Tom Jones, né enfant illégitime (mais de qui? La question, elle, est légitime mais n'a pas vraiment de réponse totalement satisfaisante...), est élevé par le très digne (et insoupçonnable) Allworthy, le bien nommé. Si Tom a donc une éducation proche de celle d'un lord, il a aussi des opportunités, notamment auprès des dames... C'est donc à une suite d'aventures plaisantes, cocasses, coquines, ribaudes, et j'en passe, que nous invite ce film, de coup de théâtre en renversement de situation.
Tony Richardson a fait partie de ceux qui ont fondé une autre nouvelle vague, Britannique celle-ci, largement dominée par des films sur la classe ouvrière... Jusqu'à ce Tom Jones, qui a non seulement eu un énorme succès, mais a aussi raflé l'Oscar du meilleur film cette année-là! De la vague nouvelle française, Richardson a pris deux choses: d'une part, un refus de la recherche de perfection, afin de laisser respirer son film; d'autre part, il se livre à des petits jeux de narration réjouissants, et s'interdit de s'interdire quoi que ce soit. Il brise avec allégresse le quatrième mur, et ose en permanence improviser...
Richardson, entouré d'acteurs compétents, voire géniaux, a des idées qui vont au-delà de ces quelques transgressions formelles, et a surtout une histoire à raconter. Il se base sur un roman picaresque, un classique de la littérature populaire britannique: Tom Jones, a foundling, de Henry Fielding, est publié en 1749, et comme on s'en doute, c'est un roman haut en couleurs, qui jette le flegme britannique par dessus les orties, sans se priver le moins du monde... Et c'est un film qui vient du pays dont Truffaut, célèbre représentant d'une autre nouvelle vague, a dit un jour qu'il était incompatible avec le cinéma.
...Du reste, le film aussi fait souvent fi des convenances, qui anticipe de quelques années la grande explosion du swinging London. Tony Richardson et son casting se livrent à une petite révolution qui a le bon goût de savoir occasionnellement s'arrêter («par respect des bonnes mœurs et de notre censeur», nous dit clairement la voix off) et donc pourra être entendu jusqu'au bout, sans crainte de dame Anastasie. Mais ce qu'il nous raconte est finalement l'inéluctabilité d'une révolution des mœurs, et bien sûr de la libéralisation sexuelle qui allait venir. L'introduction du film est un film muet, avec intertitres, les personnages nous parlent parfois, nous regardent souvent, les arrêts sur image appuyés sont légion: c'est raconté d'une façon hilarante, interprété par Albert Finney, Susannah York, Hugh Griffith (parfois tellement saoul sur le tournage qu'il a fourni des cascades involontaires), Jack McGowran, Joan Greenwood et David Warner... bref: j'en redemande.
Jules White est un troupier de la comédie de court métrage aux Etats-Unis, un routier du deux bobines : de 1924 à la fin des années 50, par principe, il n'a jamais été amené à réaliser seul un film de long métrage, préférant le champ d'expérimentation et la permissivité du court... Il a tourné avec Buster Keaton, Harry Langdon (ces deux exemples à l'époque du parlant), les Three Stooges auxquels il est souvent associé, et Charley Chase. Et il a parfois été amené à réaliser des courts métrages pour Hal Roach avec Thelma Todd et Zasu Pitts, dans la mesure où Roach voulait garder l'équipe des Laurel et Hardy intacte, entièrement consacrée aux aventures des garçons...
C'est toujours à Laurel et Hardy qu'on pense quand on voit un film de cette série féminine, mais avec celui-ci plus que d'habitude : car une bonne part de ce film est une variation sur le film Berth Marks (1929) : Zasu et Thelma, artistes de music-hall, sont engagées pour une tournée, et doivent prendre le train en compagnie d'autres artistes. Elles ont un numéro avec un singe, et bien sûr, c'est l'animal qui va fournir l'essentiel des problèmes, mais pas seul... Un accrochage homérique avec Anita Garvin (dans un grand numéro d'auto-parodie) fait tout le sel de ce film, qui n'est pas excellent, mais qui est plutôt réussi face à d'autres courts métrages moins convaincants du duo.
Les courts métrages mettant en vedette le duo Thelma Todd et Zasu Pitts (remplacée quelques années plus tard par Patsy Kelly, moins nunuche et plus pro-active que Zasu Pitts) ont des hauts et des bas, et on comprend ce qui motivait Roach en créant cette série : profiter d'une dynamique similaire à celle de Laurel et Hardy, tout en explorant les aspects d'une intrigue que les deux célèbres comédiens s'interdisaient, à savoir tout ce qui avait trait au charme et à la romance...
Les deux filles sont en couple avec deux musiciens, qui leur donnent rendez-vous pour une petite période de vacances. Mais en partant en voiture, elles ont un petit accident, et la voiture se retrouve dans un étang. La riche personne responsable de leur malheur les invite dans sa maison, où on donne justement une fête somptueuse... Si Thelma n'aura aucun mal à s'imposer et à séduire son monde, Zasu a plus de mal à s'adapter aux façons du grand monde...
...Le problème ici vient de la direction : on sait que Hal Roach, qui s'est longtemps entêté à mettre en scène, n'était doué que s'il avait face à lui des acteurs capables de supplanter son absence de talent : Charley Chase, Stan Laurel ou Harold Lloyd, par exemple. Ici, on a le sentiment que Roach a décidé de calquer le rythme de son film sur Zasu Pitts, justement, ce qui en fait un film lent, très lent... Même si elle a du génie, à sa façon, c'est parfois pénible : le film, qui a ses qualités, est surtout une occasion manquée.
La soudaine rencontre de deux mondes que tout oppose, c'est particulièrement en France la source fréquente de comédies. Et en ce début de 21 e siècle, on ne va pas s'étonner d'y trouver justement une intrigue liée à la rencontre des contraires de la société d'aujourd'hui, les jeunes de la banlieue d'un côté, les favorisés de Neuilly de l'autre. C'est une comédie, j'insiste sur ce fait car j'imagine que les critiques sont nombreuses à l'égard d'un film qui prend le parti de la légèreté...
Samy Ben Boudaoud (Samy Seghir) et sa mère Nadia (Farida Khelfa) vivent à Chalon-sur-Saône, dans une cité. Ils sont seuls depuis que le père de Samy, fan de football, a fait un infarctus pendant la finale France-Brésil de la coupe du monde de 1998 (ce qui a provoqué pour Samy un rejet total du football, et une haine farouche à l'égard de Zinedine Zidane...). Mais si elle veut s'en sortir, la maman doit accepter un travail sur un bateau; elle doit donc confier son fils à sa famille, et la seule famille qui lui reste, c'est sa sœur Djemila (Rachida Brakni), qui est la brebis galeuse de la famille : elle s'est mariée à un industriel du porc, Stanislas de Chazelle (Denis Podalydès), qui a deux enfants. Samy vient donc vivre chez sa tante, à Neuilly sur Seine, et va donc devoir composer avec un changement d'établissement scolaire (d'un collège de banlieue et de province, vers un collège Catholique et privé de Neuilly), un changement d'environnement, un changement de famille surtout : sa « cousine » Caroline (Cloé Coulloud), qui aime voir son père en difficulté, s'accommode fort bien de ce cousin exotique, mais Charles de Chazelle, qui a le même âge que Samy, n'accepte absolument pas la présence à la maison de cette « racaille » (ses propres termes) qui vient contrecarrer ses plans d'une carrière politique dans l'ombre gigantesque de son immense mentor, Nicolas Sarkozy...
