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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 17:07

Lina Santiago (Fabienne Fabrèges) gagne une grosse somme d'argent au jeu, et a l'idée, avec son amant le docteur Nancey (Didaco Chellini) d'investir: ils montent tous deux une opération illégale: une fumerie d'opium, dont ils vont détrousser les clients en profitant de leur état second... Mais Lina n'est pas partageuse, et elle se débarrasse de Nancey en le dénonçant. Elle réapparait quelques tems plus tard aux bras de St Vallier (Bonaventura Ibanez), un ancien "client" qui est amoureux d'elle, et va semer la pagaille dans la famille...

On attend assez longtemps la raison d'être du titre, mais effectivement le film mène à une intrigue criminelle, qu'il vaut mieux découvrir par soi-même, et qui implique tous les protagonistes du drame. Le film, soigné et qui maintient un certain intérêt tout au long de ses 70 minutes, est au confluent du drame typiquement Italien, avec Fabienne Fabrèges en diva du mal, et du feuilleton à la Feuillade, avec ses rebondissements en cascade.

Si Fabienne Fabrèges, qui a aussi écrit le script, est la maîtresse d'oeuvre de ce (petit) film, il reste intéressant surtout pour la participation de Valeria Creti, une actrice décidément bien singulière dans le cinéma Italien de l'époque, et qui était l'année précédente le personnage principal du formidable Filibus... Et justement, pour voir cette ténébreuse intrigue policière, on peut par exemple se procurer le superbe Blu-ray (il est toutes zones) paru chez Milestone autour de cet incunable du mystère, puisque Signori Giurati...  figure parmi les bonus en raison de la présence de Valeri Creti!

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet **
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 18:02

La jeune Norvégienne Thelma (Eili Harboe) commence la fac, sous haute surveillance, même à distance, de ses parents (Hendrik Rafaelsen, Ellen Dorrit Petersen), qui lui ont inculqué, parfois violemment, des valeurs chrétiennes, désuètes et souvent un brin extrémistes: quand elle parle avec eux de la création du monde, ils sont bien embarrassés... Elle est assez solitaire, peu encline à faire la fête, mais tout va bien, jusqu'à sa première crise d'épilepsie...

C'est violent, inattendu, et ça la secoue bien sûr énormément. Mais ça va avoir une conséquence positive: c'est grâce à cette crise qu'elle va faire la rencontre de Anja (Kaya Wilkins), une camarade vers laquelle elle est instantanément attirée. Et inexplicablement, elle la retrouve en bas de chez elle, un soir, alors qu'Anja ne sait pas où son amie habite.

Mais l'attirance est une chose, et la religion chevillée au corps de Thelma se rebelle... Elle va se rebeller contre son désir, questionner ses problèmes d'épilepsie qui sont de plus en plus fréquents, et interroger l'histoire de sa famille, et nous avec: qu'est-il advenu de son petit frère Mattias, le bébé qui parfois remonte dans ses souvenirs? Qui est cette vieille dame dont Thelma rêve, au début du film? Pourquoi sa mère est-elle en fauteuil roulant? ...Et quel est le pouvoir de Thelma, car il est très clair qu'elle a don plus que surprenant!

Ah, aussi, j'ai failli oublier: pourquoi le film commence-t-il par une effrayante scène de partie de chasse dans les bois, dans la neige et sur la glace, durant laquelle le père de Thelma, alors fillette, cherche à la tuer?

...C'est tout en douceur, mais avec un oeil cinématographique très sûr, que Joachim Trier effectue le meilleur de son film: poser, jalon après jalon, les conditions d'une interrogation pour le spectateur. Les données viennent incidemment, les unes après les autres, au gré des conversations, et les informations qui sont glanées n'ont jamais le même sens, ou la même dose de sens. On apprend par exemple qu'elle a été élevée par des parents très chrétiens, ce qui ne semble poser aucun problème, mais on se rendra compte plus tard que ce sont des fanatiques... Le rapport entre Thelma et Anja apparaît très vite comme complice, mais n'a-t-il pas été, en quelque sorte, provoqué? Anja et son affection ne sont-elles qu'une manifestation collatérale du désir de Thelma? Trier manipule très bien toutes ces interrogations, qui changent la perspective du spectateur en même temps que celle de son personnage principal; et Eili Harboe est formidable dans le rôle principal, où elle fait parfois penser à Irène Jacob dans La double vie de Véronique, de Krzysztof Kieslowski. Et Trier jongle avec les idées récurrentes (une caméra située en hauteur, qui va ensuite chercher Thelma avant de se rapprocher d'elle) et les motifs riches de sens (le lien constant de Thelma avec tout un bestiaire, qui ne prend du sens que plus tard dans le film: serpent, cerf et oiseaux surtout)...

C'est quand les réponses commencent à arriver, et que Trier doit donner du sens à son film, que ça se gâte... Un peu: quand un critique se plaint d'un excès de charge sur le catholicisme (il travaille à Télérama, on ne s'étonnera donc pas trop), je pense qu'il se plante dans les grandes largeurs: même symboliquement, la cible de Trier est justement le fanatisme, et la façon dont il s'implante même à l'insu de la personne. Thelma est malade, non de la foi de ses parents, mais bien de leur fanatisme... Mais c'est surtout la façon dont tout se précipite, un peu trop concentrée, qui fait problème. La résolution pour sa part est rapide aussi, mais a l'avantage de tourner, en quelque sorte, au happy-end. Ca fait du bien, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Fantastique Joachim Trier
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 17:51

Dans les années 20, dans les quartiers miséreux de Paris pour citer un intertitre, une jeune femme est exploitée sans vergogne par sa maman, tenancière d'un bouge infernal, qui l'oblige à danser avec les clients... Elle s'enfuit et se retrouve sans rien à Paris, où une vendeuse d'un magasin de couture la repère et lui suggère de devenir mannequin. C'est rapidement chose faite et elle est vite repérée par un peintre...

Ce petit film de deux bobines est essentiellement une oeuvre promotionnelle des couturiers de Paris, qui souhaitaient faire connaître le petit monde de la profession, et se proposaient d'utiliser le cinéma afin de toucher le plus large public possible. Le mélodrame est vite oublié, et le drame n'arrive jamais, parce que Lekain s'est vu fixer un objectif de représenter au maximum le glamour de la mode... Sans surprise, c'est aussi très anecdotique et pas exempt de remplissage... Sans parler le fait que la morale de la chose est douteuse, avec sa vision des pauvres qui en fait d'affreux bandits... On n'est pourtant pas chez Gaumont!

Incidemment, Lekain a justement travaillé chez Gaumont, en particulier dans le cadre de ses collaborations avec son ami Gaston Ravel dont il a été l'assistant, le décorateur et même le co-réalisateur sur de nombreux films (dont le très bon Figaro).

Ce court métrage est visible sur la plateforme Henri, de la Cinémathèque Française.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 14:19

Onésime doit voir sa fiancée, Pétronille; celle-ci travaille pour Mademoiselle Badinois et sa maîtresse vient de recevoir une tenue affriolante: Pétronille décide de braver l'interdit et met la robe et le chapeau... Ceux-ci vont subir tous les outrages possibles, de l'eau savonneuse au feu! 

C'est du burlesque de grimace, un genre dont j'avoue ne pas être friand, et Ernest Bourbon (Onésime) et Sarah Duhamel jouent la farce avec absolument zéro subtilité. Mais le film reste intéressant par l'importance qu'il donne au vêtement, et aussi parce que comme tout bon film Gaumont de l'époque, force reste à la bonne morale bourgeoise: quand la patronne de Pétronille s'aperçoit de ce qui est arrivé à ses habits, la bonne passe un mauvais quart d'heure... Léon Gaumont a certainement été satisfait.

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Published by François Massarelli - dans Jean Durand Muet Comédie
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 14:13

Un inventeur qui s'apprête à révolutionner le monde de la communication en créant un visiotéléphone néglige un peu trop sa fiancée, celle-ci décide de lui faire une farce, il l'appelle et... la voit en compagnie d'un homme!

C'est une gentille farce, qui se moque gentiment des scientifiques en imaginant un dispositif délirant qui va permettre à la facétieuse fiancée d'obtenir une petite vengeance bien innocente... A base de déguisements, bien sûr, confirmant l'intérêt du cinéma de ces années d'innocence pour le vêtement et les apparences.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 12:10

Eté 1929: Irene Redfield (Tessa Thompson) vit à New York; il fait épouvantablement chaud, et en prenant un taxi, elle décide de se rendre au prestigieux hôtel Dayton pour y rendre le thé... Là, elle rencontre un couple, dont la femme semble s'intéresser à elle, mais elle ne la connaît pas. Ou plutôt elle ne la reconnaît pas: car 12 années auparavant, elles étaient en classe ensemble. Et c'était à Harlem car Irene et Clare (Ruth Negga) sont toutes deux Afro-Américaines, même si cette fois, pour la seule fois de sa vie, Irene a tenté un coup de poker en venant sans se faire repérer s'installer à une table du très select établissement, et même si Clare est mariée à un homme d'affaires, John Bellew (Alexander Skarsgaard), qui n'a pas la moindre idée que sa femme est une...

Ici aurait du se placer un terme péjoratif, utilisé à tort et à travers dans une courte mais très instructive conversation: car John Bellew est raciste, son épouse le mène en bateau et il n'a pas la moindre idée que cette femme qu'il a sous les yeux puisse être autre chose que blanche. La situation est suffisamment malsaine pour que Irene prenne la décision de ne jamais plus revoir son amie. Et pourtant, elle se reverront car Clare, lassée de mentir, se sent bien auprès de gens avec lesquels elle peut enfin être elle-même... Pour Irene, qui souhaite ne pas faire de vagues, et profiter d'un bonheur simple et fragile à l'écart de la ségrégation, mais qui est attirée de plus en plus inéluctablement par cette ancienne amie qui pourrait être beaucoup plus, le drame est inévitable.

Rebecca Hall a décidé d'adapter le roman de Nella Larsen en situant le style du film en 1929 également: ça passe donc par un cadre de 1929 (1:33:1), des lentilles typiques de ce qu'on utilisait à l'époque, et un noir et blanc d'une grande beauté. Elle ne se livre quasiment à aucun mouvement d'appareil, en tout cas aucun mouvement inutile (façon "il est beau mon paysage de Nouvelle-Zélande", suivez mon regard) Elle a aussi choisi de ne pas se livrer à la reconstitution entièrement faite des clichés en vigueur, a musique est donc utilisée avec beaucoup de soin, et un certain nombre de parti-pris dont elle ne déroge jamais. Il faut par exemple attendre d'arriver au bout d'une dizaine de minutes à Harlem pour entendre des instruments, et le jazz est utilisé en contexte: lors d'une soirée de fête d'un "negro circle" dont fait partie Irene. Enfin, le choix de situer l'action en 1929 est souligné par une lente introduction, dans laquelle le spectateur, en caméra subjective, se retrouve tout à coup en 1929 et a du mal à faire le point... Un moyen un peu naïf, complété par un final dans lequel la neige contribue à éloigner le public progressivement, pour permettre toutefois au spectateur de s'interroger sur l'actualité des comportements qui nous sont montrés...

En effet, nous ne sommes pas seulement confrontés à la ségrégation. L'attitude particulièrement hostile de John Bellew, dont je ne doute évidemment pas qu'à part son racisme ("I hate them", dit-il des noirs, avant de prétexter les stupidités habituelles, crime et délinquance), c'est probablement un brave type, est contrebalancée par le fait qu'un certain nombre d'excentriques blancs, et notamment des bourgeois, se font remarquer lors des fêtes organisées par le cercle d'Irene. Celle-ci, d'ailleurs, si elle n'ignore pas le racisme des blancs (il motive sa peur dans la première séquence), ne souhaite pas en rester là: elle demande à son mari de ne pas revenir constamment à la charge sur les lynchages dont il parle constamment à leurs deux garçons. Elle voudrait, semble-t-il, vivre en toute quiétude son bonheur fragile: mariée à un médecin, deux enfants, une bonne. A Harlem, ce sont, eux-mêmes, des représentants de la bourgeoisie. Donc d'un côté, le racisme et ses manifestations sont une occasion de mettre ce bonheur en danger, et de l'autre les revendications des Afro-Américains, soit d'avoir légalité, soit comme Clare de se faire passer pour blancs, sont absurdes et dangereuses...

A cette intrigue d'identité ethnique vient se mêler une autre quête, celle d'une identité sexuelle qui n'est pas développée jusqu'au bout, mais apparaît comme un contrepoint. Le fait que non seulement Irene désire Clare, mais qu'en prime elle soit jalouse des attentions de son propre mari envers son mari, complique en effet la donne et complique du même coup le film: ça l'alourdit. Non que ce ne soit pertinent, mais surtout ça n'agit que sous la forme d'un symbole: pas difficile de voir, derrière chaque personnage et chaque désir, un commentaire sur la difficile condition d'un Afro-Américain: derrière Clare, la tentation de "passer", soit se faire passer pour blanc, au risque de l'aliénation culturelle; derrière le mari médecin mais soucieux de transmettre la peur du racisme à ses enfants, une sorte de lucidité revendicatrice; derrière Irene, enfin, la tentation, soit de faire la sourde oreille à tout, soit de faire comme son amie...

Le film reste actuel, et a été motivé par la façon dont cette thématique semble survivre à tout: l'existence de ces cercles ou associations, déjà vivaces dans le Nord à cette époque, et qui vont trouver un écho favorable dans le mouvement pour les droits civiques; les revendications des années 50 et 60, qui vont porter leurs fruits; l'émergence de fait d'une classe moyenne noire, dans les années 60; l'obtention de l'égalité dans la loi, l'égalité des opportunités et même l'accession des noirs aux postes-clés: mairies, gouverneurs, sénateurs, ministres, président... Mais malgré toutes ces avancées, les noirs doivent encore et toujours se situer par rapport aux blancs, ce que l'Amérique de Trump a confirmé durant quatre ans, et que la nouvelle obsession inquiétante pour le racisme anti-blancs, ce mythe pour sous-développés du bulbe, souligne de façon plus forte encore.

Si le film, très austère malgré sa beauté, n'est pas la perfection incarnée, il est suffisamment troublant et intrigant, par son sens aigu du détail (vêtements, bruits, tout compte ici), son utilisation inventive du point de vue, et le jeu tout en passion de Tessa Thompson, et tout en excentricité de Ruth Negga. En attendant qu'on puisse le voir autrement, il est disponible sur Netflix...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 11:34

Un mystérieux pirate des airs, Filibus, est un voleur de bijoux hors pair, c'est bien simple, toute la police est sur les dents... Une solution s'offrirait à eux, car comme les Américains de 1950 auxquels ce conseil était prodigué, il leur suffirait sans doute de scruter le ciel... Et aussi de se méfier de leurs préjugés, car ils cherchent un homme, alors que Filibus est...

La baronne de Croixmonde (Valeria Creti) s'intéresse beaucoup aux nouvelles concernant Filibus, encore plus au nouvelles concernant les bijoux, plus ils sont précieux, meilleur c'est. Elle accuse publiquement l'inspecteur Kutt-Hendy (Giovanni Spano) d'être Filibus et entend bien le prouver: cela ne sera pas facile, puisque c'est elle, Filibus! ...Mais elle va essayer, et du même coup, rafler des bijoux, bien sûr, et accessoirement manquer de séduire une fort séduisante jeune héritière: la propre soeur (Cristina Rupoli) de Kutt-Hendy!

Voilà un film qui n'est pas banal. On pourrait tout de suite se dire qu'il est un succédané des Fantômas, les 5 films de Feuillade plus que les romans de Souvestre et Allain. Mais il y a une tentation de gravité chez Feuillade, et une tendance à toujours vouloir rester un pied solidement ancré dans la morale, qui ne se retrouveront pas dans le film de Roncoroni, et pour cause: l'héroïne, clairement, est la voleuse. Et même si la police et les braves gens ne sont pas ridiculisés à tout bout de champ, ils sont souvent des obstacles...

Le film porte plus, selon moi, l'héritage des films Eclair de Victorin Jasset, et leur baroque assumé. Il y a du Protea dans Filibus, d'ailleurs le dernier film de Jasset était déjà marqué par un aspect furieusement parodique... Et tout ici est surtout du plaisir, le plaisir d'accompagner une criminelle sur les lieux de ses exactions, et parfois de frissonner avec elle: une séquence est très claire, et installe un suspense qui nous met totalement du côté de Valeria Creti: Filibus arrive sur les lieux d'un méfait en passant par le balcon, et la caméra la capte depuis la chambre. Elle entre puis ressort et disparaît sur le côté; un policier entre dans le champ par la gauche, et instantanément, nous craignons pour la voleuse, le policier est devenu une menace...!

Une menace bien inefficace, du reste car personne ne s'apercevra que ce bandit masqué, aux moyens bien singulier (c'est un peu un Capitaine Nemo des airs mis sans son exil ronchon, avec des employés casquettés et en uniforme!), ou le jeune comte moustachu qui s'introduit chez Kutt-Hondy pour courtiser sa soeur, sont en réalité une femme, et bien connue par-dessus le marché!

Car Valeria Creti est fantastique, dans un rôle qui requiert une grande crédibilité, et à la fois une féminité assumée ainsi qu'une ambiguité sexuelle marquée. Maintenant on fait grand cas de la présence potentielle d'une intrigue lesbienne dans ce film, il est sans doute aussi possible d'expliquer la présence d'un flirt entre Filibus (sous le déguisement du jeune comte) et Leonora comme un moyen pour la criminelle masquée d'affirmer son déguisement, tout en se livrant à un petit tout pendable pour se payer en secret la tête de son adversaire... 

Mais de fait, voilà un film qui repose sur non une glorification du crime, mais une admission du fait que oui, ça peut être fort distrayant, un bandit qui commet des méfaits... Un film qui repose sur des tromperies élaborées, des déguisements, de la technologie futuriste, et qui nous intéresse aussi fortement à la volonté d'une femme, de damer le pion à ces messieurs... Et en plus, c'est fort bien interprété, d'une clarté narrative accomplie, drôle, et relevé. Bref: un film formidable de 1915!

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Muet Noir **
6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 17:34

Schenström et Madsen, le grand dépendu et le petit pas si malingre, vivent dans un petit appartement à Copenhague en face de deux jeunes femmes avec lesquelles ils ont une complicité de voisinage: pour rien au monde ils ne manqueraient ces conversations d'une fenêtre à l'autre, qui tournent parfois à un concours farfelu de mimes... Madsen, qui rend parfois des services à la voyante qui habite sur leur palier, apprend de cette dernière qu'il va probablement devenir riche, et trouver l'âme soeur, mais pas avant d'avoir triomphé d'un ennemi redoutable. Pour ce dernier, il est vitre trouvé, c'est un voisin irascible qui habite le même étage. Mais un avocat lui annonce qu'il va hériter la fortune considérable d'un Américain excentrique...

Sorti en décembre 1929, à l'heure où le cinéma du monde entier s'adonnait aux joies étranges du parlant, du balbutiant, du chantant, du bêlant, du bégayant, ce film a le bon goût d'être muet, une situation qui va durer pour Carl Schenström, Harald Madsen et Lau Lauritzen jusqu'à la sortie en mars 1932 de leur dernier long métrage silencieux, I kantonnement, réactualisation du burlesque troupier. Ce film qui nous occupe est assez typique, dans la mesure où l'intrigue, simple comme bonjour et traitée de façon linéaire avec suffisamment de quiproquos et de confusion pour maintenir l'intérêt, permet aux deux acteurs de faire exactement ce pour quoi ils sont devenus des superstars mondiales en leur époque: des numéros physiques, un authentique ballet de pantomime de haute voltige, dans les situations suivantes:

Ils sont vendeurs de bananes sur la côte, et attendent leurs clients sur un radeau et risquent en permanence de se retrouver à l'eau; comment piquer le petit déjeuner du voisin quand il pourrait sortir à n'importe quel moment et vous coller une baffe terminale? on les verra en hommes-sandwiches, déguisés en hommes de la bonne société pour vendre des vêtements, mais s'efforçant de ne jamais montrer leur dos à leurs fiancées, car on y lit la réclame du magasin, et elles ne sont pas au courant qu'ils sont fauchés... Puis on les retrouve aux prises avec des fantômes dans un souterrain! C'est vivace, bon enfant, assez typique de Lauritzen et de ses productions élégantes tournées sur la côte en plein été, avec des jolies filles, dont Nina Kalckar et Marguerite Viby (ici de droite à gauche), qui une fois n'est pas coutume, diront toutes les deux "Oui" à la fin...

 

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Published by François Massarelli - dans Schenström & Madsen Lau Lauritzen Muet Comédie 1929 *
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 18:19

Marc Marronnier (Gaspard Proust) se marie, et trois plus tard divorce. Il en résulte un livre, qui s'appelle L'amour dure trois ans, qu'il a signé d'un pseudonyme, Feodor Belvedere.

Il aime une jeune femme (Louise Bourgoin) mais ne peut se résoudre à lui avouer qu'il a écrit un best-seller basé sur une négation de l'amour...

Ils se réconcilient, se fâchent, ont des amis qui s'aiment (Frédérique Bel) ou pas (Joey Starr), et vivent dans un microcosme très Parisiano-Canal + (celui d'avant le fascisme médiatique à la Bolloré-Zemmour), bref, dans un milieu probablement fréquenté par Frédéric Beigbeder... Celui-ci s'est d'ailleurs amusé à se placer partout, à faire jouer Gaspard Proust un clone de Beigbeder, et comme il savait que les coutures de son film se verraient, il a tout fait pour que les coutures se voient encore plus: adresses directement au public, digressions, chronologie inversée...

Quant à moi, je renonce: l'amour dure peut-être trois ans, mais ce film étrange et mal foutu dure 95 minutes.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 17:52

L'arpète, nous dit le Larousse, est un terme désuet qui désignait un apprenti, terme qui est resté un peu plus longtemps utilisé dans le monde de la couture: un(e) arpète, c'est donc le plus souvent une jeune couturière en bas de l'échelle... Et c'est exactement ce qu'est Lucienne Legrand, dans le rôle de Jacqueline: une apprentie qui rêve à égaler le patron, un jour... En attendant, elle ne rate pas une occasion de se distinguer: elle essaie les robes de la maison Pommier où elle travaille, robes qui lui vont d'ailleurs bien, et file en douce pour aller acheter un petit goûter pour tout l'atelier... Un jour qu'elle se fait pincer, Pommier l'oblige à jouer une cliente, pour appâter un Américain qui fait le difficile. Ca marche tant et si bien que le monsieur est fou de cette belle cliente qui prétend avoir ses entrées dans les ambassades...

Ce qui n'est pas du tout du goût de Jules (Raymond Guérin-Catelain), le peintre, avec lequel elle vit à Montmartre: il est noceur, mais il a de la morale, et ce qu'on propose à Jacqueline, ça ressemble quand même à une forme de prostitution, il y a donc de l'eau dans le gaz, non seulement entre Jacqueline et Pommier, mais aussi entre Jacqueline et Jules... Et comme pour ne rien arranger le riche Américain n'est autre que le père de ce dernier, vous comprendrez qu'il y a 1) du grabuge et 2) comme qui dirait une impossibilité de résumer ce film sainement!

Donatien, arrivé en cinéma presque sur un coup de tête, a réalisé une vingtaine de films, dont les deux tiers nous dit-on seraient perdus. Beaucoup d'entre eux sont l'occasion de présenter à son avantage son épouse et collaboratrice Lucienne Legrand, peintre, modèle, actrice, etc... Une actrice qu'on attend en Catherine Hessling et qui vaut bien mieux que ça. Parfois desservie par un script qui part volontiers dans tous les sens, elle donne de sa personne avec un bel entrain... Et Donatien, lui, n'est ni Renoir ni L'Herbier ni Gance: auteur de films aux titres aussi divers que Miss Edith, duchesse, L'île de la mort, Mon curé chez les pauvres et (mais vous l'aurez anticipé) Mon curé chez les riches, et Le château de la mort lente, il se rêvait sans doute un peu en Ernst Lubitsch Parisien, mais n'était pas aidé par le fait que la culture Parisienne ne pouvait pas s'exporter aussi facilement. Et si son film se passe dans le milieu de la mode, il multiplie de façon parfois étonnante les digressions (une bobine consacrée à une soirée des quat'zarts qui est un prétexte à déshabillages intensifs), et les non-sequiturs, passe d'une lecture fine et ironique du milieu de la mode à des remarques d'une désespérante franchouillardise ("c'est du vin français, il ne peut pas faire de mal", une remarque dont on aimerait dire qu'elle est antédiluvienne, hélas elle doit encore probablement encore s'entendre dans notre étrange pays)... On introduit Jules comme "le fils adoptif" de Jacqueline... avant de les voir se jeter l'un sur l'autre, ce qui est pour le moins gênant.

Plus étrange encore: Lucienne Legrand, que Donatien rêvait en star comme s'il était Hearst et elle Marion Davies, a été dirigée dans le rôle d'une jeune apprentie, mais elle fait son âge. Et elle garde intact un certain pouvoir de séduction, ainsi qu'une belle énergie, et le fait de ne pas, mais alors pas du tout, avoir froid aux yeux: elle est quasiment nue durant une bobine entière, uniquement habillée d'une hypothétique ceinture de chasteté et d'une perruque blonde... Et réussit à ne pas être (trop) ridicule.

Bref, de fait, c'est un film qui est probablement assez peu digne, mais qui ne  ressemble à rien de ce que j'aie vu auparavant, d'une part. Et d'autre part, dans la troupe de Donatien, il y avait l'immense Pauline Carton, et il me semble que ça c'est quand même un signe d'intelligence...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Muet Comédie *