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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 16:56

C'est une affaire entendue: ce film, dit-on partout, est le meilleur de la saga Harry Potter. Meilleur que les deux films inauguraux, dus à Chris Columbus, et qui peinent à se situer au-dessus d'un téléfilm de noël moyen pour une chaîne de télévision qui appartiendrait à Disney! Meilleur aussi que les films de David Yates (bien que celui-ci ait eu à l'occasion de fort bons moments), engagé et gardé sur toute la série en raison de la façon dont il se fond dans le projet de J. K. Rowling. Ses films sont bons, mais pas du tout personnels... Meilleur enfin que la contribution du vétéran Mike Newell, dont The goblet of fire de bonne tenue est de loin le meilleur film. Non, Alfonso Cuaron a réalisé avec The prisoner of Azkaban un modèle d'adaptation, qui prend le meilleur du roman et du script de Steve Kloves, et ajoute énormément, par des idées de mise en scène, de direction d'acteurs, de montage et de raccourcissements ingénieux. Et dans une saga qui est marquée par la volonté obsessionnelle de balisage de sa créatrice (au point que la lecture peut en devenir énervante tellement ça se voit), les choix de Cuaron de privilégier seulement certains signes cinématographiques pour en tirer un effet en même temps qu'une piste narrative, sont toujours bien vus: par exemple, le film utilise énormément la carte magique confiée par les jumeau Weasley, sans trop en préciser la provenance, car ça aurait alourdi le film, et le spectateur peut aisément faire ses propres hypothèses à ce sujet. Ou encore, le refroidissement de l'atmosphère à l'approche des Dementors est un signe cinématographique digne de figurer aux côtés du M tracé à la craie de Fritz Lang, ou des rides sur l'eau dans Jurassic Park de Spielberg!

On rappelle ici l'intrigue de ce qui est le troisième film de la saga: Harry Potter grandit, et l'adolescent qu'il est se satisfait de moins en moins de sa condition familiale, obligé de rester les étés en compagnie des Dursley, les abominables oncles et tantes que la providence lui a collé dans les jambes. C'est donc après un clash mémorable qu'il est obligé de passer du temps à Londres, seul: mauvais timing, car un prisonnier s'est échappé d'Azkaban, la prison du monde sorcier, et est recherché partout par les dementors, des créatures terrifiantes qui semblent particulièrement s'intéresser à Harry, dont la vie intérieure effrayante les inspire. Après quelques péripéties, le jeune sorcier arrive à Hogwarts, pour une nouvelle années d'études marquée par des découvertes personnelles, des querelles futiles ou plus graves avec ses ennemis personnels, et surtout une confrontation avec le passé à travers la menace représentée par l'omniprésent mais insaisissable prisonnier évadé Sirius Black (Gary Oldman)...

Avec ce film, comme avec le roman du reste, on s'éloigne du côté propret et bien rangé des deux premiers chapitres. Désormais, les jeunes personnages ont treize ans, et si les hormones mettent du temps à se déclencher, reste qu'ils s'affirment. Parmi les décisions cruciales de Cuaron, l'une des plus signifiantes a été de proposer à ses jeunes acteurs de porter leurs propres vêtements le plus souvent possible, et de les pousser au naturel. Ils sont pour la plupart excellents... Certes, Tom Felton, qui joue une fois de plus Draco Malfoy, est mauvais comme un cochon, mais son rôle est limité à l'essentiel grâce à un scénario qui est surprenant dans l'efficacité de ses choix.

Toutes les redites et traditions ont été remises au placard, et Cuaron inaugure une version plus"adulte" de Harry Potter, dans laquelle la victoire finale éventuelle, dans les derniers moments du film, est une victoire privée, et l'occasion de faire les comptes de ce qu'on a découvert, mais aussi perdu; on n'aura pas ici de grande célébration dans laquelle tout le monde se réjouit de côtoyer le héros Harry Potter, et désormais le combat est intérieur: qui est un ami? Où Potter peut-il vivre? les meilleurs humains sont ils fiables à 100%? Les personnages qui arrivent sont formidables, Sirius Black bien sûr, dont Gary Oldman sait bien rendre aux yeux des spectateurs les deux visages, avant et après les révélations sur son personnage, mais aussi et surtout le formidable David Thewlis excelle dans le rôle du professeur maudit Remus Lupin. Cet homme fondamentalement bon est aussi le plus dangereux personnage du film, affligé de lycanthropie...

Et non seulement le metteur en scène a présidé à la création d'un scénario sans aucune matière grasse, il assure une mise en scènes impeccable, dans laquelle il rappelle son art consommé du plan-séquence (de Y tu mama tambien à The prisoner of Azkaban, même combat!). Et il se tire des pires difficultés, lorsqu'il doit rendre lisible une manipulation temporelle impliquant des redites, un passage qui occasionne sans doute les plus belles quarante minutes de toute l'histoire cinématographique de Harry Potter. Seul ou au milieu de la saga, le film est constamment irrésistible, rempli de touches d'humour, d'un esprit adolescent de camaraderie, et de petits moments qui, volontairement ou non, montrent des facettes encore inconnues du monde de Harry Potter. En premier lieu, Cuaron pousse Rupert Grint et Emma Watson dans les bras l'un de l'autre... Le film acquiert ainsi une grande cohérence, alors qu'au dehors la transformation reste le maître mot: loups-garous et autres magiciens aux doubles vies d'animaux sont comme un écho ironique de la transformation des corps des jeunes protagonistes.

Pour finir, je ne sais pas ce qui a poussé Cuaron dans cette direction (gagnante à 100%): il est probable qu'il a été approché par les gens de la production après le succès de ses deux premiers films Américains (A little princess et Great expectations). Avaient-ils vu son magnifique quatrième film Y tu mama tambien, qui là aussi s'intéresse aux émois post-adolescents, mais avec un peu moins de magie, un peu plus de drogue qui fait rire, du sexe, et une grande dose de masturbation par-dessus tout ça? Si oui, chapeau; si non, on peut toujours leur refiler le DVD. Ou suggérer une double programmation, ça serait assez rigolo...

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Harry Potter Alfonso Cuaron
18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 08:42

Après les péripéties de The force awakens, qui se termine par le retour au chaos, nous retrouvons les protagonistes, dès le départ en pleine action: Finn, le stormtrooper qui a décidé de fuir le "Premier Ordre", l'organisation de reconquête de l'empire disparu, mené par le puissant Snoke. Poe Dameron, l'as des pilotes de la Résistance, toujours à parcourir les galaxies à la recherche d'un truc à dézinguer. Et Rey, la jeune impétueuse pilleuse d'épaves, qui est attiré par la Résistance et fondamentalement loyale à la République, mais a surtout un problème d'identité: qui sont ses parents? Pourquoi l'ont elle abandonnée? 

Les enjeux de ce film sont nombreux: rejoindre la résistance, mais aussi empêcher sa destruction définitive; mener à leur terme les quêtes identitaires des uns (Kylo Ren, le fils de Han Solo et Leia, passé chez la concurrence avec de phénoménaux pouvoirs et des complexes d'humanité dans sa tête compliquée) et des autres (Rey, dont le rapport à la force est naturel et fait d'elle une Jedi de toute première catégorie), voire des deux ensemble: ils sont en connexion permanente, à leur très grande surprise. Mais qui manipulera qui?

Si on n'échappe hélas pas totalement à une partie "mytho-mystique" autour de la force, qui occasionne du bla-bla à n'en plus finir de la part de Mark Hamill (celui-là même qui abattait trois vaisseaux ennemis dans son sommeil et ne tenait pas en place, a quarante ans de plus, n'oublions pas), ce film reste comme son prédécesseur, un Star Wars à l'ancienne. Les acteurs y donnent la réplique à d'autres acteurs, la toile de fonds est aussi simplifiée que possible et on ne s'ennuie pas... La référence est de tout évidence The Empire Strikes Back, le deuxième opus de la première trilogie, que d'aucuns (j'en fais partie) considèrent comme le meilleur film des six (ne comptez pas sur moi pour intégrer la trilogie bouseuse de 1999 à 2005): même point de départ "en action", même enjeu (défendre voire garder en vie l'opposition au mal, devenu super-puissant) et mêmes "décrochages" (en 1980, Luke partait passer son BTS de Jedi en compagnie de Maître Yoda, cette fois c'est Rey qui se voit passer le témoin, avec des résultats plus surprenants encore). Sans oublier une bataille d'anthologie sur la neige, qui est ici retranscrite sur... du sel. 

Mais on échappe pourtant au sentiment de redite, tout comme les nombreux points communs entre Star Wars (1977) et The force awakens (2015) ne faisaient pas de ce dernier film qu'un simple remake. L'avantage de ces films qui visent désormais l'avenir de la saga tout en en redécouvrant le passé, c'est que tout devient possible... C'est foncièrement distrayant, et particulièrement bien mené esthétiquement. Les combats, au lieu de la pyrotechnie dégueulasse des scènes d'action de la deuxième trilogie, donnent lieu à des difficultés physiques, et une tension particulière. L'accent mis sur l'importance hiérarchique des femmes est notable. Et Yoda, dans la majorité de son apparition, est une marionnette menée par Frank Oz, donc la sensation de son existence même est garantie! Des éléments d'importance, non seulement pour le respect du public, mais surtout pour la véracité de l'ensemble. Enfin, le metteur en scène qui sait qu'il joue avec la force des sentiments, des liens familiaux, et de l'affection des êtres les uns par rapports aux autres (loyauté de Kylo vis-à-vis de sa famille ou de son maître, identité à tiroirs de Rey, lien amoureux entre Finn et Rey, mais aussi entre Finn et la nouvelle venue Rose, et lien par delà les distances entre les frères et soeurs, comme entre les ennemis intimes), a utilisé un code de couleurs qui le voit toujours privilégier le rouge, surtout dans les scènes situées sur la "planète salée". Et franchement? C'est beau.

...Et pourtant ça ne fonctionne pas vraiment, du moins pas complètement. Le film possède des trous dans sa continuité, des failles aussi dues à un montage parfois chaotique. Est-ce que le temps a manqué, à cause d'une date de sortie imposée par Disney (deux ans après le film précédent, au lieu des trois années habituelles)? Est-ce que le choix a été de privilégier le lyrisme et l'esthétisme sur l'efficacité? Peut-être les deux... Mais la structure du film prend l'eau, du début à la fin. Néanmoins, on y prend du plaisir, on y avance sur l'intrigue sans avoir à se coltiner les leçons de morale à la Lucas, et on y clôt en douceur le parcours d'un certain nombre de personnages. Maintenant, si on a évité à ce film de n'être qu'un épisode de trop d'une saga en perte de vitesse, on sait que les troisième acte sera déterminant. Pression...

J'oubliais! Les acteurs sont souvent excellents dans ce film: Benicio Del Toro fait une apparition remarquable, Laura Dern (Laura Dern!!!!!) se plante en beauté, et Justin Theroux quant à lui est juste là pour un cameo. Mais sinon, on a un atout de choix: Adam Driver! Je passe mon temps à dire que ce gars-là ira loin. Il y est déjà.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Star Wars Science-fiction
17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 16:50

En compagnie du documentariste Martin Di Bergi, qui partage leur quotidien, nous suivons Spinal Tap (le célèbre groupe de heavy metal Anglais) en tournée en 1982, au moment d la sortie de son deuxième album pour le label Polymer; le premier n'avait pas vraiment été un succès, et ils espèrent que Smell the glove, leur nouvel opus, va rattraper le coup. Mais la malchance s'accumule: pour commencer, le label refuse de sortir l'album, parce que la plupart des magasins désapprouvent le choix sexiste de la pochette... 

Bienvenue dans le monde peu glorieux du rock 'n roll de la survie, de cette musique faite au début des années 80 par des dinosaures tous plus ou moins sortis des fumeuses années 60. Des gens qui comme Nigel Tufnel, le guitariste soliste bas du front, David St-Hubbins le chanteur dont la permanente est sans doute plus pertinente que son cerveau, ou Derek Smalls, le bassiste bien nommé, ne se sont pas construits sur les bancs de l'université, mais bien sur scène. Et assistons, en leur compagnie, à quelques combustions spontanées de batteurs.

On ne peut pas faire plus vrai que ce Mockumentaire, qui n'a finalement pas pris une ride! les acteurs sont géniaux (et font leur propre musique, un concentré infâme de hard rock FM de la pire espèce), les anecdotes sont presque vraies, et on comprend pourquoi les années 80 ont été fatales à tant de vieilles gloires... Mais pas à Rob Reiner que ce film a lancé: en route pour Princess bride, Stand by me, Misery, When Harry me Sally et The American President...

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Published by François Massarelli - dans Rob Reiner Comédie Musical
16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 17:50

Nous suivons le parcours du groupe Anglais Queen, des prémices de la formation (le groupe auparavant appelé Smile et sa rencontre avec le jeune immigré Parsi Farrokh Bulsara, qui souhaitait tant qu'on l'appelle Freddie, puis nous assistons en trois actes à la montée en puissance phénoménale du groupe, puis à ses dissensions, luttes d'ego, puis un rabibochage avant un événement planétaire... Et durant tout ce temps, nous sommes confrontés à la quête identitaire de Freddie Mercury, l'un des chanteurs les plus emblématiques qui soient, mais qui pour son malheur, est né au mauvais moment sur bien des points: trop tôt pour assister enfin à l'acceptation par la société (partielle, il reste encore trop de cons partout) de la différence sexuelle; et surtout trop tôt pour pouvoir survivre plus longtemps à la découverte de sa maladie.

On va tout de suite évacuer les deux soucis relatés ça et là: oui, c'est vrai, la chronologie et les faits de l'histoire de Queen et Freddie Mercury ont été malmenés, je dirais même sciemment, par la production de ce film. Pour commencer, ou pour finir, le chanteur n'a pas été diagnostiqué avant Live aid, mais deux années plus tard. La chanson Killer Queen n'est pas sur le premier album du groupe. Ou ils n'ont pas joué Fat-Bottomed girls durant sa première tournée Américaine de 1974, et pour cause, la chanson ayant été écrite pour l'album Jazz de 1978. Et enfin, si le film nous donne l'impression que Brian May a apporté We will rock you en 1980, c'est faux, la chanson ouvrant en réalité l'album News of the world, en 1977.

Bon. Et alors? C'est un film, il a besoin de vous apporter une réalité virtuelle durant deux heures, et ma foi, ça marche... Ca marche aussi pour la plupart des acteurs. J'ai même tendance à dire que la plupart du temps, les trois-quarts de Queen sont totalement plausibles: le côté play-boy, mauvais garçon, androgyne mais ô combien viril de Roger Taylor (Ben Hardy), et surtout le brave Roger Deacon (Joseph Mazello), et le co-leader virtuel Brian May (Gwilym Lee) sont totalement crédibles. Le seul dont j'ai du mal à croire que c'est vraiment son personnage, je l'admets, c'est Rami Malek, mais c'est purement physique, donc on le suit quand même. La gestuelle, la pose, et d'une manière générale cette façon que Mercury avait d'habiter tout l'espace rien qu'en entrant dans un lieu, sont bluffants. 

Autre souci, et de taille semble-t-il, c'est le côté baroque de la production, depuis le rythme imprimé au jeu des acteurs, jusqu'aux événements choisis (de partie fine en orgie cocaïnée, en passant par des séances d'enregistrement souvent délirantes). Donc, ça disjoncte assez joyeusement, mais... C'est que premièrement, on parle de Queen; et de Freddie Mercury! et surtout, c'est un film de Bryan Singer. Ou presque: rattrapé par des problèmes de santé (c'est la version officielle, mais j'en ai une autre, plus salée), le réalisateur a cessé de venir sur le plateau, laissant la place à un autre (Dexter Fletcher), mais assuré de garder sa place au générique par son contrat. Mais c'est un film de Singer de A jusqu'à Z: depuis une reconstitution ludique des années Queen de 1970 à 1985 qui nous renvoient à ses exercices de recréation du passé dans la série des X-Men et dans Walkyrie, jusqu'à ce côté désinvolte de traiter les personnages, qui pourtant a toujours assez bien fonctionné dans la plupart de ses films. Le baroque, vous pouvez le croire, c'est l'univers du réalisateur de Superman returns et Usual suspects.

Et puis... je crois que cette fois, Singer, qui a beaucoup tiré sur la corde durant quinze années (parties fines et cocaïne, lui aussi, mais aussi et surtout les plaintes pour harcèlement, et autres trucs plus ou moins louches le visant dans l'ombre de l'affaire Spacey) et semble ici s'être choisi un point de vue à sa mesure: celui de Freddie Mercury! Il est évident que le metteur en scène, attiré par les excès d'une vie dans la puissance et le luxe, a clairement fait un processus d'identification, d'où un sentiment, parfois, que les autres membres de Queen sont un peu "à côté". Ils sont ici appréhendés selon le point de vue de Mercury.

Et musicalement, la reconstitution vaut vraiment la peine d'être vue. Le processus d'enregistrement d'un album comme un château de cartes a rarement été aussi bien représenté, à part peut-être dans le très beau film Love and Mercy. Et nous avons droit à quelques glorieux moments de joyeux délire, par des musiciens éminemment Anglais, qui se voient pour leur album A night at the opera, offrir une carte blanche, et en tirent un joyau... Dans lequel on trouve la perle des perles: la chanson qui donne son titre à l'album, et qui est sans doute la clé de ce qu'est Freddie Mercury: cette histoire d'homme qui s'est découvert criminel, et qui peine à le dire à sa mère, est un reflet assez fidèle de l'histoire qui nous est contée. 

Et pour finir, la reconstitution du concert mythique de juillet 2015 est hallucinante, jusque dans les moindres gestes des quatre musiciens. Un témoignage, une fois de plus, du pouvoir du cinéma pour créer ou recréer, aussi bien des moments d'histoire, que de l'émotion; alors: on ne fait pas la fine bouche, on enfile ses Ray-Ban, et on va tous voir le film qui nous permet de prolonger un peu le plaisir d'écouter Bohemian Rhapsody, sans pour autant nous imposer d'écouter Hot Space... Et on attend pour savoir si un jour, on aura de nouveau des nouvelles de Bryan Singer.

 

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Published by François Massarelli - dans Bryan Singer Musical
16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 17:40

Jake Gyllenhall et Anne Hathaway jouent ici le jeu de je t'aime, moi non plus, sur un fonds plus dramatique que ce qu'offrent les comédies romantiques habituelles: si Jamie (Gyllenhall) est bien un wonder boy de l'industrie pharmaceutique, accro aux one-night-stands et va s'humaniser au contact de la seule femme dont il puisse tomber amoureux, Maggie (Hathaway) est une princesse en sursis, au parcours en demi-teintes: atteinte de la maladie de Parkinson, elle s'interdit toute relation amoureuse justement afin de na pas souffrir plus en faisant souffrir...

On a connu Zwick (Glory, Legends of the fall, Blood diamond, The last Samurai) en mode épique, on est donc un peu surpris de le voir aux commandes d'une comédie. Lui aussi, j'en fais le pari, d'où un film assez bizarre; il parait souvent ne pas faire exprès d'être une comédie, qui plus est souvent parasitée par des éléments volontiers terre-à-terre: le personnage du frère Jamie sait comment plomber le niveau.

N'empêche, on peut aussi constater le don de soi des deux acteurs, dont la relation charnelle est ici beaucoup plus documentée que dans les films habituels du genre. Un choix qui a du être réfléchi par les trois protagonistes: Hathaway, Gyllenhall et Zwick. Et c'est touchant, justement, car les personnages en ont acquis une dimension inédite, qui se confirme quand on revoit le film, au-delà de ses inévitables facilités. Oh, et puis: il y a Hank Azaria, et ça, c'est toujours un atout.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 15:12

Deux hommes, l'un un noble, poète de profession (Georges Pomiès) et l'autre son valet (Michel Simon), sont appelés sous les drapeaux. Une soirée organisée par la maman de Jean Dubois D'ombelle, à laquelle était invité une huile de l'état-major, a eu l'effet contraire à ce qui était escompté, puisque les deux hommes font leur devoir dans la même chambrée. Et si le destin de leur pays est entre leurs mains, je pense que le pays est bien mal parti...

Ils se sont mis à plusieurs (Renoir, son assistant Claude Heymann et Alberto Cavalcanti, un complice fréquent à cette époque) pour adapter une pièce de André Mouézy-Eon et André Sylvane. Je n'ai aucun mal à imaginer la pièce, d'ailleurs, un simple support pour comique troupier... Mais si on peut se demander ce qu'allait chercher Renoir dans un tel sujet, lui qui avait tenté de lancer un naturalisme à la française avec Nana, le visionnage du film nous permet de voir ce que le metteur en scène a plutôt pu tirer de ce sujet ingrat: une pochade, certes, mais dans laquelle il a su insuffler de l'énergie.

Parfois peut-être un peu trop: le réalisateur a encore une fois fait confiance à sa bonne étoile, c'est-à-dire improvisé dans le n'importe quoi ambiant, en décidant en particulier de transcrire SA vision d'une caméra mobile. On est loin de Murnau, mais cette idée de faire jouer ses comédiens, et de lancer le caméraman un peu dans tous les sens, débouche parfois sur des effets burlesques assez réussis. Ca commence d'ailleurs par une scène efficace, et manifestement planifiée, qui oppose les valets (Michel Simon et Fridette Fatton), qui dressent la table en ayant les plus grandes difficultés à se lâcher l'un l'autre, puis dans le même lieu, Jean D'ombelle et sa fiancée sont sagement assis côte à côte sans même se regarder. Chaque partie de la scène commence par le même mouvement de caméra, qui part d'un tableau quelque peu coquin si on sait le regarder, et se termine par un travelling arrière vers le même tableau. Seulement notre opinion est faite: le coeur de Renoir, comme le notre, va à ces domestiques qui vivent leur amour au grand jour...

Sinon, le film est généralement trop long, trop brouillon, trop frénétique et trop loufoque (oui, c'est donc possible!). Mais il est aussi doté d'un antimilitarisme à l'ancienne, dans lequel on tape sur les officiers, et ça, c'est indispensable, surtout par les temps qui courent... une scène hilarante de classes désastreuses nous promène par ailleurs du côté de chez Hal Roach...

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir Comédie Muet 1928 *
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 16:29

Il n'y avait pas grand chose (à part la fameuse séquence de rêve justement célébrée) dans le premier film de Renoir (La fille de l'eau, sorti en 1924), pour le distinguer du tout-venant! La maladresse "amateur" de l'interprétation comme de la direction, le mélodrame sans âme ni originalité, tout destinait le film à l'oubli... Mais Renoir a tout changé, et si on en croit ses dires (mais sur ce coup-là, on le croit sur parole), il a vu un film, en 1923, qui a changé sa vie, sa vision du cinéma, et l'a persuadé de s'acharner sur un art qui s'était jusqu'alors montré particulièrement ingrat: le film en question est Foolish wives, de Erich Von Stroheim... Ce devait donc être en 1924, car le metteur en scène datait cette vision d'après l'accomplissement de La fille de l'eau... Afin de transposer Stroheim au cinéma (Stroheim qui s'apprêtait à son corps défendant à être de nouveau dans l'actualité, puisque The Merry-go-round, Greed et The merry widow n'allaient pas tarder à faire également leur apparition en Europe), le choix de Renoir aura été de se ruer sur l'inévitable auteur naturaliste le plus évident à travers Zola. 

Dans Nana, Zola s'est livré à un exercice qui selon moi (c'est mon impression et je vous la livre) confine à l'auto-parodie; tout se passe comme si l'écrivain, qui rappelons-le s'est pris à son propre piège de la peinture complète d'une famille, s'était amusé à appliquer à la lettre les méthodes et l'univers qu'on lui reprochait! Il en résulte un roman certes au vitriol, mais qui me donne singulièrement l'impression de rater sa cible, en visant les turpitudes de la bourgeoisie et la noblesse par le biais de la petite gourgandine qui n'en finit pas d'être un miroir déformant assez repoussant des classes les plus populaires. l'idée de Renoir était probablement de se saisir d'un matériau qui pourrait être choquant, tant il avait compris que le cinéma de Stroheim intégrait justement cette provocation: Karamzin, dans Foolish wives, est systématiquement plus vil qu'on n'aurait pu l'envisager dans les films de l'époque... Alors Nana et son cortège de coucheries, de promotion canapé, et sa petite vérole, c'était du bonheur, dans cette perspective. Sans parler du fait que le cinéaste allait pouvoir y transposer sa vision héritée à la fois d'une enfance heureuse, et des films de son idole, des relations ancillaires, un sujet qui ne le quitterait d'ailleurs jamais.

Mais le projet était maudit dès le départ: Catherine Hessling.

L'actrice, bombardée diva, star, vedette, étoile, centre névralgique, est une actrice atroce, surtout dans Nana. Pire: elle doit jouer une actrice qui joue mal... C'est embarrassant, puisqu'on ne voit finalement aucune différence... 

Et puis vouloir être Stroheim, c'est bien joli, mais il faut savoir y faire en matière de montage, en particulier dans le fait de vouloir insérer des détails. Renoir le fait, un peu, mais le plus souvent, il nous éloigne de l'action en cadrant le décors certes impressionnants mais aussi étouffants, du film; une scène d'extérieurs se plante dans les grandes largeurs parce qu'on VOIT que c'est en studio, et parce qu'elle dure 15 minutes, pour trente secondes d'intérêt. L'éclairage ne tient pas debout, et les acteurs sont gâchés...

Il y a des qualités, dans ce film, malgré tout, maintenant qu'on peut le voir dans une version plus respectueuse aussi bien de sa continuité que de sa vitesse de défilement (contrairement à ce qui se passe souvent, le film gagne à être vu à un rythme pas trop rapide, rétablissant les tensions, notamment dans le contraste entre le jeu outrageusement affecté, c'est un euphémisme, de Catherine Hessling, et la lenteur calculée de Werner Krauss. Le sous-texte sur les domestiques est très réussi, grâce à Valeska Gert en particulier. L'ironie du cinéaste rejoint souvent celle de l'écrivain, et Jean Angelo garde une certaine prestance qui sied à son personnage... mais tout ceci reste trop dans l'ombre de l'une des pires interprétations de l'histoire. 

Notons pour finir, qu'en raison de la présence de Renoir, ce film plus que médiocre a bonne presse, et a fait l'objet d'une impressionnante restauration. Passons...

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1926 Muet **
7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 17:42

Quand il réalise ce film, Peter Bogdanovich est surtout connu comme historien du cinéma et journaliste spécialisé. Autant donc dire qu'il est un parfait inconnu, malgré deux longs métrages... Mais ils étaient bien différents de ce beau film, qui est l'une des premières traces d'une nostalgie qui va doucement mais sûrement s'installer dans le cinéma des années 70: American Graffiti n'est pas loin.

L'action (si l'on peut dire) se déroule à Anarene, au Texas, un trou perdu en plein désert à deux pas des champs de pétrole. Dans les années 50, si on est jeune et qu'on a envie de faire quelque chose de sa vie, on peut toujours rêver: l'armée, les études? ...Ou aller voir des films, tant que le petit cinéma local est encore ouvert. Mais la fermeture, comme la perte des illusions de tous ces gens, n'est pas très loin...

Profitant du relâchement de la censure, Bogdanovich mobilise un certain naturalisme dans son étude, mais sans jamais perdre de vue l'affection qui le guide vers ses personnages, et sans jamais titiller: il est beaucoup question de sexualité chez ces jeunes (et moins jeunes), qu'ils affrontent les premiers pas de leur vie d'adulte (avec ses passages obligés, graduation... ou dépucelage), ou qu'il soient tentés de ralentir l'arrivée du troisième âge! Mais la sexualité y est vécue comme un pas vers la vie (Cybill Sheperd qui interprète une jeune femme de la bourgeoisie qui cherche à avancer dans la vie par une sexualité agressive, selon les conseils de sa maman), ou un test de virilité (les garçons qui décident d'offrir au jeune Billy, un gamin un peu simplet et muet, une rencontre avec une prostituée qui vire au fiasco pathétique), ou tout simplement une tentative de survie (Cloris Leachman est une quadragénaire qui développe une relation avec le jeune Sonny, interprété par Tim Bottoms). Mais à chaque fois, la chair est triste...

Mais dans ce qui reste une peinture d'une Amérique profonde et communautaire (soit un concept très Fordien), la mort n'est jamais très loin. Et je ne parle pas ici de la fin poignante d'un vieux cinéma miteux, qui programme pour sa "dernière séance" le superbe film de Howard Hawks Red River: John Wayne vieillissant, et Monty Clift juvénile, y partent à la conquête des grands espaces avec un troupeau de vaches. De son côté, c'est en Corée que Duane Jackson (Jeff Bridges) se rendra... Pour quel destin?

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Peter Bogdanovich
4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 20:32

Bon, autant le dire tout de suite: Fast workers, le film qui a suivi l'extraordinaire Freaks dans la carrière du metteur en scène, n'est pas un bon film. Ni dans sa conception, ni dans son accomplissement, et le fait de confier un tel scénario à Browning était sans doute plus ou moins une insulte, une façon de plus ou moins remettre à sa place non seulement l'auteur du bide le plus gênant de toute l'histoire de la MGM, mais aussi sa star, l'acteur John Gilbert, qui n'en finissait pas de payer, par sa participation à des films de série B, le bourre-pif qu'il avait allongé à Louis B Mayer en 1927...

L'histoire est hautement improbable, et concerne deux travailleurs du bâtiment (ils sont sur des poutrelles métalliques en plein New York, bref ils participent à l'élévation... des autres), qui ont une drôle d'habitude: l'un d'entre eux (Robert Armstrong) tombe amoureux toutes les cinq minutes, alors l'autre (John Gilbert) s'emploie à séduire l'élue pour prouver à son copain que la fille ne vaut rien. ca marche, ça a toujours marché, ils restent copains comme cochons... Jusqu'au jour où Armstrong tombe amoureux d'une femme que Gilbert connaît...

On le voit, cette intrigue semble déplacée dans la carrière d'un metteur en scène qui a passé sa vie entière à réaliser des films d'aventure, des films fantastiques, et ces nombreuses bizarreries, qui ont fait sa renommée. Mais après tout, pourquoi pas? Mais voilà, le film a beau être vendu comme une comédie, le jeu constamment amer de John Gilbert (qui a un sérieux problème d'alcool, et ça se voit) rend la chose désagréable, la naïveté du personnage de Robert Armstrong fait que tout le film se joue contre lui. Maintenant, le "truc" des deux hommes, connu de leurs copains, vire parfois à la représentation, ce qui occasionne des scènes curieuses, mais attachante, et les deux personnages, brièvement, rejoignent les professionnels du spectacle qui abondent dans l'oeuvre de Browning... Mais par endroits seulement.

 

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Published by François Massarelli - dans Tod Browning Pre-code
4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 17:23

Je me souviens, à la sortie de ce film, de la volée de bois vert critique reçue par ce qui était surtout présenté comme un remake de The shop around the corner! Le film est d'ailleurs explicitement présenté comme adapté du script du film de Lubitsch par Samson Raphaelson, et non de la pièce qui l'avait inspiré (Parfumerie, de Miklos Laszlo). Vingt ans après, il est intéressant de se replonger dans le film, et il n'est évidemment pas du tout question d'oblitérer ou d'oublier le chef d'oeuvre de Lubitsch. Comment pourrait-on, d'ailleurs? ...Mais si le film de Lubitsch était en 1940, aux heures sombres, un moyen idéal de rappeler ce qu'était l'humanité, celui de Nora Ephron joue surtout un rôle assez anecdotique, dans un monde assez tranquille et qui roule tout seul. Pour les protagonistes de 1998, les dangers sont d'ordre économique (perdre son travail, perdre une boutique qui a marché droit pendant plus de quarante années) ou sentimentaux... 

Kathleen Kelly (Meg Ryan) et Joe Fox (Tom Hanks) s'écrivent quotidiennement, depuis qu'ils ont découvert le joyeux monde d'un tout nouveau média, internet; ils s'envoient des e-mails dans l'intimité de leurs demeures respectives, et sont clairement faits l'un pour l'autre, sans savoir qu'ils se connaissent dans la vraie vie: Kathleen tient une petite librairie spécialisée depuis 42 ans, qu'elle tient de sa mère, et qui vend exclusivement des livres pour enfants, et Joe est quant à lui propriétaire du méga-store spécialisé dans la librairie à bas prix qui va ouvrir juste en face. Bref, ils se détestent, et ont toutes les raisons pour. Ils vont ignorer la vérité, jusqu'à ce que...

C'est adorable, finalement. Les acteurs tirent le meilleur parti de cette histoire telle qu'elle est devenue, c'est à dire un conte léger et cotonneux, dans lequel on SAIT que fatalement, ils finiront par vivre ensemble, être heureux et avoir probablement beaucoup d'enfants. Dans ce monde pré-onze septembre, c'est tout le bonheur qu'on leur souhaite... Mais le film agit aussi de façon involontaire, comme capsule temporelle justement: voilà à qui ressemblait le New York d'avant Internet, d'avant le 11 septembre, d'avant l'incertitude, d'avant la crise, d'avant Bush et d'avant Trump. Et voilà un Tom Hanks quadragénaire, une meg Ryan à l'époque où on pouvait la considérer comme une star, et un grand nombre d'acteurs 'qui montaient', parmi lesquels Greg Kinnear, Steve Zahn, Parker Posey, Michael Baladucco, et d'autres. Beaucoup d'entre eux ont fait une jolie carrière depuis...

Bref, si vous n'aimez pas les films dans lesquels tout est suspendu à un geste qui trahira l'affection, à un baiser qui ne viendra que dans la dernière minute, les sentiments assumés, passez votre chemin; pour le reste, y compris si vous êtes comme moi un fan de Lubitsch, de James Stewart et de Margaret Sullavan, eh bien... Vous pouvez y aller.

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Published by François Massarelli - dans Comédie