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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:57

Dans ce court métrage Belge, nous assistons au dilemme burlesque de cinq employés d'une entreprise qui vient d'être rachetée par un grand groupe, tous invités à une sortie détente sur quelques jours, et tous absolument persuadés du reste que la sortie n'est qu'un prétexte pour les sélectionner, et n'en garder que deux ou trois. 

Et comme leur "séjour détente" se situe dans un centre naturiste, il va falloir payer de sa personne, ce que Serge (Wim Willaert) a du mal à faire, se raccrochant à un peignoir, un autre peignoir mais plus petit, voire une minuscule serviette pour préserver sa nudité... Les autres, eux, rivalisent d'audace pour plaire à leur supérieur, mais Serge fait de la résistance. Jusqu'à quand?

L'embarras, source essentielle de la comédie visuelle, est ici sérieusement à l'honneur, et pas seulement dans les séquences souvent très drôles du centre naturiste: la première scène, située dans un bus occupé uniquement par les cinq employés, leur supérieur hiérarchique, et le conducteur, pose déjà le ton d'une manière conséquente. C'est souvent très finement observé, cadré avec quelques petites touches faciles mais bienvenues (toujours liées à la gêne croissante de Serge face à la nudité des autres comme reflet de son propre tourment, un peu à la façon dont Cédric Klapisch avait filmé le naturisme dans Riens du tout), et ça se clôt sur un plan ma foi très poétique d'un homme tout nu dans un champ. Mais pas un Apollon, hein: un homme tout nu de 50 ans, avec une brioche prononcée, et un corps tout blanc qui n'a pas vu le soleil depuis quelque temps...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:55

Vera Blaine (Marguerite Namara), une jeune femme tout à fait comme il faut de la bonne société du Sud, tombe amoureuse d'un beau ténébreux, l'écrivain Brésilien José Dalmarez (Rudolph Valentino). Tout irait pour le mieux si le sombre et louche individu ne lui proposait de partir avec lui pour le Brésil, sans passer par la case mariage. Elle ne se laisse pas faire, et refait sa vie, pendant que Dalmarez part seul. Une fois au Brésil, il continue ses petites habitudes, et se met une famille à dos en séduisant une jeune femme... Un événement qui aura des répercussions: l'une d'entre elle est qu'il doit fuir, et pourquoi pas rentrer aux Etats-Unis, là où il sait qu'il pourra faire chanter Vera...

Voilà un film déséquilibré: en effet, de six bobines à l'origine, ce véhicule pour la star mineure Marguerite Namara (Cantatrice à l'origine, marchant sur les pas de Geraldine Farrar) a été retaillé pour s'accommoder, l'année suivante, de l'énorme succès de The four horsemen of the apocalypse, qui cette fois mettait en vedette Valentino dans le rôle de Julio Desnoyers. Le remontage de ce film a consisté en la suppression de nombreuses scènes qui ne faisaient pas intervenir la star Latine. De ce déséquilibre effectif, naît un déséquilibre affectif, puisqu'il est difficile pour le public de s'identifier avec la vedette réelle du film, qui devient presque un rôle secondaire.

Maintenant, on est bien sûr face à un mélodrame très classique, aux relents xénophobes, une constante de ces premières année de la carrière de Valentino, mais aussi un film assez adroitement mis en scène par un réalisateur accoutumé au rythme des serials, qui commence à s'intéresser à son film vers la fin, lorsqu'il est question d'une enquête sur une affaire trouble de meurtre, un meurtre que nous croyons d'ailleurs avoir vu, mais...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:39

Norman Kerry, au fond, c'est un type formidable; c'est aussi un acteur, au mieux, compétent, au pire, fade. pas de quoi fouetter un chat, quoi, surtout quand il se retrouve à jouer face à Lillian Gish, ou Lon Chaney, ou Mary Pickford. S'il a été à un moment condamné à jouer les utilités, en smoking (The Phantom of the Opera), en forain (The Unknown) ou en chevalier avec perruque (The Hunchback of Notre-Dame), il fut un temps où le jeune homme pouvait prétendre à une carrière de premier plan: c'est ce qu'on va voir en parlant de ce petit film oublié, mais dont les qualités sont évidentes.

Hamilton Jones (Kerry) est un cambrioleur, le genre à s'afficher auprès de la bonne société le jour, et à fracturer des coffres la nuit, sans jamais quitter ses guêtres, ni se départir d'un sourire franc et massif de type bien. J'allais écrire "d'honnête homme", mais vu les circonstances... Un jour, il entend une voix, en passant devant une mission où m'on chante des hymnes, et entre: il tombe sous le charme. De la mission, celle du réformateur Eli Barker (Harry Holden), un peu; mais surtout le charme de Dawn Emerson (Wanda Hawley), femme perdue qui s'est retrouvée en travaillant aux côtés de Barker; pour elle, Hamilton va changer, et mettre son argent bien mal acquis au service de ceux qui en ont besoin. Ce qui ne plaira pas à tout le monde, du reste: un des paroissiens de la mission, qui a des vues sur la belle Dawn, va en effet lui amener de sérieux ennuis, en rappelant son principal hobby à la police...

Le reste du film est pris par un procès, dans lequel les gens de la mission, quel que soit leur niveau de responsabilité, vont s'impliquer pour sortir des ennuis le brave Hamilton. C'est donc à un scénario à la Capra, quinze ou vingt ans avant, que nous sommes confrontés... mais Emmett Flynn, s'il n'est pas Capra, n'est pas non plus n'importe qui: il a mis en scène son film avec un flair certain pour les détails "couleur locale", des décors (le plus souvent de studio, mais c'est assez convaincant), au comportement des gens de la mission, captés avec tendresse dans leurs gestes du quotidien; il a d'ailleurs confié le rôle de ces personnages très secondaires, à des acteurs, et ne leur demande jamais de faire tapisserie. Il a tourné une formidable scène de poursuite sur les toits, dans laquelle il varie avec beaucoup de bonheur les angles de prise de vue. Et il tourne des séquences nocturnes de toute beauté...

Et Norman Kerry, dans tout ça, est pour une fois totalement approprié: un rôle comme celui-ci requiert une grande dose de sympathie naturelle, de légèreté émotionnelle, et le gaillard était taillé pour son gentleman cambrioleur. En jouant un type aisé, le coeur sur la main, sans grande ambiguïté psychologique, Kerry n'avait finalement pas à forcer. Car, je le redis ici, c'est vraiment un type bien, et c'est d'ailleurs à ça qu'on doit la survie de ce film, et sa publication aujourd'hui en blu-ray. Car le brave type prêt à aider son meilleur copain en cas de coup dur, l'a fait, en demandant à Flynn d'engager un acteur de ses amis et de gonfler son rôle de figuration pour lui donner de quoi payer son loyer; on le voit peu, mais on le reconnait aisément: il s'appelait Rudolph Valentino.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 16:39

En 1973, un gamin est kidnappé à Rome: Paul Getty (Charlie Plummer) est le petit-fils de John Paul Getty (Christopher Plummer), l'homme qui a la réputation d'être le plus riche de tous les temps, et les bandits qui l'ont enlevé sont loin de s'imaginer que la rançon extravagante qu'ils demandent à la maman sera difficile à rassembler: la belle fille du milliardaire (Michelle Williams) est en effet divorcée, et a du mal à joindre les deux bouts. Quant au grand-père, il ne veut rien savoir, persuadé que sa belle-fille est en train de lui monter un bateau pour lui extorquer de l'argent...

Un employé de Getty, l'ex-agent de la CIA Fletcher Chace (Mark Wahlberg) est donc dépêché pour s'assurer du bien-fondé de la demande, voire pour temporiser, car au fur et à mesure de la progression de l'affaire, John Paul Getty ne semble pas bouger d'un cil pour faire quoi que ce soit pour sauver son petit-fils.

Je ne parlerai pas ici de l'affaire regrettable autour de Kevin Spacey, "enlevé" du film un mois avant la sortie, et remplacé par Plummer: le vieil acteur est un monstre sacré lui aussi, la prouesse de Scott est phénoménale, fin de l'histoire... Sinon, bien sûr, le vieux renard est en pleine forme, ce qui veut dire que ce vingt-sixième long métrage de Ridley Scott partage avec les autres cette maestria désarmante pour les images composées et définitives, une palette de couleurs totalement appropriées, et un goût certain pour la recréation d'une époque avec ce je-ne-sais-quoi de décalé qui fait qu'on sait que ce n'est pas vrai...

L'intrigue est basée sur un suspense assez fort aussi, course contre la montre oblige. Mais tout n'est pas que suspendu à l'angoisse de Michelle Williams, qui doit se battre contre l'impressionnante pingrerie maladive de son beau-père plus que contre les bandits qui ont enlevé son fils; ni au destin du fils, dont les aventures assez mouvementées (et même Van Goghiennes) sont certes dramatiques, mais surtout fonctionnelles. Non, Scott met finalement beaucoup l'accent sur l'amitié curieuse entre Paul et un des bandits joués (avec excès, mais on lui a demandé de le faire à la Jean Réno) par Romain Duris: un mafieux, un dur, mais un homme finalement plus humain que ne l'est ce vieux salaud de Getty: car dans ce film l'homme richissime cache des secrets, mais il est surtout une vieille ordure, essentiellement.

Bref: Scott caresse depuis de nombreuses années le désir de réaliser une grande fresque de l'argent. Ce n'est pas ce film, excellent divertissement, mais film relativement mineur dans sa carrière. Le fera-t-il un jour? L'heure tourne...

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 18:58

Décidément, le temps qui passe a vraiment été impitoyable avec ce pauvre Rudolph Valentino, dont tant de films ont été perdus, et beaucoup ne nous sont parvenus que dans des versions tronquées. C'est le cas de ce long métrage officiellement crédité à Edmund Mortimer (un illustre inconnu pour moi), mais que la sagesse populaire attribue à Paul Powell. Valentino y interprète un second rôle, mais la copie disponible, qui ne dure que deux bobines sur les cinq originales, lui donne certainement un rôle bien plus important, proportionnellement...

Dans un petit port de pêche, le patron local est obsédé par son appartenance supposée à la noblesse Britannique; il aimerait que sa fille (Carmel Myers) entre dans la bonne société. Pendant un séjour de cette dernière dans la bonne société de San Francisco, elle fait la rencontre de Dick Bradley (Valentino), golden boy local... Ils tombent amoureux, mais la jeune femme apprend qu'elle ne serait pas de la noblesse, ce qui change évidemment automatiquement son image auprès de ses nouveaux amis. Rentrée chez elle, elle reçoit la visite de Dick, qui arrive au bon moment: un pêcheur local veut en effet la kidnapper...

Le film est plus qu'anecdotique, mais on y remarque un certain détachement, comme si personne, là-dedans, n'y croyait vraiment. C'est renforcé par la prestation de Zasu Pitts qui en fait des tonnes en amoureuse jalouse du marin qui en pince pour l'héroïne. Elle ne se prive absolument pas de sortir toute une batterie d'effets comiques, qui, honnêtement, font un bien fou à ce pensum d'un autre âge.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918 Comédie Film perdu **
3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 15:16

Après le Sheik de 1921 (The Sheik, George Melford), Rudolph Valentino allait être confronté à à peu près tous les exotismes, lui qui avait souvent, dans un premier temps, été condamné aux rôles de latin lover et autres séducteurs interlopes, n'était certes pas sorti des stéréotypes... On connaît mal ce film de Phil Rosen, déjà un solide vétéran quand il a tourné ce long métrage: et pour cause, The young Rajah est perdu. Pas totalement, mais pas loin, car les fragments qui nous sont parvenus, totalisant une quarantaine de minutes, sont d'une qualité plus que douteuse...

