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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 janvier 2025 4 02 /01 /janvier /2025 08:09

Vicenta (Musidora) est une jeune femme du Pays Basque, qui est séduite par le prince Morano... Elle s'imagine qu'il l'épousera et s'enfuit avec ui, mais d'une part il a d'autres chats à fouetter, notamment un mariage lucratif en vue, et d'autre part les gens du village décident de partir la chercher...

Il ne reste qu'une bobine de ce film, la deuxième: difficile à partir de là de le juger au delà de ces éléments qui n'invitent pas à imaginer un film très inventif, loin de là! Amenée à travailler en tant que réalisatrice, l'actrice fait ses gammes, aidée par quelques collègues, dont Jean, le frère aîné de Sacha Guitry.

Comme la plupart de ses réalisations, ce film (qui devait totaliser 5 bobines au départ) a été tourné entre Paris et le Pays Basque, que Musidora avaitélu comme son pays de coeur.

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Published by François Massarelli - dans Musidora Muet 1919
1 janvier 2025 3 01 /01 /janvier /2025 15:40

Herbert (John Williams) et Hermione (Isobel Elsom) Carpenter sont un couple d'anglais d'âge moyen, qui vivent une petite existence tranquille... Pendant que Madame prend soin, admirablement semble-t-il, de tout ce qui a trait à la vie de la maison, Monsieur s'affaire au sous-sol: il y creuse le sol afin dit-il d'y installer une cave à vin. Mais on comprend assez rapidement que le trou qu'il a creusé et qui selble lui convenir, devrait être en réalité pour contenir le corps de son épouse... Ils expliquent à leurs amis, lors d'une soirée, qu'ils vont passer un court séjour aux Etats-Unis, mais Hermione insiste sur ce point, elle a préparé une surprise pour son mari, et il est hors de question qu'ils ne soient pas de retour pour Noël...

En attendant, quand il se rend aux Etats-Unis, Herbert est seul, tranquille et particulièrement satisfait de sa solitude, au point de songer à s'installer de manière permanente...

C'est l'une des petites incursions Hictchcockiennes en terrain Britanniques, qui ont été assez peu fréquentes après 1940, mais toujours intéressantes. Le metteur en scène y fait appel à un acteur qui a participé à deux de ses longs métrages, Dial M for murder, et To catch a thief: John Williams a en lui une telle fobre Britannique, impossible de s'y tromper et de le prendre pour quoi que ce soit d'autre! Il incarne avec un flegme presque humoristique le brave type qui n'a qu'un seul défaut, celui d'être obsédé par la pensée de tuer son épouse...

Et la mise en scène, justement, se focalise sur cette obsession en nous en faisant complice: la soirée entre amis, avec toutes ces conversations (qui évidemment tournent toutes autour de la perfection de Hermione) semble entièrement tournée avec le cadre sur Herbert et son visage presque impassible ne trahit en rien sa désapprobation... sauf pour le spectateur qui désormais en sait assez pour imaginer qu'il pense exactement le contraire de tous ses amis sur son épouse!

Leçon de subtilité et de non-dits, célébration de la capacité qu'a la mise en scène de cinéma de construire sur presque rien, ce petit film de la série Alfred Hitchcock presents est un modèle du genre!

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Alfred Hitchcock presents TV
1 janvier 2025 3 01 /01 /janvier /2025 09:27

L'un des plus fameux films de Capra pré-It happened one night, le serait-il tout autant si Jean Harlow n'y interprétait pas un rôle de garce? Au passage, toute comparaison entre la même Harlow en 1931 chez Wellman (The public enemy) et chez Browning (The iron man) permet de constater soit que la dame apprend très vite, soit que Capra était un fabuleux directeur d'acteurs! Car elle est ici excellente de bout en bout...

Donc, dans une rédaction si typique d'un film du début des années 30, la star des reporters Stewart "Stew" Smith (Robert Williams) se voit confier une mission importante: récolter des informations sur le dernier scandale de la très respectable famille Schuyler. Une fois arrivé chez eux, ils essaient de faire jouer leur atout principal, la séduction de la petite dernière, Anne (Jean Harlow) mais le plumitif intraitable ne fera rien pour leur faire plaisir, et le journal publiera bien les informations. Seulement, il revient à la charge et séduit Anne... et le couple convole en juste noces lors d'un mariage éclair! Deuxième scandale, mais pas seulement pour les Schuyler: la jeune collègue de Stew, sa meilleure amie Gallagher (Loretta Young) le prend particulièrement mal... Mais l'arrivée de l'électron libre Stew chez les Schuyler va provoquer quelques tempêtes cocasses.

Evacuons de suite ce qui dérange le plus: Robert Williams. Il joue ici un rôle assez proche du style de journalistes que pouvait jouer Lee Tracy, qui généralement n'en faisait qu'à sa tête, et le fait de plonger ce zozo chez les Schuyler tendrait presque à nous les rendre sympathiques! Avec Stew, on est bien loin des Deeds et des Smith, dont la candeur serait un bon vecteur pour s'attirer la sympathie du public. D'ailleurs, il est intéressant de constater un certain nombre des ingrédients qui feront justement le succès de Deeds: une presse aux aguets, une famille bourgeoise sous investigation, des personnages manipulateurs, et un éléphant dans un magasin de porcelaine...

Le film est plus qu'un brouillon, d'abord parce qu'il anticipe joyeusement, sans jamais céder la place au drame (Contrairement aux films plus baroques que sont Ladies of leisure, Forbidden, ou The miracle woman), sur l'oeuvre future de Capra et sur ses thèmes de prédilection. Le scénario dû pour une large part à l'ami Robert Riskin fait la part belle aux dialogues qui font mouche, et il est construit sur une progression limpide et étanche. Et le metteur en scène a su choisir son rythme avec une assurance rare, en se ménageant des petites haltes comiques ou même absurde qui font toujours respirer le film... enfin, le film, deux ou trois ans avant, anticipe aussi sur tout un style dont Capra sera brièvement un maître, le temps d'un film mémorable, It happened one night: la screwball comedy.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Comédie Screwball comedy
30 décembre 2024 1 30 /12 /décembre /2024 21:58

Ce film court, réalisé pour la télévision par Hitchcock lui-même (qui conformément à la règle établie, interprète un prologue et un épilogue apposé pour la présentation à la télévision), est l'un des "épisodes" de la série Alfred Hitchcock presents. C'est le troisième de ces films qu'il a lui-même réalisés et il fait partie de la veine "absurde" de la série, un style totalement absent de son cinéma par ailleurs... Il est adapté d'un roman de l'auteur canadien Anthony Armstrong.

M. Pelham (Tom Ewell) est un cadre bien sous tous rapports, qui vit dans l'élégance et le luxe, et qui vit un cauchemar. Il s'en ouvre auprès de l'un de ses amis, nous permettant de voir, en flash-back, l'évolution de ses problèmes. Il a commencé par ne pas comprendre ce qu'il se passait quand certains de ses amis lui ont reproché de les avoir croisés sans les reconnaître. Puis il a constaté que ses amis, domestiques, et collaborateurs avaient eu affaire à lui EN SON ABSENCE... Il y a un double dans sa vie, et celle-ci est devenue un cauchemar, car M. Pelham ne sait comment reprendre le contrôle de son existence, qui manifestement lui échappe au profit d'un sosie.

Bien sûr, Tom Ewell n'est pas un inconnu, loin de là; cette même année, il est un mémorable quadragénaire atteint du démon de midi dans The seven year itch de Billy Wilder... Et ici, il joue à merveille le pauvre type auquel l'impossible arrive. Bon, évidemment, Hitchcock traite au premier degré cette histoire, dans une narration rigoureuse et parfois un peu trop redondante... On comprend longtemps avant le personnage ce qui lui arrive et le metteur en scène aime utiliser le cadre et le montage pour faire de la pédagogie. Mais cette histoire cruelle d'aliénation, après tout, se place dans une trajectoire qui contient d'autres films, The wrong man en tête, et les feux d'artifice que sont North by Northwest et Psycho.

Sinon, contrairement aux deux précédents films de la série qu'il a réalisés, celui-ci tend à montrer Hitchcock expérimentant hors des sentiers battus, comme on se dégourdit les jambes...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Alfred Hitchcock presents TV
30 décembre 2024 1 30 /12 /décembre /2024 21:38

Callew, un important homme d'affaires de Floride (Joseph Cotten) a récemment renvoyé un employé, Hubka (Forrest Stanley). Celui-ci le joint au téléphone pour contester son licenciement. La discussion tourne vite à vide entre l'employé qui demande du respect, et l'employeur qui oppose une volonté de fer, sans aucune considération pour la détresse de son interlocuteur.

Le même jour, il a un accident en roulant négligemment en voiture. Il est paralysé, totalement bloqué, mais parfaitement conscient... Pendant qu'il est coincé, des prisonniers évadés autour de lui pillent sa voiture pendant qu'il réalise qu'il n'a aucun moyen de se plaindre, de se faire entendre, et de se sortir de là où il est.

C'est le septième épisode de la série Alfred Hitchcock Présente, et le deuxième réalisé par le maître lui-même. Dès le départ, on sent la patte d'Hitchcock qui oppose à travers les plans disjoints montrant le patron et l'employé renvoyé au téléphone, deux hommes qui ont non seulement un contentieux personnel, mais qui ont aussi une façon radicalement différente de voir les choses... ce que va subir Callew est une façon comme une autre d'ouvrir les yeux, et subissant l'horreur, l'indignité et l'humiliation à son tour.

La voix off sera le principal lien de Callew avec le spectateur, Joseph Cotten passant une bonne moitié du film sans bouger, la tête coincée sur le volant!

Une certaine façon de présenter le monde vu par le conducteur qui ne sait pas qu'il va subir un accident, renvoie à l'univers décalé expérimenté par Marion Crane dans Psycho, où le moindre plan d'un policier devient une trace d'un cauchemar qui prendra tout son sens quelques heures plus tard. On a souvent, Hitchcock le premier, relié ces films de 20 minutes réalisés pour la télévision à ses oeuvres ambitieuses des années 60. C'est une évidence... Il a trouvé dans cette série et ses contributions une façon de redéfinir son style.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Alfred Hitchcock presents TV
30 décembre 2024 1 30 /12 /décembre /2024 21:11

En Californie, un parc pour caravanes comme il en existe des milliers aux Etats-Unis... dans l'une de ces caravanes, un homme (Ralph Meeker) se lève, et alors que son épouse continue à dormir, s'apprête à partir travailler. Ils sont adorables, de vrais tourtereaux, et Madame aimerait beaucoup partager sa grasse matinée, mais le devoir appelle Monsieur...

Elle reste donc seule pendant qu'il se rend à l'usine, et s'apprête à cuisiner un peu... Mais d'abord elle bronze.

Quand Monsieur revient, il a la surprise de découvrir son épouse évanouie, un gâteau en train de brûler dans le four. En état de chocc, la jeune femme a été attaquée par un homme. Le mari prend une décision radicale: il va trouver l'homme et venger son épouse.

C'est le premier épisode de la série Alfred Hitchcock présente. Il ne me semble pas pertinent ici de se poser la question de la motivation de la chaîne qui a commandité cette série, si ce n'est en constatant que le nom du metteur en scène et producteur le plus célèbre de son temps y est particulièrement mis en valeur... Le pari est pour cette série, dont Hitchcock ne fut évidemment pas le seul réalisateur, loin s'en faut, était de traduire pour la télévision l'esprit si particulier de la filmographie du maître, tout en permettant de chercher à capitaliser sur l'impression du oublic le concernant: on a à cette époque une impression du réalisateur comme étant le maître du frisson, du bizarre et du tordu.

C'est aussi et surtout, il l'a suffisamment montré, un maître du sordide quotidien, de la criminalité tellement ordinaire qu'elle concerne votre voisin de palier, et des situations extrêmes qui se développent au foyer... Avec ce premier épisode d'une série appelée à rencontrer un immense succès, il frappe très fort, là où ça fait vraiment mal, et réussit l'impossible, en développant en 25 minutes pour la télévision une histoire adulte de vengeance crapuleuse qui part d'un viol. Un petit film qui s'inscrit en plein dans son oeuvre, et lui permet de travailler avec une actrice qu'il n'allait pas tarder à admirer, Vera Miles, celle dont il aurait bien fait sa deuxième Grace Kelly.

Son premier effort dans la série lui permet de passer d'un extrême à l'autre en situant dans un endroit idyllique, à travers le bonheur doucereux d'un gentil couple, l'irruption de l'horreur et de la criminalité la plus inattendue. Il y montre le mécanisme du soupçon et de l'erreur, du jugement hâtif, et de l'effet de la carpulerie sur les gens faibles, en opposant les gens ordinaires aux policiers. En tant que tel, c'est presque une synthèse de toute son oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock TV Alfred Hitchcock presents
30 décembre 2024 1 30 /12 /décembre /2024 14:04

Les services secrets sont en émoi: des agents ont disparu lors de diverses missions en Afrique, en enquêtant sur les agissements de trafiquants qui occupent un temple situé en pleine jungle impénétrable... Un temple qui, dit-on, recèle aussi l'accès à un mythique trésor, mais qui semble gardé par toute une ménagerie (Lions, singes, dinosaures, et Boris Karloff!). On demande donc à un as, Trent (Walter Miller), de se rendre sur place et de régler le problème. Ce qu'il fait, mais... il n'est pas le seul à s'intéresser à ce temple, puisque la belle Diana Martin (Jacqueline Logan) y cherche son père...

Quelle salade, pensez-vous probablement. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que le film est en prime un serial en dix épisodes, qui me semble plus que de coutume faire du sur-place de manière systématique. C'est un film qui a un titre de gloire et un seul: celui d'avoir été le premier serial Américain sonore (grâce à l'introduction parfois forcée du son, à travers des scènes dialoguées, souvent redondantes, dans chacun des dix épisodes... Pour le reste, c'est du muet.

Totalement insipide, l'intrigue n'a aucun sens ni aucune cohérence, et les épices (attaques de fauves, répétitives, dinosaure en carton, et gorille qui est probablement Charles Gemora en peau de bête, comme d'habitude) semblent avoir été saupoudrées de manière à structurer un film sans vrai enjeu. Le seul vrai intérêt, c'est sans doute de présenter Boris Karloff avant Frankenstein... Voici en tout cas ce que faisait Richard Thorpe avant de devenir le réalisateur à tout faire de la MGM...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 ** Muet Richard Thorpe
30 décembre 2024 1 30 /12 /décembre /2024 11:00

Charlotte (Sandrine Kiberlain) et Simon (Vincent Macaigne) se rencontrent après s'être embrassés dans une soirée. Il est marié, elle est libre... L'envie de l'une et les prétentions de l'autre sont harmonisées: elle veut une histoire simple, en surface, au gré des envies. Il prétend que c'est le cas, mais... il en est incapable.

Leur relation dure, et les rencontres se succèdent: parcs, à l'écart des yeux, cafés, puis chambres d'hôtel.

Mais comme la relation dire, Charlotte désire la pimenter, et suggère de faire appel à une autre femme...

'Tu es sûr que tu ne dis pas tout ça pour t'arranger avec ta conscience?" demande à un moment Charlotte à Simon...Ce qui apparaît très vite, dans des dialogues omniprésents et même envahissants, c'est à quel point ils sont un couple mal assorti, et surtout ils ne voient pas les choses de la même manière: Charlotte est totalement investie dans la légèreté de sa relation, mais Simon n'en croit pas un mot... Chaque phrase, chaque geste esquissé, chaque hésitation le trahit. Il l'aime ou en tout cas il ne peut en aucun cas se contenter d'un tel rapport entre eux.

Ca va même plus loin: ce type est extrêmement énervant, tellement il semble incapable de réprimer le trouble qui l'envahit en permanence. C'en est glauque... Il y a un peu d'Emmanuel Mouret en lui, d'ailleurs, on aurait très bien imaginé le personnage interprété par le metteur en scène. Aurait-il été convaincant?

Ca prend une tournure bien différente quand les deux amants font appel à une jeune femme, Louise (Georgia Scalliet), à travers un site de rencontres. Au lieu de tourner en rond à deux, ils tournent désormais en rond à trois! L'intérêt s'éveille un brin devant la gêne de tout ce petit monde pour le premier rendez-vous à trois. Puis ça retombe inexorablement.

Le film maintient de façon très rigoureuse une distance, notamment avec la réalité des actes, en ne se livrant jamais à la débauche (nudité, sexe explicie sont absents), mais se vautre à mon sens dans les grandes largeurs en laissant libre cours au dialogue, voire à la logorrhée... Et on y multiplie les rencontres dans les librairies, les plans de bibliothèques richement fournies... Au secours. La malédiction du cinéma Français. Quels que soient ses efforts (et elle en fait!) Sandrine Kiberlain ne parvient pas à sauver le film de ce sentiment d'inintérêt total.

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Published by François Massarelli - dans Emmanuel Mouret Sandrine Kiberlain
29 décembre 2024 7 29 /12 /décembre /2024 18:03

La vie de Sarah Bernhardt? Non, justement: le film commence en 1915, quand elle avait 71 ans, et qu'elle courait un peu après sa propre image. Elle devait prendre une décision qu'elle ne pouvait souligner qu'avec panache: se faire amputer d'une jambe, ce qui n'allait pas l'empêcher de poursuivre son métier jusqu'à 1921... Face au jeune sacha Guitry, la Divine raconte en flash-back les mésaventures du père de ce dernier, Lucien Guitry, un immense acteur qui fut sans doute l'amour de sa vie, et la façon dont la trahison s'est immiscée entre eux...

Le film commence et finit sur des images de la vraie Sarah Bernhardt, dont je ne sais pas si comme c'est le cas dans le film, elle était au courant du concept de "star"... Mais le fait est qu'elle en a inventé les contours, en adoptant en son temps, dans une carrière marquée de coups d'éclats, une attitude de provocation permanente, habitant le tout-Paris et le tout-théâtre (et même au-delà, elle qui a si l'on suit le film côtoyé Zola ou Rostand): Sandrine Kiberlain se jette dans le rôle avec une gourmandise sans limites, pour en faire un personnage qui semble incarner à elle toute seule les possibles paradoxaux d'une femme de cette époque, corsettée (mais Sarah a jeté le corset aux orties), assujettie (Pas Sarah, qui elle assujettit les hommes et les femmes, les amants, les amis et les conquêtes de passage), limitée dans ses choix (pas elle qui fait ce qu'elle veut), dévouée à un homme (définitivement pas Sarah)... Elle est le centre du monde en quelque sorte et l'assume pleinement.

Plus large que la vie, selon l'expression anglo-saxonne consacrée, cette Sarah Bernhardt nous apparaît comme un personnage précurseur, mais il est paradoxal qu'on ne verra jamais en actrice, à l'exception de la scène d'ouverture qui montre Bernhardt et Guitry dans la scène de fin de La dame aux Camélias, l'adaptation par Dumas fils de son propre roman (C'est en 1896 que Sarah Bernhardt a repris la pièce). Non, le film s'intéresse plus à l'image d'une femme qui est certes connue, mais plus comme une icône par principe, que pour ses audaces de théâtre. Si vous voulez en savoir plus sur la femme de théâtre, ce n'est pas ce film qui vous en apprendra beaucoup, ce qui peut être vu comme une limite du film. 

Mais il n'y a pas ici d'audace, pas plus que de biopic, juste un rappel plaisant et fort bien interprété, filmé à mon goût un peu trop près des personnages pour être totalement convaincant. Un film qui rend hommage à quelqu'un qui a sans doute été proprement et simplement oubliée, dont l'art s'est éteint il y a fort longtemps, et qui déjà durant cette guerre mondiale qui forme le contexte des premières scènes, était une survivante du passé... Ce qui en faisait finalement une bien intrigante icône féministe, ce qu'elle est assurément.

 

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Published by François Massarelli - dans Sandrine Kiberlain
29 décembre 2024 7 29 /12 /décembre /2024 09:58

The trouble with Harry, ou... Le problème avec Harry, c'est qu'il encombre yout le monde, mais Hitchcock n'en a cure.

Pour révéler l'étrange humanité des habitants d'un petit coin tranquille du Vermont (Discrètement appelé Highwater, ce qui me fait irrésistiblement penser à une phrase parfois utilisée pour parler d'un cas de force majeure: "come hell or high water". Ce qui associe automatiquement de façon langagière le nom de la ville à une possible alternative à l'enfer...), Hitchcock, inspiré par un roman du même nom de Jack Trevor Story, leur balance dans les jambes un cadavre. Découvert par les uns et les autres, il est bien vite revendiqué par son épouse, la jeune Jennifer Rogers qu'il a abandonnée, et qui lui a donné un coup lorsqu'il lui a rendu visite le jour même; le Capitaine Wiles, un retraité un peu braconnier sur les bords, a quant à lui tiré trois coups de feu, et pense avoir tué Harry; enfin, sa voisine mademoiselle Gravely a vaillamment combattu pour son honneur lorsque Harry déboussolé (Ivre? Sonné par le coup porté par Jennifer?) a tenté de l'emmener dans un buisson... Comme le tire Français, on peut donc s'amuser à poser la question: Mais qui a tué Harry?

Et pourtant, ce film n'a rien d'un whodunit. On assiste surtout à un jeu de chat et de souris entre les braves gens nommés ci-dessus (Aidés par Sam Marlow, un peintre raté qui vit lui aussi sur ces lieux idylliques) d'un côté, et le représentant de la loi, un deputy Sheriff pas très futé, du nom de Calvin Wiggs. Si Hitchcock s'amuse à nous rappeler le crime en nous montrant souvent le corps de Harry, c'est que les gens qui le revendiquent collectivement sont obligés pour une raison ou l'autre de l'enterrer et de le déterrer constamment. Et le corps de Harry, vu le plus souvent par la base, c'est à dire les pieds, devient de plus en plus encombrant au fur et à mesure que la journée passe...

Le film a été boudé par le public, qui attendait un autre genre de frisson, et c'est bien dommage, tant cette histoire de cadavre récalcitrant est séduisante par son humour noir, et la mise en scène en mode mineur de Hitchcock qui s'amuse à nous donner à voir le meurtre sous un autre angle: comme parie intégrante, en fait, de la vie: à la vérité, tous semblent avoir une bonne raison d'avoir tué l'encombrant Harry, qui est parfois plaint, mais du bout des lèvres, par ceux qui doivent s'en débarrasser. Et le fait que les quatre protagonistes s'apprêtent au terme de cette journée à former deux couples leur fait trouver de nouvelles raisons...

Mais on peut se pencher sur ce film qui s'amuse à triturer la morale, et constater que dès le départ, Hitchcock cadre (Pour les deux premiers plans du film) une église, flambant neuve et toute de blanc, qui est probablement le centre du village. On ne la verra plus, car tout ce qu'on verra, même si c'est en mode mineur, est du péché. Et ça va assez loin, car une bonne partie des dix commandements s'en prennent dans la figure: le Capitaine a des vues sur Miss Gravely, et braconne, ce qui fait automatiquement de lui un pécheur, qui convoite les biens d'autrui. Miss Gravely sélectionnant "une tasse pour une main masculine" fait dans la métaphore, et semble s'intéresser au péché de chair. Sam et Jennifer sont au bord de l'adultère, puisqu'elle est veuve (Deux fois!). Le fiston de Jennifer semble vivre sa vie à l'écart des adultes, une section qui est aussi couverte par les dix commandements: Tu honoreras ton père et ta mère! Enfin, le meurtre, ou sa revendication, est bien entendue couvert, sans compter que de tous ces gens, pas un ne semble avoir une pensée émue pour le défunt. Bref, pour le Catholique Hitchcock, qui ne semble d'ailleurs pas s'en plaindre, ce film offre un échantillon particulièrement représentatif de pêcheurs patentés.

Hitchcock nous livre avec ce film aux couleurs automnales magnifiques, situé dans un des plus bucoliques endroits des Etats-Unis, un film profondément noir, mais en bon Britannique, il assène sa soupe au vitriol avec une histoire au charme certain, aux dialogues décalés marqués d'un humour à froid, qui a détourné les spectateurs des salles, ce qui est dommage. En tout cas, ce film noir déguisé en bonbon a fini par atteindre un statut de classique paradoxal, bien mérité à mon humble avis. Et Hitchcock a quand même permis au pauvre Harry d'avoir son mot à dire: en jouant à trois reprises avec une porte qui s'ouvre intempestivement, en nous montrant jusqu'à l'ombre des grands pieds tous raides, il lui autorise à hanter le film... C'est bien le moins.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock