Un scientifique a passé le rideau de fer, pour permettre aux Américains de posséder un moyen d'améliorer une technologique phénoménale: ils peuvent maintenant miniaturiser hommes, animaux, objets... mais seulement pour une heure. Ce que leur apporte leur nouvel ami, c'est la possibilité de le faire plus longtemps. A son arrivée, il est mis hors d'état de parler, et il est entre la vie et la mort: il va falloir qu'une équipe se charge de détruire le caillot qui lui paralyse le cerveau. Excellent prétexte pour miniaturiser une équipe de choc... dans laquelle il y aura non seulement un spécialiste des flux sanguins (Donald Pleasance), un chirurgien spécialiste du cerveau (Arthur Kennedy), un barbouze (Stephen Boyd) et une assistante de choc (Raquel Welch), mais aussi un traitre!
Voilà, le décor est planté, on a une mission improbable, et son Mac Guffin: car une fois qu'on sait qu'il y a une mission au bout du chemin, nous ce qu'on veut, c'est le "voyage fantastique" promis dans le titre! une équipe d'humains, dans un quasi vaisseau spatial (avec un laser), qui se promène dans le corps humain figuré à coups d'effets spéciaux tous plus remarquables les uns que les autres, c'est suffisant pour qu'on veuille un ticket, finalement, et le film a le charme des premières fois pour lui...
Fleischer ne se contente pourtant jamais du gimmick, et a mis le paquet dès le départ: un pré-générique qui est une mini-anthologie du film d'espionnage à lui tout seul, un générique modèle, et dès que possible, Stephen Boyd en novice confronté au monde étonnant de la science: l'espion réticent ne se ravisera qu'au bout de cinq minutes, une fois qu'il aura vu l'assistante du Dr Duval...
Pour le reste, ce film ne se raconte pas, ne peut même pas s'imaginer: c'est un grand film, ne serait-ce que parce qu'il nous propose, comme les meilleurs films d'Hitchcock ou de Spielberg, des images hallucinantes qui se suffisent à elles-mêmes et qui nous offrent à voir ce qu'on n'a jamais osé espérer voir... en 1966, du moins. Certes, je n'étais pas né... Pas une raison pour bouder ce merveilleux et psychédélique voyage.
Don Camillo est donc parti de son village suite au scandale qu'il a provoqué... Exilé au milieu de nulle part, il n'avouera pas que ses paroissiens lui manquent. Et à Brescello, c'est pareil: on aimerait bien le retrouver, mais... l'avouer? Ca non... Peppone et Camillo vont pourtant se retrouver autour des querelles habituelles.
Sans aucun doute, la production du film avait à coeur de lui donner une suite, avant même la sortie du premier film, intitulé Le petit monde de Don Camillo en référence au best-seller qu'il adaptait, une suite de chroniques rédigées par Giovanni Guareschi... Mais ce retour (qui s'embranche avec rigueur et exactitude sur le premier film, au point de perdre du rythme dès les premières minutes qui sont situées loin du théâtre attendu des opérations) est en fait une série de péripéties qui sont pour la plupart également dans le livre en question...
Duvivier s'exécute donc avec la rigueur qu'on lui connaît, pour un film qu'il a quand même structurellement signé: il commence dans la froideur de la séparation de Camillo d'avec son village, et s'achève sur une catastrophe naturelle, une inondation, qui est marquée par la mort et la destruction... temporaire, nous n'en doutons pas: il y aura, comme chacun sait, des suites. Aucune ne sera vraiment indispensable, et aucune ne sera jamais aussi soignée que les deux premiers films, dans lesquels Duvivier nous offre une vision du monde au milieu, entre les excès d'une municipalité communiste et la réaction (sans jeu de mots) d'un prêtre militant. Le plus remarquable des compliments qu'on puisse faire à Duvivier, Fernandel et Gino Cervi, c'est qu'en dépit de l'éternelle querelle entre les personnages, la sympathie profonde qu'ils inspirent en dépit (et parfois à cause) de leur fanatisme rigolo, n'a pas bougé d'un pouce...
1926: la famille Verdier vit à Jérusalem, parce que Marc (Maurice Schutz), le patriarche, ne pourrait pas quitter la ville sainte, ni sa petite propriété au Mont des Oliviers, qu'il partage avec son frère Septime (Léon Malavier)... Il a recueilli quand elle n'était qu'une enfant la petite Alice (Marguerite Madys), qui va bientôt sortir du couvent. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, s'il n'y avait le cas de Jean-Louis Verdier (Edmond Van Daële): le fils de Marc est resté à Paris, où sans que sa famille ne le sache, il agite son petit monde, car il est la figure de proue d'un mouvement anarchiste qui s'apprête à passer à l'action internationalement. Pour l'heure, il reprend contact avec ses troupes, après un séjour à l'ombre.
Le contact du mouvement à Jérusalem, Larsac (Gaston Jacquet), découvre que la famille Verdier est aussi celle de celui qu'il connaît sous le nom de Sirias. Il tombe amoureux d'Alice, qui se refuse à lui: elle attend le retour de Pierre. Jaloux, Larsac révèle la vérité à la famille: Marc part aussitôt pour confondre son fils, et le découvre, en plein meeting, galvanisant les foules en les pressant de se débarrasser de l'influence néfaste de leurs parents! Le père s'émeut, la foule s'agite: dans la bagarre, Pierre Verdier perd la vue et est rapatrié à Jérusalem, auprès des siens, qui décident de lui faire recouvrer la raison, ou la vue, voire les deux!
C'est un film fou, pour commencer: un de ces longs métrages réalisés par Julien Duvivier durant la crise de religion qui l'a pris au cours des années 20; il en a fait une trilogie (Credo ou La tragédie de Lourdes en était le premier volet) mais cette période mystique a fini par informer toute son oeuvre, en le rendant aussi compatible avec d'autres sources Chrétiennes y compris après la fin de ses illusions théologiques (Maria Chapdelaine, dont il a fait une très belle adaptation en 1934, et bien sûr l'inénarrable Golgotha avec Jean Gabin en Ponce-Pilate!). Pour cette Agonie, Duvivier a donc quitté la France et a tourné une bonne part de ses extérieurs sur les lieux mêmes du drame, revisitant des épisodes de la vie du Christ en parallèle au chemin de croix imposé à Pierre Verdier...
A propos du titre qui m'a toujours intrigué, c'est d'une double agonie qu'il s'agit: d'une part, le metteur en scène fait évidemment allusion à celle de Jésus, dont de nombreuses scènes recréent avec intensité le calvaire; d'autre part, les visites dans Jérusalem montrent aussi, lors d'un passage au mur des lamentations (qui fait l'objet d'un rappel culturel respectueux et bienvenu), la lente disparition de la civilisation du Jérusalem de la splendeur passée d'Israel. Pas un mot en revanche sur la présence Musulmane sur la ville dite Sainte. Il ne faut sans doute pas trop en demander... Mais ces efforts de replacer la ville religieuse entre toutes dans la réalité du monde me semblent bien plus louables que les truquages historiques d'un DeMille...
D'ailleurs, comment éviter la comparaison avec ce dernier, qui s'apprêtait à tourner sa propre version de la fin de la vie de Jésus (The King of Kings, 1927)? Duvivier a sans aucun doute vu, comme tant d'autres films de DeMille, la version de 1923 des Dix Commandements, et son histoire biblique mise en relation avec une intrigue de 1922. Il en a conçu une sorte de pastiche, en saupoudrant son histoire de parenthèses des Evangiles, sans jamais court-circuiter totalement le flot narratif. Et si son film est fou, voire extravagant, délirant ou que sais-je encore, il tient remarquablement debout de par sa force de conviction cinématographique. ...On l'a échappé belle!
C'est une épure, un film de complément de programme qui ne totalise pas une heure, et que Ozu et sa troupe habituelle ont fini en six jours...
Chikako (Yoshiko Okada) est la grande soeur de Ryoichi (Ureo Agawa), un étudiant brillant. Is habitent ensemble, elle le nourrit, paie pour tout et surveille de loin sa vie amoureuse, qui n'a pas besoin d'elle: il voit régulièrement Harué (Kinuyo Tanaka), une jeune femme très bien comme il faut. Ils vont voir des films ensemble (nous assistons à une projection du film collectif If I had a million, et c'est la contribution hilarante de Lubitsch: Ozu, Ryoichi et Harué ont manifestement les mêmes goûts!). Bref, tout va bien, sauf que... La police semble s'intéresser aux activités nocturnes de Chakiko et vient se renseigner à l'entreprise où elle travaille. Il semblerait que les cours du soir que la jeune femme donne pour arrondir ses fins de mois soient moins catholiques que ne le croit Ryoichi... Le frère (Shin'yo Nara) d'Harué révèle à cette dernière ce qui se dit sur sa future belle soeur, et elle en parle à Ryoichi, qui le prend très mal...
Le poison du patriarcat, comme dans les films de Mizoguchi, voilà le vrai sujet du film, qui prend la forme d'un mélodrame sans une once de graisse... Mais contrairement à Mizoguchi qui dépeint avec une grande ambiguité la prostitution depuis les bordels eux-mêmes, le cinéaste ici prend un point de vue qui part du grand public et de sa morale en révélant peu à peu les dessous sordides de la vie de Chikako, qui assume pleinement un sacrifice qui permettra à son frère de réussir: une mission donnée par ses parents, et on pourrait même dire par l'empereur lui-même... Alors le mélodrame fonctionne à plusieurs niveaux, bien sûr, et le drame ira loin, jusqu'à la mort d'un des protagonistes.
C'est un très grand film en dépit de sa taille, dans lequel Ozu montre qu'il n'a pas besoin nécessairement, contrairement à ce qu'il a fait ailleurs (Va d'un pas léger, L'épouse d'une nuit, Femmes et voyous) du cadre du film de gangsters pour toucher à des sujets plus graves voire criminels... Ici, le crime est l'un des fondements paradoxaux d'uns société qui fait avancer les hommes en marchant sur les femmes: faites tout pour que votre frère, fils, mari réussisse, vraiment tout... mais ne vous faites pas prendre sinon on ne peut rien pour vous. Les derniers plans, qui semblent reposer le cadre du drame en nous montrant les rues vides de façon apparemment anodine, sont une façon comme une autre de nous dire que la vie continue, mais que le drame aussi.
Horino (Ureo Agawa) est un étudiant qu'on ne qualifiera pas de modèle. Sans doute la perspective inéluctable de reprendre à l'avenir l'entreprise familiale florissante joue-t-elle un rôle dans ce laisser-aller... Avec ses copains qui ont moins de chance, il passe du temps à la petite pâtisserie à côté de l'université, où travaille la belle Oshige (Kinuyo Tanaka), qui est tellement plus intéressante que toutes les candidates au mariage arrangé que lui propose son père; des liaisons qu'il sabote d'ailleurs consciencieusement par un comportement irresponsable, tout comme ses études. Mais le père meurt et tout va changer...
Le titre est clair: une fois passé à la vie d'adulte, finie la rigolade! Du mois partiellement, parce que dans un premier temps, Horino maintient fermement un contact inchangé avec ses copains de l'université, au point de les embaucher en leur donnant les réponses du test d'entrée! Mais même excentrique, c'est le patron et on est au Japon, et le message d'Ozu est clair: il s'attaque ici au poids des convenances, sous couvert d'une aimable comédie autour de la nostalgie estudiantine (un thème souvent présent dans son oeuvre, au passage)...
Une comédie? Sur le papier et officiellement, oui, bien sûr, mais la comédie s'effrite vite: le premier coup qui lui est porté est bien sûr la mort du père, une scène troublante: quand on le lui dit, Horino ne semble pas réaliser; il est en plein examen, sort de la salle, et croise Oshige avec laquelle il échange quelques mots. Arrivé chez lui, il se rend vraiment compte que son père va mourir, et le film bascule... Tout en ménageant quelques scènes inspirées directement des personnages les plus pro-actifs de Harold Lloyd, son idole, Ozu assène sa vision très critique des effets de la hiérarchie et de la réalité socio-économique du Japon patriarcal, et même une fin en douceur finit par être bien plus amère que douce...
Joe Greer (James Cagney), pilote automobile, revient chez lui pour retrouver sa famille, et a une surprise: son petit frère Eddie a beaucoup grandi et a décidé de faire comme son grand frère... Pour Joe, qui connaît les risques du métier, c'est un choix contestable, mais il décide de la parrainer... En même temps qu'il laisse son frère entrer un peu plus dans sa vie, Joe rompt avec sa petite amie Lee (Ann Dvorak) qui pour se venger, demande à sa meilleure amie Ann (Joan Blondell) de séduire Eddie...
C'est un mélo, un vrai, derrière le déguisement d'un film sur la course automobile, un sujet dont Hawks était passionné (il y reviendra en douce, en faisant un remake officieux de ce film dans les années 60). C'est probablement l'aspect professionnel qui l'a le plus intéressé, comme on le voit dans la séquence d'ouverture quand Joe et ses font tourner le moteur dans... Le wagon d'un train. Mais au montage (le film est court, 70 minutes bien tassées), l'intrigue a été resserrée façon Warner, autour des personnages et des situations amoureuses. Et Cagney et Blondell étant devenues des stars, c'est eux qui en profitent le plus...
Il y a quand même des séquences inévitables de course, dont une est mémorable (et très dramatique, je vous laisse juges). C'est l'aboutissement d'un arc bien construit, autour du personnage léger de Spud, l'éternel second, interprété par l'excellent Frank McHugh. Pour le reste du film, les exploits sportifs sont souvent traités avec légèreté, ce qui culmine dans une scène finale burlesque dans une ambulance, qui n'est pas sans rappeler la façon dont une amputation, dans The big sky, allait donner lieu à des gags enfantins...
Hawks était un vrai maverick à l'époque, et tournait en cascade pour tous les studios. Mais le style de ce film est d'abord celui de la Warner, un film rythmé à la mitraillette autour de la diction de James Cagney... Il est dommage, même si bien sûr on aime Joan Blondell, qu'on voie ici Ann Dvorak s'effacer un peu plus. Après quelques films, elle va bientôt passer la main.
En Forêt Noire, l'historien Français Michel Boissard a été invité à se rendre au château du vieux Mathias Desgrez: il espère y trouver de quoi alimenter son prochain livre qui sera consacré à une affaire vieille de plusieurs siècles, concernant une histoire de sorcellerie ayant coûté la vie à une ancêtre de son épouse, la frêle Marie D'Aubray. Mathias Desgrez étant lui-même obsédé par cette intrigue, se réjouit d'avance de rencontrer une descendante de la supposée sorcière que son aïeul avait dénoncé... Pour l'occasion, la famille Desgrez est rassemblée: son neveu Mark, l'avocat en peine d'argent et son épouse Lucy que Mathias déteste, Stephane, le vendeur de voiture en mal de succès, qui est prié de passer le séjour sans jamais voir son oncle qui le hait, et les amis (un étrange médecin radié de l'ordre, le dr Herrmann) et domestiques...
Comme tout le monde est rassemblé, fatalement, il y a un mort, selon le théorème d'Hercule: on retrouve le vieux Mathias au matin, terrassé. Ce qui arrange bien les affaires de sa famille, bien entendu. Mais le mystère e tarde pas: d'une part, s'agit-il d'un meurtre? Mark est bien pressé d'en finir avec les formalités, et pas grand monde ne semble vraiment concevoir de tristesse... Et si meurtre il y a eu, qui est cette femme qu'on a vue lui porter sa collation du soir, dont le verre qui s'avèrera contenir des traces d'arsenic?
Le titre nous est explicité dès le départ: la chambre ardente est un type de tribunal qui a officié dans des affaires de sorcellerie au XVIIe siècle, et qui est justement celui qui a condamné la marquise de Brinvilliers à la décapitation suivie de barbecue...
Autant le dire tout de suite: même si dès la fin du premier acte, un ou plutôt des coupables se dénoncent, ça restera compliqué, et tout le monde va s'épuiser la santé à essayer d'y comprendre quoi que ce soit. S'il a soigné son film, Duvivier s'est beaucoup plus intéressé à ses personnages et à leurs rapports entre eux, qu'à une intrigue de roman policier assez classique. Il a d'ailleurs convoqué quelques jeunes loups de la nouvelle vague pour l'interprétation: Mark, c'est Brialy, qui est étonnant (c'est à dire, pour une fois, bon) en jeune avocat trop sérieux qui cache une crapuleuse aventure sentimentale; Stephane est interprété par Claude Rich, toujours à l'aise quel que soit le contexte; et Marie d'Aubray, la frêle et névrotique marquise à l'héritage trop lourd à porter, aura les traits illuminés d'Edith Scob... On trouve également Antoine Balpêtré, Antoine Duvallès ou Helena Manson pour faire bonne mesure, et on sera surpris de croiser Claude Piéplu en inspecteur fine mouche...
Duvivier ne choisit pas de privilégier un point de vue, ni de désigner un héros en titre: Mathias meurt bien vite, le Dr Herrmann m'a tout l'air d'un vieux maniaque probablement un rien libidineux, l'historien est d'un vulgaire assumé et les deux frères sont d'abominables fripouilles obsédées par l'argent du vieux Mathias... Reste Marie, qui éclaire le film d'une interprétation fantastique, ce que Duvivier rend possible en multipliant les scènes de brume, les poursuites angoissées dans la forêt, et une magistrale scène de meurtre aux relents trop bizarres pour être honnête... Et de toute façon, sa cible, ce sont ces braves gens, ces sales types pleins de sales idées qui s'agitent comme des pantins devant nous. Car à la fin de sa carrière, le moins qu'on puisse dire, c'est que la noirceur légendaire du cinéaste était loin de s'arranger! Reste une oeuvre qui est un jeu de massacre stimulant par ses failles même: le genre de trous béants dans le script qui a du faire tiquer plus d'un commentateur, mais qui, bizarrement, donne de la classe au film... Et je ne parle pas de "qui a tué", vous verrez qu'il y a plus intéressant.
Dave Hirsch (Frank Sinatra), écrivain mais raté, beau gosse mais vaguement alcoolique, quitte l'armée et se retrouve dans un bus... endormi, il est réveillé au moment où il débarque chez lui, dans la petite (tout petite) ville de l'Indiana, où il a grandi, et où il n'avait vraiment pas prévu de revenir. Et la soirée précédente a dû être endiablée, puisqu'il se retrouve flanqué d'une ravissante mais très encombrante jeune femme: Ginnie (Shirley McLaine) l'a suivi sur un coup de tête, on se demande bien ce qu'il lui avait promis...
Installé bien malgré lui, il reprend contact avec son frère, le très raisonnable joaillier Frank (Edward Kennedy); celui-ci lui présente une jeune femme, Gwen French (Martha Hyer), avec l'intention que David soit séduit par la rigueur de la jeune femme, mais il semble plus séduit par une rencontre avec un joueur local, Bama Dillert (Dean Martin). Entre les parties endiablées de poker avec ce dernier, les tentatives embarrassées de séduction de Gwen, les soirées à boire avec Ginnie, et une relation compliquée avec sa famille, Dave va-t-il renouer avec son talent d'écrivain?
Magnifié par la musique superbe d'Elmer Bernstein, ce film se hisse sans aucun effort au sommet des productions mélodramatiques de Minnelli, sa deuxième carrière presque, des films souvent pesants (The four horsemen of the apocalypse, Home from the hill) et longs, mais celui-ci est juste parfait. L'alchimie entre la mise en scène et le Cinemascope, dont Minnelli est un technicien aguerri en cette fin des années 50, entre les acteurs (Dean Martin et Sinatra sont déjà copains même si c'est leur premier film ensemble) et les actrices (Shirley MacLaine n'en finissait pas de débuter, mais elle est fantastique), tout fonctionne à plein régime dans un film au rythme sûr, qui jamais ne sonne faux...
Le drame de Dave Hirsch n'a pas besoin d'être expliqué, quand il arrive à Parkman, Indiana, on comprend assez vite que la ville n'est pas le lieu idéal pour son épanouissement culturel. Il va pourtant y rester et longtemps hésiter entre la facilité des rapports humains avec la simplissime Ginnie, et l'ambition d'écrire, qui va être ravivée par sa rencontre avec l'enseignante Gwen... Ginnie, pour laquelle l'expression "ravissante idiote" semble avoir été inventée, est le personnage le plus fascinant du film... D'abord dédaigneux, Dave se fait vite à elle, à son enthousiasme simple, à son amour inconditionnel aussi. A la fin du film, après un climax tragique parmi les plus intenses qu'il m'ait été donné de voir (et que je ne décrirai pas!), la caméra s'éloigne d'un cimetière pour cadrer la statue d'un ange. Mais nous l'avons, nous, déjà rencontrée: elle s'appelle Ginnie. Ce film dans lequel Minnelli dissèque sous nos yeux les relations compliquées entre l'hypocrisie des gens comme il faut et les tentations des autres est l'un de ses meilleurs, on s'en doute.
L'explorateur Jacques d'Athys (René Cresté) revient d'orient avec une protégée, la petite Tih-Minh (Mary Harald), qui lui aurait sauvé la vie (on n'en saura guère plus sur ce sujet); ils s'aiment et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si leurs voisins du côté de la propriété Niçoise des D'Athys n'étaient trois espions interlopes: l'asiatique Sitka (Louis Leubas, qui sera affublé de cette appellation qui fleure bon une certaine xénophobie, durant toute la série), le mystérieux docteur Gilson (Gaston Michel) et l'étrange Marquise Dolores de Santa Fe (Georgette Faraboni), dotée de puissants pouvoirs occultes. Très vite, les trois affreux s'en prennent à Tih-Minh. Jacques, ainsi que son fidèle domestique Placide (George Biscot), vont avoir du pain sur la planche...
En 1919, Feuillade qui est toujours sous contrat à la Gaumont est encore sous surveillance: en dépit de son phénoménal succès, Les Vampires s'est attiré les foudres des apôtres de la bienséance et des bonnes moeurs imposées, et ce style de feuilleton est désormais impensable pour la firme de la Marguerite. Plus grave, la situation politique ambiante, sous l'influence d'une victoire assumée sur l'Allemagne, donnera encore plus de gages à ces attitudes conservatrices dans le contexte de la "chambre Bleue Horizon", une assemblée nationale dominée par une droite pressée de se mêler de tout... C'est dans ce contexte que le cinéaste a été prié de revoir le dosage de ses feuilletons: moins de crime, moins de turpitudes, et le curseur placé résolument du côté du bien. La première manifestation de ce retour aux bonnes moeurs était Judex, un film qui sera détesté par une partie de ceux qui aimaient les 5 Fantômas de Feuillade et évidemment Les Vampires. Puis d'autres films suivront, dont cette étonnante série...
Comme souvent avec le metteur en scène, les quatre ou cinq premiers épisodes contiennent les meilleurs moments, ceux qui installent le mystère et les grandes lignes. Les suivants seront surtout là pour prolonger en attendant une conclusion. C'est dès le premier épisode qu'on voit la teneur de ce que va nous raconter Feuillade: des enlèvements à la pelle, dont la victime sera presque toujours Tih-Minh, justifiant du même coup le titre (car il faut bien reconnaître qu'en dépit de quelques initiatives, la jeune femme est plutôt passive, voire, je tremble au moment de l'écrire, un peu idiote); des mystères comme la présence d'une trentaine de femmes, dépenaillées, muettes et amnésiques, dans la villa des espions, un mystère qui n'est pas totalement expliqué dans le film; des intrusions nocturnes; des déguisements... Bref, la routine de ces films, si ce n'est qu'on nous fait souvent comprendre que le mal, c'est mal, et le bien, c'est bien.
Après avoir assisté à l'émergence chez Feuillade de la magnifique Irma Vep, et vu le prolongement de cette dernière par Musidora qui interprétait la mystérieuse Diana Monti dans Judex, on sera frappé par l'absence d'un personnage féminin vraiment intéressant dans Tih-Minh: la famille d'Athys est complétée par la mère (une sainte femme), la soeur (admirable de dévouement et qui ne posera jamais vraiment de questions; Tih-Minh, la pauvre, est ballottée d'enlèvement en enlèvement, et souvent ses initiatives prouvent qu'elle est essentiellement une petite fille écervelée! Georgette Faraboni en médium et hypnotiste incarne le mal, mais elle n'est pas suffisamment charismatique pour faire de la concurrence à Musidora. Jane (Ou Jeanne) Rolette, qui joue la domestique fiancée de Placide est sans doute la mieux lotie... Bref, Feuillade n'est sans doute pas le plus féministe des cinéastes, mais ici il finit par justement mettre en scène cette pénurie en revenant constamment sur les dangers qui menacent l'héroïne paradoxale en titre! Et cette mise en abyme s'accompagne d'une sorte de présentation ironique du monde, dans laquelle Jacques d'Athys, bourgeois bien né qu'on imagine catholique jusqu'au bout des ongles, comme Léon Gaumont et Feuillade lui-même, d'ailleurs, est le valeureux héros... Mais regardez le film, et vous verrez: sans Placide et Rosette, point de salut, comme Judex sans Cocantin, Daisy Torp et le Môme Réglisse, comme Philippe Guérande sans Mazamette dans Les Vampires!
Comme pour conjurer toute chance d'influence néfaste du cinéma (un député dira à cette époque que le crime est enseigné dans la salles de cinéma, à la faveur d'une obscurité complice qui rend possibles tous les comportements déviants), c'est un peu comme dans Judex: on ne verra pas ici la police, étrangement absente de ces exactions dans lesquelles trois pays, trois fripouilles, un diplomate et un explorateur de bonne famille s'affrontent avec insistance. Un rêve éveillé, en somme... C'est la meilleure lecture pour ce feuilleton sans queue ni tête, aux images délibérément poétiques de l'arrière-pays Niçois...
Le 6e film des frères Coen est la rencontre parfaite entre le film noir contemporain et la comédie, et un des films les plus directs qui soient... Situé entre Minnesota (L'état ou les deux frères ont grandi) et Dakota du nord, on peut en fait considérer aussi qu'il y a une part autobiographique tordue devant cette histoire qui met en scène des petites gens des environs, à l'accent Américano-Nordique très prononcé (On notera le jeu sur les "yah!" ). Le film revient par ailleurs en arrière en utilisant les personnages codés du film noir, comme Blood Simple en 1984, mais en les sortant du cadre strict du film policier... Autre apparente redite, on assiste ici à un enlèvement (ce qui sera à nouveau le cas d'un ou deux aspects de The big Lebowski et The man who wasn't there, incidemment), mais ce n'est pas un vrai: Jerry Lundergaard, un minable qui a épousé la fille de son patron, possesseur du concessionnaire automobile qui l'emploie, décide de fomenter avec l'aide d'un truand un faux kidnapping de son épouse, ainsi son beau-père paiera. Mais grains de sable sur grains de sable, morts violentes en cascade, vont empêcher dès le départ la bonne tenue du plan...
La construction de ce film, qui s'avère donc une étude de l'échec et de ses mécanismes, repose sur trois actes, séparés par deux fondus; dans le premier, on voit la rencontre entre Lundergaard (William H. Macy, veule et pleutre à souhait) et les deux truands qui ont répondu à l'appel, le laconique et dangereux Gaear Grimsrud (Peter Stormare), et Carl Showalter (Steve Buscemi), qui lui au contraire parle trop. L'arrangement est simple: Jerry négocie auprès du beau-père, et les trois se partagent la rançon. On apprend vite que Lundergaard a des ennuis jusqu'au cou, avec des prêts crapuleux, des comptes falsifiés, etc... par ailleurs, son beau-père (Harve Presnell) le méprise ouvertement. Les deux truands sont tellement dissemblables, et Grimsrud est tellement étrange, qu'on sait dès le départ qu'il y a aura des embrouilles. Quant au kidnapping, il se déroule sans heurts, et illustre bien le mélange typique du film entre narration et action violentes, et comique de décalage et de situation... La première partie se clôt sur un massacre, lorsque les deux truands sont arrêtés par un policier, en plein milieu d'une route, et que le policier mais aussi deux témoins sont froidement abattus par Grimsrud, aussi efficace qu'il est laconique...
Dans la deuxième partie on fait la connaissance d'un fin limier d'un genre nouveau, Marge Gunderson: enceinte jusqu'aux yeux, locale jusqu'aux sourcils, elle promène son ventre en relief et son bon sens nordique d'un lieu de crime à l'autre, et est aussi efficace que Droopy. Elle est interprétée avec génie par Frances McDormand. Dans cette partie, on voit le plan s'enrayer de multiples façons, en particulier lorsque le beau-père répugne à faire confiance à Jerry, mais aussi à se séparer de l'argent réclamé pour sauver sa fille. On voit aussi que Jerry ne parle pas de mêmes chiffres à son beau-père et aux "Kidnappeurs"... Enfin, l'entente déjà fragile entre ces deux-là se lézarde, et Carl fait de plus en plus cavalier seul. Une sous-intrigue, soulignant la duplicité et les coups tordus, montre Marge qui reprend contact avec un ami de lycée qui lui fait le numéro de l'époux veuf trop tôt. Elle apprend peu après la vérité, tout en continuant son enquête.
Dans la troisième partie, tout arrive à sa conclusion logique, et les morts s'accumulent: le vieux Gustafson, le beau-père; Carl; L'épouse; un pauvre type à un péage de parking, etc... Jerry a de plus en plus de mal aussi bien à assumer son plan, qu'à dissimuler la minable vie de tromperie qu'il mène. Quant à l'argent que tous convoitent, il est "planqué" par Carl, dans un champ enneigé, au milieu de nulle part... Il sera d'ailleurs récupéré sur cette même route quelques semaines plus tard, dans un épisode de la série dérivée Fargo, mais c'est une autre histoire et un autre contexte.
Des objets, isolés dans la brume neigeuse, des champs enneigés à perte de vue: les frères Coen utilisent le coté cotonneux de la saison hivernale de façon magistrale, dans des plans dont la composition renvoie au flou de l'horizon, et à l'isolement des êtres. Seuls, Marge et son mari Norm ont le droit dans cette histoire de minables (Située, comme le film suivant The big Lebowski, dans un passé proche, cette fois 1987) d'assumer tranquillement un bonheur à deux. tous les autres mentent (Jerry), truandent (Le vieux Gustafson pique un bon plan financier à Jerry sans aucun scrupule), font semblant (les prostituées, escort girls, ou autres filles de passage qui rencontrent le chemin des deux tueurs chaotiques)... Pourtant, dans ce film drôle et au rythme parfait, la mort rode, et elle n'est pas commode, comme en témoigne la scène baroque dont Marge, au détour d'un petit bois tout enjolivé de neige, va être le témoin... Avec du rouge un peu partout. Caustique, digne, dans son flux et son ambiance, et particulièrement méchant, je tiens Fargo pour le chef d'oeuvre des frères Coen.