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18 décembre 2021 6 18 /12 /décembre /2021 19:18

Le banquier Favraux s'est construit une fortune considérable en exploitant sans scrupules la misère d'autrui... Un jour, alors que tout semble aller au mieux pour lui, que sa fille, jeune veuve et mère d'un enfant, s'apprête à se remarier, il meurt, et un scandale éclate. Le fautif? Judex, un homme mystérieux dont la famille a été autrefois victime des agissements du banquier... Mais Favraux est-il mort? Et qui est réellement Marie Verdier, la jeune gouvernante dont Favraux s'est entichée et qui une fois le banquier mort va chercher fortune ailleurs?

Côté pile, le film commence comme du pur Feuillade, qui installe avec un talent fou une intrigue qui pose une masse de questions, des personnages en liberté, des maniaques et des gens bien, des bandits et des justiciers… Le prologue est exemplaire et les premiers épisodes donnent une envie folle de savoir la suite! Judex (René Cresté) est un personnage fascinant parce qu’à la demande de Gaumont c’est un justicier, un vrai, et contrairement aux Vampires sa quête est motivée par des raisons hautement morales… Et pour le cas où on s’ennuierait d’Irma Vep et de ses collants noirs, Feuilade a engagé sa muse préférée pour le rôle riche de Marie Verdier / Diana Monti… On s’en doute, cette dernière s’avérera un authentique génie du mal…

Côté face, Judex fait suite, dans l'oeuvre de Feuillade, aux Vampires, à son impressionnant succès... et aux polémiques nées de ce que certains censeurs considéraient comme la nature scandaleuse de son cinéma: qui pouvait douter un seul instant que dans le serial en dix épisodes qui avait tenu en haleine les spectateurs Français durant 9 mois, les héros étaient en fait la dangereuse mais fascinante mafia de voleurs, d'assassins et d'escrocs des "Vampires", rassemblés autour d'Irma Vep (Musidora)? Le film, d'épisode en épisode, marquait de façon spectaculaire son époque, et bien que se déroulant à l'arrière, soulignait par le recours à des armes de plus en plus sophistiquées (Lance-flammes, canons, gaz et masques) l'existence quotidienne, ressentie par toute la population, de la guerre qui se jouait dans le nord du pays... Et du coup, la violence et la mort y étaient partout.

Judex est donc né de cette nécessité d'une revanche pour la Gaumont et les bien-pensants, qui souhaitaient que les lucratives idées de Feuillade s'expriment dans un sens qui puisse aller conformément avec le bien public tel que les autorités morales le concevaient... On sent bien que l’auteur a été pris entre deux feux avec ce nouveau film, passant d’une vengeance terrible, celle de Judex, à un appauvrissement de plus en plus évident au fur et à mesure de l’évolution de son amour pour la belle Jacqueline (Yvette Andreyor), la fille de son ennemi.

Et c'est bien ce qui me chiffonne dans Judex, un feuilleton qui part tambour battant, et qui installe vite l'idée que derrière le drame bourgeois qui est à la base, il y a une force, mystérieuse et secrète, représentée par l'énigmatique Judex, un justicier masqué qui s'arroge de le droit de vengeance en utilisant une machinerie compliquée, qui a le pouvoir de tuer s'il le souhaite et veille au grain, aussi menaçant que l'auraient été les Vampires... avant de se rétracter par amour, et d'abandonner une à une toutes ses ficelles, quasiment émasculé. Alors bien sûr, le film accumule les péripéties, et Feuillade comme à son habitude dose de façon convaincante les coups de théâtre préparés, et l'improvisation, mais le coeur n'y est pas autant qu’on l’aurait souhaité. René Cresté, en justicier énigmatique, est parfois terne lorsque le doute qui le ronge l’empêche d’agir, les relations avec l'entourage sont convenues, et on réclame toujours plus de Diana Monti, l'aventurière jouée par Musidora, qui par sa vilénie rappelle les exactions basses, viles et immorales, des Vampires. Et au milieu de tout ça, à travers le personnage de Cocantin (Marcel Levesque) et de sa bonne amie Daisy Torp (Lili Deligny) si prompte à se déshabiller pour plonger en maillot noir (un épisode lui est dédié vers la fin, L’ondine) on voit bien que Feuillade était gêné aux entournures par ces préoccupations de censeurs.

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1917 **
16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 08:12

Sur une route entre Périgueux et Bordeaux, pendant l'été, un car a un accident. Parmi les passagers, deux sont particulièrement pressés: l'une qui a sans doute un traitement pour un cancer du sein (elle a déjà subi une ablation du sein droit et bien qu'elle tente de le dissimuler ce sera vite évident) et un homme qui a un bracelet électronique, dont les sorties sont sans doute comptabilisées avec une rigueur implacable. Ils décident de partir ensemble et de joindre le village le plus proche à travers bois... Ils n'arriveront jamais. Une fois en pleine nature, les sens de Lupa, la jeune femme, commencent à s'éveiller étrangement...

Ce n'est pas un film d'horreur, mais c'est un court métrage très intrigant, dans lequel la danse est menée par l'actrice Pauline Lorillard: dans le rôle de Lupa (un nom ô combien explicite, mais ce n'est pas une histoire de loup-garou): après avoir été autour de l'accident une jeune femme inquiète, aux abois, elle se débarrasse peu à peu de ses complexes et de ses vêtements, ainsi que de ses manières de citadine. Le garçon est bourru, mais un renversement des rôles se passe, sous nos yeux, dans l'eau d'une rivière qu'on traverse et qui s'avère bien plus profonde qu'il n'y paraissait... 

Derrière ce conte superbement rythmé, qui a la bonne grâce de n'en dire jamais trop, on est conquis par l'étrangeté et la simplicité directe de l'action, par le jeu sans embarras de son actrice principale aussi. C'est un conte de liberté absolue, de reconquête de l'animalité derrière une humanité grise, et bien sûr ça se finira mal, même si on peut rester un peu en arrêt devant l'énigmatique situation qui nous est présentée. Une cinéaste à suivre...

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Published by François Massarelli - dans grr Court métrage
11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 11:51

Deux jeunes garçons, les deux enfants d’une famille qui vient de s’installer dans la banlieue de Tokyo, affrontent leur quartier, devant s’affirmer devant une bande de petits voyous qui les menacent de représailles s’ils osent se rendre à l’école… Il va leur être dur de s’imposer. Mais pendant ce temps, nous suivons les efforts du père (Tatsuo Saito) pour s’imposer également, lui qui a le but de devenir le bras droit de son patron, et ne recule devant aucune opportunité pour attendre ce but…

C’est l’un des plus connus sinon LE plus connu, des films muets d’Ozu : une épure aussi, un de ces films que le réalisateur refera dans les années 50, car le mélange de chronique du quotidien et de poignante critique sociale fait mouche sans aucun effort apparent, se reposant pour commencer sur deux personnages formidables : parfaitement dirigés, totalement complémentaires (leurs gestes sont aussi naturels que simultanés), les deux garçons fournissent un fil rouge totalement séduisant, avec leurs histoires de bagarres, de défis à la noix (gober un œuf de moineau en classe) et les anecdotes autour de leur intégration, de plus en plus inéluctable.

Le titre français ne traduit pas vraiment l'original, qui correspond à toute une série de films du metteur en scène qui se terminent en "mais" avec des points de suspension. Je suis né, mais... est autrement plus amer que le fonctionnel mais générique Gosses de Tokyo, et laisse entendre que la vie ne sera pas facile...

Tatsuo Saito, souvent clown en chef dans les films d’Ozu, a un rôle intéressant ici, en père plus préoccupé par son propre avancement que par les frasques de ses deux galopins, mais il est à la source d’une scène formidable : les deux garçons sont invités par le fils du patron, qui a lui-même invité ses employés à regarder les films amateurs qu’il a tournés. Sur l’écran, les deux garçons qui ont une image sanctifiée et assez autoritaire de leur père le découvrent tout à coup en boute-en-train avide de devenir le préféré de son supérieur, et commencent à douter de leur envie de « réussir à l’école pour devenir quelqu’un d’important », comme on le leur serine en permanence…

Avec ses deux anti-héros de la débrouille, qui affrontent l’enfer de l’enfance avec élégance et la main près des fesses (qu’ils se grattent en permanence !), cette comédie douce-amère est un joyau.

 

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Published by François Massarelli - dans 1932 Muet Yasujiro Ozu Comédie *
4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 10:47

Okajima (Tokihiko Okada) travaille dans une compagnie d'assurances de Tokyo, où la prime annuelle va bientôt être distribuée. Au milieu de a fébrilité ambiante ( le bonus est bien plus avantageux qu'anticipé) il remarque un vieil employé prostré: il vient d'être mis à l'écart. Okajima, poussé par les autres, va se plaindre du traitement réservé à son collègue, et est licencié. Commence alors pour lui la galère de devoir trouver un travail alors qu'il est trop qualifié, l'humiliation pour lui et sa famille quand il doit accepter des travaux indignes, et finalement l'entraide des anciennes fréquentations universitaires...

Et pourtant c'est bien une comédie, assez typique de la façon dont Ozu traite de la vie quotidienne avec un regard inspiré de Harold Lloyd, son idole! La vie de tous les jours ne vient malgré tout pas en droite ligne de Safety last, ou de Hot water, deux films qui restent fermement optimistes, mais plus d'une lecture subtilement contestataire vis-à-vis du capitalisme triomphant adopté par le Japon impérialiste... Le patron d'Okajima est montré classant des bagues de cigare de sa collection avant de se livrer à un licenciement sec: Ozu charge le patronat, d'une façon étonnante, et qui lui passera d'ailleurs assez rapidement, pour adopter en permanence le point de vue d'un homme victime de comportements plus que de circonstances... On n'est pas non plus devant un pamphlet communiste, le licenciement d'Okajima étant après tout provoqué par la vindicte syndicale des collègues, qui le poussent à agir tout en s'écrasant!

Mais cette lecture sociale ne fait de toute façon absolument pas de ce classique, l'un des meilleurs films muets de son auteur, un brûlot. Son propos est plus d'étudier avec sa caméra placée au plus près des hommes et des femmes, l'effet de l'embarras sur les gens, la façon dont les dispositions économiques défavorables s'insèrent entre les gens et le bonheur. Okajima chômeur devient irascible, colérique, perd patience avec ses enfants; Mme Okajima ne comprend pas que son mari s'abaisse à accepter de devenir homme-sandwich, par exemple... 

Tout cela n'empêche pas les gags, comme une ouverture très chorégraphiée avec une revue de détail à l'université (tous les étudiants y portent un uniforme) effectuée par un professeur excentrique (Tatsuo Saito, très présent à l'époque dans les films d'Ozu), puis une séquence enlevée et osée, où les toilettes communes deviennent le seul endroit où les employés peuvent aller compter les sous de leur prime! La dernière partie permet au professeur facétieux de revenir et au ton de redevenir léger, mais on ne s'y trompera pour autant pas: quand Okajima retrouvera du travail, ce sera pour quitter Tokyo, déraciner sa famille et affronter l'inconnu. Toute opportunité a sa part d'ombre...

Pour finir, la petite fille aperçue en haut sur la gauche de la photo, n'est autre qu'Hideko Takamine (1924 - 2010), actrice qu'on retrouve souvent chez Mikio Naruse, et qui fera jusqu'aux années 70 une belle carrière...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Yasujiro Ozu 1931 Criterion *
2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 08:00

Allemagne, années 70: Léopold (Bernard Giraudeau) a ramené dans son bel appartement le jeune Franz, 20 ans (Malik Zidi), qui se demande bien pourquoi au lieu de se rendre à son rendez-vous avec sa petite amie, il a suivi le vieux beau... Celui-ci fait rapidement évoluer la conversation vers l'inévitable et six mois plus tard, Franz est toujours là, mais le couple n'est pas heureux, sauf au lit... Franz, qui n'a plus qu'une obsession, soit quitter l'emprise dévastatrice que son amant a sur lui, contacte Anna (Ludivine Sagnier) pour l'aider, pendant que Véra (Anna Thompson), l'ancien(ne) compagnon/gne de Léopold, débarque après plusieurs années d'absence...

C'est l'adaptation d'une pièce de rainer Werner Fassbinder, et Ozon s'est manifestement beaucoup amusé à grimer ses acteurs et à décorer un appartement dans le style de l'époque voulue... c'est donc volontairement assez moche, et chaque acte respecte l'unité de lieu et de temps. Pourtant Ozon, qui aime à provoquer, choisit des angles de prise de vue, au plus près des acteurs, qui lui permettent d'aérer le tout: l'un de ces exemples est le plan de Giraudeau, assis, qui tout à coup se lève sans que la caméra ne le suive. Résultat, le plan devient un gros plan du pantalon au niveau des parties génitales... 

Fassbinder, un couple gay insatisfait, c'est bien sûr un film militant. Mais que c'est glauque! Giraudeau est excellent, bien sûr, en sale type qui gère son emprise sur les autres en étant absolument odieux, mais on finit par souffrir de sa méchanceté. Le reste du casting (uniquement 4 acteurs) est moyen, avec une mention spéciale toutefois pour Ludivine Sagnier, qui n'est pourtant gâtée ni par le script ni par la coiffure! 

Pour résumer, Ozon nous dit que c'est une comédie, donc on eut bien le croire, mais il faudra un jour expliquer aux auteurs français qu'un gag et une scène excentrique par film n'en font pas nécessairement une comédie... C'est agaçant.

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Published by François Massarelli - dans François Ozon Comédie
29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 21:09

Dans The We and the I sorti trois années plus tôt, Gondry avait imaginé une étrange conversation entre deux adolescents qui s'ignoraient quelques minutes auparavant: ils se trouvaient tout à coup un terrain de partage en évoquant un parent bricoleur dans l'atelier duquel ils aimaient à se retrouver: de toute évidence, un souvenir tenace chez Gondry, même si dans ce film la situation finissait par dégénérer entre eux! Microbe et Gasoil, tourné en France, dans la région natale du metteur en scène, part de ce souvenir lui aussi...

Durant l'année scolaire, le petit Daniel, 14 ans, est surnommé microbe par les autres, en raison de sa petite taille. Entre ça et sa longue chevelure qui lui vaut de se faire confondre avec une fille (y compris par ses professeurs), il s'en prend plein la figure, et Laura l'élue de son coeur, bien que son jeu soit équivoque, ne l'épargne pas non plus! Un nouveau venu, Théo, va capter son attention, ainsi que celle de tout le collège: mais eux, c'est pour le rejeter... Pas Daniel, qui est fasciné par l'originalité et la culture de son ami (que tout le monde surnomme Gasoil en raison de l'odeur de carburant qu'il semble avoir parfois adopté comme parfum!). Ils deviennent inséparables, parlent de tout et de rien, et se lancent dans des bricolages inattendus: à partir d'un moteur, ils inventent une maison roulante avec laquelle ils décident de prendre la route, vers l'Aubrac (où Théo a un souvenir de colo avec des monitrices, je cite, à gros nichons) ou vers le Morvan (où Daniel sait que Laura est partie en vacances)... Ce sera un périple farfelu, inoubliable...

C'est merveilleux: un film mené par deux jeunes acteurs débutants, sous l'oeil attentif d'un metteur en scène totalement habité par son sujet, hautement personnel, et qui est parfois clairement, une fois de plus, hanté par le fantôme de Jean Vigo; comme chez le cinéaste de L'Atalante, il n'y a pas vraiment de méchants chez Gondry, juste des adultes trop occupés par leurs problèmes pour vraiment accompagner leurs enfants dans la vie: les parents de Théo, par exemple, sont conscients de la fragilité de la santé de la mère et n'ont que des reproches à adresser à leur fils; la mère de Daniel (Audrey Tautou) est une allumée religieuse, membre farfelue d'une secte de timbrés où elle aimerait tant enrôler son fils... 

Comme tant d'autres le film enfile les anecdotes comme d'autres les perles, mais sans jamais perdre le fil de ce qui reste le sujet profond: la façon dont une amitié, une fugue et un été vont à eux tout seuls résumer une enfance enfin devenue, pour quelques semaines, glorieuse! Et le ton adopté, mi-comique, mi-grave, sied parfaitement à cette équipée sauvage un rien burlesque: après tout, le véhicule parfaitement fonctionnel de Théo et Daniel est une voiture-maison, qui dès qu'un véhicule de police s'aventure sur la route, devient une cabane de jardin! Et Gondry, qu'on n'a jamais connu si raisonnable, abandonne son art du bricolage personnel pour se concentrer sur ses personnages et son dialogue aussi: Daniel et Théo, joués respectivement par les deux jeunes acteurs Ange Dargent et Théophile Baquet, nous rappelleront forcément la jeune troupe de la Guerre des Boutons d'Yves Robert, en se lançant parfois de fabuleuses répliques, que je vous laisse découvrir. Tout comme je vous laisse découvrir une course-poursuite entre les deux héros, au volant d'un sommier à moteur, suivi de près par une horde de footballeurs américains d'origine coréenne. Ca, je ne l'avais jamais vu...

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 11:43

C'est l'été, et c'est le dernier jour de lycée dans le Bronx: les lycéens prennent donc le bus pour rentrer chez eux, et... il s'en passe, des choses, dans le bus!

C'est un film effectivement tourné dans un vrai bus, dans le vrai New York, avec des vrais lycéens, qui ont participé à l'établissement d'un scénario basé sur l'idée initiale de Gondry: utiliser l'unit de temps et de lieu pour révéler les caractères, selon la règle suivante: dans un bus, les hordes de jeunes ne se comporteront absolument pas de la même manière selon le fait qu'ils seront plusieurs, ou isolés... Et en vidant peu à peu son bus de ses occupants, certains par réaction contre les autres, certains littéralement exclus, d'autres tout simplement rendus chez eux, le cinéaste permet à l'humanité de surnager de plus en plus au milieu d'un ensemble d'anecdotes, de comportements, de gags et de digressions. Certains plans sont tournés depuis l'extérieur du bus, mais l'essentiel des décrochages sont soit des délires (un gamin qui tente de séduire en se présentant comme u génie de la jet-set, une digression qui fait intervenir un faux Donald Trump), soit des souvenirs recréés à la Gondry bricolo (carton-pâte, accélération, accessoires détournés), voire des mensonges élaborés...

Le film est divisé en trois parties: The Bullies, qui est ancré sur la présence de trois petits cons, particulièrement portés sur l'humiliation agressive de leurs congénères; l'un d'entre eux a des problèmes sentimentaux et les dissimule derrière une attitude de provocateur sans scrupules. The Chaos, qui part d'une partie d'action ou vérité qui dégénère pour montrer l'ensemble du bus partir en vrille, une sorte de conversation à 60... Enfin, The I recentre sur quelques individualités. Et comme on est chez Gondry, de ce chaos parfaitement contrôlé et parfaitement rendu, naîtra non seulement de la confusion, mais aussi et surtout une certaine intimité entre deux personnages soudain confrontés à la vérité d'un drame, ce qui en fait une phénoménale rupture de ton, après le déferlement de situation scabreuses, d'agressions, de gros mots, une agression raciste commise par une septuagénaire, des anecdotes sexuelles auto-glorifiées, etc... 

Mis en scène par un éternel réalisateur de douze ans, avec des techniciens et des acteurs débutants (tous affiliés à une association d'entr'aide du Bronx qui leur permet de s'initier au théâtre) mais saisissants de vérité, ce film est à raccrocher au cinéma de Vigo: mal poli, poétique, vrai et turbulent, mais surtout magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 11:28

A l'origine, c'est un collectif d'artistes amateurs et aspirants cinéastes qui se sont rendus responsables de cette étrange production, perdue pendant 45 ans et retrouvée par Kinugasa dans une cabane de jardin en 1970! Le film est privé d'intertitres, autant par défi avant-gardiste (voir à ce sujet le Ménilmontant de Kirsanoff, sorti la même année) que parce qu'au Japon la norme était pour les films muets d'être projetés en compagnie d'un narrateur, le benshi. La version actuellement disponible, amputée d'une partie de son contenu, est assez difficile à suivre, d'autant qu'il s'agit moins d'un film narratif que d'un film à sensations...

Dans un asile, un vieux concierge, qui s'est porté volontaire pour le poste suite à l'internement de son épouse, observe avec anxiété cette dernière sombrer de plus en plus dans la folie, sous l'oeil inquiet de leur fille, et pendant qu'au coeur de l'institution, une femme danse comme elle respire, croyant revivre sa carrière de ballerine d'avant l'internement...

Apparemment, l'influence la plus marquée sur ce film est celle du cinéma Allemand post-Caligarien, mais on peut sans trop de problème effectuer un parallèle avec les films Soviétiques contemporains: Kinugasa utilise à merveille le montage pour créer un maelstrom de points de vues: les deux qui dominent sont celui du vieux mari, qui observe dans la tourmente l'évolution de son épouse, et le point de vue de cette dernière obtenu au moyen d'objectifs déformants et de démultiplications de l'image. L'essentiel du film se situe entre des flash-backs, narrativement plus sensés, et des scènes nocturnes, avec une utilisation enthousiasmante des ombres.

Il va de soi que pour un pays qui peu de temps auparavant hésitait à confier à des femmes des rôles à l'écran, ce film est d'une modernité hallucinante, et près d'un siècle plus tard, le malaise qu'il distille avec cette histoire qui finit épouvantablement mal, est toujours palpable... Quant à Kinugasa, il est devenu un classique parmi les classiques du cinéma Japonais! Pas ce film, pourtant, qui reste définitivement dans une catégorie à part...

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Teinosuke Kinugasa Avant-garde **
21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 17:46

En dépit des noms de son réalisateur et de son principal interprète, ce petit film est Allemand... Les deux artistes, en effet, ont fui l'Italie après le putsch de Mussolini. Ils ont rapidement trouvé des commanditaires pour de petits films d'aventures, dont celui-ci, tourné pour une large part en Saxe, pas très loin de Dresde, sur la vallée de l'Elbe. 

Dans un site très touristique, un mystérieux jeune homme local sauve quatre personnes, dont un père et sa fille, lors d'une excursion en montagne qui manque de mal tourner. Le hasard fait curieusement les choses: le jeune homme est en effet le fils d'un ancien condamné à mort guillotiné depuis, et l'homme qu'il a sauvé est celui qui l'a dénoncé... Mais pour compliquer les choses, d'une part la maîtresse de l'affreux va tomber amoureuse de leur sauveur, mais celui-ci va manifester de l'intérêt pour la jeune fille de son ennemi... Ouf!

C'est un tout petit film, mais bondissant, comme son héros incarné par Luciano Albertini. Celui-ci ne rate pas une occasion de sauter d'un sommet à l'autre, et n'a pas été doublé, ce qu'il faut toujours prendre avec précaution. Reste que si les angles choisis par les caméramen sont sans doute pour beaucoup dans l'illusion, c'est du même coup un film d'aventures distrayant, plus convaincant à mes yeux que les gros drames de droite du bon docteur Arnold Fanck avec Leni Riefenstahl... Comme si les habitudes prises par les deux Italiens dans les studios Romains avaient empêché de mélodrame à tiroirs de devenir par trop pesant. 

Une dernière recommandation toutefois: il me semble qu'il conviendrait de voir ce film en été... Rendez-vous donc en juillet! En attendant le film est visible pour un temps sur le site d'Arte.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924
21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 17:35

Une femme, au téléphone, appelle la police pour signaler des actes de violence en pleine rue: c'est Nan Taylor (Barbara Stanwyck) et sa mission est simple: éloigner la police du lieu d'un hold-up auquel elle va participer. Ce qui ne lui portera pas chance, car elle va se faire pincer, et écoper de cinq années de pénitencier à San Quentin, en Californie... 

Trois intrigues, donc, dans ce petit film (69 minutes) pre-code marqué par une certaine qualité: d'une part, la vie carcérale et ses luttes de pouvoir, compromissions et quelques aspects vaguement salaces: on est en 1932 et la Warner menait tambour battant la bataille de la friponnerie... Ensuite, la suite de la carrière de Nan avec ses collègues gangsters, qui s'organise depuis la prison, à travers un certain nombre de moyens, et notamment sa participation à distance à une évasion spectaculaire... Enfin, Nan a été repérée par un réformateur, David Slade (Preston Foster), qui de par son succès (il présente un show radiophonique) fait la pluie et le beau temps sur le petit monde de la justice en Californie. Il l'aime, mais elle lui reproche d'être un peu trop du côté de la loi, c'est à dire du mauvis côté. 

C'est cet aspect du film qui fera l'objet de la fin et d'un (petit) suspense: parce qu'elle croit que c'est à cause de Dave que deux de ses amis sont morts, et qu'elle a accompli toute la durée de sa peine, Nan entend se venger et se rend auprès de Dave dans le but de le tuer... 

Le film est soigné, sans plus, efficace et bien représentatif du style Warner. Mais l'ingrédient principal, faut-il le rappeler, c'est Barbara Stanwyck, qui domine le film, et d'ailleurs c'est bien simple: on ne voit qu'elle...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Barbara Stanwyck