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26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 12:53

A la demande d'un explorateur, Louis Rondelle (Hobart Bosworth), la marine met à sa disposition un dirigeable, sous la responsabilité de Jack Bradon (Jack Holt), mais aussi un avion piloté par le turbulent Pierce (Ralph Graves), un copain de Bradon. Amis mais rivaux en exploits, les deux hommes vont aussi être rivaux en amour, puisque si Pierce est marié à Helen (Fay Wray), celle-ci n'apprécie pas son tempérament de tête brûlée et sa propension aux risques inutiles, et Jack qui l'aime en silence, est pris entre dévotion et passion secrète...

C'est une formule qui dure depuis Submarine, en 1928, avec le même duo d'acteurs... Capra utilisait ainsi le ticket Holt-Graves, de film en film (celui-ci serait le troisième et dernier, après Submarine et Flight), pour monter en grade à la compagnie Columbia, et tant qu'à faire donner des lettres de noblesse à un studio qui en avait bien besoin! Ce film a d'ailleurs obtenu un succès certain, mais surtout il est le premier des films Columbia à avoir obtenu l'honneur d'une première spectaculaire au fameux Sid Grauman's Chinese Theater. On peut meme se dire qu'il était quasi inévitable que le cinéaste se désintéresse de ces films d'aventure programmatiques, pour se consacrer à des oeuvres plus sophistiquées!

C'est malgré tout bien fait, avec un parcours flêché pour le spectateur, une mission de prestige dans laquelle le dirigeable d'un des protagonistes devra transporter l'avion de l'autre... Ce qui a sans doute le plus intéressé l'ingénieur Capra, c'est bien sûr le défi de recréer des décors qui tranchent sur le tout venant, ici le Pôle Sud... Le metteur en scène a toujours su faire son maximum et est justement reconnu pour son talent d'illusionniste, qui lui sera tant utile lors du tournage de Lost Horizon...

Au-delà de la rivalité, qu'elle soit militaire, technique ou simplement amoureuse, entre les deux personnages, le film semble adopter une vision "adulte" des deux lurons Holt et Graves: l'enjeu, c'est de voir s'il est possible pour Pierce de raccrocher et de rester auprès de son épouse qui l'aime tant... C'est le seul film qui nous montre Fay Wray collaborer avec le metteur en scène, et il a su lui donner un rôle bien plus intéressant que beaucoup de ce qu'elle faisait à l'époque: une scène en particulier retient mon attention, lorsque Pierce lui fait ses adieux et qu'elle fait bonne figure, mais dès qu'il est parti, l'épouse laisse sa frustration s'exprimer, et a un mouvement de colère...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code
26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 00:11

Les artistes du cirque Rainey ont pour vocation de donner leurs deux spectacles par jour, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau ("rain or shine"...). Ca tombe bien, dans la séquence qui sert d'exposition, il pleut de façon spectaculaire; On y apprend que les comptes ne sont pas au beau fixe, que la propriétaire, par ailleurs écuyère de son état, est inquiète pour l'avenir, mais le régisseur et homme à tout faire Smiley (Joe Cook), lui y croit. Par contre, toujours dans cette exposition, nous est montrée la rivalité haineuse dont est l'objet le protégé de la patronne, par des jaloux qui souhaitent faire main basse sur le cirque. Enfin, si les sentiments de Smiley pour la jolie miss Rainey ne font aucun doute, un jeune et fringant concurrent lui fait dangereusement de l'ombre, et les millions de ses parents pourraient bien décider la belle...

C'est un film paradoxal, sorti aux débuts du parlant et qui confirme de façon évidente le talent singulier et inné de Capra pour les tournages inventifs, pour le naturalisme aussi. Paradoxal, parce que Rain or shine était une comédie musicale sur scène, dont Capra a tout bonnement retiré les chansons et autres passages musicaux, tout en donnant à l'ensemble de la fraîcheur, en sortant sa caméra des studios ou étaient le plus souvent confinés les films des débuts du bruit cinématographique... Et bien sûr, à l'époque où on aurait été voir n'importe quoi du moment que ça chante et ça danse, le risque était gros! Mais le film possède un charme fou, avec cette énergie phénoménale dégagée par Joe Cook, mais aussi l'impression d'assister à de l'authentique, par le recours à de vrais artistes de cirque, qui se livrent à leur métier avec simplicité et assurance sous les caméras de la Columbia.

Mais surtout, pour qui connait bien l'oeuvre de Capra, cette ode à l'optimisme en toutes circonstances est presque choquante: en effet, les artistes du cirque Rainey perdent tout, et la seule chose qui tienne encore debout à la fin est justement l'optimisme de "Smiley"! Une fin triste pas trop mal vécue par ce dernier, qui se livre à deux ou trois dernières pirouettes avant de tirer sa révérence...

La fin est adoucie dans la splendide version muette et sonore (Avec intertitres de rigueur) qui était distribuée lors de la sortie internationale de ce film des débuts du parlant: des prises différentes, quelques scènes en moins, quelques scènes et gags en plus, et la science du rythme de Capra font de cette version alternative une belle découverte...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Muet 1930 **
26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 00:09

Signé par Capra de son pseudonyme de l'époque (Frank R. Capra), ce qui aurait du être un petit mélodrame est en réalité un film flamboyant, qui brille en particulier par le personnage interprétéé par la grande Barbara Stanwyck. le fait que tous les acteurs ne lui arrivent pas à la cheville importe peu: c'est elle qui tient ce beau film debout.

Kay Arnold, une jeune femme dont l'occupation principale, bien que ce ne soit jamais dit, confine à la prostitution, devient le modèle d'un jeune peintre idéaliste (Ralph Graves), dont les parents riches voient d'un oeil inquiet son association avec la jeune femme. Quand ils essaient d'assumer leur amour, envers et contre tout, la jeune femme est ramenée à sa propre dimension, et un sacrifice est exigé d'elle.

La prostitution n'est pas le sujet du film, il s'agit plus pour Capra de montrer que les classes sociales n'ont pas de frontières, et qu'il est possible de s'amender, de changer et tout simplement de s'élever... S'élever: c'est ce que la caméra fait, dès le départ: on est en pleine soirée, dans une rue huppée, et soudain les passants manquent de recevoir des bouteilles sur la tête: la caméra, qui monte, nous révèle que là-haut, une fête dans l'atelier du peintre, se déroule. Les invités sont riches et futiles. Mais ce mouvement vers le haut trouve des rimes, tel ce moment lorsque le jeune homme sur sa rterrasse regarde vers les étoiles, alors que la jeune femme qui n'a pas encore succombé au charme de son employeur, insiste pour regarder en bas.

Enfin, lorsque la jeune femme est décidée à partir, son amie (Marie Prevost) qui a compris le danger, se rend chez le peintre pour le prévenir, et les 25 étages manquent d'avoir raison d'elle... il faut aimer pour s'élever, ou avoir une bonne raison, et ce ne sera pas une partie de plaisir. On retrouve l'idéalisme, la morale de Capra, mais aussi son talent pour rendre un film cohérent du début à la fin. Son don également pour entremêler la comédie et le drame, déjà bien en place à l'aube d'une carrière plus que fabuleuse: Ladies of leisure est un film très beau à voir, mais aussi dont le montage sûr et le jeu admirable de Stanwyck (Etait-elle capable de mal jouer? j'en doute) font un film étonamment fluide pour 1930...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Barbara Stanwyck
24 décembre 2024 2 24 /12 /décembre /2024 23:43

Dory, la plus oublieuse des poissons femelles, vit une petite vie tranquille en compagnie de Marlin et Nemo, ses deux amis rencontrés dans Finding Nemo... Elle vit à l'abri de son pire souvenir, puisqu'elle n'a aucune capacité à imprimer les faits qui se déroulent autour d'elle. Mais elle a quitté un jour ses parents, et les a cherchés, jusqu'à ce qu'elle ne se rappelle plus qu'elle les cherchait...

Et un jour, alors qu'elle assiste le maître d'école local, elle se souvient: elle sait qu'elle a quitté ses parents et se rappelle même, comme dans un flash, d'un nom de lieu en Californie. La voilà partie, en compagnie de ses deux amis poisson-clowns...

Les films Pixar sont tous plus ou moins consacrés à une émancipation d'un personnage, à l'intérieur de lui- ou d'elle-même. Apprendre à accepter qu'on est un jouet, accomplir son destin quand on est un robot et qu'on est presque la dernière chose qui bouge sur notre planète, accepter de vieillir, accepter à la fois de grandir et d'appartenir à une communauté spécifique... Tous les longs métrages sont tournés vers cette réalisation d'un potentiel, généralement dans un contexte ultra-positif. Ce qui devrait avoir le don de me hérisser le poil tant c'est systématique...

Mais si on accepte de bonne grâce de les suivre, la plupart du temps (donc quand il n'est pas question de donner vie à des voitures moches) c'est aussi que les équipes de ces films ont toujours su rivaliser d'invention avec eux-mêmes, en deux points si complémentaires: d'une part, l'animation est toujours d'une complexité hallucinante, jusqu'à presque nous faire oublier qu'il s'agit d'animation, justement. Et d'autre part, la construction des personnages échappe au cliché. Ce que prouve ce film, qui reprend les personnages importants de Finding nemo, mais ne se contente pas d'être une suite. La quête de Dory est justement de retrouver ce qui fait d'elle ce qu'elle est. Un personnage ultra-débrouillard, puisqu'elle doit en permanence pallier à sa mémoire qui est plus que défaillante!

Une fois qu'on aura admis qu'une "suite" du premier film est comme d'habitude, par définition même, on ne pourra que se réjouir devant cette odyssée en mouvement permanent, animée de fort belle façon, avec un humour de haute volée... Dans laquelle en plus de la qualité graphique, on reprend le principe qui faisait le sel de Nemo: une galerie haute en couleurs de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, et qui ont tous besoin d'apprendre à surmonter leurs failles... Dory et sa mémoire, mais aussi le poulpe Hank qui souhaite tant échapper à l'immensité de l'océan, Destiny le requin baleine myope, ou encore le bélouga qui ne parvient plus à faire fonctionner son sonar depuis qu'il est en captivité... 

 

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Published by François Massarelli - dans Andrew Stanton Pixar Disney Animation Plouf!
24 décembre 2024 2 24 /12 /décembre /2024 13:54

Le Golden Bough accoste à San Francisco, et pour le capitaine Angus Swope (Walter James), ça ne fait aucun doute: il est tellement brutal que les marins vont tous déserter! ...ce qui évitera de les payer. Il a l'habitude, et... Les remplaçants seront faciles à trouver, car en ville, le "Suédois" (James Bradbury), un tenancier de bouge miteux, s'est fait une spécialité de fournir à Swope de la viande saoûle... Parmi les nouveaux arrivants sur le bateau, lors de cette escale, un pasteur (Chappell Dossett) qui avait eu l'idée saugrenue d'entrer chez le "Suédois" pour y prêcher la bonne parole, un placide Afro-Américain (Blue Washington), un jeune homme (Richard Arlen) qui a vu que le capitaine Swope était brutal avec sa fille (Jacqueline Logan), et surtout Newman (Hobart Bosworth), un mystérieux marin taciturne, qui cache un secret...

C'est une des traditions, souvent honorée avec panache, du cinéma muet Américain: les films sur la mer, et ses dangers, situés dans des bateaux où les marins (et les acteurs) se sont retrouvés plus ou moins à la dure! Il y avait eu Old ironsides, The sea beastCaptain Blood, Down to the sea in shipsThe sea Hawk, The Yankee clipper... Et Behind the door. Ce denrnier film possède plus d'une correspondance avec ce film, en particulier un ton assez noir, et la présence dans les deux cas de l'acteur vétéran Hobart Bosworth. 

Les films du genre pouvaient aller dans deux directions: historique, ou mélodramatique. C'est clairement la deuxième solution qui a été retenue, afin de construire un film entier sur le drame des marins prisonniers d'un capitaine cruel, et de la particularité de devoir à la fois renoncer à la liberté, et participer à la bonne marche du bateau. A ce titre, le capitaine incarné par Walter James est plutôt impressionnant, même si toute la partie mélodramatique est cousue de fil blanc (bien sûr que sa fille n'est pas sa fille!)...

Reste un film vraiment emballant, qui a le bon goût d'être sous tension permanente, et de ne pas avoir négligé un certain réalisme noir, comme dans les scènes initiales situées à san Francisco. La caméra de Harry Davis nous donne à voir l'humanité terrifiante du bar miteux du Suédois, et le peuple de tout un tas d'échantillons, dont la plupart vont se retrouver engagés de force sur le bateau. Le décor du bateau lui-même, partagé entre les extérieurs tournés sur l'eau, et les intérieurs tournés en studio, sont constamment crédibles... Et on aime à retrouver Richard Arlen, même s'il ne fait aucun doute que ce dernier, qui était en contrat avec la Paramount, devait expier je ne sais quelle faute en suissant une punition, comme tout acteur d'un studio qui se respecte quand on se retrouvait à tourner à la plébéienne compagnie Columbia! Il n'empêche... Son jeune héros dynamique est très engageant... Même si de toute évidence il doit passer derrière l'ange exterminateur interprété par Bosworth!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 **
23 décembre 2024 1 23 /12 /décembre /2024 14:43

Un jeune couple avec un enfant. Le chien n'est plus là. Le père fume en permanence. La mère adopte une attitude distante et parfois agressive. Le père est souvent considéré par elle comme un autre enfant. Leur fille semble déjà dans son monde. On va ensuite apprendre comment ils se sont rencontrés à travers des flash-backs...

...et on s'ennuie, mais alors on s'ennuie. Combien de fois avons nous vu, sous couvert de naturalisme, des films qui ne parviennent pas à dépasser le "naturel" de la première prise "presque-vécue-on-croirait-vraiment-qu'ils-le-vivent-parce-qu'ils-improvisent", dont on aurait tellement envie de dire qu'en vérité c'est de la pure feignantise. Ou alors ces acteurs nous tiennent à distance, quel que soit leur talent...

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Published by François Massarelli - dans Ryan Gosling
22 décembre 2024 7 22 /12 /décembre /2024 22:46

Une cigogne fait son travail, qu'elle aime particulièrement: elle apporte bébé après bébé, et on lui fait un merveilleux accueil, avec un petit verre par-ci et un petit verre par là... Pendant ce temps, chez daffy Duck on attend justement un heureux événement. Du moins madame (Daphné, en l'occurrence), pas monsieur. Celui-ci est clairement décidé à empêcher la venue de l'oiseau de malheur...

Au-delà du fait que le film repose sur la croyance infantile plus qu'enfantine de la légende de la cigogne apportant les enfants à leurs parents, c'est noir, très noir même! Car Daffy Duck, prêt à tout, ne veut absolument pas d'un nouveau bébé, et le fait savoir... Sa détermination nous rappelle de quelle façon il accueillait (avec la plus sourde angoisse) l'idée d'aller servir son payx dans un court de Bob Clampett. Plutôt que lâche et minable, au moins on l'aime assez facilement quand il est aussi vindicatif. L'animation est très adéquate...

Et puis il y a des crocodiles dans la cave. On n'en discute même pas l'implacable logique...

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes Daffy Duck
22 décembre 2024 7 22 /12 /décembre /2024 22:36

Enfonçons si vous le voulez bien une porte ouverte: Rear window est l'un des joyaux de son réalisateur, un très grand film de l'époque classique d'Hollywood, et ses cinq acteurs principaux sont tous fabuleux, y compris le méconnu Wendell Corey en détective irritable qui va s'investir dans cette enquête bizarre uniquement pour prouver à son copain qu'il a tort, y compris la grande Thelma Ritter en infirmière pittoresque. L'intrigue concerne comme chacun sait un photographe immobilisé par un accident qui est si désoeuvré qu'il n'a pas d'autre ressource d'espionner ses voisins, mais finit par tomber sur ce qui ressemble bien à un meurtre.

Le thême du faux coupable, si cher à Hitchcock, échappe à ce film, qui se concentre à la place sur un grand nombre d'autres aspects, tous aussi fascinants les uns que les autres, et qui ont toujours une résonnance à notre époque de voyeurisme. On pourrait dire sans trop exagérer que L.B Jefferies (James Stewart) est un ancêtre du zappeur, mais la perversité de la situation est troublante.

Un autre aspect qui découle de la multiplicité des appartements à voir par cette "fenêtre de derrière", c'est le fait que tout ce qui s'y passe parle d'amour, et non seulement renvoie à ce curieux couple formé par Jeff et Lisa (Grace Kelly), il commente en plus leur valse hésitation, la souligne, l'illustre ou la parodie...

Jeff utilise d'ailleurs consciemment cette analogie, ce qui pousse Lisa à participer à sa fascination pour ces fenêtres étrangères avant même d'être persuadée comme lui de la tenue d'un meurtre sordide en face de chez eux. Hitchock utilise d'ailleurs toutes ces fenêtres pour pousser le bouchon un peu loin, et le soupçon du sexe hors mariage entre Lisa et Jeff est plus que souligné du début à la fin. Sinon, le crime qui a eu lieu (Tout le monde le sait, s'en doute, on peut le dire sans révéler grand chose) est perpétré par un être humain, qui n'a rien d'un grand criminel, interprété par Raymond Burr, qui en fait un homme peu sûr de lui, manifestement réservé et brutal, timide et dangereux. Le tour de force pour Burr comme pour Hitchcock, c'est de faire cette caractérisation à distance, non seulement de Jeff, mais aussi du spectateur, et du micro: on l'entend très peu. Certaines scènes doivent beaucoup à son regard (Lorsqu'il aperçoit l'alliance de sa femme sur le doigt de Lisa, et qu'il surprend son geste, il jette un regard direct sur la caméra), et paradoxalement la confrontation finale, qui nous permet enfin d'entendre sa voix à la fois inquiète et menaçante, nous laisse voir un homme qui se sait brisé, condamné. Il fait pitié...

C'est que tout ce qui se passe autour de L.B. Jefferies, et de Lisa, semble renvoyer à eux d'une manière ou d'une autre: Hitchcock s'est efforcé de faire de presque chaque voisin soit un commentaire sur ce que sont les deux héros, soit un double de l'un d'entre eux. Burr, dans une de ses premières scènes, est d'ailleurs commenté par James Stewart, qui s'imagine dans la même situation que l'homme marié, et semble assez clairement le plaindre..

Le scénario est très cohérent, qui fait usage de tous les aspects du regard, personnifié par les objets du photographe, les objectifs et les jumelles, dans un jeu de regards et de points de vue remarquables, surtout que Hitchcock, fidèle aux défis les plus fous, ne sort pas ou presque pas de l'appartement...

Enfin, décidément, ce film est un hommage au cinéma, représenté par toutes ces fenêtres, qui renvoient une image muette, de façon perverse, puisque nous n'avons pas le droit de regarder ce qui se passe chez nos voisins, mais HItchcock semble nous dire: Au cinéma, on peut...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
22 décembre 2024 7 22 /12 /décembre /2024 17:18

Ralph Graves joue ici Lefty Phelps, un joueur de football qui a fauté: il a marqué contre son camp et est devenu la risée de l'Amérique. Il s'engage dans le corps des Marines pour oublier, avec l'intention de se tourner vers l'aviation... Il est plus ou moins pris sous l'aile du sergent instructeur Panama Williams (Jack Holt), qui l'a à la bonne jusquà ce que les deux hommes deviennent rivaux pour les beaux yeux de l'infirmière Elinor (Lila Lee)...

C'est un produit de pure consommation, en quelque sorte: suite au succès de Submarine, en 1928, Harry Cohn a demandé à Capra de reprendre sinon l'argument ou les héros, au moins le style de son gros succès dans un nouveau film: cette fois les deux hommes sont des pilotes...

Le film est donc parlant, et on sent le réalisateur enclin à tout faire pour éviter les écueils techniques. ses personnages ne parlent pas trop lentement, et il en ressort un certain réalisme, qui sied bien avec le côté "dur à cuire" des deux personnages principaux. Le dialogue est d'ailleurs crédité à Capra lui-même. Techniquement, le film est très adroit, l'efficacité du metteur en scène n'étant jamais prise en défaut.

Sinon, on sent la touche de Capra l'auteur à travers cette carrière de militaire qui nait d'une gaffe monumentale, préfigurant la naïveté des Deeds et Smith... Et le metteur en scène s'amuse d'un gag (autour de Ralph Graves, malade après son premier vol, et pris d'une sérieuse envie de vomir alors que les soldats sont unis dans un salut aux couleurs) dans lequel il contourne à la fois la difficulté et la vulgarité.

Mais ce qui me frappe le plus, c'est qu'après avoir laissé Submarine plagier (et surpasser) A girl in every port, Capra ici reprend l'argument sentimental de Tell it to the marines, et réussit à faire un film bien plus distrayant que... Hell's angels. Vous me direz, c'est très facile...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Frank Capra
22 décembre 2024 7 22 /12 /décembre /2024 17:11

Une jeune voiture, contre l'avis de sa mère, voudrait être un taxi... Il fait l'école buissonnière et se mesure à un train... Mais il a un accident.

Apparté: je hais le film Cars, de John Lasseter, mais pour une raison toute personnelle. Je ne parviens pas à accepter cette idée stupide, de proposer une vision du monde dans laquelle l'humanité est remplacée par la civilisation de la voiture... Dans ce film, c'est presque pareil. Je dois dire qu'il est assez repoussant, mais là encore, c'est vraiment MON impression.

Mais au-delà, le film souffre surtout de son étrange fin, qui semble vraiment enfoncer le clou! après un accident, le petit véhicule fait exactement la même bétise, sans que le film ne soit résolu. Avery donnera dans les années 50 sa version de ce genre d'histoire, et ce sera à peine meilleur...

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Looney Tunes Animation