Actuellement en thérapie, Beau Wasserman (Joaquin Phoenix) doit se rendre dans sa ille natale auprès de sa mère, d'autant que c'est l'anniversaire de la mort du père (qui ne sera jamais nommé)... mais le monde entier semble se liguer contre lui pour l'empêcher d'accomplir son devoir filial. ce qu'il doit lui expliquer avec difficulté, tellement il en a honte... Jusqu'à ce qu'un accident horrible, absurde, ne déclenche, justement, la mort de Mona Wasserman.
Et là, Beau doit donc encore se rendre contre tout, contre vents, marées, individus louches massés dans la rue, accidents, psychopathes en tout genres, aux funérailles de sa maman, et s'infliger une psychanalyse de concours... En dose pour mammouths.
Ari Aster n'a pas son pareil, finalement, pour traquer l'horreur derrière la famille, la filiation, la communauté, les traditions, en jouant sur les souvenirs, l'accumulation de détails extrèmement précis, et les idées les plus absurdes. Ses fimls, celui-ci compris, ne manquent d'ailleurs pas d'humour... Et Beau is afraid continue l'escalade entamée avec Hereditary qui durait un peu plus de deux heures. La version longue de Midsommar atteignait un peu plus de deux heures cinquante... Ce nouveau film, en 179 minutes, tutoie donc les trois heures, et le problème c'est qu'il nous perd... souvent.
Car le périple d'un homme qui court parce qu'il a peur, et affronte les pires cauchemars de sa vie, accolés les uns aux autres, est souvent excessif. Inventif, ça oui, unique en son genre, de toute évidence; mais ces trois heures d'invention phénoménale se sont aussi refusé, semble-t-il, toute volonté éditoriale, toute vélléité de prudence... Et si la structure qui est systématiquement celle de rêves frustrés (le personnage veut quelque chose, se fixe l'objectif de l'avoir, et en chemin la réalisation du désir s'éloigne, entraînant malheurs, explosions, morts violentes et toujours plus de culpabilité) permet absolument toutes les audaces, on aurait sans doute pu vivre sans la vision d'un pénis monstrueux et géant, non?
reste un chapitre étonnant, où la vie moyenne d'un homme nous est contée via une scène de théâtre traitée comme un dessin animé, et qui serait hors contexte, un film de court métrage exceptionnel... et particulièrement déprimant, ça va sans dire!
Reste aussi la peinture violente d'un monde exagéré où l'homo paranoicus (Joaquin Phoenix est particulièrement impressionnant) a sans doute raison d'avoir peur de tout, le réalisateur n'ayant pas son pareil pour montrer le monde avec juste ce qu'il faut de décalage pour qu'il devienne atroce: voir Beau, par exemple, dans la rue, entouré de gens qui tous se livrent à des activités qui me semblent déviantes, comme cette foule massée en bas d'un immeuble à attendre en riant qu'un désespéré se jette dans le vide (ils peuvent d'ailleurs influer sur sa décision avec leur portable, semble-t-il), ou dans un recoin de l'image, un jeune qui s'apprète à acheter un fusil... Voir aussi le quartier du héros, envahi par une foule grotesque qui lui fait peur, et qui évidemment finira par envahir son appartement, s'y livrant à des activités plus que louches.
Pour le reste, les Bee-Gees auraient probablement chanté "Oedipe is your love?"
Grant newbury (Tom Mix) est un inspecteur de la police des frontières, spécialisé dans l'intervention de terrain... Il est chargé de mettre fin à un trafic d'immigrants sur les frontières du Sud, et se retrouve sous couverture, engagé par la bande de Jim Frazer (J. Farrell McDonald), qui sous un aspct bonhomme, est le chef d'une opération de grande envergure, qui passe par le Grand Canyon pour faire passer des immigrants chinois qui seront utilisés comme main d'oeuvre à bon marché. Mais Frazer est aussi le tuteur de la charmante Estelle Holloway (Eva Novak), une jeune orpheline de la bonne société de Chicago. Elle ignore tout des activités de son oncle, et souhaite le rejoindre pour l'été...
C'est un de ces petits westerns tricotés en série par la Fox dans les années 20 autour du personnage de Tom Mix, qui vaut mieux que ce que ses photos de publicité pouvaient indiquer: costumes exagérément décorés et précieux, immense chapeau, éperons dorés... Ici, il est comme souvent un cow-boy coincé dans le 20e siècle, mais avec une certaine ressource. Par exemple, il sera vu aussi bien sur son cheval qu'à bord d'un avion, dns un fiml qui ne s'embarrasse jamais de tergiversations... C'est trépidant, direct, sans chichis...
Bien sûr, un oeil actuel sur le film ne nous aidera pas à l'apprécier, en raison d'une part d traitement réservé aux chinois, qui au mieux sont un élément décoratif, et au pire une source de gags, mais c'est le lot de toutes les minorités dans les films muets américains; et d'autre part, la façon dont la jeune femme se retrouve totalement démunies une fois qu'elle s'est éloignée de son bivouac dans le grand canyon, nous fera probablement plus sourire que frissonner; heureusement, elle a Tom Mix! celui-ci est un de ces braves hommes sans histoires ni arrière-pensées qui peuplaient ces westerns naïfs, et il done envie de vois d'autres de ses films, pour peu qu'on mette la main dessus...
Et la star incontestée du film reste évidemment le Grand Canyon, dont les contours en 1922 étaient certainement mal connus. Le film prétend que l'équipe a inauguré e survol de la zone, et en a tiré des images superbes. Et les avantages dramatiques de cette curiosité géographique sont nombreux, et Lynn Reynolds l'a bien compris. Enfin, le lieu permet à Tom Mix et aux cascadeurs de s'en donner à coeur joie...
C'est à l'heure où notre ministre de l'intérieur, excellent pédagogue décidément, décide de censurer un livre qui s'attachait à accompagner l'éveil de la sexualité à l'heure où celle-ci est scrutée, affichée, placardée, développant ainsi de nouveaux risques pour les adolescents, que débarque sur Netflix cette comédie Allemande. Comment la qualifier, d'ailleurs?
...comédie sentimentale? Romantique? ...j'aurais volontiers la tentation de la qualifier de potache, mais celui-ci me laisse froid... Il y sera beaucoup questions d'organes génitaux.
J'ai volontairement laissé une pause, il y en aura une autre après ce paragraphe, dans lequel je vais m'attacher à décrire le problème des deux ados (typiques de ce genre de film, l'une est une jeune femme bien dans sa peau mais un peu rejetée par les imbéciles qui l'entourent, et dotée d'une famille amputée de son papa. L'autre est un jeune homme considéré comme un loser par toute la population de leur lycée, et bref, tous deux sont à l'âge où la sexualité s'éveille, mais... la sexualité a parfois aussi besoin d'être expérimentée, et ils n'ont pas de cobayes. Et ils sont amis, ce qui réduit les chances de pratiquer ensemble. Mais surtout... ils sont affligés d'une tare intome, à l'insu l'un de l'autre: leurs organes génitaux leur parlent, et quand je dis qu'ils parlent, ils vocifèrent en fait. Ils expriment sans fards les envies qui les traversent...
Je vous laisse envisager la chose un instant.
Bon, voilà, je crois que j'ai tout dit: la cause est entendue, il y aura des quiproquos, de grands moments de solitude, de la masturbation dans les toilettes, des clichés sur les stars des lycées, de la drague, des grands moments d'embarras, de la musique actuelle (donc fortement vomitive) et des clichés abominables qu'on trouve dans toutes les comédies romantiques au monde... sauf que celui-ci part dans toutes les érections, avec en prime une Lady Jane et un John Thomas dotés de la parole.
Bon, j'ai triché, forcément: convoquer ce pauvre Darmanin et sa toute petite croisade contre un livre qui ose traiter des problèmes intimes à des gens qui ont sans doute besoin qu'on en parle (mais ne serait-ce pas parce que ce monsieur es justement affligé de complexes sur la taille de... non, je m'égare) à propos de ce tout pett film de rien du tout, c'était, au moins, l'adjectif s'impose, petit. et inutile, car cette comédie n'est pas un brûlot, pas du tout. Juste un film inutile de plus...
Note: la censure évoquée plus haut, du plus grand ridicule du reste, est une interdiction aux moins de 18 ans, ce qui revient à assassiner un livre en l'empâchant d'atteindre sa cible. C'est comme si on interdisait Valeurs actuelles aux fascistes, donc... Le livre s'intitule Bien trop petit, il raconte les angoisses liées à ce qui est jugé comme une imperfection physique empêchant l'éveil sexuel, et la motivation pour l'interdire est qu'il contient des dialogues jugés pornographiques. Des dialogues sans doute bien moins corrosifs que les images consommées par nos adolescents.
Peu de temps après la première guerre mondiale, trois escrocs faux-monnayeurs (Maude George, Mae Busch, Erich Von Stroheim) tentent d’escroquer un couple Américain en villégiature à Monaco (Rudolph Christans, Patti Dupont), mais les appétits insatiables en termes d’argent et de sexe de l’un d’entre eux, le comte (?) Karamzin (Stroheim), font joyeusement capoter toute l’affaire qui se termine dans le drame, le conflit et, en ce qui le concerne, les égouts...
Billy Wilder appelait « Petits cailloux » ces petites touches qu’il saupoudrait sur le développement d’un film dans le but d’amener le spectateur vers une certaine direction. Le nom est bien sûr une référence au Petit Poucet. Si aujourd'hui c’est, à l’imitation de Wilder, de Hitchcock et des autres classiques une tendance établie de nombreux films, le premier à raffiner systématiquement le recours à ces balises de sens aura justement été Stroheim.
Certes, avant lui Griffith s’inscrivait dans la durée, dans la résonance, mais basait le rapport entre son public et ces petites indications sur les personnages sur des intertitres: un exemple, dans Orphans of the Storm: la première vision de Jacques Sans-Oubli, futur juge qui condamnera Lillian Gish à mort, s’accompagne d’une mention sans ambiguïté : « Les Orphelines allaient souvent le rencontrer sur leur route ». Ainsi éclairci, le chemin ne posait plus de problème au public.
DeMille se reposait aussi beaucoup sur les intertitres pour faire passer les transitions les plus hardies. ...Notamment ses fantasmes orgiaques! Avec Stroheim, on assiste à la première tentative de faire passer ces jalons psychologiques dont l’accumulation provoque du sens par l’image seule; et c’est avec Foolish Wives que cette petite révolution prend effet… Rappelons à toutes fins utiles que le film n’est plus que l’ombre de lui-même et que la plupart de ces petites touches ont disparu, jugées redondantes par les monteurs qui ont été chargés de donner au film une durée exploitable.
Mais il en reste: la plus évidente de ces pistes de petits cailloux, c’est l’anecdote du soldat manchot, vu trois fois par Patti Dupont, l’actrice principale: les deux premières fois, il reste de marbre lorsqu'elle perd un manteau, et ne le ramasse pas, à l’indignation généralisée. A la fin elle réalise qu’il a perdu ses deux bras et qu’il est l’un des officiers qui ont permis la victoire des alliés. D'autres touches sont ainsi perdues: il faut dire que Foolish Wives a sérieusement subi des dégradations qui l’ont rendu méconnaissable. J'y reviens plus bas...
Le premier problème a été que ce film a bénéficié d’une publicité basée sur un malentendu : un panneau géant, changé chaque jour, annonçait de façon fantaisiste les sommes englouties lors du tournage, bâtissant du même coup une réputation fort dépensière à son auteur, ce qui allait servir à la fin à lui retirer son film des mains. Il est vrai que Stroheim, encouragé au départ par Laemmle, ne parvenait pas à trouver un point de chute à son grand œuvre. Et c’est donc lors des prises de vues d’une scène cruciale que le tournage s’est arrêté. A la décharge de Thalberg, qui prit la décision, il convient de rappeler que le cinéma Américain était dans la tourmente, suite à divers scandales, en ces années 1921-1922… Stroheim et ses excès faisaient du coup plus peur. Et Irving Thalberg avait justement été engagé par Laemmle pour tempérer ses extravagances...
D'autres problèmes tout aussi gênants se manifestèrent: l’acteur Rudolph Christians est mort, aux deux tiers du tournage et la décision de ne pas le remplacer a conduit Stroheim à des bricolages divers et généralement visibles qui ternissent certaines scènes, et bien sûr les audaces voulues par Stroheim se sont révélées excessives. Dans sa version de 10 bobines, telle qu’elle est (plus ou moins) reconstituée aujourd'hui, Foolish Wives est splendide, mais incomplet: ce ne sera évidemment pas la dernière fois dans la carrière du metteur en scène. Mais compte tenu de ce qui manque, l’absence d’une version plus conforme aux désirs de Stroheim est une tragédie.
La dimension romanesque était dans l’air du temps : Gance finissait La Roue, dont on a pu récemment redécouvrir une impressionnante version en quatre épisodes, qui totalise plus de sept heures… La version de Foolish Wives voulue par Stroheim outrepassait les 5 heures, et on comprend les réticences de la Universal dans la mesure où un tel film s'avérerait inexploitable, mais l’auteur avait inscrit la durée dans ses procédés narratifs, montrant l’évolution de tous ses personnages, montrant leur quotidien (Rituels, bien sûr, habitudes, environnement, mode de vie: qu’on songe dans les images qui restent aux contrastes entre l’hôtel luxueux mais sobre des Américains, la délirante Villa Amoroso, et le bouge du faux monnayeur Ventucci interprété par Cesare Gravina) et inscrivant le spectateur dans cette évolution plutôt que de leur proposer la solution vite fait bien fait par un intertitre.
Parmi les évolutions disparues bien connues aujourd’hui, il y a la fameuse fausse couche subie par le personnage de la jeune épouse, joué par Miss Dupont. Cette anecdote éclaire a posteriori son comportement, et donne un tournant d’autant plus dramatique aux événements. Un aspect disparu aujourd’hui a eu une conséquence inattendue: les trois escrocs joués par Stroheim, Maude George et Mae Busch semblent former un trio dont l’intimité sexuelle ne fait aucun doute: il couche avec les deux, pense-t-on. En réalité, seule Maude George partage ses faveurs avec ses deux associés, ce qui crée des tensions, et justifie certains regards de Busch au début du film. On le voit, ce sont les monteurs de la Universal qui ont fait de Karamzin un vilain fripon, pas Stroheim… Quoique ce dernier a créé le personnage de Maruschka: la bonne, qui a fauté avec l’escroc, est interprétée par Dale Fuller pour sa première collaboration avec l'acteur-metteur en scène. Dans la version longue, elle aussi était enceinte, apportant un contrepoint du type qu’affectionnait Stroheim, et que ses producteurs adoraient charcuter: voir à ce sujet Greed.
Outre cette tentation de montrer en longueur les évolutions et développements de ses personnages, le film est important dans la façon dont il prolonge un thème inhérent à toute l'oeuvre de Stroheim, et que ses films "Européens" montrent particulièrement bien... surtout ses films "Viennois" et assimilés (The Merry-go-round, The Merry Widow, The wedding march, mais aussi Queen Kelly) et Blind husbands, son premier long: la corruption des classes établies de longue date, nobles, bourgeois, lignées royales et impériales, tous gangrénés par le mensonge, les apparences, la fausseté de lignées douteuses.. C'est particulièrement rai quand on considère les trois escrocs qui prétendent tant et si bien être comte, comtesse, voire princesse, qu'on finirait par croire qu'eux aussi se laissent prendre au piège. Mais au vu du pedigree de la plupart des héros du metteur en scène, dans ses autres films, peut-être cette corruption est-elle simplement la marque de ces gens de la "bonne société", et peut-être sont-ils en dépit de leur malhonnêteté, d'authentique extraction noble, après tout: l'un n'empêche pas l'autre. Néanmoins, ironiquement la principale activité qui est la leur reste d'écouler de la fausse monnaie.
Autre thème qui revient comme un écho à Blind husbands (les deux titres d'ailleurs se répondent sans ambiguité): Karamzin, le faux comte, est un homme obsédé de sa masculinité, qui prend du sang de beouf au petit déjeuner, et reste incapable de voir passer une femme sans vouloir l'ajouter à son tableau de chasse, et il se distingue fortement de Mr Hughes, qui s'adresse à son épouse alors qu'il porte un pyjama très moyennement sophistiqué; un homme dont la simplicité et l'aspect direct, franc du collier, passe pour un temps pour un manque total de classe... Mais la masculinité dans la version de Serge Karamzin est non seulement d'une fausseté évidente, elle souffre aussi du fait que le brave "comte " est en fait aux ordres des deux femmes qu'il accompagne...
Enfin, un autre thème récurrent chez l'auteur de Greed reste la proximité traumatisante de la guerre, qui changeait la donne dans le régime Viennois de The merry-go-round: dans le Monte-Carlo de Stroheim, la guerre est omniprésente, par les séquelles qu'elle a laissées derrière elle. Les soldats estropiés, les enfants qui jouent, la présence d'un casque Allemand notamment sur la tête d'un gamin (dont on pourrait se demander comment il se l'est procuré, après tout, Monte-Carlo état quand même bien lointain du front) rappellent que le conflit qui a mis fin à l'ancien monde est encore dans toutes les mémoires... Comme un rappel du fait que le monde qui a vu naître un Karamzin, ou un Lieutenant Von Steuben (Blind Husbands) est désormais totalement détruit... Le feu de la guerre a tout emporté, tout comme les illusions véhiculées par Karamzin disparaîtront dans un incendie qu'il aura lui même indirectement causé en jouant... avec le feu.
Dans la version disponible, le film est beau, fort, élégant, souvent révolutionnaire... mais tout cet aspect de roman fleuve, cette accumulation de détails et ces touches cruciales (le biographe Richard Koszarski le dit bien: rien n’est gratuit chez Stroheim) ont disparu.
Temps fort, le premier grand film de son auteur, il apporte comme les autres beaucoup: outre la dimension romanesque évoquée plus haut, on voit ici l’auteur intégrer des nouveaux procédés narratifs, mais aussi s’intéresser à la technique: Foolish Wives est le premier film Américain majeur tourné sur pellicule panchromatique, qui restitue les nuances avec plus de fidélité. Stroheim continue à faire jouer ses acteurs comme il l’a fait dès Blind Husbands: à l’économie, réservant le maquillage pour ses actrices.
A ce propos, si Patricia Dupont est désespérément fade, quel bonheur de voir les deux comédiennes du film perdu Devil’s passkey refaire une apparition: leur jeu acide complète admirablement le séducteur faux-jeton et éclaire efficacement le thème traité par Stroheim de l’attraction des apparences. Un aspect important enfin de la mise en scène de Stroheim est évident ici: la façon dont il utilise les foules, les figurants dans les scènes de rue; y compris les scènes plus intimes (La rencontre entre Stroheim et Dupont sur le balcon à l’hôtel, par exemple) dans lesquelles il place dans le champ des vitres ou miroirs sur lesquelles se reflètent des armées de figurants affairés, tous aussi authentiques les uns que les autres. S’il souhaitait montrer à quel point le faux peut être séduisant et donc dangereux, il savait de quoi il parlait: son Monte-Carlo (Ses casinos, ses riches, ses… marais.) est tellement plus beau que le vrai.
Il l'est aujourd'hui d'autant plus que la restauration achevée en 2020 montre aujourd'hui, au moins, ce nous reste du film (pas d'ajout de séquence, il ne faut pas trop en demander) dans toute l'ironique beauté voulue par son metteur en scène, qui tant qu'à montrer la laideur et la corruption de ces braves gens, souhaitait le faireavec style: les couleurs (teintes, virages et pochoirs) qui illuminent les séquences de nuit, mais aussi la superbe séquence d'incendie, sont magnifiquement restituées dans cette version restaurée pour le festival du cinéma muet de San Francisco...
Un petit village de Savoie vit l'approche de Noël: les gosses sont soumis à l'odieux chantage des parents, les adultes vivent leur petite vie de notable ou d'artisan, chacun dans sa case, l'instituteur (Robert Le Vigan) ou le pharmacien (Jean Brochard), le vieux fabricant de globes terrestres (Harry Baur) et sa fille un peu dans la lune (Renée faure) qui fabrique des jouets... Le père Cornusse, le plus vieil artisan, qui fabrique des mappemondes, est préposé au rôle de père Noël, et adore raconter aux enfants des contes à dormir debout, sur la Chine, lui qui n'a jamais quitté la Savoie... Pendant ce temps là, la "mère Michel" (Marie-Hélène Dasté), une dame un peu lunaire, continue à chercher son chat.
Bref, tout va bien en quelque sorte, ou du moins tout irait bien s'il n'y avait eu un enchaînement regrettable d'événements. D'une part, le Baron (Raymond Rouleau) est de retour d'un long voyage, et il inquiète tout le monde: d'une part il ne parle à personne, d'autre part il a demandé au pharmacien de lui fournir un médicament contre... la lèpre, ce qui délie les langues d'une façon assez inattendue. autre événement de taille, Catherine, la fille du père Cornusse, se décide en entendant le village pester contre le "lépreux", à sortir de sa torpeur et se rend chez lui, estimant qu'il a sans doute besoi de compagnie. Ils tombent amoureuxl'un de lautre, au grand dam de l'instituteur qui la poursuit avec insistance de ses assiduités. Enfin, à l'issue de sa tournée, le "Père Noël" est vu dans l'église au moment où on y dérobe un anneau de grande valeur... et un cadavre sera retrouvé plus tard dans la neige avec la houppelande et le déguisement du Père Cornusse... Mais qui était-il? Qui a volé? Qui, surtout, a "tué le père Noël"?
Ces trois questions trouveront toutes, plus ou moins d'ailleurs, une réponse, mais ce n'est pas le plus important, dans cette histoire rocambolesque, ans la lignée de l'un des films les plus célèbres de Christian-Jaque, justement adapté du même auteur, Les disparus de Saint-Agil... Non, ce qui compte ic, c'est la peinture pittoresque d'un village à la Française, reflet d'une époque disparue et dont l'extrême-droite du Maréchal espérait sans doute une résurgence en ces années noires. C'est le premier film de la sulfureuse Continental, et non seulement c'est l'un des films les plus atypiques que j'aie vus, mais par bien des aspects il fait concurrence à deux des oeuvres les plus emballantes de l'histoire du cinéma Français, eux aussi sortis sous la responsabiilité de cet étrange attelage franco-Allemand, à savoir La Main du Diable, et Le Corbeau...
Car enfin, dans ce petit village, rien de va comme il faudrait, voyez-vous. Cet instituteur, d'ailleurs incarné par Le Vigan, qui certes fait sans doute bien son travail, mais n'a pas son pareil pour accabler son rival afin qu'on se débarrasse de lui, ce pharmacien trop poli et altruiste pour être honnête, ces chasseurs qui passent leur vie au café, et suggèrent en apprenant qu'un homme est malade, qu'on l'abatte avant de brûler le corps... Et ce maire (Ledoux) qui se débarrasse d'une administrée en la traitant de "vieille folle"... Quant à l'église, on y pratiqe bien des crimes...
Non, décidément, la France profonde chère à Alfred Greven, fondateur de la Continental, qui s'était fixé pour mission de maintenir le cinéma français en le muselant gentiment, n'était finalement comme dans Le Corbeau qu'un repaire de gens bien mal intentionnés.
Christian-Jaque explose de talent ici, inspiré d etoute évidence par le savoir-faire du cinéma muet. Se souvient-il de Kean, de Volkoff et Mosjoukine, quand il utilise le montage rapide dans les interrogatoires, ou qu'il s'amuse à promener sa caméra de point de vue en point de vue? a-t-il vu les films de Josef Von Sternberg et leur utilisation géniale de l'éclairage et du décor? En tout cas il sait utiliser ces ingrédients, dans un film magnifique de bout en bout, dont tous les plans sont impeccables, son sens du fantastique est évident, et la direction d'acteurs (et quels acteurs...) est superlative... Qu'importe que les deux amoureux, dans le film, soient bien mièvres, l'excellence de la mise en scène emporte tout sur son passage...
Je le disais, l'enquête tournera court (grâce à une intervention éclair d'un gendarme joué par le jeune Blier, donc une nouvelle raison d'être gourmand), mais le film se terminera... sur un miracle, tout bonnement.
La ville de Madison, Indiana, sur la rivière Ohio, est filmée dans ses moindres détails, et dans un faux point de vue documentaire, on assiste à une leçon de vivre ensemble, assénée par le département de la défense dans le cadre de l'effort de guerre.
Oui, un faux point de vue documentaire... Comment pourrait-il en être autrement, quand le film nous présente une ville qui est certes admirablement tranquille, et à l'en croire un idéal de démocratie directe, alors qu'on sait qu'en ces difficiles années 30 et 40, la ségrégation sévissait de manière sèvère, au point d'avoir occasionné la photo lugubre et tristement célèbre d'un lynchage assumé fièrement par la population?
...Mais cette photo n'est pas le sujet de ce qui, pour Sternberg, est à la fois une commande (honorée) et un exrcice de style (riche en aspects typiques de ce qu'on attend d'un documentaire "commenté" en voix off, de l'époque). Et l'idéal de démocratie, de liberté et de vivre ensemble, affiché même si probablement déplacé dans un tel lieu, reste le but à atteindre, encore aujourd'hui. Ou demain...
D'ailleurs, "demain", ça comptait déjà quand le metteur en scène est parti dans l'Indiana faire son fiml, à en croire le plaisir qu'il a pris à filmer et monter en succession rapide ces mines d'écoliers réjouis...
En 2015, pour fêter les 120 ans de "l'invention" du Cinéma, des cinéastes refont le soi-disant "premier film", la "Sortie d'Usine" tournée à Lyon par Lous Lumière et ses employés. Tous les films sont effectués sous la responsabilité de cinéastes plus que réputés, et présentent un certain nombre de sommités du cinéma principalement Français, mais pas que, sortant des fameux ateliers, désormais situés Rue du Premier film à Lyon...
Sous la direction de Martin Scorsese, le premier à sortir, l'air parfaitement réjoui, et devant la caméra de Pierre-William Glenn, ce sont de gens de 2015 qui marchent devant nous, et jouent en apparente liberté, chacun d'entre eux ayant manifestement un parcours pré-défini, Hippolyte Girardot en grande conversation avec Domnique Besnehard, Michel Hazanavicius s'attardant avec un air très intéressé devant l'objectif de la caméra, ou Pierre Richard combattant son manteau dans une lutte inégale, rendant impossible au spectateur, de regarder autre chose que lui.
Les gens s'égayent dans toutes les directions, parlent, fument, se perdent, empruntent un vélo (Emma de Caunes, Michèle Laroque) comme les ouvrières du film original, etc... C'est émouvant, gentiment (mais sûrement filmé "au ralenti" pour avoir l'air d'être légèrement plus rapide et saccadé à la projection, et c'est un lambeau cocasse et magnifique d'histoire...
Naoufel a grandi dans une famille aimante, un père attentif et empreint de fantaisie, et une mère qui, violoncelliste virtuose et reconnue, était le centre du monde connu... Les cours de piano à la maison d'un côté, la présence d'images médiatiques fascinantes autour de la conquête spatiale de l'autre, avaient conjointement décidé de sa double vocation : Naoufel serait pianiste ET astronaute... Jusqu'à un accident un soir de concert, qui l'avait privé de père, de mère, de famille, et probablement d'un destin que dans sa jeunesse il imaginait tout tracé... Installé en France, avec un oncle probablement, et un cousin qui n'avait pas lui non plus la finesse de ses parents, il a du abandonner ses rêves pour devenir livreur de pizza... Et pas le meilleur, ça non. C'est pourtant grâce à ce travail ingrat qu'il ferait un rencontre inattendue, celle de la voix de Gabrielle...
Le film d'animation n'est pas raconté de cette façon linéaire, et établit un parallèle profondément cinématographique entre des bribes du passé du héros (dans un noir et blanc d'une grande douceur), avec quelques informations lâchées à chaque séquence, mais par exemple on attendra assez longtemps avant de comprendre exactement les circonstances de l'accident qui le prive de ses parents), son présent, et... Le devenir de sa main.
Oui, car dès le début on sait qu'à un moment de sa vie Naoufel a subi un autre choc, et dans les circonstances (qui ne seront expliquées qu'à la fin), il a perdu une main. Enfin, si on s'en réfère au titre c'est sa main droite qui a perdu Naoufel... comme un prolongement poétique de ses propres déchirures, le jeune homme ne sait pas que sa main, toujours bien vivante, est à sa recherche.
Ce qui est, j'en conviens, parfaitement gonflé pour ne pas dire absurde. Pourtant on le vivra comme une aventure, saugrenue parce qu'elle est vécue du point de vue d'un morceau de corps animé d'intentions beaucoup plus définies, finalement, que celles du jeune homme auquel il appartient ! Mais voilà, c'est d'aventure dont il s'agit, et le dessin animé étant la porte ouverte vers tout ce qu'on veut, pourquoi ne pas imaginer qu'une main part à la recherche de son corps ?
Et cette aventure qui avait tout pour être loufoque est traitée avec le plus grand sérieux dans une belle succession d'ncidents, vécus par cette main animée, devenue métaphore de la volonté perdue de Naoufel... Et métaphore aussi de son destin, auquel il est fait allusion dans une jolie scène qui finit en toute amertume, sur les toits, quand il engage la conversation avec Gabrielle, sur les moyens de contrer le destin. Ce que sa main, destinée à être incinérée, va faire en s'échappant pour le retrouver...
Le film fait la part belle à un graphisme semi-réaliste, assez proche des écoles de bande dessinée nées dans les années 80 et 90 ; l'animation est proche des traditions Japonaises, qui ne craignent pas de s'éloigner d'une représentation fluide du mouvement en utilisant un défilement de l'image, 12 fois par seconde plutôt que 24... Un parti-pris qui donne un mouvement saccadé, mais aussi l'impression parfois d'un mouvement disjoint, qui manque de précision et qui accompagne l'approximation du souvenir. On a le sentiment que ces aventures parfois dramatiques, parfois franchement sordides (l'épisode de la perte de la main, en particulier) sont du vécu.
Le décor d'une banlieue Parisienne (la vieille banlieue, celle des mobs, des faubourgs poisseux, des excroissances industrielles urbaines et des toits glissants, et habités) est celui d'une certaine littérature, d'un certain cinéma aussi. On ne s'étonnera pas donc d'apprendre que Guillaume Laurant est l'auteur du roman adapté dans cette surprenante production des studios Xilam, qui nous avaient doné auparavant Tous à l'ouest, d'Olivier Jean-Marie. Une autre allusion à la bande dessinée, mais...
Cette production ambitieuse, qui joue sur la chronologie, le point de vue aussi, est une merveilleuse exploration de l'importance du souvenir, de l'association d'idées, des objets qui parfois permettent le souvenir, parfois le font revenir, comme un post-it, une pizza, un magnétophone à cassette, et... un grain de beauté, trait d'union magistralement trouvé entre un fil narratif et l'autre.
Et suprème délicatesse, le film possède une jolie rencontre cinématographique en coup de foudre, entre un adolessent gauche et une jeune femme qui sait probablement plus ce qu'elle veut, oui, mais... par interphone interposé.
Un film intrigant ? Ca oui, et qui vaut le détour...
C'est la nuit... André Jurieux (Roland Toutain), un aviateur atterrit au Bourget. La presse est là, un public disparate et excité le fête mais lui est au fond du désespoir: il a accompli un exploit impressionnant, mais c'était pour une femme, et elle ne s'est pas déplacée, lui dit son ami Octave (Jean Renoir).
Christine, la femme en question, a entendu à la radio le désespoir de son amant... Elle finit de se parer, et rejoint son mari, le marquis de La Chesnaye (Marcel Dalio). Ils habitent une grande demeure, ils se vouvoient, et ils sont richissimes... Lui sait qu'il y ait un semblant de liaison mais n'en fait pas grand cas.
De son côté, il téléphone avant de sortir avec son épouse, à sa maitresse...
La ronde n'ira pas beaucoup plus loin mais le film est posé: il y aura une monumentale partie de chasse organisée, on y parlera d'amour, de la société, des inégalités, de réussite frelatée et de ratages embarrassants.
L'amour? Compliqué, et mal parti: bien qu'on soit à l'époque moderne, il n'en reste pas moins que les mariages sont parfois mal assortis. Et les amants ou autres amis amoureux ne sont pas beaucoup mieux lotis. Car si Jurieux aime Christine de la Chesnaye, Octave aussi est amoureux de la jeune femme. Le marquis de la Chesnaye aime-t-il sa femme? Comme sa maîtresse Geneviève (Mila Parély) lui signale, citant Chamfort, que "l'amour, c'est la rencontre de deux fantaisies, et le contact de deux épidermes", ce qui semble disqualifier la relation un rien froide des deux époux. De son côté, Octave a semble-t-il une relation avec Lisette (Paulette Dubost), la bonne, qui est mariée à Schumacher (Gaston Modot), le garde-chasse du château des La Chesnaye. Et pour compléter le tableau, Octave qui est semble-t'il le trait d'union entre les différents personnages, doit aussi gérer les amours distants entre Christine et André, mais aussi entre le marquis et Geneviève! Le film accumule ainsi les conversations autour des marivaudages...
Des marivaudages à la mode du vingtième siècle, car ici les classes se mélangent... Un peu. Disons qu'elles ont à faire les unes avec les autres. Christine a épousé le marquis de La Chesnaye pour s'élever, mais c'est un mariage sans amour. Tous ses amis sont plutôt des gens de la société civile, comme on dit. Chacun des protagonistes, à l'exception d'Octave qui fricote avec la bonne, et a des discussions sur beaucoup de choses avec son amie Christine, tous restent quand même sur un certain niveau... Et même schumacher, le garde-chasse, doit accepter la présence d'un subalterne, le braconnier Marceau (Julien Carette), qui lui en fait voir de toutes les couleurs... Et pour s'lever, hors le mariage, pas beaucoup de solutions, si ce n'est le sport. D'où l'exploit, bien de son temps (douze ans après Lindbergh), de Jurieux... Mais le marquis,qui a le sens des contradictions, se prend d'amitié pour Marceau qu'il engage... Au grand dam de son employé qui conçoit la chose comme une insulte personnelle...
"cette petite Christine a de la classe. ca se perd, à notre époque!", dit un invité de la partie de chasse, un général... Derrière cette "classe", la réussite, donc, est sociale, financière (les La Chesnaye sont riches, et organisent des fêtes et des réceptions impressionnantes... comment s'étonner après que chacun reste à sa place en les fréquentant? Pourtant, la réussite n'est jamais complète. Christine a acquis un statut par son mariage, mais au détriment des sentiments. André a réussi une traversée en vol, qui épate tout le monde, mais le considère comme un échec. D'ailleurs, quand il arrive au château, Jurieux arrive sous une pluie battante, ce pauvre garçon n'a décidément jamais de chance... Et les domestiques qui sont réunis à manger entre eux, commentent à leur façon sur les strates supérieures et leurs patrons. Certains décernent d'ailleurs des certificats d'homme du monde à leurs anciens maîtres. Et c'est aussi lors de ce dîner des domestiques qu'on apprend que le marquis de La Chesnaye a des oigines, comme on disait alors (et comme l'extrême droite de dire parfois continue de dire parfois pour cacher son antisémitisme virulent), "cosmopolites". Il a eu des Rosenthal dans sa famille... Cela fait-il de lui un cousin du héros déjà joué par Dalio, de La Grande Illusion?
"Les mensonges, c'est un vêtement très lourd à porter" dit Christine dans sa première scène, qui parle d'ailleurs avec sa bonne (elle aussi, comme Octave, semble prompte à oublier les barrières de classe). Une lassitude par rapport à une histoire d'amour qui la tente mais dont elle ne veut pas, ou par rapport aux obligations de classe, pour lesquelles la "règle du jeu" est, justement, le mensonge? en posant ainsi, à l'orée d'une série apparemment innocentes de considérations sur les amours potentielles ou réelles, Renoir place en exergue de son film un portrait au vitriol de toute une société, de tout un monde. Pas vraiment surprenant, dans ce cas, que la droite et l'extrême droite (pas beaucoup de différences durant la 3e république) ait sauté sur le film à bras raccourcis avec une phénoménale virulence... C'est au cours du deuxième acte que Renoir s'est montré particulièrement méchant avec cette bonne société en montrant les élites se livrer à la chasse comme on fait un jeu de massacre... une chasse sitôt finie, sitôt oubliée par le marquis.
Et comme chacun sait sans doute le film a eu un destin particulier, qui en fait d'ailleurs une exception: coupé (avec l'approbation de Renoir, semble-t-il) en 1939 avant sa sortie après des premières désastreuses, réduit de 94 à 81 minutes, il a été remonté et ressorti dans une nouvelle version plus longue en 1959: c'est désormais une version de 106 minutes, qui d'ailleurs pose des problèmes: si certaines scènes étaient absentes en 1939, et que Renoir ne souhaitait pas les présenter à l'origine, fallait-il les intégrer? On n'aura pas de réponse, la version remontée en 1959 ayant été confectionnée avec le soutien plein et entier eu metteur en scène.
Un film étrange, fascinant, une comédie qui ne nous fera pas souvent rire, ou alors jaune... S'il visait sans doute juste en 1939 et était un état des lieux de la société de l'époque, aujourd'hui on n'a parfois pas toutes les clés. Mais au sein de l'oeuvre de Renoir, il brille d'un éclat assez singulier. Un fim typique par ses thèmes, mais aussi ses motifs (amours ancillaires, arrivisme, observation ironique, spectacle amateur, déguisement...). Mais un film qui tranche aussi, en une décennie de films combatifs (notamment ceux qui prennent fait et cause pour le Front Populaire, ou qui affirment leur pacifisme), par sa noirceur... Trop subtil, trop riche, trop tout, le film a fini par quitter son statut de film maudit pour devenir le chef d'oeuvre officiel, ce qui est sans doute, aussi lourd à porter... que les mensonges...
Un homme, célibataire pourtant assez militant, va se marier. Lors d'une discussion avec son meilleur ami et colocataire, ce dernier tente de le persuader du fait qu'il a probabblement été victime de pressions et manipulations de la part de la fiancée...
Ce qui précède est le prétexte, mais en réalité, ce film est plutôt une suite d'anecdotes jointes assez artificiellement, enchaînées par la scénariste France Roche et avec la collaboration d'un certain nombre d'auteurs dont Albert Simonin. De la même manière, les acteurs vont et viennent, et si on reconnaît Claude Rich (le sceptique) et Jean-Claude Brialy (le futur marié), le reste de la distribution fait des apparitions: Françoise Dorléac, Micheline Presles, Bernard Blier, Catherine Deneuve, Michel Serrault, Marie Laforêt, Marie Dubois, Mireille Darc, Francis Blanche et Bernadette Lafont... Sans oublier le jeune Jean-Paul Belmondo. A part la mise en scène de Molinaro (j'y reviendrai), le facteur d'unité ici est le dialogue signé de Michel Audiard... Et ça se sent.
Le sujet en revanche sent aussi, et pas très bon: l'enfer du mariage, présenté comme la pire chose qui puisse arriver à un homme... Et les rapports hommes-femmes, présentés sous les formes les plus discutables: domination de l'un par l'autre, mensonge, tromperie, voire relations tarifées... C'est la France d'arrière-grand-papa qui s'agite sous nos yeux, celle dans laquelle on dit facilement "Ciel! mon mari!"... C'est vieillot, voire franchement réactionnaire, et ça a tendance à se parer des oripeaux d'un cinéma moderne, c'en est gênant.
Des circonstances atténuantes? En fait, oui: Molinaro, qui a tout fait et tout filmé, en bon faiseur durant des années, s'est révélé pour moi avec un court métrage absolument fabuleux, dans lequel il imitait avec élégance et verve le cinéma muet, sur un sujet d'ailleurs similaire à celui-ci... Ca s'appelait L'honneur est sauf, et le second degré bon enfant de l'ensemble était d'autant plus évident qu'il s'agissait d'un film muet, et assez rigoureux... Il sait composer une image, donner du rythme, et doser les performances quand c'est nécessaire: bref il a du métier... et sinon, le dialogue d'Audiard prouve qu'il s'est gentiment laissé aller et a tricoté pour certains moments, des petits bojoux anthologiques, au milieu de ce cloaque de conventions d'un autre âge et du théâtre de boulevard. Comme de juste, la palme revient à une apparition de Bernard Blier qui vaut le détour. Cinq minutes de pur bonheur lexical.