Un adjectif qui sied d'ailleurs au film. Ne l'entendez pas comme une critique du travail de Mr Rosen, ou de l'interprétation de Rudolph Valentino... L'un comme l'autre, soumis à un contrat avec Paramount, s'acquittent de leur tâche avec un grand talent, après tout. Non, c'est que réflexion qui est motivée par l'étrangeté particulière de ce film, qui dépasse tout en matière de grand n'importe quoi.

Aux Etats-Unis, la famille Judd a recueilli un jeune héritier d'un noble Indien (d'Inde, pas un Américain Natif), sauvé in extremis d'une mort certaine par des fidèles sujets de son maharajah de père. Le prince, élevé à l'Américaine sous le nom d'Amos Judd, est doté d'un talent particulier: il peut voir l'avenir par des flashes incontrôlables; ce qui lui vaudra en vérité plus d'ennuis qu'autre chose, lorsque pour éviter un coup qu'il sait mortel, il se déplacera, entraînant la mort de son attaquant, un étudiant jaloux. Il n'en fallait guère plus pour justifier une réputation de meurtrier...

Et une réputation comme celle-là, ça n'aide pas aux amourettes avec la belle Molly Cabot (Wanda Hawley), surtout qu'elle combat régulièrement son attirance pour le jeune Amos. La raison? Le préjugé racial, tout bonnement...

Donc, d'une part, le film coche toutes les cases d'un véhicule pour l'acteur Valentino: séduction, exotisme, masculinité, délicatesse des sentiments, fragilité due à un destin difficile, romantisme échevelé, prouesses physiques, et scène de semi-nudité (ici sportive, puisqu'en bon étudiant de la haute société, Amos Judd est un excellent rameur). Mais il fait plus: à l'intrigue partagée entre les fantasmes raciaux de la bonne société Américaine, on ajoute l'intrigue romantique à souhait d'un royaume d'opérette pris entre la continuité d'un bon maharajah, et un chaos indescriptible servi par un prince inquiétant dont le premier ministre n'est autre que, mais oui, J. Farrell McDonald. Ajoutez à ça le don de voir l'avenir et toutes les situations qu'il permet (dont du suspense), vous comprendrez qu'on a devant nous un cas d'école!

Seulement il fait se contenter d'un puzzle, d'ailleurs reconstitué avec soin par les équipes de Flicker Alley, qui n'ont eu à leur disposition qu'une copie fragmentaire Espagnole en 16mm, et d'extraits de bande-annonces, sans parler des inévitables photos de plateau pour combler les trous. L'objet final ressemble à une curiosité unique en son genre...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Film Perdu **
1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 16:29

Comment voulez-vous traiter de ce film exactement comme on aurait parlé de, disons, Intolerance, The Kid, Out of Africa, Amadeus, Pierre Bond 007: Dr No, Gone with the wind, Les Sept Samouraïs, The Godfather, Casablanca...

J'arrête la liste, vous m'avez compris. Pourtant, je vais essayer l'impossible: défendre RRRrrrr!!!, ses à-peu-près, son humour bête et idiot, mais jamais méchant, ses Robins de bois, et toutes ses tentatives. Car oui, ici devant vous, je vais rejoindre le club des critiques qui jugent les films à la fois sur les intentions et sur leur propre chapelle. Comme les critiques des Cahiers qui vont par principe défendre un Pierre Truffaut, je vais défendre le film de Pierre Chabat, qui est mon ami.

Oui, bon, ce n'est pas "mon ami", hein: c'est juste que depuis Objectif Nul, en 1986, je suis accro à ce gars-là. Il me plait, il me fait de l'effet, quoi. Et son film précédent, je l'avais pris en pleine poire, heureux de rire comme un bossu (pourquoi "comme un bossu", et pas "comme un goitreux", ou "comme un amputé des orteils"? La langue française, parfois, a de ces mystères...), et d'y retrouver à la fois l'esprit de Pierre Goscinny et celui des Nuls, justement. Et je pense que s'il était fort satisfait de ce film, qui non content de rapporter des Brouzoufs, était en plus célébré un peu partout, il fallait à Pierre Chabat passer à autre chose, et si possible en particulier, quelque chose qui ne repose pas trop sur des effets numériques. Bref, faire un film de vacances.

Cette histoire de crime des temps anciens, justement, a été tournée systématiquement en live-action ou presque, et c'est ma foi un bol d'air frais. Et les acteurs y sont d'un nombre assez limité. Et le script n'est pas forcément aussi contraignant que celui de Mission Pierre... Mais je ne suis pas en train de dire que c'était facile, surtout pour le metteur en scène qui était, il faut bien le dire, l'un des moins habillés des acteurs, du début à la fin: juste des cheveux, quelques os... Et puis c'est tout.

Alors les deux gros problèmes du film, si j'en crois la critique (unanime) qui s'est jetée sur le film pour dire qu'il était... Nul (bravo, l'invention, en même temps c'était tentant), c'est d'une part l'histoire, qui est ridicule.

Ce n'est pas faux, mais c'est aussi assumé.

...et le jeu des acteurs, les Robins de bois, qui repose en permanence sur une version froide des événements, rendue caduque par une sorte de commentaire constant, et des digressions sans fins. Certains acteurs jouent de leur manque absolu de compétence, et s'en font une carapace: c'est le cas de Pierre Martin-Laval, qui a le don de ne jamais accentuer les mots là ou il faut, par exemple. D'autres sont passés maîtres dans l'art de dire des choses qui ne disent rien (Pierre Foïs), ou de ne rien pouvoir prendre au sérieux (Pierre Bathélémy, quand il propose et commente l'invention du mot "crîîîme", par exemple). Et les acteurs en question étant aussi les responsables du scénario, une certaine cohérence dans l'incohérence se dessine. 

Alors on sourit, on rit, parfois on ricane. Mais s'il se crée parfois une sorte de gêne devant ce film, il regorge aussi de moments où on a une folle envie de l'aimer. On y suggère une partie de Biche-Volley. On y parle des femmes: à la question "Quel est ton type de femme," un autre répond "Vivante". On y joue sur les mots, les gags récurrents à froid ("Ca va être tout noir!", suivi de "ta gueule!"), et les situations, la plus ahurissante étant le moment où Pierre Rochefort se prend lui même en otage.

Oui, Pierre Rochefort: c'est un film assez bien fréquenté, finalement, si on excepte Pierre Depardieu.

Et pour finir, le film est tellement hors-catégorie, un peu comme Schizopolis de Pierre Soderbergh, mais pas pareil, qu'on ne peut que chercher à faire avec lui ce qu'on n'aurait pas cherché à faire avec lui si on avait eu une opinion différente.

Et ça, c'est incontournable.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Groumf Alain Chabat
30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 13:47

Venue de Norvège, Moran (Dorothy Dalton) est la fille du capitaine du bateau Lady Letty (Fru Letty en langage d'origine), qui fait escale à San Francisco. Pendant cette étape, elle croise un jeune homme qui a tout d'un gosse de riche, un gandin qui a raté le départ de ses amis pour une petite virée en mer. Si la rencontre ne laissera pas de souvenirs impérissables aux deux personnages, ils se retrouveront pourtant: Moran partira en mer avec son père sur le Lady Letty, qui transporte du charbon, et le jeune homme, Ramon (Rudolph Valentino), va être embarqué de force sur un navire de pirates modernes: c'est Walter Long le capitaine, c'est vous dire!

La deuxième rencontre entre les deux principaux personnages sera déterminante: d'une part parce que Ramon, content d'être débarrassé de la haute société et de ses faux semblants, apprécie la vie à la dure et devient un marin capable; ensuite, parce que Moran, l'une des rares à être restée sur le bateau de son père lorsque un risque sérieux d'incendie et d'explosion (le charbon) se fera jour, est suffisamment débrouillarde elle-même pour ne pas trop apprécier les hommes trop délicats...

C'est donc un Ramon aux aguets qui va, parfois aidé par tout l'équipage de pirates, aider Moran contre un destin "pire que la mort", qui la guette à chaque instant avec Walter Long dans les parages. Tant que j'y pense, je pique à un copain plus qu'observateur (d'ailleurs je sais qu'il nous observe) un détail qui n'en est sans doute pas un: les deux héros étaient sans doute faits l'un pour l'autre: de Moran à Ramon, il n'y a... qu'un anagramme. 

C'est une surprise, de taille: j'avais déjà vu ce film, qui ne m'avait pas spécialement interpellé. Une adaptation adroite de Frank Norris, sans plus, aux acteurs compétents, à la mise en scène bien solide, mais rien de plus. La restauration entreprise (et achevée il y a maintenant plus de vingt ans) par la Cinémathèque de Belgique révèle un long métrage bien plus intéressant qu'il y parait: car si Melford se repose sur des conventions mélodramatiques à peine bouleversées (oui, Moran, après tout, est une dure à cuire, elle le prouve constamment), il se plait à placer ses personnages dans un univers d'une grande richesse, d'une grande cohérence. Dans les copies désormais disponibles, le film est riche de beautés, de décors par lesquels passe un vrai souffle épique, et ça donne en particulier à Valentino (qui est comme toujours absolument excellent) un cadre adéquat pour sa transformation. Et on profite désormais sans détours de ces aventures en mer, magistralement composées et photographiées. Dorothy Dalton est une héroïne différente des canons, qui apporte de l'énergie à son personnage, et le metteur en scène a en prime le bon goût de tourner à San Francisco (cher à Norris, comme chacun sait), et d'engager le jeune George O'Brien (deux années avant son triomphe pour The iron horse) pour composer un marin pris de panique dans une scène mémorable.

Bref, on y prend du plaisir, et on y reviendra!

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Published by François Massarelli
29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 15:41

Ce film, refait quelques années plus tard par le même réalisateur sous le titre The love of Sunya avec Gloria Swanson, est sans doute le film le plus connu, le mieux conservé et l'un des plus significatifs de Clara Kimball Young. Elle avait 29 ans lors du tournage, et interprète une femme bien pus jeune: Gina Ashling est à la croisée des chemins quant à son avenir: doit-elle se marier avec l'homme qu'elle aime, accepter une destinée de chanteuse, ne pas se marier et ne pas devenir cantatrice, mais rester avec sa famille dans le besoin, ou se marier avec un riche industriel pour sauver l'équilibre financier de sa famille? Alors qu'un voyageur venu des lointaines montagnes de l'Himalaya est hébergé dans sa maison, elle peut grâce à lui bénéficier d'une vision de trois de ces solutions, et faire son choix...

C'est très résumé, et j'ai essayé d'être fidèle à l'esprit de l'intrigue, mais le fait est que le film enchaîne les péripéties et hypothèses mélodramatiques, au point d'ailleurs d'être difficilement compréhensible: il est parfois malaisé de différencier les prétendants, par exemple. Mais le film fait un tel effort pour sortir des sentiers battus qu'il est plaisant à suivre, d'autant que miss Young a pris un plaisir évident à jouer les différents épisodes de ses destins possibles, en agissant subtilement sur les maquillages par exemple. Si Albert Parker était un grand metteur en scène, ça se saurait, mais il fait un travail, disons, adéquat.

Quant à la cerise sur le gâteau, c'est bien sûr la présence dans les deux dernières bobines, d'un acteur de second rôle qui est dans une des variantes du futur de l'héroïne celui qui va la précipiter dans l'amoralité et la ruine: Rudolph Valentino, dans le personnage qui parait-il a décidé Rex Ingram à l'engager pour devenir Julio Desnoyers dans The four horsemen of the apocalypse. Comme quoi...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 08:50

On va le dire tout de suite: ceci n'est pas Mission Cléopâtre, le plus gros succès de Chabat, le film qui restera probablement au sommet de sa carrière jusqu'à preuve du contraire. La comparaison, par contre, n'est pas idiote: dans cette co-production franco-belge (le générique le souligne avec insistance, ce n'est pas un hasard), le metteur en scène revisite l'oeuvre d'un autre géant du neuvième art, à savoir André Franquin. Mais à distance, contrairement à son adaptation d'Astérix...

Dan Geraldo (Alain Chabat), pur produit du TV System francophone, est mis en demeure de retrouver de l'audience pour son show qui perd de plus en plus de spectateurs: une émission d'aventures dans laquelle le reporter fortement imbu de lui-même promène sa caméra dans des endroits reculés... Ou du moins c'est ce qu'il est supposé faire, car le reportage mythique qui a tout lancé, quinze ans auparavant, était en fait bidonné, ce que Dan est seul à savoir. Sa patronne intransigeante (Aïssa Maïga) le lance donc sur la piste... d'un remake: une nouvelle émission spectaculaire en direct de la Palombie, petit pays d'Amérique du Sud, là où il avait débuté. Donc, un endroit où il n'a jamais mis les pieds...

Il va y rencontrer Pablito (Jamel Debbouze), un petit escroc supposé lui servir de guide, pour entrer en contact avec la redoutable et mythique tribu des Payas. Mais Pablito, pour toutes les arnaques qu'il est capable de tenter, est aussi un ami indécrottable des animaux, et un père (de multiples enfants, qu'il a recueillis) soucieux d'apporter à sa progéniture la preuve de ce qu'il leur répète depuis longtemps: oui, il a bien fait une rencontre inattendue avec le mythique animal Palombien, le marsupilami. Personne ne veut le croire, et s'il y a bien quelque chose qu'il déteste, c'est qu'on le traite de menteur...

Ces deux personnages qui n'ont pas grand chose à faire ensemble vont donc s'unir un peu malgré eux dans une aventure qui va être troublée par un certain nombre de perturbateurs: un scientifique octogénaire (Fred Testot) qui a trouvé le secret de la jouvence et le moyen de laisser libre cours à tous ses fantasmes fascistes, un soldat bas du front (...) amoureux de toutes les armes qui lui permettent d'électrocuter des gens (Patrick Timsit), et un dictateur inutile (Lambert Wilson),  fan de Céline Dion, qui va dans une magnifique et lamentable évasion, sauver la planète habillé d'une robe d'or et d'argent...

Sans rire. Lambert Wilson, on e comprendra aisément, trouve probablement ici le rôle de sa vie.

Et, j'allais oublier, un marsupilami.

La critique et le public n'ont pas été tendre, mais il faut relativiser l'échec d'Alain Chabat: d'une part son film est construit, un impératif chez lui, tout en étant amoindri par un budget conséquent. Il arrive que des moyens considérables aident un film bien sûr, mais il peuvent aussi générer les excès en tous genres. C'est un peu le cas de cette histoire... Ce qui n'enlève rien au doux délire habituel, à ces répliques qui sont toujours dans la marge, à cette tendresse aussi pour l'univers que Chabat adapte: car il aime Franquin, ça se voit. Il a lu et relu Le Nid des Marsupilamis, auquel il fait souvent référence, graphiquement. Et son marsu n'est pas forcément ressemblant au "vrai", on peut l'accepter, dans son comportement du moins. On pourra toujours déplorer un recours un peu trop systématique aux effets numériques, mais je suppose que ça ne servira à rien... On se laisse quand même promener dans cette histoire profondément idiote, à la fantaisie assumée, et dont les délires (Quels qu'ils soient) sont amenés logiquement. ...Dans une histoire entièrement pensée pour le film, dont le marsupilami n'est finalement qu'une sorte d'invité surprise qui se tient assez souvent à distance.

Et Chabat et Jamel Debbouze, ce dernier dans un rôle très différent de ceux auxquels il nous a habitués, sont excellents de bout en bout. Surtout qu'il est à la tête d'un impressionnant bestiaire local: un ara mourant (dont la voix, c'est notable, ressemble beaucoup à celle d'Alain Chabat), un lama sans doute cousin de l'âne Cannabis de Mission Cléopâtre (il s'appelle Ganja), et un tout petit chien, oui, mais avec une gro/et aussi des castors, qui frétillent qui frétillent, regardez comme ils frétillent.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Alain Chabat