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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 14:55

Un meurtre particulièrement sanglant sert de prologue au film, montré à travers un montage ultra-rapide de plans violents, avec des gros plans très brutaux: un couple est tué, chez eux, par un fou homicide. Pendant ce temps, les deux filles du couple jouent. Quand elles reviennent à la maison, elles ont le choc de découvrir leurs parents morts, dans une mare de sang...

Après les funérailles, les deux jeunes filles quittent la campagne et vont toutes les deux s'installer à Ménilmontant, se soutenant l'une l'autre. Mais l'une d'entre elle (Nadia Sibirskaïa) rencontre un homme (Guy Belmont) qui sait se montrer très persuasif, et pendant que sa soeur (Yolande Beaulieu) l'attend, elle couche avec lui...

Puis l'inévitable arrive: elle est enceinte, à la rue, et elle a l"horreur de découvrir que son amant a mis sa soeur sur le pavé. Dans un nouveau déchaînement de violence, plusieurs femme s'allient pour tuer l'homme...

Kirsanoff, né en Russie mais qui a décidé de s'installer en France, fait partie de ces intellectuels qui sont destinés à créer, en quelque média que ce soit: il écrit plusieurs récits, et est décidé à s'attaquer au cinéma aussi, mais strictement selon ses propres termes. Clairement, il a trouvé dans l'atmosphère Française des années 20, propices à l'avant-garde sous toutes ses formes, un terrain de jeux tout à fait adéquat. 

Le film est célèbre pour un certain nombre de choses, notamment son absence totale d'intertitres, et son intrigue qui joue finalement plus sur la sensation que sur l'installation d'un flot narratif. Et Kirsanoff semble faire la synthèse entre tous les courants du cinéma de l'époque, du montage à la Russe, à l'impressionnisme de Louis Delluc, et le mélodrame bourgeois. Le film est violent et cru, mais aussi servi par des acteurs qui sont d'autant plus impressionnants qu'ils sont très souvent captés en gros plans. Nadia Sibirskaïa, visage étonnant, est sublime, tant par sa beauté que par son jeu, et Kirsanoff nous laisse la suivre dans une méditation poétique cruelle qui prend beaucoup aux codes en vigueur, tout en apportant infiniment plus au cinéma Français de cette époque pourtant héroïque. Bref, c'est un classique indispensable.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Avant-Garde *
16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 08:32

Dans les années 40, Preston Tucker (Jeff Bridges) est un inventeur, l'un de ces braves Américains qui se lèvent avec une idée et se couchent avec une nouvelle invention... Un enthousiaste et un chef de clan aussi, puisque dans sa grande maison du Michigan, il héberge un certain nombre de farfelus dévoués à sa cause. Il souhaite créer un véhicule, une voiture (la "Tucker", bien sûr) qui révolutionnera durablement l'industrie avec un certain nombre d'innovations. Il n'a besoin "que"... du soutien de l'industrie automobile... Le naïf. Il se lance pourtant, trouve un partenaire (Martin Landau), un dirigeant, une usine même: il ne lui manque plus qu'une voiture puisque sa brillante invention n'est pour l'instant que virtuelle...

C'est à un désastre magnifique que nous confie Coppola, qui a un lien personnel fort avec cette histoire, puisque, comme il nous le raconte dans son film, Tucker avait utilisé de façon fort efficace (trop efficace même) la publicité, et des catalogues présentant les mérites de la voiture qui n'existait pas encore, avaient créé pour l'invention un engouement particulièrement fort, et Carmine Coppola était très attiré par le modèle. On voit assez vite que ce qui a attiré le metteur en scène dans cette histoire authentique, c'est la possibilité d"y jouer à être Frank Capra, tout en le faisant avec son style à lui, si caractéristique. Je veux parler de ces dispositifs de mise en scène apparus avec One from the heart: des scènes durant lesquelles il transforme les murs rées du studio en des transitions, passant d'une pièce à l'autre comme on franchit des kilomètres. Des plans qui commencent à un endroit pour finir à un autre. Toute une mise en scène à la fois naïve, maniérée et qui donne parfois le vertige, mais qui nous assure que Coppola s'identifie à cet ingénieur auto-proclamé qui joue avec le gros business en famille. Bref, Coppola se rappelle sans doute le lancement de son propre studio familial, et le désastre financier qui en résulta...

Et en Jeff Bridges, l'éternel optimiste qui se bat contre des moulins à vent, il a trouvé son James Stewart à lui, le sourire, le volontariat, les mots qui ont parfois du mal à sortir de son esprit sans être quelque peu malmenés. C'est un personnage touchant et toujours positif, qui permet au film de loucher vers la comédie en permanence (comme le personnage du mécano-bougon-à-qui-on-ne-la-fait-pas, qui râle tout le temps mais qui fait le boulot, joué par le désormais vieux complice Frederic Forrest. Coppola triche aussi parfois avec la matière cinématographique, accélérant le jeu (c'est volontairement visible) en post-synchronisant le son.

C'est curieux, parfois enthousiasmant, parfois déroutant, pas complètement abouti, et la musique de Joe Jackson, mélange de jazz avec de gros bout de swing des années 40 dedans, et de musique pour percussions, ajoute un peu à la confusion. Mais on garde quand même de Preston Tucker, de son épouse (Joan Allen) et de toute leur famille étrange, un bon souvenir...

 

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Published by François Massarelli - dans Francis Coppola
14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 15:35

Ethel Hoyt (Marion Davies) est une jeune femme qui n'a semble-t-il de leçon ni de conseil à recevoir de personne... Surtout pas de ses parents. Le père (Tom Lewis), à la fois amusé et irrité, est à la recherche d'un moyen de la faire descendre de ses grands chevaux, comme on dit. C'est en voyant en compagnie de sa fille (Qui typiquement, est venue en compagnie de plusieurs petits amis, car elle les collectionne...) une représentation de La mégère apprivoisée qu'il trouve la bonne idée: il engage Ernest Eddison (Forrest Stanley), qui jouait Petruchio, pour "apprivoiser" Ethel. Et bien sûr les deux jeunes gens vont tomber amoureux.

Une comédie sans prétention, qui permet à Marion Davies à la fois de se faire plaisir, et de porter des costumes à tomber par terre (car les Hoyt appartiennent au meilleur monde!), et une intrigue qui justifie le recours à un interlude théâtral: on voit ici le compromis typique des productions Cosmopolitan de William Randolph Hearst, qui devaient comporter de quoi plaire aussi bien à l'actrice qu'au producteur. Ce dernier voulait du glamour et du grandiose, et la représentation de La belle au bois dormant est là pour ça. Mais Marion Davies, elle, voulait qu'on rigole!

Ce n'est sans doute pas le meilleur film de Vignola et Davies, mais la façon dont le metteur en scène adopte en permanence le parti de calquer sa mise en scène sur le jeu de sa vedette, permet au spectateur de profiter du timing impeccable de celle-ci, et c'est déjà beaucoup... Le film, par ailleurs, a été sauvé de l'oubli par les efforts de quelques passionnés, dont Edward Lorusso, qui consacre une grande part de son temps à revisiter et remettre en circulation les comédies de la star: qu'il en soit remercié.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 Marion Davies Robert Vignola **
14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 15:11

En 1963, au moment de succéder à John Fitzgerald Kennedy (Jeffrey Donovan), le vice-président Lyndon B. Johnson (Woody Harrelson) revoit les années qui l'ont mené là où il est, dans une voie de garage: la lutte interne au parti démocrate pour s'imposer en tant que candidat, face à l'irrésistible ascension du boy wonder Catholique, les difficultés à faire valoir ses ambitions face aux connections de Robert Kennedy (Michael Stahl-David), et finalement le compromis du vieux Sudiste face au jeune candidat de la Nouvelle Angleterre. Les manoeuvres parfois un peu bizarres, en coulisses, pour faire passer des pilules difficiles à ses alliés, les "Dixiecrats", ou Démocrates du Sud, particulièrement chatouilleux sur le problème de la ségrégation...

A force de faire tout ce qui lui chante, Rob Reiner a fini par se perdre un peu... Un peu beaucoup même: celui qui tirait de son absence de style, revendiquée, le parti de toucher à tous les genres, a fini aussi par faire n'importe quoi, et s'est spécialisé dans les bas-fonds de la comédie. Mais LBJ, film biographique consacré à l'un des derniers présidents auquel on aurait pensé pouvoir consacrer une production ambitieuse (notez qu'il y a pire: Gerald Ford, par exemple!), ressemble particulièrement à un projet très personnel, pour un metteur en scène dont les idées ont toujours été proches de celles du parti démocrate, dans sa frange la plus progressiste. 

...Ce qui, évidemment, peut paraître antinomique avec un retour sur Lyndon Baines Johnson, d'une part parce que le vieux renard avait entièrement basé sa carrière politique au Texas sur le soutien des franges les plus poussiéreuses du parti dans le Sud, allant jusqu'à combattre toute tentative de changer la donne en matière de discrimination venant de la Maison Blanche, qu'elle vienne de Truman, ou de Einsenhower. Et l'image du Président Johnson est entachée à tout jamais par sa gestion du conflit au Vietnam. Alors Reiner a surtout raconté de quelle manière le vieux politicien, qui avait tant souhaité accéder à la magistrature suprême selon ses propres termes, avait pris la décision d'accomplir le voeu de son malheureux prédécesseurs, une réforme qu'il n'approuvait pas mais qu'il comprenait comme incontournable. L'accomplissement du film est cette réussite. Le reste de la carrière est traité selon la routine du genre, par une série de textes qui nous rappellent l'histoire...

Les acteurs sont bons, très bons même, mais il faut un temps d'adaptation au spectateur pour accepter ce qu'il a sous les yeux et surtout ces abominables maquillages souvent indignes. Ce qui n'enlève rien à la verve de Harrelson, qui nous rend le vieux renard politique décidément bien sympathique. Et cette histoire de politicien qui met le progrès et le bien de l'humanité avant ses propres intérêts (ce qui est bien sûr une vision assez naïve) est finalement assez rafraîchissante alors qu'un fasciste est à la Maison Blanche.

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Published by François Massarelli - dans Rob Reiner
12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 17:17

L'agent Peggy Carter est un personnage apparu au cinéma, pour commencer, dans Captain America de Joe Johnston:  La belle espionne, petite amie du tragiquement disparu Captain (Du moins le croit-elle) ne se remet pas de la fin de son Super héros. Elle est employée comme classeuse de dossiers par un bureau très misogyne, mais va s'imposer par la force. ...Et surtout par une mission qui lui tombe dans les bras, et qu'elle va assurer avec un brio rare.

Hayley Hatwell est formidable aussi bien dans son rôle de femme très capable qui ronge son frein en effectuant des tâches ingrates, qu'en baroudeuse sûre d'elle qui réussit sa mission (particulièrement spectaculaire) sans casser un seul de ses ongles impeccables. C'est peu étonnant, finalement, que ce film superbement accompli dont la production adopte résolument le style visuel des années 40, tout en assurant un montage totalement actuel, soit devenu un peu le pilote d'une excellente série, hélas disparue après deux saisons. 

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Published by François Massarelli - dans Marvel
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:31

Albert Maillard, arrêté au Maroc, est cuisiné par deux policiers Français: il raconte comment, depuis le 09 novembre 1918, il est passé à l'escroquerie pure et simple en compagnie de son meilleur ami, défiguré par un obus en lui sauvant la vie, et auquel il a permis de disparaître officiellement en intervertissant quelques papiers. Désormais, Edouard Péricourt, fils de bonne famille mais artiste en révolte, est très officiellement mort pour la France. Albert Maillard et lui vont monter une petite entreprise d'escroquerie, qui va tourner bizarrement, surtout quand deux facteurs de destin bizarre vont s'en mêler:

D'une part, la famille d'Edouard ne se contente pas de l'annonce de la mort, il leur faut plus: visiter la sépulture, et surtout inviter le bon copain a partager des souvenirs: pas facile, quand on s'appelle Albert Maillard et qu'on est un modeste comptable, de dîner avec ces gens de la haute, surtout quand il s'agit d'inventer la mort de son meilleur copain...

D'autre part, le salaud qui est responsable de la «mort» d'Edouard et surtout de son absence de mâchoire, est lui bien vivant: le lieutenant Pradelle, salaud d'officier et salaud de profiteur de guerre, va même se marier avec la sœur d'Edouard et devenir en prime un salaud de mari... Et celui-là, Albert ne l'aime pas, mais alors pas du tout, depuis que le galonné ridicule (je sais, je sais, c'est un pléonasme. Puisque c'est vous qui le dites, je ne vous en empêcherai pas) a sciemment, pour son plaisir, provoqué une bataille qui a tourné au massacre: à deux jours d'un armistice qui poussait les camps en présence à se foutre, enfin, la paix, ce planqué (parce qu'évidemment, étant galonné, vous ne croyez quand même pas qu'il allait charger avec ses hommes, non?) a dû trouver que ça ne sentait plus assez souvent la poudre...

C'est d'un roman de Pierre Lemaître, prix Goncourt en 2013, que Dupontel a tiré le scénario de son sixième long métrage. C'est aussi une grande, très grande réussite, qui confirme l'importance du trublion, qui a souvent montré comment il pouvait doser sa méchanceté et la rendre plus percutante encore, après deux premiers films (un court métrage, Désiré, et un long, Bernie) en forme de gros coups de poing dans la figure... Ici, il apporte à lui tout seul un vent de renouveau du cinéma Français, dans sa veine poétique, doublé d'un talent technique indiscutable qui rompt de façon très notable avec le tout-venant de notre cinématographie nationââââle.

Pour commencer, Dupontel a le bon goût de mêler avec un talent visuel fou, l'évocation historique (costumes, décors, cache et effets informatiques, combinés avec un œil de maniaque) et une certaine atmosphère fantastique, qui passe notamment par les fabuleux masques portés par l'acteur Nahuel Perez Biscayart (Edouard Péricourt). Il fait d'ailleurs de ce dernier, qui ne peut «parler» que par des borborygmes, un «Créateur», pour reprendre le titre de son deuxième long métrage, un artiste cette fois, mais qui est l'âme de l'escroquerie. Mais une escroquerie à trois: Albert, Edouard, et une petite orpheline qu'ils ont recueillie, Louise (Héloïse Balster). Dans cette pas si sainte trinité, elle est la voix d'Edouard, dont elle comprend et traduit les bruits, en mots clairs comme de l'eau de roche.

Ce que n'aurait pas pu faire Albert Maillard, lui qui est quand même un peu limité dans son imagination. Un homme simple, qui a une morale, de celles qui vous poussent à regretter le fait de ne pas pouvoir faire que le bien. Il s'en confesse d'ailleurs aux deux policiers qui l'interrogent, avec une candeur impressionnante... Mais il est pour toujours décalé dans ce monde dont les autres êtres, sont souvent en avance sur lui sur bien des points: à noter que la famille d'Edouard, représentée par Emilie Dequenne, la sœur, et Niels Arestrup, le père, n'est jamais diabolisée. Non, ils n'en ont pas besoin, il y a Pradelle (Laurent Lafitte). Dans la première apparition de son méchant, Dupontel s'amuse et fait du cinéma: le planqué est dans l'ombre, et il fume, composant une silhouette inquiétante...

Dans son film qui lui permet de dévoiler un cœur gros comme ça (je le disais pour 9 mois ferme, je le redis ici: Dupontel aime ses personnages, vraiment.), il « fait du cinéma ». Et quel ! L'ombre de Feuillade, cinéaste contemporain de l'action qui a laissé une empreinte visuelle vivace sur le cinéma Français, est souvent là sous nos yeux. Celle de Buster Keaton, cité à travers un costume porté par Dupontel : un chapeau, et un costume qui le rapetisse, et l'illusion est presque parfaite. Surtout, il utilise beaucoup les objets, mais pas comme le fait Jeunet : Jeunet accorde finalement autant d'importance aux objets et à leur mise en marche, qu'à ses personnages. Chez Dupontel, l'acteur prime sur l'objet, qui reste un accessoire... Ce qui ne l'empêche évidemment pas d'être pertinent.

On parlait de Jeunet, Dupontel, qui a joué un rôle émouvant dans son adaptation de Japrisot Un long dimanche de fiançailles, y a peut-être vu naître une envie furieuse, à son tour, de montrer la première guerre mondiale. Sans chercher à renouveler la narration des champs de bataille (je pense que Spielberg a pour l'instant la palme du récit définitif à ce sujet, et Jeunet lui emboîtait magnifiquement le pas), Dupontel botte en touche et excelle non pas à la mise au point historique, mais bien au ressenti gonflé d'amertume, d'injustice et de révolte, de ce qu'était probablement un champ de bataille. Et c'est, plus que jamais, nécessaire...

Et tout ça, c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup, pour un film très, très, très enthousiasmant. Majeur.

 

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Published by François Massarelli - dans Albert Dupontel Première guerre mondiale
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:25

Le seclet de la Tlompette, indispensable court métrage de Javier Fesser, était une suite apparemment sans queue ni tête (je dis apparemment, car en réalité ce court métrage contient le secret de l'univers) d'anecdotes toutes plus idiotes les unes que les autres, et reliée aussi artificiellement que possible par une narration martiale et aux poutres apparentes... Javier Fesser, fêté dans tous les festivals où il a été amené à montrer son film, a sans doute pensé qu'il serait intéressant de poursuivre l'expérience sur un long métrage. Après tout pourquoi pas?

Ce film est donc à nouveau consacré à une série de teléscopages de destins entre:

...l'héritier timoré d'une fabrique d'hosties, doté d'une épouse non-voyante (ce que lui-même n'a jamais remarqué), les deux étant désireux d'élever des enfants, mais c'est difficile quand on n'a pas encore, à 75 ans passés, compris comment on les fait.

...Un évadé dans des conditions spectaculaires d'une geôle politique tenue par des sadiques dans un pays de l'Est, mais qui heureusement parle l'Espagnol en plus de son Volapuk personnel. Il porte constamment avec lui une bonbonne de gaz, un détail sans doute gratuit mais qui ne manquera pas d'intriguer ceux qui ont vu le court métrage mentionné plus haut.

...Trois extra-terrestres de très petite taille égarés sur notre planète, parce que franchement la nourriture est plus intéressante que chez eux.

Les aléas de tous ces gens nous sont contés par un narrateurs clairement caféïnomane, et c'est peut-être là où le bât blesse, dans ce film survitaminé d'un metteur en scène qui a vu et apprécié les constructions improbables de Jean-Pierre Jeunet, il ne s'arrête jamais. Il faut donc le voir en forme, et être prêt à tout, avec les nerfs solides: la survie de l'humanité en dépend.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Javier Fesser
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:22

Il devait y avoir une sorte de fascination pour l'aspect spectaculaire obtenu en ajoutant «of the century» à n'importe quel substantif chez Hal Roach, comme en témoigne le superbe Battle of the century de 1927. Mais pour les deux filles Thelma Todd et Zasu Pitts, c'est la bonne affaire qui est celle du siècle: une allusion essentiellement aux six premières minutes du film. Zasu et Thelma, pour échapper à une contredanse, inventent un scénario improbable qui calme les ardeurs du policier (James Burtis) qui s'apprête à verbaliser: Zasu serait la fille de son lieutenant, ce qui est bien sûr faux.

Il les aide ensuite à faire du shopping dans un magasin, ce qui se termine par une émeute, et il est viré quand il est repéré en petite tenue par... son lieutenant. Les deux filles l'hébergent afin de le dédommager, et vont essayer de se rattraper en invitant son capitaine (Billy Gilbert à goûter, ce qui s'avère une très, très, très mauvaise idée.

Charley Chase, c'est notable, a signé de son pseudonyme et non de son nom réel, Charles Parrott, la direction de ce film, l'un des meilleurs du duo Pitts/Todd. Il y apporte sa rigueur, qui se manifeste dans la clarté de l'intrigue. Son savoir-faire technique lui permet non seulement d'assumer des gags superbes, mais il tente aussi à plusieurs moments de supprimer tout son direct, ce qui est un plus, tant l'utilisation du son dans ces courts métrages est souvent embarrassante. Et il dirige avec un timing impeccable des acteurs aguerris, qui ne demandent que ça, bref: c'est un (petit) régal.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 17:24

Dans une rare collaboration totalement équilibrée entre Paris et Rome, le premier des deux «Don Camillo» de Duvivier (Ou la première partie d'un diptyque? Il y a débat) est donc adapté des chroniques et nouvelles de Givannino Guareschi, des histoires souvent satiriques qui se veulent un portrait d'une étrange après guerre dans laquelle la droite, très catholique, et soupçonnée d'intelligence avec le fascisme, affronte une gauche riche de son succès, fière d'incarner la nouveauté. Fernandel y interprète le prêtre de la paroisse du village de Brescello (jamais nommé explicitement dans le film, à part dans un plan qui montre le nom de la localité sur une gare), un homme d'église confortable avec les traditions du catholicisme, très ancré dans son village d'origine, et qui a consacré une grande part de sa vie à la lutte, notamment contre le fascisme. Désormais, il lutte contre la municipalité...

Et justement, c'est l'acteur Gino Cervi, un sosie de Guareschi, qui interprète Giuseppe Bottazzi dit Peppone, le maire communiste nouvellement élu de la commune, à la tête d'une vaste coalition des partis de gauche qui a laissé la droite complètement K.O.: elle n'est quasiment plus représentée à la mairie. Non, la «réaction» comme l'appelle Peppone, n'est finalement représentée à Brescello que par le curé, qui s'oppose de manière systématique, dans des refus ou des actes militants qui sont généralement plus politiques que religieux...

C'est drôle, un peu systématique bien sûr, mais surtout, c'est... centriste. Car plus encore que Guareschi qui vise une satire bien sentie de la politique Italo-Italienne, Duvivier sait qu'il doit viser plus large, et s'arrange pour trouver une position presque neutre, sans prendre nécessairement toujours fait et cause pour Camillo. Et ce qui nous est raconté, c'est une opposition de principe, dans laquelle les réconciliations passeront souvent par les actes, jamais par les mots. Et les deux principaux protagonistes, complémentaires par leur vécu, font tous deux nombre de concessions. Ce monde qui nous est montré, lui, fonctionne, bien sûr.

Il n'y a pas, dans Le petit monde de Don Camillo, de leçon politique, juste un portrait en forme de chronique nostalgique d'un monde aussitôt vu, aussitôt disparu. Mais si l'oeil inquiet et porté sur la noirceur de Duvivier s'est tenu plus tranquille que d'habitude cette fois-ci, le résultat a aussi un sacré parfum d'enfance retrouvée. Quant à la mise en scène, elle est, pour un film tourné en deux langues en même temps (chaque acteur Italien donne dans sa langue la réplique à un acteur Français, et réciprroquement, et le doublage fait le reste: il n'existe pas Une version originale de ce film!), miraculeuse. Chaque séquence fait mouche...

A la fin, Camillo, qui a comme chacun sait le coup de poing facile et le coup de sang fréquent, est exilé de son village. D'où une impression de manque: le film aurait été, pour Duvivier, partie intégrante d'un contrat pour deux longs métrages, chacun étant une partie d'un tout. C'est à porter au crédit du film, qu'on a finalement très envie de (re) voir la deuxième partie!

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 17:03

Doté d'un des titres les plus glorieusement idiots qui puissent être (et qui fait allusion à l'étrangeté particulière dont fait preuve le personnage décalé de Zasu Pitts), ce petit film de deux bobines a la réputation d'être l'un des meilleurs parmi les courts métrages de Thelma Todd et Zasu Pitts. Il a été réalisé par un nouveau venu, qui est arrivé sur le plateau avec un principe : aucun gag ne sera gratuit, tout dans le film sera motivé par l'intrigue. D'où une évidente unité...

Todd et Pitts ont appris que leur voisine va être priée de quitter sa chambre, car elle n'a pas les 20 dollars du loyer. Une autre voisine (Anita Garvin) leur suggère de venir avec elle pour danser moyennant finances dans un établissement tenu par Billy Gilbert (avec son accent Germanique quasi contractuel). Mais dans le dancing où les hommes et les femmes ont l'habitude de se laisser aller, un trio de pères-et-mères-la-pudeur, dont un shérif, vont faire un raid...

L'essentiel du film (après un prologue durant lequel Thelma et Zasu doivent dire adieu à tous les aliments qu'elles ont acheté pour préparer le dîner, les uns après les autres) se déroule dans le dancing, et le show est surtout assuré par les difficultés de Zasu Pitts à se comporter normalement, mais surtout à séduire les hommes pour qu'ils aient envie de l'inviter à danser. En résulte une scène à la fois très drôle et un peu inquiétante, dans laquelle l'actrice adopte un maquillage excessif qui ne lui va pas, mais alors pas du tout, se dandine en tortillant du popotin, et surtout lâche avec son manque total d'assurance habituel, des Poo-poo-pi-doo volontiers gênants...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code