La vie de Paul McCartney, après la décision d'annoncer la fin du groupe dont il faisait partie... Et comment du chaos total dans lequel il s'est trouvé en 1970 (accusé de toutes parts d'être le principal fautif de la fin des Beatles, généralement à tort, avec ses trois camarades manipulés par un avocat malhonnête qui avait décidé d'avoir sa peau, et une presse généralement sceptique et rigolarde...), il a pris un certain nombre de décisions pour revenir sans se contenter d'être un ancien Beatle.
C'est détaillé, complet, évidemment sous contrôle: Paul est le principal narrateur, même si apparemment sa contribution est celle d'un témoin privilégié... Le film s'efforce en effet de montrer sans fioritures les galères (oui, on en a même si est Paul: comment monter un autre groupe quand on a fait partie des Beatles? Les autres, après tout, ne s'y sont pas risqué), les moments gênants (Paul en vedette d'un show télévision du pire kitsch en 1972), les grands moments (la sortie de Band on the run) et bon an mal an, on finit par se rappeler que même si on oublie les Beatles, le maître d'oeuvre de Wings reste un artiste exceptionnel. Oui, il était extrêmement riche, et l'est toujours. Oui, il restait une superstar quoi qu'il fasse (et il l'admet d'ailleurs, il est sans doute la personne du métier à laquelle il est le plus difficile de dire non, voire de dire "Paul, c'est nul!")... N'empêche, sa présence en tant que membre et chef des Wings dans les années 70 est indéniable, et le place au sommet de la décennie, paradoxalement. Tout en faisant un outsider, qui a su rester à l'écart de presque tout ce qui a défini la décennie: rock prog, glam rock, puis le punk...
Appuyé par un ensemble d'images d'archives d'une exceptionnelle qualité, supervisé sans doute par Paul lui-même, qui avait sans doute une forte envie de partager ces moments de son passé, avec Linda, le film (parsemé de références à des fantômes, car le temps est cruel: John, Linda, Denny Laine...) est de toute façon joué d'avance: si vous avez décidé une bonne fois pour toutes que Paul était le méchant des Beatles, alors il vous agacera. Moi qui pense que ce n'était pas lui (faut-il compléter? Non), je vous le dis: c'est un documentaire passionnant, souvent émouvant,
...et faut-il le rappeler: Paul McCartney, n'est-ce pas celui qui a composé et enregistré en compagnie de son groupe Wings, ou en solo, Maybe I'm amazed, My love, Live and let die, Band on the run, Mrs vandebilt, Listen to what the man said, Let 'em in, Silly love songs, et il a aussi accessoirement interprété de façon particulièrement appropriée toutes les chansons qu'il voulait de sa vie d'avant, sans que ce soit en aucun cas douloureux ou gênant.
C'est en voyageant, dans un compartment de train plus précisément, que le Docteur Hunt Bailey (George Brent) met le premier pas dans ce qui va être une bien curieuse expérience: il rencontre, en effet, une bien curieuse et un rien excentrique personne, Cissie Bedereaux (Olive Blakeney)... Mais quelques temps plus tard il apprend sa mort, ce qui l'intrigue. Il rencontre le frère de Cissie, Nick (Paul Lukas), et surtout son épouse, Allida (Hedy Lamarr), dont la beauté le fascine. Mais Nick lui annonce que son épouse est folle...
Tout concourt, au début du film, lors de ce voyage en train qui a demandé des efforts conséquents à la RKO, à donner l'impression que l'on va assister à un film fantastique, comme l'étaient les trois précédents films de Tourneur pour la compagnie... Il a fallu recréer de toutes pièces une tempête de neige qui semble nous indiquer, au-delà de la politesse et de la chaleur simple des échanges entre Brent et sa partenaire, que des forces obscures vont se manifester! Et le film entier, en réalité, fonctionne de cette façon.
Pourtant, rien dans ce film, au final, ne sera fantastique au sens propre. Une histoire de possession? Tout du moins un mari jaloux qui transcrit ses propres névroses dans la possession de son épouse, en lui refusant d'exister à part entière par la manipulation mentale. ...ce qui renvoie bien sûr à Gaslight, de Thorold Dickinson, et son remake Hollywoodien effectié à la MGM par George Cukor. Si ce dernier (Avec Joseph Cotten et Ingrid Bergman) sort la même année que ce film, la version Britannique date effectivement de 1940, et peut à mon sens avoir été à l'origine d'un certain nombre d'oeuvres sous influence, dont ce film! Après tout, même Suspicion, de Hitchcock, lui doit un peu quelque chose...
Cela reste quand même un film moindre: l'histoire est bien sûr prenante, les acteurs compétents, mais d'une part George Brent se fait écraser à plate couture par Paul Lukas, et l'ensemble de la mise en scène semble parfois se dissocier du film comme pour nous indiquer qu'il y avait d'autres choses à voir... Amusant de voir que ce qui semble le plus coller au film est ce qui le détache de la réalité: des passages filmés, joués mais muets, dans lesquels un narrateur semble donner du sens aux images, comme dans les splendides courts métrages semi-documentaires que le metteur en scène avait effectué à la MGM dans les années 30... Des choix de mise en scène qui placent parfois le film dans une sorte de baroque légèrement décalé, bien dans la manière de Tourneur...
Tom poursuit Jerry, encouragé par Mammy Two-Shoes: pour l'aider celle-ci tente d'attaquer la souris avec un balai, et donne un coup particulièrement bien asséné... au chat. Celui-ci en devient amnésique et se prend pour une souris... Ce que Jerry va moyennement apprécier, puisque même en souris, Tom n'est pas partageur. Jerry mais aussi Mammy-Two-Shoes tentent donc, chacun de son côté, de redonner le sens de la vie à Tom, ce qui passe inévitablement par des coups sur la tête...
De la violence, donc, beaucoup de violence: on est bien chez Tom et Jerry! C'est loufoque au possible, et ça a l'énorme avantage, outre d'être un film "convenablement dingo", selon la formule de feu Boris Vian, d'être unique en son genre... La logique implacable de la série est respectée jusqu'au bout, et on admirera la fin ouverte...
Tom et Jerry, en pleine poursuite comme d'habitude, vont croiser le chien Butch et son petit qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, et ça ne va pas se passer très bien pour Tom... Butch fait savoir qu'il est interdit de toucher à son fils.
C'est un canevas assez récurrent, dans lequel Jerry est amené, soit à chercher protection auprès des deux chiens, soit comme ici à laisser faire la nature, la malchance de Tom et surtout l'agressivité méthodique du chien! Un passage hilarant montre Tom qui se retrouve avec le chiot, qu'il camoufle en le faisant passer pour une poule...
Sinon, le film est tellement salissant, qu'il se finira pour Tom dans une machine à laver...
Tom est un naufragé solitaire, et il commence à souffrir de la chaleur, d'épuisement, et surtout de faim. Il aborde une île, et il y découvre... un Jerry-Vendredi, dont il ferait bien son dîner. Mais la souris, pour se défendre, décide de se faire passer pour une souris sauvage et cannibale... Sans savoir que l'île est habitée par une tribu d'hommes de petite taille, qui ont sérieusement les crocs...
On ne va pas s'étonner trop de ne pas l'avoir beaucoup vu ces dernières années, celui-ci: l'occurrence de Jerry en black face (voire black body), les clichés délirants sur les tribus cannibales (l'os dans les cheveux, le pagne, et la syntaxe défaillante: "Cat Barbecue") garantissaient apriori à ce film foutraque et décérébré d'être enfermé à double tour dans un purgatoire conséquent... Mais est-il drôle?
Produit par la compagnie Thanhouser, qu'on n'en finit pas de redécouvrir, ce petit film est un témoignage des liens parfois inattendus entre les compagnies de l'avant-Hollywood (ce film est fermement ancré à l'Est!) et les industries de l'époque... Il raconte l'immigration d'un homme d'Europe de l'Est, qui rejoint son frère aux Etats-Unis...
L'homme, Bela, vit chez ses parents, où il les aide à travailler la terre dans un oayx qui pourrait aussi bien être Hongrois que Tchèque, au vu de certains des langages qui sont présents sous une forme ou sous une autre dans l'environnement des héros! Peu importe d'ailleurs, car ce qui compte c'est qu'il accepte l'invitation de son frère qui est déjà parti pour les Etats-Unis. Il passe, bien sûr, par Ellis Island, et une fois enrôlé dans l'industrie, il s'émerveille de la belle vie qui est la sienne...
Bien sûr que c'est une forme sans ambiguité de propagande, sponsorisée par des nombreuses associations, corporations et probablement directement de patrons eux-mêmes, désireux de recruter parmi les forces vives des pays Européens, et il faut bien dire que dans la première scène, ces Tchèques ou Hongrois ont bien l'air à la peine. Le film offre un raccourci de la vie de nombreux immigrants, mais omet de rappeler que le rêve Américain qu'il nous présente... est un rêve. Etun rêve on peut toujours le faire toutes les nuits, ce n'est pas pour autant qu'il se réalisera.
Ce petit film pourtant ne manque pas de charme, en proposant en particulier des vues volées de Ellis Island, où le héros incarné par Harry Benham se mêle aux authentiques immigrants. D'une certaine manière, ce film un peu naïf anticipe sur un étrange film raté de King Vidor, An American Romance...
Quand on voit ce film, il est souvent trompeur: une boucle d'environ 50 secondes (ce qui pour l'époque de tournage serait une durée tout à fait appropriée) tourne en effet sur Youtube, alors qu'il ne subsiste de ces 20 mètres (la durée originale, environ une minute) que... 5 secondes.
Pas de quoi pavoiser, alors? Ca dépend: certes, on préfèrerait retrouver un film de Méliès dans toute sa durée, et si possible en bien meilleur état! Ici, c'est clairement une copie de copie, un fragment dont on se demande d'ailleurs comment il a bien pu être sauvegardé! Oui, mais...
Ces quelques secondes de film sont parmi les plus émouvantes qu'on pouvait trouver. Car si on avait bien réussi à conserver et préserver le film numéroté symboliquement 1 des catalogues de la Star-film (Une partie de cartes), on ne possédait pas le deuxième. Et ce deuxième film est la première incursion de Georges Méliès, cinéaste, dans l'univers de Georges Méliès, prestidigitateur...
On y voit donc le facétieux maître de cérémonie, prétendant être en plein exercice de ses fonctions de magicien, alors qu'il n'a recours qu'à la magie du cinéma. Et il avait déjà compris que pour manipuler le regard des spectateurs, les films, il n'y avait que ça de vrai...
L'historienne Lotte Eisner a longtemps été la principale autorité sur tout ce qui concerne le cinéma Allemand, mais ça, c'était avant: avant qu'on puisse disposer de certains films à la maison. Il me semble que l'oeuvre de sa vie a été de réécrire l'histoire glorieuse de Fritz Lang, à la lumière de ses souvenirs sur les films eux-mêmes, de ce que Lang en a dit, mais aussi d'un parti-pris malhonnête, qui lui a fait constamment prendre parti pour le metteur en scène de Metropolis contre celui de Nosferatu, car s'il y a un réalisateur qu'Eisner ne pouvait pas encadrer, c'est clair à la lecture de ses livres qu'il s'agit bien de Murnau. Quoi qu'il en soit, la thèse quasi officielle sur ce film, le dernier réalisé en Allemagne avant son exil Californien (en passant par Paris) par Lang, est qu'il s'agit d'une oeuvre géniale et anti-nazie, totalement visionnaire, dans laquelle Lang aurait mis les mots d'Hitler dans la bouche d'un fou criminel... Ce qui est faux. Car si le film est visionnaire, c'est qu'il anticipe sur le chaos, sans jamais en nommer les responsables, comme dans M et dans le Mabuse de 1922.
On passe sur les mensonges du cinéaste, qui se représente quasiment poursuivi par les sbires de Goebbels à la suite d'une entrevue avec le chef de la propagande d'Hitler: c'est vrai que Goebbels qui admirait Lang, et n'aimait pas du tout son dernier film, a néanmoins proposé au metteur en scène de prendre en mains la destinée du cinéma Allemand. C'est également vrai que Lang, décontenancé, n'a pas su quoi lui dire. C'est toujours aussi authentique que le metteur en scène est alors parti aux Etats-Unis, laissant derrière lui un risque sérieux lié à ses propres origines, mais aussi ses amis Thea Von Harbou et Rudolf Klein-Rogge, qui eux allaient se comporter en bons petits Allemands bien comme il faut dans les douze années à venir. Mais l'entrevue et la fuite n'ont pas eu lieu, comme le prétend le metteur en scène, le même jour, ni d'ailleurs la même semaine; le processus de départ s'est étalé dans le temps, sur plusieurs semaines. Ce qui est vrai en revanche, c'est que Seymour Nebenzal, de Nero Films, a bien laissé carte blanche en 1932 à Lang pour réaliser un film qui serait la suite de Dr Mabuse Der Spieler, son film emblématique de 1922; et pendant ce temps, l'auteur des romans d'origine Norbert Jacques devait lui aussi broder sur les mêmes idées que Lang et sa scénariste Thea Von Harbou, pour un "Testament" qui est parait-il fortement éloigné du film...
Dans ce film, on suit des péripéties autour de la découverte d'une mystérieuse bande de bandits au chef mystérieux, et de leur impressionnante faculté à déjouer les plans de la police. Lang et Von Harbou orchestrent leur intrigue autour d'un certain nombre d'éléments: la tentative de fuite d'un ancien policier (Karl Meixner) qui souhaite se réhabiliter, mais qui craint pour sa vie d'autant qu'il connait, lui l'identité du maître du crime; les aventures d'un bandit amoureux (Gustav Diessl) qui souhaite s'en sortir, mais va avoir du mal à rejoindre sa petite amie; la façon dont le commissaire Lohmann (Otto Wernicke) mène l'enquête à partir d'un puzzle... Le tout étant saupoudré de scènes liées au professeur Baum (Oscar Beregi), le directeur de l'institution mentale dans laquelle le criminel Dr Mabuse (Rudolf Klein-Rogge), a été enfermé lors de son arrestation. Baum, fasciné par le Docteur, prétend que les papiers que le criminel fou noircit jour après jour, sont le secret de son esprit...
A partir de ces éléments en apparence disjoints, Lang organise une histoire à l'unité indéniable, grâce en particulier au truc qu'il affectionnait tant depuis Mabuse: créer un lien entre deux scènes, deux espaces, deux séries de personnages en apparence sans rapports entre eux, par la simple grâce d'un mot, d'un geste, d'un montage précis. Chaque fois qu'nu personnage demande "qui est derrière tout ça?", le plan suivant nous répond. dans ces conditions, bien sûr, il est difficile de ne pas voir très vite qui est réellement derrière tous ces crimes, mais Lang, toujours dans la lignée de son maître Feuillade, n'est pas là pour l'énigme, plus pour le frisson du suspense, et bien sûr l'écheveau d'images, de signes qu'est son film. Il prend un plaisir évident à réaliser une oeuvre totalement distrayante, à la mise en scène parfaite... Sans pour autant, bien entendu, se contenter de réaliser un film de genre.
Les nazis ont interdit ce film: est-ce uniquement parce qu'il avait été produit par Nebenzal, ou y ont-ils vu les éléments dont Eisner prétendait qu'ils faisaient l'intérêt du film? Je pense que la vérité serait entre les deux: il n'y a finalement pas, dans ce film pas plus que dans M, du reste, de référence directe aux nazis, juste une atmosphère particulière: comme dans M, on nous montre une Allemagne en proie à la crise, mais dans laquelle la vie continue, et le commissaire Lohmann, limier fin mais débonnaire, a surtout envie qu'un jour on puisse le laisser aller au spectacle sans l'embêter avec un crime ou un cambriolage... Mais dans l'ombre, un criminel tisse une toile inquiétante, et d'une façon d'autant plus effrayante qu'il semble n'en rien retirer d'autre que le chaos. Au Mabuse de 1922, qui assurait sa toute puissance en s'installant dans l'esprit de chacun par l'hypnose, mais devenait riche au passage, le Mabuse de 1933 est plus ambigu encore. Les bandits le demandent, d'ailleurs: pourquoi on fait tout ça si ce n'est pour avoir de l'argent?
Visait-il le nazisme, ou tout simplement voulait-il s'en prendre au mal dans toute son acceptation? Lang avait déjà fait en 1922 le portrait d'une Allemagne malade, qui se jette dans les bras ouverts d'une classe de profiteurs, qui gangrenait déjà toutes les couches de la société: policiers comme bandits y portaient les mêmes smokings. L'Allemagne de 1933, nous dit-il, est encore plus malade, et il met en garde de façon assez claire les gens sans conscience, les hommes trop faibles (Baum qui va être "envahi" par l'étrange prose de Mabuse) comme les quidams qui vivent leur vie sans se soucier des autres (n'as-tu pas un chèque tous les mois? Alors de quoi te plains-tu?): son film est un étrange conte, d'ailleurs, dans lequel tout revient sans cesse au point de départ, à un message qu'on a empêché un homme de délivrer à la troisième minute, qu'il réussit finalement à donner à son destinataire à la fin. Une sorte de boucle sans queue ni tête, presque, dont les scènes se succèdent par la grâce de liens logiques, mais aucun de ces liens n'est vraiment chronologiques...
...Sauf l'histoire de Lilli et Kent: ils sont bien mignons, d'ailleurs, ces deux-là. Mais si Lang les a intégrés à son histoire, c'est qu'il a décidé de donner du suspense à son public, à travers une formidable scène de tension dramatique. Car la très bonne nouvelle, c'est que si Lang est un cinéaste inquiet, désireux d'éveiller le public à son malaise, sans pour autant pointer du doigt vers le ou les responsables, il le fait avec génie, à travers une histoire riche en péripéties: poursuites, explosions, mystère garanti. Et il le fait aussi pour la dernière fois, car après ce film, Lang ne fera plus un seul film en totale liberté. Ni en France, ni aux Etats-unis, ni en Allemagne (où il ne tournera d'ailleurs que deux films d'une platitude affligeante, si vous me demandez mon avis)... Dans ces conditions, je pense qu'il était pertinent pour le metteur en scène de faire appel à Otto Wernicke, le commissaire de M: il lui permettait de faire se rejoindre son chef d'oeuvre formel de 1931, et sa grande fresque de 1922, en une seule et même oeuvre à tiroirs.
Seule une poignée de films parmi les dizaines qu'il a réaliés au tout début de sa carrière de cinéaste (qui n'était pas loin s'en faut sa première carrière et encore moins hélas au vu de son destin, sa dernière) subsiste aujourd'hui: l'affaire est hélas connue, non seulement le temps n'a pas été tendre avec une oeuvre consignée sur des supports aussi fragiles, mais en plus le maître lui-même, de dépit, de rage ou de désespoir, a détruit une grande partie de ses films. Il en reste, probablement, moins de 30%.
Il est donc réjouissant qu'en 2026, on puisse encore trouver un film... Une oeuvre de 1897, réalisée par Georges Méliès alors qu'il n'avait pas encore été un "metteur en scène" pour un an. Une de ces oeuvres à transformation dans lesquelles un Méliès encore jeune et bondissant, maître théâtral de cérémonies, s'amuse à montrer un objet magique, ici un automate qui change à volonté de taille... Enlevé, vite fini et totalement en phase avec l'héritage théâtral de Méliès.
Le film a été retrouvé, comme de juste, dans une archive... Le temps des découvertes dans les vieux greniers, j'en ai peur, est bel et bien fini.
A New York au début du XXe siècle, le Bowery est le quartier populaire par excellence: dans les cafés à la réputation douteuse, toute une faune vit d'expédients: M. Adolphe (Agostino Borgato) a un business lucratif, il fournit les mendiants en fausses bosses, machineries qui les transforment en cul-de-jatte, et toutes ces sortes de choses... Dans le milieu, il n'y a pas plus élégant que Charley (Percy Marmont), surnommé Easy Money pour l'aisance avec laquelle il obtient la charité des passants. Ils le croient manchot et difforme, alors qu'il est en pleine santé. Quand une jeune femme du quartier (Juliet Brenon) meurt à cause de la tuberculose, elle a confié à Charley la garde de sa fille. Il l'élève, et elle le rend heureux, mais... une fois adulte (Mary Bryan) elle a du mal à ne voir en lui que son tuteur, et il se rend compte qu'elle est amoureuse de lui.
Pendant ce temps, la menace d'un concurrent de Charley, Whitey le faux aveugle (John Harrington), se précise: il sait le parti qu'il peut tirer de la réelle identité de Charley, l'homme du monde qui a construit son aisance sur un mensonge...
C'est un film remarquable, et qui ne ressemble à aucun autre: Brenon, sans doute, avait à coeur d'en faire une plongée dans un monde étonnant, celui des mendiants, monte-en-l'air et autres escrocs à la petite semaine. Bien sûr, il convient d'accepter ce que dit le film, à savoir que la quasi totalité des mendiants dans le quartier où se situe l'action seraient des escrocs... Mais on doit aussi reconnaître que le film choisit délibérément de prendre le point de vue d'un homme, Charley, qui de par son propre choix a trouvé un business lucratif dans ce qui s'avère être une escroquerie (probablement tolérée par la police qui semble avoir d'autres chats à fouetter, ou peut-être qui se fait avantageusement graisser la patte, comme on dit), mais reste malgré tout un brave homme à l'élégance morale évidente...
Une ambiguité soulignée par le fait que si Whitey est bien, lui, un très sale type, il bénéficie malgré tout du respect de Charley qui ignore qu'il est un faux aveugle, puisque seul Adolphe est au courant... Un paradoxe ironique, qui paie particulièrement à la fin du film, puisqu'il s'agit de la confrontation entre les deux hommes.
Le meilleur du film est probablement la recréation pittoresque du New York d'avant la guerre, de l'époque où quand un Américain faisait la manche parce qu'il était estropié, c'était pour d'autres raisons qu'une blessure de guerre... C'est un mélodrame vigoureux, plutôt avantageusement joué, sauf en ce qui concerne John Harrington, justement, qui en fait des tonnes. Il est vrai que son rôle est celui d'un homme insupportablement maléfique! A noter à ses côtés, dans la dernière bobine, l'apparition non créditée d'une jeune actrice qui effectuait ses premiers pas devant la caméra... Ces quelques minutes de Louise Brooks sont l'une des raisons qui ont sans doute permis la sauvegarde et la localisation de ce film, et c'est dans un bluray qui est consacré à l'actrice qu'on peut en voir une restauration. Maintenant, je le répète, on ne la verra que deux ou trois minutes...