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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 12:32

On oublie parfois que Louis Feuillade n'est pas que l'homme des Fantômas, des Vampires et de Judex... Qu'au-delà de son oeuvre policière et vouée au mystère, le metteur en scène a aussi fait preuve d'une versatilité impressionnante, passant allègrement durant ses années à la Gaumont d'un genre à l'autre, avec les mêmes interprètes le plus souvent.

L'agonie de Byzance raconte la chute de la capitale de l'empire Byzantin, à l'arrivée des troupes Turques du sultan Mahomet II (Albert Reusy). En trois jours, la ville défendue par les derniers soldats de l'empereur Constantin, va se faire prendre par une troupe détermine, et qui ne rigole vraiment pas...

Ce film de 1913 fait partie des spectacles grandioses et édifiants de la firme à la marguerite, et on aurait attendu un Etienne Arnaud ou un Gérard Bourgeois pour le tourner, dans la mesure où ce type de production était leur spécialité. Mais ici, Feuillade traite le sujet selon sa volonté, et s'est fixé pour ambition de réaliser une super-production selon les standards de l'époque. La plupart des décors sont donc en carton-pâte, et l'interprétation (Luitz-Morat en empereur Constantin, et Renée Carl, Edmond Bréon, ou George Melchior en personnages divers) est également d'une grande fausseté, selon les canons théâtraux en vigueur.

Mais la structure du film, qui conte une inéluctable débâcle par le menu, qui s'efforce de se placer selon le point de vue des victimes tout du long, et qui maintient l'intérêt par un usage consommé de la profondeur de champ, force le respect; en particulier Feuillade choisit de traiter les épisodes de l'invasion en montrant l'arrivée des Turcs depuis le fin fond de la scène, pour un effet d'une grande violence. Il ne nous épargne pas le traitement toujours fantasmé (le français étant toujours le champion incontesté de l'islamophobie) des femmes, assujetties avec un sens du détail ici, qui ne fait certes pas dans la dentelle... Et ce n'était pas une métaphore.

 Bien sûr, les Italiens feront dix fois mieux dès l'années suivante, mais Feuillade avec ses centaines de figurants (comptez-les!) et son goût mesuré du sensationnel, n'oublie jamais de satisfaire le public... Même s'il abandonnera bientôt cet attrait pour le traitement de l'histoire, au profit de son univers de romans-feuilletons...

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade 1913 Muet *
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 09:35

Nouvelle-Angleterre, vers 1900: une petite officine de pompes funèbres est en train de sérieusement péricliter, au point que les deux personnes qui y travaillent économisent les cercueils: ils en ont un, et à la fin de chaque service de funérailles ils retirent le cadavre, l'enterrent et amènent la boîte à la maison. Pour Waldo Trunmbull (Vincent Price), le patron de l'entreprise, il faut trouver une idée, d'autant que le propriétaire (Basil Rathbone) de la maison occupée par l'entreprise réclame des loyers impayés. L'idée viendra fatalement à Trumbull: puisque les temps son durs, il décide, avec son employé le fidèle Gillie (Peter Lorre) de provoquer la mort de ses futurs clients plutôt que de l'attendre...

D'emblée, forcément, on est intrigué par le casting hallucinant: ajoutons pour faire bonne mesure le fait que le beau-père de Trumbull est joué par Boris Karloff, et on comprendra pourquoi le film intrigue touts ceux qui en ont entendu parler sans le voir... Mais la vérité est plus prosaïque: en 1963, tout ce petit monde est au bout du rouleau, sauf peut-être Price qui assume avec un certain aplomb les rôles gothiques qu'on lui confie chez Roger Corman. Lorre est lessivé, Karloff est au bout de ses capacités physiques (et ça se voit) et Rathbone n'est plus que l'ombre de ce flamboyant moustachu qui affrontait Erroll Flynn en duel... Et Tourneur tourne son avant-dernier long métrage pour le cinéma...

Etait-il d'ailleurs le meilleur pour tourner ce film? Il est arrivé sur le projet à la demande de Richard Matheson, le scénariste, qui n'a pas tari d'éloges sur lui. Mais il n'est pas à l'aise, d'autant que s'il savait presque tout faire, la comédie n'est pas vraiment son rayon... Et ça se voit. Ces aventures comiques saupoudrées d'humour conjugal de mauvais goût (Waldo Trumbull est marié à la fille de son vieil associé et se comporte de façon odieuse avec elle, qui de son côté porte des décolletés dangereux qui affolent Gillie), de cascades en accéléré où Lorre est systématiquement remplacé par un cascadeur qui porte un masque de Peter Lorre(!) et qui n'a pas la même corpulence, et on finit par se dire que le meilleur du film est représenté par ce chat, Rhubarb, qui se déplace de scène en scène, comme un clin d'oeil à la carrière plus prestigieuse de Tourneur...

Au moins le film s'emballe-t-il lorsqu'une sous-intrigue se met en place: Rathbone, qu'on a décidé de supprimer bien entendu, souffre de catalepsie, et va semer le chaos sur son passage rien qu'en étant APPAREMMENT mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tourneur
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 09:30

Un thème et une préoccupation du quotidien: des fois, le patron ne dit pas bonjour, et l'employé se voit disgracié, licencié, puis sans crier gare commence à s'en prendre à son fils, puis son épouse...

Ce court métrage n'échappe bien sûr pas au cours particulièrement didactique, d'autant qu'il est comme la plupart de ces courts métrages MGM affublé dans sa bande-son de la voix de stentor d'un commentateur qui ne fait pas dans la dentelle... Mais le rapport son-image, toujours soigné dans ces films, et la façon dont Tourneur a illustré le cas, maintiennent un semblant d'intérêt...

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 17:39

1900, dans une petite bourgade du Sud, les trois enfants de la famille Hubbard ont grandi: il y a l'aîné, Ben (Charles Dingle), qui ne s'est pas marié, mais qui sait si bien utiliser les mariages des autres et leur progéniture: par exemple il a certainement conseillé à son frère Oscar (Carl Benton Reid) de se marier avec l'aristocrate Sudiste Birdie (Patricia Collinge). Il a écouté le conseil et a ainsi pu faire main basse sur ses champs de coton, pour le compte des Hubbard! De même Ben observe-t-il le parti qu'on peut tirer de Leo (Dan Duryea), le fils d'Oscar. D'accord, c'est une véritable andouille, mais le moment venu on pourra toujours le marier à sa cousine Alexandra (Teresa Wright), la fille de la benjamine Regina (Bette Davis). Celle-ci, mariée mais aussi fâchée à Horace Giddens (Herbert Marshall), est un peu trop individualiste et intelligente, pour ne pas dire maline, pour ses deux frères. 

Et au moment où commence le film, la famille s'entend pour entamer un partenariat fructueux avec un grand industriel du Nord. Une opération dans laquelle les trois Hubbard sont partie prenante, et pour laquelle ils seront prêts à tout pour avancer leurs pions... Ce qui ne réjouit guère Horace, dont es problèmes cardiaques ne s'arrangent pas, et encore moins Alexandra, qui aimerait quitter le cadre familial pour passer plus de temps avec le jeune David (Richard Carlson), qui lui au moins semble avoir une morale...

C'est un monumental jeu de massacre, d'une méchanceté rarement atteinte... Le film est adapté d'une pièce au vitriol de Lillian Hellman dans laquelle a triomphé Tallulah Bankhead, dans le rôle de Regina évidemment. Le choix de Wyler de confier le rôle de la moins scrupuleuse, et de la plus intelligente des Hubbard, à Bette Davis, est néanmoins un choix particulièrement judicieux, l'actrice ayant à mon sens atteint ici le plus haut niveau de son art... Il a malgré tout confié à certains acteurs de la production de 1939 de Broadway (Dingle, Duryea par exemple) leur rôle habituel dans le film, obtenant des performances exceptionnelles. Comme d'habitude, le metteur en scène privilégie les acteurs dans son cadre et son montage, se reposant sur des longues prises, avec une caméra en liberté dans des intérieurs somptueux, aux escaliers immenses. Une impression de corruption et de manigances se fait sentir dès la première soirée, et on n'attend pas longtemps avant de voir que le principal carburant de cette famille de capitalistes forcenés, est le venin...

La mise en scène de Wyler fait aussi un usage important de tout l'environnement (la ville, la banque où travaille Leo, si on peut appeler ça travailler), mais aussi et surtout les coulisses, les pièces où les domestiques de la famille travaillent au bien-être de leurs ordures de patrons. Des endroits où nous croisons David, mais aussi Alexandra, parfois Horace, et surtout Birdie, la malheureuse Sudiste délaissée depuis la minute où son mari en l'épousant a saisi sa fortune... Elle est l'une des clés de ce film qui montre une fois de plus le Sud comme un monde disparu, mais cette fois-ci c'est sous les décombres de l'indécence et de la corruption des trois autres! Et les noirs, omniprésents dans le film, agissent le plus souvent en choeur grec, ou aussi en rappel évident que l'humanité peut être aussi, parfois, décente. Pas les Hubbard...

La scène la plus hallucinante du film est filmée comme un meurtre, c'en est d'ailleurs un, plus ou moins: Wyler cadre le fauteuil où est assise Regina, et à droite se trouve Horace, qui est mourant. Il a soudain une crise grave, et lui demande de l'aide. Cadrant au plus près du visage de Bette Davis, Wyler nous la montre s'empêchant littéralement d'intervenir afin de hâter la mort de son mari. Au fond du champ, on oit alors la silhouette de ce dernier qui tente désespérément de monter l'escalier pour aller chercher un médicament... Le visage de son épouse ne bouge pas... ca fait froid dans le dos, et le film a la sagesse risquée de ne pas résoudre, à la fin, les manigances de ses trois monstres. Au moins sauve-t-il deux personnages. Ce film à la méchanceté sans précédent (même Greed, je pense, ne va pas aussi loin) est magistral.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 12:03

Dans une petite ville de Californie, Woodboro, une série de meurtres sordides se déroule, liés semble-t-il à une jeune étudiante, Sidney (Neve Campbell) qui a déjà souffert l'année passée des suites du meurtre de sa mère, une affaire dans laquelle un suspect a été arrêté, mais il clame son innocence. Lors des événements, les étudiants libérés par les dirigeants de l'université qui craint la poursuite des meurtres sur le campus, se déchaînent, et... les meurtres s'enchaînent.

Il y a un malentendu persistant sur ce film, dont il est vrai qu'il a d'une part relancé d'une façon spectaculaire tout un genre (le "slasher movie") qui était auparavant voué aux salles de cinéma confidentielles et à la vidéo, mais qui après la sortie de Scream, joue dans la cour des grands. Et pourtant, il me semble impossible de confondre voire comparer ce film avec Seven par exemple...

C'est que Scream est d'abord une parodie, ou plutôt un pastiche, qui s'appuie sur les codes du genre en permanence pour mieux effectuer un commentaire éclairé. Donc le cinéma, et en particulier d'horreur, est omniprésent dans la vie des ces jeunes, qui citent les films comme ils respirent. Le cinéma est aussi partout dans la structure de ce film, qui s'amuse à parfois faire rimer les scènes des films vues sur des écrans par les protagonistes, les conversations des uns et des autres, et les scènes vécues par les personnages... L'interprétation est souvent inspirée, avec quelques excès: Matthew Lillard en particulier en fait sans doute environ 15 fois trop!

Et puis si le film a été souvent pris au premier degré par de nombreux fans, ce qui est affligeant, on peut aussi souligner qu'à bien des égards, Scream ne peut qu'appartenir à une ère qui précède le 11 septembre 2001 et sa redistribution des cartes. La façon dont il présente le bain de sang, le meurtre et les accumulations de morts violentes dans sa progression date, en effet, d'une autre époque... Quoi qu'il en soit, c'est à la fois un film extrêmement intelligent dans sa conception, et une belle évocation du cinéma à travers un genre si spécifique, tout en proposant comme le font souvent ces films, une intéressante vision de l'horreur de devenir adulte, pour le personnage de Sidney Prescott interprété par Neve campbell.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Horreur Boo!!
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 12:01

Dans la série des courts métrages de la MGM, celui-ci narré par Carey Wilson revêt sans doute une identité plus promotionnelle que bien d’autres. Il s’agissait pour Tourneur et son équipe de contribuer à promouvoir le long métrage de Sidney Franklin The Good Earth, auquel il emprunte d’ailleurs des figurants, des plans, des rushes et des décors : rien ne se perd, rien ne se crée… Tourneur s’y intéresse principalement au théâtre Chinois, dans ses traditions et son fonctionnement, qui est pris sans grande surprise avec un rien d’ethnocentrisme…

On y assiste à la présentation d’une pièce selon les codes traditionnels Chinois, et la voix off claironnante insiste sur le fait que les spectateurs y font aussi leur part de travail, acceptant les codes de la représentation de la fiction, qui font que par exemple l’accessoiriste souvent présent et visible sur la scène, ou encore la figuration de montagnes par des chaises empilées sur des tables, fonctionnent à plein comme représentations d’un monde, alors que pour le spectateur occidental ils ne feraient que souligner la fausseté…

Pourtant, et c’est le grand mérite de Tourneur, qui n’étonnera que ceux qui ne sont pas familiers de son cinéma (voyez comment il donne à ses Créoles dans I walked with a zombie, ou ses Afro-Américains de la vie nocturne dans Out of the past, une vérité qui va au-delà du cliché), il n’y a pas tant de moquerie que ça, le film soulignant plutôt avec respect l’extraordinaire faculté du public Chinois à transcender la barrière de la fiction. Et le film, qui divise constamment son regard entre la scène (une pièce très traditionnelle en effet, avec ce que ça implique de kitsch) et le public (aux yeux émerveillés, quel que soit l’âge des spectateurs, souligne l’importance de l’imaginaire, élevé au rang de vertu cardinale de l’humanité. Ce qui n’est pas rien…

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 11:58

Ce film se place dans l’oeuvre de Tex Avery au sein d’un ensemble assez cohérent, et paradoxal, de courts métrages dans lesquels le metteur en scène propose une salve de gags, évidemment, mais tous liés à une sorte d’anticipation sur la vie quotidienne. Les titres en sont parfaitement parlants, entre The Car of tomorrow, The farm of tomorrow et The TV of tomorrow, il n’y a pas d’équivoque sur les intentions…

Mais il n’y aura évidemment pas de sérieux dans ce qui est surtout une recherche savante et salvatrice du gag, dans un cadre, qui est celui maintes fois éprouvé, celui du faux documentaire prétexte à des cascades de gags. On sait qu’à la Warner, déjà, Avery affectionnait ce mode de fonctionnement… Et à travers ce faux documentaire, la cible visée était bien sûr les films promotionnels, qui peignaient en rose un avenir délirant, reflet d’une période dorée et un tantinet décérébrée.

Maintenant, ce film est aussi à sa manière un reflet d’une façon de penser dont nous espérons qu’elle a bien changé, entre le gag récurrent de la belle-mère qui a droit à, disons, un traitement de faveur dans les applications diverses de la maison, et la place assumée de la maîtresse de maison au sein du foyer : aux fourneaux ! Pour finir, cette petite pépite est indicative de l’atmosphère particulière d’une époque durant laquelle l’avenir semblait écrit vers le bonheur et le confort domestique. Clairement, dans le film, tout fonctionne avec un bouton…

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 11:42

Un Anglais comme vous et moi (Martin Freeman) apprend le même jour que sa maison ET sa planète vont être détruits: son foyer par la construction d'une autoroute, et sa planète par des aliens très procéduriers, les Vogons. Il est sauvé par un ami alien (Mos Def) qui lui enseigne les rudiments de l'auto-stop dans la Galaxie, et le voilà condamné à errer de planète en vaisseau spatial, flanqué d'une petite amie au tempérament volage (Zooey Deschanel), d'un Président Galactique au cerveau littéralement fendu (Sam Rockwell) et d'un robot paranoïaque et hypochondriaque (Alan Rickman), à la recherche de... de quoi, au fait?

Réputé (à juste titre) inadaptable, le livre de Douglas Adams a pourtant fait l'objet de plusieurs adaptations: outre ce film, il y a eu une série Anglaise et des adaptations théâtrales: normal, c'est une véritable institution... L'esprit du livre (j'évite de parler d'un roman, ici, car c'est un récit qui se torpille en permanence) est résolument basé sur un absurde éclairé et même vaguement logique, qui obéit aux non-lois du non sens. Et c'est là qu'en dépit d'efforts réels, le film souffre d'une loi économique: co-financé par les Américains, il subit, au moins partiellement une mise à plat qui le rend un peu fade. D'autant que c'est Touchstone, donc Disney...

Donc le film semble jouer sur deux niveaux, d'un côté le comique absurde basé sur une certaine poésie d'invention, et une vision satirique de la société Britannique, avec les Vogons en parfaite représentation de l'Homo Britannicus Fonctionarium, et Martin Freeman parfait en victime toute désignée des événements; de l'autre, une intrigue qui n'en finit pas d'essayer de se structurer de façon raisonnable. Les numéros d'acteurs sont souvent brillants, avec une mention spéciale pour l'androïde paranoïaque (pour reprendre les mots appropriés de Thom Yorke) interprété par la voix d'Alan Rickman.

Donc, le film reste un aimable divertissement, à savourer en famille et avec un tube d'aspirine pour les réfractaires à l'absurde.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Comédie
6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 16:07

Ce film, sorti au beau milieu des années 40, est non seulement un superbe film noir, mais il va plus loin: comme The big sleep, Mildred Pierce, Shadow of a doubt ou Double indemnity, il fait partie d'une poignée d'oeuvres qui vont déterminer pour longtemps les contours même du genre... Qu'il soit dû au solide métier de Jacques Tourneur ne devrait nous étonner qu'à moitié, car si le metteur en scène est connu paradoxalement pour ses rares films fantastiques, c'était aussi un talentueux orchestrateur de films, rompu à tous les exercices de style, dont le talent pouvait en particulier s'accommoder sans problème d'un genre qui oscillait à la croisée de tous les autres: films d'action, d'aventures, policier et film fantastique pour les ambiances nocturnes, tout cela faisait le film noir.

Nocturne: le mot est lâché, et ce film intense est indissociable du talent de son chef-opérateur, Nicholas Musuraca. Du reste, le plus célèbre crédit de ce technicien hors-pair, sans surprise, est Cat People de... Jacques Tourneur. De là à penser que ce dernier opère avec ce film un transfert de sa maîtrise en matière de fantastique vers le genre le plus prisé des metteurs en scène dans les années 40, il n'y a qu'un pas...

Jeff Bailey (Robert Mitchum) tient une station-service sur les rives du lac Tahoe, où il aime aller pêcher avec son employé, un jeune sourd-muet (Dickie Moore). Il a une petite amie, Ann Miller (Virginia Huston). Les parents de cette dernière désapprouvent cette union, parce qu'ils se méfient de Jeff, un nouveau venu en ville... Qui a en effet, sous un autre nom, un passé chargé qui ne va pas tarder à lui revenir en pleine figure: l'ancien détective privé Jeff, de son vrai nom Markham, a fui Whit ( Kirk Douglas), un patron de la pègre qui ne pouvait que lui en vouloir, lorsque Markham avait fichu le camp avec sa petite amie Kathie Moffat (Jane Greer), mais il avait aussi fui Kathie quand il s'était rendu compte que cette dernière s'était servie de lui contre Whit. Et Whit, qui vient de retrouver Jeff, lui fait savoir qu'il a un travail à lui confier... Un travail, ou un enterrement de première classe?

Comme The big sleep ou The Maltese Falcon, difficile de résumer ce film, dont l'essentiel tient ailleurs: dans l'impossibilité pour Jeff Markham-Bailey de se sortir d'un milieu qui ne souhaite pas qu'il en parte, alors qu'il n'avait pas du tout vocation à en faire partie! Et Jeff, qui n'est pas né de la dernière pluie, sait ce qui se trame autour de lui, et qu'il est le jouet aussi bien de Whit que de Kathie, deux êtres voués, eux, au mal. Cet aspect est sans doute le ytrait le plus distinctif du film, le fait que Jeff (il s'en ouvre assez franchement auprès de Kathie au début) sent qu'il est coincé et que tôt ou tard, le passé reviendra pour l'empêcher de jouir du présent...

Du coup c'est un homme en perpétuelle fuite, une fuite précaire, incertaine, et qui donne souvent l'impression que l'ex-détective, mal vu dans son ancien milieu comme dans son environnement actuel, avec ces braves gens qui se méfient de lui, est un condamné en sursis, un peu à la façon dont le Dr Holden sera le jouet de forces démoniaques dans Night of the demon. Les scènes nocturnes, une majorité dans le film, et les nombreuses scènes dans les bois, nous montrent d'ailleurs quelqu'un qui semble chercher à l'écart des endroits désignés du film noir, un salut qui ne viendra jamais! Jeff Bailey ou Markham ne sera jamais chez lui nulle part.

Avec sa narration basée sur un premier acte qui tient essentiellement du flash-back conté en voix off par son héros, puis un mélange d'atmosphère entre les divers univers où évolue Jeff, Tourneur se joue des formes habituelles du film noir qu'il transcende allègrement, en y opérant des variations minutieuses. En gros il le réinvente à sa façon, aidé par le travail exemplaire de Musuraca, et des acteurs formidables. On remarquera au passage que le film présente certes un méchant inhabituel, avec la distinction presque juvénile de Kirk Douglas, mais aussi non pas une, mais deux femmes fatales potentielles, avec Rhonda Fleming qui vient s'ajouter, dans le rôle de Meta Carson, à la fête... Bref, ce film, l'un des plus longs de son auteur (avec seulement 97 minutes au compteur) est une réussite essentielle.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Jacques Tourneur
6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 13:45

"Tourneur", ça sonnerait presque comme une blague douteuse, finalement... Mais voilà, Maurice et son fils Jacques avaient quand même l'un et l'autre un nom prédestiné! Plus que son père, mais il faut dire que l'époque et les studios ne sont pas les mêmes en 1950 qu'en 1915, Jacques était un tourneur, pardon un réalisateur à tout faire plus qu'un auteur, ce qui n'a rien de péjoratif et ne l'a pas empêché de développer ça et là ses propres thèmes. Mais une fois admis ces deux faits contradictoires, The flame and the arrow, impeccable film d'aventures comme Hollywood savait si généreusement les faire, est un film de... Burt Lancaster.

Celui-ci interprète Dardo, le plus vaillant et sans doute le plus fripon aussi des hommes d'un village de Lombardie médiévale. Alors que la domination des Allemands sur la région risque de s'intensifier, un des nobles qui gouvernent la région fait enlever le fils de Dardo, après lui avoir ravi sa femme. Avec ses amis, Dardo s'installe dans les bois environnants, où il protège la population tout en volant et rançonnant les Allemands...

...Ce qui bien entendu nous rappelle quelques chose, car il ne fait aucun doute que cette histoire est juste une réappropriation déplacée quelques encablures plus loin, des aventures de Robin des Bois, taillées sur mesure pour le style de Burt Lancaster, son humour, ses acrobaties, et son copain Nick Cravat. Le film m'est toujours paru moins réussi, sans doute pas aussi débridé que peut l'être The Crimson Pirate de Robert Siodmak...

Le rôle de Tourneur, ici, a été de prendre en charge la vigoureuse narration du conte, et il s'en acquitte de façon très adroite, tout en faisant passer quelques idées fortes sur l'importance de l'entraide, un thème qui tend à disparaître du tout-venant des films Hollywoodiens une fois la crise enrayée, et la guerre finie. Mais Lancaster, marqué à gauche, y croyait dur comme fer, et oppose ici le côté tête brûlée de son personnage, avec ses amis qui entendent lui rappeler l'importance d'un jeu collectif. Et c'est toute la population qui va s'allier dans un final virevoltant, pour bouter les affreux germains, à l'exception notable de Virginia Mayo, bien sûr. Et Tourneur avait déjà fait sienne cette vision des choses, en particulier dans le magnifique Stars in my crown.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur