man). Celle-ci aussi en est persuadée. Un beau jour, les parents décident d'offrir des pantalons à Harry qui se croit enfin adulte, et se précipite sur la première venue: une jeune femme de la ville (Alma Bennett) dont la voiture est en panne, et qui appartient à un gang de trafiquants de drogue par-dessus le marché. Pour se débarrasser de lui, la jeune femme l'embrasse, et part, mais Harry, persuadé qu'il s'agit d'un pacte d'amour, l'attend. Alors que le village s'apprète à célébrer son mariage avec Priscilla, il s'enfuit pour retrouver sa "bien-aimée"...

http://366weirdmovies.com/wp-content/uploads/2010/07/long_pants.jpgComme chez Lloyd, le décor rural est assez classique, mais le personnage de Langdon est plus caricatural encore; par contre, les scènes urbaines installent Langdon... en 1927, avec sa corruption, son jazz et sa consommation d'alcool frelaté. La naïveté du personnage se retrouve, tout comme dans les meilleurs courts Sennett, placée au coeur d'un décor d'autant plus criard. Des scènes laissent comme il savait si bien le faire Langdon pousser son style lent et répétitif jusqu'au bout: lorsqu'il a vu la jeune femme en automobile au début, il tourne autour d'elle avec son vélo, faisant tout un tas d'acrobaties plus embarrassantes les unes que les autres. Contrairement à un Charley Chase ou un Harold Lloyd, l'embarras, avec Langdon, est pour le spectateur, pas pour le comédien; c'est ce que lui empruntera Laurel...

Pour le reste, il faut noter une cavale rocambolesque en ville avec Langdon qui croit porter sa "fiancée" dans une caisse, alors qu'il s'agit d'un crocodile, et deux scènes frappantes: vers la fin, Harry qui s'est lui-même aveuglé sur les activités délictueuses de sa "petite amie", assiste dans la loge d'un théâtre à un rêglement de comptes, qui l'éclaire une bonne fois pour toutes sur la vraie nature de la femme qu'il aime. Cette scène est volontairement crue, et vue par un Harry au premier plan, de dos; il joue de fait à visage masqué, la scène fonctionnant parfaitement du fait que le comédien est retourné. Une noirceur qui contraste avec la vie doucereuse de sa campagne, et qui explique deux ou http://cache2.allpostersimages.com/p/LRG/37/3723/RSTAF00Z/posters/long-pants-harry-langdon-1927.jpgtrois plans qui servent en quelque sorte de "paliers de décompression" pour le jeune homme lorsqu"il revient à la maison: on le voit l'air hagard errer à travers bois avant de rentrer chez lui, grandi, mais aussi traumatisé. Cette noirceur culmine pourtant à un autre moment de ce film: lorsqu'il s'apprête à se marier, Harry se demande comment se débarrasser de Priscilla, et imagine l'emmener dans les bois pour la tuer d'un coup de révolver, une rêverie qui contraste évidemment avec ses fantaisies du début du film, qui levoient en prince de pacotille conter fleurette à la jeune fille... Mais le plus perturbant, c'est qu'il tente effectivement de mettre son plan à éxécution! Comme si dans True Heart Susie, de Griffith, Bobby harron emmenait Lillian Gish dans le bois pour la tuer, en quelque sorte: ça fait quand même froid dans le dos, même si Harry Langdon étant Harry Langdon, ça ne marchera pas, rassurez-vous.

Voilà, ce film est sans doute plus mal fichu que le précédent, moins équilibré. Les partisans de Capra diraient que Langdon a trop contrôlé, les partisans de Langdon seraient d'avis d'imputer ses défauts à Capra; quoi qu'il en soit, le film est de toute façon typique de son auteur, et je parle ici de Langdon, pas de Capra: après trois ans passé à tricoter des films autour de son personnage, entièrement tissés autour de son style de gags, il serait temps qu'on reconnaisse la paternité de ces films, non?

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Frank Capra Muet * 1927
24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:26

Peut-on imaginer un Droopy sans le joyeux patronage dévastateur de Fred "Tex" Avery? Celui qui a amené la folie destructrice du cartoon à la sage MGM (Il suffit de comparer ses films à la très raisonnable série des petits contes de Harman et Ising pour se rendre compte de son apport) y a aussi créé un personnage fascinant de chien stoïque, qui permet en creux tous les débordements autour de lui. Le personnage de Droopy a été animé par Avery et ses équipes des débuts jusqu'à ce que le réalisateur s'en aille en 1955, et est resté la propriété de la MGM. Pendant quelques années, la série a continué, sous la responsabilité de Hanna et Barbera, les futurs mortels auteurs de Scooby Doo... 7 Dessins animés ont été distribués, en Scope, attribué pour six d'entre eux à Michael Lah, l'un des animateurs de l'équipe de Avery.

 

Millionaire Droopy (Tex Avery, 1956)

Le premier de ces films sur écran large, l'exception Millionaire Droopy était en fait un remake de Wags to riches, un bon Avery dans lequel Droopy héritait d'une fortune que convoitait aussi le bulldog Spike. A part le recadrage et une refonte du décor, rien de nouveau à signaler, Millionaire Droopy reprenant intégralement la bande-son du premier film... Michael Lah, déja présent sur le premier, est de nouveau responsable de l'animation, il est tout naturel qu'il ait été promu au poste de réalisateur sur les films suivants.

 

Tous les six films de Lah portent la marque de cette fin des années 50, avec un contour des personnages tracé à gros traits, une animation simplifiée et plus mécanique, et des décors ultra-stylisés.

 

Grin and share it (Michael Lah, 1957)

Dans ce film, Droopy est mineur aux cotés de Butch, une nouvelle version, adoucie de "Spike". Le ton est résolument "Averyen", mais le personnage de Droopy est totalement naïf, et utilise beaucoup la parole.

 

Blackboard Jumble (Michael Lah, 1957)

Un personnage (Et des mouvements animés repris sur d'anciens cellos) revient pour notre plus grand plaisir, le loup Sudiste et lent qui travaillait pour la fourrière dans Three Little pups. S'il est toujours du genre à prendre son temps, il ne possède plus cet étrange bégaiement qui soulignait son accent Sudiste jusqu'à l'insupportable, mais reste encore plus stoïque que Droopy, ici un anonyme membre d'une fratrie de cancres auxquels le loup tente d'inculquer une éducation. Le loup, bien sur, s'en prend plein la figure et le film possède une réelle qualité.

 http://i223.photobucket.com/albums/dd107/victor-eyd/backyard%20theater/droopyanddragon.jpg

One droopy Knight (Michael Lah, 1957)

Encore un remake, cette fois de Senor Droopy. Mais le film est passé du Mexique à un Moyen-age de pacotille, le taureau est devenu un dragon, et Droopy est un vaillant chevalier. On ne trouve pas ici de réemplois de mouvements et d'animation notables, mais le scénario est un décalque complet.

 

Sheep wrecked (Michael Lah, 1958)

http://4.bp.blogspot.com/_2oUmI3KMEnY/ScHQEubyBvI/AAAAAAAAB-I/iusi6q-aMas/s320/sheep+wrecked+2.jpgCe film exploite à nouveau le personnage du loup Sudiste, et est le meilleur des six; Droopy y est un berger, et le loup, eh bien... un loup. Le reste suit forcément une route bien balisée, non sans gags.

 

Mutts about racing (Michael Lah, 1958)

Ce film présente une course entre Butch et Droopy, sur le modèle inévitable et juteux du lièvre et la tortue. Le décor délirant et le Scope sont utilisés à bon escient dans une course à la limite de l'abstrait.

 

Droopy Leprechaun (Michael Lah, 1958)

Quand ce film est sorti, la MGM fermait son département d'animation. ce pauvre dessin animé indigent, dans lequel un Butch Irlandais prend Droopy pour un Leprechaun, en serait presque une justification tellement il est mauvais... hanna et barbera ont fait avec Tom & Jerry les beaux jours d'une animation familiale, ils sont déja en route avec ce film vers le style de non-animation qui fera leur fortune à la télévision. Quant à Droopy, il n'a rien à gagner à aller en Irlande, ou on achève de faire de lui un simple prétexte.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation
22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:12

Dans l'abondante carrière de William Wellman, Track of the cat est un western d'une genre spécifique et relativement sous-représenté, un film qui frappe par sa cohérence esthétique et thématique, et par la noirceur de son propos, contrastant de façon spectaculaire avec l'omniprésence du blanc de ses paysages enneigés.

 

Call of the wild (1935) et Island in the sky (1954) sont deux films de Wellman à rapprocher de celui-ci, décrivant d'une manière différente l'épopée de la survie, qui est un thème à part entière dans l'oeuvre du réalisateur, que cette survie soit face aux conditions naturelles, ou face à la société (Safe in hell). La famille Bridges vit donc dans un ranch de haute montagne (Califonie du nord ou Etat de Washington), et c'est l'hiver. le film commence par une matinée durant laquelle un animal sauvage se manifeste, un gros félin omniprésent mais qu'on ne verra jamais. Les trois frères Bridges se lèvent, et le meneur, Curtis (Robert Mitchum), décide de partir à la recherche du fauve, autour duquel plane une légende locale relayée par le vieux Joe Sam, un Indien qui aide au ranch. La petit déjeuner est un festival d'attaques personnelles en tout genres, entre les trois frères, le gentil Arthur, le benjamin Harold et Curtis qui distribue les vacheries à tous et toutes. Participent en effet à la zizanie la mère (Très religieuse et rigoriste, elle est bien à la peine devant le coté vicelard de Curtis), le père (alcoolique et dépassé par les évènements) et la soeur Grace, qui prend la présence de Gwen, la petite amie de Harold, comme une bouffée d'air frais. Le sentiment qui domine est celui d'une vie entièrement soumise à Curtis, représentant à la fois l'esprit de la discorde et l'âme du ranch.

 

Curt et Art partent pour traquer la bête, constatent les dégats sur le bétail, et se séparent pour trouver l'animal... qui attaque Art et le tue. Curt renvoie alors la dépouille de son frère chez eux, puis part à pieds dans la montagne pour tuer le chat...Le reste du film est ensuite partagé entre le périple de Curt et le réveil brutal de la maison confrontée à la mort du fils. Alors que Curt affronte la mort, le ranch se délivre d'un coup, comme si la parole était libérée par l'absence du mal. Curt porte une veste rouge, au départ; on ne peut pas la manquer: se détachant focément sur la neige, la couleur est de toute évidence poussée à l'extrême, et de nombreux plans donnent l'impression dun film en noir et blanc avec une seule tâche rouge qui se déplace. Mais cette veste est vite abandonnée par Curt, qui s'en sert pour couvrir la dépouille de son frère, le marquant ainsi symboliquement de son empreinte.

 

A la thématique bien huilée de la survie du chasseur (Provisions, construire un feu, s'emmitouffler), Wellman oppose une maison manifestement opulente et très confortable, dans laquelle pourtant la famille Bridges semble ne pas pouvoir trouver la paix ni le confort. Tout confirme l'impression de départ, que cette famille survit dans cette maison, comme Curt à l'extérieur, et que les gens qui y vivent ne se (re) connaissent pas, à l'image de Joe Sam, que certains aiment et que d'autres rejettent. La haine et la rancoeur qui s'expriment trouvent en Curt un commentateur qui aime souffler sur les braises , en en Gwen une possible libératrice. la seule vraie complicité qui s'exprime dans la maison, dans une scène du début, est entre les duex jeunes femmes qui rient ensemble, hors champ, pendant le petit déjeuner; de son coté, Gwen désespère de jamais convaincre son petit ami Harold de devenir un homme, c'est-à-dire de l'embrasser ou plus sans qu'il ait à demander l'autorisation... une scène audacieuse montre d'aiilleurs les deux tourtereaux qui s'apprêtent à (Enfin!!) bâtifoler dans le foin, avant que le jeune homme ne soit interrompu par sa maman...

 

Dur, âpre et volontairement austère, le film ne fait pas de compromis. il conte la fin d'un règne, celui de Curt, dans une atmospère oppressante rendue encore plus inquiétante par les grands espaces et a météo plus que maussade; la montagne ici est belle, ioui, mais surtout cruelle et dangereuse. comme dans Island in the sky, s'aventurer à l'extérieur, c'est risquer d'être tué par cette mythique bête invisible qui mourra de toute façon à la fin d'un film qui ressemble à une lutte à mort entre le mal, et le diable...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 07:52

http://moviereviews.allmyblog.com/images/moviereviews/1_20110412_014241.jpgFleischer, qui se tournera quelques années plus tard avec The Boston strangler et Number Ten, Rillington Place vers des affaires sordides contées dans leur plus rigoureux réalisme, oscille ici entre une tranquille narration, légèrement orientée par un prologue nous indiquant qu'il va y'avoir un meurtre, et des moments baroques parfois un peu étranges. Il s'inspire d'une anecdote réelle, un fait divers de 1906, d'ailleurs lié au développement du cinéma, et son héroïne, Evelyn Nesbit, est la conseillère du film, qui ne peut que difficilement prétendre à l'objectivité...

 

Evelyn Nesbit était une chorus girl, qui a rencontré l'architecte Stanford White; les deux se sont courtisés, bien que White soit marié, et selon les journaux de l'époque, l'homme d'âge moyen aurait drogué et violé la jeune femme, avant de "se débarrasser d'elle" en la aplaçant dans un pensionnat, à ses frais. Elle a ensuite épousé un homme riche et impulsif, Harry Thaw, qui a décidé un soir d'abattre White en public, afin de laver sa brutalité passée. Il a été acquitté suite au témoignage de son épouse, qui a permis aux juges de conclure à sa folie...

 

Le film change un certain nombre de choses, mais garde les grandes lignes en en faisant justement les termes du procès, et le supposé viol reste la raison qui pousse Thaw (Farley Granger) à tuer White (Ray Milland). mais ce que nous voyons est bien différent, et c'est là qu'intervient le baroque, justement: le supposé viol ressemble plus à la suite logique d'une soirée très romantique, partagée par white et Evelyn dans un studio que l'architecte a décoré, et dans lequel une superbe balançoire tourne décidément toutes les têtes; Evelyn est manifestement consentante ici... le fait que la dame ait été la consultante du film jette un doute, bien sur. le fait que le film ait été produit dans les prudes années 50 aussi. Quoi qu'il en soit, avec les réserves d'usage (Joan Collins est tarte, et la reconstitution bien sage, malgré des couleurs souvent rutilantes et poussées), c'est un film à porter au crédit du versatile talent d'un metteur en scène étonnant.

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Published by François Massarelli - dans Noir Richard Fleischer
20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 17:18

Réalisé sur une longue période, alors que Chaplin, comme indifférent au temps et aux problèmes personnels qui s'accumulaient, s'enfermait plus avant dans son studio ou il travaillait comme seul, à un projet plus austère que les précédents, The circus est une fois de plus un miracle de comédie, une épure d'un genre alors en pleine mutation, comme l'était le cinéma Américain du reste, sous l'influence alors des grands cinéastes étrangers, et en particulier Allemand. D'une part, en effet, Keaton avait évolué dans ses films, et en 1927-1928, tournait College et Steamboat Bill Junior: un film bien de son temps, et une prouesse technique. Lloyd faisait suivre son évocation rurale sur le caractère d'un homme timide et effacé (The Kid Brother) d'un film qui situait le combat entre l'ancien et le nouveau en pleine ville, avec Speedy, au film mené à 100 à l'heure. D'autre part, le film est sorti (Janvier 1928) peu après le beau doublé de la Fox (Sunrise, Seventh Heaven), après The Jazz singer et The Student prince, quelques mois avant The wedding march et The wind... Bref, le cinéma de Chaplin risquait plus que jamais d'apparaître anachronique en cette période de remise des compteurs à zéro.

Et puis, le metteur en scène ne va pas bien; si en surface, sa vie mondaine continue plus que jamais, il sait, pour avoir vu le mal qu'on avait fait à Arbuckle, qu'il était dangereux d'être un homme à femmes... Son deuxième mariage était une catastrophe, dont entendait semble-t-il bien profiter son épouse Lita Grey, et qui commençait à lui coûter cher: il lui avait fallu ranger dans ses boîtes un film sur décision de justice (The seagull ou Woman of the sea, de Josef Von Sternberg, qu'il avait produit). De même que The gold rush avait pris une solide année de travail, The circus était pour Chaplin un exutoire qui prendrait le temps qu'il faudrait, indifféremment aux évolutions des autres studios...

Un cercle, marqué en son centre d'une étoile: voilà le premier plan du film. Belle image du cirque tel que le verra le vagabond, arrivé au cirque par hasard, et une fois de plus amoureux d'une jeune femme impossible à atteindre... A la fin du film, dans une séquence célèbre, c'est au milieu d'un cercle, marqué sur le sol par la tente éphémère du cirque qu'il a choisi de laisser partir sans lui, que le vagabond se retrouve seul avant de repartir vers d'autres aventures... Comme si rien ne s'était passé, à l'extérieur comme à l'intérieur du cercle. Entre temps, pourtant, des péripéties qui vont opposer Chaplin à un irascible patron de cirque (Allan Garcia), dont la fille (Merna Kennedy) sera un temps la raison de vivre du héros, avant qu'il ne laisse un autre que lui (Harry Crocker), plus talentueux, plus beau, plus tout, la courtiser et finalement l'épouser. Chaplin, dans ce film, est à la fois partie intégrante du show (Il est clown malgré lui) et dans les coulisses, et on ne quitte que très rarement les allées du cirque pour aller voir ce qui se passe dans le spectacle...

Métaphore aussi bien de la vie que du spectacle, dans lequel on doit laisser faire ceux qui savent, le film n'est pas tant une métaphore de Chaplin lui-même; il savait ce qu'il faisait, contrairement à ce petit homme qui n'est jamais si drôle que quand il ne sait pas qu'il est employé pour faire rire. Mais ce qu'il sait, lui qui a goûté au bide avec son projet le plus ambitieux, c'est que le public est versatile... Et qu'on ne peut pas forcer sa nature, d'où cette séquence superbe dans laquelle le clown malgré lui s'essaie à la corde raide pour notre plus grand bonheur; d'où aussi un film qui ne cherche pas à suivre les tendances virtuoses du cinéma de l'époque... S'il n'est pas le meilleur des Chaplin, et à ce niveau on ne mesure plus, en fait, The circus est un film qui passe tout seul, un concentré Chaplinien qui tient sacrément la route, une fois de plus.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1928 Criterion **
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 20:51

En réussissant à convaincre la famille Chaplin, Oona O'Neill Chaplin en tête, de les laisser exploiter les chutes des films du grand homme, il y a fort à parier que Brownlow et Gill, déjà responsables du documentaire Hollywood en treize parties, consacré au cinéma muet Américain, ont réussi un coup fumant, et ce en trois points:

D'une part, ils donnent à voir la méthode de Chaplin, de quelle manière il investissait le studio à 100%, et raffinait prise après prise  ses films, avant même d'avoir un scénario; il commençait par un décor, des personnages, du mouvement, et au final obtenait un film...

Ensuite, ils lèvent le voile sur les mystères de la création en montrant de quelle manière Chaplin gardait des idées sous le coude, parfois durant 25 ans, pour les resservir au bon moment: des gags inusités dans ses films, ou tirés de films inachevés, venaient avec bonheur se placer dans d'autres films, montrant que l'esprit de cet homme fonctionnait toujours et avait des capacités à stocker beaucoup d'informations...

Enfin, ils ont redéfini la connaissance de Chaplin qu'ont ses fans, et ont permis l'émergence d'une nouvelle cinéphilie, plus exigeante, qui a appris avec ces documentaires à ne pas se contenter d'insupportables copies délavées et de seconde zone, et à exiger l'excellence. De même, ils ont permis la ressortie et la réhabilitation de la version d'origine de The gold rush, et ça, ce n'est pas rien...

Le tout, bien sûr, a été fait dans un documentaire en trois parties, qui fait quasiment trois heures, et qui se regarde comme un thriller...

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 13:38

http://www.formatcourt.com/wp-content/uploads/2010/04/the-cook2.jpg

L'équipe de Arbuckle, en roue libre, dans un restaurant... Keaton est le garçon, obsédé sexuel pas gêné pour faire du gringue à des clientes en présence de leur mari, et Arbuckle est un cuisinier aux méthodes peu orthodoxes, hilarantes bien sur, et salissantes. On retrouve l'innommable cabotin Al St-John, en voyou qui aime à venir embêter les clientes, et le chien Luke, un vrai cabot celui-ci, qui lui tient la dragée haute.

L'histoire est impossible à résumer, mais disons qu'on y voit Arbuckle faire de la cuisine qui ne donne pas envie d'être mangée, pêcher d'une façon inepte: il pêche au chien... et aussi, on y voit, moment fascinant, une danseuse se livrer à des simagrées inspirées manifestement autant de Cléopâtre (Versant Theda Bara, qui avait incarné la fatale reine dans un film de 1917) que de Salomé. Buster et Arbuckle, pris dans la danse, en font des tonnes pour notre plus grand plaisir... avant de s'attabler et de manger des spaghetti de toutes les façons les plus sales possibles...

C'est beau. C'est aussi un moment important dans la vie de Arbuckle et de Keaton, car ce dernier allait quitter le studio pour une dizaine de mois, et se rendre en France pour participer à l'effort de guerre. Il allait sérieusement manquer, et son retour serait fêté en conséquence...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Roscoe Arbuckle Al Dente
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 08:56

http://1.bp.blogspot.com/_wkMSc5DjQ18/TEh8lMA2T1I/AAAAAAAANU0/PsNfaKw41Lo/s1600/strong_man_poster.jpgThe strong man est généralement considéré comme le meilleur film d'Harry Langdon, et est même par certains côtés le seul classique du lot... Est-ce du à la contre-publicité orchestrée par Frank Capra autour du comédien, ou au fait que les cinéphiles réfractaires à Langdon y reconnaissent la patte du metteur en scène, dont c'était le premier long métrage? J'avoue ne pas me joindre à la foule qui applaudit le film, non qu'il soit mauvais, au contraire, mais je le trouve longuet et redondant... Après un Tramp tramp tramp très enlevé, avant un Long Pants plus court, celui-ci tend à se laisser aller, et au risque d'une fois de plus détruire l'image patiemment assemblée par Capra lui-même au fil des ans, je le trouve très Langdonien, peut-être même trop. Après tout, il avait d'une certaine manière, même en n'ayant jamais dirigé un film, plus d'expérience que Capra, et a sans doute précisément utilisé un metteur en scène débutant pour mieux contrôler la production.

Paul Bergot (Harry Langdon), un immigrant belge, se rend aux Etats-Unis pour y retrouver la trace de Mary Brown, la petite Américaine qui lui écrivait des lettres enflammées pendant la guerre, dans le cadre du soutien au moral des troupes. Il est venu avec un "strong man", un costaud de foire, et est engagé par un music-hall situé dans une petite ville en proie à une lutte entre les tenants de la distraction (Leur QG est le music-hall-salloon), et les bonnes gens regroupés autour du pasteur local (Dont la fille, aveugle, s'appelle ...Mary Brown).

C'est très léger, comme argument, et pas grand chose ne se passe de plus: un prologue situé en pleine guerre montre comment Zandow, le costaud, va se retrouver flanqué de Paul: il l'a capturé pendant la guerre... Un passage par Ellis Island permet à Langdon d'illustrer sa conception du gag "froid", avec un Harry Langdon qui déclenche une longue vague de bancs qui tombent les uns sur les autres, puis un petit interlude voit Paul chercher Mary Brown en demandant à des femmes dans la rue si elles sont sa dulcinée... Langdon est plus décalé que jamais, et le réalisateur multiplie les gags en longs plans, comme pour empêcher tout montage de réduire l'effet de lente maturation répétitive des gags. Le personnage de Mary Brown, fille de prédicateur (un vrai intolérant, il fait pourtant partie des braves gens dans ce film gentiment conservateur), est une sorte d'ancêtre de bien des personnages de Capra. Le film sera un succès, et permettra à Langdon de continuer avec la même équipe, avant d'opérer un changement de taille en devenant son propre metteur en scène...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Frank Capra Muet ** 1926
18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 08:03

Un nouveau puzzle dans l'univers de Mankiewicz, All about Eve est suffisamment connu pour qu'on n'ait pas à s'étendre sur son exceptionnel destin: ça a été un succès, il a obtenu l'Oscar du meilleur film, et c'est un indécrottable classique. Tant mieux: ce film exceptionnel est une vitrine fantastique pour l'oeuvre ambitieuse de son auteur. Mais la diversité des thèmes abordés, la  réussite de la narration particulièrement complexe, la réussite enfin de chaque scène en font le chef d'oeuvre, haut la main. L'histoire est celle d'une actrice, dont on apprend comment elle est arrivée jusqu'au firmament, en s'incrustant auprès d'une autre, et en manoeuvrant subtilement afin de devenir incontournable. il y sera question d'ambition au sens large, bien sur, de théâtre évidemment, du métier d'artsiste en général, et aussi, surtout, des femmes. on apprend à la faveur d'une scène que la jeune femme qui donne pourtant son titre au film ne s'appelle pas Eve, mais Gertrude... Le film aurait donc pu s'appeler All about Gertrude, mais il n'en est rien; Eve, donc: on ne va quand même pas imaginer que Mankiewicz a sélectionné ce prénom au hasard...

 

Une remise de prix, très solennelle, dont nous voyons le déroulement, pendant que la voix posée et polie de George Sanders commence la narration de ce film choral. L'énigme commence, tant sanders a le chic pour proférer des horreurs avec un ton d'une infinie politesse; c'était la personne idéale pour être le premier protagoniste de ce monologue à tiroirs avec le public. De fait, la scène de la cérémonie qui démarre le film assume le même rôle d'exposition des narrateurs que la scène de A letter to three wives durant laquelle les trois héroïnes se retrouvent à la rivière. Addison DeWitt, le critique dramatique interprété par Sanders, va donc expédier la présentation de la cérémonie, puis présenter les protagonistes qui vont de fait, pour certains, fournir les points de vue: Margo Channing, l'actrice; Max Fabian, le producteur; Bill, le metteur en scène; Lloyd, l'auteur dramatique; son épouse Karen, enfin, dont la belle voix (C'est Celeste Holm, qui interprétait l'énigmatique voix off de Addie Ross dans A letter to three wives) va commencer le jeu de massacre en racontant comment tout a commencé. mais contrairement à l'autre kaléïdoscope narratif, celui-ci n'a pas rangé les témoignages de façon bien propre, les uns à la suite des autres. non, les narrateurs s'insèrent au fur et à mesure, desinnant une histoire plus linéaire, et se passant le micro de façon imperceptible. ainsi, dans le premier segment lancé par Karen, celle-ci disparait à un moment de l'écran, devenant de fait incapable de transmettre son point de vue. La voix off qui la relaiera deveint celle de Margo, le personnage central de tout le film, interprétée comme chacun sait par Bette Davis, dans un de ces rôles-miroir dont Hollywood a parfois le secret... d'un autre côté, le film est de toute façon superbement dirigé et interprété par tous ses acteurs, davis, sanders, Holm et Baxter en tête...

 

Addison DeWitt: Wilder avait plus l'habitude que Mankiewucz de ces noms ouvragés, mais cette fois-ci la manipulation inhérente au patronyme est évidente: Wit, l'esprit au sens de capacité intellectuelle ET humoristique, cette qualité essentiellement Wildienne dont Sanders est l'évidente incarnation à Hollywood (Voir son Lord henry Wotton dans The picture of Doiian Gray de albert Lewin), est ici accompagné d'une allusion franchement directe (Addison) au personnage d'Addie Ross: de fait, DeWitt va être un personnage-clé de la manipulation dont il est question dans le film, prenant de plus en plus d'importance au fuir et à mesure que le film avance. Le film commence dans une atmosphère d'amitié très solide entre les protaginstes, mais l'arrivéé d'Eve va déclencher une série de coups fourrés. Donc il y a manipulation, et très ouvragée: Eve manipule, on s'en rend compte très vite, afin d'avancer sur son échiquier; Addison manipule, mais les bons amis eux-mêmes ne sont pas épargnés par la tentation: pour donner une bonne leçon à Margo, Karen va être amenée à manipuler son amie au profit d'Eve, elle aussi... Ainsi, le jardin d'Eden du début se voit-il contaminé par une Eve diabolique dont le tentateur serait plus ou moins Addison...

 

Cette assimilation biblique n'est commode qu'en surface, le propos de Mankiewicz n'étant pas de faire allusion à cette hypothèse peu crédible de la femme née de la côte de l'homme, encore moins de faire de cette mijaurée la représentante de l'éternel féminin. Non, si éternel féminin il y a, c'est dans l'assemblage entre les femmes du film qu'il sagit: à Eve et son insatiable ambition individualiste, viennent s'ajouter les frustrations de Margo qui a tout ce qu'elle pourrait avoir, mais souhaite désormais une vie rangée et pépère pourvu qu'elle ait l'homme qu'elle aime dedans; à ce titre, Mankiewicz a donné à Bette Davis de très belles répliques, mais aussi des petites phrases équivoques qui situent le débat sur le plan sensuel de temps à autre. On continue sur ce terrain avec Karen, l'amie à laquelle tout sourit ou du moins tout a souri depuis longtemps; sa solidarité qui la pousse à aider aussi bien Eve (c'est à elle qu'on doit la présence de la jeune femme auprès de Margo dans un premier temps, puisque karen l'a repérée attendant auprès de la loge, et l'a prise en pitié) que Margo, n'empêche pas la jeune femme d'avoir à se battre contre l'une de ces femmes lorsqu'ele menace de lui voler son mari. A ces trois femmes, viennent s'ajouter des portraits savoureux, de personnages secondaires: Birdie, la maquilleuse-confidente-femme de chambre de Margo, interprétée par Thelma Ritter, et Claudia, une starlette amenée par Addison à une party, interprétée par Marylin Monroe. Donc, All about Eve, c'est all about women... L'éternel féminin ne pouvait être confié à une seule femme, c'est la leçon de cette construction magistrale. La séquence finale, qui voit la jeune aspirante actrice dont le reflet est renvoyé par des miroirs multiples, reprend cette idée.

 

L'ambition a ses revers: c'est sur, Eve Harrington gravit les échelons très vite, et devient donc la meilleure, c'est la leçon de cette cérémonie dont Mankiewicz se plait à interrompre un plan (En faisant un arrêt sur image, dont le plan est litttéralement interompu dans osn déroulement) afin de faire clarifier l'historique par ses multiples narrateurs. Cette ambition a ses compromis, ceux prévus par la manipulatrice elle-même (en gros, jouer tous contre tous, et s'apprêter à apparaitre le moment venu comme l'odieuse manipulatrice qu'on est vraiment); tous ces moments durant lesquels Eve apparait au grand jour voient Anne Baxter assumer avec fierté sa duplicité... Mais il y a aussi des compromis inattendus, et à ce titre, Eve trouve en DeWitt un adversaire de poids. enfin, nous dit Mankiewicz, le final du film est très symbolique, qui donne à Eve une autre Eve, ce dont Dewitt peut témoigner. La continuité sera assurée... Mais si Eve a elle aussi une jeune ambitieuse dans les jambes, l'inévitable comparaison avec Margo fait qu'on peut finalement s'interroger sir le propre parcours de la star: on nous dit que Margo a en effet été sur les planches depuis l'age de quatre ans, mais quelles compromissions ont été nécessaires pour s'y maintenir? Le caractère essentiellement dictatorial de Bette Davis est l'un des indices d'une volonté de fer, pas si éloignée de celle de la jeune "Eve", oiseau tombé du nid, qui devient une louve au fur et à mesure du film. Mais l'humanité de Margo ressort dans son amour pour Bill, l'homme de sa vie... qui a huit ans de moins qu'elle. Combien de "Bill" a-t-elle eu dans sa vie?

 

Le théâtre est ici une métaphore pour tous les arts, et Mankiewicz rêgle de fait un peu ses comptes avec le cinéma. N'a-t-il pas fait de Max, le producteur, un homme qui est certes sympathique, mais présenté comme un béotien dont la motivation est avant tout pécunière? Mankiewicz utilise les antagonismes entre auteur dramatique (Lloyd) et metteur en scène (Bill), comme un homme qui a été dans les deux positions (Il gagnera d'ailleirs deux Oscars à ce titre pour ce film!!); il présente l'amour entre Margo et Bill comme indissociable de leur fonction d'actrice et vedette, et Eve ne s'y est pas trompée, puisqu'elle tente de séduire Bill avant d'entamer une courte relation avec Lloyd... nfin, les trois témoins que sont Birdie (Maquilleuse et ancienne actrice de vaudeville), Karen (Epouse de Lloyd) et Addison (Critique dramatique exigeant et impitoyable) finissent de dresser le portrait d'un métier, de ses coulisses, et d'une certaine façon de son public... Le fait que tout s'y rêgle par les conflits, manipulations et autres coups bas est évidemment à mettre sur le compte d'un maitre du réalisme éclairé, qui a mis beacuoup de lui-même dans le film, à commencer par le personnage de Sanders... ce n'est pas un hasard si celui-ci ouvre et ferme la narration, et se promène parfois au coté de starlettes évervélées: Mankiewicz connaissait bien toutes les possibilités offertes par le métier. En attendant, ce film lui a donné un sucès largement mérité, certaines possibilités de liberté à l'approche de la fin de son contrat avec la Fox, et ce film a donné au cinéma l'un de ses chefs-d'oeuvre absolus...

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz
17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 09:43

Impossible de comparer ce film tourné en 16mm à la sauvette, et disons, Etreintes brisées ou Volver... le premier long métrage d'Almodovar est une somme de transgressions et de provocations liées à un contexte évidemment encore marqué par la sortie du Franquisme, et est forcément marqué par l'engagement du réalisateur sur la scène avant-gardiste et punk d'Espagne en même temps que par son identité gay. Pour résumer, disons simplement que le film raconte plus ou moins les tribulations de Pepi (Carmen Maura), une jeune femme qui survit d'abord en vendant de l'herbe cultivée maison, et qui veut se venger du flic qui l'a violée (Il souhaitait faire payer le prix de son silence sur ses cultures un peu voyantes) en faisant asservir son épouse Luci par sa copine Bom, une chanteuse punk un peu dominatrice et Lesbienne sur les bords.... ouf! Le scénario réussit même à placer un changement phénoménal de carrière pour Pepi qui devient conceptrice de spots publicitaires, ce qui permet à Almodovar de céder à l'un de ses premiers péchés mignons en nous gratifiant d'un hallucinant faux spot pour un slip-miracle, du pire mauvais goût... Il continuera dans cette veine en se laissant aller de film en film à des séquences décalées, le plus souvent chantées.

L'homme est donc absent du titre, mais il est probable qu'il est à la base de tout: la vengeance qui donne un point de départ au film est basée sue le viol, Luci veut se venger de son mari et de sa propre frustration en allant se faire brutaliser ailleurs... Sinon, il y a un concours de longueur de quéquette, orchestré par Agustin Almodovar, le frère; beaucoup d'hommes dans le film sont homosexuels ou tangents, et le flic est un salopard de la pire espèce, anti-communiste, macho et brutal. Mais au milieu de ce fatras provocateur et franchement vain, on voit se dessiner un peu une sorte de fascination pour les atours (Certes flashy et de mauvais goût) et le vêtement comme mise en scène, en ces années de "paraître" pur: Carmen Maura change de toilette à chaque scène, et Almodovar la dirige déjà en star de tout ce cirque. Dans ce film assez franchement anecdotique, de cette fascination affichée pour l'actrice, il sortira bien quelque chose, non?

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar