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27 octobre 2024 7 27 /10 /octobre /2024 16:32

Serge Korber, Dany Carrel, Michel Audiard, comment dans ce cas ne pas penser au film précédent du metteur en scène, le si poétique, si "hors du monde" Un idiot à Paris? Mais l'histoire ne se répète pas forcément, le réalisateur se tourne vers le film noir en adaptant un roman de James Hadly Chase...

Fred Thibault (Jacques Perrin) est un jeune photographe sans avenir, qui traine dans les rues pour proposer des tickets au gens qu'il photographie. Le hasard lui fait rencontrer une jeune femme, mystérieuse comme il se doit, dont il tombe immédiatement amoureux: Claire (Dany Carrel) est voleuse... Il décide désormais de l'arracher des mains d'un protecteur jaloux, Brady (Robert Hossein). Les deux jeunes gens s'aiment, mais quel est le véritable rôle de Brady dans la vie de Claire?

Côté face, les dialogues, percutants et millimétrés, sans ces écarts que se permettait Audiard quand on le laissait faire. Ici, le verbe sert la caractérisation, mais ne flirte pas avec le baroque... Parmi les seconds rôles, on appréciera inévitablement Dalban en flic revenu de tout, et Pierre Brasseur qui ne peut pas ne pas tenter, par tous les moyens avouables ou non, de voler l'attention dans un scène! Perrin est jeune, et Dany Carrel... Eh bien c'est Dany carrel, quoi!

Côté pile, il faut bien reconnaître que le schéma femme fatale - héros vertueux mais fasciné et naïf - beau ténébreux diabolique a du plomb dans l'aile, et comme il est tourné en France par un metteur en scène soucieux d'imposer sa griffe, on tombe assez rapidement dans le réchauffé... Ca se laisse voir, ce qui est déjà ça. Mais "La Petite Vertu", en 1968, tout comme les scènes de lit qui se prolongent, on sent que la production a les friands de sensationnels, aguichés par la libéralisation du cinéma, dans le collimateur! 

...La preuve en affiches.

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Audiard
27 octobre 2024 7 27 /10 /octobre /2024 13:22

Le dernier des "quota quickies" réalisé par Michael Powell est, comme la plupart des films conservés du réalisateur sur cette période de débrouille, bien meilleur qu'on aurait pu l'anticiper! Il est aujourd'hui réduit à un peu moins d'une heure, dans la version distribuée aux etats-Unis. C'était une production de Joe Rock, dont la décision suivante fut de travailler de nouveau avec Powell sur The edge of the world... Le reste, bien sûr, tient autant de la légende que de l'histoire! Il faut croire que le metteur en scène et son producteur Américain se sont bien entendus...

C'est une intrigue policière légère, menée tambour battant: Nick et June, un couple de jeunes gens, ont décidé de s'enfuir et de se marier, en profitant d'un bal costumé organisé chez la jeune femme. Mais un homme qui s'est introduit en douce tente un vol spectaculaire, puis s'enfuit après avoir blessé Nick. Mais celui-ci est soupçonné du délit... Qui est donc "l'homme derrière le masque"?

Mais le film tourne très, très vite, sans aucun scrupule, au baroque le plus absolu, mélangeant l'intrigue policière qui rebondi environ toutes les cinq minutes, à une simili science-fiction, de la comédie, et une belle rasade de frissons typiquement assimilables aux codes du serial le plus délirant...

C'est troublant, de voir qu'on jurerait être, parfois, devant des prises inédites de Young and innocent! Les deux films ne se ressemblent pas tant, mais Powell savait déjà aller au bout de ses possibilités pour créer une atmosphère excitante, comme son illustre collègue. La seule différence c'est que le metteur en scène accomplissait ces films, vite mais bien faits, principalement pour des raisons alimentaires.

Difficile de savoir à quoi ressemblait la version intégrale du film, perdue pour toujours; ici, les événements se suivent à un rythme soutenu, même si on a parfois l'impression d'une certaine gratuité, qui fonctionne après tout fort bien dans un cadre de petit film de divertissement...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
27 octobre 2024 7 27 /10 /octobre /2024 07:40

Voici une comédie qui nous renseigne assez bien sur le grand n'importe quoi qui règne dans les films de l'écurie Mack Sennett: il en est l'un des modèles les plus typiques... Une intrigue qui part d'une idée loufoque qui ne peut pas tenir toute seule plus d'une demi-bobine, puis des ajouts et digressions toutes plus hasardeuses les unes que les autres, pour mener à, et finir sur une poursuite chaotique durant laquelle la destruction d'objets matériels, si possible de véhicules, tiendra lieu de principal ingrédient...

Pour commencer, donc, une veuve (Sunshine Hart) souhaite se marier avec la plus belle moustache du conté, elle ne peut donc que choisir Billy Bevan. Mais il y a de la concurrence: l'héritière officielle, la fille de la dame en question (Natalie Kingston), est convoitée par deux malfaisants. L'un d'eux est agent immobilier, et refourgue à Bevan et sa dame une maison préfabriquée sur la plage: cela occasionne moult gags, et c'est bien sûr l'une des digressions mentionnées plus haut, permettant entre autres de faire un détour par la case des Bathing beauties, ces naïades qui ont fait la réputation et la fortune de Mack Sennett!

Et puis une maison préfabriquée, c'est meilleur quand c'est monté sur roues, et accessoirement tiré par des chevaux. Donc dans cette histoire sans queue ni tête, toute l'humanité malade semble déterminée à se retrouver à la poursuite de cet étrange attelage, dont des gens en uniforme: non pas, cette fois-ci, des policiers, mais bien des pompiers... La routine, quoi.

A noter: le film est alternativement crédité à Eddie Cline ou Del Lord. Si Cline travaillait effectivement à Sennett et est effectivement l'un des auteurs du script et des gags, le style de la poursuite idiote en elle même, porte la marque de Del Lord.

 

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Published by François Massarelli - dans Del Lord Muet Mack Sennett
26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 15:08

Alors que sa santé décline (elle est cardiaque, et pas spécialement réputée pour se ménager), l'épouse (Viola Keats) d'un politicien proéminent (Francis L. Sullivan) s'offre un week-end de plaisir en la compagnie réticente du secrétaire (Hugh Williams) de son mari...

Mais elle décède durant la nuit, alors que le jeune homme a refusé de rester à ses côtés. Il prend malgré tout la suite, et doit affronter la tempête dans la famille, au grand dam de sa petite amie (Sophie Stewart), qui n'est autre que la fille de son patron...

Oui, ça a l'air chargé comme ça, mais c'est un film plein de qualités, seulement elles ne concernent absolument pas l'intrigue elle-même, qui est un ramassis de toutes les conventions, ficelles et obsessions de la fiction Anglais conservatrice: un rien de politique, convenablement flou; des données sociales placées du côté des convenances; des pères qui refusent à leur fille la liberté de se marier à qui bon leur semble... 

Mais voilà, Powell placé ses pions dans le film, à travers le comportement gentiment farfelu de personnages qui sont réjouissants, et qui font plus que de se contenter d'être un vague choeur Grec qui commenterait à sa façon empruntée le drame poussiéreux dont ils sont les témoins. Et Googie Withers, en bonne forcément (très) délurée, et John Laurie, nanti de son précieux accent écossais, en tenancier d'un hôtel miteux qui se rêve en parangon de la vertu, sont fascinants...

Fascinant aussi, le fait que le film est une enveloppe vide, un film policier sans vrai crime, sans vrai criminel, mais avec des intentions tortueuses. Bref: mais qu'est-ce que qu'Hitchcock en aurait fait?

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
25 octobre 2024 5 25 /10 /octobre /2024 21:01

C'est tout de suite après Rope, qui n'avait pas eu un grand succès, que Hitchcock a mis ce film en chantier. Ca peut paraître insensé, mais en 1949, le metteur en scène n'était pas encore statufié comme il l'est aujourd'hui comme le maître du thriller, et il avait déjà à son actif deux films "en costumes", comme on dit, l'un tourné en 1933 (Waltzes from Vienna), l'autre en 1939 (Jamaica Inn). Du coup Under Capricorn est partagé, entre ses détracteurs qui veulent en faire un gros caprice du metteur en scène probablement mal avisé, et des zélateurs qui louent le romantisme échevelé du film, sa splendide utilisation des couleurs grâce à l'intervention décisive du grand Jack Cardiff, et les retrouvailles d'Hitch avec Joseph Cotten et Ingrid Bergman. La vérité est bien sur quelque part entre les deux, et on notera que le film reprend, partiellement, le style de découpage de Rope, ou plutôt de non-découpage, et qu'il sera tout autant un flop que ce même film...

L'Irlandais Charles Adare (Michael Wilding) débarque à Sidney, en compagnie de son cousin qui vient d'y être nommé gouverneur des Nouvelles Galles du Sud. Il entend bien faire fortune, et repère assez vite un homme qu'on lui présente comme un modèle de réussite, Sam Flusky (Joseph Cotten) les deux hommes deviennent amis et Charles séjourne chez lui afin de se familiariser avec l'Australie. Il apprendra que Flusky a, comme beaucoup d'Australiens, été un bagnard, puisqu'il a purgé sept ans pour meurtre, et fera la connaissance de Henrietta Flusky: contrairement à Sam, lady Henrietta est noble, et Charles va très vite s'attacher à elle; il va surtout tenter de la guérir de son alcoolisme, et lui donner envie de reprendre la vie sociale qu'elle a abandonné...

Hitchcock réutilise donc beaucoup ces plans-séquences très dynamiques avec lesquels il avait expérimentés dans Rope, sans les rendre systématiques cette fois. Son idée est probablement de donner une vie, et une tension à cette intrusion de Charles Adare dans un monde qu'il ne connait pas. Beaucoup de scènes du film, en effet, sont tournées selon son point de vue, et le jeune intrigant aborde finalement tout, et en particulier la vie sociale, du point de vue d'un noble habitué des coutumes et des manières Anglaises. Il était fatal qu'à un moment ou un autre il n'entre en conflit avec les manières de son hôte, qui au moment de son mariage avec celle qui était Lady Henrietta, était quant à lui un modeste palefrenier... Et c'est précisément le sens de ce film finalement très démocratique, qui tend à démontrer que la véritable noblesse de Sam et Hattie, tient dans leur amour et les sacrifices que l'un et l'autre ont enduré. En bon Londonien, natif des quartiers populaires, Hitchcock avait une leçon à donner, le fait qu'elle l'ait été dans un film romantique en costumes me semble assez cocasse...

Sinon, ce que reprochent les amateurs de l'ouvre d'Hitchcock à ce film tient en un malentendu: ce n'est pas un film d'Hitchcock, pour eux. D'ailleurs Hitchcock lui-même a eu tendance parfois à leur emboîter le pas... Mais ils font, à mon sens, fausse route. Si le film reste un poids léger en raison de ces plans-séquences dont je maintiens qu'ils alourdissent le film sans lui apporter grand-chose, et parce que Michael Wilding n'est pas le meilleur choix, Under Capricorn parle comme on l'a vu de classes sociales et d'évolution vers l'égalité, mais aussi d'amour fou, celui qui amène parfois à tuer (Il y en a plusieurs dans le film, mais je vous laisse découvrir l'intrigue). Under Capricorn est aussi un film, un de plus, qui évalue le poids des conventions et des préjugés face à la notion de culpabilité, mais aussi de partage de la responsabilité du crime.

Bref, des thèmes hautement Hitchcockiens, rassemblés dans un film qui tente une expérience inédite, celle du gothique Australien...

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
25 octobre 2024 5 25 /10 /octobre /2024 18:30

Dans le prologue, on fait la connaissance de quatre amis: les deux soeurs Kate (Helen Eddy) et Mary (Pauline Curley) sont toutes deux amoureuses: Mary d'un beau jeune homme bien sous tous rapports, Jimmy (John Gilbert), et Kate d'un jeune scientifique Indien (Sessue Hayakawa): les deux jeunes hommes se sont connus à l'université... Mais les conventions de l'époque, ainsi que son romantisme un peu morbide, empêchent Kate d'assumer cet amour, et Ashuter doit retourner en Inde, pendant que Jimmy et Mary se fiancent... 

Mais Jimmy, qui a souhaité prouver à Mary qu'il pouvait se débrouiller, est tombé sous la coupe d'une secte de malfaiteurs, et il est dans l'obligation de commettre un meurtre pour eux... Ashuter décide de tenter le tout pour le tout pour sauver son ami.

C'est du mélodrame, du bon du gros, avec un sous-texte plus que surprenant, mais assez courant dans les films de Sessue hayakawa: car quel que soit le rôle qui lui échoit, il est condamné à ne pouvoir, selon les lois en vigueur, convoler en justes noces avec une jeune Américaine! On appellait ce genre de mariage de la miscégénation aux Etats-Unis, où c'était passible de gros ennuis, selon les états (ça pouvait aller jusqu'au meurtre, bien entendu)...

Le film a donc la bonne idée de faire reposer la dynamique de l'intrigue en partie sur cet état de fait, pourtant bien insatisfaisant pour les personnages. Etant obligés de ne pas s'aimer, l'amour de Kate et Ashuter devient sublime... Et ça marche assez bien, d'autant qu'helen Eddy s'en sort avec les honneurs en dépit de la charge élodramatique de son personnage.

Et tant qu'on est sur les us et coutumes de cette période ô combien reculée, et ô combien fascinante, comment peut-on passer sous silence cette manie qu'avaient les mélodrames de l'époque de tourner autour du pot, en montrant des groupes d'agités du bocal, politiques et terroristes à la fois, à la pratique sectaire? C'est sans doute ainsi que les Américains moyens de 1919 se représentaient la proverbiale "menace Bolchevik"... 

Reste un film atypique, plaisant, avec un jeune et fringant John Gilbert, et un thème sous-jacent qui en ferait presque un plaidoyer pour l'intégration, face à ce Dr Ashuter, le plus civilisé des hommes, bien plus armé pour la vie, qu'elle soit à l'ombre ou à la lumière, que son copain un rien inutile, qui est né avec une cuillère en argent dans la bouche (ou ailleurs) et auquel on donnerait probablement, comme on dit, le Bon Dieu sans confession!

Il suffit donc d'accepter que Sessue Hayakawa soit natif d'inde.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
24 octobre 2024 4 24 /10 /octobre /2024 09:10

Yukio,  un jeune homme issu des amours d'une Japonaise et d'un officier Américain stationné au Japon, a grandi sans sa mère: celle-ci est morte après que le beau militaire a quelque peu oublié de revenir la voir. Devenu adulte, il est déterminé à se redre aux Etats-Unispour la venger... 

Une fois aux Etats-Unis, il se lance dans cette entreprise, mais il va avoir d'abord à déméler les intrigues autour de lui: en effet, un certain nombre d'escrocs tournent justement autour de son père, et voient Yukio et sa naïveté romantique comme une opportunité à saisir...

Le film fait partie des longs métrages dédiés à l'acteur Sessue Hayakawa; il joue avec conviction le décalage culturel, qui confine souvent à la comédie dans les deux premières bobines conservées (la première et la quatrième, sur cinq en tout, sont perdues); le reste du film est beaucoup plus proche des traditions du mélodrame, avec son intrigue d'espionnage et les possibilités offertes par l'éventuelle réunion entre le père et le fils. On notera que le film se tient à l'écart de toute possibilité d'un rapprochement entre le jeune homme et une Américaine, dans la mesure où ce genre d'associations était, dans la loi de beaucoup d'états à l'époque, un délit. 

Mais le titre ajoute une certaine ambiguité, en rappelant que de par sa naissance (légitimée par le fait que, même s'il l'a abandonnée, le père avait bien épousé sa mère), il est aussi Américain, apte à jouer un rôle auprès de son père s'il le souhaite. Ca ne l'empêche pas dans la première partie du film d'être immédiatement catalogué en tant qu'Asiatique, et les seuls emplois qu'on lui propose sont dans le service et bien sûr, il finira majordome...

Le film vaut surtout, en vérité, pour l'acteur, qui joue énormément de son visage, et qui a un certain magnétisme, sans doute moins outré mais aussi moins spectaculaire que dans le film le plus notable, sans doute, de sa carrière, The Cheat, de Cecil B. DeMille...

 

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Published by François Massarelli - dans 1918 Muet **
23 octobre 2024 3 23 /10 /octobre /2024 21:16

Le film est adapté d'une pièce de 1929, écrite par Patrick Hamilton. L'adaptation a été co-signée par Hume Cronyn, ce qui ne nous étonnera pas trop: Cronyn est un ami très proche de Hitchcock, qui souhaite effectuer son premier film indépendant en famille, en quelque sorte. Il signe aussi son premier film en couleurs, ce qui ne va pas l'empêcher d'être très à l'aise avec sa nouvelle palette. Non, décidément, avec Rope le problème est ailleurs...

Rappelons que l'intrigue concerne une soirée, sensée se dérouler en temps réel ou presque. Deux jeunes hommes, Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) ont mis un plan fou à exécution: ils ont étranglé leur ami David, parce que Brandon le prend pour un faible, et ils invitent des gens à une soirée, dont les parents de la victime, et Rupert Cadell (James Stewart), un ancien professeur, qui a souvent professé des théories Nietszchéennes un peu à tort et à travers. Durant la soirée, Cadell observe Philip devenir de plus en plus nerveux, et va aussi trouver des indices sur la présence de David, l'absent dot tout le monde parle... Il en vient à soupçonner très clairement les deux amis d'avoir commis le meurtre.

Le propos est tout de suite aussi clair que possible, puisque dès le deuxième plan, on assiste à un meurtre un peu gratuit: en gros, pour Brandon qui est le principal instigateur, tuer David revient à prouver qu'on peut le faire, et inviter des amis dans la foulée, c'est se rendre maître de la situation en assumant une bravade propre à situer le meurtrier au-dessus de la mêlée. Mais l'invitation de Cadell permet d'une part à Brandon et Philip de faire face à quelqu'un qui va convenablement les juger, elle permet aussi à Cadell de mesurer à quel point ses provocations répétées (Il adore choquer en prônant le meurtre comme sélection sociale) ne tiennent pas face à l'épreuve des faits. Le film conte, d'une certaine façon, le réveil d'un humain face à l'ignoble réalité du mal... A ce titre, Hitchcock choisit de passer expertement d'un point de vue à l'autre: Brandon, Philip et Cadell... Le film est un triangle entre les trois, même si une intrigue secondaire, qui fait un peu plus passer Brandon pour un monstre, nous conte comment ce dernier invite la petite amie de sa victime en compagnie d'un autre garçon, dans le but de les rapprocher maintenant que la voie est libre... Cela a au moins le mérite de faire partir tout le monde plus tôt, car décidément, seul les trois personnages qui vont rester dans la confrontation sont vraiment importants.

Et bien sur, il faut aborder les sujets qui fâchent: Brandon et Philip vivent ensemble, et il semble que toutes et tous soient au courant. La première scène, celle qui les voit étrangler David (avec difficulté, bien sur, comme souvent chez Hitchcock qui ne nous a jamais caché que même s'il est tentant de faire le mal, le meurtre n'est en rien une chose physiquement facile), se termine par une conversation qu'il n'est pas difficile de prendre pour ce que les Anglophones appellent le pillow talk, les conversations sur l'oreiller: Philip essoufflé reprenant ses esprits (Ce que d'ailleurs il ne parviendra pas à faire), Brandon rassasié, assumant parfaitement ce qu'ils viennent de faire, et se payant le luxe d'allumer une cigarette dont il tire une longue bouffée... Plus tard, il apparaît que Brandon a invité Cadell précisément pour impressionner ce dernier... Hitchcock, toute sa vie durant, a confondu le crime et l'homosexualité, et les a liés, notamment dans certains personnages (Leonard dans North by Northwest, Bruno dans Strangers on a train, la liste serait longue), toujours intimement liés au crime. Cete profonde assimilation de l'homosexualité et du mal est hélas indissociable de son oeuvre...

Mais ce n'est pas le seul motif de fâcherie de ce film. S'il réussit à créer un suspense avec des moyens proprement cinématographiques, s'il tire de son nouveau jouet, la couleur, des effets convaincants (Il l'utilise en particulier pour faire passer le temps de manière convaincante, une nécessité pour un film en temps réel tourné en studio), en revanche, Hitchcock sacrifie beaucoup à une lubie: il a désiré tourner le film en plans-séquences... Oubliez la légende qui nous rabâche que le film est en fait un seul plan, c'est doublement faux: d'une part, le magasin de pellicule utilisé à l'époque ne peut contenir que minutes de négatif; donc des raccords bien pensés mais parfois embarrassants (La caméra plonge soudain sur un vêtement sombre pour obtenir une fraction de seconde de noir permettant un imperceptible changement de bobine, mais le mouvement de caméra ne peut en aucun cas se justifier pour quelque autre raison que ce soit) permettent de prolonger certains plans, mais à quatre reprises, Hitchcock coupe, pour de frai, et ces passages sont souvent parmi les plus convaincants. De la part de quelqu'un qui a souhaité prouver la supériorité du cinéma sur le théâtre filmé, cette idée était de toute façon purement et simplement idiote. Propice à faire parfois monter la tension, mais aussi à apporter tellement de problèmes à résoudre que le dispositif, ne s'imposait absolument pas. Plus grave, le dispositif vient parfois se substituer à toute possibilité de mise en scène, et pour un génie comme Hitchcock, c'est impardonnable...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
23 octobre 2024 3 23 /10 /octobre /2024 08:56

Donc, la légende dit que lorsque Mchael Powell était employé à la réalisation de films vite faits, bien faits, au début des années 30, il a tout fait... Dont des films policiers, dont voici un exemplaire. Il l'a largement critiqué par la suite, en en faisaant presque l'étendard de la médiocrité de cette période... Et franchement on ne le comprend pas: ce n'est pas un de ses chefs d'oeuvre, bien sûr, mais...

Un magnat de la presse (Malcolm Keen) invite une sélection de ses connaissances à un dîner, prétexte à siéger au milieu de sa cour.La soirée est mal engagée, d'autant qu'il a licencié son secrétaire (Ian Hunter)... au prétexte que celui-ci a épousé sa fille (Jane Baxter). Alors que les invités jouent à un jeu de société idiot autour d'un meurtre, l'un des invités, commissaire de police (Leslie Banks) découvre le cadavre du maître de maison. Apparemment, c'est un suicide. Mais très vite son secrétaire est soupçonné.

La petite fête elle-même est un régal de mise en scène drôlatique, avec un casting de choix dans lequel tout le monde s'amuse. On y verra des extravagances, on y entendra des petites choses amusantes (la princesse d'un pays lointain, très collet-monté, qui observe que "on fait beaucoup de choses plaisantes dans l'obscurité"), et on constatera que même doté d'un sujet qu'il n'a pas choisi, Powell évaioti décidément un vrai flair pour a mise en scène; les numéros d'acteur sont un peu excessifs, je pense en particulier à Leslie Banks, mais surtout à Ernest Thesiger... Mais comme je suis à peu près certain que celui-ci a été engagé précisément pour en faire des tonnes, on n'en voudra pas au metteur en scène!

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Whodunit
22 octobre 2024 2 22 /10 /octobre /2024 14:20

Un producteur installé, au carnet d'adresses impressionnant, un réalisateur aguerri, au talent phénoménal, une intrigue noire et passionnelle qui passe par amours contrariées, jalousie, rivalité, obsession sexuelle, un décor qui profite de l'atmosphère (recréée bien sur) du Londres d'après-guerre, et des stars à la pelle. Bref, impossible que ça aille mal, n'est-ce pas? Eh bien si: ce film est catastrophiquement ennuyeux, vide, et se traîne durant deux heures. 

Un avocat Londonien (Gregory Peck) reçoit une mission prestigieuse: celle de sauver la tête d'une femme d'origine étrangère (Alida Valli) qui est accusée du meurtre de son mari, riche et aveugle... Aveugle oui, mais pas autant que l'avocat: il va tomber rapidement amoureux de sa cliente, mais aussi va être la victime d'un juge (Charles Laughton) irascible, et qui se serait bien gardé l'épouse de l'avocat (Ann Todd) pour son dessert...

The Paradine Case devient du même coup, non seulement la chronique d'une affaire de justice qui va empoisonner la vie d'un avocat, au point de le mettre en porte-à-faux non seulement avec ses principes mais aussi avec son épouse, c'est aussi un sujet pourtant assez Hitchcockien en soi: le récit d'un couple en déconfiture progressive...

Pour bien comprendre le désastre et sa raison d'être, rappelons donc la différence entre producteur et réalisateur. L'un est souvent l'employeur de l'autre, mais pas que: cessez de confondre, pour commencer, et comme on le fait toujours en France où le grand public ne comprendra jamais cette question, producteur et financier: le producteur a bien une main sur la partie artistique d'un film, mais ce travail consiste à rendre un tournage possible, l'aider, conseiller un réalisateur, et prendre des décisions et mesures logistiques. Ce qui explique qu'un Ford, ou un Wellman, pouvait tout bonnement les envoyer se faire voir (Et l'un et l'autre avait des termes très clairs dans ces circonstances)... Mais ce qui explique aussi que dans un système comme celui des studios, un producteur comme Irving Thalberg (à la MGM) ou Joseph Kennedy (producteur indépendant occasionnel, et père de) avait plus de pouvoir qu'un réalisateur aussi dictatorial qu'il puisse être, et l'exemple auquel je pense, en citant les deux producteurs plus haut, est bien sur Erich Von Stroheim retiré du tournage de The merry-go-round en 1923, ou de celui de Queen Kelly en 1929!

Revenons donc à notre producteur et notre metteur en scène: c'est à ce dernier qu'incombent les plus importantes décisions artistiques. En d'autres termes, et le mot Anglais est clair à ce sujet: il dirige. Il instruit ses acteurs et techniciens, il oriente la production et il a la main sur tout, y compris la musique et le montage. Sauf que dans un bunker, pour reprendre l'analogie du musicien Andy Partridge, il ne peut y avoir qu'un seul Hitler! et c'est exactement le problème de ce film.

D'une part, le script rédigé par le producteur Selznick lui-même a été comme toujours révisé par son auteur, de jour en jour durant le tournage, sans trop de possibilités de se retourner. Ensuite, Hitchcock cherchait avec ce film à clore son contrat avec Selznick, justement, ce qui ne le poussait sans doute pas trop au conflit chronophage. Il l'a probablement beaucoup laissé faire. Mais le script de Selznick avait un problème: toutes ces stars (Peck, laughton, Valli, Ethel Barrymore, Charles Coburn, Louis Jourdan), il fallait les placer, les ménager, les choyer. Bref, le film est déséquilibré, et certains de ces acteurs souffrent d'ailleurs: Ann Todd est certainement la première des victimes du film! Et Selznick a pris le contrôle du film, et l'a recoupé: Hitchcock cherchait déjà à travailler en plans-séquences, ce que détestait Selznick, et il a saboté le montage pour couper les plans en permanence... et ça se voit. Bref, avec ce film Hitchcock achetait sa liberté.

Mais à quel prix...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock