Sylvester s'avise de la présence d'un pic-vert... Et il a décidéd'en faire son repas, mais ce sera difficile, d'autant qu'un chien, un bull-dog nommé Hector, ne l'entend pas de cette oreille.
C'est un film impeccable, qui date d'une époque durant laquelle Freleng créait encore beaucoup, et ne reposait pas que sur des automatismes! Le personnage de Sylvester n'est pas encore totalement cristallisé dans son graphisme, ce qui donne un vrai dynamisme au film. Et l'animation est vraiment très fluide, on ne s'ennuie pas un instant.
Notons qu'ici, Sylvester ne parle pas du tout, ce qui lui donne infiniment plus de poids...
Granny emménage avec son abominable canari Tweety... En chemin, le camion croise Sylvester, qui sent la présence de l'oiseau... et donc il va tout faire pour s'en emparer, mais l'animal est tellement maléfique qu'il n'y parviendra pas...
C'était encore clair, à cette époque, que le véritable héros (qui s'en prenait tant dans la figure, le pauvre) de ce dessins animés, n'était pas cet horrible piaf, mais bien sûr ce pauvre chat. C'est un dessin animé soigné, qui montre encore la verve un rien sadique de Freleng.
Daffy Duck se rend à la plage avec sa petite amie, Melissa: elle ressemble à Veronica Lake, je ne sais pas si Veronica Lake était encore dans les mémoirs en 1953... La jeune cane est épatée par un autre canard, un body-builder, ce qui met une pression phénoménale sur Daffy...
Il fut un temps lorsque Daffy Duck était un héros viable, ou pour le moins étrange... Il était comme son surnom le laissait entrevoir, particulièrement loufoque... Puis sans raison, il est devenu cette chiffe molle, ce loser même pas magnifique, qui doit toujours passer derrière les autres et faire preuve de mauvaise foi. ...L'ombre de Donald?
Babbit et Catsstello, deux souris, tentent de cambrioler une épicerie, mais il leur faut faire face à deux dangers: d'une part, le chat de la boutique, d'autre part le fait que Catsstello est une insupportable andouille...
J'abandonne: je n'ai jamais compris l'intérêt des acteurs Abbott et Costello, rassemblés dans des films de série Z et unis par le pire u pire: un humour verbal, basé sur des automatismes et des jeux de mots. C'était pourtant un tandem très populaire, dont ce film et d'autres se veulent une parodie affectueuse. Mais la parodie est au moins aussi ennuyeuse que l'original...
Sinon le film date du moment où McKimson a repris l'unité de l'autre Bob, Clampett! Ce dernier lui avait laissé quelques films à finir, dont celui-ci qui par moments nous fera penser au graphisme de l'illustre animateur... qui lui-même adorait se livrer à des parodies populaires. Pas grand chose d'autre à dire...
Une colonie de souris vit, à l'écart des hommes, une vie qui ressemble pourtant à la nôtre: une famille de souris vient s'installer, avec leur fille qui est particulièrement affriolante, ce qui n'échappe pas à un de ses voisins: mais le chat Claude, qui voit une occasion à ne pas manquer, va brouiller les pistes...
Le film mélange deux tendances clairement établies par Chuck Jones et ses unités: d'une part, il aimait depuis la fin des années 30 se situer dans une animation qui flirtait parfois dangereusement avec le mignon, le fleur bleue, voire le gentiment ridicule. Dans le meilleur des cas, ça pouvait donner les merveilleux dessins animés avec le chien Marc Anthony et son tout petit chaton. Ce film fait partie aussi des réussites du genre...
Et l'autre tendance, c'est bien sûr cette propension à nous montrer des accumulations d'escarmouches, entre par exemple le coyote et l'oiseau qu'il ne mangera jamais, ou entre Daffy et Bugs Bunny, des films qui sont une suite ininterrompue de tentatives souvent désastreuses, à peines résolues... Cest ce qui fait le sel de ce film, à travers un grand malchanceux, le chat Claude.
Adapté d'une pièce à succès, Dial M for murder est sans doute l'un des films les plus connus d'Hitchcock. A première vue, c'est un film des plus ludiques, prétexte à essayer un système de 3D qui s'avèrera réussi, mais ce n'est pas beaucoup plus. Ce serait pourtant mal connaitre le réalisateur que de s'imaginer qu'il n'y avait pas dans ce film des ingrédients qui permettaient au moraliste Hitchcock de s'essayer à une nouvelle manipulation sur le public. Au-delà du glamour de tourner une adaptation d'une pièce de théâtre avec Ray Milland qui tente de tuer son épouse Grace Kelly, sous les yeux du limier John Williams, on voit le metteur en scène jouer avec le point de vue et évaluer la situation en observateur inconditionnel du péché, de la faute et de la culpabilité...
De la pièce, Hitchcock reprend tel quel l'argument, dans lequel Tony Wendice (Ray Milland), un joueur de tennis retraité qui a épousé une héritière riche (Grace Kelly), commandite son meurtre afin de toucher un héritage qui l'arrange d'autant plus que son épouse fricote avec un auteur Américain de romans policiers à succès (Robert Cummings). L'homme qui est supposé se charger de la besogne (Anthony Dawson) s'appelle Swann, et c'est un ancien condisciple de Wendice, que ses frasques passées fragilisent, le mettant en danger de chantage: c'est la condition qui permet à Wendice de faire pression sur lui pour qu'il accepte. Ce que ni Swann ni Wendice n'avaient prévu, c'est que Margot puisse tuer son attaquant, et non le contraire. Ce qui était encore moins prévu, c'est que malgré toute la préparation dont Tony fait preuve, un simple objet, une clé, ne vienne troubler son échafaudage alors que son épouse va être exécutée pour meurtre...
Le film ne respose pas, comme dans un whodunit, sur une simple recherche du coupable, mais au contraire sur la possibilité ou non que le personnage du meurtrier potentiel, joué par Ray Milland, se fasse pincer ou non. Le public est donc dès le départ dans la confidence, avec deux scènes de dialogues à la suite l'une de l'autre: entre les deux amants d'une part, qui discutent des mérites de mettre Tony au courant de leur liaison passée (et plus ou moins susceptible d'être ravivée), et entre Tony et Swann d'autre part, qui mettent au point le crime tel qu'il doit se dérouler.
Il est intéressant de constater que celui qui aurait pu être le héros d'un film plus classique, Robert Cummings, est laissé à l'écart par Hitchcock, alors que Ray Milland, bien que de toute évidence le criminel du film, reste absolument charmant, mettant au point tous les détails d'un crime dont il lui est facile de se distancier puisqu'il ne l'accomplira pas lui-même. Et Anthony Dawson, qui joue un homme qui a joué de malchance, reçoit ses instructions avec réticence. Tuer, il connait, il a déjà fait, et cela ne semble pas être de gaieté de coeur qu'il s'apprête à le refaire, d'autant qu'on le sait grâce à Hitchcock: Tuer est difficile, ce n'est pas à la portée de tout le monde...
Le metteur en scène, qui prétendait s'être contenté de filmer la pièce, s'est amusé à placer la caméra en seulement en fonction de la 3D (La scène du crime commence par un lent panoramique à 180°, afin de faire sentir l'espace à tout le public). La scène du crime lui-même est un modèle de ce qu'il faut faire avec la 3D, soit toujours moins, jamais plus... Mais Hitchcock place aussi son public en hauteur dans une scène qu'on pourrait imaginer prise directement telle quelle dans la pièce. C'est un plan-séquence, et Milland explique le déroulement de la soirée à Swann, le public est donc en hauteur, comme si les acteurs jouaient dans une fosse. Mais lorsque Margot montre des velléités de sortir, au lieu de rester sur place, permettant au crime de se tenir, nous en viendrions presque à trembler pour Tony! Comme d'habitude, Hitchcock s'amuse avec les frontières du bien et du mal dans ce film dont le héros après tout est un homme qui semble se chercher des excuses pour tuer sa femme!
Le film est une oeuvre charnière, se situant entre la période Warner, parfois erratique, et la plénitude des années Paramount, pour laquelle il accumulera les chefs d'oeuvre. comme en plus, il tourne ici pour la première fois avec Grace Kelly, il est à l'aise, et le film passe comme une lettre à la poste. Un plaisir... Vénéneux, bien sûr!
Le catholicisme d'Hitchcock n'a probablement jamais été aussi amer que dans ce film austère et dépouillé, bien différent des oeuvres flamboyantes que le metteur en scène allai tourner à la Paramount dans les années suivantes; mal-aimé en raison de son manque d'humour, mal connu aujourd'hui (Après tout, il n'y a ni Grace Kelly, ni Cary Grant, ni la musique de Bernard Herrmann. Les repères manquent sans doute, le noir et blanc - magnifique - est un autre argument qui hélas joue contre le film!) I confess est pourtant bien plus qu'un intrigant interlude dans lequel le metteur en scène se tirerait une balle dans le pied en montrant sa star en prêtre ayant fait le voeu de chasteté...
Le film commence par une séquence d'une grande rigueur qui montre le metteur en scène en pleine possession de ses moyens: à Québec, au crépuscule, on suit un parcours fléché sous l'intrigante musique chargée en appréhension de Dmitri Tiomkin: des panneaux marqués "Direction" nous indiquent littéralement la marche à suivre... et pointent vers une fenêtre ouverte. La caméra y entre, et nous dévoile un corps à terre. La caméra ressort, et nous voyons une silhouette, celle d'un homme habillé d'une soutane, qui quitte la maison. Le plan suivant montre deux témoins, deux jeunes filles, qui ont aperçu l'homme. Celui-ci se rend ensuite à l'église la plus proche, et demande au prêtre, le Père Logan, de le confesser. Il lui avoue avoir commis un meurtre, celui d'un homme qu'il venait de dévaliser. Puis l'homme s'en va, et le père Logan, empêché par le secret de la confession, ne pourra rien révéler de l'entretien... Le meurtrier, Keller (Otto Hasse), est un Allemand réfugié avec son épouse Alma (Dolly Haas) après la guerre, et il travaille justement au presbytère, où il côtoie justement le père Logan (Montgomery Clift) tous les jours. Celui-ci, on l'apprendra bien vite, connaissait la victime. L'influent Villette avait en effet, quelques années auparavant, été témoin d'une relation entre le jeune homme qui n'était qu'un séminariste, et une femme mariée, la belle Ruth Grandfort (Anne Baxter). Il faisait chanter la jeune femme, et cela donne bien entendu au jeune prêtre un motif de le tuer... car bien sûr Logan ne pouvant absolument pas trahir le secret de la confession est vite le suspect numéro 1.
On le voit, Hitchcock confronte dans ce film sa propre vision de la culpabilité partagée des hommes, avec son propre catholicisme, qui pourtant n'est jamais aussi explicitement représenté dans son cinéma. Une critique assez répandue sur I confess est d'ailleurs qu'il est assez difficile à croire que Clift puisse être un prêtre, et Hitchcock a pour sa part dit que les Américains avaient rejeté le film à cause d'une incompréhension des protestants vis-à-vis du secret de la confession. C'est un peu court, à mon avis, d'autant que le film fait comme d'habitude preuve d'une vraie pédagogie à ce sujet!
Je crois plutôt que le rejet serait plus clairement du aux difficultés du public à accepter l'apparente inaction du personnage principal. Car Logan subit une vraie crise, à tous points de vue: il est trahi par Keller, qui sans jamais directement le dénoncer va tout faire pour que les soupçons se portent sur son confesseur. Il est trahi aussi par ses sentiments qu'il doit combattre, d'autant que Ruth n'est pas décidée à complètement abandonner la compétition pour le coeur du jeune homme! Il est enfin trahi par son implication, même indirecte, dans l'affaire: il ressent une part de culpabilité de savoir sans pouvoir s'en ouvrir, et par ailleurs de ressentir la délivrance grâce la mort de Villette, n'arrange rien: on peut dire que le principal motif pour l'inspecteur Larrue (Karl Malden) de soupçonner Logan est bien sûr le fait qu'on ressent inévitablement son trouble et son sentiment de culpabilité marqués sur son front dès qu'il est en face du policier!
A côté de Logan, le personnage de Keller est véritablement scindé en deux: d'un côté Monsieur, qui se confesse à son ami Logan dans la douleur, puis rentre chez lui et se sent si léger ("Dieu m'a pardonné"!) qu'il avoue le crime à son épouse sans aucun scrupule. De l'autre, Alma, qui va elle aussi, autant que le prêtre, ressentir la culpabilité de son mari, qu'elle ne peut dénoncer, de l'intérieur. Jamais la notion de culpabilité collective, du pêché de l'un dont la faute est partagée par tous, n'aura été aussi évidente chez Hitchcock.
Bien sûr, il y a des défauts, mais le manque d'humour parfois dénoncé ne me semble pas être à proprement parler si embarrassant. Après tout, le sujet ne prête pas forcément à la rigolade non plus. Et contrairement à Topaz, un autre film d'Hitchcock souffrant de cette absence d'humour, l'histoire au moins est passionnante! Et il y a une finesse d'observation chez Hitchcock qui le pousse à user d'un ton léger, notamment dans la description de la vie quotidienne du presbytère. C'est d'ailleurs amusant de constater à quel point les prêtres, dans la fiction, sont les protagonistes les plus à l'aise pour parler du trivial: ici, on débat d'un vélo mal placé, de la couleur des murs, comme si on devait résoudre une affaire de théologie compliquée!
Non, en revanche, Hitchcock a chargé avec une certaine méchanceté le personnage de Ruth, qui n'est pas qu'une oie blanche... Elle est assez ambiguë (Anne Baxter sera-telle toujours un peu Eve Kendall sur les bords?) voire manipulatrice: elle donne parfois l'impression de vouloir utiliser l'affaire et le scandale pour tester son mariage, et éventuellement reconquérir le père Logan. Lors d'un flash-back, elle apparaît comme une femme qui pourrait bien avoir utilisé un moyen de promotion assez classique... Bref, la misogynie légendaire d'Alfred Hitchcock, parfois, est plus qu'une légende. Mais la confusion sentimentale qui entoure les rapports de Logan et de Ruth reste un des aspects forts du film, car elle nous donne à voir la tempête sous le crâne du père Logan, et si jamais le jeune homme n'évoque explicitement le moindre doute quant à sa foi,on sait que ce lien avec une femme est sans doute son principal risque. Le chemin de croix (Rendu évident par une célèbre séquence) n'en sera que plus douloureux... Et qui mieux que Montgomery Clift pour incarner la douleur?
Et il ya un final d'une forme inattendue, fait de ruptures, de passage d'un procès à une scène de foule, d'un crime inattendu à un suspense lié à la présence du héros face à un homme qui risque de le tuer, de sacrifice et de vérité qui éclate en éclaboussant un peu plus les braves gens qui étaient prêts à montrer le héros du doigt. ...Et Logan trouvera le moyen de laisser la vérité se faire connaître sans trahir la loi de la confession, ce qui confirmera une bonne fois pour toute la pertinence de sa vocation.
Film sans doute mineur au regard de l'oeuvre exceptionnelle, I confess, avec la présence dans son titre de la première personne du singulier, est bien plus qu'une simple halte: il possède de nombreux aspects intrigants, en plus d'une élégance visuelle, due largement à l'utilisation impeccable du noir et blanc de Robert Burks. Ce sera, avant The wrong man et Psycho, l'antépénultième film du metteur en scène à ne pas bénéficier de couleurs, mais c'est tellement approprié pour cette sombre quête intérieure, entre une hypothétique mais significative libération par l'amour, et un doute qui gangrène la vocation, le tout sous la tension apportée par la culpabilité fondamentale de l'homme. Encore, toujours le péché originel...
Guy rencontre Bruno, Bruno rencontre Guy. Dommage pour Guy, qui s'en serait bien passé, d'autant que Bruno est TRES renseigné sur lui: le jeune tennisman en vue est de notoriété publique marié à une abominable garce, et amoureux d'une adorable jeune femme. L'idée soumise par Bruno à Guy, dans la quiétude d'un compartiment de train, c'est que chacun d'entre eux tue pour l'autre, rendant toute enquête difficile, puisque chaque meurtre aurait été accompli avec un alibi et sans mobile. A Bruno de tuer l'encombrante Miriam, à Guy de supprimer le père jugé abusif par l'excessif Bruno.
Sauf que... Guy, lui, n'a jamais pris ça au sérieux. Tant pis; confronté à un Bruno qui lui tend fièrement la paire cassée des lunettes de feu son épouse, Guy réalise dans quelle panade cette petite rencontre entre étrangers dans un train l'a mis.
Apès quelques années d'égarements (The Paradine case, 1947, pour Selznick, puis Rope, 1948, et Under capricorn, 1949 pour son propre compte) et l'arrivée à la Warner pour un contrat en bonne et due forme qui avait commencé par un petit exercice de style (Stage fright, 1950), cette adaptation de Patricia Highsmith totalement appropriée par un Hitchcock en grande forme est le retour de l'observateur moral, et des questions essentielles liées à la thématique du crime en particulier et du péché en général: le film tente de répondre entre autres à la question suivante: la culpabilité est-elle contagieuse?
Il se pose aussi un certain nombre de questions sur la responsabilité, sur le degré de tolérance du crime chez les gens qu'on aime: par exemple, la jolie Anne Morton, en voyant son petit ami pour lui annoncer la mort de sa femme, est particulièrement empressée. Est-elle caline parce qu'elle ne sait pas encore comment il va réagir à la nouvelle de l'assassinat, ou parce qu'elle se dit qu'il y a des chances qu'il l'ait lui-même commis afin de se rendre disponible pour elle? Un soupçon qui ne sera pas étayé plus avant... ni démenti fermement.
Le film est d'une rigueur et d'une noirceur rare même chez Hitchcock; la présence d'un exceptionnel méchant (Robert Walker) et d'une mère exceptionnellement foldingue permet à Hitchcock des traits d'humour rares, tout en mettant en scène un intéressant "couple", Guy et Bruno, deux hommes que tout devrait éloigner, mais qu'un voyage en train aura fortuitement fait se rencontrer. Il les rapproche, puis les fond aussi souvent l'un en l'autre. Il joue sur la dualité, les doubles, les figure associées, mais insiste aussi sur les sentiments peu orthodoxes de Bruno (L'un de ses phrases les plus prononcées reste "I like you, Guy".); du reste, si on ne peut que s'en plaindre, on sait la tendance homophobe du catholique Hitchcock, rapide à associer homosexualité et péché... Son Bruno appartient en effet à cette tendance du réalisateur. Il s'amuse aussi beaucoup à opposer une famille "normale", par ailleurs couvée par un homme mesuré, politicien, et évidemment incarné par Leo G. Carroll, et une famille dysfonctionnelle dans laquelle le père est étouffé, le fils dangereux, et la mère, disons, "différente", jusqu'à la caricature. Le portrait de cette dernière reste comique, mais de penser que Bruno est son fils, ça ouvre des perspectives. Il y en aura d'autres, plus ou moins monstrueuses, plus ou moins caricaturales, dans d'autres films.
Noyé dans les ombres des grilles qui lui dessinent les barreaux d'une cellule ou l'ombre d'une inquiétante barbe sur le visage, Guy découvre sans rien avoir fait le goût de la culpabilité à cause d'un autre, et doit se débattre pour exister face à un homme qui contrairement à lui, aura tout fait ou presque avant de mourir. et soyez-en assurés, Bruno mourra jeune, au terme d'un jeu de massacre qui reste l'un des très grands films d'Alfred Hitchcock, excusez du peu...
L'image doit-elle dire la vérité? Problème apparemment pas grave, mais qui est posé au coeur de ce film, dont nous dirons tout de suite qu'il est décevant. D'autant plus qu'Hitchcock revenait, après dix années aux Etats-Unis, en Angleterre pour y tourner un film en compagnie d'acteurs Anglais, un film dans lequel il ne s'est absolument pas empêché d'injecter des petites touches personnelles, comme ces scènes dans des pubs par exemple. Mais le film n'a pas été fait qu'avec des anglais, et c'est l'un des problèmes...
Jane Wyman est Londonienne dans ce film, paraît-il... On ne va pas s'étendre là-dessus, mais son personnage, Eve, est aspirante actrice, et se retrouve dans une situation inattendue: elle aime un homme, qui est l'amant d'une actrice célèbre, Charlotte Inwood. Et cet homme, Jonathan (Richard Todd), lui affirme qu'il a tenté de couvrir le meurtre par Charlotte de son mari, mais que le piège s'est refermé sur lui, parce qu'il est en fait soupçonné lui-même du meurtre. Avec l'aide de son père, un grand excentrique (Alastair Sim), Eve mène l'enquête... Et ne tarde pas à rencontrer l'inspecteur chargé de l'affaire, le séduisant Wilfred Smith (Michael Wilding)...
La réalisation d'Hitchcock est très efficace, et le film possède quelques jolis moments, dont une garden-party qui dégénère, mélange d'humour et de suspense, avec quelques jolis numéros d'acteurs. Et le metteur en scène se fait plaisir en situant une intrigue criminelle dans le cadre du théâtre, ce qui évidemment va donner lieu à une utilisation d'une salle de théâtre lors d'un final qui fonctionne bien. Mais... Le principal problème c'est que le film commence par un flash-back dont les images mentent: ces scènes qui sont racontées par Jonathan à Eve ne sont en réalité jamais arrivées. Et on touche à un autre problème: Hitchcock était à l'aise, on le sait, avec les "Faux coupables"; ici, Jonathan ne tient pas la route. Et pour cause...
On s'ennuie souvent, pour tout dire, même si il y a des jolis moments: une splendide scène de Dietrich (Presque excellente du début à la fin) qui assume tranquillement d'avoir inspiré un crime... dans un monologue froid mais définitif. Une scène de révélation de la folie criminelle, vue uniquement à travers les yeux de Jane Wyman, dont le reste du visage est dans la pénombre. Et bien sûr la fameuse scène de "la poupée", qui nous rappelle de quelle façon Hitchcock maîtrise le signe cinématographique! Mais à côté de ça, il faut supporter les scènes de cabotinage de Sim, qui s'écoute déclamer en permanence, et bien sûr, il faut subir la voix insupportable d'une actrice de génie qui chante mal, mais alors très mal.
Le sempiternel faucon débutant, Henery hawk, est toujours obsédé par l'idée d'attraper un poulet, dans la sempiternelle ferme. Il est toujours aussi obtus, et le chien de la ferme, qui souhaite être désagréable une fois de plus avec le coq Foghorn Leghorn, a l'idée de faire un marché avec le petit rapace: que ce dernier lui ramène un os, et il lui indiquera la présence d'un poulet. Puis un chat lui propose de lui indiquer la présence d'un os en échange d'un poisson, et enfin une souris lui promet un poisson en échange d'un bout de fromage...
C'est dommage, d'ailleurs, la continuité ne tient pas debout, car Henery trouve un poisson (grâce, évidemment, au coq) avant de ramener le fromage... Mais bon. Ce type d'accumulation est sans doute un truc facile de scénario, mais ça donne l'illusion d'un conte philosophique à très peu de frais, ce qui n'est pas négligeable...
C'est un film loufoque, assez réussi (comme quoi tout arrive) et dans lequel on appréciera l'impression que chacun vit sa vie à l'écart, occupé à des tâches diverses, sans se préoccuper des autres: la façon dont le coq installe négligemment les rails d'un train électrique autour de la niche du chien par exemple, donne une jolie impression d'absurde militant...