Le néo-pléistocène, une période de l'histoire d'autant plus cruciale qu'elle n'a jamais exité: alors que cohabitent (?) les dinosaures et les premiers hominidés, une météorite particulièrement bien calibrée tue tous les gros reptiles... Les hommes voient les restes de la météorite, une petite sphère aux motifs hexagonaux, et du coup inventent le football. Mais comme leus descendants directs, des chasseurs et cueilleurs aussi Cro que Magnons, vont mal interpréter les dessins que laisseront leurs ancêtres, les règles du jeu se perdront...
Jusqu'au jour où des hommes plus évolués (et VRAIMENT plus évolués, c'est le moins qu'on puisse dire, puisqu'ils maitrisent travail des métaux, canalisation, roue, maçonnerie, et même corruption) arrivent et prennent possession des lieux au nom du progrès. Pour nos hommes de cavernes, l'enjeu est simple: trouver le moyen de conquérir leurs terres de nouveau... Dug, le héros des cavernes qui a par hasard été transporté chez les autres, assiste à un match de football et sugère de jouer le conflit sur le terrain: leur liberté et leur terre pour les gens de l'âge de pierre, ou le travail dans la mine s'ils perdent. Lord Nooth, le très corrompu leader des populations de l'âge du bronze, accepte, car il est persuadé que les autres ne parviendront pas à apprendre à jouer en si peu de temps...
Aucune inquiétude, on est dans un film d'animation contemporain, donc forcément les gens des cavernes vont gagner, avec d'ailleurs l'aide d'une transfuge, Goona, qui aime bien Dug. C'est assez inattendu, tant Nick Park est attaché dansl'esprit du public à une Angleterre située pous ou moins dans la dernière moitié du XXe siècle, que ce soit à travers Wallace et Gromit, ou Chicken run... Donc de le voir s'attacher à une intrigue aussi éloignée de ces univers, qui plus est avec énormément de personnages (j'allais dire "de figurants", mais quand on mesure la façon dont ces films sont faits on prend conscience que dans un plan, animer un personnage principal ou un figurant reviendra au même), ça surprend!
Mais Anglais jusqu'au bout, Nick Park est aussi attaché à une certaine forme d'humour populaire, et à la loufoquerie de l'anachronisme, et bien sûr au football! Et ce film permet de faire le lien entre ces diverses choses, justement. Et le fait bien: on avait confiance, bien sûr, mais après tout on pouvait craindre qu'un coup de chud, ou une baisse soudaine de régime, ou un peu de laisser-aller neviennent ternir la joie de retrouver ce style... On aurait tort. C'est du plaisir, du plaisir de gosse y compris pour les adultes, et ça ne faillit jamais.
Et moi qui ai une sainte horreur de tout ce qui est sportif mais surtout du football, je le dis haut et fort: ici, tout passe. Il s'agit juste de ne rien prendre au sérieux, surtout pas la chronologie! Et incidemment, rappelons qu'il y a ici un certain nombre de grands noms du cinéma et du théâtre britanniques: Eddie Redmayne, Tom Hiddleston, Maisie Williams, Timothy Spall... Excusez du peu.
Eloise Turner (Thomasin McKenzie), une jeune femme qui a grandi sans ses parents en Cornouailles, chez sa grand-mère, ambitionne de devenir créatrice de mode, et a obtenu ne place dans une prestigieuse école Londonienne... Au-delà de l'angoisse de "la grande ville", elle a des angoisses, liées à une situation particulière: elle est "visitée" souvent par sa maman, qui s'est suicidée et se tient souvent avec elle dans les miroirs et autres réflections. Mais ce qu'elle ne sait pas c'est que dans la jungle du monde du XXIe siècle, même à l'époque de l'inclusion, une jeune femme foncièrement différente (elle crée elle-même ses vêtements, se tient à l'écart des fiestas, et a contrairement au reste de l'humanité d'authentiques goûts musicaux privés de la moindre tentation d'auto-tune: l'un de ses disques de chevet est The Kinks are The Village Green Preservation Society, quand même!!!) sera automatiquement victime de raillerie...
...ce qui se manifeste très vite. Elle quitte donc sa résidence universitaire et prend une petite chambre chez une dame, Mme Collins (Diana Rigg), et s'installe dans une ambiance plus propice à étudier. Sauf que dès la première nuit, elle est "transportée" en rêve dans les années 60, et y devient le double d'une mystérieuse jeune femme, qui souhaite devenir chanteuse, Sandie (Anya Taylor-Joy). Les "rêves/passages de l'autre côté" vont se multiplier, et révéler une image inquiétante des années 60, et très vite Eloîse se rend compte que sandie est en danger de tomber dans les mains d'un cercle de prostitution...
Une belle idée, finalement, celle de signifier la différence non seulement par un comportement décalé pour l'époque (le fait d'avoir une culture par exemple, ça ne court plus tellement les rues), mais aussi par un "don" surnaturel qui au départ est ambigu: simple déraillement psychologique, ou vrai don de médium? On maintient l'intérêt jusqu'à la première "visite" d'Eloïse dans les années 60. Autre bonne idée, celle de "signifier" les "passages" de l'autre côté, en utilisant miroirs et réflections... Et après...
Après, ça devient le grand n'importe quoi et le grand guignol. Le film ne tient aucune de ses promesses, le personnage fragile se perd dans ls clichés du genre fantastique/horreur, et le myétsère de pacotille qui sert d'enjeu sur le reste du film le paintient très articifiellement en vie... Tant pis.
C'était le dernier film de Diana Rigg, donc entre elle et les Kinks, on a quand même deux points positifs pour rappeler les années 60, ce n'est déjà pas si mal.
1953... Staline (Adrian McLoughlin) reçoit ses "copains", qui passent ensemble une soirée comme il les aime... A boire, raconter des horreurs, et il se régale de la façon dont ils sont tous plus obséquieux les unes que les autres: Krouchtchev (Steve Buscemi) qui raconte des histoires drôles douteuses les unes à la suite des autres, Malenkow (Jeffrey Tambor) qui le flatte, Molotov (Michael Palin) qui raconte de glorieux souvenirs tout aussi flatteurs, et Béria (Simon Russell Beale) qui tient une comptabilité des massacres, d'autant qu'il est au même moment en train d'en superviser un ou deux. Molotov lui-même ne sait pas qu'il est condamné à plus ou moins brève échéance... Pendant ce temps, un concert radiophonique a lieu, et les responsables de la radio doivent retenir le public et les musiciens pour rejouer: Staline veut une copie de l'enregistrement... et personne n'a enregistré. Mécontente, la soliste, une pianiste (Olga Kurylenko) glisera dans la pochette du disque qui sera gravé à cette occasion un petit mot haineux et bien senti à l'intention du dictateur.
...Et quand il le lira il rira, puis il tombera, victime d'un AVC.
Sur le corps encore chaud car pas tout à fait refroidi de Joseph Staline, ses "camarades" vont interpréter une drôle de danse, faite de coups-bas, de traîtrises, de manipulation et tous vont afficher le même but: devenir le chef, tout en faisant le maximum pour ne pas trop être assimilé à ce dont on devine que ce sera un héritage très encombrant...
C'est une bande dessinée française, à l'origine, due à la plume de Fabien Nury et au pinceau de Thierry Robin. L'idée est bien sûr de voir ce qui se passe au moment o ù l'un des événements les plus importants du XXe siècle se déroule, et comment va réagir et agir l'intelligientsia d'un pays dictatorial, tous ces gens qui sont intimement persuadés que staline était un boucher, mais dont certains ont devancé l'appel (Béria en particulier) de manière à rendre la boucherie aussi efficace que possible...
Le film concentre en quelques jours l'accident, le décès et les deux mois qui ont suivi... Le fait de rendre compte de l'histoire à travers la comédie (et bien sûr celle-ci est particulièrement grinçante) aura rarement été aussi efficace que dans ce film, où on voit le mécanisme de la dictature survivre à un salopard particulièrement nuisible comme Staline, car d'une part le pli est pris (Molotov, le cerveau lavé jusqu'au fanatisme, qui ne peut pas s'empêcher de charger après coup son épouse qui a été "purgée"), et d'autre part il est impossiboe de faire triompher la vérité de crimes dans lesquels TOUS ont pris une part...
Mais le ton féroce est du plus haut réjouissant quand non seulement les "prétendants" historiques se retrouvent et se trahissent les uns les autres, mais en plus on va découvrir un certain nombre de dingos, qui sont tous historiques: le général Zhoukov (Jason Isaacs), héros de la seconde guerre mondiale qui faisait un peu trop d'ombre et qui été limogé, avant de revenir à l'occasion du deuil, les deux enfants de Staline, Svetlana (Andrea Riseborough) et Vassili (Rupert Friend) Dougachvili, qui sont à des degrés divers emreints d ela folie furieuse familiale... Le plus réussi est Vassili qui se lance dans un délire complotiste hilarant.
Et c'est là qu'on ne peut s'empêcher, car on est en 2023, de penser à une autre époque, à un autre dirigeant, à une autre famille privilégiée... a l'heure où on fait les comptes de l'assaut du Capitole, les paraboles politiques corrosives ne sont-elles pas les bienvenues?
Vincent (Fabrice Eboué) et Sophie (Marina Foïs) sont bouchers, et Sophie s'impatiente: non seulement son mari est lent (parce que méthodique dans son travail) et est en train de couler la boutique en voulant trop en faire, mais en plus leur vie sentimentale est arivé au-delà du point critique. Elle en vient à considérer une séparation...
Ils subissent une attaque d'un groupe d'activistes vegan qui aspergent de sang Sophie... La colère est à la hauteur du traumatisme. Mais en revenant de chez des amis (d'insupportables m'as-tu-vu, hautains, profiteurs, racistes, anti-fonctionnaire et obsédés par le fric que leur rappporte leur réussite, bref: des français, quoi), ils aperçoivent sur la route un cycliste qui n'est autre que l'un de leurs agresseurs. Vincent le tue par mégarde...
Plutôt que de risquer d'être soupçonnés de vengeance, Sophie suggère à son mari de faire disparaître le corps; mais par mégarde (une fois de plus) Sophie en expose une partie qui ressemble à du jambon à la boucherie...
Le nouveau jambon a beaucoup de succès. Sophie et Vincent y voient une opportunité de sauver leur boutique, leur couple et de se débarrasser des vegans...
La chasse commence.
Bon, il est des idées qui doivent sonner très drôle sur le papier, ou qui font des courts métrages formidables... Ici, le long métrage, ce n'était pas une bonne idée. Certes, c'est occasionnellement drôle à force d'excès, de dialogues parfois très ciselés, et de quelques grossièretés bien senties. On aime les deux sales amis racistes: ça donne probablement au spectateur l'illusion que, vaguement, le film soit une sorte de portrait de notre pas si beau pays. Mais c'est comme les films de Jean Yanne, voyez les quarante années plus tard, ça fait mal... Tout pour l'effet, tout pour appater le client et lui donner l'illusion qu'il/elle est un rebelle en poussant loin le bouchon de l'ignominie. Les Monty Python l'ont (admirablement) fait, dans un épisode ultra provocateur du Flying circus. C'était pour une série de sketches d'une dizaine de minutes en fin d'un épisode... Ici, ça dure 85 minutes. Mais on peut très bien s'en passer...
Alors qu'une étrange disparition des moutons entraine une raréfaction de la laine, Wallace et Gromit ont créé une nouvelle société: ils lavent les vitres des boutiques de la ville... En lavant la vitrine d'une mercerie, Wallace fait la connaissance de Wendolene et d Preston, le chien très louche. Celui-ci les suit jusque dans leur maison où il voit le nouvel appareil délirant que Wallace a créé: un tricoteur automatique, vous entrez un mouton, il en sort un pull... Ce qui donne immédiatement au molosse inquiétant une idée diabolique...
C'est aussi dans ce film qu'on va faire la connaissance d'un héros qui reviendra chez Aardman, d'abord en guest star dans les Cracking contraptions, puis avec sa propre série et ses propres longs métrages: Shaun le mouton... Il rejoint de suite Gromit plutôt que Wallace, mais comme le chien, il doit trainer ses boulets avec lui: d'autres moutons, tous plus bêtes et incontrôlables les uns que les autres...
Le film monte encore d'un cran dans la perfection de l'animation, et reprend les choses là où The wrong trousers les avait laissées: intrigue solide même si elle est farfelue (et elle l'est, totalement), inventions idiotes, esprit parodique (avec un clin d'oeil aux marionnettes des Thunderbirds, une série animée qui a fait les beaux jours de la télévision privée dans les années 60), utilisation au premier degré et demi de la musique, suspense, timing... Et bien sûr, une magnifique scène de poursuiteest suivie d'une séquence d'action à suspense, admirablement rendue. La liste des obsessions Britanniques s'enrichit ici du tricot...
Et Wallace, sans jamais se départir de sa profonde stupidité, se voit doté ici d'une dimension supplémentaire, à tavers sa première histoire d'amour, pour Wendolene, une intriogue sentimentale qui se terminera sur une réplique et une seule... Une tradition est lancée, le chauve aux oreilles décolées étant depuis devenu à sa façon un serial séducteur!
Non que ça ne lui ait apporté autre chose que des ennuis...
1982, Hollywood... Paul Paul Bartel) et Mary (Mary Woronov) sont de très prudes Américains, désireux d'acheter un restaurant, qui sera un temple du bon goût.. Pas comme tous ces échangistes qui se retrouvent dans l'appartement d'à coté. Mais le jour ou l'un d'entre eux assaille la belle Mary, le sang de Paul ne fait qu'un tour, et il le tue. Une idée saugrenue leur traverse l'esprit: et s'ils les appataient avec le stupre afin d'assainir la ville? Sauf qu'ils ne connaissent pas Raoul, le bellâtre Chicano qui va leur apporter un paquet d'ennuis...
La publication par la prestigieuse collection Criterion de ce film pouvait ressembler à un gag, c'est pourtant une comédie très soignée, un portrait (au mauvais goût parfaitement assumé) de l'envers d'Hollywood, et un film réjouissant: le seul d'ailleurs dans lequel on puisse entendre l'immortelle phrase "Go to sleep, I'll bag the nazi!".
A travers les deux très convenables et très coincés anti-héros, Paul le sommelier (qui se fait réprimander à son travail parce qu'il se refuse à vendre aux clients la piquette qu'ils réclament) et Mary l'infirmière qui se refuse à céder aux avances des plus obsédés des patients de urgences, Paul Bartel se plaît à montrer un monde sérieusement corrompu d'une part, mais va aussi jusqu'à démontrer que la logique des "réformateurs" auto-proclamés (car à n'en pas douter, Paul et Mary sont du genre à vouloir sauver l'humanité malgré elle!) débouche aussi sur la corruption et la malfaisance... Sans parler du portrait hilarant de deux personnes qui sont tellement habitués à réprimer leurs émotions et leurs pulsions qu'ils en deviennent de vrais psychopathes...
Tout n'est donc pas que dans le titre, dans cette comédie débridée et totalement mal polie. On est complètement à l'écart de tout formatage, dans une sorte de no-man's land socio-culturel où une équipe de film fauché peut sans vergogne se lancer dans une oeuvre underground qui va réussir à ironiser sur la mode de l'échangisme, l'obsession sexuelle, la manie des Américains de se mêler en permanence de ce que font leurs voisins, les excès de la vertu, et bien sûr, mais je l'ai manifestement gardé pour la bonne bouche, le cannibalisme... Et le pire c'est que Bartel a réussi à tourner son film en privilégiant pour lui et sa compagne un jeu parfaitement posé, détaché et d'une grande subtilité.
C'est donc un vrai OFNI, mais avec le choix entre moutarde et ketchup...
Un petit groupe de marins Américains rescapés d'un naufrage tentent de se rendre en Australie à l'initiative de leurs officiers, alors que l'ensemble des forces armées Américaines des Philippines ont reçu l'ordre de se rendre. Mais au fur et à mesure, les choses changent, et ils reçoivent l'ordre inverse: rester et organiser la résistance en collaboration avec les populations locales...
Il est des films dont on se dit soit qu'on ne les verra jamais, soit que si l'opportunité se présente on aura du mal à entrer dedans... C'est le cas de celui-ci, un cas plus que particulier puisque c'est apparemment le seul film de Fritz Lang qui ait copieusement et irrémédiablement renié par son auteur! ...Et le terme d'auteur ici est à peine à prendre au pied de la lettre: ce petit film de guerre au demeurant vaguement distrayant a été commandé à Fritz Lang par Darryl F. Zanuck, et c'est sans doute un geste de bonne volonté de la part du metteur en scène... Henry King, le réalisateur attitré des grands projets (qui permettait par sa bonne volonté à Zanuck de ne pas trop en demander à John Ford, qui de toute façon n'était plus en contrat) était sans doute occupé ailleurs, et le projet a échoué sur les genoux de Lang.
Peut-être celui-ci avait-il envie de se frotter à un film de guerre moins emprunt de noirceur que ses oeuvres précédentes, peut-être était-ce la perspective de tourner en extérieurs aux Philippines, ou la perspective de bénéficier de l'aide de l'armée, une sorte de retour nostalgique à sa démesure des années 20... Peut-être qe les beaux yeux de Micheline Presle, ou la perspective de travailler avec Tyrone Power l'auraient décidé... Il faut de tout pour faire un monde.
Il a accepté, et a réalisé un film sans âme, sans saveur, sans surtout les saveurs parfois sadiques et sacrément salées de ces passages souterrains, ces aventures dans des tunnels, dans les tréfonds de l'inconscient... Les partisans d'un Lang psychanalytique et gothique en seront pour leurs frais, et ces aventures seront une fois le film terminé vite oubliées. Surtout si on a en tête l'admirable Objective Burma de raoul Walsh...
Le jour de l'anniversaire de Gromit, Wallace réalise que les factures s'accumulent, et décide de louer la chambre d'amis. Le premier locataire qui vient est un mystérieux pingouin, qui s'impose de façon spectaculaire, au point que Gromit se sent exclu. Mais il voit bien que la bestiole a des idées louches derrière la tête...
Le titre (étonnant en soi) est lié au fait que le cadeau de Gromit, pour son anniversaire, est une paire de pantalons dotée d'une paire de jambes robotisées, qui est supposée permettre à Gromit de se promener tout seul... L'objet en lui-même est ridicule, mais il est aussi d'une richesse signifiante impressionnante, permettant à la fois de rappeler l'obsession de Wallace pour la technologie, la façon dont celle-ci prend toute la place dans le foyer, mais aussi son incommensurable étrangeté... et ça occasionnera évidemment un certain nombre de gags et une solide dose de séquences mémorables.
Il y a un avant et un après ce film, présenté en décembre 1993 sur la BBC2, lors d'une soirée qui dépassa toutes les espérances de la chaîne. Disons que ce sera le début de la Wallace-Gromit-Mania... Tout en étant un prolongement en tous points adéquats à A grand day out, il est d'une évidente supériorité, grâce à l'approche de Nick Park: du gag, oui, mais pas sans une solide dose de caractérisation. Et pour commencer, Wallace étant déjà largement défini par son langage ("Ooh, I do like a bit of gorgonzola"; "Do something, Gromit!", et l'immortel et généralement annonciateur de catastrophes "don't worry Gromit, everything is under control!"), généralement totalement déconnecté de la réalité, et par ses deux obsessions, à savoir le bricolage et le fromage, il restait à définir un peu plus Gromit, et c'est là ce que ce film commence par faire. Dès le départ, Gromit qui ne parle pas se définit par ses yeux, et cette merveilleuse et si expressive arcade sourcilière. La mobilité relative de Gromit et son absence de langage ne sont finalement pas du tout un problème, il est celui qui incarne le sens, l'intelligence et la raison dans le couple étrange et dysfonctionnel formé d'un maître et son chien, ou plutôt, au égard à leur efficacité respective, d'un chien et de son homme, comme j'ai coutume à le dire...
Cette caractérisation à la fois austère et virtuose monte encore d'un cran avec le personnage de Feathers McGraw, le pingouin maléfique. Il est encore moins mobile que Gromit, prend évidemment moins d'espace, et a encore moins d'éléments de communication liés à son visage, avec ses petits yeux noirs et vides... Mais il est instantanément diabolique, et c'est un tour de force de faire autant avec si peu! Les motivations du personnage ne seront jamais très claires, tant qu'on n'aura pas compris qu'il s'agit tout simplement d'un pingouin psychopathétique, et que son apparent déguisement (il arbore parfois une crète qui le transforme en poulet, probablement faite d'un gant en caoutchouc... ne me demandez pas pourquoi il a un gant en caoutchouc...) est en fait une manifestation de son moi intérieur. Bref, il est complètement dingo.
Mais il est aussi génial, et de là à le considérer comme un génie du mal il n'y a qu'un pas. Il parvient sans aucun problème à "séduire" Wallace, s'imposer (en prenant la chambre de Gromit, en remplaçant le papier peint et en laissant la radio allumée en permanence: quand je vous dit qu'il est maléfique), exclure Gromit de chez lui, et... comprendre son intérêt en un éclair rien qu'en voyant les "techno-trousers" de Wallace et ce qu'il va pouvoir en faire!
Le suspense est l'un des points les plus forts de Nick Park, cette façon qu'il a de privilégier l'histoire et l'intrigue de ses films en créant un besoin (un manque évident du film The Pirates, à mon sens) pour le spectateur, de voir ce qu'on lui a promis... Et le casse est une merveille de précision, d'animation et de montage, comme la poursuite finale qui en plus prend racine sur la rigueur de la structure du film, puisqu'elle se situe sur un train électrique qui a été établi dans le champ dès la première séquence... Mais pour obtenir du suspense, il faut aussi savoir établir un rapport de complicité entre spectateur et personnages, et ça c'est le rôle de Gromit...
Bref, 29 minutes qui vont tout changer... Le film est aujourd'hui encore considéré comme une référence absolue chez Aardman, et pour Nick Park lui-même. Et pour cause...
1955: on présente à la télévision (en noir et blanc) une production d'Asteroid City, la pièce de Conrad Earp (Edward Norton). On en présente les contours, les acteurs et même l'auteur, et puis...
Et puis on se retrouve (en couleurs) à Asteroid City, au coeur même du "drame" qui se joue en plein désert, dans l'Arizona. Le lieu s'appelle ainsi en raison de la chute d'une astéroïde qui a laissé un cratère. Le lieu est à la fois dédié à la recherche spatiale avec un observatoire dernier cri, et à des expériences atomiques. Et comme c'est situé en plein désert, l'écran est parfois traversé de roadrunners, les oiseaux coureurs locaux, et de voitures qui se tirent dessus...
Un certain nombre de personnes se retrouvent pour la remise des prix d'une compétition de jeunes génies... Sont donc venus entre autres Midge Campbell (Scarlett Johansson), une actrice de premier plan, et sa fille Dinah (Grace Edwards) qui est l'une des surdoués, et Augie Steenbeck (Jason Schwartzmann) et ses quatre enfants: trois petites filles fantasques, et un adolescent génial, Woodrow (Jake Ryan). L'attirance entre Midge et Augie, d'une part, et entre Dinah et Woodrow, d'autre part, est immédiate...
Les jeunes génies fraternisent tous les cinq en attendant la remise des prix, et de son côté, Midge remet sa nature d'actrice en question tout en constatant son incapacité à ressentir, et Augie pour sa part doit enfin admettre à ses enfants, que leur mère est décédée trois semaines auparavant. Leur grand-père (Tom Hanks) doit les rejoindre... Alors que les trois filles ont décidé d'enterrer les restes de leur maman dans un rituel de sorcellerie...
D'autre part, pendant la cérémonie, un alien (Jeff Goldblum) s'invite et ramasse la météorite avant de partir en soucoupe volante: Asteroid City est désormais en quarantaine...
J'admets que ce résumé est soumis à des réserves, mais comment voulez-vous résumer un tel film? C'est impossible... Et encore on ne parle pas ici de l'esthétique. Au-delà de l'habituelle géométrie des plans (plus prononcée encore que d'habitude, il semble que chaque plan est soumis à ces soudaines embardées de la caméra, à droite à gauche les deux...), de la manière dont les costumes, étiquettes, badges, et attributs (blouses blanches, lunettes, uniformes) vont informer en un regard le spectateur de la fonction du personnage (Jeffrey Wright est donc officier, Matt Dillon garagiste, Steve Carell avec sa visière, gérant d'un motel, et Tilda Swinton scientifique), le réalisateur s'est plu à jouer avec les couleurs, pour convoquer le fameux nuancier des années 50... On a parfois l'impression d'assister à une vision du monde qui serait partagée entre Wes Anderson et Norman Rockwell... Donc profondément esthétisante, mais aussi faussée qu'elle est plastique...
Ce qui est peut-être l'une des idées, se replonger dans les codes du passé, pour y voir l'humanité se fourrer le doigt dans l'oeil, derrière des codes et des protocoles, qui n'auront pas d'effet, pour voir passer un cataclysme potentiel plutôt que de le comprendre ou l'enrayer. Et la jeune génération, incarnée par cinq petits génies (qui adorent jouer à des jeux de mémoire et de connaissances, même si en retirer une victoire s'avère impossible puisqu'ils sont tous géniaux...) aura beau jeu de se demander "pourquoi recommence-t-on comme avant?", personne ne les écoutera. Non, le film nous montre chaque événement comme un passage, et chaque histoire potentielle comme une décision qui change tout, à prendre ou à laisser: entre Augie et Woodrow, l'un aura de la chance, et l'autre...
Et surtout le film explore l'esprit de communauté, en utilisant une fausse oeuvre; ce n'est pas nouveau: Dans Rushmore, le héros montait des pièces hyperréalistes à partir d'intrigues de film; The Royal Tennenbaums est constellé de références à la littérature fictive des trois héros, et de leur entourage: journaux, romans, pièces de théâtre et livres de souvenirs... The life aquatic est supposé être le titre d'une série de films réalisés par Steve Zissou, le faux Cousteau... Moonrise Kingdom est souvent assimilable à l'expérience d'un journal intime croisé de plusieurs des protagonistes, et aussi bien The Grand Budapest Hotel que The French Dispatch sont tributaires, l'un de la forme d'un roman, l'autre de celle d'une édition spéciale d'un magazine... Pour nous donner à voir ce groupe humain confronté à l'inédit, l'impossible ou le fantastique, Anderson choisit cette fois de passer par une pièce de théâtre, et nous fait nous poser la question: et si tout bonnement nous étions devenus incapables, à l'âge du portable et d'internet, d'expérimenter pour de vrai les événements? Nos médias, pastichés avec rigueur par Anderson, deviennent des grilles de lecture rassurantes, une lorgnette qui en atténue les contours. Mais qu'on ne s'y trompe pas: même filmés en Espagne (dans un merveilleux Arizona plus faux que nature), c'est bien des Américains qui s'agitent ici, cherchant une probable porte de sortie à une quarantaine qui les dépasse... Tiens donc.
Le film a été une fois de plus la course à la participation pour les acteurs. Les détracteurs de Wes Anderson railleront sans doute à la fois ses obsessions formelles, et le fait qu'on y trouve une trentaine d'acteurs célèbres qui y font parfois de tout petits tours... les admirateurs seront ravis d'y retrouver certains en se demandant pourquoi tel ou tel acteur n'y figure pas. C'est vrai que cette fois, deux manquent singulièrement à l'appel... Mais cette pléthore ne gène pas, car la plupart des comédiens se glissent dans le jeu ambiant, qui est celui imposé par l'auteur. Un trait de son oeuvre qu'Anderson partage avec... Barry Sonnenfeld, pour moi. Mais cette fois, Scarlett Johansson a réussi à tirer son épingle du jeu en brillant d'un éclat particulier, comme le faisait Anjelica Huston dans les trois autres films auxquels elle a participé...
Voilà: tout dépend donc de ce que vous attendez d'un film de Wes Anderson. Si la géométrie de son style et le jeu "deadpan" des comédiens qu'il dirige vous irrite...
Trois escrocs (Thomas Meighan, Betty Compson, Lon Chaney) décident de s'associer avec un homme religieux (Joseph J. Dowling) afin de se faire de l'argent: l'homme prétend être un guérisseur, faiseur de miracles touché par la grâce divine, et toute la population de son village le vénère... Mais les bandits ne sont pas au bout de leurs surprises...
On va le redire, une fois de plus, hein: les films ne sont pas éternels. Parfois c'est agaçant. Parfois, c'est rageant. Et parfois, c'est tragique: en témoignent ces trois minutes... Le film, réalisé par un metteur en scène disparu trop tôt et qui avait atteint une renommée non négligeable, a laissé le souvenir d'un classique et d'un chef d'oeuvre. On le comprend tout à fait, quand on voit ce qu'il en reste...
Ces extraits a été préservés parce que la Paramount avait monté dans des courts ou moyens métrages promotionnels un certain nombre de séquences de gros succès de la compagnie (The house that shadows built, en 1931, et Movie memories, en 1935); on y trouve donc la scène emblématique du film: Lon chaney, qui joue un contorsionniste, y simule une guérison miracle, à la fois pour convaincre la foule, et pour s'attirer les bonnes grâces du guérisseur (qui lui n'est pas un escroc). La scène est courte, mais intense, et Chaney est excellent, au point qu'un grand nombre de personnes, jusqu'à aujourd'hui, sont persuadés qu'il était réellement contorsionniste... Mais la séquence se poursuit: un gamin sérieusement handicapé, qui a vu la scène, souhaite lui aussi profiter du pouvoir du "miracle man", et s'avance, lâchant se béquilles, puis... courant jusqu'au brave homme, sous les yeux médusés de tous, y compris bien sûr Chaney.
C'est un modèle de montage, qui nous montre que Tucker ne se contentait pas de poser la caméra, mais qu'il avait conçu sa scène en fonction d'un effet voulu sur le public. comment ne pas penser à Borzage et son cinéma du miracle? Sauf que Borzage, sans doute, n'aurait pas joué sur l'ironie de la contradiction comme le fait Tucker ici. Et cette séquence, avec Chaney dans un grand numéro d'illusionniste, a été annoncée par d'autres, comme le prouve la photo ci-dessous... Une scène qui donne immanquablement l'envie d'en savoir, et d'en voir plus. Une autre séquence, plus détaillée, avec des gros plans fascinants de Chaney, Compson et Meighan, est disponible dans The house that shadows built, et là encore on y sent un sens du montage, et une nervosité du rythme, qui impressionnent...