Un renard n'arrive pas à dormir: un livre le renseigne sur la cause de son insomnie: il lui faut un oreiller fourré de plumes de canard. Le voilà partir pour une lutte sans merci pour récupérer le plumage d'un palmipède...
Le style d'Art Davis, l'un des réalisateurs qui s'est le moins illustré à la Warner lors des années les plus fastes, soit derrière Jones, Freleng et McKimson, est particulièrement atypoique: nerveux, énergique, et profondément fantasque. Privé de cet espèce de zèle dans le raisonnable qui tend à gangréner un peu l'évolution des courts métrages de l'époque, il règne ici une impression de liberté dans l'animation, et d'élasticité qui nous rappelle les meilleurs moments de Bob Clampett... Ce qui est un sacré compliment.
Et en prime, cette histoire raconte une lutte littéralement à mort entre un chasseur dont il est attendu qu'il soit impitoyable, et une proie qui a tout pour être facile. Ca ne vous rappelle rien? Il est probable que Chuck Jones et Michael Maltese ont beaucoup aimé ce film, qui accumule les tentatives malheureuses de l'un pour attraper l'autre...
Un chien est assigné à garder le poulailler où vit le coq Foghorn Leghorn. Celui-ci prend un malin plaisir à faire tourner son gardien en bourrique, et faisant s'échapper les poussins, alors qu'une fouine complètement décadente rôde...
Sans surprise: l'idée, pourquoi pas, tourne autour de la méchanceté gratuite et limite danegereuse d'un personnage... Mais d'une part le héros est insupportable, et en prime la pauvreté de l'animation, combinée à des idées mal foutues de McKimson finit par rejeter complètement tout plaisir de voir le film. La fouine est assez franchement dégoûtante et n'a rien d'esthétique...
Dommage, car ici le coq adopte le comportement d'un Bugs Bunny, nettement plus malin qu'à son habitude...
Dans un futur très proche, Theodore (Joaquin Phoenix) travaille en tant qu'écrivain public dans une entreprise spécialisée: tous les employés y rédigent pour d'autres personnes des lettres, des simulacres de manuscrits, car les gens ne savent plus faire cette tâche... il est doué, et ses clients sont généralement très contents de son style. Il est en instance de divorce, et cette situation le déchire, car il aime encore Catherine (Rooney Mara), son épouse. Il retarde sans cesse la signature des papiers pour mettre fin à son mariage...
Quasiment dépressif, il passe beaucoup de temps à jouer à des jeux vidéos proches de la réalité virtuelle, et il s laisse convaincre par une nouvelle technologie, un système dexploitation personnalisé auquel il donne une voix féminine, et qui va devenir sa confidente, l'aider, et... finalement ils vont tomber amoureux. Elle s'appelle Samantha (Scarlett Johansson). Et comme Theodore ne peut pas faire les choses simplement, ce sera évidemment compliqué...
C'est donc de l'anticipation, mais Jonze, qui ne fait a priori rien comme tout le monde, a pris la décision de se passer d'effets spéciaux, jusqu'à un certain point, bien entendu. Il s'en sert pour montrer les jeux vidéos auxquels s'adonnent les protagonistes, Thodore bien sûr, mais aussi son amie Amy (Amy Adams), une voisine qui elle aussi a des difficultés sentimentales. Les deux personnages, sont vraiment les plus présents dans le film, et on y voit clairement la représentation d'un monde dans lequel la solitude naît d'un plus grand accès à la technologie avancée, notamment les intelligences artificielles.
Jonze prend d'ailleurs le pari de faire de Samantha un vrai personnage, ce qui est souvent troublant. Si beaucoup de personnes sont perturbés du fait que le principal personnage ait une relation amoureuse avec son ordinateur, il en est aussi pour l'accepter sans trop s'en soucier. La technologie nous est présentée ici comme quotidienne, indispensable. Non qu'elle ne soit invasive, c'est juste que cette invasion a déjà eu lieu... Une approche subtile, et qui permet au film de ne jamais être un pamphlet tout en lissant la porte ouverte à une interprétation critique...
Car principalement, Jonze ici nous parle de sentiments, de l'amour et de la solitude. De la communication amoureuse, aussi, avec ces gens qui souvent sont seuls... ensemble. Un beau, un très beau sujet même, qui n'est pas éloigné d'autres films sensibles et provocants, on pense, dans un mode évidemment différent, à l'un des chefs d'oeuvre du jeune 21e siècle, Eternal sunshine of the spotless mind, de Michel Gondry, qui lui aussi imaginait une technologie de pointe (assez farfelue en dépit de la gravité du sujet) pour parler de l'amour et de ses errements... Mais le monde du futur est impitoyable de ce point de vue, on y voit Theodore s'adonner au phone sex dans une scène à la fois hilarante et profondément choquante, et un rendez-vous tourne au fiasco: une jeune femme (Olivia Wilde) se rend à un rendez-vous avec lui, et brûle les étapes: complicité trop rapide, suivie de soucis de communication et de pressions trop fortes. Il n'y a pas que Theodore qui ne sache pas y faire...
Touchant ou perturbant, le film avane en douceur vers une conclusion vraiment amère, et montre un visage assez affolant des IA, même si je le répète, ce n'est pas le vrai sujet du film, juste un excellent prétexte... C'est aussi une performance toute en nuances et en subtilité de Joaquin Phoenix. Quant à Scarlett Johansson, dont la voix a été ajoutée après coup, elle est tout bonnement parfaitement crédible en intelligence artificielle amoureuse... mais de façon compliquée.
Quand on y pense, cette année 1939 était quand même une extraordinaire période pour le cinéma, surtout Américain... Et il est des films qui continuent à fasciner, 80 ans plus tard, de façon insolente, tel ce Wizard of Oz concocté à la Metro-Goldwyn-Mayer sous la férule de Mervyn Le Roy, qui aura rarement été aussi inspiré. Il est vrai qu'il n'a pas réalisé le film lui-même, mais su déléguer, à Fleming mais pas seulement puisque King Vidor était aussi de la partie, réalisant pour sa part l'essentiel de la partie 'Kansas' en sépia, notamment le mythique numéro musical Over the rainbow.
Ce qu'on retiendra de cette oeuvre inspirée d'un conte aujourd'hui terriblement poussiéreux, ce ne seront ni les péripéties, ni le message, ni même l'onirisme (c'était un rêve, la belle affaire!)... Non: c'est tout simplement qu'on est en plein cinéma absolument pur, filmé dans un studio où tout ressemble à un studio, avec des effets spéciaux géniaux, des maquillages impressionnants, et un refus de tirer la couverture à soi de la part de tous les acteurs. Tous des "roopers", non pas des cabotins courant le cachet, mais des artistes déterminés à donner le meilleur d'eux-même pour fournir un plaisir permanent dans ce film où il est toujours aussi bon de se perdre...
Le tout distille pendant cent minutes un plaisir foncièrement cinématographique, avec probablement pour plus grand frisson l'un des truquages les plus simples et les plus efficaces qui soient: quand Dorothy s'approche, en noir et blanc et sépia, d'une porte, qu'elle ouvre, et qui laisse désormais voir un paysage plus faux et plus Technicolor qu'on n'ait jamais vu. Il faut le (re) voir pour le (re) vivre... Tel qu'il est, avec l'avantage des années, ce film merveilleux au premier degré se situe en droite ligne en héritier des extravagances maîtrisées du grand Méliès, tout simplement...
Attention toutefois, dans ce film, on tue les sorcières!
Une fois de plus, l'argument de cette petite comédie nous rappelle le milieu dont est issu Léon Gaumont: bourgeois, et probablement profondément anti-Britannique, par tradition droitière et Catholique... Mais ça reste une comédie, qui vire au loufoque d'ailleurs... Au détriment cela va sans dire d'un Anglais!
Léonce (Perret) et son épouse Poupette (Suzanne Le Bret) sont à la recherche de morilles, et n'en trouvent pas. Ils croisent un anglais, bredouille comme eux... Mais quand ils rencontrent une jeune femme qui a un panier plein à craquer de ces moisissures et est prête à les vendre, le couple se fait coiffer au poteau par le Britannique, qui se rend au restaurant le plus proche avec sa "chasse miraculeuse"...
L'histoire se concentre ensuite sur la façon dont Léonce et Poupette vont remplacer au restaurant les morilles par des fragments d'éponge... Et à la fin ça vire au n'importe quoi, l'anglais ayant très soif et faisant déborder sérieusement le cadre du réalisme en buvant des litres de bière, puis d'eau, dont celle d'un bocal de poisson et même d'un canal...
Léonce (Perret) est réalisateur, et il finit un drame aux studios Gaumont, où nous apercevons les acteurs maison, Renée Carl, Bout-de-Zan, et Ernest Bourbon, ainsi qu'un instant, Gaston Modot. Mais étant aussi l'acteur de ses films, il reçoit une charmante lettre d'une admiratrice qui lui propose un rendez-vous galant dans un cinéma. de son côté, Poupette, l'épouse (Suzanne Le Bret) soupçonnne son mari de la tromper... Découvrant la lettre, elle décide de prendre son mari en flagrant délit...
A l'opposé de Jean Durand qui tournait des farces reposant sur poursuite et destruction, Perret proposait des histoires qui restaient bien sûr à vocation comique, mais toujours (ou presque toujours) dans un cadre réaliste, voire familial...
Le film est donc soigné, charmant, et à peine coquin; rien n'arive en apparence, mais... que va vraiment faire Léonce de l'admiration de sa mystérieuse correspondante? Nous ne le saurons pas... Et bien sûr la vocation première de ce film est probablement de placer Léonce Perret dans son environnement professionnel, et de donner à voir au public des bribes de coulisses de ce cinéma qui les passionne déjà tant... Et quand on voit une séance de cinéma, c'est le public lui-même qui semble plus intéresser Perret...
Une cigogne saoule transporte un chérubin... et justement, M. et Mme Sylvester n'ont pas de petit. Sauf que ce que l'oiseau leur apporte est...
Une souris.
Dans un premier temps, Sylvester se verrait bien manger le petit, mais il se ravise, car il a craqué pour son "fils". Mais les chats du voisinage, eux, entendent bien s'emparer de la proie...
C'est un film étrange, dans lequel une vision de la situation matrimoniale qui pourrait bien être celle de Freleng nous apparaît dans toute son horreur, une vision paternaliste, machiste, et assez vieillotte, pour ne pas dire réactionnaire. Mais le réalisateur a une longue histoire de s'identifeir, justement, à ses méchants dans lesquels il disait se représenter sans aucune pudeur: Yosemite Sam ou Sylvester notamment.
On est donc dans une auto-caricature assez poussée, où Monsieur dit être occupé alors qu'il dort toute la journée, madame est préoccupée par l'absence d'enfant alors que Monsieur s'en fout... Gonflée jusqu'à la vulgarité, la caricature est grinçante, et possède sans doute juste ce qu'il faut d'exagération pour être drôle.
Mais le plus drôle ici reste bien sûr la façon dont une armée de chats aux idées toutes plus saugrenues les unes que les autres va s'attacher à kidnapper une souris adoptive...
Et la fin, qui voit un renversement des rôles, est assez surprenante...
Un chat qui souhaite pêcher comprend (les poissons le lui ayant expliqué) qu'il ne pourra rien obtenir sans un appat; il cherche un ver, en trouve un... mais doit se battre pour l'avoir car il a de la compétition. L'insupportable coq sudiste Forghorn Leghorn a faim...
La faim, un ressort classique, qui reste intéressant y compris dans ce film plus que moyen. Habituellement, le coq est opposé à deux personnages de son environnement, le chat ici présent étant un personnage moins établi. Il est aussi assez repoussant, McKimson avait vraiment commencé à se laisser aller...
Le conflit repose sur l'absence totale de compréhension de ce qui se passe autour de lui, du personnage de Foghorn. Certes, on se moque de lui en le montrant engagé dans une loghorrée qui consiste essentiellement à se plaindre, avec idiomes du Kentucky, de l'incapacité à se taire d'un personnage qui lui n'arrive pas à en placer une... en soi ça peut être drôle. Mais ça ne l'est pas. Ce personnage récurrent, bien que très populaire aux Etats-Unis en raison de la connotation régionale (dans laquelle paraît-il McKimson a mis beaucoup de lui-même, et a constamment instruit Mel Blanc sur les expressions typiques et la prononciation), reste pour moi un poids lourd d'agacement...
Dans un collège en Corse, deux élèves très concernés par l'environnement attirent l'attention de leurs camarades sur une pollution industrielle menée régulièrement par l'usine Chambon, employeur important du pays... Fouad (Mathys Clodion-Gines) et Cat (Colombe Schmidt) font équipe dans leur exposé, mais ils s'aiment en secret... Et Sami (Redwan Sellam), lui, aime de plus en plus Cat et ferait tout pour l'approcher. Afin d'aider son copain, Antoine (Aymé Medeville) décide d'entrainer les deux camarades écolo dans une mission dangereuse: l'incendie de l'usine. Ce qui au départ est un coup de bluff pour rapprocher sami et cat (d'ailleurs en vain) devient une épopée farfelue dans laquelle les quatre mousquetaires vont, comme de juste, se trouver un cinquième compagnon: Aimé (Paul Belhoste), principal souffre-douleur du collège... Et l'incendie va se transformer de façon fortuite en kidnapping de M. Chambon (Laurent Capelluto), le très désagréable patron de l'usine...
C'est une excellente surprise: une surprise d'abord parce que Salvadori, dont c'est le dixième film, a souvent situé ses comédies dans le monde des adultes. Mais ici, on revisite une tradition fabuleuse, celle des films dont les enfants sont les héros, sans pour autant que ça plonge dans la mièvrerie: et il y a de sacrés précédents, d'Emile et les détectives (Gerhard Lamprecht, 1931) à La Guerre des Boutons (Yves Robert, 1962)! Mais avec celui-ci, on a très envie d'ajouter Stand by me, de Rob Reiner, qui montre lui aussi une bande d'ados engagés dans une mission absurde et dangereuse, qui va devenir initiatique...
Pas beaucoup de pathos, ici, en dépit d'un constat impitoyable: l'enfance, c'est dur, et l'adolescence c'est pire. Survivre à un remariage, subir la violence d'un parent, gérer l'absence d'un parent emprisonné, aimer quelqu'un sans espoir, et bien sur le harcèlement d'Aimé (qui est, justement, le narrateur du film): il fallait le faire... Mais le vrai sujet reste l'entraide, au delà de toute moralité, et cette rude envie d'exister pour les autres qui se manifeste à travers de vrais personnages d'ados qui échappent aux clichés par leur naturel.
Et Salvadori connait la musique, lui qui a réalisé auparavant 8 comédies, et confesse depuis toujours une affection forte pour la comédie de caractères, la screwball comedy et l'énergie de la comédie classique à l'Américaine: c'est donc visuel (avec des gags "physiques", aux dépens de ce pauvre Chambon... D'ailleurs, il est louche, la preuve: les mocassins sans chaussettes), plein de rythme, une vraie bulle de bonheur... Les personnages, qui tous dissimulent gros et petits secrets, sont donc parfaitement en phase avec les affabulateurs divers et variés qui peuplent l'univers du metteur en scène depuis ses premiers films.
Dans une petite maison (au mur, un canevas: home, sweet home...), deux animaux vivent en paix... L'un est un chien, un gros bouledogue (Mike), et l'autre un chat avec un souci de diction (Sylvester)... Mais il y a un troisième animal, aussi: une souris affamée. Et comme elle a senti qu'un fromage très appétissant se trouvait sur la table du salon, elle va user de stratagèmes pour se l'approprier.
Manipulation, bricolage (notamment un gros aimant, décidément un objet très usuel dans les courts métrages animés), elle va surtout tenter de ruiner l'amitié des deux bestioles en semant la division... C'est enlevé, très drôle, et comme souvent dans les dessins animés de Friz Freleng, il se plait à inverser les codes en faisant de la proie le méchant...