Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
29 juin 2023 4 29 /06 /juin /2023 08:10

Dans les Pyrénées Orientales occupées, en 1943, Marc Cros (Jean Rochefort) est un sculpteur âgé, totalement détaché et en manque cruel d'inspiration. Son épouse Léa (Claudia Cardinale), son ancien modèle, trouve Mercé (Aida Folch), une jeune réfugiée, Espagnole évadée d'un camp qui vagabonde dans le village. Elle lui offre à manger et propose à son époux de la prendre comme modèle... Entre le vieil artiste et la jeune femme, une étrange relation va se nouer, et l'inspiration revenir... Mais le temps passe et les événements vont les rattraper.

Dès le départ on sera séduit par ce noir et blanc volontaire: touffu, organique, il ne cherche pas à singer celui des films de l'époque qu'il nous présente, et même s'il joue bien sa fonction de donner une illusion fugace d'ancienneté, il est aussi là pour permettre à ce film dans lequel le corps d'une jeune femme est quasi systématiquement exposé au regard et au toucher, de prendre malgré tout une certaine distance. Oui, le corps, mais aussi sa nudité, sont précisément le sujet de ce film, comme ils sont le sujet de l'oeuvre qui finira par naître des mains de Marc Cros...

Mais jamais, dans ce film situé en 1943, la situation ne sera convenue. On croise bien la guerre et son cortège de signes, les Allemands qui venaient de franchir la ligne de démarcation et s'installer dans le Sud, sont au village; il y a des résistants qui agissent la nuit, et Mercé va cacher l'un d'entre eux. Un esthète Allemand (un écho du Silence de la Mer?) se plaint de ce que son état-major et son gouvernement aient censuré certains ouvrages, qu'il retrouve avec émotion dans l'atelier de Cros, sans savoir qu'ils sont tombés du sac d'un soldat Américain parachuté... Mais non, Jean Rochefort se se saisira pas d'un fusil pour donner raison au général de Gaulle! Il s'en saisira pour protéger son modèle, en tiant des chevrotines en l'air pour éloigner des gamins, venus espionner la belle dame toute nue se faire sculpter... C'est d'ailleurs assez burlesque, de voir que "la morale" ambiante est incarnée par ces gamins autant que par le curé qui les sermonne, ou la bonne Espagnole échappée de chez Almodovar qui grogne de temps à autres en pensant qu'on reluque des femmes nues (Chus Lampreave)

La cohabitation entre Jean Rochefort, à la fin de sa vie, bourru et fantasque, dont le visage fatigué, émacié, possède à la fois une gravité mystérieuse, et une tendresse évidente qui transparaît dans ses yeux, et la jeune Aida Folch, une jeune femme naturelle, qui s'est «faite» dans l'adversité, et qui en a gardé un penchant pour les risques à une époque délicate, est un cheminement vers la complicité, vers ce moment où chacun des deux aura vu un peu plus en l'autre que ce qu'il ou elle veut bien montrer. C'est la sculpture, les moments à chercher avec les yeux, les outils, et parfois les mains, ce que le corps pourra montrer et offrir. C'est dire s'il fallait sansndoute protéger Aida Folch, qui s'offre au regard, d'abord réticente, toujours pudique jusqu'à la fin quand sa nudité outrepasse le champ artistique. Il est troublant de voir celle qui se dénude d'un geste quand le sculpteur lui dit «au travail», se couvrir à l'approche d'une tierce personne... Entre l'artiste et son modèle, pas de chichis, jusqu'à ce qu'un événement inattendu se produise, un moment où Marc Cros se rend compte qu'il désire la jeune femme...

La relation est touchante, et tout y est vu d'un point de vue (le corps, la blancheur de la peau magnifiée et maquillée par le noir et blanc, soit le point de vue de Cros) ou de l'autre (la vie du vieux sculpteur, le monde cruel de 1943, l'existence d'une vie nocturne parallèle, celle de la résistance, donc le point de vue de Mercé). Pourtant si Mercé nous apparaît de plus en plus, Cros gardera son mystère jusqu'au bout... Obsédé par l'idée de créer une nouvelle fois (ou une dernière fois?), peu regardant sur ses amitiés à l'heure où il faut choisir son camp, indifférent aux événements, et un peu cassant avec la jeunesse de son modèle, l'impassibilité de Jean Rochefort fait merveille et comme seul Jean Rochefort pouvait le faire, crée une sorte de vie intérieure qui ne livrera jamais tous ses secrets... Aida Folch de son côté incarne en douceur la jeunesse, une sorte de dernière chance aussi bien artistique que sentimentale, pour le vieil artiste, ce qui n'est pas sans rappeler The age of consent, de Michael Powell dans lequel c'est le peintre James Mason qui redécouvrait la vie à travers les courbes voluptueuses d'une sauvageonne incarnée par la jeune Helen Mirren. Une scène durant laquelle Marc se livre à des études du corps de la jeune femme, qui batifole dans une mare, me semble d'ailleurs être une référence directe...

Et ce n'est pas rien. Un bien beau film, hommage constant à l'art, mais aussi au corps, à sa sensualité, à travers le corps non formaté d'une jeune femme. Une évocation du temps aussi, à travers la mise en valeur des âges et de leur différences. Un conte mélancolique aussi, dont le noir et blanc profond réhausse l'impression d'une matière faite de la peau, de la glaise, des mains ridées d'un vieil artiste qui contemple ses derniers moments de création, à sa plus grande surprise...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Fernando Trueba Jean Rochefort
28 juin 2023 3 28 /06 /juin /2023 15:54

Un touriste d'une obscure république des Balkans arrive à New York, à l'aéroport John F. Kennedy. Il y a un problème: son passeport est refusé. Après un temp, Viktor Navorsky (Tom Hanks) apprend que son pays a été l'objet d'une révolution soudaine, et le gouvernement Américain a pris la décision de mettre en standby toute immigration ne serait-ce que pour quelques jours... Il est donc obligé d'attendre à l'aéroport, ne pouvant ni être admis à le quitter, ni être renvoyé dans son pays en raison de l'incertitude. Les officiels de l'aéroport, ainsi que les gens qui y travaillent, à tous les niveaux, vont devoir faire avec sa présence... 

Totalement inattendu à l'époque de sa sortie, ce film est devenu un peu l'un des vilains petit canards au regard de sa situation: même après des oeuvres aussi exigeantes et ambitieuses que The Color Purple, Schindler's list ou Saving private Ryan n'ont pas préparé le grand public à ce que l'auteur de Jurassic Park réalise l'histoire d'un homme coincé entre l'Europe en mutation, et l'Amérique frileuse, sans aucune scène spectaculaire, ni invasion d'alien! Mais Spielberg, héritier éternel de Ford, Capra, Wellman, Curtiz et Hitchcock, souhaitait aussi questionner les valeurs Américaines d'accueil, et le rayonnement international du pays, à travers cette histoire d'un homme coincé dans un aéroport... Et en cette époque troublée, 3 ans après le 11 septembre, c'était vraiment approprié.

Pourtant le film est basé sur une histoire totalement Européenne: un réfugié Iranien a en effet du attendre 18 ans à l'aéroport Charles de Gaulle, ayant perdu son passeport de réfugié: au moment où le film sortait, il y était d'ailleurs encore pour deux ans... Mais Viktor Navorsky, venu pour une mission affective et familiale d'une importance capitale à ses yeux, sera en butte à la frilosité d'un personnel administratif incarné par l'excellent Stanley Tucci. Le directeur de l'aéroport est en effet constamment persuadé que la seule façon de traiter les cas d'immigration est la méfiance... Il est même prêt à pousser Viktor à s'échapper de l'aéroport de manière à ce qu'il ne puisse être responsable de lui. Il incarne à merveille l'amérique des années Bush... 

De son côté, Navorsky est un prétexte pour Hanks et Spielberg de rendre un hommage assez clair à Jacques Tati: Viktor navorsky, incapable au début du film d eparler ou de comprendre l'anglais, est un électron libre, très libre même au vu de son esprit, lâché dans un univers qu'il rend immédiatement absurde de par sa seule présence. Cet aspect sera surtout palpable dans les  premières minutes du film, qui installent une ambiance mi-amère (Viktor est, après tout, un indésirable dans ce pays), mi-burlesque (Viktor est dans un entre-deux, et observe, et nous fait observer avec lui ce qui fait un aéroport). Mais on est quand même dans un feel good movie, assez classique, dans lequel une bonne part de l'intrigue sera véhiculée par la parole, c'est le prix à payer...

Mais seul un dialogue, probablement, pouvait faire passer une étonnante histoire qui crée une attente chez le spectateur: pourquoi Viktor se retrouve-t-il à New York, avec une boîte de conserve? Nous l'apprendrons, et c'est une jolie histoire, d'ailleurs liée à un fait authentique, une mythique photo de Harlem en 1958, sur laquelle sont rassemblés quelques-uns des jazzmen les plus importants de l'époque. Je vous laisse découvrir cette étonnante odyssée d'un homme à la recherche d'un moyen de finir son deuil, qui nous permet en prime de bénéficier de quelques images et de quelques sons du grand Benny Golson, l'un des très grands saxophonistes ténors, qui s'est laissé convaincre d'apparaître dans le film. en parlat de musique, John Williams, qui a montré l'etendue de sa versatilité avec un score extraordinaie dans Catch me if you can, s'amuse comme un gosse à saupoudrer une partition très légère, d'épices héritées d'Europe de l'est...

Et pour le reste, on s'attachera à cette histoire tranquille et tendre, qui prend son temps, qui permettra à Viktor Navorsky de passer à côté d'une histoire d'amour avec Catherine Zeta-Jones (Hulot, jusqu'au bout), dans un décor certes immense, mais qui reste quand même unique, une zone de transit où un homme a du s'installer contre son gré, avant de pouvoir enfin faire ce qu'il était venu faire: célébrer la culture admirable du pays qui aurait du l'accueillir, mais...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Tom Hanks Comédie
27 juin 2023 2 27 /06 /juin /2023 09:05

Les trois ours apparus en 1944 dans Bugs Bunny and the three bears sont occupés à prendre un goûter, mais Junior (également appelé Junyer) vide intégralement un pot de miel. Le père, dans tous ses états, décide d'en récupérer dans une ruche, ignorant les tentatives désespérées de son épouse pour lui dire qu'en fait il y en a un placard plein. La colère du père, l'ineptie du fils, et les abeilles pas forcément prêtes à accepter qu'on leur pique le miel, vont déclencher des catastrophes...

La famille étrangement disfonctionnelle de ces trois ours est devenue récurrente, avec une équipe de voix qui contribuent à leur donner une personnalité formidable (Mel Blanc, Bea Benederet et Stan Freberg); ce film est notable par le fait qu'il se concentre sur une seule situation, vouée comme souvent dans les films de Jones, à l'échec le plus cuisant...

Mais on peut aussi voir ici un portrait au vitriol de la famille Américaine, du mâle Américain aussi à travers ce père violent (il s'en prend physiquement, en permanence, à son fils et son épouse), cette mère éteinte, liée organiquement aux tâches ménagères (elle est présentée comme les deux autres par une voix off, en pleine distribution de toasts) et ce fils apparemment choyé mais aussi laissé dans un état d'abrutissement coupable...

Et bien sûr, si on accepte que contrairement à George et Junior, les deux héros de Tex Avery qui ont un rapport très violent, Papa Ours et Junyer soient père abusif et fils maltraité, c'est néanmoins très drôle. Evidemment, dit comme ça...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Chuck Jones Animation
26 juin 2023 1 26 /06 /juin /2023 19:15

Sorti après son spectaculaire Enfant de Paris, Le roman d'un mousse est une preuve de plus de la maîtrise dont faisait preuve Léonce Perret avant la première guerre mondiale, et de la place qui fut la sienne au sein de la Gaumont: il est évident qu'il bénéficiait pour ses productions mélodramatiques de moyens à  la mesure de ses ambitions... Le scénario de ce nouveau mélodrame d'aventures est basé sur une intrigue très bourgeoise, dans laquelle un marquis ruiné, associé à un banquier sans scrupules (Sur lequel, hélas, je reviendrai plus loin), se marie à une comtesse fortunée. L'idée est bien sur de se débarrasser de la belle après avoir éloigné son bambin afin de faire main basse sur sa fortune; pour se débarrasser de l'enfant, le banquier se propose de jouer son percepteur le temps de la lune de miel, et de faire croire à une fugue, en laissant une lettre dans laquelle le gosse annonce s'être enfui. Puis, le banquier Werb place le gamin sur un bateau ou il sera ensuite brutalisé parle capitaine. Pendant ce temps, le marquis tente de tuer son épouse mais suite à une maladresse se tue lui-même... la comtesse est accusée du meurtre. Le mousse parviendra-t-il à la disculper à temps?

On le voit, les péripéties se situent dans le droit fil du roman populaire, mais Perret est à son aise avec l'installation d'atmosphères idéales: promenade fatale à St-Malo, où le banquier drogue le garçon, scènes sur le bateau ou le gamin est en proie à la tyrannie du capitaine qui lui fait faire tous les sales boulots, intérieurs bourgeois rendus inquiétants par des jeux de lumières, décidément une qualité particulièrement représentée chez Perret, etc... Le film se voit sans aucun déplaisir, même si on n'est pas devant un film aussi beau plastiquement parlant, et aussi avancé que L'enfant de Paris...

Et il y a aussi le problème que je qualifierai de politique: Werb, de son prénom Elie, est un usurier sans aucun scrupule, un banquier de la pire espèce, qui n'a aucune humanité. Encore une fois, faut-il en accuser le metteur en scène, ou faut-il s'en prendre à Gaumont, dont les idées conservatrices n'ont jamais été un mystère? quoi qu'il en soit, cette trace d'antisémitisme, aussi discrète soit-elle, est un défaut irritant dans ce qui reste une oeuvre accomplie, un film à voir donc d'un metteur en scène qui mériterait d'être plus remis sur le devant de la scène...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Léonce Perret *
26 juin 2023 1 26 /06 /juin /2023 16:25

Ce film de 1912 interprété par Léonce Perret, Suzanne Grandais et Emile Keppens est une merveille, d'abord en lui-même, ensuite parce qu'on peut y déceler la création d'un genre, qui aura sur le cinéma de Gaumont d'abord, de France ensuite et du monde enfin des répercussions importantes. C'est pour ma part mon film préféré des quelques rares oeuvres de Léonce Perret que j'aie eu la chance de voir, et je dois cette découverte à l'inévitable coffret "Gaumont, le cinéma premier, vol.1", sorti en 2008, qui contenait 13 films de Perret.

Le principal apport de ce film , qui n'est sans doute pas le premier à le faire, mais qui fait partie d'un genre en plein développement, c'est de donner à voir un style de films de mystère, à vocation policière, dans lequel les balbutiements du cinéma de suspense sont intégrés, sans pour autant qu'il faille y voir la dette à Griffith. l'histoire racontée est celle d'un héritage qui tourne mal: Suzanne (Grandais) hérite de son vieil oncle, et son cousin Fernand de Kéranic (Perret) qui est nommé son tuteur deviendra automatiquement le légataire universel au cas ou la jeune femme décéderait ou serait frappée de folie. Fernand souhaite épouser la jeune femme, car, on l'apprend très vite, il a de sérieuses dettes. Mais celle-ci est amoureuse et fiancée, et Fernand a tôt fait de trouver un stratagème pour se débarrasser en même temps de l'amant et de sa cousine... ce qu'il n'a toutefois pas prévu, c'est que les deux tourtereaux puissent survivre, quoique sérieusement traumatisés par le traitement qu'ils ont subi aux "roches de Kador", mais aussi que l'on fasse appel à un traitement psychologique révolutionnaire, avec  projection d'un film, pour établir la vérité en provoquant une catharsis...

Derrière cette trame feuilletonesque, se trouve une intrigue à cheval entre deux mondes: les personnages sont bien sur des bourgeois et des aristocrates, des oisifs, sans qu'aucun jugement ne soit porté à cet égard, mais l'intrusion du crime spectaculaire d'une part, et du cinéma comme méthode térapeutique d'autre part, nous renvoient à ce bon vieux 20e siècle. Le film par son sens du spectaculaire photogénique anticipe sur les feuilletons de Feuillade, qui ont commencé dans le sillage de ses 5 Fantomas commencés l'année suivante. La scène selon moi la plus mémorable est celle qui voit Fernand, qui a convoqué le fiancé aux "roches de Kador" après avoir drogué Suzanne, laissée pour morte sur la plage, tirer sur le malheureux, dans un plan qui est pris de point de vue de Fernand, dissimulé derrière les rochers, avec sa victime en contrebas. dans cette séquence, Perret qui a construit la scène avec une grande lisibilité nous entraîne dans le suspense avec ses champs contrechamps. Le suspense ici tient au fait qu'on sait que Fernand a un projet et qu'il a fait venir l'autre homme, tout ce qui nous reste à découvrir, c'est le mode choisi pour son crime. A un suspense de bon aloi, il ajoute donc une violente surprise...

Les scènes de thérapie, rendues dramatiques par un jeu magnifique sur l'obscurité, jouent bien sur sur l'objet cinématographique; la personne qui va regarder un film, à savoir Suzanne, afin de lui faire retrouver la mémoire, est d'abord isolée dans un halo de lumière, étant de fait désignée comme notre cible à nous spectateurs. Cette personne qui est le centre d'un film va regarder un autre film, découvrir la vérité, et revenir à la raison. La mise en abyme est soulignée non seulement par la mise en lumière de la spectatrice, mais aussi par l'obsédant écran blanc qui envahit une bonne partie du cadre, contrastant avec la longue chevelure noire de la jeune femme. la séquence est étrange, visuellement très forte, et franchement inoubliable.

Une dernière chose concernant ce film qui aspire au respect, et qui nous est transmis dans une magnifique copie: une scène fera sans doute sourire les plus indulgents d'entre nous, lorsqu'on nous dit que'une barque dérive au large, sur la mer déchaînée, et que l'on voit un bateau qui est manifestement échoué sur le fond sablonneux de ce qui est évidemment une plage, on va forcément tiquer. Mais quelle proportion des spectateurs de la plupart des grandes villes françaises en 1912 et 1913 qui ont vu ce film étaient déjà allés à la mer? Combien étaient en mesure de déceler la supercherie? ce qui apparaît aujourd'hui comme une naïveté est juste le rappel qu'en matière de film, il est parfois utile de ne pas en savoir trop, il faut se laisser aller, et permettre au film de prendre le pouvoir. C'est l'une des leçons de ce film essentiel, qui en plus d'être beau à tous points de vue, possède un titre, franchement, qui ne peut que faire rêver.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Léonce Perret *
25 juin 2023 7 25 /06 /juin /2023 17:01

Ce film est inspiré de faits réels, situés essentiellement dans les années 60, même si l'intrigue déborde un peu sur les années 70. Leonardo di Caprio y incarne Frank William Abagnale Jr, de l'état de New York, qui a quitté le domicile familial à l'age de 16 ans pour devenir, afin de survivre dans un premier temps, puis par vocation une fois le talent venu, un escroc. Sa spécialité: profiter du système fédéral de récupération des chèques, et du temps souvent très long entre l'émission et la récupération, pour vivre sur des chèques sans provision. Il est poursuivi durant toute cette période par Joe Shea, un agent du F. B. I? qui a fini par faire son affaire personnelle de l'arrestation d'Abagnale, tant la tâche était ardue. D'où le titre du film... Dans lequel Shea devient Carl Hanratty, interprété par Tom Hanks.

Le film n'est pas strictement chronologique, il est en fait ancré sur la prise en charge d'Abagnale par Hanratty en 1969, à Marseille, où le jeune homme purge une peine au grand dam du F. B. I. qui souhaite le récupérer. Durant cette escale Française, le jeune homme tente de s'évader malgré une dysenterie carabinée, et le retour en avion durant lequel les deux hommes vont échanger, va permettre le retour en arrière. Le reste du film est donc chronologique, débutant en 1963 pour aller jusqu'à 1969. La vie de famille des Abagnale (Un père ancien militaire, Christopher Walken qui professe un libéralisme musclé mais peine à faire vivre son esprit d'entreprise en raison de choix d'affaires peu judicieuses, et vit dans l'ombre de ses lubies, et une mère d'importation Française , Nathalie Baye, qui vit dans le regret d'avoir lâché la proie pour l'ombre et souhaite ardemment revenir à une vie plus clinquante) est rythmée par les coups d'éclat de Frank Sr, et le fils vit dans l'idolâtrie de son père. Mais la vie est dure, et des impôts non payés vont être pour la famille le signal de la fin... Et un déclencheur pour Frank, dont l'éducation va tout à coup être prise en charge par un milieu qu'il ne connait pas, l'école publique. Le premier jour, grâce à sa prestance, il se fait passer sur un coup de tête pour un professeur de français, et réussit à faire illusion pendant une semaine! la réaction du père, convoqué à l'administration sera plutôt une franche admiration pour son fils, qu'une vague réprimande... mais le drame qui va tout entraîner, c'est l'annonce du divorce de ses parents...

Frank s'enfuit et commence à vivre de ses escroqueries. En appliquant un principe simple: si les gens croient en ce qu'ils voient, la confiance s'installe, il faut donc assumer ses mensonges jusqu'à y croire. Le reste (Documents falsifiés, etc) n'est que technique, même si Frank Jr va très vite apprendre à être un maître dans le domaine... Et il sera, ainsi et successivement, co-pilote d'avion pour la Pan-Am, Pédiatre, Avocat, et même pour un bref mais intense moment, agent secret, face à un agent du FBI pourtant aguerri.

Le parcours de ce dernier, d'ailleurs, est souvent évoqué, mais le contraste entre les deux est très grand: autant Abagnale brille d'un charisme débordant et séduit à tour de bras, que ce soit les femmes qu'il courtise ou les personnes qui vont faire les frais de ses mensonges, autant Hanratty, entièrement dédié à sa quête d'un escroc que sa mission lui impose de débusquer et d'arrêter, est terne, gris (Il porte perpétuellement un de ces chapeaux vagues, qui démarquent le plus souvent dans les films les officiers de police qui se tiennent furieusement à l'écart de toute mode...) et considéré ni par ses collègues ni par ses supérieurs.

L'homme dont la capture est le but de sa vie devient même d'une certaine façon son dernier ami, lui téléphonant chaque veille de Noël... Le lien entre les deux est fort, d'autant plus que pour Frank, le traumatisme du divorce de ses parents devient le moteur de sa fuite en avant, et il cherche y compris dans ses arnaques la reconstitution d'une famille. C'est le sens de son mariage programmé à la Nouvelle-Orléans avec Brenda Strong (Amy Adams), dont il aimerait intégrer la famille, et surtout profiter de l'amour des parents (Martin Sheen et Nancy Lenehan), qui eux, après tant d'années, s'aiment encore. Frank va même révéler à son futur beau-père toute la vérité, sans que celui-ci ne s'offusque, séduit par le romantisme fondamental de sa démarche... Le paradoxe, c'est que l'escroc dans ce film, qui détourne sans scrupules des millions, et n'a pour se faire aimer que la force de ses mensonges tous plus incroyables les uns que les autres, est toujours mieux considéré par les gens que le fonctionnaire impeccable qui a dédié sa vie à une quête qui fait partie de son métier, et qui ne lui apportera rien. Et pourtant entre les deux, un lien filial apparaît, qui va culminer dans un transfert durant le voyage des deux vers les Etats-Unis: c'est Hanratty qui va devoir annoncer le décès de son père à Frank Jr...

Ces liens familiaux qui se défont, et la tentative de reconstitution d'une famille artificielle, sont sans doute les traces les plus évidentes de l'intérêt et de l'appropriation par Spielberg de ce film. Le parallèle entre la désintégration de la famille Arbagnale et celle de Max Fabelman dans sa récente évocation autobiographique, est absolument clair...

La reconstitution est bien sûr impeccable, comme pouvait l'être quelques années après la recréation des années 70 dans Munich. Mais aucune frime dans le film, Spielberg ne cherche pas à multiplier les clins d'oeil, et on a le sentiment que chaque artefact, chaque chanson, chaque film cité (Une scène cite Goldfinger, dont on sait qu'il eut un succès phénoménal) fait bénéficier l'ensemble. Les costumes, la façon de parler, la musique, la mode et le mobilier, tout passe et contribue avec discrétion et inefficacité à la chose. Mettre en avant de façon exagérée aurait été pour la mise en scène une façon de reprendre à son compte l'escroquerie, ce qui explique que la rigueur soit ici de mise, et la mise en scène épouse avec discrétion et clarté la point de vue des deux personnages, sans éclat, mais avec, quand même, une classe folle, qui démarre d'ailleurs par un générique à la façon des années 60, accompagné d'une des meilleures et moins typiques partitions de John Williams... Et le film, qui déjà parle comme tant de films de Spielberg des aléas de la cellule familiale (The Sugarland Express, Jaws, Close encounters of the third kind, ET, The Color Purple, Empire of the sun, Always, Indiana Jones and the last crusade, Jurassic park, The lost world, A.I., Minority report sont avant Catch me if you can tous passés par là, pardon si j'en oublie!) en s'appuyant essentiellement sur la relation père-fils, nous parle aussi d'une maladie si typiquement Américaine... Le démocrate dans l'âme qu'est Spielberg milite ici pour l'inversion d'une malédiction Américaine, qui s'exporte assez facilement: le faux brille toujours plus que le vrai, et on se fait si facilement avoir, qu'on suivrait n'importe quel beau parleur, pourvu qu'il ait une certaine classe. Hanratty, avec son intégrité, son efficacité même, est destiné à vivre éternellement dans l'ombre de Frank Abagnale Jr, l'homme qu'il a traqué, arrêté et même remis dans le droit chemin, avant de devenir son ami.

L'Amérique est malade, nous dit Spielberg, qui par ailleurs n'échappe pas lui non plus à cette fascination pour un escroc magnifique: l'arnaque, après tout, c'est si cinématographique! Mais cette chronique des trente glorieuses, avec son élégance rigoureuse, est l'un des très beaux films du metteur en scène, éclairant avec talent tout un pan de sa filmographie, tout en renouvelant son univers dans de nouvelles directions (Qu'il va explorer plus avant: Munich, Lincoln notamment sans oublier The Fabelmans). Spilberg avait été attiré par le projet, disait-il, parce qu'il sentait pouvoir faire un hommage à Truffaut, ce qui est d'ailleurs confirmé par la présence de Nathalie Baye, mais étant un Truffautphobe intégral, je ne m'aventurerai pas du tout sur ce terrain. Le film, situé dans une période fascinante de renaissance pour le cinéaste, est une oeuvre majeure.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
25 juin 2023 7 25 /06 /juin /2023 16:54

Les trois ours veillent tard... Le père décrète pourtant qu'il est l'heure d'hiberner, d'autant qu'en dépit de ses efforts pour tricher, il s'est fait plumer aux cartes par son épouse (qui ne paie pourtant pas de mine)...

Car oui, maman ours, dans les dessins animés de Chuck Jones avec cette famille si particulière, est si souvent totalement effacée qu'elle ne servirait presque à rien... Et pourtant elle semble indispensable à cette étrange trilogie à peu près contemporaine de la création des aventures malencontreuses du coyote... Là où la série quasi avant-gardiste se concentre sur l'échec et rien que l'échec, ici, il est question de caractère....

...Et des secousses sismiques créées par la recontre inopinée entre la bêtise insondable, cataclysmique du fiston, et le côté colérique explosif et incontrôlable du papa... Un dessins animé donc relativement traditionnel, d'autant qu'à l'origine il se basait sur un conte. Mais... on est loin du conte.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones
24 juin 2023 6 24 /06 /juin /2023 14:38

Soulever une pierre, c'est ce qu'un curieux fera en pleine nature, pour voir les petites bêtes qui vivent dessous... Dans la belle et grande histoire du cinéma, il convient parfois de soulever un caillou, pour voir par exemple un incunable et faire une belle découverte... Ou plus sûrement voir ce film, qu'on nous a caché sans qu'il y ait trop à s'en plaindre: c'est que contrairement à la bourgeoise Gaumont, la compagnie Pathé ne craignait pas de pimenter ses spectacles cinématographiques avec des épices, disons... spéciales.

Ainsi dans ce film apercevrons nous un quidam qui entre dans une gare en se tenant le ventre: il a mal, et marche avec difficultés... Il demande où se trouvent les commodités, mais on lui indique une direction qui manque de spécificité, et il ne sait pas lire: au lieu de se rendre dans les toilettes, nous le voyons entrer dans la cabine téléphonique 1900 (en fait une pièce intégralement dédiée à la chose) et nous LE SUIVONS... La suite est du plus haut vulgaire, à n'en pas douter, et s'il y a heureusement une ellipse, elle ne nous laisse quand même aucun doute.

Dans le grand souffle de l'histoire du cinéma, on a parfois oublié que le vent de créativité qui nous soulevait parfois tout entier, passait parfois par des allusions à des choses qu'on n'imaginerait pas aujourd'hui dans un film sérieux. Bref, on n'a pas attendu Mel Brooks (ou Jacques Chirac) pour parler du bruit et de l'odeur... Ce court métrage affligeant et anonyme n'est donc pas en odeur de sainteté...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Prout
23 juin 2023 5 23 /06 /juin /2023 22:32

Oscar serait sans doute, aujourd'hui, considéré comme un obsédé sexuel, puisque tous ses films tournent autour de la drague, qui vire vite au harcèlement. Ici, Oscar (Léon Lorin) pousse son avantage un peu loin lorsqu'il va jusqu'à sonner chez la dame de ses pensées (Angèle Lérida) au petit matin. celle-ci l'envoie paître ("Qu'il aille au bain!") ce qu'il prend au pied de la lettre.

Pas extraordinaire, le film a au moins l'avantage de nous proposer une jolie ballade dans le Paris de 1913, et un final doublement intéressant: ouvertement coquin, puisqu'on pourrait y décrypter que la dame en chemise de nuit rejoigne le monsieur dans la baignoire, d'une part, et que la dame nous adresse un clin d'oeil en allant fermer le rideau pour nous empêcher d'y voir quoi que ce soit, nous spectateurs d'autre part.

Mais le final est aussi historiquement intéressant, puisqu'à l'issue de cet échange de fluides et de savon, on aperçoit... Léonce Perret (Qui ne joue aucun rôle dans le film), deux nouveaux-nés dans les bras, qui nous propose d'en faire autant. Et on continue à attribuer le film à Feuillade... il a pris de l'embompoint, Feuillade, non?

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Léonce Perret Muet
22 juin 2023 4 22 /06 /juin /2023 23:51

Le titre l'indique assez clairement: ce court métrage est en fait dans le sillage du chef d'oeuvre d'Andrew Stanton, Wall-E, et d'ailleurs ce dernier en a proposé l'argument. C'est une idée de génie, partagée avec Marvel qui un temps a fait la même chose: proposer des courts métrages qui puissent développer des moments potentiels des coulisses d'un film de long métrage. Ainsi ce film est-il situé dans les coulisses du dernier acte de Wall-E, et on verra d'ailleurs de nombreux moments tirés du film qui nous permettent de contextualiser celui-ci...

En gros, ça concerne les mésaventures d'un petit robot dont la fonction essentielle est de veiller que les lampes extérieures du vaisseau qui l'emploie, soient toujours fonctionnelles. Les aventures débridées de Wall-E et Eve, situées en marge de sa fonction, empêchent clairement sa mission et il en développe une intense frustration...

Les longs métrages de Pixar donnent souvent satisfaction, mais les courts sont très couramment encore plus réjouissants. Disons que celui-ci prolonge efficacement le propos du long qu'il accompagne, en en développant la comédie de caractères, et la poésie burlesque visuelle. Et comme d'habitude, il faut le voir pour comprendre... Mais même si ce serait dommage, on n'a pas vraiment besoin de voir Wall-E pour prendre du plaisir à ce film...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Disney Pixar Science-fiction