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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:52

Un coq, dans sa basse-cour, ne ménage pas ses efforts pour attraper un ver, mais un serpent à sonnette complètement cinglé se met dans la course et tente... de le séduire. 

C'est bien sûr, le résumé en atteste, totalement idiot, de cette idiotie qu'on trouvait justement chez Bob Clampett. Celui-ci avait pris le large en 1947, et ses derniers films étaient sortis après que Davis les ait finis. Cette filiation se retrouve un peu dans le rendu de l'animation, qui privilégie toujours le dynamisme sur l'harmonie formelle: sans que ce soit aussi évident que dans les animations de Rod Scribner pour Clampett, le film accumule les dérapages d'animation, et joue beaucoup sur l'élasticité des personnages...

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Published by François Massarelli - dans Arthur Davis Looney Tunes Animation
12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:46

Mac et Tosh, les deux géomyidés (en anglais il sont des "gophers") décident de s'installer pour l'hiver. Il vont se retrouver dans un petit buffet acheté par Elmer Fudd, qui va devoir partir en guerre contre leur tendance un peu trop efficace et un peu trop bruyante pour faire une réserve de glands...

Comme d'habitude, les deux personnages déçoivent par leur manque d'intérêt. Tout est affaire de partenaire, je suppose... Elmer Fudd est assez adéquat ici en propriétaire frustré par une situation qu'il ne contrôle pas, et les deux bestioles sont touours aussi insupportables tant leur politesse plaquée ne fait plus vraiment rire ni sourire.

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Friz Freleng
9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 14:14

Après le décès de son mari, Chizuru (Hisako Yamane) revient s'installer dans la maison de ses parents, une famille aisée: le père (Chisu Ryu) est veuf, et vit d'une manière tranquille et traditionnelle dans une maison cossue en pleine campagne à Nara. Outre Chizuru, il a deux filles: Ayako (Yoko Sugi) et Setsuko (Mie Kitahara), la plus jeune et la plus espiègle. Celle-ci a formé un lien d'amitié assez fort avec Shoji (Shoji Yasui), le frère du défunt mari de Chizuru. Il est traducteur, et recherche actuellement un boulot, il envisage de retourner à Tokyo; Setsuko et Shoji, un jour, ont une conversation avec un vieil ami d'enfance qui se trouble à l'évocation d'Ayako. Ils se mettent alors en tête de rapprocher le jeune homme, Amemiya (Ko Mishima), avec Ayako. Leurs plans otrdus finissent par occuper toutes la maisonnée...

Pour son deuxième film, Tanaka prend le contrepied du précédent sur de nombreux aspects: d'une part, on s'éloigne vraiment du tournage de guerila en pleine ville, qui occupait une grande part de Lettre d'amour; les acteurs, cette fois, sont essentiellement des inconnus, si on excepte Chisu Ryu, habitué d'Ozu, et Tanaka elle-même qui joue un rôle secondaire (c'était une exigence de la production, la réalisatrice restant associée dans l'oeil du public à sa grande carrière de star de stature internationale, suite au succès de Oharu, de Mizoguchi... Les acteurs sont donc des inconnus, ou de jeunes acteurs à la courte expérience (ce qui est absolument le cas de Mie Kitahara)...

Pour ce qui est du style, elle combine d'une certaine façon le style d'Ozu (le film est un scénario non tourné du grand metteur en scène, après tout, mais sans la rigueur quasi étouffante de ses compositions: elle garde une grande part de naturalisme dans ses plans, et laisse les acteurs assez libres de leurs mouvements... Tout en gardant la maîtrise du rythme, qui est plutôt soutenu. Elle obtient de ses acteurs un grand naturel, mais n'hésite pas dans certaines scènes à avoir recours à un jeu plus dynamique, en particulier dans les manigances de Setsuko et Shoji... Et contrairement à Ozu qui garde souvent ses distances en créant une intimité de communauté, celle d'une famille le plus souvent, Tanaka s'insère plus avant dans la vie de ses personnages féminins. On verra ici Ayuko se changer, d'un kimono traditionnel vers une tenue civile des années , ou encore Setsuko enlever négligemment ses bas... Des gestes intimes qui n'auraient pas leur place chez Ozu, voire chez Naruse.

Et puis un détail, qui aurait du être deux fois rien, laisse entrevoir de quelle façon la réalisatrice signe son film, avec ironie: quand Setsuko a besoin de l'aide d'une servante, pour ses manipulations de sa soeur et de son ami, elle fait appel à Yoneya (Kinuyo Tanaka), qu'elle dirige comme pour un film. Et pendant ce temps, Shoji et Setsuko encadrent Yoneya, qui fait bien attention à écouter les instructions. Non seulement il y a un renversement de rôles entre la star et sa réalisatrice, mais en prime cela souligne à quel point, dans le "couple" Setsuko / Shoji, c'est la jeune femme qui mène la barque. Et ça, ce n'est pas rien...

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka Yasujiro Ozu
7 mai 2026 4 07 /05 /mai /2026 23:33

Reikichi (Masayuki Mori), un ancien marin qui a participé à la seconde guerre mondiale, survit vaguement en traduisant à droite et à gauche... C'est que son esprit est ailleurs, et comme son jeune frère Hiroshi (Juso Dozan) l'héberge, il peut passer ses journées en pensées sombres: son amour d'enfance, Michiko (Yoshiko Kuga), qu'il n'a jamais cessé d'aimer, en a épousé un autre, poussée par ses parents. Il souhaite, depuis 5 ans, la retrouver... Un ami, Naoto (Jukichi Uno), lui propose un travail lucratif: il traduit en anglais des lettres pour des jeunes femmes qui sont restées en contact épistolaire avec des soldats américains. Elles avaient été encouragées par les autorités japonaises, afin de faciliter la cohabitation d'après guerre, et certaines ont d'ailleurs eu des enfants. Un jour, Reikichi entend dans la boutique de Naoto la voix de Michiko...

C'est un scénario de Keinosuke Kinoshita, qui est tourné ici par Kinuyo Tanaka pour sa première réalisation, après quasiment trente ans de bons et loyaux services en tant qu'actrice, pour (entre autres) Naruse, Shimizu, Ozu et Mizoguchi... Que ce soit un premier film se voit, ô combien, à travers deux aspects du film: d'un côté, l'incroyable gourmandise de Tanaka qui clairement a retenu les leçons de ses nombreux mentors. Et une certaine gaucherie globale, dans un film qui peine parfois à trouver sa cohésion. Deux aspects, clairement, contradictoires!

Mais on retiendra le désir de tourner un film qui se situe dans un certain cadre naturaliste, tout en privilégiant (surtout dans la première partie) un style cinématographique sous une forte influence de la comédie, dans laquelle le jeu corporel des acteurs passe avant les dialogues... Mais le film, sous l'impulsion du personnage tragique de Reikichi, va devenir de plus en plus sombre. Curieusement, la rencontre attendue entre Reikichi et Michiko, cette dernière étant cachée à la caméra dans un premier temps, se situe en plein milieu du film, et... c'est un moment qui accuse la lourdeur du mélodrame. Ils se retrouvent pour mieux se déchirer, l'homme reprochant à la femme ce qu'il a appris: Michiko, l'amour de sa vie, la sainte, a couché avec un américain, et maintenant lui écrit pour qu'il l'aide financièrement...

Pourtant le film ne se situe pas dans une dénonciation misérabiliste de la moralité de ces femmes, car Kinuyo Tanaka a probablement retenu la leçon de Mizoguchi, le cinéaste à la réputation complexe... Elle se rappelle aussi de son voyage aux Etats-Unis, qui lui sera tant reproché par l'intelligentsia et le public. A travers Reikichi, c'est l'incompréhension de la société, représentée ironiquement par un homme, un héros déboussolé. C'est donc à Hirochi, un jeune homme entreprenant, que revient la difficile tâche de réconcilier les deux amants.

