Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 17:12

Dans les années 10, à l'exemple de la Universal (une compagnie toujours bourgeonnante à cette époque reculée, qu'on laissait faire dans son coin pendant que les compagnies "sérieuses" faisaient de l'art), certains studios étaient tout à fait d'accord pour confier les rênes de productions à des femmes. à plus forte raison quand celles-ci avaient plusieurs "casquettes": actrices, productrices, auteures... Et réalisatrices: c'est le cas par exemple de la plus célèbre d'entre elles, Lois Weber (qui est passé par la Universal, justement) mai aussi de Helen Holmes, ou de Grace Cunard.

Cette dernière travaillait beaucoup en collaboration avec un autre acteur-directeur, le grand Francis Feeney dit Ford (oui, le grande frère de John Feeney). C'est sous l'impulsion, la direction, et l'inspiration de Grace Cunard que ce serial dont très peu d'éléments subsistent a été réalisé. Les deux principaux protagonistes se partagent donc la direction... Francis Ford y interprète l'inspecteur Kelly, un Lestrade en un peu moins coincé, qui est amené à résoudre des affaires louches qui visent souvent des gens de la haute bourgeoisie, un peu marrons dans l'ensemble. Mais si les gens pour lesquels il est amené à travailler son malhonnêtes, il est surtout obsédé par l'idée de coffrer l'intrigante aventurière surnommée Le Masque Violet, qui semble en vouloir justement à ces grands bourgeois et autres pontes de l'industrie, et dont les méthodes (identité secrète, sbires mystérieux vêtus de masques, etc) sont pour le moins douteuses. Comment se douterait-il qu'il s'agit en fait de Patsy Montez (Grace Cunard), jeune héritière richissime dont la fortune est le sésame de toutes les extravagances?

Il est dommage qu'aucun épisode ne nous soit parvenu intact, et ceux qui survivent sont tous plus ou moins issus de la fameuse découverte de Dawson City: des bobines jetées pèle-mêle dans des cavités qu'il fallait combler avant de les recouvrir de béton... Ces films, congelés mais attaqués par l'humidité, portent tous les stigmates de l'eau, et sont tous incomplets, sauf ceux bien entendus dont on a conservé d'autres copies (The half-Breed, de Dwan par exemple).

Mais soyons francs: dans ces aventures sans queue ni tête, ce qui comptait manifestement, c'est justement cette joyeuse impression de grand n'importe quoi, ces aventures dans lesquelles un petit bout de bonne femme espiègle venait à bout des injustices avec l'aide involontaire d'un grand nigaud de détective qui n'avait rien compris à rien, mais sur lequel on pouvait parfois compter... Et qu'il fallait parfois sauver des griffes d'un caïman, ou d'une chute mortelle dans un donjon.

Bref, c'est une autre époque, qu'on retrouve avec une âme d'enfant. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1917 Serial Grace Cunard Francis Ford **
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 16:54

Au XIXe siècle, dans un coin boisé du Berry (normal, on est chez George Sand), vit une petite communauté de braves gens, qui sont observés de loin par Fanchon (en Français, la Petite Fadette, interprétée par Mary Pickford), une sauvageonne qui vit à l'écart avec sa grande-mère; on soupçonne cette dernière de sorcellerie... Mais Fanchon est fascinée par "les autres", et surtout par Landry (Jack Standing), le fils d'un des notables locaux. Quand elle le voit aux bras de sa promise Madelon (Lottie Pickford), Fanchon décide de la remplacer purement et simplement...

C'est une rareté, retrouvée dans les vingt dernières années entre Londres (le BFI, où Kevin Brownlow en aurait visionné une copie incomplète dès 1999), et Paris (La cinémathèque Française, où l'on aurait "trouvé" une copie en 2012); le film était un souvenir ému de Mary Pickford qui commençait à vraiment contrôler sa carrière, et qui jouait ici en compagnie de sa soeur Lottie et de son frère Jack. C'est sa première collaboration avec quelqu'un qui va jouer un rôle important dans sa vie, la scénariste Frances Marion. Le réalisateur est loin d'être un inconnu, puisque James Kirkwood était un ancien collègue de bureau, en quelque sorte: un acteur de chez Griffith (très souvent employé dans les films Indiens), qui était passé à a réalisation en 1912...