Mieux vaut en rire, après tout... Certes, ce n'est pas fin, tout ça, et le scénario de cette petite comédie, en dépit d'un nombre impressionnant d'écarts de langage, tous justifié, confine à la première production Disney venue (rencontre entre deux mondes, bouderie, conflit, solidarité, réconciliation et félicité absolue au final)... Mais c'est parfois drôle, sans forcer nécessairement vers le décalage ou le « déjantage » cette sale manie ; et à l'heure où la méfiance inter-communautaire tourne de plus en plus à l'affrontement, où l'islamophobie regagne du terrain, on a envie d'une petite bulle de gentillesse. Y compris à Neuilly.
Rien n'est simple? Voire... Dans ce film épique où, finalement, pas grand chose ne se passe, il me semble que Michael Cimino a limité la portée symbolique, l'interprétation grandiose, ou même qu'il se soit contenté de réaliser une épopée du quotidien, qui tourne mal. Il l'a fait en particulier, avec le projet de rendre hommage à la classe ouvrière, ce qui n'a rien de banal, et il a aussi réalisé le premier film d'importance autour du traumatisme du Vietnam. Bien sûr, The green berets est sorti en 1967, mais c'est un abominable navet, et Apocalypse now, commencé avant le film de Cimino, ne sortirait que l'année suivante...
Le film prend ses racines en Pennsylvanie, dans une communauté russophone et orthodoxe, dont Nick (Christopher Walken), Michael (Robert de Niro), Steven (Jon Savage) sont les représentants. Ils travaillent dans une fonderie, et partagent la même vie et les mêmes loisirs. En particulier, ils aiment se rendre à la chasse, un sport pour lequel Nick et Michael ont développé toute une philosophie et tout un code d'honneur. Et les trois jeunes hommes vont partir pour le Vietnam: ils se sont engagés, et sont fiers de partir pour leur pays... Tout de suite après le mariage de Steven, en fait, et après la partie de chasse que les copains du marié s'offrent avant même d'avoir enlevé leurs smokings...
Au Vietnam, les choses tournent justement au chaos indescriptible pour les trois hommes. Ils sont faits prisonniers, et torturés avec un moyen inattendu: une partie permanente de roulette russe, pour le bénéfice de leurs geôliers qui parient sur les résultats. Mais ils réussissent à s'évader. Par contre, ils ne parviennent pas à rester ensemble. Steven, amputé des deux jambes, est ramené au pays; Michael revient quelques temps plus tard... Et Nick ne donne pas signe de vie, à part des liasses de dollars qu'il envoie en Amérique, chez Steven. Michael décide de tirer ça au clair.
Dans la première heure, entièrement consacrée aux 48 heures tournant autour du mariage de Steven et Angela, le metteur en scène privilégie le plan séquence, et obtient un naturalisme inédit dans la peinture d'un microcosme Américain saisi dans une vérité impressionnante. Comme dans Heaven's gate, l'utilisation du folklore et des rassemblements (ici, la fête après le mariage) joue un rôle crucial dans la dimension naturaliste, et nous permet d'assister à la façon dont une communauté Américaine fait corps. Un écho à cette situation est bien sûr la pathétique scène finale, lorsque les survivants trinquent ensemble à l'un d'entre eux, et entonnent avec un manque d'enthousiasme notable, un chant patriotique... La plupart des scènes tournées en Pennsylvanie sont notables pour leur utilisation du cadrage, qui n'omet jamais de nous rappeler la présence de l'usine, qui devient beaucoup plus qu'un décor. A elle seule, elle semble jouer un rôle important dans la caractérisation de toute une communauté.
Car le véritable sujet n'est pas le Vietnam, mais plutôt la façon dont une partie de la population, celle qui a a toujours le plus à perdre bien qu'elle n'ait pas grand chose, a traversé la période, en prenant souvent une tragédie pour une opportunité: opportunité de compter, de faire quelque chose pour son pays, de s'élever... Cimino rend hommage à la classe ouvrière en montrant ses hommes comme ce qu'ils sont: ce qui caractérise ces protagonistes, ce n'est pas l'absence de sophistication, mais l'absence de prétention. Ils partagent une culture, pour commencer. Des doutes? Ils en ont, bien sûr. De l'honneur? Ca oui! Michael, qui considère que la seule façon de tuer un cerf est de ne s'autoriser qu'une seule balle, a un code moral très strict. Du courage, évidemment, mais aussi une certaine insécurité, comme le montre le personnage de Stanley (John Cazale, dans son dernier rôle, était mourant lors du tournage) qui se rassure comme il le peut, avec une arme toujours chargée qu'il emporte sur lui, mais dont il ne sait pas forcément quoi faire! Lui aussi a de l'honneur, d'ailleurs: mais ça non plus, il ne sait pas trop quoi en faire...
Michael Cimino, qui peindra un autre désastre quelques années plus tard avec l'un des films les plus controversés, et aussi les plus beaux qui soient (Heaven's gate), n'a pas besoin de pousser le bouchon trop loin pour montrer la catastrophe qu'était le Vietnam, une catastrophe sur l'homme d'abord. L'homme, qu'il soit revenu intact (Michael), qu'il soit revenu en morceaux (Steven) ou qu'il ne soit pas revenu du tout (Nick), participe au conflit sans trop le comprendre, et n'en retirera qu'une impression de gâchis.
Cimino, beaucoup attaqué par tous les côtés pour avoir introduit l'idée de roulette Russe, et pour le coté fragmentaire de sa vision du conflit, a pourtant bien limité sa partie sur le Vietnam à l'expérience chaotique d'une poignée d'hommes; il a par ailleurs beaucoup utilisé, avec efficacité, l'image médiatique de la guerre du Vietnam, qui reste pour toujours liée à la façon dont l'inconscient collectif à refaçonné cette période de l'histoire: l'exode final, l'anecdote de l'hélicoptère jeté à la mer, etc... Quant à la roulette Russe, quelle meilleure métaphore pouvait-il y avoir?
Le film, d'une profonde honnêteté quant à toutes les interprétations qui peuvent s'en dégager, est l'un des plus beaux témoignages qui soient, précisément parce qu'il n'est ni fermé, ni exhaustif. Chacun amènera avec lui ses doutes, ses certitudes, et ses impressions...
Barbara Manning (Bebe Daniels) est une jeune héritière d'une famille riche, et particulièrement excentrique d'hypocondriaques. Au moment de sa majorité, elle doit passer sous la tutelle d'un nouvel oncle, après avoir été sous la responsabilité d'un autre: ce dernier, obsédé par la santé, l'empêche de tout faire depuis sa plus tendre enfance, de peur que son père ne s'emballe. L'autre souhaite que sa filleule s'émancipe de cette obsession sanitaire et vive un peu... Quand la jeune femme décide de se rendre au sanatorium qui appartient à la famille, l'oncle en question va être servi: l'établissement est tombé dans les mains de l'étrange docteur Todd (William Powell): celui-ci n'est pas un vrai docteur, mais un bandit, et le sanatorium est devenu une plaque tournante du trafic d'alcool frelaté... Mais bien sûr, elle ne s'en rend pas compte, et va bénéficier du soutien inattendu d'un trafiquant qui est en réalité un journaliste en plein reportage sensationnel (Richard Arlen)...
La plupart des films Paramount de Bebe Daniels ont disparu, et au vu de ceux qui nous restent, c'est dommage! Venue du slapstick avec Harold Lloyd, elle combine un talent de comédienne romantique, avec une absence de scrupule pour participer occasionnellement à de la comédie un peu plus physique. Et ici, elle mène le jeu avec humour et une grande dose de charme. Elle y joue comme du temps de Harold Lloyd une ravissante farfelue, qui ne se rend absolument pas compte du fait que l'établissement qui l'accueille est tout sauf un hôpital, justement: totalement imbue d'elle-même, absolument pas ouverte au monde, la jeune femme est précisément un pendant féminin de l'hypocondriaque Harold Lloyd de Why Worry? qui ne se rend absolument pas compte que l'île Sud-Américaine sur laquelle il vient de débarquer est en proie à une révolution sanglante...
Le film est l'oeuvre de Gregory La Cava, dont la vaste œuvre reste pour moi un grand chantier de découverte... Il a le don pour faire coexister, justement, la comédie et la romance, notamment en glissant dans le sanatorium le journaliste infiltré, joué par Richard Arlen, qui va être à la fois élément perturbateur et objet de l'affection de l'héroïne... Et bien sûr, la confrontation avec William Powell est féconde. Celui-ci, clairement, s'amuse à jouer les terreurs... Son style partagé entre un jeu clair et direct, naturel mais souvent inquiétant (il a fallu attendre le parlant pour qu'il lui soit proposé des rôles positifs), et un abandon comique qui éclate lors d'une scène au ralenti, quand le "docteur Todd" est victime de l'évaporation du chloroforme, et participe à un superbe ballet surréaliste. Et Bebe Daniels, certes la star du film, n'a pas non plus peur d'affronter la comédie, et se livre ici à quelques plaisanteries, pour lesquelles elle n'a pas eu besoin de doublure. On appréciera notamment son numéro de surf sur planche improvisé, et une scène de beuverie loufoque...
On n'en revient pas: ce film a été un flop monumental, suite à des critiques unanimement négatives à l'époque de sa sortie. Dans ce cas, sa survie est un miracle, une fois de plus...
On connait mieux Billy West en imitateur, d'ailleurs compétent, de Chaplin, qu'en acteur original de comédies. Il faut pourtant croire qu'après quelques années à imiter le aître, en portant son costume et en répétant ses gestes, la justice a du s'y intéresser d'un peu plus près, poussant le comédien à adopter un style plus personnel... En 1922, le grotesque n'a plus autant la cote que lors de la décennie précédente, et c'est donc plutôt sur Harold Lloyd que West va calquer son personnage: il en fait un citadin, avec canotier, et une moustache anonyme qui le ne le distingue pas vraiment des figurants de son film. Une volonté d'ancrer son film dans le réel qui rend ce court métrage de deux bobines assez plaisant, mais soyons franc: il y a des idées, beaucoup même, mais pas l'ombre d'une direction dans ce film qui accumule les gags...
Essentiellement, il tourne autour de la promenade dans la ville d'un homme qui semble n'avoir ni but ni occupation, et qui au gré des scènes, rencontre et interagit avec un voyou, un policier, une vieille dame (interprétée par le vétéran de Sennett Frank hayes, qui jouera aussi dans Greed), et une jeune et jolie voisine de la précédente. Le film finit par acquériri une unité quand Billy souhaite passer du temps avec la jolie fille et se retrouve flanqué de la vieille à la place... Bon, ce n'est pas la finesse qui triomphe dans le film, mais il est plaisant, au moins.
C'est d'un roman noir de Patrick Alexander, Mort d'une bête à la peau fragile, que Lautner tire son troisième film avec Belmondo. Une fois de plus, Audiard est de la partie, pour l'une des dernières fois, mais le scénario est signé de Lautner et du nouveau venu Jacques Audiard, dont le père, évidemment, se charge des seuls dialogues.
C'est loin d'être son chef d'oeuvre...
Josselin «Joss» Beaumont, un agent secret Français, a été arrêté dans une petite dictature Africaine, alors qu'il se préparait à assassiner le président Njala, sa mission. Mais le gouvernement français ayant changé, les relations avec le président en question aussi, et c'est donc avec la collaboration active du service qui l'a envoyé que Beaumont a été démasqué. Il passe donc deux ans dans un bagne, mais s'évade de façon spectaculaire, et rentre en France juste à temps: le président Njala doit effectuer une visite diplomatique en France: l'occasion pour Joss de terminer sa mission d'une part, et de se venger d'autre part des services qui l'ont trahi...
D'une part : au moins, il y a une histoire, et Belmondo n'est pas en totale liberté comme il pouvait l'être sur le film précédent, l'infect Le guignolo. On pourra toujours discuter de l'opportunité de lui faire dire « Couscous poulet » avec un accent qui donne l'impression qu'à côté de lui Michel Leeb est Victor Hugo, pour un gag totalement idiot, et surtout pas drôle, mais dans l'ensemble, Belmondo joue. Mal, mais il joue. Un personnage bien dans sa ligne (coucheur, raciste, buveur, arbitraire, violent, manipulateur), et qui se croit drôle, bien sûr. Pour le reste, le film est aussi dans la ligne des polars de Lautner, ceux qui sont à prendre au sérieux : une ligne droite, méthodique et assez impitoyable, dans laquelle le destin montre que l'espoir n'a pas sa place, et dont les incidents peuvent ressortir du pus haut baroque.
Mais politiquement... Dans ce film ou on critique en permanence la démocratie et ou on n'utilise pour parler d'un dignitaire étranger que les mots de «négro», «nègre», voire qu'on le compare à un singe, oh, avec subtilité, mais c'est encore pire... On aime Lautner au pays des rigolos, de Bernard Blier et de Francis Blanche, pas quand il devient la concitoyen de Nadine Morano et cette vieille saloperie de Céline, l'écrivain préféré d'Audiard. C'est à fuir, il n'y a rien, mais alors rien à sauver dans ce film nullissime. Pas même la musique de supermarché d'Ennio Morricone.
Réalisé durant le printemps 1934, mais sorti en septembre, soit après le retour du Code de production qui limitait sérieusement la liberté (et donc les côtés subversifs) des films produits dans les studios Hollywoodiens, Dames est la dernière grande comédie musicale de la Warner, cette fameuse série dont les ciné-chorégraphies assurées et filmées par Busby Berkeley étaient le centre d'attention. C'est aussi un cas d'école, car il me semble que c'est le premier de ces films dans lesquels les fameuses séquences musicales se font, mais oui, voler la vedette par la comédie !
La faute au casting, à n'en pas douter... Horace P. Hemingway (Guy Kibbee) se rend chez son cousin par alliance, le richissime et excentrique philantrope et père la pudeur Ezra Ounce (Hugh Herbert). Celui-ci lui promet de lui doner, en avance sur son testament, dix millions de dollars, à condition que ce brave Horace, bon père de famille, mari sans histoire (De Mathilda interprétée âr Zasu Pitts), et emballeur de saucisses de son état, mène une vie irréprochable. Facile, pense Horace... Mais deux éléments vont lui mettre des bâtons dans les roues : d'une part, sa fille Barbara (Ruby Keeler) est amoureuse du lointain cousin Jimmy (Dick Powell), un acteur (!!!), donc la brebis galeuse de la famille aux yeux d'Ezra ; d'autre part, sur le chemin qui le ramène en comagnie d'Ezra, Horace tombe entre les mains expertes d'une showgirl, Mabel (Joan Blondell)... Qui une fois en ville saura le faire chanter pour le pousser à financer pour Jimmy un show du genre qu'Ezra déteste : il y a des filles («dames ») dedans...
La formule habituelle des films Warner se double ici d'une solide comédie de mœurs avec quiproquos et portes qui claquent, dans laquelle Guy Kibbee excelle. Ajoutez à ça Zasu Pitts et Hugh Herbert, et dès le départ, on a une promesse de comédie bien charpentée. Dans la lutte désespérée du cousin Ezra pour rester du côté de la probité, on notera un gag récurrent : à chaque fois qu'il est pris de hoquet, le bon Ezra se sert une goulée d'un élixir dont il est absolument persuadé qu'il va le guérir, sans jamais s'percevoir qu'il s'agit probablement de la gnôle frelatée de la pire espèce... Il est contagieux en plus, et Mathilda et Horace le rejoignent dans une scène de saoulôgraphie particulièrement appuyée.
Et puis il y a le code... Donc Busby Berkeley se retient beaucoup, notamment dans un numéro charmant et collet monté, qui plus est chanté par Joan Blondell : pas une bonne idée, maintenant on sait pourquoi Busby Berkeley avait souhaité ne proposer u'un numéro « parlé » à l'actrice dans le ballet Remember my forgotten man, dans Gold Diggers of 1933! Sinon, le ciné-chorégraphe laisse libre cours à son génie délirant dans I've only got eyes for you, où il démultiplie Ruby Keeler d'une façon très extravagante. Enfin, avec Dames, il se lâche un peu, ose nous convier dans la salle de bains des « filles » célébrées dans la chanson.
Mais tout en ayant leurs mérites, ces numéros ne possèdent pas la vitalité, la nouveauté, le mordant des splendeurs passées telles qu'elles sont apparues dans 42nd street, Footlight parade et Gold Diggers of 1933. Le film avec lequel Busby Berkeley commencera à son tour à mettre en scène non seulement les numéros musicaux mais aussi toute l'intrigue, sera d'ailleurs le moins bon de tout le cycle : bien fait, oui, mais terriblement fade... Ce qu'on ne peut pas dire de celui-ci, dans lequel pour la dernière fois, l'intrigue et les personnages jouent à cache-cache (ou à cache-sexe ? Je sors?) avec la censure : Joan Blondell, attendant Horace dans sa cabine en nuisette, les Dames dans leur baignoire sous une couche abondante de mousse, et les très efféminé Ezra qui proclame fièrement qu'il « Disapproves of females »... La friponnerie faisait encore un peu de résistance, mais ça n'allait pas durer.
C'est en 1937, soit trois ans après la sortie du film WB Dames, que Tex Avery va en détourner la pièce de résistance. On sait que la plupart des fimls de la série Merrie Melodies sont largement basés sur les chansons entendues dans les films de la Warner; le fait que I've only got eyes for you, chanté à deux reprises par Dick Powell dans le film déjà cité plus haut de Ray Enright, soit devenu plus ou moins un « tube » de l'époque, n'a fait qu'encourager le studio de Leon Schlesinger...
Mais en 1937, on attendrait plutôt que Friz Freleng ne dirige un tel film... Car le style du vétéran et celui du Texan, sont quand même radicalement différent. A la base, le script du film raconte l'habituelle histoire mélodramatique du ver de terre amoureux d'une étoile. Un oiseau, vendeur de glace, aime une belle dame canari, qui ne se soucie pas de lui, puisqu'elle n'aime que les crooners. Il va la séduire par un stratagème, et rater sévèrement son coup... Mais dans le film d'Avery, tout change. D'abord, il allonge l'exposition pour en faire un prologue, donne une substance (parodique, certes, mais quand même) non négligeable au personnage principal, et en fait la victime des attentions pas vraiment catholiques d'une oiselle défraîchie, qui veut le garder avec elle pour le gaver de tartes ; enfin, il fait de la dame des pensées du héros une émule de Katharine Hepburn, un gag qui reviendra souvent... Et c'est plutôt drôle.
Le héros, qui parle avec un bafouillage particulièrement prononcé, est le contraire même de la sophistication, et il lui faut trouver un partenaire pour devenir un crooner : il persuade un imitateur (doué, il en fait une démonstration impressionnante) de chanter dans son camion de glace, pendant qu'il chante en play-back, une chanson qui n'est autre que...
(Soupir)
...I've only got ice for you. Tout ça pour ça ? Disons que quand un jeu de mot est aussi insondablement, glorieusement, pathétiquement mauvais, il mérite au moins l'attention, sinon le respect...
Quant à la morale, c'est le héros qui la fournit, lorsqu'il se résigne à accepter les avances en tartes de l'autre femme : Anyhow, she can cook.