Peut-être y a-t-il trop d'idées, peut-être la gaucherie n'est-elle pas suffisamment contrebalancées par les éclairs de mise en scène (il y en a, de la scène des retrouvailles srur un quai de gare, joliment tournée, à une tentative nocturne de suicide, qui passe omme par bravade par de la comédie de moeurs avec trois prostituées truculentes)... On s'ennuie parfois, avec le vague sentiment de passer à côté de quelque chose...

Ce qui est sûr, c'est que Kinuyo tanaka a des choses à dire sur le Japon d'après-guerre, qu'elle a subliminalement peuplé d'Américains. On verra ce qu'elle fera par la suite...

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka
7 mai 2026 4 07 /05 /mai /2026 20:46

Inspiré par l'histoire de Tom Pouce, ce film de Chuck Jones (qui a choisi de mettre en valeur la contribution de Maurice Noble, le décorateur qui a rendu les Looney tunes, surtout ceux avec le Coyote, de plus en plus abstraits par ses décors) fait partie de ses expérimentations narratives. D'un côté, un graphisme étonnant, ultra-stylisé, auquel Jones cédait de plus en plus en ces années 60, et de l'autre une narration souvent absurde, marquée par un humour à froid, renforcé par l'accent Britannique forcé de tous les protagonistes...

Et de fait, si j'admets l'attrait de l'expérience, ce n'est en aucun cas plaisant. C'est assez typique des Looney tunes des années 60 qui tendent à cacher l'indigence de leur animation derrière les aspects expérimentaux, et on baille parfois un peu trop... 

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Looney Tunes Animation
6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 13:32

Années 50: à Hiroshima, un professeur (Eiji Okada) dialogue avec ses élèves adolescents. Un tiers d'entre eux souffrent de séquelles de la bombe. L'une d'entre eux, à l'hôpital, est entre la vie et la mort... Elle se rappelle des moments qui ont précédé et immédiatement suivi le cataclysme...

A l'origine de ce film peu banal, une demande bien précise, adressée à Kaneto Shindo: un syndicat d'enseignants avait demandé au cinéaste de réaliser un film basé sur les témoignages des habitants survivants de la ville martyre; mais le résultat, Les enfants d'Hiroshima (1952) ne leur a pas paru être réussi, et surtout n'était pas, de leur poin de vue, assez politique... Ils ont donc tout bonnement demandé à un autre cinéaste. 

C'est un film inclassable, tourné pour une large part sur place, et possédant même par moment le parfum et l'urgence d'un documentaire. Les acteurs ont été dirigés vers un jeu qui passe de la sobriété (les moments "naturalistes" qui précèdent la catastrophe), à un jeu expressionniste souvent volontairement excessif: en particulier, durant cinquante minutes, le film se concetre sur les errances des suvivants, hagards, en haillons, des centaines de figurants couverts de boue, de poussière, qui n'en finissent pas de ressembler à des morts vivants...

En particulier, on suit des personnages, probablement inspirés par des témoignages: une jeune institutrice (Yumeji Tsukioka), prise au piège de la bombe alors qu'elle était en sortie avec des élèves, un soldat qui court partout où il peut à la recherche de son fils, qu'il ne trouvera que trop tard... Des enfants, des pères et des mères, et partout, le constat que la mort n'a pas fini son travail. 

L'horreur de la bombe est bien sûr le sujet de cette première partie, mais la deuxième, située dans le Japon de 1953, se concentre autant sur les initiatives presque absurdes des enfants miséreux, qui tentent d'exploiter leur malheur (ils vendent des débris de façon agressive à des passants), que sur la naissance d'un fort sentiment pacifiste, incarné en particulier par un jeune homme, un déliquant qui se bat pour que les usines d'armement (probablement sous contrôle Américain) cessent de fonctionner au Japon. Un contexte politique, parfois didactique, qui tend à alourdir le film...

Un film, vous l'aurez compris, qui n'est pas des plus faciles à regarder.

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Published by François Massarelli
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 21:26

Les préparatifs de départ de l'arche de Noé et sa famille battent leur plein, puis on rassemble les animaux, et le déluge s'accomplit... 

Le film est raconté dans cet ordre, non sans une introduction (musicale) des personnages, donc la famille de Noé, qui ont déjà apprivoisé des centaines d'animaux différents, qui jouent ici le rôle traditionnel de mère Nature chez Disney: au service de l'homme. C'est irritant, c'est surtout d'une grande cruauté, puisque tous les éléphants qui travaillent pour eux vont devoir ensuite se soumettre à une drastique sélection, le plan étant de ne sauvegarder que deux exemplaires de chaque espèce, un mâle, et une femelle!

N'empêche, même bardé de références à l'idéologie dominante chez Disny (soit très à droite!), même avec son conte biblique, le film ne manque pas de drôlerie, tant il a été décidé ici de privilégier les gags. Une approche qui manquera cruellement à l'épisode "Biblicomythologique" de Fantasia 2000...

 

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Published by François Massarelli - dans Silly symphonies Disney Animation
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 21:13

Ce film, l'un des tous premiers "silly Symphonies" de Disney, est la preuve d'une part qu'un film peut être franchement poilant, si vous me passez l'expression, et totalement, mais alors vraiment, politiquement incorrect, comme on dit. Dès le titre, nous voilà prévenus: il sera question ici, suivez mon regard, de "tribus Africaines sauvages", trois mots considérés comme synonymes, d'ailleurs, par tout le monde, aux Etats-Unis, en 1930... Des êtres humains saisis uniquement dans leur nature profonde telle qu'on l'appréhendaiit (et bien sûr on avait tort), sans aucune considération pour leur humanité, donc. 

L'abstraction du design a beau être virtuose (même si lors de la danse initiale des personnages, on renvoie plus d'une fois à la fameuse Skeleton dance du film du même nom, sorti en 1929, et qui était le coup d'envoi de la série "Silly Symphonies"), le bât blesse quand même beaucoup ici, et au passage, il me semble qu'on n'a pas beaucoup de preuves du fait que les créatures présentées s'adonnent réellement au cannibalisme dans le film, car seul l'un d'entre eux tombe dans la grande marmite, où il trouvera d'ailleurs plusieurs fois refuge lors de l'arrivée d'un lion qui lui, sans aucune contestation, mange bien de l'homme...

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Published by François Massarelli - dans Disney Pre-code Animation Silly symphonies
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 19:01

8 ans plus tard, une suite à Inside out (Vice-versa), de Pete Docter...? On fronce les sourcils, tant ça semble inutile. Et risqué! ...Si ça se trouve, c'est le début d'une franchise qui presserait le citron jusqu'au bout! D'ailleurs, le sujet étant justement la croissance d'une pré-adolescente, le risque en est multiplié. Espérons qu'on saura s'arrêter à temps chez Pixar. L'autre sujet propre à faire se froncer les sourcils, c'est bien sûr le fait que cette fois, Pete Docter n'est pas l'auteur du film. Il en est l'un des producteurs exécutifs, ce qui veut dire qu'a priori il n'a rien fait à part donner son accord pour la reprise et l'expansion du concept. Quelqu'un avait eu l'idée, dans le premier film, qu'il y aurait sur le tableau de bord du quartier général des "émotions", un gros bouton sur lequel était inscrit "Puberté". Donc...

Rappelons l'inrigue du premier film: à l'intérieur de Riley, une jeune fille du Minnesota, vivent ses "émotions", la pétulante Joie, Dégoût, Peur, Colère et Tristesse. Dans leur quartier général, elles gèrent chaque minute de la vie de la jeune fille, entre expérience et coups de théâtre... Quand la famille vient s'installer à San Francisco, tout va se jouer entre Joie et Tristesse, sous l'arbitrage nerveux des trois autres...

Riley a treize ans désormais. Elle va rentrer en Junior High School, où elle envisage de continuer le Hockey. mais elle apprend, alors qu'elle se rend justement à un stage d'été pour sa future école, que ses meilleures copines vont dans un autre lycée, et c'est donc leur drnière chance de jouer ensemble; la puberté de Riley, qui vient de se déclarer, fait des ravages, et dans le "quartier général", les cinq émotions font face à l'arrivée de nouveaux venus: Ennui, Envie, Embarras et surtout Anxiété sont en effet bien différents des émotions habituelles, et la cohabitation sera bien délicate...

l'essentiel se joue entre Joie et Anxiété, qui prend peu à peu le contrôle, déclenchant catastrophe sur catastrophe. Comme pour le premier film, le tout reste lisible, de façon très étonnante, et les gags abondent, sans trop qu'il s'agisse de redites. Si le film ne s'imposait pas, il s'inscrit au moins dans 'ensemble enthousiasmant des films de Pixar qui réussissent, tant bien que mal, à faire passer des messages tangibles sur des faits rarement, voire jamais explorés dans les dessins animés, surtout de Disney: quand la puberté frappe, le film utilise des métaphores pour fire passer l'idée des premières règles (Alerte rouge a sans doute été un peu plus loin en en faisant carrément le sujet du film, mais passons); et un souvenir, qui nous rappelle que le T-shirt préféré de Riley est de couleur arc-en-ciel, serait peut-être à rapprocher de sa fascination pour la belle Valentina Ortiz. Pixar, comme d'habitude, ferait-il de la résistance?

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Disney
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 18:31

C'est amusant de constater que ce film, dont le titre Danois se traduit directement L'île d'amour (les Anglo-saxons le rebaptisèrent Honeymoon island, ce qui n'est pas stupide) est adapté d'un roman de Carl Muusmann, qui s'intitulait Djævleøen (L'île du diable)... J'imagine que l'adaptation en a sérieusement écorné toute prétention au diabolisme!

Charles et Grete Holm (Gunnar Tolnaes et Karina Bell) sont mariés, et ont tout pour être heureux: armateur, il est florissant, et il aime sa petite épouse. Elle le lui rend bien... Mais d'une part elle a du quitter une carrière dans la danse pour son mariage, et son mari est particulièrement peu féru de culture. D'autre part, il reproche à son épouse d'avoir des prétentions qui le dépassent. Et elle n'aime pas, mais alors pas du tout, le bruit de sa pipe! L'un et l'autre rêvent donc (et c'est transposé à l'écran) d'une version différente de l'être aimé...

Sauf que Grete s'affiche ouvertement, et de plus en plus, avec un insupportable poète, Lorens (Peter Malberg), qui est non seulement ridicule, il est surtout amoureux d'elle et ne s'en cache pas. Charles écoute donc l'idée de son ami Grøn (Philip Bech): celui-ci lui suggère en effet de partir en excursion avec un voilier, et de provoquer un faux naufrage, puis de se réfugier sur une île qu'il possède, en Mer du Nord. Seulement, le naufrage va s'effetuer non seulement pour le couple, mais aussi pour Lorens et deux matelots dévoués à l'armateur...

Ce dernier point n'est pas un ressort dramatique, et c'est la source d'un des points les plus faibles du film: il n'y a en réalité pas ou peu d'enjeu... Jamais Grete et Charles ne sont perdus, pas plus qu'ils ne sont seuls. Les trois autres protagonistes sur l'île fournissent essentiellement la comédie (et pas des plus légères, la composition de Malberg en poète étant tout sauf subtile!), et on attend bien sagement que Grete réalise qu'elle a surtout été capricieuse et que on mari n'est pas un rustre, juste un homme sensé... Non, le film n'a par ailleurs absolument rien de féministe!

C'est l'un des 6 films de Sandberg sortis en 1924, et même en ajoutant que souvent la compagnie Nordisk engrangeait tranquillement des films pour en retenir la distribution un an ou deux, le fait est que ça fait quand même beaucoup... C'est une comédie, mais contrairement à l'irrésistible et souvent plus que loufoque Nerfs brisés de 1923, il ne décolle jamais du tout-venant... A un moment, très tardif, Grete semble apte à prendre le pouvoi sur le film, en trouvant le moyen de laisser tout le monde en plan sur l'île pour rentrer à Copenhague (ce qui ne leur ferait pas trop de mal), mais... Karina Bell, comme souvent, joue ici une ravissante idiote, son rôle plus ou moins imposé depuis son appariton dans David Copperfield. Bref: Sandberg avait beaucoup mieux à faire, et ça tombe bien, il le ferait!

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924 Comédie