Et justement, la réalisation, parlons-en: si le principal choix est ici de repérer des localités (en Pennsylvanie) qui peuvent à peu près passer pour le Berry, et les cadrer dans des compositions toujours pertinentes, je dirais que la mise en scène reste malgré tout soumise à 100% à la star. Ca ne nous étonnera pas, car le film est vraiment un écrin pour le jeu enjoué et dynamique de Mary Pickford, mais dans une version nettement moins enfantine que d'habitude. Elle est une jeune personne qui arrive à l'âge adulte et se sent prête à se mesurer avec les jeunes femmes de "l'autre monde" (à commencer par la pauvre Madelon qui en prend pour son grade), et expérimenter avec son capital de séduction. Si on excepte l'impression irritante que les villageois de ce coin du Berry sont embarqués dans une ronde perpétuelle (mais c'est le point de vue de "Fanchon", après tout), le film est une bien belle aventure cinématographique qui de surcroît resplendit dans une reconstitution de grande qualité...

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1915 Muet Mary Pickford **
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 16:34

Les deux frères Fuchs se livrent une guerre sans merci depuis des années: l'un et l'autre tiennent en effet un garage de voitures d'occasion (situés de part et d'autres du même tronçon de route), mais ils n'ont pas la même philosophie du métier. Disons que Luke est légalement malléable, mais ce n'est pas le mauvais bougre; par contre, Roy, le plus aisé, est sinon honnête, en tout cas attaché à l'idée de garder une apparence de légalité: il graisse des pattes, et d'ailleurs ses appuis politiques l'ont prévenu de l'imminence de la construction d'une bretelle d'autoroute qui passera par son magasin: il est donc urgent pour lui de se débarrasser de son frère, de faire main basse sur son magasin et de continuer son business. Si ça passe par la mort de Luke, c'est un moindre mal...

Toute cette histoire est en fait racontée du point de vue d'un vendeur employé par Luke, Rudy Russo (Kurt Russell), qui est moins regardant que Luke sur les méthodes à employer pour faire un chiffre d'affaire conséquent. Sinon, les deux frères ennemis sont incarnés par Jack Warden, et je baille d'avance à l'idée de reprendre le casting entier. Autant le dire tout de suite: c'est une comédie, certes. On y rit, parfois. Mais c'est fatigant! et d'une vulgarité sans nom... Pour mémoire, Robert Zemeckis est le metteur en scène de Roger Rabbit, Romancing the stone, Forrest Gump, Back to the future et Contact. Used cars est-il son pire film? Que oui! ça ressemble à un brouillon d'une copie de travail d'une version alternative de 1941 qui n'aurait pas été réalisée par Spielberg (je rappelle que ce dernier film était lui aussi basé sur un script de Zemeckis et Bob Gale), mais en plus hystérique encore. Il doit bien y avoir cinq ou six minutes à sauver...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 18:17

Transformé, assagi, ou tout simplement inscrit dans une évolution? On a connu un Dumont embarqué dans une croisade naturaliste qui débouchait sur des films durs, tendus et dont le jeu confié à de seuls acteurs non-professionnels était VOLONTAIREMENT approximatif, sans parler des plans fixes de 14 minutes sur une vache qui regarde passer les trains... On l'a connu aussi en pourvoyeur paradoxal d'une mini-série sur Arte, P'tit quinquin, qui obéit aux mêmes principes que ces premiers longs, à savoir un tournage Nordiste avec uniquement des amateurs du cru. Une oeuvre étrange, qui distille à la fois une atmosphère burlesque et une impression forte de malaise, liée à l'impression insistante que les acteurs d'un jour étaient utilisés justement pour leur incapacité à jouer, et pour leur étrange naturel, à leur corps défendant.

C'est la raison pour laquelle Ma Loute est réjouissant: cette fois, les acteurs amateurs et débutants (certains qui jouaient pour la première fois se sont ensuite lancés dans une carrière) sont accompagnés d'acteurs professionnels, et quels: Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Jean-Luc Vincent et Fabrice Luchini, qui tous d'ailleurs jouent les membres d'une même famille, des bourgeois de Lille qui sont un peu des étrangers en côte d'Opale, où ils vont passer leurs vacances, par opposition aux acteurs locaux qui tous (sauf les enfants de la famille bourgeoise) jouent des gens du peuple, et les policiers...

En 1910, sur la Côte, une série de disparitions étranges secouent une petite localité de pêcheurs. L'inspecteur Machin enquête, secondé de son fidèle adjoint Malfoy. Pendant ce temps la famille Van Peteghem prend ses quartiers d'été: le père André, la mère Isabelle, les filles, et Billy, la fille-fils d'Aude Van Peteghem, la soeur d'André. Ils seront rejoints par Christian, le frère de Madame, et Aude déjà citée. Enfin, troisième groupe de protagonistes, la famille de L'éternel Brufort, ce dernier ayant une affaire lucrative avec son fils Ma Loute: ils aident moyennant finances les riches bourgeois à traverser les gués à pieds secs.

Et accessoirement, ils les mangent: pour le spectateur, l'affaire des disparitions mystérieuses est réglée très vite! Mais ce n'est pas ce qui importe: l'essentiel, c'est la poésie rêveuse et surréaliste de cette confrontation de deux mondes, l'un brut de décoffrage (La famille de pêcheurs locaux anthropophages), et l'autre tellement décadent qu'il en est mille fois plus grotesque. C'est ce climat de loufoquerie dans lequel un policier en surpoids admet qu'il préfère descendre une dune "en roulant sur les fesses, c'est plus pratique"... Un curé à demi fou consacre les fidèles réunis pour une procession à Notre-Dame-des-Flots (La Vierge des Marins) en leur disant Pêchez, pauvres Pêcheurs, Maquereaux et Morues! et Billy, la fille de Juliette Binoche, est-elle une fille qui se déguise en garçon, où un garçon qui se déguise en fille qui se déguise en garçon? et pour finir, si vous avez envie de voir Juliette Binoche partir complètement en vrille, ou Fabrice Luchini, toutes dents dehors, clamer "Allons faire du char à voile, quoi?", ce film est votre seule chance d'accomplir ce rêve: deux heures, mais oui, de bonheur, par l'auteur de ce tas de boue gluant qu'est Twentynine Palms, ça ne se refuse finalement pas... 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Bruno Dumont
28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 18:01

C'est sous étiquette Hammer que sort ce film, bien que le célèbre studio Anglais qui a été à l'origine d'un âge d'or du cinéma fantastique et gothique Anglais, soit plus ou moins en sommeil depuis les années 70. Le propos, avec cette "dame en noir" (rien à voir avec l'extraordinaire roman The woman in white de William Wilkie Collins) est de replonger le spectateur dans un bain de frissons à l'ancienne, dans une atmosphère inquiétante et foncièrement Britannique... Avec de vrais morceaux de Daniel Radcliffe dedans. C'est une adaptation d'une pièce à succès de Susan Hill.

Veuf depuis la mort "en couches" de son épouse, Arthur Kipps (Daniel Radcliffe) reprend son travail, et celui-ci l'amène à faire un voyage, qui va le séparer de son fils; il doit en effet se rendre à Crythin Gifford, dans le Nord-Est de l'Angleterre, pour y régler une affaire de succession compliquée. Mais une fois sur place, non seulement il est en proie à l'hostilité des villageois, sans explication valable du moins au début, mais en prime les morts tragiques et inexplicables d'enfants se succèdent à raison d'au moins une par jour. Très rapidement, Arthur et le seul villageois avec lequel il a réussi à sympathiser, Sam (Ciaran Hinds) vont être confronté à une histoire de fantômes...

...Une histoire qui va bien sûr être le prétexte pour des effets à la mise en scène calculée, tellement calculée qu'elle en devient irritante. C'est exactement le genre de film qu'on voit une première fois en se disant que c'est pour le moins une distraction potable, mais... Même pas. Daniel Radcliffe, on l'a compris, avait grandement besoin de sortir de la peau de qui-vous-savez, certes. Mais là, il fait fausse route. 

...Même pas peur.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Fantastique
25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 16:51

Une maison de geishas, à Tokyo: les femmes qui y travaillent se serrent les coudes ou se chamaillent, mais elles sont quand même le plus souvent aussi soudées que possible. Sauf que les temps sont durs: les femmes ne rajeunissent pas, les jeunes recrues manquent à l'appel, et l'établissement est facilement à la merci de la vilenie des autres, comme cet homme qui vient les faire chanter parce qu'il sait qu'une femme qui y a été employée était en dessous de l'âge légal. Et il accuse la maison de l'avoir prostituée... Mais surtout, les solutions financières qui s'offrent à la patronne, Tsuta (Isuzu Yamada), sont souvent insatisfaisantes, et cachent de sombres desseins...

Avant tout, c'est une galerie de portraits qui s'offre à nous, sous les anecdotes qui s'enchaînent. Naruse consacre l'essentiel de sa mise en scène à organiser les allées et venues dans l'établissement, et à dresser des liens ténus entre les êtres, les lieux et le temps qui passe. Sans aucune rupture chronologique, il nous invite à suivre en huis-clos ou presque, le devenir des personnes qui travaillent, entre débrouille et coups d'éclat, entre fâcherie et réconciliation. Ce n'est pas un hasard s'il a choisi les plus grandes actrices pour son film; outre Isuzu Yamada, il a aussi convoqué Kinuyo Tanaka pour jouer le personnage qui sera l'un des fils rouges du film, la bonne Rika, qui arrive pour travailler au début du film, mais que tout le monde appellera Oharu.

Et la fille de Tsuta est interprétée par Hideko Takamine, magistrale dans l'une de ses 20 interprétations pour Naruse. Son personnage de Yatsuko est celle qui résiste à l'idée de devenir geisha, et se cherche justement une profession durant tout le film. Son regard sur la maisonnée est un mélange d'affection sans illusions pour les êtres qu'elle côtoie, et d'un réalisme froid: la jeune femme sait que les jours de l'établissement que tient sa mère sont comptés. 

Le regard est tendre mais sans concession, et le ton est souvent enlevé, sans jamais se départir d'une certaine dose de pathos. Il ne faudrait évidemment pas s'imaginer qu'on est face à une comédie, ni face à un film misérabiliste: ne pas confondre, au passage, ce film avec les oeuvres de Mizoguchi (La rue de la Honte, par exemple) qui traitent eux plus spécifiquement de la prostitution; si les deux terrains sont parfois dangereusement proches, la gratification sexuelle n'est pas une loi absolue du métier d'une geisha; le film joue pourtant un peu de cette ambiguité, avec le nombre d'allusions aux ravages de l'âge...

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse
25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 16:34

Les titres contenant le mot "nuages" sont assez courants chez Naruse. Deux films majeurs au moins, Nuages flottants (1955) et Nuages d'été (1958) le premier film en couleurs et Scope du metteur en scène, sont considérés à juste titre comme des classiques de l'oeuvre. Le mot est évidemment bien choisi, quand on pense à la notion de parcours sans avenir des personnages qui sont représentés dans ces films. Nuages épars ne fait pas exception à la règle: le dernier long métrage de Naruse est une fois de plus un mélodrame d'un grand pessimisme, dont les drames intimes renvoient souvent à une proximité avec les films de Douglas Sirk...

Yumiko (Yoko Tsukasa) et son mari ont tout pour être heureux: elle est enceinte, et lui travaille pour un ministère qui projette de l'envoyer travailler aux Etats-Unis. C'est pratiquement fait... Sauf qu'un soir on apprend le décès de l'époux, renversé par une voiture conduite par un homme ivre. Celui-ci (Yuzo Kayama), poussé par ses patrons à montrer le Tokyo by night à des clients de passage, culpabilise, et tente de prendre contact avec Yumiko. Au gré de leurs deux vies brisées, ils vont se rencontrer: elle pour essayer de tirer un trait sur son passé, lui pour offrir son aide et sa compassion afin de pouvoir continuer à aller de l'avant... Les sentiments, bien sûr, vont se mêler de la partie.

Pour son dernier film, le metteur en scène a du accepter de composer et de concéder, ce qui s'explique aisément: en 1967, le cinéma ne se porte pas très bien au pays du soleil levant, à plus forte raison dans le cadre vieillot des studios, qui ne peuvent concurrencer ni l'attrait des films de la "Nouvelle vague" indépendante, ni la présence de la télévision; le Scope, les couleurs (très douces), mais aussi la présence de vedettes très en vue (non seulement le chanteur Yuzo Kayama, mais aussi la jeune Mie Hama, connue pour sa participation à un James Bond), tout cela prouve de quelle façon Naruse tente de rendre son film attractif au grand public. Au final, il n'en reste pas moins une nouvelle preuve du pessimisme incorrigible du cinéaste, et de son talent pour filmer à la fois les sentiments dans tout ce qu'ils ont d'absolu, et le désespoir de la condition humaine... Surtout, bien sûr, quand on est une femme. Yumiko est un formidable personnage qui rejoint les héroïnes les plus intéressantes, celle de L'histoire d'une femme, de Quand une femme monte l'escalier, de Nuages flottants aussi: des femmes prises entre leur dignité, et leur désir. Eprises de l'une, mais inexorablement poussées vers l'autre... En dépit de ses longueurs, ce beau film est une étape importante dans la carrière du cinéaste.

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse
24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 09:39

Mahlee (Alla Nazimova) est la fille (illégitime) d'un Américain de passage à Pékin, et elle n'a jamais connu ni son père (parti peu de temps après sa naissance) ni sa mère (morte en la mettant au monde). Ni blanche, ni Chinoise, elle souffre en particulier des moqueries qui l'accompagnent partout: le père, avant de partir, a formellement interdit qu'on lui raccourcisse les pieds durant sa croissance, et toute la ville la rejette parce qu'elle a des "pieds diaboliques". Mais au-delà de cette situation de rejet, c'est la vraie place de Mahlee qui est l'enjeu du film, et du personnage. A la mort de sa grand-mère, elle est recueillie par une mission, et finit par se considérer comme une occidentale. Jusqu'au jour où des Américains en visite arrivent à Pékin, parmi eux, le père de Mahlee, et sa fille, qui ressemble de manière troublante à l'héroïne. Pour le malheur de celle-ci, sa vraie place va lui être révélée...

Mené tambour battant par l'interprétation (double, vous l'aurez compris) de Nazimova, le film fait partie des productions les plus remarquables, et remarquées (il a eu un énorme succès à sa sortie) de Capellani aux Etats-Unis. Le réalisateur, parti en 1915, tournait alors pour la compagnie Metro (dont nous reconnaissons d'ailleurs l'acteur vétéran Edward Connelly qui tournera ensuite pour Rex Ingram, Tod Browning et d'autres), et nous donne à voir un film plastiquement superbe, avec des décors impressionnants d'efficacité. Il réussit à détourner certains codes du mélodrame et évite le racisme, en renvoyant dos à dos les préjugés des uns et des autres. Noah Beery y interprète son rôle favori, celui d'un homme Eurasien qui va entraîner Mahlee avec lui dans la spirale de la violence, mais surtout menace de la violer à tout bout de champ! L'interprétation de Nazimova, subtil mélange de ballet et d'observation, est la meilleure création de l'actrice que l'on puisse voir, bien différente de son horrible Salomé.

Réalisé clairement en étroite collaboration entre le metteur en scène et sa star, ce film séduisant est non seulement une preuve supplémentaire de l'importance de Capellani, c'est aussi un film de femme, une production qui permet à une autre sensibilité de s'exprimer, avant même les années 20, et contemporain des oeuvres de Lois Weber ou Nell Shipman. Et pour couronner le tout il est foncièrement distrayant et superbement accompli.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani 1919 Alla Nazimova *
21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 16:57

Harry Caul (Gene Hackman)  écoute: c'est son métier; il est agent de surveillance, ou poseur de micros, si vous préférez! Le côté immoral de la chose n'a jamais été sa préoccupation, ou du moins il ne l'a jamais montré. Nous apprenons lors d'une rencontre avec des collègues (une convention de "plombiers", en quelque sorte!) pourtant qu'il aurait été par ses activités, à l'origine d'un meurtre, mais bien sûr, il n'est pas légalement coupable: la culpabilité dans ce métier, c'est l'affaire du client.

Pourtant, Harry, qui souffre de ses propres principes (aucune trace de son passé, aucun lien qui puisse remonter à lui, et une vie affective qui prend l'au de toute part. Pas d'abonnement au téléphone... Il a même dû fuir sa ville, New York, pour se relocaliser à San Francisco), est sur une affaire qui le gêne, sans qu'il puisse réellement savoir pourquoi: un couple manifestement adultère, dont le mari trompé l'a payé pour en savoir plus... Harry et ses collègues font un beau travail, mais Harry entend sur les bandes l'homme et la femme dire clairement qu'ils sont en danger de mort. Doit-il remettre les bandes, et se rendre de nouveau responsable d'un nouveau meurtre, ou doit-il faire quelque chose pour empêcher l'irréparable? 

...Et faire quoi, du reste?

Voilà, c'est la toile de fond d'un des films les plus étonnants, et rigoureux, de son auteur; une oeuvre coincée entre deux géants qu'on ne présente plus (The Godfather et The Godfather Part II), et dont les épices secrètes ne se dégustent pas dans le baroque. The conversation est un film lent, à la chronologie paradoxale, et dans lequel la souffrance du personnage principal se partage presque. Comme tant d'autres personnages de Coppola, Harry Caul qui est entouré de tant de collègues sans le moindre scrupule (à commencer par Stan, l'insouciant incarné par John Cazale) semble en venir à une crise identitaire telle qu'il ne peut plus avancer. 

Maintenant, on peut toujours épiloguer sur le sujet, mais lorsqu'il a appris que les objets utilisés dans son film étaient en réalité les mêmes que ceux utilisés par les plombiers du Watergate, Coppola aurait paraît-il été particulièrement surpris. Je ne sais pas s'il faut le croire, tant la proximité entre la fameuse affaire et le film est claire. Mais le sujet est pourtant tout, sauf politique: ici, il est question de morale. Une morale supérieure, même, qui est celle qui fait vivre un enfer à un arroseur arrosé interprété avec maestria par Gene Hackman. Il est aussi secondé efficacement par un beau casting dans lequel on retrouve Robert Duvall, Frederick Forrest, Terri Garr ou Harrison Ford, des noms bien connus de l'univers du réalisateur, qui tourne ici en famille.

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Francis Coppola Noir
19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 17:06

On connait l'histoire: un marchand perdu dans un magnifique jardin se fait agresser par le propriétaire des lieux, une bête mystérieuse et effrayante. Le marchand est sommé de donner à la créature une de ses filles, et la plus brave se constitue donc sa prisonnière...

Et donc, si on connaît l'histoire, tant mieux parce qu'il ne reste pas grand chose de ce film, qui fait partie des féeries réalisées par Capellani pour Pathé. Des probables quinze minutes originales, seul un fragment de quatre minutes a survécu, et il est tellement décomposé qu'on ne parvient à deviner qu'une minute de l'action, dans deux ou trois scènes...

C'était, donc, sans doute, une de ces histoires enluminées avec soin par le réalisateur, à la gestuelle moins assurées que ses films contemporains, et rendue plus belle par l'ajout de couleurs en "Pathécolor", c'est à dire peintes au pinceau et avec pochoir par les petites mains des ateliers. L'ombre de Méliès passe derrière les effets spéciaux qu'on peut apercevoir (l'apparition de la bête, notamment), et... on n'en saura pas plus.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani Film perdu