Dans un Paris de pacotille, les Mouseketeers du roi, menés par le capitaine Jerry, se doivent d'être courageux: ce n'est pourtant pas le cas du Mouseketeer Nibbles, qui craint de sortir et de se trouver museau à museau avec le Chat du Cardinal, Tom... Mais Jerry a une misson importante à lui confier pourtant: apporter une lettre à la dame qu'il courtise. Nibbles s'exécute tant bien que mal...
Troisième des quatre variations de Hanna et Barbera sur les Trois Mousquetaires de Dumas, ce petit film est finalement totalement centré sur le personnage parfois irritant de Nibbles, la petite souris. Mais on se rappelle que dans le monde du cinéma et donc du dessin animé, un personnage moins courageux que les autres est par essence toujours intéressant...
A noter, dans ce film où Tom ne sert finalement pas à grand chose, si ce n'est à incarner la menace permanente et à dire "en garde" toutes les 15 secondes, les deux héros en titre n'ont aucune scène ensemble!
Le chien Spike, et son fils Tyke, s'apprêtent à partir en pique-nique... Mais un événement extérieur va contrarier cette belle journée: alors qu'ils partent, une poursuite entre Tom et Jerry va parasiter leur tranquillité, et saboter le repas... Jusqu'à ce qu'une colonie de fourmis s'en mêle.
Spike et Tyke, les deux chiens, ne sont pas tout à fait des inconnus: d'une part le chien adulte est un personnage récurrent dans Tom et Jerry, alternant entre des films où il est le chien de la maison en concurrence directe avec Tom, et d'autres où il est le chien des voisins. Ensuite, le petit Tyke (dont ce n'est pas la première apparition, puisqu'il est présenté de temps à autre depuis 1949 et Love that pup) est présenté comme son fils, ce qu'il sera de nouveau dans deux films indépendants en 1957, présentés comme étant... Spike & Tyke, sorte de pendant canin de Tom & Jerry! Contrairement à Tom et Jerry, le public ciblé de ces deux films sera sans dout plus juvénile...
C'est un excellent film, même si on y remarque un certain adoucissement qui confirme l'impression des oeuvres immédiatement précédentes: on faisait attention à l'éventualité de la censure, et probablement Hanna et Barbera avaient-ils conscience de la popularité de leur série de dessins animés auprès du jeune public... La partie avec les fourmis est-elle une réminiscence de Tea for two hundred, dans lequel Donald Duck doit subir une impressionnante et méthodique attaque de ces insectes sur son pique-nique? En tous les cas celle-ci est assez bien menée...
A Copenhague, un Italien, le vieux Guido Buzzio (Philip Bech), travaille dans son atelier: il vend des figurines en plâtre. Pour l'aider, il a sa petite-fille, Mona (Agnes Petersen), ainsi que deux assistants, un grand maigre (Doublepatte, Carl Schenstrom) et un petit râblé (Patachon, Harald Madsen). Un jeune homme (Svend Melsing), étudiant en art dramatique de son état, vient souvent à la boutique acheter des figurines... pour voir Mona. Mais un jour, un objet de valeur sentimentale est cassé: une cruche porte-bonheur qui se transmet de génération en génération dans la famille Buzzio... A l'intérieur, un papier propose des instructions incomplètes pour localiser un trésor sur la côté méditerranéenne.
Mona et les deux assistants se mettent en route, mais ils sont suivis par trois personnages interlopes et inquiétants: le fils (Karl Jørgensen) de la logeuse de Guido, un bon à rien qui a entendu la conversation; un mystérieux moine; et un étrange bonhomme (Waldemar Maes) apparemment cinglé qui a aperçu un bouton sur la veste de Patachon, et pense qu'il fait partie de la même société secrète que lui: des anarchistes à la mode des années 20...
Quelle bonne idée, finalement: après avoir alterné entre les films "estivaux" (Sol, Sommer og Studiner), les film ruraux (Ole Opfinders Offer) et les films citadins (Blandt Byens Børn), Lauritzen et la société Palladium envoient leur deux "héros" en voyage, et ils vont passer par l'Allemagne, puis Amsterdam, puis Paris et enfin l'Italie (Pise) et plus généralement la Méditerranée (Monte-Carlo). Les deux acteurs ont certainement été lâchés en pleine rue, à Paris aussi bien qu'à amstredam, et les prises de vue en extérieurs ne trichent absolument pas, Pise est bien Pise (avec l'inévitable visite à la Tour) et les côtes Italiennes ne font pas semblant non plus... Les passants qui croisent Doublepatte et Patachon à paris comme à Amsterdam n'en reviennent d'ailleurs pas. Et un plan Parisien a été pris d'une telle distance que les acteurs sont vraiment sans filet.
C'est une aventure avec ce qu'elle peut comporter de péripéties attendues: on s'intéresse un peu mollement à cette "énigme des cruches", pour reprendre le titre français, mais pas tant que ça: c'est assez expédié, au profit probable d'une certaine improvisation! Impossible de suivre d'ailleurs, sans constater que les personnages ont finalement bien peu d'indices pour trouver leur trésor, mais le trouvent quand même...
Ce qui fait merveille, par contre, c'est que les deux personnages de Doublepatte et Patachon (dont Lauritzen a fini par comprendre qu'ils sont LA principale attraction de ses longs métrages, et qu'on n'a pas nécessairement besoin des jolies filles en maillot qu'il plaçait dans tous leurs films) sont vraiment des acteurs de cette intrigue, pour laquelle ils déploient avec la prudence timide qui les caractaérise, un certaine énergie et une bonne volonté qui font plaisir. Bien sûr, ils vont se faire griller la politesse par l'un des étranges personnages qui les suivent, mais quelle surprise de voir Carl Schenstrom avec un petit piostolet automatique!
La continuité du film tel qu'on peut le voir aujourd'hui est par contre assez étrange: l'épisode Hollandais est entrecoupé d'un passage à Paris qui ne cadre pas: erreur de montage de 1924, ou de la restauration? J'espère que quelqu'un y remédiera; il existe des montages alternatifs de certains films du duo, mais la plupart des longs métrages ont été préservés dans des copies uniques. Celle-ci est vraisemblablement l'unique version de ce petit film de vacances...
En France ce film présenté à Cannes en 2024 est sorti sous letitre September & July... Les deux jeunes filles sont deux adolescentes, dissemblables physiquement, mais au comportement de jumelles; leur mère Sheela (Rakhee Thakrar) les a élevées seule, après que le géniteur ait disparu de la circulation: on n'en saura pas plus, car ce n'est pas vraiment le sujet. La relation entre les deux est complexe, sous la domination de September (Pascale Kann) qui entend mener sa soeur (elle dira même à sa mère qu'elle "s'occupe très bien de July"), qu'elle appelle souvent Silly July lors de leurs échanges initiatiques... Autant July (Mia Tharia) aimerait se mêler au monde, autant September y est hostile. Les deux soeurs sont écartées à l'école... Et la façon dont September protège agressivement July va provoquer son renvoi, plusieurs fois. Les problèmes culminent lorsqu'un groupe de lycéens tend un piège à July, qui se voit exposée et humiliée sur internet. Un problème qui mène à une confrontation violente... et frustrante pour le spectateur.
La mère a des difficultés à gérer ses filles, d'autant qu'elle a des difficultés à mener sa propre vie: elle est créatrice de vêtements, et utilise September et July pour illustrer sa collection. Elle a du mal à veiller à leur éducation et une conversation avec une psy, dans la première partie, nous révèle un peu plus: elle est envahie par ses filles... Tout en semblant avoir fait son choix entre les deux. Après l'incident au lycée, la confrontation dont je parlais plus haut, Sheela se rend en Irlande, au bord de la mer, en famille, pour un séjour qui éloigne de plus en plus Sheela, d'un côté, et July qui avec September semble se laisser complètement aller sous sa domination...
Je marche sur des oeufs... Difficile de parler d'un film qui tend à garder certains petits secrets bien enfouis, avant de les révéler tardivement. Vous connaissez le principe, il accompagne de très grands films et quelques navets. Celui-ci n'est pas un navet... Ariane Labed, actrice Franco-Grecque, a travaillé pour Yorgos Lanthimos (Alps, The lobster) et Athina Rachel Tsangari (Attenberg), et leur cinéma minimaliste a eu une influence évidente sur son style... C'est son deuxième film (après le court métrage Olla, réalisé en Français) et son preier long métrage...
Elle choisit une approche quasi-documentaire, souvent faite de plans fixes, parfois assez longs, à distance. Une scène qui nous montre September agresser une de ses camarades en plein cours, est surprenante de précision et de froideur... Très vite, la personnalité de September, qui plus est isolée dans le titre original, prend toute la place. Elle a vampirisé sa soeur, et le rapport à la mère est complexe. Au lycée, si les deux jeunes filles en prennent pour leur grade (elles son moquées pour leur attitude, leur comportement et bien sûr, des aspects physiques: les lycéens Britanniques sont les spécialistes de ce type de rejet), c'est September pourtant qui cristallise la haine des autres... on s'attque à July car elle est une proie facile, mais September fait peur; lors d'une tentative de déstabiliser un peu plus July, ses tourmenteurs lâchent un "attention, voilà la cinglée" à l'approche de September.
Il y aura pourtant quelques accrocs à la chronologie, et des décrochages de point de vue: des scènes durant laquelle la mère tente de vivre sa vie, ne pourront être vues que partiellement sous l'oeil des deux filles... Une scène-clé lors de l'une de ses escapades: elle se rend dans un pub dans le but évident d'y trouver une compagnie nocturne, et ramène un inconnu chez elle, dans une scène à la fonrtalité hilarante, qui tranche avec le ton délibérément sombre du film: une façon de nous détourner de certaines vérités dérangeantes, mais aussi de montrer l'éloignement de Sheela...
Le film est entièrement basé sur l'emprise, celle de September sur sa soeur, et par conséquence des deux filles sur leur mère... Elle en fera d'ailleurs un étrange rêve, voyant ses deux filles sous la forme de deux Makis, qui ont envahi la maison de vacances, et mettent un désordre indescriptible (qui ressemble d'ailleurs au vrai désordre qui y règne) dans la cuisine. De fait, le comportement parfois étrange des deux filles renvoie à une part d'animalité, elles communiquent aisément par des cris, des sifflements, des comportements qui éloignent les autres, et les rendent encore plus isolées. Lors du séjour en Irlande, July perd pied avec la réalité en se laissant guider de façon plus déraisonnable encore par September... Je m'arrête ici.
Le malaise distillé par le film, son originalité profonde, les questions soulevées, les trois actrices qui sont exceptionnelles, mais aussi la proximité insistante avec des films au pedigree pourtant si différent (On pense parfois à l'étrange Canine, de Lanthimos et pourtant le ton n'est pas du tout le même)... Bref, les raisons de s'enthousiasmer ne manquent pas.
Dans une ferme, un caneton s'obstine: il a décidé que bien qu'il ne soit qu'un canard de basse-cour, il suivra ses congénères sauvages vers le Sud... Jerry tente de le dissuader mais il n'en démord pas. Et lors de ses (désastreuses) tentatives, il croise Tom, le chat, qui décide à son tour de changer son régime: il va manger du canard...
Tom et Jerry, par bien des côtés, sont un peu des figurants aux côtés du caneton, qui avit un nom: il s'appelait quacker, ce qui est assez logique... Dans un court métrage de bonne tenue, même s'il est assez raisonnable en terme de violences diverses, contrairement aux habitudes, il me fait penser au Coyote de Chuck Jones, par son obstination: ce qui nous rappelle qu'en matière de cartoon, les personnages enfermés dans une idée fixe permettent à la fois des histoires économes et un maximum de gags...
A l'époque de Louis XIII, à Paris, le régiment des Mouseketeers reçoit la visite du jeune Nibbles, la petite souris, qui se présente devant le capitaine Jerry, pour devenir à son tour un membre de ce corps d'élite. Mais la lutte sera terrible contre Tom, le chat des gardes du Cardinal...
Oui, ça sonne un peu comme du grand n'importe quoi, et pourtant c'est une obsession qui revient souvent dans les dessins animés de Hanna et Barbera: à quatre reprises exactement, ceci étant la deuxième... Le jeu de mot facile sur Musketeer (Mousquetaire) d'un côté, Mouseketeer (euh... Sourisquetaire?) de l'autre, sans doute...
Le film s'amuse beaucoup des variations liées à la lutte pourtant inégale entre les tailles respectives de Tom d'un côté, et des deux souris, engagés tous trois dans des duels à l'épée... Sans pour autant être un chef d'oeuvre d'Hanna et Barbera.
Dans leur maison confortable, en compagnie du couple (dont nous ne verrons pas les visages) de George et Joan, Tom le chat et Spike le bouledogue vivent une vie harmonieuse et tranquille, et pour cause: ils mangent comme quatre... ce qui fait qu'à eux deux ils mangent comme huit. Mais les humains s'inquiètent: ils coûtent trop cher, et monsieur (qui penche du côté du chien) suggère à madame (qui elle a pris prti pour le chat) qu'on se sépare de l'un des deux. Automatiquement, la compétition devient dure et violente. Mais madame a une solution: celui qui ramènera une souris pourra rester.
C'est le premier film en Cinemascope de la série des Tom et Jerry... Clairement, il a été pensé pour ce format, qui convient bien aux poursuites! Le film fait un merveilleux usage de la compétition entre les deux animaux, et fait de Jerry un invité de luxe, dans une fort belle construction. Fidèles à leur envie de garder le délire sous un certain contrôle, Hanna et Barbera ont de belles idées, comme celle, jouée avec une grande retenue par Tom: quand il réalise qu'il ne pourra gagner, il fait mine de partir, puis il inverse la situation: lors de leurs adieux déchirants il se débrouille que le baluchon se retrouve dans la patte du chien, qui se retrouve dehors...
Souvent labellisé un peu n'importe comment, taxé de 'film d'horreur', ce qui ne veut plus rien dire aujourd'hui, de 'film catastrophe', le successeur de Psycho déroute aujourd'hui bien des publics, qui lui trouvent un certain nombre de défauts, notamment le fait que le film ne cadre absolument pas avec les types d'intrigues auxquelles le cinéma de genre contemporain nous a habitués. Et pour commencer, autant le dire immédiatement: bien des personnes sont déçus par ce film qu'ils trouvent tout simplement inachevé. En clair, ce qu'on appelle en temps normal une "fin ouverte" est jugé comme une négligence par une grande partie du public. Et le fait qu'à aucun moment il ne survienne un spécialiste pour tout nous expliquer, joue en défaveur du film, toujours selon les commentateurs en question. Pourtant, cette fable de science-fiction (encore une appellation hasardeuse) est un film majeur d'Alfred Hitchcock, ne serait-ce que parce qu'elle ouvre des voies cinématographiques inédites, parce que le metteur en scène a su rebondir de façon spectaculaire après l'un de ses plus grands succès dont il prend le contrepied, mais aussi pour le culot d'avoir fait en quelque sorte une synthèse de son cinéma, un film à suspense qui débouche sur une fable apocalyptique, située dans un environnement tellement quelconque qu'il en devient baroque, le tout assorti avec une mini-crise familiale et amoureuse qui fait finalement appel autant à Freud (La sexualité et ses à-cotés joue un rôle fort dans ce film), qu'au Catholicisme... Enfin, peut-être lui reproche-ton aussi son personnage principal, joué par une actrice pas vraiment expérimentée, mais comme avec Vera Clouzot, Tippi Hedren fait ce qu'elle peut, et ça passe ou ça casse: d'une certaine manière, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, elle EST melanie Daniels.
Melanie Daniels (Tippi Hedren), enfant gâtée, rencontre le fringant avocat Mitch Brenner (Rod Taylor) dans une animalerie de San Francisco. Il feint de la prendre pour une vendeuse, elle se laisse faire, mais c'est un piège: la belle a l'habitude de faire parler d'elle dans la presse à scandale, mais le jeune homme désapprouve sa conduite. Piquée dans son amour-propre, elle décide de se renseigner sur lui, et de venir à son domicile lui apporter les oiseaux qu'il voulait acheter, un couple de 'love birds', des "inséparables". Elle se rend donc à Bodega Bay, à une centaine de kilomètres au nord de San Francisco, pour aller y clouer le bec de l'avocat, qui y vit avec sa mère (Jessica Tandy) et sa très jeune soeur (Veronica Cartwright) dont c'est l'anniversaire, et à laquelle les oiseaux étaient destinés. Au beau milieu de cette situation de comédie sentimentale, pourtant, une série incompréhensible d'attaques d'oiseaux va semer la panique, puis la mort, à Bodega bay, en une escalade de violence inattendue...
L'intrigue sentimentale est simple: Brenner et Melanie se chamaillent parce qu'au fond ils sont tombés fous amoureux l'un de l'autre, et les réserves de Brenner (Le sentiment que la conduite indigne, relayée par la presse, de la jeune femme lui interdit de s'en approcher) vont être accompagnées de celles de sa mère, qui surveille d'un oeil jaloux toute femelle qui approche de 'son' Mitch. Pourtant l'attirance est bien là, et plus le danger va se préciser, plus leur complicité va être affichée.
En plus de ces personnages, une autre femme est là, qui a été un temps elle aussi une épouse potentielle pour Mitch, l'institutrice Annie Hayworth (Suzanne Pleshette): elle a suivi Mitch à Bodega Bay, mais a fini par abandonner ses rêves à cause de Lydia, la mère de son ex-fiancé... Le film, d'une certaine manière, va se concentrer sur l'évolution de Melanie dans l'estime de Lydia, confondant parfois les épreuves physiques et nerveuses causées par les attaques d'oiseaux avec l'exigence aveugle de Mme Brenner, l'un des exemples les plus extrêmes finalement de mère abusive dans l'oeuvre d'Hitchcock! elle va la jauger, la juger, et la condamner presque dans un premier temps, assimilant sa conduite à une sexualité débridée, qu'elle réprouve totalement, et dont elle ne veut surtout pas pour son fils...
Mais comment parler de ce film sans parler de ces oiseaux, ces trouble-fêtes qui viennent s'installer dans ce film en Technicolor et qui vont en déranger la quiétude auto-satisfaite? Hitchcock a donc décidé de trouver une catastrophe naturelle d'un genre nouveau, un évènement qui a des arrières-plans bibliques aussi, ce qui est souvent relayé avec humour dans le film (Notamment par ce soiffard, dans un café, qui va lamper verre après verre en citant la bible et en lâchant des 'It's the end of the world!'). Il a donc lâché ses oiseaux dans l'environnement salin et vivifiant de ce petit port de pèche, image d'Epinal, et va comme il savait le faire structurer son film en fonction des attaques, graduées dans leur intensité, d'oiseaux. Mais si il va aussi les montrer comme une plaie qui s'abat sur la ville (Et si on en croit aussi la radio, qui s'étend à toutes la Californie du Nord), il concentre surtout son film sur la famille fragile qui est au centre, une façon là encore de faire relayer la confrontation entre Mitch, Melanie et Lydia par une autre confrontation, celle avec les oiseaux, dont bien sûr aussi bien Annie (Qui n'en réchappera pas) que Melanie (Qui va manquer de peu d'y passer) seront les principales victimes. Les attaques d'oiseaux deviennent ainsi des métaphores de la désapprobation de Lydia, qui n'acceptera Melanie qu'une fois que celle-ci aura versé son sang (Un symbole fort de l'hymen, donc, qui tendrait à démentir le soupçon d'une sexuélité hors-mariage...) à la fin du film. Celle-ci, aussi, va trouver en Lydia une seconde mère, elle qui à un instant montre sa principale faille, l'éloignement de sa propre mère, à Mitch, qui comprend alors que toutes les frasques de fille de riche sont là pour masquer son manque. Ces éléments sont disséminés dans le film, et permettent de saisir l'évolution des rapports entre Lydia, Annie et Melanie. celle-ci, du reste, subira la pire épreuve du film dans une chambre de la maison Brenner, qui est très probablement celle de Cathy, la soeur de Mitch une chambre de petite fille pour y verser le sang et être acceptée par un substitut de mère... ouf!
Mais il fallait aussi que les oiseaux aient une réalité physique pour Hitchcock, qui a choisi de consacrer beaucoup de temps à l'élaboration d'effets spéciaux, et d'utiliser absolument toutes les ressources des truquages photographiques alors en vigueur. Le résultat, pour lépoque comme pour maintenant, est superbe, bluffant et diablement efficace. Et le metteur en scène laisse de moins en moins le spectateur souffler au fur et à mesure de l'évolution de l'emprise des oiseaux sur Bodega Bay: il sait aussi doser avec tact les à-cotés graphiquement violents et perturbants, le plus célèbre étant bien sûr la vision par Jessica Tandy dans une scène au découpage exemplaire (forcément...) d'un fermier mort, les yeux mangés par les oiseaux. Au passage, la scène est liée à l'un des motifs les plus importants du film, et du cinéaste, le regard; tout passe par cette notion: Lydia a-t-elle vraiment envie de voir ce qu'elle va voir, lorsqu'elle entre dans une chambre, et voit d'abord une mouette morte coincée dans le trou d'une fenêtre qu'elle a probablement brisée, puis d'autres oiseaux par terre, enfin les pieds ensanglantés de l'homme dont le reste du corps est caché? Oui, elle en a envie, et nous aussi. Ce que nous regrettons tout de suite après... pourtant cette exemplaire séquence située après une attaque, n'est que l'une des premières scènes, destinée à confirmer la présence des oiseaux sans qu'ils s'attaquent trop à notre petit cercle intime et familial...
Le manque d'explications n'est pas un défaut de la fin du film. C'est une cause célèbre, en revanche, puisque cela a été pour Hitchcock un choix fort et affirmé et pour le public un facteur de désamour du film... Pourtant le metteur en scène a tout fait pour l'installer au coeur du film: une scène qui voyait Melanie et Mitch deviser gaiement de la mouche qui piquait les oiseaux, a été enlevée; trop terne, mais aussi embarrassante? De fait, toutes les scènes qui confrontent Melanie et les habitants de Bodega Bay dans la deuxième partie du film débouchent sur l'impossibilité justement de comprendre ce qui se passe, avec en particulier la vieille ornithologue insupportable qui dit à des gens qui viennent de se faire effectivement attaquer par des oiseaux qu'ils ont rêvé puisque c'est impossible... un message subliminal peut-être, en forme d'autocritique pour Hitchcock qui regrettait sans doute d'avoir un peu gâché la belle rigueur de Psycho en laissant un psychiâtre prendre la parole et se livrer à une explication. Ici, la spécialiste finira par avouer son incapacité à expliquer quoi que ce soit, et participera elle aussi à l'inévitable lynchage symbolique: puisque les oiseaux n'attaquaient pas avant l'arrivée de Melanie, c'est donc de sa faute! Si on rapproche évidemment cette absurde (Mais si humaine...) conception superstitieuse d'un côté de la litanie des 'It's the end of the world' du poivrot, et de la désapprobation morale et puritaine ressentie par Lydia de tout ce que Melanie représente, on comprend qu'Hitchcock a su de main de maître faire en sorte que tous les motifs et thèmes explorés dans le film se rejoignent. On comprend aussi qu'il ait choisi de nous laisser à nos propres angoisses, et explications!
Reste la terreur, ou l'angoisse véhiculée par le film. Symbolisée par des scènes superbes et d'une rigieur exemplaire là encore, elles passent par le suspense (L'accumulation des oiseaux dans le dos de Melanie Daniels pendant que celle-ci attend la sortie des enfants de l'école, la façon dont les oiseaux s'attaquent de l'extérieur à une porte en bois, dont Mitch se rend vite compte qu'elle ne tiendra pas longtemps, etc...). mais surtout, on prend ici le contrepied du film précédent: le Technicolor au lieu d'un noir et blanc cauchemardesque, le grand air salin au lieu d'un motel situé en plein sud-ouest, des demeures sainement Américaines, faites de bois, au lieu d'une maison gothique... Mais dans ce film, malgré tout, on verra des enfants souffrir, des mères avoir peur pour leur progéniture (la maman qui craque, au café, devat Melanie, a justement deux enfants: un garçon, et une fille, comme Lydia!), et on verra ausi le sacrifice d'une intitutrice pour les enfants qu'elle a pour mission d'éduquer. Au meurtre fou, rapide, succède ici la mort aveugle et atroce, qui peut frapper n'importe qui et sans raison, en particulier les enfants. C'est à porter au crédit d'Hitchcock qu'il ait réussi à adresser ce thème dans ce film, sans pour autant tomber dans l'indignité, ni déclencher des tempêtes: cela sonne juste. Et le fait que le film ne s'accompagne d'aucune musique, si ce n'est les bruits angoissants des oiseaux, finit par entériner la leçon de morale cinématographique délivrée par l'un des plus grands spécialistes. Malgré tous les attraits du film, il en a fait une austère expérience à la rigueur déroutante (mais aussi mâtinée d'une grande dose d'humour très personnel, soyons juste!), mais totalement justifiée.
Pour revenir à l'absence d'explication, Hitchcock qui avait un temps envisagé d'ouvrir le film sur la fin à une plus grande exploration des effets des attaques, montrant que toute la Californie était touchée, a choisi d'en faire justement la fin du film, dans un plan magnifique, et qui a été une source de complications à n'en plus finir: voyant les Brenner et Melanie partir de Bodega Bay vers un ailleurs incertain, au milieu d'une marée d'oiseaux, tous semblant attendre tranquillement le signal de la prochaine attaque, débouche inévitablement sur une angoisse qui ne peut que se poursuivre longtemps après être sorti du film. Lâcher une explication, c'est s'exposer au danger de faire retomber le soufflé... Il a fait le bon choix, donc. Et le film, aujourd'hui comme hier, est énigmatique, monté avec génie par un cinéaste qui bat à l'époque le record du nombre de plans dans son film, et qui donne à voir dans un cadre de film fantastique une catastrophe, somme toute, plausible...
C'est le seul épisode de la série Alfred Hitchcock hour, qui fait suite (on pourrait parler en quelque sorte d'un spin-off) à Alfred Hitchcock presents à avoir été réalisé par le maître lui-même... Le principe est assez similaire à la série initiale: une présentation humoristique par Hitchcock, qui revient également à la fin... La principale différence est que comme son nom l'indique, c'est une "heure" de télévision, soit 48 minutes, de quoi accommoder 12 minutes de temps de publicité...
L'intrigue est basée sur un accident: un délit de fuite, par un conducteur qui vient de heurter un homme. L'incident a été vu par de nombreux témoins... Un homme (John Forsythe) se rend à la police et annonce être le conducteur. Il dit aussi qu'il va se défendre seul lors de son procès. Mais au moment où celui-ci commence, on annonce la mort de l'homme qui a été heurté par la voiture...
C'est donc un film de procès, qui repose sur un début intrigant, dans lequel sans nous montrer l'accident, ou alors de très loin, Hitchcock nous invite dans le film en nous montrant le moment où chaque témoin aperçoit l'accident. Il utilise des arrêts sur image, ce qui est une première dans son oeuvre (et certainement exclusif à ce film). L'essentiel du film sera justement lié au défilé des témoins, qui sont tous persuadés d'avoir 'tout vu', d'où le titre, mais le principal personnage va s'efforcer de démontrer lors de sa propre défense qu'ils n'ont en fait pas vu l'accident tel qu'il s'est déroulé...
Les témoins ici sont évidemment un panel représentatif de "braves gens", insoupçonnables de la moindre vilénie, qui accusent du haut de leur irréprochable normalité un homme d'un crime qu'ils n'ont pas forcément vraiment vu.
Et à sa façon, ce petit film particulièrement stimulant revient à ce qui reste le thème de prédilection d'Alfred Hitchcock: le faux coupable... Un exercice évidemment assez casse-cou, pour un homme qui vient de s'accuser, précisément, du crime dont il pourrait bien ne pas être le perpétrateur. Le film va donc établir le rapport entre la morale, la justice, la notion de culpabilité, et la horde des braves gens...
Pour le dernier film qu'il réalise pour la série qui porte son nom, Alfred Hitchcock se livre à un exercice de style dans un cadre qu'il affectionne: la vie quotidienne, et son cortège de ptits riens, comme un enfant qui joue dans le quartier de banlieue aisé, ou le retour au pays d'un oncle qui vient de vivre des aventures en Afrique, ou le tranquille début de soirée d'un couple ultra-conventionnel...
C'est donc dans ce cadre banlieusard, typique de l'Amérique (blanche) des trente glorieuses, que l'on rencontre Jackie, un garçonnet bien de son âge, fasciné par l'Ouest, les westerns, et... les armes à feu. Quoi de plus innocent qu'un pistolet en plastique, meme bien imité? Sauf que quand les adultes laissent trainer un vrai revolver, ainsi que les munitions, Jackie ne peut pas résister, et il prolonge son jeu en allant d'un adulte à l'autre, son "jouet" entre les mains, et il tourne le barillet de l'arme partiellement chargée, imitant le bruit de l'arme sans se rendre compte qu'il risque de tuer toutes les personnes qu'il vise...
Nous sommes, bien sûr, les seuls au courant au début, mais très vite les adultes sauront. La scène de la révélation est une petite merveille, qui nous montre avec l'usage de gros plans (notamment des mains) un homme qui se rend compte par le poids de l'arme qu'il vient de ranger, qu'il s'agit d'une arme en plastique... Cet usage du gros plan, déjà abodamment illustrée chez Hitchcock (voir Spellbound ou Suspicion, ou tellement d'autres exemples pertinents), est utilisée par le découpage, à chaque fois que Jackie ajoute une balle, invitant le public à compter et angoisser de plus en plus, et bien sûr, pour chaque nouvelle manipulation de l'arme, pendant que Jackie, ange exterminateur potentiel et inconscient, continue son périple et son jeu.
Le film n'est pas à proprement parler un pamphlet anti-armes, comme on aurait pu l'imaginer (la même intrigue aujourd'hui irait évidemment dans cette direction... du moins je l'imagine), mais bien un exercice dans lequel Hitchcock se fait plaisir: ajouter du suspense à ces scènes de vie apparemment sans intérêt, et placer un grain de sable dans les conventions d'un quartier deséspérément normal... Ou comment rappeler que le suspense, comme le mal, se niche absolument partout.