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10 juillet 2023 1 10 /07 /juillet /2023 15:19

19 ans après The last crusade, avait-on besoin d'un quatrième opus? et pourquoi pas... jusqu'à un certain point. Spielberg, en 2008, de son propre aveu, est "passé à autre chose", principalement des "drames historiques" et des films lourds et ambitieux. néanmoins, on sait aujourd'hui que l'appel de l'aventure et de la série débridée n'est jamais facile à rejeter quand on est très désireux de se lancer dans une aventure à la Tintin, voire dans un Tintin tout court... Donc, le vrai adieu à Indiana Jones se situe ici, dans cette dernière aventure en forme de baroud d'honneur avant de passer à l'hommage directe à l'oeuvre source, via un partenariat avec Peter Jackson autour de quelques albums de Tintin.

Dans ce quatrième opus, donc, Henry Jr "Indiana" Jones est dès le départ dans le feu de l'action, kidnappé en plein exercice de son métier par des Soviétiques (on est en pleine guerre froide) qui ont besoin de lui pour trouver un artefact dans la Zone 51... La suite, de coup de théâtre en explosion de bombe nucléaire, de pursuite en moto en sables mouvants, est aboslument impossible à raconter. Admettons que le film commence par la séquence la plus brillante du film...

 

Si on se réjouit de l'humour et de la maestria de Spielberg devant un film qu'il juge lui-même inutile, mais certainement défoulatoire, le principe du 'toujours plus' oblige ici les concepteurs (George Lucas, mais aussi le scénariste David Koepp) à vouloir aller plus loin que le Saint Graal du dernier opus, d'où cette abracadabrante histoire de rencontre du troisième type. Bon, au moins on peut dire qu'ici Spielberg se livre à une sorte de bilan personnel, admettons qu'il est intéressant de voir Indiana Jones renouer avec Marion (Raiders of the lost ark), devenir papa, et inverser la dynamique de The last crusade, et se livrer à ses bonnes vieilles habitudes: se battre d'une voiture à l'autre, passer des chutes d'eau en voiture amphibie, le tout malgré l'age... Les nazis d'antan sont remplacés par des Russes, menés par une Cate Blanchett jubilatoire tellement elle ressemble à un cliché de la guerre froide, les amis sont des agents doubles qui sont des agents triples, bref tout ça n'est pas sérieux, et jusqu'au maelström d'excès final, on sourit, on rit, on s'amuse.

Et Spielberg signe son film de multiples façons, par un savoir-faire jamais démenti ici, une faculté à triompher de chaque écueil technique: cascade, intégration de CGI, et défis permanentes. Par exemple, il va ici figurer un test d'explosion nucléaire vécu de l'intérieur, et nous rappeler que dans Indiana Jones on n'a pas peur des images horrifiques en nous montrant l'effet d'un soldat soviétique plongé dans une colonne de fourmis... son utilisation du signe cinématographique est toujours aussi virtuose (voir la première séquence et la façon dont l'image cadre le chapeau pour délayer l'inévitable révélation... Ou encore l'habituelle ouverture sur la montagne Paramount qui se mue en... terrier de chien de prairie!). Et surtout, le thème récurrent dans son oeuvre trouve une de ses illustrations les plus inattendues dans ce film d'aventures qui reconstitue, en dépit de toute vraisemblance, une famille nucléaire (hum), une vraie!

...Mais qui a donc pondu un titre aussi idiot? et pourquoi pas Attack of the clones, tant qu'on y est?

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
10 juillet 2023 1 10 /07 /juillet /2023 13:09

Etre un cinéaste à succès, c'est fatalement s'exposer à un dangereux raccourci. Prenez Hitchcock, auquel il a fallu toute une carrière pour s'imposer durablement, non en terme de réussite commerciale, publique et financière, mais surtout en tant qu'artiste, alors qu'on ne voyait en lui qu'un pourvoyeur de frissons gratuits. Autre temps, autre moeurs, et pour Steven Spielberg, l'un des héritiers les plus évidents (sinon LE héritier, soyons juste) du maître, cette quête plus ou moins consciente a finalement été effectuée de loin en loin, film après film (et ce, dès The Color Purple), dans un monde ou une carrière de cinéaste dépend largement de la capacité des artistes à faire survivre leur image publique au-delà des cinq années de durabilité auxquels ils ont droit. Donc, aujourd'hui, soit 8 années après ce film, il est devenu vieux, et est assez fréquemment oublié, Spielberg étant essentiellement l'homme de Jaws, E.T., Jurassic Park et Indiana Jones (soit ses gros succès, films louches a priori pour la critique) d'un côté, et par ailleurs l'auteur du seul Lincoln... Comme certains parmi nous ne sommes pas amnésiques, ne laissons pas cette perle sur le bas-côté de la route: c'est un film noir, âpre, entaché de peu de concessions, magistralement mis en scène et qui nous montre un Spielberg encore plus adulte, plus mature qu'il n'avait jamais été... Le fait que ce film sur le terrorisme et les réponses à lui apporter survienne après l'un des attentats les plus traumatisants de l'histoire, n'est certainement pas un hasard.

L'homme qui était passé, finalement, d'un film dans lequel on fait fondre les nazis, à Schindler's list et sa vision salutaire mais manichéenne, s'est attaqué à un problème difficile à représenter sans tomber dans le piège de la prise de position, fut-elle inconsciente: une réaction violente et jusqu'au-boutiste de l'Etat Israélien à la fameuse prise d'otages suivie d'un massacre, aux jeux de Munich en 1972. Eric Bana, Daniel Craig, Matthieu Kassovitz, Ciaran Hinds et Hanns Zischler sont donc les anges exterminateurs, chargés de trouver et exécuter tous les terroristes Palestiniens qui ont trempé dans la tuerie... Bien sûr les doutes vont très vite s'accumuler, mais ce n'est pas le sujet. Spielberg nous invite à ce jeu de massacre à la place de choix: dans les coulisses, au plus près des consciences, non pas au moment du doute, mais bien plutôt au moment de l'accomplissement, qui comme chez Hitchcock n'est pas de tout repos. Il n'est pas facile de tuer un homme, et les agents Israéliens ne tarderont pas à s'en rendre compte. Et Spielberg nous invite comme il le fait si bien à participer à la nervosité ambiante, en particulier lors d'une scène de suspense splendide (qui à mon sens éclaire la scène la plus embarrassante de Schindler's list, celle des douches, d'un jour nouveau: il s'agit de forcer le spectateur au plus près, et au moins confortable de l'action): nous savons que les "héros" ont placé une bombe, et ont à coeur d'épargner la fille de leur cible, mais celle-ci survient au mauvais moment... Le metteur en scène nous force ainsi à épouser jusqu'au bout, en plein coeur du théâtre des opérations, le point de vue de ses personnages.

Le manichéisme est évité par le fait que l'un des motifs principaux du film reste bien sur la comparaison systématique, rendue évidente par une scène au cours de laquelle les Israéliens partagent leur chambre d'hôtel avec des Palestiniens... La discussion qui s'ensuit met tout le monde sur un pied d'égalité, et va nourrir la thématique liée au doute du personnage principal, qui a, l'espace d'une nuit, fraternisé avec ceux dont il ignore qu'il va les retrouver sur le champ de bataille le lendemain. Et cette drôle de guerre se montre sous un jour toujours plus sordide au fur et à mesure que le film avance, avec ses profiteurs de guerre (des français, évidemment), sa Mata-Hari (une Hollandaise qui mourra nue, son très beau corps criblé de balles), et la paranoïa du personnage principal qui s'installe une fois la mission accomplie. Et bien sûr, plus on supprime l'ennemi, plus il est déterminé et fort...

La dernière partie de ce film très bien construit est riche, et sujette à une certaine controverse: le héros revient, il a survécu contrairement à certains de ses amis. Il vit désormais à new York, profitant de sa femme et de sa toute jeune fille, et une scène le voit faire l'amour à son épouse, visité par des souvenirs et une visualisation de l'attentat de Munich, auquel bien sûr il n'a pas vraiment assisté. Le cinéaste, tout en rappelant la froideur de l'assassinat dont ont été victimes les 11 athlètes Israéliens, montre aussi la violence de la réaction de la police Allemande. Surtout, il montre l'esprit d'un homme corrompu jusque dans son intimité par les crimes auxquels il a  participé... Puis il reçoit une visite de celui qui l'a engagé... La discussion entre les deux hommes porte sur la finalité de actions, sur les sentiments du jeune homme qui pense avoir accompli des crimes d'état... L'autre, en revanche, lui assure qu'aucun des assassinats légaux n'a été inutile, puisqu'il importe à un pays de faire valoir son droit à la vengeance. Les deux hommes se séparent, et au fond du plan, les deux tours jumelles du World Trade Center sont présentes.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 07:54

Trézignan, Vaucluse... La ville se meurt doucement dans l'indifférence générale. Afin de faire revenir les touristes, les édiles décident de déterrer une histoire vieille de quarante ans, quand la famille Saint-Forget s'est soudain agrandie de cinq garçons, dont on va justement célébrer le 40e anniversaire. Malgré l'opposition de leur père Edouard (Fernandel), le docteur du village (Edouard Delmont), qui est également leur parrain, se met en quête des cinq garçons, Alain (Fernandel), Bernard (Fernandel), Charles (Fernandel), Désiré (Fernandel), et Etienne (Fernandel)... Mais il va devoir faire le tour du mond epour les trouver...

Le coup des quintuplés, c'est sans doute une idée de génie, du genre qui vous fait automatiquement un film à partir du moment où il y aura une star à montrer par cinq... non, six reprises, avec le père des quintuplés! Pourtant le film ne s'arrête pas au gimmick, ni à une série éblouissante de numéros d'acteur, le singulier ici étant bien sûr totalement volontaire.

Certes, avec ce film on est en pleines années 50, en plein cinéma populaire aussi, et Verneuil qui tournera si souvent avec Fernandel est parfaitement à l'aise avec la star ombrageuse... Dans un film taillé pour lui. Qui dit film populaire dit parfois facilité, mais aussi d'une certaine façon capsule temporelle! On pourra toujours objectetr que le passage sur Alain "de" Saint-Forget, le propriétaire d'un institut de beauté des plus chics, est quand même souvent le prétexte à d'insistants déshabillages (et c'est vrai), mais cette représentation d'un profiteur des trente glorieuses qui se délecte de sa célébrité, est assez bienvenue... Chaque "frère" Saint-Forget fait partir le film dans une nouvelle direction, mais la présence de Delmont, fil rouge impeccable, ne nous fait jamais oublier l'intrigue de base. Fernandel va au bout des possibilités de chacun des frères, et va jusqu'à une étonnante auto-parodie avec l'un des frères, qui offre une réminiscence inattendue d'un héros célèbre joué par l'acteur. Facile? Oui, mais drôle...

Et en prime, on a des moments de pure comédie vacharde, en particulier la première scène durant laquelle une représentation théâtrale est gâchée par la population qui se met à parler plus fort que les acteurs (dans un amphithéâtre antique); l'histoire conscrée à Désiré est jubilatoire avec Louis de Funès en croque-mort véreux, et le court échange entre Fernandel (dans le rôle du journaliste Bernard Saint-Forget) et Noël Roquevert est inoubliable... Donc on n'attribuera pas le prix Nobel du cinéma à Henri Verneuil, mais ce film reste une puissante madeleine... 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 08:00

Vers 1900: trois femmes de la bonne société discutent de la façon dont elles ont dompté leurs maris, prétexte à trois sketches tous adaptés d'oeuvres de Georges Courteline... 

...Et inévitablement, c'est entièrement tributaire d'un texte, d'ailleurs mené de belle façon par des acteurs plus que compétents (Sophie Desmarets, François Périer, Bernard Blier, Louis de Funès)... Mais que dire des possibilités cinématographiques? Berthomieu semble n'en avoir pas connaissance, au-delà d'une certaine capacité à dire "action" ou "moteur", lançant ainsi les acteurs qui eux, font leur travail. Deux trois champs/contrechamps, un rythme assez enlevé...

Comme je ne me reconnais pas vraiment dans l'empreinte boulevardière du théâtre sur le cinéma Français, je pense que ces 80 minutes sont un terrible pensum. N'allons pas plus loin... Coucheries, tromperies, manipulation, la vie conjugale vécue comme un enfer... Pitié.

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Published by François Massarelli
4 juillet 2023 2 04 /07 /juillet /2023 16:06

En 1977, Spielberg a renouvelé de façon magistrale le suspense cinématographique en livrant dans Close encounters of the third kind une leçon du genre, dans une scène qui plus est ajoutée à la demande du studio, afin de corser un film qui risquait de s'enliser, selon la Columbia, dans la banalité. Bon, il me parait évident que sur ce dernier point, le studio avait tort, mais la scène est fabuleuse, et cet ajout de dernière minute est désormais un passage indispensable: elle montre le "kidnapping" du petit garçon par les extra-terrestres, à la fin d'une longue séquence de terreur durant laquelle la mère essaie de retenir le petit, emporté par une force inconnue et manifestement irrésistible, qui vient le chercher jusque chez lui, jusque dans les bras de sa mère. On le sait maintenant, il ne fallait pas s'inquiéter pour lui, mais la terreur était réelle, et tellement bien construite que partagée par le public: Spielberg y utilisait son forte, l'angoisse domestique, l'intrusion dans la maison, dans le quotidien et ses objets, de l'inconnu. Avec bien sûr suffisamment d'indices pour que le spectateur participe... Bien des films montrent l'intrusion du danger dans le quotidien ainsi, avec toujours pour corollaire la difficulté de montrer, généralement surmontée. Jaws a réussi à diluer durant deux heures un suspense sur des gens qui se font manger par des requins, en étant de moins en moins suggestif lors des 30 dernières minutes. Jurassic Park, au-delà du coté gadget du film, joue beaucoup sur le défi, à mon sens relevé, de mettre des dinosaures et des gens face à face, et de donner du sens au résultat: montrer fait partie de l'équation, chez Spielberg, c'est l'un des points sur lesquels son Schindler's list a choqué, ou a été applaudi, ça dépend: oser montrer, rendre ça montrable...

Et puis il y a l'oeil, organe numéro 1 chez Spielberg: son cinéma est le plus souvent concentré sur des gens qui regardent, qui voient, et qui font regarder. Qu'on songe à la fameuse scène de Jaws ou on voit Brody inquiet qui réalise que devant lui ce qu'il redoute est probablement en train de se passer, un plan avec zoom avant combiné avec un travelling arrière, sur Roy Scheider dont l'expression ne laisse aucun doute... Voir, mais aussi montrer, donc: c'est le grand thème de ce film qui raconte une histoire actualisée d'invasion extra-terrestre, avec un certain nombre de parti-pris. Le premier d'entre eux est d'adopter un ensemble de points de vue liés à trois personnages, et de ne jamais s'en départir, quitte à refuser ainsi le spectaculaire, ou se poser d'incroyables difficultés. D'aileurs, si le film possède une certaine austérité, il fait avancer le film de science-fiction d'une façon considérable en en proposant une vision contemporaine adulte et fascinante. Il utilise les ressources du cinéma et du point de vue sans jamais se laisser à des gadgets ou des gimmicks à la Blair witch ou Cloverfield, et on ne s'en plaindra pas. Et il nous livre des images, souvent liées au regard: En particulier les beaux yeux de la jeune Dakota Fanning, qui vit tout cela depuis son enfance, et qui a un certain nombre d'images terrifiantes à intégrer. la plus forte étant sans doute la vision de ces corps par dizaines, dans le cadre idylliques d'une petite rivière tranquille... Traumatisme inévitable.

Ray Ferrier (Tom Cruise) est divorcé, et son épouse (Miranda Otto) lui amène leurs enfants Robbie (Justin Chadwick) et Rachel (Dakota Fanning) pour un week-end. On ne peut pas dire que les enfants aient l'air enchanté... Mais une étrange tempête, violente et inhabituelle, se déroule alors, et l'électricité du petit logis de Ray, situé sous le Bayonne Bridge à Newark, près de New York, est coupée. Ray se rend dehors, et assiste à une scène hallucinante: un tripode gigantesque sort du sol, et commence à avancer, tuant tous les humains qu'il peut. Ray retourne à la maison, emporte ses enfants et fuit son quartier pour déposer les enfants chez leur mère. Ce qu'il ne sait pas, c'est que cette "attaque" est mondiale, et qu'il n'est pas au bout de ses peines...

On revient une fois de plus à Close encounters, non seulement avec l'arrivée d'extra-terrestres (Mais nettement moins sympathiques, cela va sans dire), mais aussi avec le personnage de Ray qui est proche de celui de Roy Neary, jusque dans son prénom transparent. D'une certaine façon, Ray prolonge l'histoire de Roy, en montrant des années après un divorce un adulte qui s'évertue à rester un enfant, d'ou une scène assez douteuse durant laquelle Tom Cruise se laisse aller à la joie de conduire sa voiture de m'as-tu-vu comme un irresponsable, alors qu'il vit dans un taudis... Mais c'est dans la difficulté de faire face à sa paternité que le personnage est le plus convaincant: le film va nous raconter comment face à un évènement incroyable Ray va devenir un parent responsable et se rapprocher de ses enfants en prenant les bonnes décisions, enfin. Pour le reste, le film suit leur parcours, celui de Ray, Rachel et Robbie, avant que ce dernier ne bifurque, et ne laisse les deux autres ensemble. Trois scènes-clé nous permettent de comprendre les principes de mise en scène à l'oeuvre dans ce film: la première est bien sûr l'arrivée des Tripodes, vue du point de vue de Ray et des autres habitants du quartier (modeste, c'est un atout: le film nous parle du petit peuple Américain d'abord et avant tout): on va de surprise en surprise, et Spielberg utilise les ressources de la caméra à l'épaule, mais aussi d'un grand nombre d'objets optiques secondaires afin de cadrer aussi souvent que possible Ray qui voit et ce qu'il voit: réflection dans la vitrine d'un magasin, caméra vidéo lâchée par un passant, etc.

La deuxième scène est le départ des trois héros, qui "empruntent" un véhicule à un copain garagiste, lequel n'a pas encore réalisé la situation. Le suspense est lié au fait que Ray doit partir mais aussi tenter d'expliquer la situation, pendant que l'angoisse de Rachel monte. Dans le fond, vu à travers le pare-brise, on assiste à la destruction du Bayonne bridge, tellement réaliste...

Enfin, après celle-ci, la dernière scène notable prend le parti-pris d'un long plan séquence (Ils sont nombreux et générateurs de tension) durant lequel Spielberg et sa caméra vont et viennent hors de la voiture, au gré des mouvements du conducteur. On assiste à des bribes de conversation, et on n'aura que ce qu'on peut entendre quand on est dans la voiture. Cette impression frustrante est un prolongement du parti-pris de réalisme du réalisateur. Ce qui explique un long passage, d'environ une demi-heure, durant lequel Spielberg laisse de coté l'extérieur et son invasion qui progresse, pour nous montrer Ray et Rachel, réfugiés dans une cave avec un homme douteux (Tim Robbins), qui représente une menace d'un autre genre pour la jeune fille... Durant cette digression, une rencontre directe avec les extra-terrestres aura lieu, avec comme d'habitude cette menace sur le quotidien, puisqu'ils s'introduisent dans la cave même...

Lors de la fuite, Rachel demande: "Est-ce que ce sont les terroristes?". On est en 2005, et désormais, on sait que les Etats-Unis ne sont à l'abri de rien. Bien sûr, cet état d'esprit, qui a par ailleurs mené à des débordements politiques et guerriers bien connus, est présent dans ce film, qui en est un commentaire. Pour Spielberg, la menace extérieure est une réalité, mais son choix est clair: il ne s'agit pas ici de stigmatiser au nom des Etats-unis les autres civilisations, mais de montrer l'être humain, générique, en proie à une attaque. Tout parallèle entre ce film et la situation post-11 septembre doit passer par l'idée que c'est l'humanité qui est attaquée dans un attentat comme celui des tours jumelles, et non une nation. L'insistance sur les autres pays attaqués (On apprend ainsi que l'Europe a été attaquée avant les Etats-Unis, par exemple) va de pair avec la représentation d'une armée inutile, mais engagée malgré tout dans un combat improbable. Et la fameuse morale choisie par H. G. Wells est là, comme dans les autres adaptations: cela ne regarde même pas l'homme; cette invasion est vouée à l'échec, à cause de tous les microbes qui vont faire le travail de défense de la planète à notre place. En attendant, donc, il n'y a qu'à se laisser massacrer, toute résistance est inutile, et toute tentative de se venger (L'impulsion adolescente de Robbie, qui désire s'engager pour les combattre, renvoie au réflexe patriotico-westernien de Bush en 2002, tout en étant après tout légitime: le garçon veut exister, et faire ce qu'il estime être un devoir) vouée à l'échec. Spielberg rend ses allusions à l'incident du 11 septembre claires en montrant les conséquences d'un accident d'avion, tombé sur la maison dans laquelle Ray et ses enfants se sont réfugiés. Il prolonge ainsi d'une allusion aux images traumatisantes renvoyées quatre ans plus tôt par les médias, sa réflexion sur le pouvoir de montrer ou de ne pas montrer, puisque le crash est vécu de l'intérieur d'une cave, à travers des bruits et des lumières. Mais la vision de l'avion éventré soulève finalement de façon froide les mêmes questions que si on avait assisté à l'accident, le pop-corn en moins...

Le film de 1953 reposait sur un réflexe conservateur, en même temps que sur une bien légitime tentation de vouloir distraire, en fournissant une inévitable adaptation de l'oeuvre emblématique d'un genre à la mode. Mais le film de Byron Haskin participait de la méfiance des films Américains à l'égard de "l'autre" et de ses volontés d'invasion des corps et des âmes. Si Spielberg, en artiste respectueux et connaisseur, rend hommage de multiples façons au film qui a précédé le sien, ne serait-ce qu'en en faisant revenir les héros pour un cameo, ou en s'inspirant du design des machines du premier film pour le sien, son propos est nettement plus sain, lui permettant d'ajouter une nouvelle pierre à sa réflexion globale sur le passage à l'age adulte et la découverte des responsabilités, tout en livrant un constat sans appel sur la vanité de vouloir prendre un drapeau et se lancer en croisade pour quoi que ce soit. War of the worlds est non seulement un grand film de science fiction, un grand film moral, c'est un aussi un grand film humaniste.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
3 juillet 2023 1 03 /07 /juillet /2023 08:27

Paris, une jeune femme, mannequin de son état, s'endort au Louvre et commence à imaginer que les balles dames de L'embarquement pour Cythère, de Watteau, quittent le tableau et visitent Paris... elles se retrouvent toutes chez des grands couturiers.

C'est gentiment naïf, et assez anecdotique. On y sent un détachement de dandy vis-à-vis de ce qui est raconté, une volonté de tout faire passer par l'esthétique, en particulier au moment où le rêve devient potentiellement délirant... Carné, par exemple, en matière de fantastique, a fait mieux que L'Herbier ici, qui exécute probablement une commande avec ce court métrage un peu fourre-tout.

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Published by François Massarelli - dans Marcel L'Herbier
2 juillet 2023 7 02 /07 /juillet /2023 19:11

Une fête entre riches bat son plein, quand le propriétaire des lieux interrompt les festivités: un bijou a été dérobé. Il va utiliser un stratagème de fiction vieuxcomme le monde: il va éteindre la lumière afin que quand il la rallume, le voleur ait restitué le collier... Mais évidemment quand la lumière revient, l'homme est au sol, un couteau dans le dos. Comme il a appelé la police, les forces de l'ordre sont rapidement sur les lieux... Après quelques instants, le médecin légiste intervient, c'est un original (Raymond Griffith) dont le costume trahit le fait qu'il est prévu qu'il se rende en ville pour une soirée. Il est donc pressé de trouver les raisons de la mort de l'infortunée victime... Mais le héros n'accepte pas le fait que la plupart des invités désignent la belle Dorothy (Sebastian) comme étant la meurtrière. L'enquête sera intense, et franchement loufoque...

C'est Cluedo, et le film ne se cache absolument pas d'être un clin d'oeil permanent au genre en vogue du whodunit théâtral. Mais le comportement, et surtout les initiatives du médecin légiste (ou "coroner", un héros qu'on n'a pas l'habitude de voir en enquêteur, mais rappelons que ce poste, aux Etats-Unis, est un peu plus légal et un peu moins médical), et de son goût pour souffler le chaud et le froid: l'une de ses premières idées est d'accuser, à chaud, à peu près toute l'assistance... Ce qui vient juste après le premier vrau gag du film: chaque policier qui arrive répète le même protocole: s'approcher du cadavre, puis intimer l'ordre à l'assistance d ene toucher à rien afin de laisser les lieux à la responsabilité du coroner à son arrivée. Mais quand celui-ci arrive, personne ne s'imagine qu'il puisse justement être celui qu'on attend.

Il aurait pu y avoir une situation à la Clouzeau, mais Griffith joue un personnage non seulement très compétent dans ses méthodes professionnelle, mais aussi très créatif. Il est aussi, de par son habit (avec le haut-de-forme de soie, un accessoire dont Griffith ne se départissait jamais), en décalage permanent avec la situation, un aspect qui joue beaucoup justement pour le comique de l'ensemble. La référence à Blake edwards vaut la peine dans la mesure où j'imagine que ce dernier a du voir ce film ou les autres comédies de Raymond Griffith... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Raymond Griffith 1926 **
1 juillet 2023 6 01 /07 /juillet /2023 07:31

Chinatown, 1925... Un élégant monsieur en haut-de-forme (Raymond Griffith) se retrouve dans un cabaret où l'on plume allègrement tous les bourgeois qui vienent s'encanailler. Le petit personnel, dont la belle Molly (Betty Compson) tente de lui faire le grand jeu, mais il se révèle être un policier intraitable, dont l'adjoint réussit à négocier en douce une solide contribution financière des bandits pour les laisser s'enfuir. 

...Sauf que ce policier et son adjoint ne sont eux aussi que des escrocs, et la chasse au faisan, comme auraient dit Audiard et Blier, est ouverte; Molly aussi bien que The Dude from Duluth, le gandin, vont essayer de se saisir d'un collier un peu trop exhibé par un richissime homme âgé qui marie sa fille, et le feront d'abord en concurrence avant de s'allier...

C'est un film, hélas, incomplet la dernière bobine n'ayant à l'heure actuelle pas encore été localisée, etselon toutes vraisemblances, il me paraît difficile d'espérer. Mais si la résolution manque, ce qu'on a est vraiment impressionnant, le film étant d'un genre de comédie plutôt sophistiqué, sous la direction experte de Clarence Badger qui avait pourtant été, chez Sennett, à l'école du burlesque. Il est vrai aussi que les films qu'il y tournait étaient quand même le haut du panier de l'usine à gags (voir à ce sujet l'excellent Teddy at the throttle, dans lequel déjà Wallace Beery est plus ou moins un escroc mondain potentiel...).

Les ressorts de la comédie ici sont non seulement une situation de base qui est entièrement basée sur la manipulation et le mensonge, d'une part, la crédulité des pigeons d'autre part!, mais aussi un décalage justement entre la classe évidente du personnage principal, et les situations loufoques dans lesquelles son "métier" va le placer. Une sorte d'héritage d'un Max Linder, auquel la mise de Griffith fait immanquablement penser. Pas de loufoquerie non plus dans la mise en scène sûre et constamment élégante de Badger, et on aura en prime le plaisir de retrouver le grand Edgar Kennedy, un vétéran de la comédie, qui allait bientôt devenir une victime récurrente de Laurel et Hardy.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet ** Betty Compson
1 juillet 2023 6 01 /07 /juillet /2023 07:03

Pour commencer, je suppose qu'on pourrait dire sans trop de chances de se tromper... que Sally Meyer (Ernst Lubitsch), le Berlinois du titre, est un obsédé sexuel! Un personnage de comédie à l'ancienne, qui habite la farce en se comportant avec les dames d'une façon peu conseillée: dès que son épouse quitte la pièce, il est prêt à lutiner la bonne... Sentant le soupçon s'installer il persuade un médecin de dire à son épouse qu'il a grandement besoin de changer d'air, et se rend donc dans les Alpes pour séduire des femmes. L'intention première était de se rendre en Autriche, mais il se retrouve en Bavière suite à une erreur, flanqué d'un déguisement Tyrolien pour tout le reste du film...

C'est du Lubitsch "première manière" dont on sait qu'il l'a faire cohabiter dans on oeuvre Allemande avec des films différents, dont certains très ambitieux. Rien que cette même année, il tourne trois autres films qui sont parvenus jusqu'à nous: les loufoques et avant-gardistes Die Austernprinzessin et Die Puppe, et l'imposant Madame DuBarry... Par bien des côtés, cette farce burlesque ressemblerait presque à un film de vacances à côté.. Mais Meyer aus Berlin vaut justement en tant que document sur l'évolution d'un cinéaste (et d'un acteur) qui ne va pas tarder à abandonner complètement cette partie de son univers, tout en se situant dans des décors qui seront exploités de nouveau dans ses films (en 1920, il tournera deux films en montagne, et aux Etats-Unis, Eternal love, un mélodrame...).

C'est aussi un moyen de voir le personnage qui a rendu Lubitsch célèbre et populaire, et surtout d'y déceler quelque chose que ses comédies et ses drames futurs aux Etats-Unis allaient escamoter plus ou moins durant près de 20 ans. Car Lubitsch en Allemagne, dans son rôle d'acteur de comédie, ne faisait pas mystère de ses origines, et tout renvoyait effectivement à un personnage Berlinois ET Juif. Un caractère qui serait devenu probablement "trop ethnique" et trop embarrassant dans le cinéma des années 20 (durant lesquelles le cinéma Européen, on en a de multiples preuves, flirte avc un antisémitisme populaire et "normalisé"). Mais Lubitsch en faisait une marque de fabrique...

Meyer, flanqué de son costume Tyrolien, est en roue libre, tentant de séduire une jeune femme qui le mène par le bout du nez, et lui reste un modèle de non-sophistication absolue, avec son chapeau à plume qui est totalement déplacé... Pour le reste ce n'est pas la halte la plus fascinante de son oeuvre, c'est une comédie un peu lourde à l'humour d'un autre siècle... littéralement. Mais cette tendance comique était partie intégrante de son style à l'époque où cet immense cinéaste s'est révélé... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch 1919 Comédie **
29 juin 2023 4 29 /06 /juin /2023 18:00

Un chiot qui est tombé d'un traineau, dans le Grand Nord Canadien, est secouru par une meute de loups... Des années plus tard il devient ami avec un trappeur, Gabriel Dupré (Walter McGrail). La petite amie de celui-ci (Claire Adams) est courtsée par un sale type, (Pat Hartigan) qui tente de se débarrasser de Gabriel...

C'est le troisième film de la franchise qui a sauvé la jeune compagnie des frères Warner alors qu'ils se lançaient dans une jungle de studios devenue plus agressive que jamais à l'orée des années 20... Il fait partie de la poignée de films qui ont survécu, et s'il ne s'agit pas à proprement parler d'un film qui changera notre vie, la réalisation du déjà vétéran Chester Franklin, et l'interprétation d'acteurs rompus au mélodrame de série, sont tout à fait adéquats.

Et le film participe d'une mode assez importante à l'époque (The trap, Back to God's country...) de films situés dans les forêts immense, et les zones sauvages du Nord Canadien. Il fait usage avec goût de décors naturels (probablement le Nord de la Californie) mélangés à des décors de studio... Il y a beaucoup d'énergie, et bien sûr le clou du spectacle est la prestation du chien Rin-tin-tin, qui sera accusé de tous les maux (il est un chien-loup, ici), considéré par les uns comme un valeureux ami de l'homme et par les autres comme un empêcheur d'escroquer et de séduire en rond...

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Published by François Massarelli - dans Muet Chester Franklin 1923 Arf! **