Ce court métrage très rare est une curiosité, à plus forte raison parce qu'on n'est pas très sûr de sa raison d'être!: Flaherty, le fameux documentariste aux méthodes proches de la fiction, y effectue un exercice en vogue à l'époque, assez proche de ce que ferait Walter Ruttmann dans Berlin, symphonie einer Grossstadt: un poème d'images sur New York, dont le titre provient de la légende selon laquelle New Amsterdam aurait été fondée par les Hollandais sur l'île de Mahnattan après l'avoir payé 24 dollars aux Indiens locaux...
Sorti en septembre 1946, c'est sans doute un film tardif dans le cycle, pourtant tout lie Cloak and dagger à Man Hunt, Hangmen also die, et Ministry of fear, les trois films de propagande réalisés en 1941, 1942 et 1944 par le réalisateur. Tous parlaient de prise de conscience et de décisions de résistance, face à l'hydre du nazisme. L'intention de Lang était cette fois de permettre au film un lien avec le futur, et l'âge de l'atome, mais la production en a décidé autrement...
1944: Alvah "Al" Jesper (Gary Cooper) est un physicien de renom, que l'OSS (Organisation services secrets) va embaucher en tant que spécialiste pour récupérer deux scientifiques contrôlés par les nazis et les fascistes en Europe et dont les recherches pourraient accélérer les connaissances des puissances de l'axe en matière de bombes atomiques. Il se rend à Zurich pour y récupérer le professeur Katerin Lodor, mais elle lui échappe, et c'est le début d'une course à travers l'Europe, entre la Suisse et l'Italie, pour récupérer l'autre professeur...
Ca commence en bon film de Lang, par une opération vue de nombreux points de vue, avec l'usage des figures Langiennes habituelles: signes, suspense, les inquiétantes visites nocturnes... Puis, bien plus que sur les trois films de propagande précédents, le metteur en scène va s'amuser avec l'accumulation de péripéties improbables dans lesquelles Gary Cooper, espion de circonstance, et pas forcément particulièrement doué, va se perdre et se débrouiller tant bien que mal. Et c'est à la fois plus léger que les autres films, et sans doute très Hitchcockien, comme si une évolution du cinéma faisait tout à coup passer Cloak and dagger entre The 39 steps et, disons, Saboteur ou même Torn curtain (avec lequel d'ailleurs Cloak and dagger comprend plus d'un troublant point commun).
Alvah, profane de choc placé malgré lui dans une situation qui le dépasse, a pourtant une longueur d'avance sur les héros des trois films mentionnés plus haut: il est, lui, volontaire pour se prendre des tuiles et se mettre en danger! Le film, dont le titre est une allusion à l'expression utilisée pour désigner familièrement le monde de l'espionnage, est sans doute le plus romantique des quatre, et pour cause: la guerre est finie, d'où une position paradoxale. Néanmoins, le temps d'un film, Lang relance les conflits, se permettant de nouvelles figures de style, parmi lesquelles l'une des plus notables est l'intrusion (impensable en temps de guerre) d'un personnage de femme Américaine que les sympathies nazies ont transformé en espionne de première classe...
Mais pour la production, il s'agissait de rendre hommage au travail accompli par les services secrets durant la guerre pour effectuer un lien avec les différentes Résistances locales; pour Lang, il fallait plutôt retourner sur le terrain et aller voir si on n'était pas confronté à une fuite du nazisme vers d'autres cieux, puisque il souhaitait montrer qu'après la guerre, une sorte de continuité s'était effectuée entre l'Allemagne d'Hitler, et l'Espagne ou l'Argentine... Une vision pessimiste que la production n'a pas souhaité laisser s'exprimer, faisant de ce petit film d'aventure, au moins, une impeccable intrigue romantique à souhait, où Gary Cooper et Lilli Palmer volent la vedette à la Résistance de la plus belle des manières...
...Et si la machinerie de guerre des Américains, durant la guerre froide, avait un problème, un de ces petits soucis techniques inattendus qui peuvent précipiter le chaos plus sûrement qu'un canon à Fort Sumter? Et cette fois, que ce soit bien clair: un pur incident technique, pas la volonté d'un homme interne au système et devenu fou par anticommunisme: car en dépit des ressemblances troublantes (Politique fiction même noir et blanc sec, même compagnie, même structure chorale), Fail safe n'est pas Dr Strangelove, ce n'est en aucun cas une farce.
Non que Strangelove soit à minimiser, bien entendu, mais la volonté de Kubrick était d'offrir un gigantesque défouloir, alors que ce film entend nous faire peur, en détaillant de façon clinique, aussi froide que possible, les étapes d'une apocalypse qui n'en est que plus terrifiante. Et ces étapes sonnent tellement justes, y compris plus de cinquante années plus tard (avec un Trump à la Maison Blanche, qu'on nous protège des soucis techniques!), qu'il atteint sans problèmes son but... Bref, les événements qui se succèdent ici, mais aussi leurs commentaires idéologiques, sont terrifiants.
Tout commence un jour normal, dans une atmosphère généralisée de Guerre Froide dans les milieux du commandement Américain. Une délégation, contenant un sénateur, est reçue par une base du Nebraska où sont supervisés les avions de la défense aérienne des Etats-Unis, et un événement inattendu se produit, alors qu'un technicien est en train de changer un fusible... Un avion inconnu est repéré, toute la défense se met en branle. mais quand il est éclairci qu'il ne s'agit pas d'une attaque Russe, un avion reste en route pour bombarder Moscou.
La façon dont la chose va être analysée est disséquée, vue du point de vue d'un certain nombre de protagonistes: la base initiale, mais aussi le Pentagone, où siègent en particulier le professeur Groeteschele (Walter Matthau), un spécialiste de la guerre froide au cynisme à toute épreuve, et le secrétaire de la défense, plus mesuré; les autres "lieux" importants sont l'avion en route pour Moscou (dont les membres d'équipage sont conditionnés à refuser tout contrordre, bien sûr), et bien sûr la Maison Blanche où le président (Henry Fonda) va surtout prendre l'initiative de mener des négociations avec le Premier Soviétique, dans une conversation téléphonique de longue haleine...
Si les hommes ici présents se divisent en fanatiques anti-communistes (dont Groeteschele représente sans doute la parfaite incarnation en scientifique mesuré et pragmatique), et humanistes (tel ce général qui se fait railler pour avoir tendance à adopter un profil de pacifiste, prônant toujours une ligne ouvertement douce), ce qui est frappant, c'est à quel point les hommes réagissent dans ce film: les uns ont le sentiment de perdre leur humanité en trempant malgré eux dans une horreur sans nom, les autres sont très rapides à assumer la situation: quand la décision est prise d'offrir "en échange" de Moscou le bombardement de New York, Groeteschele calcule le nombre de victimes à prévoir comme on rédige une liste de courses...
Avec son dispositif impressionnant, et qui trahit de façon évidente l'efficacité d'un metteur en scène venu de la télévision, Lumet obtient un réalisme troublant, basé sur très peu d'effets, et sur une tension phénoménale. La distribution a son rôle à jouer, bien sûr, et de fait les acteurs ont été admirablement choisis. Les deux les plus connus sont indiscutables, et le relatif anonymat des autres joue en la faveur du film. ...Après la vision duquel je conseille de se jeter sur n'importe quelle comédie musicale, pour faire passer.
Dans une hypothétique société du futur, un policier fait son travail... morne: le monde est désormais dominé par une matrice, un oeil central auquel chacun est connecté, et enquêter sur une mort suspecte est totalement facile: il suffit de charger les "souvenirs" de la victime; et on trouve le coupable ou les circonstances inconnues du décès. Et trouver une identité est devenu facile, puisque les gens autour de soi sont tous affublés d'un déroulant contenant leurs noms et prénoms... Seulement une série de meurtres peu banals est perpétrée: les souvenirs des victimes ont tous été altérés, et la mort est vue du point de vue du tueur... Comme l'inspecteur Sal Grayson (Clive Owen) a croisé le jour d'un de ces meurtres le chemin d'une mystérieuse inconnue (Amanda Seyfried) sans identité, dont les images se sont ensuite détruites dans son souvenir, il est intrigué...
Ce qui était mon cas aussi: je le dis depuis quelques années, Andrew Niccol peut être un auteur remarquable, et pas qu'en tant que scénariste (The Truman Show, de Peter Weir); et l'un de ses points forts est d'imaginer des mondes tangibles à quelques encablures de notre société, quitte occasionnellement à retourner à l'époque contemporaine et à son effrayante technologie quasi-futuriste: Lord of war et Good Kill sont ainsi deux films qu'on ne pourra qualifier de science-fiction... Mais Niccol n'est pas infaillible non plus, en témoigne The host, cet étrange film longuet, aux émois adolescents et au prétexte rébarbatif un poil trop gloubi-boulga: des aliens prennent nos corps, mais l'un d'entre eux devient l'ami d'une âme humaine qui fait de la résistance!
Anon est à la croisée de toutes les tendances de l'oeuvre, à la fois un film futuriste reposant sur un gimmick technologique fort (comme Gattaca, InTime voire SimOne), une oeuvre vaguement visionnaire (Gattaca, Truman) en même temps qu'un film à thèse (Lord of war, Good Kill), le problème étant que s'il ne retient qu'une seule chose de The host, c'est... la tendance franche au ridicule.
L'idée de révéler in fine, dans cette société dématérialisée transformée en un facebookinstagram géant, qu'il y est considéré comme plus grave par les autorités de vouloir échapper aux radars que de vouloir commettre des meurtres, est bien sûr intéressante, et c'est la clé du film, dont la belle hackeuse devient une sorte de Robin des bois plus solitaire que jamais; mais il y a ici une manière de faire, et une direction d'acteurs notamment, qui est presque révoltante, tant le mot d'ordre a été d'étouffer toute émotion. Chaque geste devient mécanique, chaque expression vide, et honnêtement on souffre pour Clive Owen qui ressemble dans chaque scène à une planche à repasser. Au moins, InTime nous amusait avec ses deux Robins du Temps. Pas celui-ci qui est un film tout rabougri dont la principale qualité est de ne pas essayer trop longtemps d'être un film très prétentieux à la Christopher Nolan, ou un épisode raté de Black Mirror...
Tout commence, presque, au royaume de la comédie. Un titre nous annonce qu'on est en "sunny California", mais il pleut! Fred McMurray interprète Clifford Groves, fabricant à succès de jouets de qualité, tout excité à l'idée de lancer son petit dernier, un robot bien dans l'air du temps. Il rentre chez lui, tout à la joie de faire un beau cadeau à son épouse pour son anniversaire: il emmène Marion (Joan Bennett) au théâtre, pour la première fois en trois ans! ...sauf que e ne sera finalement pas le cas: Marion a autre chose à faire, et elle ne peut se décommander. Chez Clifford, tout le monde a mieux à faire que de s'occuper du pater familias... Et c'est justement ce moment qu'a choisi Norma Vail (Barbara Stanwyck) pour prendre contact avec son ami qu'elle n'a pas vu depuis 20 ans. Clifford lui propose de partager l'opportunité d'une soirée au théâtre, et ils passent la soirée ensemble...
Si vous pensez qu'on sait où ça va à partir de là, ce serait trop facile: Clifford va innocemment laisser Norma entrer dans sa vie de nouveau, allant jusqu'à l'inviter chez lui pour qu'elle rencontre son épouse. Et si Norma a clairement des arrières-pensées, elle les garde pour elle, jusqu'à un certain point. Non, Sirk nous montre avec adresse, et contrairement à ce que le début nous faisait penser, avec gravité, le développement inattendu d'une histoire d'amour indéniable, qui débouchera sur plus de frustration que d'adultère. Le tout est vu plus du point de vue des enfants, notamment Vinnie, l'aîné, qui est scandalisé par ce qu'il croit être une aventure en bonne et due forme. Mais la rencontre de la famille avec Norma va ouvrir les yeux de tuot ce petit monde, et engendrer des regrets (Clifford), des changements de comportement (les enfants qui commenceront enfin à s'intéresser à leur père), et le tout sans que Marion ne s'aperçoive de rien!
Ce beau film en demi-teinte est une nouvelle preuve éclatante du talent de Sirk pour sonder l'époque des trente glorieuses Américaines, et pour s'immiscer dans les intérieurs bourgeois de ces classes moyennes blanches et bien nourries. Et l'idée de confronter McMurray et Stanwyck, onze années après leur rencontre mémorable sur Double indemnity, prouve que l'alchimie n'est parfois pas un vain mot... Le film a aussi l'intelligence de nous montrer l'échec d'un adultère sans aucune moralisation ni aucune diabolisation. Tout au plus souligne-t-il de façon délicate qu'il est beaucoup question de jouer entre les deux protagonistes, comme si tout ceci n'avait finalement pas tant d'importance... Loin des films flamboyants aux couleurs délirantes, cet opus en noir et blanc n'en reste pas moins une exploration fine des sentiments.
Comme une pause fun entre deux films-fables autour de l'histoire et de la Guerre d'Espagne, ce Hellboy fait semblant lui aussi de prendre sa source dans l'Histoire avec un grand H, alors qu'il vient beaucoup plus de la fantaisie pure des comic books de Mike Mignola: car l'intrigue concerne, quand même, un démon des enfers, surnommé donc Hellboy, et invoqué en 1944 par une troupe de nazis, dont un immortel avec une tenue à la Darth Vader, avant d'être intercepté et élevé par une brave troupe d'alliés...
Le film ne fait jamais la bêtise de perdre son humour, et ne perd vraiment son intérêt que quand les CGI sont utilisés avec excès pour créer des monstres d'une laideur absolue (nous sommes donc arrivés à l'âge de la tentacule dégoûtante). L'intrigue ou ce qui en tient lieu, écrite par del Toro lui-même, est parfaitement fonctionnelle et permet au réalisateur de se laisser aller à ses figures imposées, notamment en mettant le monstre du film (Ron Perlman, en pleine forme) aux prises avec des hommes, des femmes, un enfant, et des affections. Le démon mal poli et fumeur de cigares parle peu mais n'en pense pas moins, et voit rouge quand des chatons sont en danger... et surtout, il adore exploser les nazis.
Sinon, il est flanqué d'un copain de bureau, autre créature fantastique, qui est une sorte de mutant aquatique, et qui possède un certain sens de l'humour. Il est, surtout, autant une réminiscence (The creature from the black lagoon) qu'une préfiguration de la créature ultra-sensible et muette de The shape of water...
Poursuivant avec ce film son étude des moeurs de la société Américaine blanche des glorieuses années 50, Sirk s'attaque avec cette daptation d'un roman à succès à la famille... Au Texas, la famille Hadley est réduite à trois personnes, mais la réussite du père (Robert Keith) dans le domaine du pétrole leur a permis non seulement de régner sur toute une localité, mais aussi de lui donner leur nom. Outre le père, donc, Jasper, on y trouve Kyle (Robert Stack), le fils, et la benjamine Merrylee (Dorothy Malone). Le père se fait vieux et sait qu'il va devoir passer le flambeau, mais Kyle, alcoolique et volage, n'est pas à ses yeux aussi efficace que l'ami de la famille, Mitch Wayne (Rock Hudson). Merrylee, qui aime Mitch mais sans que ce soit réciproque, couche avec tout le comté et enchaîne les scandales...
C'est dans ce contexte que Kyle et Mitch, lors d'un voyage-éclair à New York, rencontrent une jeune femme qui travaille pour la compagnie: quand il voit Lucy Moore (Lauren Bacall) pour la première fois, Kyle a le coup de foudre. Mais elle n'accepte pas d'être une conquête de plus, et il l'épouse... Au grand désespoir de Mitch. Seulement les jalousies de l'étrange rectangle amoureux Mitch-Merrylee-Lucy-Kyle vont prendre une tournure inquiétante quand Kyle, qui se croit stérile, apprend de la bouche de Lucy qu'elle va effectivement avoir un enfant...
Dès le départ, Sirk utilise le générique pour installer le drame sans temps morts: il nous montre Kyle, saoul au volant d'une voiture, arriver à la maison des Hadley, Lucy couchée et sous le choc, qui se lève et court en panique dans la maison, Merrylee calfeutrée dans sa chambre qui observe de loin, les domestiques qui eux écoutent aux fenêtres, et enfin Mitch qui veille sur Lucy. A la fin de cette séquence, un coup de feu, et Kyle sort de la maison avant de s'écrouler, raide mort... Une ouverture dynamique en forme de grand final d'un mélodrame, donc, et un prétexte à un flash-back... De quoi colorer les premières scènes de l'intrigue chronologique, délibérément légères, d'une attente d'événements plus noirs.
La différence entre Kyle, fils à papa au comportement indigne, et Mitch, l'ami de Kyle préféré par le père de ce dernier, est au coeur du film. Sirk y radiographie les effets du rêve Américain et la corruption qui s'en dégage, et en matière de corruption Kyle n'est bien évidemment pas le seul visé, puisque Merrylee vaut le détour! A ce sujet, on est surpris de retrouver Dorothy Malone, dont l'autre rôle mémorable est son apparition en libraire à lunettes qui va manifestement donner, tant innocemment qu'hors-champ, du bon temps à Bogart dans The Big Sleep. Ici, en jeune héritière pourrie de l'intérieur par le statut particulier de sa famille, elle est fantastique, et lors de scènes de l'épilogue, consacrées à un procès, Sirk lui donne quasiment le rôle central, puisque le film comme tant d'autres du réalisateur offre une rédemption à l'un de ses personnages, et c'est à Merrylee que revient cet honneur...
Sinon, bien sûr, le cinéaste a recours à son habituelle palette en Technicolor, s'amusant de contrastes (une chambre d'hôtel majoritairement bleue, dans un hôtel aux couloirs roses) et privilégiant les couleurs primaires pour la famille Hadley. Les deux voitures du frère et de la soeur, des modèles sports, l'un jaune et l'autre rouge, tranchent bien sûr avec l'austère véhicule noir conduit par Mitch. Autant de signes, bien sûr, pour une utilisation flamboyante de la couleur, ce qui n'a pas échappé à Pedro Almodovar. Derrière le mélodrame trash, sur un scénario qui aurait pu être celui d'un immonde soap opera, se cache un film d'une immense beauté, qui ne vous lâchera pas.
A une époque futuriste mais si proche de la nôtre, un scientifique (Robert Redford) a trouvé une solution pour répondre au plus troublant des mystères de l'humanité: y a-t-il une vie après la mort? Il a découvert que oui, sans aucun doute, et l'a prouvé. Il est donc à la fois fêté comme il se doit, mais aussi très critiqué, dans la mesure où la confirmation tant attendue a provoqué une vague de suicides qui ne semble pas pouvoir s'arrêter... Deux ans après ce qu'on a appelé "The discovery" (notez la majuscule), son fils Will (Jason Segel)le rejoint sur l'île où il s'est exilé, au secret, et rencontre une jeune femme mystérieuse, Isla (Rooney Mara), qu'il ne va pas tarder à sauver elle-même d'un suicide. Will, qui doute de la véracité de la Découverte, va se confronter aux recherches de son père et affronter les fantômes de son passé...
Quelle salade! On aime les films de science-fiction à option mythologiques justement pour les clés qu'ils cherchent à explorer sur notre présent, pas dans un futur en carton-pâte, aussi glauque soit-il: Jason Segel, Robert Redford et Rooney Mara s'efforcent du début à la fin de ce film d'afficher autant d'émotions que Gai-Luron dans ses jours de déprime profonde... L'essentiel du tournage a eu lieu en Automne, et les rares tentatives d'humour ou de chaleur humaine sont ostensiblement vouées à l'échec. Le film tourne en rond, attaché à sa grande révélation finale, parfaitement inintéressante et au final, ce gâchis de talents (ce casting!!) n'est rien de plus qu'un film consommable UNE FOIS, bref, un pur produit Netflix.
Lors d'une spectaculaire inondation, aux alentours de Norwich, un couvent doublé d'un hôpital va être le théâtre de passions inattendues: alors que les gens du coin s'y sont réfugiés, alors que les religieuses comme les médecins et infirmières sont en pleine crise, un convoi inattendu arrive: en route vers la prison où elle sera exécutée, une condamnée notoire (Ann Blyth) arrive pour faire une halte forcée par les circonstances météorologiques. Pleine de rancoeur, elle va subir la haine des petites gens réunis, mis elle touche Soeur Mary (Claudette Colbert), qui fait la liaison entre le couvent et l'hôpital. Parfois critiquée pour son positivisme, détestée des aigris, Soeur Mary est touchée par la jeune femme dont elle sent qu'elle n'a pas pu commettre le crime dont elle est accusée... Et elle a raison.
C'est un film aux multiples couches, de ses comme de genre et d'intrigue. D'un mélodrame profond et sujet aux inévitables coïncidences troublantes (certains personnels de l'hôpital ont par exemple été mêlés à l'histoire judiciaire du meurtre), c'est aussi une certaine forme de whodunit, dans lequel Sirk et les scénaristes ne tardent pas à nous donner suffisamment de gages pour que nous puissions recoller les morceaux avant que l'histoire ne nous soit expliquée dans les dix dernières minutes. Comme on s'en doute, le grand absent du film, c'est la victime, qui est finalement juste un souvenir, ou un prétexte assez pratique pour le film...
Et les passions sont partout, dans ce film qui nous conte par ailleurs les tensions entre les médiocres (dont une infirmière à la Milos Forman, qui ne supporte pas Soeur Mary "parce qu'elle a toujours raison"...) et l'héroïne; un médecin a aussi un souci avec son épouse erratique qui dans un premier temps panique à cause de l'inondation, puis à cause de la présence de la condamnée... Car clairement elle la connaît. De son côté, Mary a elle aussi un passé, et une faute sur sa conscience: le suicide de sa soeur, qu'elle n'a pu empêcher.
Et dans un noir et blanc d'une beauté assez gothique, sur des nappes d'eau qui s'infiltrent partout et sont elles-même accompagnées d'une brume surnaturelle, Mary va tester sa foi en même temps que son humanité... Le travail de William Daniels, le grand chef-opérateur du muet, est crucial dans ce beau film certes excessif, mais qui est d'une grande richesse, et surtout comme tout grand mélodrame, il abandonne dès le départ la timidité et la tiédeur... Et c'est passionnant, bien sûr. Le film ne souffre même pas de l'imposition par la Universal, au milieu des solides acteurs Britanniques, de deux Américaines qui selon la tradition largement instaurée à Hollywood, ne font pas le moindre effort de dissimuler leur accent.
Sacrifions une fois de plus au culte de la perfection en animation, en revisitant inlassablement ce film drôle de bout en bout, où Avery s'évertue à limiter au strict minimum en terme d'intrigue mais aussi de décor: un magicien qui a cru bon de placer son numéro auprès d'un chanteur lyrique se voit signifier un refus catégorique (assorti d'un coup de botte vers la sortie), et se venge en sabotant le tour de chant...
Ce qui occasionne un numéro de transformiste extrême; incongru et déplacé (donc très drôle), pour l'artiste lyrique qui n'en demandait pas tant: à y regarder de plus près, avec ces plans qui reposent sur l'intrusion et la disparition iconoclastes d'objets saugrenus, on serait presque chez Méliès.
Donc, figaro figaro, o my darling Clementine, etc etc etc. Sept minutes de pur plaisir.