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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 04:30

Egalement nommé Chapellerie et charcuterie automatiques, ce film profondément idiot semble illustrer une fois de plus illustrer la nécessité pour le cinéma de créer son propre univers, en singeant cette fois les films qui illustraient les métiers, pour lesquels des techniciens ou des ouvriers faisaient semblant de faire leur travail devant une caméra qui captait le vague processus ainsi démontré.

Il a quand même, pour ce film, fallu construire un appareil qui corresponde à l'appellation (il fait donc des chapeaux d'un côté et de la saucisse de l'autre), et engager deux bonshommes pour l'actionner devant la caméra: ce qui est le plus amusant, c'est que les deux messieurs en question ne sont pas des acteurs, et sont aussi maladroits devant la caméra que l'auraient été d'authentiques chapeliers-charcutiers si ce métier avait existé.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 04:21

Un plan fixe de l'avenue de l'Opéra, en 1900, et puis c'est tout. C'est tout? Non, pas tout à fait: non seulement nous sommes confrontés à une vision d'une artère passante de la capitale il y a plus de 120 ans, mais en plus quelqu'un a eu l'idée de passer le film à l'envers...

Pourquoi? Tout simplement afin de profiter de l'effet, jugé comique en 1900, mais surtout incongru pour le spectateur actuel qui y verra un détail sans importance. Mais il n'est pas sans importance, au contraire: il démontre de façon évidente que pour Alice Guy et ses commanditaires, mais aussi pour leurs spectateurs potentiels, le cinéma est passé à autre chose que ce que les "vues" souvent statiques de frères Lumière, qui posaient une caméra devant des usines, des rues, des spectacles de façon arbitraire mais souvent objective. Désormais pour le cinéma il faut plus que voir, il faut réinventer...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 03:56

En Iraq, un agent de la CIA s'est extrêmement bien acclimaté: Ferris (Leonardo Di Caprio) aime le moyen-orient, s'y imprègne de la culture et y mène des missions dangereuses afin de contribuer à la lutte contre les organisations terroristes. Il va devoir se faire aider, de la population locale pour commencer: Bassam (Oscar Isaac) est une aide précieuse mais il va être tué dans une mission. Ensuite, il est constamment ou presque en liaison avec Ted, un agent (Russel Crowe), un agent qui supervise actions depuis Washington. Enfin, il va devoir faire avec Hani Salaam (Mark Strong), un responsable Jordanien de l'intelligence et du contre-espionnage: pas un tendre...

C'est dans ce contexte qu'il fait la connaissance de Aisha (Golshifteh Faharani), une infirmière qui ignore tout de sa vraie vie, mais qui est séduite par les efforts qu'il déploie pour l'approcher, ainsi que les marques de respect qu'il lui témoigne.

Ridley Scott s'est toujours attaché à peindre des personnages qui semblaient passer à l'ombre de l'histoire, en marge. En particulier dans des films "historiques" ou prétendus tels comme Gladiator ou Kingdom of Heaven, et d'autres personnages peuvent assez facilement être assimilés à cette tendance tout en étant encore plus marqués du sceau du mythe: on pense au Moïse récalcitrant d'Exodus, par exemple... Mais avec Ferris, on touche aussi à l'univers propre à l'acteur, qui depuis Gangs of New York nous montre des personnages de plus en plus durs, à la vie intérieure complexe: Jordan Belfort, Howard Hughes ou bien sûr J. Edgar Hoover...

Mais la force du film, un thriller très maîtrisé, nerveux et sans un gramme de graisse, est de nous donner à voir le quotidien souvent franchement sale de l'espion moyen, qui doit parfois assumer de mener d'autres, généralement innocents, à la mort. C'est ce qui arrive à Ferris dans le film qui s'estime non seulement responsable de la mort de son collaborateur Bassam, mais en prime a provoqué par une manipulation le décès d'un quidam qui n'avait rien demandé à personne, et qui tombe dans les mains des jihadistes. Comme Ferris est en pleine découverte passionnelle du monde qui l'entoure, symbolisé par Aisha, c'est la source d'un dilemme permanent.

Et Scott, qui aime à recréer selon ses propres termes le monde qu'il nous représente, a choisi de montrer son personnage principal pris entre le marteau (Hani Salaam, adepte de méthodes, disons, radicales) et l'enclume (Ed, qui ne s'embarrasse pas de sentiments): deux méthodes qui vont s'avérer aussi efficaces qu'avilissantes... On en sort secoué mais instruit, et le film nous montre bien la dureté de la réalité de la guerre contre le terrorisme, une guerre qui est vécue à plein temps. Mais vraiment à plein temps...

Pour finir, si certains personnages sont un peu convenus (on admire Crowe et Strong, mais ici, ils ont quand même des personnages qui sont bardés de clichés du genre), l'interprétation de Di Caprio, et de Golshifteh Faharani dont c'était si je ne m'abuse le premier film de premier plan, est excellente.

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:38

1981: alors que la France prépare des élections durant lesquelles la peur d'une hypothèse de l'arrivée au pouvoir de la gauche semble très partagée par le personnel des services de renseignement, Hubert Bonnisseur de la Bath reçoit une mission importante, celle d'aller récupérer un espion parti en Afrique et dont on est sans nouvelles... Il en profitera pour écraser une rébellion légitime et assurer la solidité d'une dictature amie de la France...

On a accueilli la nouvelle du retour de l'espion le plus lamentable du cinéma français avec plaisir... Mais c'était avant de savoir que cette fois Michel Hazanavicius ne serait pas de l'aventure, et on le comprend: il a autre chose à faire, après tout, et on peut forcément admettre que de refaire une troisième fois un passage par une franchise serait un choix difficilement justifiable. Par ailleurs, et histoire d'enfoncer le clou, la raison qu'il a invoquée était que le script ne lui a pas vraiment semblé intéressant: bref, on tourne en rond...

Certes, Dujardin (qui ressemble à Chirac et semble en permanence sur le point de citer l'infâme discours de Dakar de Sarkozy) reste Dujardin, et la façon dont le film inclut l'âge du comédien en insistant sur l'idée de la relève, incarnée par Pierre Niney, offre des possibilités. Mais si le script de Jean-François Halin est plein de bonnes idées, notamment de tirer sur le comportement sempiternel de la politique française vis-à-vis de l'Afrique, la façon dont Bedos a traité le racisme du personnage manque de subtilité. Chez Hazanavicius, le personnage se suffisait à lui même, c'était tout le projet qui était baigné d'une sorte de second degré permanent. Pas ici, où on a le sentiment que les scènes doivent commenter le racisme de OSS 117, comme pour nous rassurer, ou par pédagogie. Je sais bien qu'il y a beaucoup d'imbéciles racistes en France, et que tous ne sont pas candidats à la présidentielle, mais ceux-là vont-ils aller voir un tel film? Bref, c'est bien maladroit, et le rire (on rit souvent) s'étrangle parfois dans l'irritation...

Et dans la gêne: c'est bien long, tout ça. Pour d'excellentes idées (le générique époustouflant qui met OSS dans les pas du James Bond de Roger Moore et copiant Maurice Binder), on a aussi des scènes qui se traînent, des moments où on a l'impression que l'intrigue prend le dessus (sacrilège), et surtout, surtout, on va le confirmer, même si on le savait déjà: Nicolas Bedos n'est pas Michel Hazanavicius. Il n'est pas un cinéaste passionné par la forme, qui va inclure cette dernière en première place de ce qu'il souhaite faire, en se glissant dans un genre et ses contraintes formelles avec un talent insoupçonnable. Chez Hazanavicius, le style est indissociable du fond, c'est pour ça que The artist est muet, c'est pour ça que Rio ne répond plus ressemble tellement à un film de 1967. Celui-ci ressemble à une tentative de faire vintage, comme on dit. Alors R12, Walkman, ordinateur portable de 54 kilos, pantalons larges... mais le tout inscrit dans un film où le style se résume parfois à d'improbables plans-séquences embarrassants qui ne ressemblent à rien, ou une scène de nuit au bleuté qui bave tellement qu'on se demande franchement si on n'aurait pas été plus tranquille à la laisser telle quelle, c'est à dire en pleine lumière. Bref, ce n'est pas très sérieux, tout ça.... enfin je me comprends.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:29

Sur la terrasse d'un cabaret, un client demande une absinthe, et ne faisant pas suffisamment attention à ses gestes, ajoute de l'eau... dans son chapeau au lieu du verre. Quand il boit, le liquide est pur. Il s'ensuit une scène de confusion bien compréhensible...

C'est un peu un retour à L'arroseur arrosé des frères Lumière, avec des occasions manquées: à distance, par exemple, la scène (un seul plan, c'est encore la règle que de se passer du montage) n'est pas des plus lisibles. Un couple à droite qui a vu l'incident n'est utilisé que pour souligner la drôlerie (qui, on le pense bien, c'est quelque peu émoussée 120 années plus tard!) en riant de bon coeur, et le final trahit l'amateurisme des comédiens, avec un garçon qui attend les instructions en regardant vers la caméra avant d'arroser son client qui s'étrangle...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 09:24

Deux pas en avant, un pas en arrière: alors qu'elle diversifie les genres et les tentatives de rendre le nouvel art du cinéma plus intéressant, "Mademoiselle Alice" comme on l'appelait revient aussi sur un style fondamental en reprenant le classique de la partie de cartes. Ses principaux modèles, les Lumière d'un côté et Méliès de l'autre, sont passés (et repassés) par là!

Le film est donc, tourné en plein air, une vraie-fausse tranche de vie, avec consommation d'alcool, et bagarre, le tout en une minute...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:25

Un jeune Breton (René Lefebvre) vient de faire un héritage important, et se paie une croisière de luxe en Méditerranée. Il fait connaissance d'autres voyageurs, notamment Marouvelle (Harry Baur), un bon vivant accompagné de sa fille Françoise (Rosine Deréan), et l'anglais Strawber (Robert Le Vigan). Arrivés au Maroc, ce dernier, accompagné du jeune Le Guérantec et de trois autres amis qu'il lui a présentés, vont avoir un accrochage avec un marabout, qui leur prédit à tous une mort rapide et violente. Ca les fait rire, jusqu'à moment où l'un d'entre eux décède dans un mystérieux accident...

C'est la deuxième adaptation d'un roman de André Reuzé, qui a tout pour entrer de pied ferme dans les glorieuses poubelles de l'histoire cinématographique: une intrigue complètement oblitérée par les Dix petits (complétez vous même le titre de ce roman) d'Agatha Christie. Le film de Luitz-Morat n'était pas folichon, celui de Duvivier est meilleur... mais pas forcément pour son intrigue, bien sûr. 

Non, ce qui est emballant, ce ne sont pas non plus les interprètes: Le Vigan est ici assez mauvais, avec un accent Anglais forcé qui le rend encore pire; Baur est sous-employé, ce qui est bien dommage. Lefèbvre est d'une médiocrité sans fond... Par contre, Duvivier a pris ce film, bien sûr tourné sur place, donc au Maroc et sur un authentique paquebot, comme un petit exercice de vacances, et y a insufflé son sens de la mise en scène: montage mystérieux, utilisation dynamique de gros plans, sens de la composition dramatique, et beaucoup de scènes muettes vaguement post-synchronisées, en plus de quelques vues documentaires: comme David Golder, La tête d'un homme, ou Poil de Carotte (1932), ce petit film sans grande importance fait quand même le lien avec l'époque glorieuse du muet...

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:18

1870: Un régiment de Prussiens approche d'une maison où sont cantonnés des soldats Français; ils tuent la sentinelle, puis la bataille, serrée, commence: elle sera courte et violente, puisque le film, en un seul plan, dure moins d'une minute...

Ce type de production patriotique (à la fin, on devine que les français vont mettre une pile sévère aux pauvres Prussiens, ce qui est une façon comme une autre de prendre sa revanche quand on s'est fait battre à plate couture) est un lot important des premières productions du cinéma balbutiant. Ce qui est intéressant, c'est bien sûr qu'en 1898, Alice Guy, ses acteurs et son caméraman ne pouvaient prendre en exemple que la guerre de 1870, dernière en date. Le conflit à venir, ne l'oublions pas, ne démarrera qu'en 1914. Et il sera hautement cinématographique, car ce que ce film prouve, en 52 secondes, c'est que la guerre, on la comprend très bien en un éclair.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:14

Tourné en un plan unique, nous voyons un épisode Parisien qui aura de la descendance: des cambrioleurs sont appréhendés sur les toits par la maréchaussée sous l'oeil des habitants...

C'est la découverte d'un terrain de jeux qui fascinera les cinéastes de chez Gaumont et Pathé, puis les Italiens et les Américains, dans d'innombrables comédies tournées à des cadences infernales: les toits des villes, et leurs improbables possibilités... 

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 10:05

Plus "Mélièsienne" que jamais, Alice Guy montre sur une scène, un magicien qui escamote une dame, dans un petit théâtre décoré dans le meilleur goût 1898... Un autre évident "à la manière de"...

Ce qui me frappe quand même, dans ce film, c'est l'effort d'imitation, non seulement des trucs photographiques de Méliès, de son type d'intrigue ou d'argument, mais surtout du fait que le personnage principal fait tout pour  se comporter sur pellicule comme George Méliès! Seule manque la barbe, ce qui a au moins l'avantage de prouver que ce n'est pas lui!

La preuve, sans doute, d'une évidente supériorité du metteur en scène sur ses contemporains? En tout cas, si Alice Guy valait mieux que ces copies, elle faisait ses classes avec un certain goût.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet